Épisode 67 — BAC : une vraie mine d’or

Photo noir et blanc d’un homme récoltant de l’or à la batée. 

Le Klondike, traversé par une rivière qui porte son nom, se situe près de la frontière entre le Canada et l’Alaska. Le 16 août 1896, des mineurs de la région y découvrent de l’or. L’année suivante, la nouvelle se propage dans le sud du Canada et jusqu’aux États-Unis, provoquant une véritable ruée vers l’or qui transformera à jamais le paysage du Nord-Ouest et de l’Amérique du Nord. Finalement, un à un, les prospecteurs vendent leurs concessions à de grandes sociétés comme la Yukon Consolidated Gold Corporation, qui amasse une énorme collection de précieux renseignements géologiques, dont des cartes et des dessins techniques qui se trouvent maintenant dans la collection de BAC.

Nos invités d’aujourd’hui, Jeff Bond et Sydney Van Loon de la Commission géologique du Yukon, discutent de l’exploitation aurifère dans le territoire du Yukon et de l’utilisation moderne des cartes.

Durée : 51:27

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Date de publication : 22 juillet 2021

  • Transcription d'épisode 67

    Josée Arnold (JA) : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Josée Arnold, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

    Le Klondike, traversé par une rivière qui porte son nom, se situe près de la frontière entre le Canada et l’Alaska. Le 16 août 1896, des mineurs de la région y découvrent de l’or. L’année suivante, la nouvelle se propage dans le sud du Canada et jusqu’aux États-Unis, provoquant une véritable ruée vers l’or qui transformera à jamais le paysage du Nord-Ouest et de l’Amérique du Nord.

    L’or avait été découvert dans le ruisseau Rabbit, sur le territoire traditionnel des Hans. Ces derniers chassaient, pêchaient et trappaient le long du fleuve Yukon depuis des millénaires. Aujourd’hui, bon nombre des Tr’ondëk Hwëch’in (le peuple de la rivière) descendent des locuteurs de la langue han.

    Pendant les premières années de la ruée vers l’or, plus de 30 000 personnes fouillent à la main le lit des ruisseaux fertiles, aux environs de Dawson. De 1896 à 1899, elles en extraient l’équivalent de plus de 29 millions de dollars en or. Mais cet engouement s’essouffle rapidement au tournant du 20e siècle, et un à un, les mineurs vendent leurs concessions à de grandes sociétés minières.

    La Yukon Consolidated Gold Corporation est l’une de ces sociétés. Active au Klondike de 1923 à 1966, elle a employé des centaines de personnes et amassé une énorme collection de précieux renseignements géologiques, dont des cartes et des dessins techniques.

    Jeff Bond (JB) : Je me présente : Jeff Bond. Je suis responsable de la biologie des dépôts meubles à la Commission géologique du Yukon.

    Sydney Van Loon (SVL) : Et je suis Sydney Van Loon, technicienne en géologie des placers à la Commission géologique du Yukon, à Whitehorse.

    JA : Depuis 2013, les géologues Sydney Van Loon et Jeff Bond font l’aller-retour entre leurs bureaux de Whitehorse et Ottawa, pour numériser et mettre en ligne des centaines de cartes géologiques du Klondike conservées à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Le grand détail de ces cartes en fait de précieuses ressources pour les géologues, les historiens et les quelques sociétés aurifères toujours en activité. La collection de BAC sur la Yukon Consolidated Gold Corporation comprend plus de 1 400 cartes et plus de 400 dessins techniques de la région du Klondike.

    Avant d’écouter Jeff et Sydney, nous vous invitons à parcourir notre album Flickr sur le sujet. Vous y verrez de nombreuses photos, dont plusieurs qui ont trait à l’épisode d’aujourd’hui. Le lien vers l’album se trouve dans les notes du balado, sur la page de l’épisode. C’est à voir!

    Nous avons d’abord demandé à Jeff et à Sydney de nous parler des particularités géologiques du Klondike. D’où vient tout cet or?

    JB : Oui, je peux répondre. Le Klondike est au centre-ouest du Yukon. À cet endroit, le sol se compose de roches datant de l’âge permien, il y a 250 à 300 millions d’années. On parle de roches volcaniques, de roches sédimentaires, de granite magmatique, etc. C’est un sol métamorphisé : quand les montagnes se sont formées, les roches ont été exposées à une température et à une pression élevées.

    Pendant ce processus, des veines de quartz sont apparues dans la roche, il y a environ 160 millions d’années. Et c’est cette minéralisation qui a entraîné l’apparition et la concentration de l’or dans les veines de quartz.

    Dans la cordillère – dans les chaînes de montagnes de la région –, les roches sont très vieilles, beaucoup plus que les veines qu’on y trouve. Et depuis l’apparition de ces veines, la géologie des environs est restée assez stable. Après la formation des montagnes, il y a eu une longue période d’érosion. Et les altérations du climat ont libéré l’or contenu dans les veines, et l’ont emporté dans les vallées fluviales. Tout ça a commencé il y a un peu plus de 100 millions d’années.

    Quand une érosion se produit sur une période aussi longue, on peut voir de l’or s’accumuler au fond des vallées. C’est ça qui s’est passé au Klondike. Si vous visitez la région, vous verrez qu’elle est non englacée, une chose unique au Canada. Contrairement à la majorité du pays, elle n’a jamais été couverte de glaces.

