Kahentinetha Horn : Rien que la vérité – Partie 1

​​​​Photographie en noir et blanc d'une femme aux bras croisés se tenant devant un bâtiment en briques avec des vignes et du feuillage attachés. 

Au début de 2020, nous avons invité l'activiste autochtone Kahentinetha Horn et sa fille, Waneek Horn-Miller. Nous avons eu la chance d’enregistrer leurs réactions devant la collection consacrée à la vie fascinante de Kahentinetha, dont elles voyaient beaucoup d’éléments pour la première fois.

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Date de publication: 21 avril 2022

  • Transcription de Kahentinetha Horn : Rien que la vérité – Partie 1

    Théo Martin : Ce balado comporte un langage et du contenu historiques qui pourraient choquer certains auditeurs, notamment en ce qui a trait aux termes employés pour désigner les groupes raciaux, ethniques ou culturels. Les articles de notre collection, leur contenu et leur description reflètent leur époque et les points de vue de leurs créateurs.

    Introduction

    Josée Arnold (JA) : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Josée Arnold, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

    Madeleine Trudeau (MT) : L’endroit où on se trouve est surnommé la « salle d’art » par le personnel de Bibliothèque et Archives Canada. On a plusieurs lieux d’entreposage pour les œuvres d’art, mais c’est ici qu’on met les plus imposantes.

    JA : Imaginez une visite à Bibliothèque et Archives Canada, ou BAC, où vous pourriez voir du matériel provenant de différentes étapes de votre vie – des choses qui évoqueraient des joies, des peines et des souvenirs d’une existence marquée par la détermination et l’aventure. Au début de 2020, nous avons invité Kahentinetha Horn et sa fille, Waneek Horn-Miller. Nous avons eu la chance d’enregistrer leurs réactions devant la collection consacrée à la vie fascinante de Kahentinetha, dont elles voyaient beaucoup d’éléments pour la première fois.

    Pour nous préparer à leur visite, nous avons rassemblé de nombreux objets : des lettres, des photos, du matériel audiovisuel et plein d’autres choses. La visite a commencé en plein cœur du Centre de préservation de BAC, dans la chambre forte 34 – la « salle d’art », comme l’appellent nos employés. Notre guide, la conservatrice Madeleine Trudeau, nous a gracieusement présenté des objets qu’elle avait sélectionnés avec l’archiviste Elizabeth Montour. Vous remarquerez peut-être un soupçon de familiarité chez Elizabeth, car elle est la cousine de Kahentinetha!

    MT : Vous pouvez voir qu’il y a des globes et d’autres gros objets ici; l’espace a été conçu pour accueillir des articles de grande taille. Ça se voit à ses plafonds très hauts et aux grandes portes doubles par lesquelles on est entrées. Et il y a aussi ces gros panneaux mobiles qui vont jusqu’au plafond et qui se rendent tout au fond de la pièce. On y accroche des toiles et d’autres objets, par exemple des armoiries, qui prennent beaucoup de place.

    Alors bienvenue! Liz a choisi des pièces de notre collection qu’on a bien hâte de vous montrer. Il y a pas mal de choses différentes. On a des dessins du 19e siècle – des aquarelles, plutôt…

    JA : Les visiteuses se sont tout de suite mises à analyser des illustrations de leur réserve, Kahnawake. Un débat vigoureux s’est ensuivi!

    Waneek Horn-Miller (WHM) : Regarde, c’est l’église, non?

    Kahentinetha Horn (KH) : Oui, je vois l’église. Oui.

    WHM : C’est bien elle?

    Elizabeth Montour (EM) : Mais cette tour!

    KH : C’est le bureau du conseil de bande.

    WHM : Non. Mais sérieusement, c’est là que ça se trouve maintenant, non? Là, on dirait un moulin.

    WHM : C’était en quelle année?

    MT : Ça date de 1848. C’est très intéressant de vous entendre : ce dont vous discutez, c’est l’une des raisons pour lesquelles Bibliothèque et Archives Canada collectionne des œuvres d’art documentaire depuis sa création. On peut voir à quoi ressemblaient les lieux avant, et les comparer à ce qu’on connaît maintenant. On a ici d’excellents exemples par l’artiste James D. Duncan, qui a été l’un des premiers à représenter Montréal à l’époque coloniale. Il est allé un peu partout et a créé des œuvres comme celles-là, qui sont en quelque sorte les premières images du Canada au début de la colonisation.

    Alors c’est fascinant de vous entendre, parce que vous pouvez réellement comparer avec…

    WHM : Où ça se trouve, et…

    MT : … maintenant. Et c’est exactement pour ça qu’on conserve ces illustrations. Sans compter qu’elles sont magnifiques…

    KH : Vous savez quoi? Ça, c’est encore là.

    EM : Vers l’est.

    WHM : Vers l’est?

    EM : L’est est par là, donc ça, ça doit être l’église.

    WHM : C’est l’arrière de l’église?

    KH : Avant, il y avait…

    EM : C’est le côté, ici.

    KH : Ça, c’est la route. Tu sais, ce qu’on appelle…

    EM : La voie maritime passe au travers.

    WHM : Oh! Tout en arrière, derrière…

    EM : J’essaie de localiser cette tour.

    KH : Elle n’est plus là.

    EM : Je sais, mais j’essaie d’imaginer où elle pourrait être. Twin Hills, peut-être?

    Toutes : Oui!

    KH : Peut-être. Oui, peut-être.

    EM : On devrait demander aux gens qui habitent dans le coin s’il y a une tour.

