Discours - La tenue de documents au cœur de la mémoire, de la responsabilisation et de l'administration publiques : l'expérience du Canada

Symposium Canada-Japon sur la gestion des documents dans le contexte du cybergouvernement, les bibliothèques et les archives nationales : Élaborer de nouveaux cadres pour préserver et faire connaître les biens intellectuels

Mesdames et Messieurs,
Représentants distingués du gouvernement du Japon, à qui nous devons l'organisation de cette journée,
Estimés invités,
 
Je remercie les membres de ce symposium de m'avoir invité à partager mes réflexions sur l'expérience du Canada dans la redéfinition de la nature, du contenu et des dimensions de la mémoire publique déterminée et préservée par Bibliothèque et Archives Canada.
 
Comme vous pouvez l'imaginer, le thème que vous avez choisi pour votre symposium, « La gestion des documents dans le contexte du cybergouvernement », me tient à cœur.
 
Aujourd'hui, plus que jamais, le monde dans lequel nous vivons s'auto documente.
 
Nos vies sont constamment enregistrées par des moyens de surveillance et de sousveillance, et nous archivons tout aussi constamment nos activités professionnelles et récréatives, de même que nos conversations privées et publiques.
 
Notre société a pris pleinement conscience de l'importance de l'information.
 
De plus, le traitement des sources d'information et les compétences médiatiques sont devenus des atouts essentiels pour notre société.
 
Aussi, il est généralement reconnu qu'un vaste amalgame de technologies, de réalités économiques, d'informations, d'organismes et de personnes a intensifié la transformation sociale et produit des changements fondamentaux.
 
Ce phénomène a également transformé de façon considérable les activités administratives et la culture de l'administration publique.
 
Au milieu de toute cette production et de toute cette consommation d'information au sein de nos sociétés, deux questions de base émergent. Premièrement, quelles sont les retombées de cette transformation sur la culture et les activités administratives des institutions publiques responsables de déterminer et de rendre accessible le patrimoine documentaire d'une société?
 
Et deuxièmement, en quoi ces retombées touchent-elles les décisions opérationnelles et les activités des organisations permettant d'identifier, de collecter, de préparer, de décrire, de gérer et de découvrir les ressources documentaires, grâce à la constitution délibérée d'un corpus de la mémoire publique préservé dans un dépôt désigné?
 
J'aborderai ces questions en m'appuyant sur les expériences récentes du Canada et en examinant le rôle pivot que joue la tenue de documents à l'égard de la responsabilisation de l'administration publique et de la gouvernance responsable, dans le respect de la primauté du droit.
Pour situer mon exposé dans son contexte, permettez moi de commencer par présenter les modalités institutionnelles canadiennes relatives à l'administration de l'État.
 
Les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif du gouvernement du Canada définissent la forme et le caractère de notre démocratie.
 
Ces pouvoirs incarnent l'esprit de nos lois, à savoir garantir à chacun ses droits fondamentaux, assujettir chacun à la loi et protéger la suprématie de la constitution par le contrôle judiciaire.
Comme le Canada est une monarchie constitutionnelle, le gouverneur général est le chef symbolique du pouvoir exécutif.
 
Dans la pratique, la ou le premier ministre et son cabinet forment le pouvoir exécutif actif, appuyé par les organismes centraux, les ministères et le rôle administratif de la fonction publique du Canada.
 
Les ministres, les sous ministres et le Secrétariat du Conseil du Trésor sont tous dotés de pouvoirs particuliers dans la gestion de la fonction publique.
 
Les ministres et les sous ministres détiennent le pouvoir de gérer les personnes, les ressources et les activités de leur ministère afin d'atteindre les objectifs définis par les mandats législatifs et les politiques gouvernementales.
 
Le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada remplit le rôle de conseil de gestion du gouvernement du Canada; il détient le pouvoir de s'assurer que le gouvernement dans son ensemble est géré avec cohérence et efficacité.
 