    Le Klondike a échappé aux glaciations parce que c’est une région plutôt sèche, et que les nappes glaciaires ne s’y sont jamais rendues. Donc, les dépôts d’or n’ont pas été effrités ni enterrés sous d’épais dépôts de sédiments glaciaires. Si vous visitez la région, vous verrez que le paysage ne ressemble pas au reste du Yukon : les vallées sont plutôt étroites, et les sédiments se font rares. Le paysage y est surtout façonné par l’érosion des rivières et des ruisseaux, et par les processus gravitationnels comme les glissements de terrain, par exemple.

    La première glaciation près de la région remonte à environ 2,8 millions d’années. Les glaces ne se sont pas rendues jusqu’au Klondike, comme je l’ai expliqué. Mais elles n’étaient pas bien loin, et elles ont eu pour effet de dévier le fleuve Yukon et d’en renverser le cours.

    Autrefois, le fleuve Yukon s’écoulait vers le sud. La première glaciation a bloqué ses eaux. Ça a renversé le cours du fleuve, en le renvoyant vers le nord, vers l’est de l’Alaska. Toutes les vallées fluviales qui rejoignaient le fleuve Yukon se sont retrouvées à ce qu’on appelle « le niveau de base ». À partir de là, elles se sont érodées encore plus. C’est pour ça qu’on trouve des hauts-graviers dans le Klondike : ils y ont été laissés par le processus d’érosion.

    Cet événement, et ce processus d’érosion, ont eu une conséquence importante : ça a concentré tout l’or qui se trouvait dans les graviers de White Channel. Ces vieux graviers font de plus de 30 m de haut. Et tout l’or qu’ils contenaient s’est retrouvé sur les plaines inondables qu’on connaît aujourd’hui.

    Vraiment, tout ça a commencé avec le renversement du fleuve Yukon. Quand la grande quantité d’or contenue dans les graviers de White Channel s’est concentrée, ça a créé des dépôts d’une grande valeur au fond des vallées.

    Bref, dans l’histoire du Klondike, une longue série d’événements a mené à la ruée vers l’or et à la situation que nous connaissons aujourd’hui; on a trouvé dans les graviers des ruisseaux des dépôts d’or qui sont parmi les plus concentrés en Amérique du Nord.

    JA : Saviez-vous que le nom « Klondike » vient du mot autochtone Tr’ondëk, qui veut dire « eau de pierre-marteau »? Les premiers chercheurs d’or avaient de la difficulté à prononcer ce mot, et ils l’ont déformé en « Klondike ».

    Tant qu’à être sur le sujet, j’aimerais dire un gros merci à Kylie Van Every, qui est membre de la Nation Tr’ondëk Hwëch’in et interprète patrimoniale au centre culturel Dänojà Zho, à Dawson, au Yukon. Elle nous a aidés à mieux comprendre les conséquences de la ruée vers l’or sur les Premières Nations du Klondike, et sur leurs droits territoriaux ancestraux. Merci, Kylie!

    Alors, comment a commencé la ruée vers l’or? Comment l’or a-t-il été découvert? Jeff, raconte-nous.

    JB : Dans les années 1880, des prospecteurs ont commencé à chercher de l’or au Klondike – dans tout le Yukon, en fait. À cette époque, pour se rendre au Yukon, il fallait remonter la côte en bateau à partir de la Colombie-Britannique ou des États-Unis. (Aux États-Unis, les gens partaient de Seattle ou de San Francisco.) Les voyageurs remontaient donc la côte, et débarquaient à un endroit appelé Dyea. C’était une ville-fantôme de l’Alaska.

    JA : À cet endroit, la population Chilkat de la région contrôlait un passage montagneux : le col Chilkoot. On y accédait par la piste Chilkoot, une importante route commerciale qui traversait la frontière canado-américaine. D’une longueur de 53 km, elle reliait Dyea, en Alaska, au lac Bennett, en Colombie-Britannique. Les marchands de la tribu Chilkoot Tlingit avaient été les premiers à l’emprunter. Dans les années 1880, ils ont été imités par les premiers chercheurs d’or, qui voulaient franchir les montagnes pour rejoindre le Yukon. Le col Chilkoot leur donnait accès à l’intérieur des terres, et au réseau de lacs et de rivières qui se jettent dans le fleuve Yukon.

    Le col Chilkoot était une étape importante pour les voyageurs en route vers le Klondike. C’était l’un des trois couloirs qui demeuraient accessibles toute l’année dans le sud-est de l’Alaska. Les voyageurs qui l’empruntaient payaient des porteurs Tlingit et Tagish pour transporter leur équipement.

    Aujourd’hui, le col est géré conjointement par Parcs Canada et le Service national des parcs des États-Unis.

    JB : Les chercheurs d’or ont commencé leurs explorations dans les années 1880. Ils se sont peu à peu rapprochés du Klondike dans les années qui ont précédé la fameuse découverte. D’ailleurs, plusieurs personnes ont joué un rôle dans la découverte de l’or au Klondike. Ça commence avec un important prospecteur néo-écossais, Robert Henderson. Il était très actif au Klondike, juste avant qu’on trouve de l’or dans le ruisseau Bonanza.

    C’est Robert Henderson qui a parlé du potentiel de la région à George Carmack, à son épouse Kate, à Skookum Jim et à Tagish Charlie. Les quatre pêchaient à l’embouchure de la rivière Klondike, où le saumon était très abondant. Et ils en profitaient pour faire un peu de prospection en même temps. En juillet ou en août 1896, ils ont rencontré Robert Henderson à l’embouchure de la rivière, et ils ont parlé du potentiel d’un ruisseau appelé Gold Bottom.