    JA : Madeleine a ensuite montré aux invitées certaines œuvres plus récentes de la collection de BAC.

    MT : Je voulais vous montrer cette œuvre de Jane Ash Poitras. C’est une artiste crie de Calgary, qui a fait toute une série sur les pensionnats autochtones. Alors voilà. Je trouve ça bien que Liz ait choisi des illustrations historiques au début, pour qu’on puisse voir le contraste avec des œuvres contemporaines, surtout faites par des femmes. J’espère que ça montre l’orientation qu’on essaie de donner à la collection : la manière dont on a évolué. On a des illustrations coloniales de 1848, mais aussi des œuvres de 2004 comme celle-ci, créées par des femmes qui essaient de transmettre des messages importants.

    Elle a fait plusieurs œuvres comme ça dans sa série, en utilisant la technique du collage.

    KH : C’est beau!

    MT : C’est très touchant.

    KH : Vraiment!

    MT : Avant de changer de salle, retournons voir quelque chose que Liz tenait particulièrement à vous montrer : un vêtement qui date des années 1960. On retourne tout au fond de la chambre forte.

    Tu te souviens de ça, Liz?

    WHM : Ça alors! Maman!

    MT : Liz voulait vraiment que vous voyiez ceci : un petit retour aux années 1960.

    WHM : [En riant] C’est une robe! Maman!

    EM : Tu as déjà vu ça? Tu as déjà vu quelqu’un porter ça?

    KH : Je l’ai rencontré [Pierre Trudeau] dans les années 1960.

    WHM : Oui, je sais.

    MT : Donc ce vêtement date de 1968, pas durant la campagne électorale, mais pendant la course à la direction du Parti libéral.

    WHM : Et quelqu’un a porté ça.

    MT : Oui, une des travailleuses de campagne. On est au carrefour de l’art et de la mode, en fait… Et c’est arrivé à d’autres occasions, aussi. Ces robes de papier étaient rapides à confectionner avec des images. On a ici une photo en noir et blanc de Pierre Trudeau dans sa jeunesse. C’est le genre de choses que ses travailleuses de campagne portaient, ces petites robes de l’époque.

    JA : Comme l’a mentionné Kahentinetha, elle a connu personnellement Pierre Elliott Trudeau. Un jour où elle passait devant le Parlement, en roulant vers l’est sur Wellington, une limousine argentée s’est arrêtée à côté d’elle. La vitre arrière s’est abaissée pour révéler le premier ministre Pierre Trudeau, qui lui a lancé : « Pourquoi ne pas venir vous baigner chez moi? Je vous appelle demain. » Et comme promis, le lendemain, il l’a invitée pour une baignade au 24, promenade Sussex, avec sa jeune famille. Après la visite, le premier ministre lui a envoyé une lettre contenant un post-scriptum personnalisé.

    Voix masculine : « Ce fut un plaisir de vous recevoir avec vos filles. J’ai été très impressionné par leur grande forme et leur courage. Nous espérons les revoir bientôt. »

    JA : Ce n’est pas le seul premier ministre qu’elle a côtoyé.

    KH : Je connaissais aussi Brian Mulroney. Mais je ne veux pas en dire plus.

    [Rires]

    WHM : Et c’est chouette, parce qu’à l’époque… Elle connaissait aussi Leonard Cohen, des personnalités comme ça. À Montréal…

    KH : Il était petit, à peu près grand comme ça.

    JA : Même dans sa jeunesse, Kahentinetha n’avait pas peur de s’en prendre à ses contemporains influents. Lors d’une fête à Montréal, dans les années 1960, elle a rencontré Leonard Cohen. La plupart des gens se seraient contentés d’écouter parler le poète et écrivain en silence, mais Kahentinetha avait des choses à lui dire sur sa façon de dépeindre les femmes mohawk dans son célèbre roman Les perdants magnifiques – une représentation qu’elle jugeait grossière et blessante. Mal à l’aise, l’écrivain est parti quelques minutes plus tard et, fait intéressant, c’est durant cette période qu’il a arrêté de faire la promotion de son livre. Ce fut en fait son dernier roman avant son changement de cap vers la musique. Malgré cet échange, Kahentinetha dit apprécier la musique de Cohen.

    WHM : Mais à cette époque, les cercles étaient petits et on côtoyait toutes sortes de gens. Et c’était plutôt chouette. En plus, les années soixante étaient une décennie un peu plus radicale, non?

    KH : Oui, très radicale, en fait. J’ai l’impression que les gens étaient plus engagés qu’ils le sont aujourd’hui. On comprenait beaucoup mieux les enjeux à l’époque.

    WHM : Elle recevait beaucoup de critiques, d’abord parce qu’elle était une femme. Et tu étais jeune, tu voulais te faire entendre. À Kahnawake, on commençait à… Il y avait une espèce de chauvinisme masculin qui commençait à s’introduire dans notre culture. Alors une jeune femme avec quelque chose à dire, c’était presque… On t’admirait, et puis tout d’un coup, on ne t’admirait plus, c’est ça?

    KH : En fait, on m’admirait quand je ne disais rien.

    WHM : C’est ça. Si tu te contentais de…

    KH : Si on voulait me photographier.

    Mais après un certain temps, quand je disais quelque chose, on le déformait. Alors j’en suis venue à ne plus parler aux médias. Je ne faisais qu’écrire. Et je disais : « Voici mon message ».

    WHM : C’est pour ça que tu as beaucoup de choses dans tes archives!

    KH : C’est vrai!