Bibliothèque et Archives Canada remplit le rôle de dépositaire de la mémoire de l'État et veille à ce que le patrimoine documentaire du Canada soit le plus représentatif possible, bien préservé et accessible au plus grand nombre possible de Canadiens, à la fois maintenant et à l'avenir.
 
Bibliothèque et Archives Canada s'acquitte de cette mission en rendant des comptes au Parlement par l'entremise du ministre du Patrimoine canadien.
 
La récente Directive sur la tenue de documents pour le gouvernement du Canada donne à Bibliothèque et Archives Canada les moyens de remplir son mandat.
 
Plus particulièrement, la Politique sur la gestion de l'information du gouvernement du Canada définit la tenue de documents sous la forme d'un cadre de responsabilisation et de gestion, dans lequel les ressources documentaires sont créées, saisies et gérées en tant que bien essentiel à l'organisation, de même qu'en tant que savoir appuyant un processus décisionnel efficace et l'obtention de résultats pour les Canadiens.
 
La tenue de documents permet, au fond, de donner aux organisations les moyens de tirer profit de leur information, en tant que bien public vital.
 
En vertu de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, entrée en vigueur en 2004, le Parlement a confié au bibliothécaire et archiviste du Canada la responsabilité de conseiller les ministères et les organismes sur la gestion des documents et lui a conféré le pouvoir de contrôler l'élimination des documents au sein des institutions gouvernementales.
 
En résumé, la conception de la Directive sur la tenue de documents du gouvernement du Canada s'est étalée sur quarante ans, alors que les gouvernements successifs se sont organisés pour exécuter les tâches relevant de leur responsabilité au chapitre de la création, de la gestion et de la préservation de la causa materialis du Canada.
 
La meilleure définition possible de la causa materialis du Canada est la suivante : ce sont les biens civiques fondamentaux de notre nation - les pièces originales qui documentent nos décisions et nos actes, ainsi que l'information contenue dans nos livres et nos autres médias et objets documentaires.
 
Ces biens sont indispensables à la société pour définir, exprimer et partager ses buts communs.
Ils fournissent aux individus et aux groupes les compétences en littératie sociale indispensables à la participation démocratique au sein de leurs collectivités.
 
Ils permettent aux citoyens de jouir de leurs droits et de leurs libertés et d'assurer la responsabilisation de l'administration publique et une gouvernance responsable, dans le respect de la primauté du droit (ho no shihai).
 
En bref, ce sont les documents qui permettent aux Canadiens de fonctionner collectivement en démocratie qui constituent la causa materialis.
 
Ces documents facilitent un consensus social inclusif et des avancées sociales inclusives par la diffusion et la communication des ressources documentaires et la préservation d'une mémoire publique accessible.
 
Au cours des quarante dernières années, trois commissions gouvernementales ont établi le fondement des régimes modernes de gestion au Canada.
 
La plus importante d'entre elles, peut-être, est la Commission royale d'enquête sur l'organisation du gouvernement, présidée par J. Grant Glassco. Menée dans les années soixante, cette Commission a été le catalyseur du changement dans le domaine de la gestion des ressources documentaires.
 
Outre de nombreuses recommandations pour faire face aux questions touchant le volume et la gestion de la production de documents au moyen de la loi, des politiques publiques et des règlements, la Commission Glassco a mis l'accent sur l'importance de la tenue de documents dans les prises de décisions de l'administration publique et, en particulier, sur le lien solide entre la création et la préservation des documents publics et la capacité des Canadiens de disposer d'un gouvernement national responsable.
 
La Commission Glassco a fondamentalement reconnu la relation entre la réorganisation opérationnelle de l'administration publique et l'infrastructure nécessaire à sa responsabilisation. En ce sens, ses recommandations concernant la « tenue des dossiers » ont représenté un tournant décisif dans la définition des notions de transparence et de responsabilisation, en relation avec l'accessibilité de l'information publique.
 