    Robert Henderson y avait des concessions, et ils ont décidé d’aller lui rendre visite. Ils ont d’abord remonté le ruisseau Rabbit, en cherchant de l’or en chemin. Puis ils ont traversé la ligne de partage des eaux pour rejoindre le ruisseau Gold Bottom, où ils sont restés un moment avec Robert avant de retourner à leur camp de pêche, à l’embouchure de la rivière Klondike.

    Sur le chemin du retour, ils ont abattu un orignal près du ruisseau Rabbit, pour refaire leurs provisions. Ils suivaient le même chemin qu’à l’aller, mais ils en ont profité pour prospecter encore un peu. Et il s’est avéré que l’endroit où ils avaient abattu l’orignal était idéal pour récolter de l’or à la batée, dans l’eau ou dans le gravier sur la rive.

    C’est parce que le substratum rocheux affleurait presque à la surface. Donc l’or coincé entre le substratum et le gravier était lui aussi tout près de la surface. C’est là que le groupe a vu tout le potentiel du secteur – ce qu’on appelle la « traînée payante ».

    JA : La traînée payante, ça désigne les poches de minerais profitables – ici, de l’or – qui sont concentrées dans le substratum rocheux ou tout près.

    JB : La batée de nos quatre voyageurs était remplie d’or; ils avaient découvert ce qui est devenu le ruisseau Bonanza. [Le mot anglais bonanza peut signifier filon, prospérité.] Ils sont allés déposer des demandes de concessions au bureau du registraire minier, dans la ville de Forty Mile, tout juste en aval de l’endroit où la rivière Klondike se jette dans le fleuve Yukon.

    Ils étaient bien contents, évidemment! Et à Forty Mile, ils ont rencontré des mineurs à qui ils ont raconté leurs trouvailles dans le ruisseau Rabbit (qu’on appelle maintenant le ruisseau Bonanza). C’est ça qui a déclenché la première vague de la ruée vers l’or, en août 1896. Et l’or a été découvert le 16 août par Skookum Jim, un membre de la Première Nation Carcross/Tagish. Il vivait plus près d’ici, à Whitehorse. Il était parti pêcher et prospecter avec deux membres de sa famille : Kate Carmack et Tagish Charlie.

    JA : Keish et Káa Goox (aussi connus sous le nom de Skookum Jim et Tagish Charlie) étaient membres de la Première Nation Tagish. George Carmack était le beau-frère de Skookum Jim; il avait épousé sa sœur Shaaw Tláa (Kate). Comme l’a expliqué Jeff, l’or a été découvert dans le ruisseau Rabbit, un petit affluent de la rivière Klondike. Mais on l’a vite rebaptisé « ruisseau Bonanza », un nom qui a fait le tour de la planète. Il est sur le territoire traditionnel du peuple Tr’ondëk Hwëch’in.

    JB : À Forty Mile, chacun a demandé une concession sur le ruisseau, sur le site de la découverte. Ils en ont parlé avec d’autres mineurs qui se trouvaient là; et ça a provoqué une première ruée vers l’or, parmi les prospecteurs qui étaient déjà dans la région. Tout ça est arrivé à l’automne 1896. C’est comme ça que les premiers chercheurs d’or (quelques centaines) sont arrivés dans le bassin de drainage du ruisseau Bonanza.

    Ils ont découvert plusieurs autres ruisseaux dans la région, mais ils ont surtout concentré leurs recherches dans le ruisseau Bonanza et dans un important affluent, le ruisseau Eldorado. Et c’est seulement au printemps 1897 que la nouvelle est arrivée dans le sud, parce qu’il n’y avait pas eu de bateau avant. Très peu de bateaux sillonnaient le fleuve Yukon sur toute sa longueur.

    Pendant le premier hiver, en 1896, tous ces nouveaux mineurs – ces nouveaux détenteurs de concessions – ont foré des puits dans le ruisseau Bonanza. Ils ont creusé jusqu’au substratum rocheux (à la jonction du roc et du gravier) – jusqu’au bas de la couche de gravier, pour prélever des échantillons et voir quelle quantité d’or s’y trouvait.

    C’est un travail qui peut se faire en hiver, mais il faut allumer un feu parce que le sol est gelé; c’est du pergélisol. Donc les chercheurs d’or allumaient un feu et le laissaient s’éteindre; ça ramollissait une partie du sol. Puis ils creusaient un peu, et allumaient un autre feu. Ils répétaient ces étapes, avec tout le pergélisol et le gravier, jusqu’au substratum rocheux. C’est ce qu’ils ont fait pendant l’hiver.

    JA : Et ces trous avaient quelle profondeur?

    JB : Environ 20 pieds. La plupart des puits avaient une profondeur de 10 à 20 pieds, n’est-ce pas, Sydney?

    SVL : Oui, à peu près.

    JB : Oui, et à l’époque, c’était très difficile de creuser, parce que le sol et le gravier étaient gelés. Mais les gens avaient l’habitude, dans la région. Les quelques mineurs qui étaient là depuis le début savaient comment régler ce problème; ça leur a permis d’avoir une bonne idée des richesses souterraines pendant ce premier hiver. Ils ont aussi remonté du gravier aurifère des puits, qu’ils ont nettoyé et conservé. Ils en ont extrait l’or au printemps, à la première fonte de 1897. C’est là qu’ils ont pris conscience de tout l’or qui se trouvait dans les ruisseaux Bonanza et Eldorado. Il y en avait beaucoup!