    [Rires]

    WHM : Ma sœur, qui est prof à Carleton, est venue ici et elle a trouvé beaucoup de tes lettres, n’est-ce pas?

    KH : Oui.

    WHM : As-tu vu qu’elle avait monté une exposition à Carleton?

    JR : Oui.

    WHM : Et…

    Tom Thompson (TT) : Liz et moi y sommes allés aussi.

    WHM : Oui, c’était vraiment bien, hein?

    EM : Je ne savais pas si les lettres venaient d’ici.

    WHM : Elles venaient d’ici, oui, et elle a monté tout un truc avec sa sélection. C’était vraiment génial.

    KH : Exact.

    WHM : Vraiment génial. Alors tant mieux, c’est bien que tu aies tout écrit!

    KH : C’est vrai. Parce que je l’ai vécu, j’ai vécu tout ça. Ça remonte aux années cinquante, soixante, et beaucoup de ces gens nous ont quittés. Moi, je suis encore là. J’ai encore ces souvenirs.

    Et je suis contente de voir ça, parce que ça me rappelle des choses que j’avais oubliées. Maintenant, je m’en souviens. Surtout des choses comme le connaître lui, connaître Mulroney et tout ça. Et je me suis retrouvée au ministère des Affaires indiennes sous le gouvernement Mulroney. Je l’avais rencontré avant, dans un club à…

    WHM : Un club de tennis, oui.

    KH : Le Club de tennis Royal quelque chose…

    WHM : Le Club de tennis Mount-Royal.

    KH : Le Club de tennis Mount-Royal, à Westmount. C’est là que je l’ai rencontré. Et je l’ai revu une autre fois, quand j’étais enceinte de ma plus jeune. C’était au Parlement, j’assistais à un événement. Il m’a reconnue et il m’a dit : « Oh, wow. Je me souviens de vous, il y a longtemps. Vous étiez célèbre et je n’étais personne! » Et j’ai répondu : « Et maintenant, c’est vous qui êtes célèbre et c’est moi qui ne suis personne! »

    [Rires]

    KH : Il a ri. Il a trouvé ça drôle. [En riant] Et puis j’ai commencé à travailler pour lui…

    WHM : Oh, aux Affaires indiennes.

    KH : J’écrivais des discours et ce genre de choses. Quelqu’un arrivait et me disait : « On a besoin de telle chose! Vite! Tu as cinq minutes pour écrire sur tel enjeu! » C’était mon travail.

    Parce que je leur ai dit, au ministère des Affaires indiennes, que je ne mentirais jamais à mon peuple, et que je ne mentirais jamais au Ministère. Je vais rapporter la situation telle qu’elle est, et je vais parler en leur nom. C’étaient mes conditions pour travailler là. Et ils ont accepté.

    JA : Kahentinetha Horn, dont le nom signifie « survolant les terres », est née le 16 avril 1940, dans le quartier de Brooklyn, à New York. Elle est membre du clan de l’Ours cracheur. Son père, Joe Assennatienton, travaillait dans les structures d’acier et voyageait d’un chantier à l’autre. Les Kanyen’kehà:ka, ou Mohawk, étaient connus pour leur courage et leur habileté dans les charpentes d’acier, particulièrement en hauteur. On leur doit la construction d’une grande partie des gratte-ciel de Manhattan et d’autres villes sur le continent.

    Ils travaillaient dans des conditions très dangereuses, sans les mesures et protocoles de sécurité que nous connaissons aujourd’hui. Les journées finissaient souvent très tard, sur des chantiers mal éclairés. Les accidents étaient courants, au point où les femmes de Kahnawake interdisaient à leurs maris de tous travailler au même endroit, pour ne pas se retrouver seules avec les enfants dans une ville où les hommes auraient été décimés.

    Un soir, Joseph Horn, le père de Kahentinetha, travaillait sur un pont entre Rouses Point, à New York, et Alburgh, au Vermont. Il faisait noir, et les travailleurs avaient décidé de rentrer, même s’ils n’avaient pas encore été autorisés à le faire. En descendant, Joe a glissé et est tombé dans le vide, laissant dans le deuil sa femme Margaret et leurs neuf enfants. Kahentinetha avait 13 ans.

    À l’époque, il n’y avait aucun programme d’aide pour les veuves et leurs enfants. Kahentinetha a donc commencé très jeune à travailler à Montréal pour aider sa mère à pourvoir aux besoins de la famille. Le soir, elle poursuivait ses études à l’Université Sir George Williams.

    Transition musicale

    JA : La visite de la salle d’art terminée, nous nous sommes dirigés vers le cinquième étage du Centre de préservation à Gatineau, où se trouve une petite salle de cinéma bien cachée. Le personnel et les visiteurs peuvent y regarder des films et des vidéos rares de la collection de BAC. Nous voulions montrer à Kahentinetha et à Waneek quelques films susceptibles de piquer leur curiosité.

    TT : Nous avons une petite surprise, pour Waneek aussi peut-être…

    KH : Oh! Vous avez tout le matériel sur elle! Je lui ai dit qu’un jour…

    WHM : Elle m’a dit : « Un jour, quand tu auras mon âge, ils vont te demander d’aller aux archives! »

    [Rires]

    JA : Nous avons commencé par montrer à Kahentinetha et Waneek des prises de vue en noir et blanc, sans bande sonore, de Kahnawake, au Québec.

    WHM : D’accord. Oh, super. C’est si silencieux…

    KH : Ça remonte aux années cinquante.

    WHM : Oh!