Ses recommandations contiennent, par exemple, la première déclaration officielle du gouvernement du Canada liant directement la gestion de l'information publique à la transparence.
Pour citer le rapport de la Commission : « Les documents publics revêtent une importance exceptionnelle pour les gouvernements.
Au cours des siècles passés, ils ont servi surtout à établir les obligations des citoyens envers leurs gouvernements.
 
Cependant, depuis l'avènement des démocraties, il est devenu plus important encore de déterminer les obligations d'un gouvernement vis à vis de ses citoyens.
Les documents doivent être créés, tenus à jour et conservés de façon à ce qu'un gouvernement démocratique contemporain puisse être tenu responsable de ses activités devant le public. »
Fin de la citation.
 
Par-dessus tout, les recommandations de la Commission Glassco ont défini de façon formelle les paramètres et les composantes d'un modèle opérationnel qui allait être appliqué au cours des quarante années suivantes à l'échelle du gouvernement dans la gestion de ses dossiers, de ses documents et de son information.
 
On a donc reconnu, à la suite de ce rapport, que la gestion de l'information est un service interne, fourni au sein de tous les ministères du gouvernement, par une catégorie de fonctionnaires professionnels ayant l'expertise et les compétences acquises dans ce « domaine » de service, et appuyé par la loi et les politiques publiques.
 
Le rapport de la Commission a été, en rétrospective, très avant gardiste dans ses conclusions, puisque le modèle opérationnel qu'il a défini est devenu le fondement de la nouvelle Directive sur la tenue de documents du Canada.
 
Par la suite, la Commission royale sur la gestion financière et l'imputabilité, présidée en 1979 par Allen Thomas Lambert, a soulevé la question de la responsabilisation, sous les auspices de la gestion financière.
 
Les objectifs fondamentaux de la Commission étaient doubles : assurer la pratique de la gestion et du contrôle des finances à tous les échelons de la fonction publique et mettre en place la responsabilisation administrative effective des sous ministres devant le gouvernement et, le cas échéant, le Parlement.
 
La Commission a été principalement mise sur pied pour répondre aux préoccupations relatives à la responsabilisation du gouvernement dans l'emploi des fonds publics.
 
Cette Commission a pris ses distances par rapport à la Commission Glassco, pour qui il importait de laisser les gestionnaires gérer; elle a plutôt insisté sur l'importance d'astreindre les gestionnaires à gérer.
 
Elle a également établi le rôle fondamental de l'information dans la juste responsabilisation.
Selon le rapport de la Commission, « l'imputabilité repose sur un système de raccordements - un circuit bidirectionnel qui comporte un échange de renseignements pertinents et à propos, non seulement pour les gestionnaires, mais aussi pour ceux qui doivent examiner leurs décisions et leurs actes ».
 
Fin de la citation.
 
La Commission a reconnu qu'on devait améliorer les divers systèmes d'information de l'époque, conçus pour respecter les exigences du Parlement et de divers autres organismes gouvernementaux en matière de responsabilité, afin qu'ils répondent aux exigences requises par le type de gestion de l'information estimé indispensable à la planification, à la prise de décisions, à l'élaboration des budgets, au contrôle et à l'évaluation du rendement de ces ministères.
 
De la même façon, en 1979, le Comité spécial sur la gestion du personnel et le principe du mérite, le Comité d'Avignon, a profondément modifié les modalités de gestion des ressources humaines de la fonction publique.
 
Le Comité a recommandé de modifier la législation pour confier la dotation en personnel au Conseil du Trésor et à la direction des ministères.
 
À vrai dire, le Comité a recommandé au gouvernement d'adopter une philosophie de gestion définie clairement sous la forme d'un credo fondé sur les convictions, les valeurs et les attitudes en matière de gestion des affaires.
 
Cette philosophie allait par la suite devenir le socle des pratiques et des systèmes de gestion au Canada, créant ainsi la culture moderne de la fonction publique.
 