    Les premières paillettes d’or ont été expédiées hors du Klondike à bord des premiers bateaux qui se rendaient à Seattle et à San Francisco, au printemps. C’était aux alentours de juin 1897. C’est comme ça que la nouvelle s’est répandue : c’est ce qui a déclenché la première grosse vague de la ruée vers l’or.

    JA : Au début de 1897, le peuple Tr’ondëk Hwëch’in n’était plus à Tr’ondëk : il s’était plutôt établi au campement de Moosehide, plus en aval. Bien sûr, la ruée vers l’or avait créé des débouchés économiques pour les Premières Nations. Mais elle avait aussi causé de grands bouleversements sociaux et culturels. Le chef Isaac (le chef des Hans) était accueillant envers les chercheurs d’or, mais il leur rappelait toujours qu’ils s’enrichissaient aux dépens des premiers peuples, en s’appropriant leurs terres et en faisant fuir le gibier.

    En découvrant de l’or dans le ruisseau Bonanza, Tagish Charlie, George Carmack, Skookum Jim et Robert Henderson ont déclenché la ruée vers l’or du Klondike. Ils ont été immortalisés au Temple de la renommée des prospecteurs en 1988, et au Temple de la renommée du secteur minier canadien en 1999. Leurs noms sont aussi gravés sur le socle de la statue qui trône au centre-ville de Whitehorse, à l’intersection de la rue Principale et de la 3e Avenue.

    Mais à quoi ressemblait la population du Klondike avant la ruée vers l’or? Que s’est-il passé quand la nouvelle s’est répandue? Jeff et Sydney, je vous écoute.

    JB : Avant la ruée vers l’or, le Klondike comptait quelques centaines d’habitants seulement. À la fin de l’été 1897, ce chiffre frôlait les 30 000.

    La route vers le Klondike était longue. On pense que la nouvelle a commencé à circuler seulement en juillet 1897, quand les journaux ont su qu’on avait découvert de l’or. Ensuite, il a fallu du temps aux prospecteurs pour assembler leur équipement, trouver un bateau, se rendre au col Chilkoot et remonter le fleuve Yukon jusqu’à Dawson. Ils ne sont pas arrivés dans la région avant la fin de l’été ou l’automne 1897. C’est bien ça?

    SVL : Oui. Et je crois que la population a vraiment explosé au printemps de 1898 : il y avait presque 30 000 personnes au Klondike. Ça a dû être la période d’activité la plus intense de tout le début de la ruée vers l’or. Selon les statistiques de Dawson, la population a grimpé jusqu’à 40 000 personnes. C’est énorme, en si peu de temps; au départ, la ville comptait seulement 500 habitants.

    JA : La ruée vers l’or a vraiment commencé quand la nouvelle s’est répandue. Du jour au lendemain, la population de Dawson a bondi. Dawson est devenue la plus grande ville à l’ouest de Winnipeg et au nord de Seattle. Certains estiment qu’elle comptait alors 50 000 habitants.

    On surnommait alors Dawson « le Paris du Nord ». Ses cabarets, ses salles de jeu, ses bars, ses maisons closes, ses restaurants et ses magasins généraux ont fait fortune grâce aux mineurs. Forty Mile a été pratiquement abandonnée, alors qu’avant c’était la principale ville de la région.

    La ruée vers l’or a changé pour toujours le paysage du Nord-Ouest et de l’Amérique du Nord. Les voies de transport vers l’ouest et le nord ont été modifiées pour accueillir la foule de prospecteurs. Et des villes comme Victoria, Vancouver et Edmonton doivent une bonne partie de leur développement à la ruée vers l’or du Klondike.

    Sydney, raconte-nous comment les sociétés minières ont pris la relève des prospecteurs.

    SVL : Au début, l’or était extrait de manière assez simple : on creusait à la main ou on travaillait à la batée, le long des ruisseaux. Et comme Jeff l’a expliqué, certaines personnes ont creusé des puits et fait fondre le gravier gelé jusqu’au substratum rocheux. Ça venait avec des opérations hydrauliques; par exemple, on utilisait des gros canons à eau pour faire fondre la boue gelée (le pergélisol) qui recouvrait le gravier. Avec l’excavation, le gravier était nettoyé et extirpé de la rive. Même si ces opérations hydrauliques ont pris de l’ampleur, on les a vite remplacées par le dragage.

    Les prospecteurs qui travaillaient à la main n’ont pas fait long feu au Klondike. J’imagine que ce sera notre sujet pour le reste de l’entrevue : la transition vers le dragage.

    JA : Oui, bientôt nous allons parler du dragage, pour savoir ce que c’est et comment ça fonctionne. Mais avant, dites-moi combien de temps s’est écoulé entre la découverte de l’or (en 1896) et l’arrivée des sociétés minières, avec leur machinerie et leurs techniques hydrauliques.

    JB : Les deux se chevauchent un peu. Les recherches à la main ont dû atteindre leur sommet en 1901 ou en 1902, dans ces eaux-là — quatre ou cinq ans après le début de la ruée vers l’or. Je pense qu’à Dawson, et dans les cours d’eau comme les ruisseaux Eldorado et Bonanza, la quantité d’or trouvé à la main était à son maximum en 1900 et en 1901. On a récolté plus d’un million d’onces d’or de cette façon.