    KH : Ça, c’est la vieille maison sur le marché.

    WHM : Sur l’autoroute! Oui, elle est encore là.

    KH : Voilà la maison de ma tante Annie.

    WHM : Oh... Attends! C’est toi, ça?

    KH : Non. Et ça, c’est la maison de Fishy.

    WHM : Oh! Oh, hé!

    KH : Voilà l’église unie protestante. Ça a changé de nom.

    WHM : L’agence indienne. Ça alors!

    KH : Oui, elle était juste en face de l’ancien quartier général de la GRC.

    WHM : Chief Poking Fire!

    KH : Nous avons habité en face pendant longtemps.

    WHM : Oh, regarde! Maman! Regarde tous les vêtements pour ta poupée!

    KH : Oui.

    WHM : Oh là là!

    JA : En août 1963, Kahentinetha a été couronnée « princesse indienne du Canada » par le Conseil national des Indiens. Cet honneur impliquait apparemment la création d’une poupée à son effigie, ce qui a bien fait rire Kahentinetha et Waneek!

    KH : Ça, c’est ici. Pouvez-vous arrêter la vidéo un instant? Cette exposition, c’était ici, à Ottawa.

    EM : C’est une exposition?

    KH : Oui, pour montrer les poupées. Il y avait un homme, M. Hamilton, qui était responsable des relations publiques. Il cherchait un nom pour un nouveau quartier qui était en train de se créer ici, et il m’a demandé des suggestions. J’ai dit : « Oh, pourquoi pas Kanata »? Et c’est ce qu’il a choisi. Je ne lui ai jamais dit ce que ça voulait vraiment dire.

    WHM : Oh, maman…

    KH : Je vous le dirai peut-être plus tard. On peut continuer!

    [Rires]

    JA : Kanata, ou « Ganada », comme le prononcent ses habitants, est un quartier dans la banlieue d’Ottawa. Si quelqu’un a une idée de la véritable signification du mot, merci de nous la faire parvenir par courriel!

    WHM : Hé, maman!

    KH : Oh!

    WHM : Génial!

    KH : Mon ami Fidel! Je ne suis pas là-dessus, mais je l’ai rencontré à Cuba, en 1959.

    JA : En 1959, quand elle n’avait que 19 ans, Kahentinetha et trois autres étudiants de McGill – dont un qui travaillait pour le McGill Daily – ont décidé d’aller interviewer Fidel Castro à Cuba après l’avoir vu en première page du magazine Time du 26 janvier 1959. C’était le premier anniversaire de la révolution cubaine, une période excitante et tumultueuse pour le pays.

    Des étudiants étaient invités à séjourner à l’hôtel Hilton de La Havane. Chaque soir, Castro venait leur parler de la révolution et répondre à leurs questions. La plupart venaient d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud; Kahentinetha et ses collègues étaient les seuls Canadiens.

    Nous avons poursuivi le visionnement avec d’autres prises de vue de Kahnawake, ou Caughnawaga comme on l’appelait à l’époque. Nous avons notamment regardé cet extrait de l’épisode du 24 février 1963 de la série The Caugnawagans produite par la CBC.

    KH : C’est Joe Horn! Arrêtez! Arrêtez!

    WHM : Oh, attendez! C’était Joe Horn!

    KH : C’était Joe Horn! Mais pas…

    WHM : L’autre Joe Horn!

    KH : C’est l’autre Joe Horn!

    WHM : L’autre Joe Horn!

    EM : L’autre Joe Horn!

    KH : Oui!

    WHM : Le cousin.

    KH : Le cousin? Non. Le neveu. C’était le neveu de mon père. Quand ils avaient environ 14 ans, ils ne voulaient pas aller au pensionnat. C’était en 1932. Ils ont simulé leur mort sur le pont et ils se sont sauvés pour joindre le cirque. Ils sont revenus des années plus tard, quand ils étaient majeurs.

    WHM : Oh, alors le gars…

    KH : C’était lui!

    WHM : … avec le chapeau.

    KH : Celui d’avant. Oui, oui, c’est ça.

    WHM : Super!

    JA : L’histoire des deux adolescents mohawk qui ont simulé leur mort est le sujet d’un documentaire en cours de production, réalisé par Roxann Whitebean et par la fille cadette de Kahentinetha, Kaniehtiio Horn. Kaniehtiio est une actrice reconnue : elle a joué dans un grand nombre de films et téléséries, dont Barkskins de National Geographic et la comédie Letterkenny. Elle produit aussi le très populaire balado Coffee With My Ma, où elle pose des questions à sa mère sur ses aventures. Vous trouverez le lien du balado sur la page de l’épisode. C’est à ne pas manquer!

    WHM : Oh, maman! On voit vraiment les visages de gens qu’on connaît!

    KH : On les reconnaît tous.

    WHM : On peut voir les gens aujourd’hui, leurs visages…

    KH : Mon oncle! Andrew. Arrêtez! Arrêtez!

    WHM : Arrêtez! C’est qui?

    KH : C’est mon oncle Andrew! Andrew Horn, le frère de mon père!

    WHM : Oui.

    KH : Lui, il a été au pensionnat, et aussi mon oncle Jimmy et ma tante Lily [?], et ils leur ont dit : « Quoi que vous fassiez, ne les laissez pas vous envoyer là-bas, ne les laissez pas vous emmener. » Et c’est pour ça qu’ils se sont enfuis.

    WHM : Ah!

    KH : Et ça, c’est Andrew. C’est fou, non?

    WHM : Le rouquin?