En résumé, le Comité d'Avignon et les Commissions Lambert et Glassco ont, de fait, formulé les principes de gestion des ressources humaines, financières et documentaires qui servent de base aux régimes de gestion modernes du Canada.
 
Dans un passé plus récent, au début des années 2000, l'administration publique fédérale du Canada s'est axée de plus en plus sur la responsabilisation, les valeurs et l'éthique, ainsi que sur la transparence, en raison d'événements politiques.
 
Dans ce contexte, le Bureau du vérificateur général du Canada a fait état dans son rapport d'un grave risque de pertes dans le patrimoine d'archives et de publications placé sous le contrôle du gouvernement fédéral. Ce risque s'expliquait par les carences des divers régimes de protection, par les points faibles des procédures de gestion et par l'effet combiné de la diminution des dépenses de protection et de la croissance continue de ce patrimoine.
 
En d'autres termes, le gouvernement du Canada a reconnu qu'une situation de crise risquait d'éclater.
 
En 2003, le Bureau du vérificateur général du Canada a contrôlé plusieurs ministères, dont Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, l'ancienne Bibliothèque nationale du Canada et les anciennes Archives nationales du Canada.
 
Ces vérifications sont devenues les moteurs de la création d'un régime de tenue de documents pour le gouvernement du Canada.
 
De plus, le Bureau du vérificateur général du Canada a donné l'impulsion au changement institutionnel.
 
Plus particulièrement, une nouvelle législation, adoptée en 2004, a fusionné les anciennes Archives nationales du Canada et l'ancienne Bibliothèque nationale du Canada en une seule institution, Bibliothèque et Archives Canada, ce qui a ouvert la voie au renouvellement des modalités de gestion des ressources documentaires au sein du gouvernement du Canada.
En vérité, à la suite du rapport de 2003 du Bureau du vérificateur général et de la priorité accordée à l'échelle du gouvernement à la responsabilisation, aux valeurs, à l'éthique, et à la transparence, Bibliothèque et Archives Canada a pris l'initiative de porter au niveau des cadres supérieurs les défis liés à la tenue de documents du gouvernement du Canada.
 
Étant donné les retombées du rapport du Bureau du vérificateur général et les nouveaux défis posés par les nouvelles technologies de l'information et de la communication en général, le greffier du Conseil privé et le secrétaire du Conseil du Trésor ont appuyé le bibliothécaire et archiviste du Canada dans la création d'une série de tables rondes des sous ministres sur la gestion de l'information et la tenue de documents, à l'automne 2006.
 
Les sous ministres et les chefs des organismes ont convenu qu'un Groupe de travail des sous ministres adjoints sur la tenue des documents pourrait formuler des analyses, des conseils et des recommandations sur ces questions.
 
Bibliothèque et Archives Canada a accepté de diriger ce groupe de travail animé par les principes suivants :
 
- la tenue adéquate de documents favorise la saine gestion opérationnelle du gouvernement du Canada;
- les documents sont des biens organisationnels clés qu'on doit gérer efficacement;
- la connaissance exhaustive de la tenue de documents est une composante inestimable de la création d'une culture de responsabilisation et de transparence;
- tous les employés de la fonction publique retirent des avantages de l'intégration de la tenue adéquate de documents à leur travail de tous les jours pour le gouvernement du Canada;
- la tenue adéquate de documents est un outil pratique essentiel qui permet à la multitude de programmes et de services du gouvernement du Canada de respecter les exigences réglementaires et les exigences de rendement.
 
Ce Groupe de travail des sous ministres adjoints sur la tenue de documents a également réalisé d'autres projets pour évaluer la durée, le coût et la quantité de travail nécessaires pour mettre en œuvre une saine tenue de documents au sein du gouvernement du Canada.
 
Enfin, le Groupe de travail est parvenu à la conclusion que des instruments de politique, des outils et des pratiques exemplaires normalisés, mais adaptables, s'imposaient en matière de tenue de documents. Il a également recommandé la responsabilisation accrue des sous ministres et des gestionnaires de programmes, grâce à la création d'une directive sur la tenue de documents.
 