    L’extraction hydraulique par les sociétés minières a commencé peu après, probablement aux alentours de 1905 ou 1910. C’est là que les sociétés ont commencé à prendre le dessus sur les particuliers. Il y avait encore des prospecteurs indépendants; il y en a toujours eu. Mais les concessions les plus riches – celles avec beaucoup d’or — ont été vendues, une fois l’or extrait.

    Mais il restait quand même de l’or dans le sol : les prospecteurs n’avaient pas tout ramassé. Et ils ont commencé à vendre leurs concessions, d’abord à des acheteurs qui achetaient beaucoup de terres ou qui voulaient créer de grands lots. Puis on est graduellement passé à la vente de concessions exploitées par l’hydraulique. Cette histoire-là est un peu plus compliquée d’un point de vue politique. Mais il y a assurément un recoupement des activités manuelles et hydrauliques, et tout ça fait partie de la transition vers le dragage.

    JA : Deux grandes sociétés sont arrivées dans la région au début des années 1900 : la Canadian Klondike Mining Company et la Yukon Gold Company. En 1905, la Canadian Klondike Mining Company a construit et exploité la première drague sur le ruisseau Bonanza.

    Qu’est-ce que c’est, le dragage?

    SVL : En gros, une drague, c’est une machine qui creuse sous l’eau en soulevant le gravier. Le fonctionnement est assez simple : une barge flotte sur un cours d’eau (comme un ruisseau) en excavant le fond. Une corde fait tourner des seaux sur une chaîne, et chaque fois qu’un seau touche le fond, il se remplit de gravier. Les seaux sont ensuite remontés sur la drague. Là, ils sont déversés dans un trommel – un gros cylindre rotatif avec un tamis.

    À mesure que le gravier tombe dans le trommel, il est lavé à l’eau. Sous l’effet de l’eau et de la gravité, le tamis laisse passer les fragments les plus fins. La plupart des dragues ont un tamis de ¾ de pouce ou à peu près, pour laisser passer les petites particules.

    Après son passage dans le trommel, le gravier est nettoyé à fond pour que tous les petits fragments se détachent. Puis le reste du gravier est placé sur un convoyeur qui va l’empiler derrière la drague. Et la drague continue d’avancer, en creusant le sol et en filtrant plus de gravier.

    JB : Il y a aussi une autre grande étape dans ce processus : c’est toute la préparation qui précédait l’exploitation d’une parcelle de sol. Les sociétés minières investissaient beaucoup d’efforts pour trouver les meilleurs endroits où creuser, choisir l’emplacement idéal pour les dragues et préparer le sol.

    JA : Pour voir des images de dragues tirées de notre collection, consultez l’album Flickr de cet épisode.

    Au début de la ruée vers l’or du Klondike, plus de 30 000 chercheurs d’or ont fouillé à la main le fond des ruisseaux placériens. Mais la majeure partie de l’or était trop difficile à extraire manuellement – ou c’était trop dispendieux. Pendant que ces derniers travaillaient d’arrache-pied, les promoteurs et les investisseurs cherchaient des solutions à long terme pour exploiter le sol du Yukon.

    Un à un, les prospecteurs ont vendu leurs concessions à de grandes sociétés, qui ont installé des dragues dans les ruisseaux. Elles ont creusé jusqu’au substratum rocheux, transformant les vallées en monticules de gravier.

    Comme Sydney l’a dit, l’or découvert au Klondike a attiré deux grandes sociétés minières : la Canadian Klondike Mining Company en 1905, et la Yukon Gold Company quelques années plus tard.

    Les dragues étaient très efficaces pour extraire l’or. Chaque drague se déplaçait dans un bassin délimité. Elle excavait le gravier devant elle, récupérait l’or dans son lavoir à tamis rotatif, puis déversait le gravier restant par l’empileuse à l’arrière.

    SVL : Ces deux grandes sociétés minières [la Canadian Klondike Mining Company et la Yukon Gold Company] travaillaient dans les bassins de drainage, où elles faisaient surtout du dragage. Elles exploraient aussi pour trouver les endroits les plus profitables.

    C’est seulement en 1923 que la Yukon Consolidated Gold Corporation a été formée, en fusionnant ces deux sociétés (et aussi d’autres plus petites). Elles ont été achetées par la Yukon Consolidated Gold Corporation, qui a aussi acheté d’autres sociétés plus petites – nous ne savons pas combien exactement.

    Ça a été toute une entrée en scène pour la Yukon Consolidated Gold Corporation. Elle a pris le contrôle de la région. Elle possédait 12 dragues. Les dragues n’étaient pas toutes utilisées en même temps, mais quand même : c’était une exploitation minière de taille. Elle est restée en activité jusqu’en 1966.

    JB : Active pendant plus de 40 ans, la Yukon Consolidated Gold Corporation a employé plus de 700 personnes dans la région. À partir de 1923, Dawson est devenue une ville de dragage, une ville minière. La plupart des résidents travaillaient pour la société minière, ou dans les secteurs de services connexes. Bien sûr, Dawson comptait quelques fonctionnaires municipaux et d’autres travailleurs du genre. Mais la Yukon Consolidated Gold Corporation a été l’employeur principal de la ville pendant plusieurs décennies.

    SVL : Autre fait intéressant sur cette compagnie : elle est unique en son genre dans l’histoire minière du Canada. C’est la seule grande société placérienne de sa catégorie au pays. La première, comme je disais, à acheter beaucoup de terrains et à déployer une exploitation de placers à grande échelle.