    KH : Non, le grand avec les cheveux noirs.

    WHM : D’accord.

    KH : Oui.

    WHM : D’accord.

    KH : Il faudrait que les gens de Kahnawake voient ça.

    WHM : Oh! Ce film est génial!

    EM : J’aime la fin! La chanson.

    WHM : J’aime ça aussi!

    KH : Hein?

    EM : Les extraits au bar sont bons aussi!

    WHM : Les extraits au bar! On reconnaît leurs visages, ils ont mon âge…

    KH : Oui.

    WHM : C’est comme une réincarnation… Ils parlent…

    KH : Oui. On leur ressemble.

    WHM : On leur ressemble. Ce serait leurs petits-enfants, vous voyez?

    KH : Oui!

    WHM : C’est très chouette.

    KH : Ils aimeraient voir ça.

    WHM : Oh!

    KH : Il faut qu’ils voient ça. Oui.

    WHM : Ce serait génial.

    JA : Après le visionnement, nous avons traversé de l’autre côté de la rue, à nos bureaux de la Place de la Cité. Liz avait choisi des photos à montrer à Kahentinetha.

    KH : C’est mon père, là.

    EM : Oui.

    KH : J’ai la même chez moi. Et ça, c’est mon grand-père, et ma grand-mère. C’est vraiment une belle photo d’eux.

    EM : Oui, elle est belle!

    KH : Vraiment belle! Quand mon père s’est enfui, les cheveux de ma grand-mère sont devenus tout blancs. Regarde comme elle était jeune et belle. Elle fabriquait des remèdes, et les gens de Montréal venaient lui en acheter. Pour l’arthrite. Elle les faisait elle-même avec des plantes qu’elle cueillait, et ils venaient la voir. Elle les vendait pour presque rien, parce qu’on n’est pas censé vendre ce genre de choses, c’est naturel. Mais les gens de Montréal, ils étaient très exigeants quant aux remèdes qu’ils se procuraient.

    Mes cousins sauraient probablement qui c’est. Je pense que c’est Peter Horn, le benjamin… Ils étaient 14, 15 enfants, et c’était le plus jeune. Ma grand-mère, là, elle avait une fille. Elle était mariée à Angus Blue, qui est mort sur le pont de Québec, et elle a eu des jumeaux après ça. Mon grand-père était veuf, il avait trois enfants. Il travaillait sur le pont, et le 29 août, il est rentré à la maison pour la moisson. Et le pont s’est écroulé. Il a perdu quatre de ses frères dans cet accident. Et Angus Blue est mort. En tout, 33 hommes sont morts.

    JA : Des 86 travailleurs qui étaient présents ce jour-là, 75 sont décédés. Les autres ont été grièvement blessés. Trente-trois victimes étaient des hommes de Kahnawake, qui s’appelait à l’époque Caughnawaga. Nombre d’entre eux ont été écrasés par l’acier tordu; d’autres sont morts au terme d’une chute vertigineuse. Ceux qui ont été emprisonnés vivants sous l’énorme structure ont connu le sort le plus cruel. Alors que les eaux montaient lentement, un prêtre a donné les derniers sacrements à ces hommes qu’il était impossible de libérer.

    L’incident est encore aujourd’hui considéré comme l’un des pires désastres au monde entourant la construction d’un pont. La cause de l’effondrement est un sujet controversé, c’est le moins qu’on puisse dire. Si vous voulez étudier la question, la collection de BAC regorge de documents à propos de cette tragédie. Un lien a été ajouté dans les notes de l’épisode.

    Il va sans dire que cet événement épouvantable a anéanti les résidents de Kahnawake, et que cette blessure ne s’est jamais complètement refermée. Du jour au lendemain, vingt-cinq femmes se sont retrouvées veuves, et 53 enfants ont perdu leur père. Les familles des défunts et les survivants gravement blessés se sont vu remettre la maigre somme de 15 jours de salaire.

    KH : Et alors, le ministère des Affaires indiennes a déclaré que tous ces enfants étaient désormais des orphelins, et qu’ils allaient être placés je ne sais où. Ils allaient les faire adopter ou je ne sais trop. Alors il y a eu des mariages arrangés. C’est comme ça que ma grand-mère et mon grand-père se sont retrouvés ensemble, un mariage arrangé.

    JA : Revenons à l’adolescence de Kahentinetha. Son père étant décédé, elle avait une fratrie à nourrir. Ces circonstances l’ont forcée à commencer à travailler très jeune. Mais la jolie jeune femme de Kahnawake s’est vite rendu compte qu’il ne serait pas facile d’être prise au sérieux sur le marché du travail.

    KH : « Oh, tu es tellement chanceuse! Tu pourrais passer pour une… pour quelque chose d’autre… »

    EM : Pour une Portugaise ou quelque chose comme ça…

    KH : Ouais! On me disait ça. « Et tu sais, tu pourrais marier un homme blanc. » Eh oui! Je travaillais dans un bureau d’avocats au centre-ville, dans l’édifice de la Banque Royale. J’avais 16 ans, j’étais secrétaire. Et les filles me disaient qu’un avocat s’intéressait beaucoup à moi.

    J’ai dit : « Quoi? » Vous savez, je n’avais que 16 ans. Et elles m’ont dit : « Tu pourrais te trouver un homme bien, un blanc. » J’ai répondu : « De toute façon, je ne peux pas, je viens de Kahnawake. Je ne suis pas blanche, je dois marier un Indien. »

    « Quoi? Non! Non! » Elles me donnaient des conseils.