Au mois de juin 2009, Bibliothèques et Archives Canada, en collaboration avec le Secrétariat du Conseil du Trésor, a mis en œuvre une directive sur la tenue de documents au sein du gouvernement fédéral, tout en fournissant aux ministères des outils et des renseignements grâce à des formations, des séances d'information et des exposés.
 
À l'heure actuelle, Bibliothèque et Archives Canada implique les ministères dans la tenue efficace de documents, tant au niveau de leur direction qu'au niveau opérationnel - y compris le greffier du Conseil Privé, les sous ministres et les sous ministres adjoints. C'est à cette fin que nous gérons plus de 25 projets d'évaluation et projets pilotes, afin de mettre en place un cadre réglementaire pour la tenue de documents.
 
Depuis la publication de sa Directive sur la tenue de documents, Bibliothèque et Archives Canada contribue à la mise en œuvre du cadre de référence de cette politique.
 
Plus précisément, Bibliothèque et Archives Canada dirige une initiative dans plusieurs institutions fédérales, dans le but de redéfinir le champ d'application relatif à la disposition des documents pour toutes les institutions fédérales d'ici 2014.
 
La définition d'une approche complète relative à la disposition des documents à l'échelle du gouvernement comportera trois volets : la mise en œuvre d'une méthodologie générique de disposition de toutes les ressources documentaires; la révision du cadre d'évaluation des ressources documentaires d'archives ou historiques; et l'élaboration d'outils relatifs à la disposition des documents pour les activités opérationnelles courantes du gouvernement.
 
Afin de situer toutes ces initiatives dans leur contexte, la sélection des ressources documentaires à valeur opérationnelle et l'élimination systématique de toutes les autres informations par des processus de disposition autorisés et documentés constituent une des composantes de base essentielles d'un nouveau régime de tenue de documents pour l'administration publique.
 
La Directive sur la tenue de documents permet aux ministères de différencier les quantités énormes d'information qu'ils créent chaque jour et d'axer prioritairement leurs ressources sur la gestion des ressources documentaires qui ont une valeur opérationnelle et qui sont indispensables à l'atteinte des objectifs opérationnels et des exigences de rendement et à l'exécution du mandat que la loi leur impose.
 
D'après la définition de la Directive, les ressources documentaires sont des documents sous forme publiée ou non, quel que soit le format, la source de communication, le mode de production ou le support d'enregistrement.
 
Les ressources documentaires comprennent les documents textuels, les documents électroniques, les nouveaux médias, les publications, les films, les enregistrements sonores, les photographies, l'art documentaire, les graphiques, les cartes et les artéfacts. Toujours d'après la définition de la Directive, les ressources documentaires à valeur opérationnelle sont les documents publiés ou non, quel que soit le support ou la forme, créés ou acquis parce qu'ils permettent et documentent la prise de décisions à l'égard de programmes, de services et d'opérations continues. Ces ressources appuient donc les exigences des ministères en matière de rapports, de rendement et de responsabilisation.
 
Dans ce contexte multidimensionnel compliqué, un régime de tenue de documents technologiquement et formellement neutre - applicable indépendamment des technologies employées pour le mettre en œuvre - permet d'harmoniser le fonctionnement administratif et opérationnel essentiel de base du gouvernement.
 
Il importe de souligner que la sélection et la gestion des ressources documentaires à valeur opérationnelle jouent un rôle fondamental dans la mise en œuvre d'un régime de tenue de documents efficace et efficient dans les ministères du gouvernement du Canada.
 
Cette approche permet de résoudre de nombreux défis posés par l'abondance de l'information créée et acquise dans les milieux de travail gouvernementaux.
 
Les ressources documentaires opérationnelles documentent de manière fiable les décisions opérationnelles, les activités et les transactions pour les ministres, les gestionnaires de programme et les citoyens canadiens.
 