    JB : Oui, c’est vrai que ça en fait une compagnie unique. Et ici, c’est important de comprendre la différence entre l’exploitation des placers et l’exploitation minière en roche dure.

    L’exploitation des placers, comme je l’ai dit plus tôt, c’est pour trouver l’or libre qui est dégagé du substratum rocheux par les altérations du climat; c’est l’or qui se trouvait dans les veines du substratum, et qui a été dégagé puis emporté dans les vallées fluviales.

    L’exploitation minière en roche dure vise plutôt à trouver l’or qui se trouve encore dans le substratum. Ce sont deux types d’exploitation complètement différents.

    Ici, on parle de l’exploitation des placers; c’est de l’or libre. Encore aujourd’hui, on peut déposer une demande de claim [concession] de placer, ou encore de claim de quartz, autrefois appelé claim de roche dure.

    On peut faire une demande pour ces deux types de claims, mais ils sont bien distincts, et ils s’obtiennent par des processus différents.

    JA : La Yukon Consolidated Gold Corporation Limited a été fondée en 1923, et elle est demeurée active au Klondike jusqu’en 1966.

    Son fondateur et directeur, l’entrepreneur britannique A. N. C. Treadgold, a passé le plus clair de sa vie à essayer de dominer l’industrie minière du Klondike. Il avait parmi ses bailleurs de fonds d’influents hommes d’affaires canadiens, et aussi des contributeurs internationaux comme les familles Rothschild et Guggenheim.

    De 1932 à 1966, la société a passé au crible 205 millions de verges cubes de gravier. Elle en a extrait environ 1,68 million d’onces d’or, pour une valeur de 58,8 millions de dollars. De nos jours, si on calcule une valeur de 2 000 dollars par once, ça équivaut à 3,4 milliards de dollars!

    Comme on l’a dit en introduction, Sydney et Jeff sont tombés sur des centaines de cartes géologiques du Klondike dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. Ces cartes sont extrêmement détaillées, et elles contiennent des renseignements précieux pour les géologues, les historiens et les sociétés minières. Sydney et Jeff sont donc venus à Ottawa pour les numériser et les publier en ligne. Jusqu’à présent, ils ont numérisé des centaines de cartes des années 1920, et des milliers de pages de données géologiques, qui portent entre autres sur 12 000 forages d’exploration. Ces données seront utiles aux mineurs qui travaillent aujourd’hui au Klondike.

    C’est la Yukon Consolidated Gold Corporation qui a créé ces cartes. Comment a-t-elle obtenu les données géologiques nécessaires?

    SVL : La compagnie employait une solide équipe de professionnels sur le terrain : géologues, ingénieurs, manœuvres, foreurs, cartographes, etc. Ils participaient aux activités de forage et de dragage, et ils rapportaient toutes les données géologiques au camp principal à Dawson, sur le ruisseau Bear.

    C’est intéressant, parce qu’on ne sait pas combien de cartographes étaient au service de la société, mais ils ont produit énormément de données. Les cartes et les documents qu’ils ont publiés sont incroyables.

    JB : La tenue des dossiers était impeccable, et la collecte des données a été orchestrée d’une main de maître. Ça a beaucoup aidé au succès de la Yukon Consolidated Gold Corporation.

    JA : Comment Bibliothèque et Archives Canada est-il entré en possession de ces cartes? Y en a-t-il d’autres ailleurs?

    SVL : Il y en a encore beaucoup d’autres! Comme vous le savez, il y a encore des mineurs dans la région de Dawson, et on pense qu’il reste plusieurs cartes dans les environs. La majeure partie des documents de la Yukon Consolidated Gold Corporation a été transférée aux Archives nationales du Canada en juin 1970. Certains documents ont un peu voyagé entre les Archives du Yukon (à Whitehorse) et le siège social de la société, à Vancouver. Donc ç’a pris quelques années, mais en 1975, la majorité de la collection se trouvait enfin aux Archives nationales du Canada, à Ottawa.

    JB : Tout ça est arrivé après l’arrêt des activités de la Yukon Consolidated Gold Corporation. La société ne savait pas quoi faire de toutes ces données amassées pendant des décennies. Ça remontait à 1905 et peut-être même avant.

    La société avait amassé des montagnes de données, tout au long de ses activités d’exploration et de dragage. Elle ne voulait pas que toute cette information se perde. Heureusement, elle a pu entrer en contact avec les Archives et coordonner le transfert.

    JA : Comme nous l’avons expliqué, la Yukon Consolidated Gold Corporation est demeurée active au Klondike jusqu’en 1966. Au début des années 1960, ses profits ont chuté à cause de l’augmentation des coûts des matériaux et de la main-d’œuvre, et d’une dévalorisation de la réserve d’or. Ses dragues ont tourné pour la dernière fois au Klondike le 15 novembre 1966.

    SVL : Pour vous donner un exemple, l’once d’or valait 21 $ en 1923. Ça avait seulement augmenté à 35 $ en 1966; cette la hausse était trop faible pour compenser les coûts de la main-d’œuvre et des matériaux. Pour ceux qui ne suivraient pas le coût de l’or, on était très loin des 1 900 dollars canadiens… non, plus que ça…

    JB : 1 900 dollars américains.

    SVL : … 1 900 dollars américains par once d’aujourd’hui.

