Discours - Hommage posthume à Jean-Pierre Wallot

63e Congrès annuel de l'Institut d'histoire de l'Amérique française

 
Université d'Ottawa, Centre des congrès, pavillon Desmarais, 12e étage 55, avenue Laurier Est
 
Le 22 octobre 2010
 
Mesdames, Messieurs, distingués collègues,
 
Bonjour,
 
Je suis honoré de me joindre à vous cet après-midi pour cet hommage à Jean-Pierre Wallot, archiviste national aux Archives nationales du Canada, de 1985 à 1997.
 
L'impressionnant parcours de mon prédécesseur au sein des Archives nationales, à une époque précédant la fusion de la Bibliothèque nationale du Canada et des Archives nationales du Canada en 2004, commença de fort belle manière.
 
Suivant sa nomination, au printemps de 1985, il se vit confier la tâche de réviser la Loi sur les Archives publiques du Canada, datant de 1912, qui occasionna un premier changement de nom à l'institution fédérale. Connue sous le nom d'Archives publiques Canada depuis 1872, l'institution se fit rebaptiser Archives nationales du Canada.
 
La transformation qu'il allait orchestrer ne s'arrêterait pas à un changement dit « de vitrine ».
 
L'archiviste national allait aussi veiller à la redéfinition du mandat de l'institution, en commençant par une revue en profondeur de ses activités archivistiques.
 
La Loi conférait aux Archives nationales plusieurs obligations institutionnelles. En premier lieu, elle spécifiait celle d'acquérir et de conserver des documents d'intérêt national et de les mettre à la disposition du public.
 
Pour réaliser cet objectif, M. Wallot dirigea l'élaboration d'une nouvelle politique d'acquisition. Une initiative des plus complexes.
 
La révision de la Loi requérait également une réorganisation importante. Un des objectifs visés consistait à faciliter la gestion des documents des institutions fédérales et des documents ministériels. De plus, les Archives nationales étaient dorénavant appelées à appuyer les activités archivistiques et la communauté canadienne des archives, un principe qui continue de baliser l'approche de l'institution à ce jour.
 
Au chapitre de ses nombreuses réalisations figurent plusieurs initiatives et projets, notamment la révision des méthodes d'évaluation des documents gouvernementaux, le développement d'un programme intégré d'acquisition de documents informatiques, et l'établissement et l'application de normes concernant la description des documents d'archives.
 
Les Archives nationales ont aussi bénéficié de ses talents de négociateur. M. Wallot a mené à bien de nombreuses négociations avec des institutions fédérales. Alors que certaines d'entre elles portaient sur l'amélioration des pratiques de gestion de leurs documents, d'autres visaient à faire verser les documents historiques institutionnels aux Archives, notamment ceux provenant de la Cour suprême, du Service canadien du renseignement de sécurité et de Radio-Canada.
 
Parmi ses réalisations se trouve également l'organisation du Congrès international des archives, se tenant en septembre 1992. Son prédécesseur, Wilfred I. Smith, avait invité les membres de l'exécutif du Conseil international des archives à se pencher sur la candidature de Montréal comme lieu de rencontre pour l'événement.
 
Sitôt Montréal confirmée comme destination pour les congressistes, M. Wallot développa une approche collaborative avec les communautés d'archivistes provinciaux et territoriaux pour s'assurer que l'événement bénéficie d'un soutien pancanadien. Le Congrès fut couronné de succès et contribua à élargir le forum de dialogue quant aux sujets touchant les archives et leur gestion.
 
Dans la foulée de ce congrès, Jean-Pierre Wallot assura la présidence du Conseil international des archives de 1992 à 1996. Durant ces quatre années, il a travaillé avec acharnement à sensibiliser différents groupes et publics à l'importance des archives.
 
Visionnaire, il orchestra la mise sur pied d'un comité pour assurer la protection des documents audiovisuels bien avant que le sujet ne gagne en importance et qu'on le perçoive comme un patrimoine faisant partie intégrante de notre mémoire collective.
 
Ses efforts ont trouvé un écho de marque en 2005, soit presque deux décennies plus tard, lorsque la Conférence générale de l'UNESCO entérina la proposition d'établir une Journée mondiale du patrimoine audiovisuel, commémorée annuellement le 27 octobre.
 
Sous sa gouverne, M. Wallot veilla à accroître et à améliorer la capacité immobilière de préservation et la qualité des lieux de collection des Archives nationales. Il instigua plusieurs projets d'agrandissement, dont la réfection de l'édifice commémoratif-ouest qui, à l'époque, allait servir de bureau central aux Archives nationales.
 
Une de ses réalisations, toujours bien visibles aujourd'hui, se veut la construction du Centre de préservation à Gatineau. L'histoire qui précède cet accomplissement d'envergure mérite un bref rappel.
 
Avant son arrivée aux Archives, l'institution fédérale manquait d'espace destiné à l'entreposage. Pour cette raison, les Archives nationales n'avaient d'autres choix que de répartir leurs fonds et collections dans plusieurs entrepôts dans la région de la capitale nationale. Au total, on en comptait plus d'une douzaine.
 
On dit que parfois les événements sont le terreau du changement. Entre 1985 et 1987, plusieurs incidents météorologiques provoquent des dommages considérables aux lieux d'entreposage.
 
Ces dommages, rapportés par les médias, alertent les membres du Comité permanent sur les communications et la culture, réunis au printemps de 1987.
 
L'archiviste national est sommé de comparaître devant ledit Comité pour faire état de la situation et des dommages causés au patrimoine culturel entreposé. À la lumière d'une enquête demandée par M. Wallot, les membres du Comité recommandent au gouvernement la construction d'un nouvel édifice.
 
De cette recommandation, faite en décembre 1987, viendra la construction du Centre de préservation, dix ans plus tard, soit seulement quelques jours avant que l'archiviste quitte ses fonctions le 6 juin 1997. Certains oseraient croire qu'il avait savamment planifié sa sortie.
 
Cet ardent défenseur du milieu des archives quitta les Archives nationales au début du mois de juin, il y a maintenant treize ans. Dans son message au personnel annonçant sa démission, il avoue avoir donné les douze plus belles années de sa carrière aux Archives nationales, ce que collaborateurs et employés lui reconnaissent avec gratitude.
 
De ce message, je me permets de citer les dernières phrases. Celles-ci contiennent une analogie tirée du milieu du hockey qui illustre merveilleusement bien l'humilité de l'homme qui a su diriger cette institution :
 
« Ensemble, nous avons gagné plusieurs coupes Stanley des archives. Il vous faut maintenant un nouvel entraîneur qui saura vous aider à vous maintenir au sommet. »
 
Fort des jalons posés par ce bâtisseur, et du travail accompli par son successeur, je suis à même de constater toute la portée de son leadership, plus d'une décennie après son départ.
 
Je suis ravi d'avoir pu exprimer ma gratitude envers mon prédécesseur et vous suis reconnaissant de l'occasion présentée pour le faire, devant notre communauté.

 
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