Ces pratiques améliorent l'accessibilité, favorisent l'extraction efficace de l'information, accroissent l'efficience de la prestation des programmes et des services, évitent le chevauchement des tâches ainsi que les problèmes d'insuffisance des locaux d'entreposage, clarifient les activités de disposition et facilitent la mise en place d'une culture moderne et rationalisée de la tenue de documents au sein du gouvernement du Canada.
 
Toute discussion sur la bibliothèque et les archives nationales idéales contient inévitablement des commentaires sur les répercussions du nouveau paysage numérique.
Dans un monde numérique affranchi, pour l'essentiel, des dimensions du temps et de l'espace ou du catalogage dans un espace physiquement clos, nous créons rapidement une société complètement réseautée, grâce aux nouvelles technologies de l'information et des communications.
 
La technologie nous permet d'être nous mêmes : nous co modifions des ressources documentaires pour les distribuer aux consommateurs sur une échelle inégalée, jamais imaginée auparavant; nous permettons aux consommateurs de participer à la création et à la production du contenu des ressources documentaires; et nous créons de nouvelles formes de médiation et de production documentaire en relation avec l'information, la littératie et le savoir.
 
C'est pour cette raison que, en collaboration avec le Secrétariat du Conseil du Trésor, Bibliothèque et Archives Canada dirige la première phase de l'initiative du bureau numérique.
L'objectif de cette initiative consiste à créer un environnement dans lequel les documents demeureront numériques, de leur création à leur utilisation.
 
Les constatations et les résultats des diverses phases du projet pilote permettront de déterminer les meilleures solutions technologiques à fournir aux institutions du gouvernement du Canada afin de leur permettre de conserver la bonne information, pendant la période de temps qui convient et de la bonne manière, dans un environnement physique habilitant et ergonomique, ce qui diminuera considérablement l'utilisation du papier et les liens de dépendance au sein de tout le gouvernement.
 
En fonction de la réussite des projets pilotes en cours, des modifications seront apportées et d'autres phases du projet seront planifiées et mises en œuvre.
 
Dans la première phase de l'initiative du bureau numérique, on jettera les bases permettant aux institutions pilotes de répondre aux besoins du bureau numérique de l'avenir, tout en respectant les exigences de la Directive de tenue de documents.
 
Ainsi, la première phase de l'initiative est axée sur les activités et les produits livrables associés à la composante de tenue de documents de la mise en œuvre du bureau numérique. Il s'agit plus particulièrement de définir le contexte de la tenue de documents pour que la création, l'acquisition, la collecte et la gestion des ressources documentaires à valeur opérationnelle puissent être facilitées par les technologies et les solutions d'entreprise habilitantes appropriées.
Pendant la première phase, plusieurs organismes gouvernementaux collaboreront avec la Direction des documents gouvernementaux de Bibliothèque et Archives Canada.
 
L'équipe de projet adoptera précocement cette façon de faire et contribuera à la maturité et à la capacité en matière de tenue de documents. Elle élaborera des stratégies permettant d'appliquer les exigences des opérations, des processus, des règles opérationnelles et de la technologie associées à la Directive.
 
Bibliothèque et Archives Canada collabore également avec un autre ministère pilote à l'élaboration d'un manuel sur la numérisation et la destruction des documents papier.
 
On a soumis, pour examen, une ébauche de directive à plusieurs ministères afin de recevoir leurs commentaires.
 
En résumé, les instruments de politique que Bibliothèque et Archives Canada vient de mettre au point mettront l'accent sur la collecte, la préservation et la disposition en temps opportun des ressources documentaires numériques.
 
Une étape importante débutera en 2017, alors que Bibliothèque et Archives Canada ne recevra plus ou ne recevra que très peu de documents gouvernementaux papier. Les documents seront absorbés sous forme électronique et Bibliothèque et Archives Canada deviendra un dépositaire numérique de confiance.
 