    JB : Si le coût de l’or avait connu une envolée semblable à celle de 1980, peut-être que la société aurait maintenu ses activités. Mais vers la fin des années 1960 et le début des années 1970, ça n’en valait pas la peine.

    JA : Et quel est le but de projet de numérisation sur lequel vous travaillez avec BAC?

    SVL : L’industrie minière nous a vraiment encouragés à explorer le potentiel de ces cartes historiques. La plupart des mineurs d’aujourd’hui, surtout ceux du Klondike, voient les dragues chaque jour, et les monticules à la sortie de la ville. Ils se souviennent des histoires de leur grand-père ou de leur arrière-grand-père qui travaillait sur les dragues. Ces données les intéressent. Mais comme les documents sont à Ottawa, aux Archives nationales, c’est plus difficile de les consulter, de les numériser, etc.

    Nous avons fait notre premier voyage à Ottawa en juin 2013. Nous y sommes venus cinq fois; la dernière fois, c’était en décembre de l’année dernière. Nous prenons toutes les cartes qui pourraient contenir des données géologiques – celles qui pourraient aider directement les mineurs à déterminer où le sol a déjà été exploité et à trouver de nouveaux endroits qui pourraient être profitables.

    JB : L’un des principaux objectifs du projet, c’était de rendre les données accessibles aux mineurs. Sydney a fait un travail incroyable! Elle a passé des heures à trier les cartes et les rapports pour trouver l’information importante, et elle s’est occupée des demandes de numérisation.

    Quand les documents sont en format PDF, Sydney les rapporte à notre équipe de numérisation, qui en extrait les données essentielles. L’équipe les intègre ensuite à un système d’information géographique pour qu’elles soient plus faciles à manipuler et à consulter.

    JA : Depuis leur premier voyage en 2013, Sydney et Jeff ont numérisé plus de 1 000 cartes et presque 300 documents textuels (comme des rapports joints aux cartes et des dossiers de prospection).

    Aujourd’hui, il y a environ 160 exploitations minières en activité sur le territoire. La majorité sont dans la région de Dawson. Ce sont des exploitations de placers. Leur taille varie : la mine moyenne emploie cinq personnes ou moins. La production moderne d’or placérien s’élève à environ 80 000 onces brutes par an.

    Les données tirées de ces cartes et de ces documents sont-elles encore valides et utilisables?

    SVL : Oui, vraiment. Je pense entre autres au travail que j’ai fait pour un système d’information géographique. J’ai numérisé des puits de forage (parfois avec l’aide de contractuels), et maintenant je peux reconstituer la distribution de l’or dans les bassins de drainage. Ça permet de cibler un puits en particulier, et de savoir s’il a bien été foré et s’il contenait assez d’or.

    Je pourrais par exemple aller voir un mineur qui travaille dans cette région, et lui demander d’utiliser ces renseignements pour estimer la production pour l’année en cours. Et malgré l’âge des données, ses résultats seraient très près de la réalité. C’est chouette! Déjà, plusieurs mineurs du Klondike se sont dits impressionnés par la fiabilité, la justesse et l’abondance des données dans les documents de la Yukon Consolidated Gold Corporation.

    En gros, nous avons sélectionné toutes les cartes et tous les documents où il est question de gravier, d’or, de concessions, de dragues, de maquettes de puits, d’exploration – bref, de tout ce qui pourrait être utile aujourd’hui. Nous avons trouvé de tout, des cartes de forage jusqu’aux cartes de dragage (qui montrent les déplacements des dragues). Il y avait aussi des marqueurs de déblaiement, qui montrent le processus avant qu’une drague soit mise en fonction dans un bassin de drainage. Les mineurs devaient retirer les morts-terrains qui empêchaient l’accès au substratum rocheux.

    D’autres cartes sont plus rudimentaires : elles présentent simplement les concessions originales et le terrain qu’elles couvraient. Nous avons aussi trouvé des cartes des anciens fossés, et même des cartes des exploitations qui ont précédé la création de la Yukon Consolidated Gold Corporation, en 1923. Le territoire et ses caractéristiques géologiques y sont représentés avec une grande précision.

    JB : C’est un travail de cartographie incroyable! Quand Sydney et moi regardions ces cartes, en décembre dernier, j’étais toujours distraite par le génie des cartographes. Les dessins sont très, très esthétiques. On remarque tout de suite leur grande valeur artistique, et bon nombre contiennent de vrais bijoux d’information.

    Sydney a mentionné les renseignements les plus évidents, mais il y en a aussi toutes sortes d’autres : par exemple, l’emplacement des campements autour des ruisseaux plus isolés.

    La présence d’un campement indique qu’un prospecteur travaillait dans les environs, ce qui pourrait vouloir dire de meilleures chances de trouver de l’or.

    Quand on se promène dans les collines du Klondike, on voit que la plupart des mineurs sont très conscients des anciennes activités, des prospecteurs d’antan qui foraient dans les collines, et de tout ça. Mais il existe très peu de renseignements écrits qui nous disent à quoi ressemblaient vraiment ces activités.

    Nous essayons de reconstituer le portrait du passé : les activités, la distribution de la population… En sachant où les prospecteurs d’hier s’étaient installés, nous aurons peut-être plus de chances de faire des découvertes aujourd’hui. On trouve un peu d’information sur certaines vieilles cartes de la Yukon Consolidated Gold Corporation; il y en a qui contiennent quelques renseignements sur l’exploitation minière avant le début du dragage.

    JA : Et qui finance la numérisation des documents? Quels organismes contribuent au projet? Jeff, explique-nous.