    [Rires]

    Et puis un gars a commencé à me tourner autour, et ça me rendait très mal à l’aise. Les choses qu’il me disait, je n’en pouvais plus. Alors j’ai démissionné. C’était un bon emploi, et je suis partie. Je ne pouvais pas rester. Tout le monde me demandait pourquoi. Mais qu’est-ce qu’on peut répondre? On ne peut rien répondre.

    EM : Ouais.

    KH : Ça m’est arrivé souvent. J’ai eu tellement d’emplois.

    JA : Après un court passage à Monsanto Canada, où elle était secrétaire, elle a atterri chez Trans-Canada Airlines (TCA). À l’époque, elle travaillait le jour et fréquentait l’Université Sir George Williams le soir. Nous avons montré à Kahentinetha quelques photos de son passage à TCA. Sur l’une d’elles, on peut la voir dans la cabine d’un avion, souriant à la caméra. Une autre a été prise à sa toute première journée, alors qu’elle rencontrait d’autres employés. Des photos qui jurent vivement avec les souvenirs de Kahentinetha.

    KH : Je me souviens d’un gars qui s’appelait Hal Walker. J’avais 18 ans, je travaillais à Trans-Canada Air Lines – TCA – et je me suis fait renvoyer. [Rires]

    EM : C’est Air Canada maintenant?

    KH : Oui. Il notait tout ce que je faisais de mal. Il avait une longue liste. On m’a appelée. Il y avait une grosse table comme ça, et ils étaient tous assis là et ils m’ont énuméré tous mes torts. Et ils m’ont dit que j’étais mésadaptée.

    EM : La compagnie aérienne, tu veux dire?

    KH : Oui.

    EM : D’accord.

    KH : Il y avait un psychiatre, un psychologue, tout ça.

    EM : Ils ont appelé un psychologue?

    KH : Oui! J’étais juste une enfant! Et quand ils m’ont dit que j’étais mésadaptée, tu sais ce qui est arrivé? Je me suis mise à pleurer. C’était la fin. C’est comme ça qu’ils m’ont traitée.

    JA : Comme si ses journées n’étaient pas assez remplies, Kahentinetha écrivait des lettres dans ses temps libres pour faire avancer la cause de son peuple. Il s’agissait surtout de lettres ouvertes, mais certaines étaient adressées au gouvernement du Canada. Nos archives en comptent des centaines, et nous lui avons montré les boîtes.

    KH : J’ai commencé vers l’âge de 17 ans. J’écrivais des lettres ouvertes, et personne ne savait qu’elles étaient écrites par une femme. Les gens pensaient que j’étais un homme. Alors ils les publiaient. Et quand ils se rendaient compte que j’étais une fille, fini, ils ne me publiaient plus. Tous les sujets qui me venaient en tête faisaient l’objet d’une lettre, d’une plainte.

    [Rires]

    Dans les années soixante, j’ai parlé des femmes qui prenaient la pilule. Il y en a qui sont mortes. L’une d’elles était une bonne amie de ta sœur Pauline. Une Ouimet. Je crois que c’était Mary Ouimet.

    EM : J’en ai entendu parler.

    KH : Elle avait deux enfants, et elle est morte. Et il y en avait une autre; je ne me souviens pas de tous les noms…

    EM : Parce qu’elles ont eu des complications, comme des AVC?

    KH : Ouais, des choses du genre.

    EM : Des caillots…

    KH : C’est ça. Quand elles prenaient la pilule, leurs veines devenaient visibles dans leur front et ici. Alors j’ai écrit au gouvernement pour dire que quelque chose n’allait pas, que ça tuait les femmes. Je pense qu’on ne m’a jamais répondu. Ils ont détruit beaucoup de vies. Ils nous utilisaient pour faire des expériences, et on développait des réactions sans le savoir.

    JA : Non seulement les femmes autochtones servaient de cobayes pour des contraceptifs expérimentaux à forte dose comme Depo-Provera, avant leur homologation au Canada, mais la stérilisation forcée était aussi très courante à l’époque. Dans bien des cas, les femmes se faisaient interdire de voir leur nouveau-né tant qu’elles n’avaient pas été stérilisées. C’est un autre sujet dont a parlé Kahentinetha dans ses lettres.

    KH : Je ne me souviens pas de tout ce que j’ai fait. Celle-là : comité sur les Indiens et le droit pénal.

    EM : Ça date de 1964.

    KH : Oui. Dr G. C. Montour. Je le connaissais! C’était Slim Montour, un brillant ingénieur. Et il était…

    EM : Il est des Six Nations?

    KH : Oui! Mais quand il a obtenu son diplôme en génie, tu sais ce qui s’est passé? On lui a retiré son statut d’Indien.

    EM : Il a été privé de son statut?

    KH : Oui. Il en a toujours été fâché. Et il était…

    EM : Il fallait renoncer à ses droits pour recevoir son diplôme, c’est ça?

    KH : Oui. Il fallait signer.

    JA : Ironiquement, le gouvernement canadien de l’époque nommait la perte du statut d’Indien l’« émancipation », car il considérait que c’était une façon de devenir un citoyen canadien à part entière. Une Indienne inscrite était « émancipée », entre guillemets, si elle épousait un non-Indien. Elle voyait aussi son statut de membre de bande révoqué. Et lorsqu’un Indien était « émancipé », sa femme et ses enfants indiens l’étaient également.

    Transition musicale

    Enregistrement de KH : On restera jusqu’à ce qu’ils emmènent tous les Indiens, qu’il n’en reste plus un seul! Ils veulent nous faire peur, mais il nous en faut plus que ça.