Comme on pouvait également s'y attendre, l'avènement du paysage numérique exerce une profonde influence sur les pratiques institutionnelles de base au cœur de toutes les bibliothèques et les archives nationales.
 
Par conséquent, dans le cadre de mes fonctions de bibliothécaire et archiviste du Canada, je dirige maintenant mon organisation dans un processus de modernisation.
 
En vérité, la modernisation de Bibliothèque et Archives Canada constitue l'élément central du réexamen de notre pertinence et de notre efficacité institutionnelles dans la société de l'ère numérique du 21e siècle et au delà.
 
L'immédiateté et la fluidité de la création, de l'utilisation et de la réutilisation de notre causa materialis ont radicalement transformé la relation traditionnelle et consensuelle entre les fournisseurs et les utilisateurs d'information.
 
Comme les transformations sociales et les avancées technologiques permettent l'auto édition, le mixage et la réutilisation des informations numériques, les consommateurs d'information sont devenus également des producteurs d'information dans l'environnement numérique.
 
Les paliers de séparation entre les citoyens et les ressources documentaires ont diminué considérablement.
 
L'acquisition, la préservation et l'accès aux ressources documentaires, autrefois appuyés par les institutions de mémoire dans le monde analogique, sont devenus plus directs, non filtrés et immédiats dans le monde numérique.
 
Pour les institutions de mémoire, comme Bibliothèque et Archives Canada, et pour nos clients, les citoyens canadiens, ce changement offre l'occasion de réévaluer et de réadapter des modèles opérationnels et des méthodologies monopolistiques et désuets, conçus pour l'ère de l'impression pendant laquelle ils étaient plus applicables. Ce changement se prête également à la participation de nos clients à des activités telles que le catalogage et l'allocation de métadonnées, autrefois du ressort exclusif des professionnels de l'information.
 
De plus, la reconnaissance que notre institution doit être animée par les politiques publiques et agir au sein de l'organisation du gouvernement fédéral dans sa totalité est au cœur du modèle modernisé de création des ressources documentaires numériques de Bibliothèque et Archives Canada.
 
Nos décisions doivent être fondées sur des éléments probants, ainsi que sur des recherches et des analyses saines; notre institution doit prendre des décisions viables et durables et refléter les opinions de la société canadienne, exprimées par le consensus des ministres.
 
Pour les institutions de mémoire publique, et aux fins de la collecte du patrimoine documentaire, la valeur persistante des ressources documentaires du gouvernement est devenue une composante de la valeur de son capital intellectuel, exprimée et concrétisée dans ses documents opérationnels.
 
À cet égard, les institutions fédérales canadiennes intègrent la tenue de documents à leurs activités opérationnelles de base, à leurs interventions et à leurs points de décision immédiatement avant ou pendant la création de documents pour leurs besoins opérationnels et pour les besoins de la mémoire publique, à la fois dans le contexte administratif de la nouvelle gestion publique et dans la sphère de l'information numérique.
 
Ces interventions mettent à profit la création collaborative des ressources documentaires au sein des ministères qui forment un corpus interprété de la mémoire publique pour le préserver dans des dépôts de mémoire dédiés.
 
En conclusion, à la lumière de cette transformation et le regard tourné vers l'avenir, je pense que les questions suivantes devraient être traitées en profondeur par toute institution prétendant être une bibliothèque et des archives nationales idéales.
 
Premièrement, quels sont les principaux défis des institutions de mémoire publique à l'ère numérique?
 
Deuxièmement, les modèles opérationnels et économiques actuels des institutions de mémoire publique à l'ère numérique exigent ils plus de collaboration et l'élaboration d'un nouveau modèle opérationnel?
 
Enfin, les institutions de mémoire publique peuvent elles redéfinir leur rôle et leurs fonctions traditionnels pour les adapter à l'ère numérique et aux réalités d'une économie globale?
 
Merci.
 
 
Date de modification :