    JB : Nous avons eu besoin d’un peu d’aide du gouvernement fédéral, et nous avons reçu un soutien exceptionnel de l’Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor). Il y avait un programme appelé ISDEN, pour Investissements stratégiques dans le développement économique du Nord. Il nous a permis, pendant plusieurs années, de couvrir les frais de déplacement et de numérisation.

    Le projet sortait un peu des sentiers battus pour la Commission géologique du Yukon; il est unique. Nous n’avions pas les fonds pour financer le projet à l’interne, alors nous sommes vraiment reconnaissants à CanNor d’y avoir autant contribué. Notre travail a vraiment aidé l’industrie dans la région. Il a aussi été très utile pour les historiens. CanNor a été un partenaire très important, tant pour l’aide apportée au gouvernement du Yukon que pour la couverture de nos salaires, à Sydney et à moi.

    JA : Nous avons demandé à Jeff et Sydney pourquoi c’est important de mettre ces données en ligne, à la disposition du public.

    SVL : C’est particulièrement utile pour l’industrie minière moderne : ces données équivalent à des résultats d’exploration gratuits. Elles peuvent vraiment guider les mineurs qui travaillent dans les grands bassins de drainage du Klondike. Et en plus, c’est un travail très intéressant pour nous! Les données nous permettent de reconstituer la distribution et la géologie des dépôts meubles, d’étudier l’épaisseur du gravier, etc.

    JB : Je travaille aussi à modéliser la distribution de l’or. C’est fascinant de voir comment les dépôts aurifères étaient répartis dans les vallées, avant l’exploitation minière. On peut maintenant reconstituer tout ça grâce aux données sur les puits de forage. Ça nous aide en retour à comprendre la distribution de l’or dans les vallées actuellement exploitées.

    SVL : Ça permet aussi d’établir d’autres cibles d’exploration. Par exemple, si on constate une très forte teneur en or dans un bassin de drainage, on peut regarder ses affluents pour essayer de déterminer l’origine. Ça nous amène à étendre l’exploration.

    Autre chose intéressante : les cartes nous montrent les anciens pipelines, les anciennes exploitations, les anciennes villes, tout ça. Pour un historien, c’est fascinant de voir où étaient situées les anciennes villes. Et ça peut être intéressant, pour les Yukonais, de voir l’ampleur des anciennes exploitations minières, et l’ampleur des activités de la Yukon Consolidated Gold Corporation.

    Et comme Jeff l’a dit, les cartes sont tout simplement belles. J’en ai même imprimé et accroché chez moi! Ce sont de véritables œuvres d’art. Mais je pense que leur vraie valeur vient du fait qu’elles peuvent être utiles à toutes sortes d’industries et de personnes différentes, et pas seulement aux Yukonais. Je pense que, quand les auditeurs iront voir les documents que nous avons numérisés, ils seront très impressionnés.

    JA : Pour voir un échantillon de ces magnifiques cartes, rendez-vous sur notre page Flickr. Vous trouverez le lien dans les notes du balado, sur la page de cet épisode.

    Pour voir une carte Web interactive de tout ce qui a été numérisé (les cartes, les puits de forage, les concessions et tout le reste), rendez-vous sur le site Web de la Commission géologique du Yukon. Nous laisserons aussi le lien dans les notes du balado.

    Jeff, un mot de la fin?

    JB : Je pense que c’est important, pour les auditeurs, de comprendre que le Yukon est une plaque tournante de l’exploitation aurifère au pays. C’est une de nos rares industries primaires. C’est une industrie d’ici, et aussi une grande partie de notre histoire. Bien sûr, le tourisme au Klondike a gagné en popularité ces dernières années, mais l’exploitation aurifère demeure le gagne-pain principal dans bon nombre de localités rurales du Yukon.

    Aussi, j’aimerais redire que nous avons déjà fait de nouvelles découvertes grâce à ces données historiques, notamment en dehors des zones draguées et forées au début de l’exploitation. Et nos clients sont de plus en plus nombreux à utiliser cette information dans leurs analyses des terres et des concessions, parce que ces documents ont été préservés par les Archives.

    JA : Pour d’autres ressources de Bibliothèque et Archives Canada sur les cartes géologiques du Yukon, rendez-vous à l’adresse bac-lac.gc.ca. À la page de notre épisode, vous trouverez plusieurs liens, dont notre album Flickr contenant une sélection de cartes et de photos tirées de notre collection.

    Merci d’avoir été des nôtres. Ici Josée Arnold, votre animatrice. C’était « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada », votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes. Un merci tout spécial à nos invités d’aujourd’hui, Sydney Van Loon et Jeff Bond. Merci aussi à Isabel Larocque et Kylie Van Every pour leur contribution.

    Cet épisode a été produit et réalisé par David Knox.

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    Vous trouverez la version anglaise de tous nos épisodes sur notre site Web ainsi que sur Apple Podcasts et Spotify. Il suffit de chercher « Discover Library and Archives Canada ».

    Pour plus d’information sur nos balados, ou si vous avez des questions, des commentaires ou des suggestions, visitez-nous à bac-lac.gc.ca/balados.

Animatrice : Josée Arnold, gestionnaire, Gouvernance, Liaison et Partenariats

Invitée : Jeff Bond, responsable de la biologie des dépôts meubles, et Sydney Van Loon, technicienne en géologie des placers, tous les deux de la Commission géologique du Yukon.

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