    JA : Vous venez d’entendre Kahentinetha dans un extrait du documentaire Vous êtes en terre indienne de l’Office national du film, qui est conservé par BAC. En 1969, un conflit a éclaté au sujet du droit de longue date des Autochtones de voyager librement entre le Canada et les États-Unis sans payer de frais de douane, puisque la frontière traverse le territoire des Mohawk.

    L’article 3 du traité Jay de 1794 pourrait se traduire ainsi : « il est entendu qu’il sera toujours gratuit pour les sujets de Sa Majesté, les citoyens des États-Unis ainsi que les Indiens établis de part et d’autre de la frontière, de circuler librement, par voie terrestre ou maritime, entre les territoires et pays respectifs des deux parties sur le continent d’Amérique, et de mener librement des échanges commerciaux entre eux ». Comme ce droit n’était plus respecté sur leur réserve qui s’étend sur cinq régions administratives des deux côtés de la frontière, les Mohawk d’Akwesasne ont protesté en formant un barrage. Les événements ont mené à l’arrestation de la plupart des protestataires, y compris Kahentinetha, alors âgée de 29 ans. La voici qui décrit les accusations portées contre elle.

    KH : L’une d’elles était que j’avais « battu » le corps de police de Cornwall au complet. On m’a accusée de ça. Et aussi d’avoir eu une arme dissimulée, mais ce n’était en fait qu’un petit outil pour dégonfler les pneus. C’est vrai que j’avais ça sur moi. Mais la photo qui a été publiée dans les médias… Ils me tenaient, et j’étais comme ça, et quelqu’un a dessiné un gros couteau qui sortait de… Oui! Alors on m’a accusée d’avoir une arme… Comment est-ce qu’on pourrait dissimuler quelque chose d’aussi gros? Mais on m’a accusée, et j’ai eu un gros, très gros procès.

    Le premier était à Cornwall, avec le juge Baker. Tous les policiers étaient là. Il les nommait un à un, et ils devaient s’avancer. Et c’étaient des hommes très, très imposants, et moi, je n’étais pas très imposante. Et ils se sont mis à rire. Ils étaient 24 en tout. Et le juge s’est mis en colère, il a dit : « Je ne tolérerai pas ça dans ma salle d’audience! Évacuez la salle! » Alors on est tous sortis, et quand on est revenus, il n’y avait plus que deux policiers qu’on m’accusait d’avoir agressés. Et j’ai gagné.

    Et pour l’autre procès, un avocat s’est porté volontaire pour me défendre. Il s’appelait John Sopinka, il était célèbre. Il a fini par devenir juge en chef à la Cour suprême. [Note : John Sopinka est effectivement devenu juge à la Cour suprême, mais pas juge en chef.] Mais il était jeune à l’époque. Et c’était un cirque, ce procès, un vrai cirque. Je ne vais pas entrer là-dedans; c’est trop incroyable. Mais bon, il m’a défendue. Il y aurait beaucoup à dire, tant de choses se sont passées, mais j’ai gagné même si j’ai failli perdre. Le juge a dit : « Vous êtes acquittée. » Mais moi, je voulais un procès! J’ai dit : « Je veux porter cet acquittement en appel! » [Rires]

    C’est vrai! Et John Sopinka me dit : « Hé, je viens de vous faire acquitter! » Et je réponds : « Hé, vous n’avez pas fait ce que je vous ai dit! Je voulais présenter des preuves. Vous êtes renvoyé! » [Rires]

    Je l’ai renvoyé! Et puis le juge lève la séance et commence à me réprimander, à me dire à quel point c’était grave, que je pourrais me retrouver en prison pour longtemps et tout ça. Il me dit : « Je vous laisse le temps d’y réfléchir. » En tout cas, c’était… Je ne vais pas tout vous raconter, mais c’était quelque chose.

    JA : Kahentinetha a été très active auprès de son peuple pour favoriser les discussions et faire valoir les droits des Autochtones – des démarches qui ont souvent capté l’attention des non-Autochtones.

    KH : J’ai organisé un événement au Royal York de Toronto. Ça s’appelait Les Iroquois parlent. J’avais invité nos gens de partout. Il y avait Louis Hall, Pete Dionne, tous ces gens-là, tous ces vieux. Mais ils n’étaient pas vieux à l’époque. Et puis il y avait du monde de toutes les réserves. Nous avons été là vendredi, samedi et dimanche.

    Dans la foule, il y avait un gars qui s’appelait Scott Young. Il travaillait pour… je crois que c’était le Globe and Mail. Il s’est assis, et il nous a écoutés. Et après, il m’a demandé s’il pouvait m’interviewer. J’ai dit oui. Et il y avait… j’oublie son nom… Snake Oil. Tu te souviens? Tu ne te souviens pas de Snake Oil… Tu connais Snake? C’est son père.

    EM : Je connais la famille, oui.

    KH : Il m’a emmenée chez ce type-là. Et là, il y avait un jeune homme d’environ 14 ans, grand et maigre. Il s’est assis avec nous. Et Scott Young m’a interviewée. « Pourquoi êtes-vous ici? » Alors moi et Snake Oil, on a parlé de la Confédération, de qui on était et de tout ça. On a passé l’après-midi tous ensemble. Et ce gars-là a écrit un article formidable, qui a attiré plein de monde à l’événement. Et son fils, il s’appelait Neil Young.

    EM : Wow!

    KH : Oui! Plus tard, il est devenu un chanteur célèbre! C’était lui. Il est resté avec nous tout ce temps. C’était juste un enfant. Je me souviens de lui qui descend les escaliers…

    EM : Il est très solidaire des Autochtones…

    KH : Oui! Il avait sa guitare, et il est descendu. Il y a quelques années, je me suis dit : « Je me souviens de Scott Young, mais je ne trouve plus rien au sujet de cette rencontre, ni l’article qu’il a écrit. » Alors sur Mohawk Nation News, quelqu’un m’a envoyé l’article!

    EM : Oh, super!

    KH : Et c’était lui, Neil Young. Oui.

    [Rires]

    KH : Et mes statistiques ont monté en flèche! C’est devenu viral! Alors je lui ai fait faire un petit ornement à deux rangs [wampum] que je lui ai envoyé.

    EM : Ah oui?

    KH : Je ne lui avais pas parlé depuis ses 14 ans.

    JA : Cette rencontre a probablement impressionné le jeune Neil. Pendant toute sa longue carrière, il s’est porté à la défense des Autochtones par ses chansons et des protestations. Mais il n’a pas été le seul.

    Au milieu des années soixante, au sommet de sa gloire, Marlon Brando a appelé Kahentinetha de manière impromptue, pour l’inviter à Hollywood. Malgré son refus initial, elle a fini par accepter et elle a passé du temps chez lui à son manoir hollywoodien. Il avait un vif intérêt pour la vie de Kahentinetha à Kahnawake et pour l’histoire des Mohawk, et il s’est montré très sensible à la situation des peuples autochtones de l’Amérique du Nord.

    Brando est d’ailleurs célèbre pour avoir envoyé Sacheen Littlefeather, la présidente du National Native American Affirmative Image Committee, refuser en son nom l’Oscar du meilleur acteur en 1973.

    Sacheen Littlefeather : … en raison de la façon dont sont traités les Indiens d’Amérique aujourd’hui, par l’industrie cinématographique… [Huées] Excusez-moi… [Applaudissements]

    JA : Vivement critiqué pour cette affirmation, Brando a défendu sa décision publiquement. Dans cet extrait du Dick Cavett Show datant du 12 juin 1973, il explique pourquoi il avait cru important d’attirer l’attention du public sur le traitement des Autochtones dans l’industrie du cinéma.

    Marlon Brando : Je ne pense pas que les gens en général sont conscients de ce que l’industrie du cinéma a fait aux Indiens d’Amérique… et en fait, à tous les groupes ethniques, toutes les minorités, les non-blancs. Les gens ne s’en rendent pas compte. Ils se sont habitués à cette façon de présenter l’autre, et ces clichés vont se perpétuer.

    JA : Pour en savoir plus sur la rencontre de Kahentinetha avec Marlon Brando, écoutez l’épisode 8 du balado Coffee With My Ma. Le lien se trouve sur la page de l’épisode.

    Extrait de KH : C’était le chaos total. Des batailles partout, des gens qui se poussaient et des cris, la petite criait.

    Extrait de WHM : Le cri qu’on ne veut jamais entendre, c’est celui qui veut dire « j’ai peur de mourir ». Elle était complètement terrifiée. [Fermeture en fondu]

    JA : Soyez des nôtres pour la deuxième partie de cet épisode, où nous continuerons de dévoiler la vie et le legs incroyables de Kahentinetha, notamment son implication dans la crise d’Oka, qui a failli coûter la vie à sa fille Waneek.

    Conclusion

    JA : Pour en savoir plus sur Kahentinetha Horn, rendez-vous à bac-lac.gc.ca/balados. Sur la page de l’épisode, vous trouverez une série de liens se rapportant à son histoire, dont un vers notre album Flickr, qui contient des images de la collection de BAC.

    Merci d’avoir été des nôtres. Ici Josée Arnold, votre animatrice. C’était « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada », votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes. Un merci tout spécial à nos invitées d’aujourd’hui, Kahentinetha Horn et Waneek Horn-Miller. Merci aussi à Madeleine Trudeau et Jennifer Roger pour leur contribution.

    Cet épisode a été produit et réalisé par Tom Thompson avec l’aide d’Isabel Larocque et d’Elizabeth Montour.

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    Vous trouverez la version anglaise de tous nos épisodes sur notre site Web ainsi que sur Apple Podcasts et Spotify. Il suffit de chercher « Discover Library and Archives Canada ».

    Pour plus d’information sur nos balados, ou si vous avez des questions, des commentaires ou des suggestions, visitez-nous à bac-lac.gc.ca/balados.

    Crédits :

    Vous êtes en terre indienne, 1969 / Office national du film du Canada

    Bibliothèque et Archives Canada / ISN : 303574

    Close-Up, 1963 / Canadian Broadcasting Corporation

    Bibliothèque et Archives Canada / ISN : 8572

    Marlon Brando remporte un Oscar pour son rôle dans Le Parrain, 1973 / 45e cérémonie annuelle des Oscars

    Marlon Brando explique pourquoi il a refusé un Oscar pour son rôle dans Le Parrain, 12 juin 1973 / The Dick Cavett Show

    Chiefs and Champions, épisode 2, Waneek Horn-Miller, 2004 / Tribute Film Productions

    Bibliothèque et Archives Canada / ISN : 375430

Animatrice : Josée Arnold, gestionnaire, Gouvernance, Liaison et Partenariats

invitée : Kahentinetha Horn

invitée : Waneek Horn-Miller

invitée : Elizabeth Montour

invitée : Madeleine Trudeau

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