Discours d'ouverture de Daniel J. Caron, Bibliothécaire et archiviste du Canada à la réunion du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes

Le 30 novembre 2010
 
Monsieur le président,
Messieurs les membres du Comité permanent des langues officielles,
 
Je vous remercie de l'occasion qui m'est offerte de pouvoir déposer devant votre comité. Je comparais devant vous suite au dépôt du rapport annuel du Commissaire aux langues officielles, le 2 novembre dernier, et dans lequel se trouve une évaluation de la performance de Bibliothèque et Archives Canada par rapport à ses obligations découlant de la Loi sur les langues officielles. Monsieur Mark Melanson, directeur général principal de l'Intégration des ressources, m'accompagne aujourd'hui car c'est lui qui chapeaute l'application de la Loi sur les langues officielles dans notre organisme.
 
Bibliothèque et Archives Canada réunit les fonds, les services et le personnel de deux organismes maintenant fusionnés : la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives nationales du Canada. L'essence du mandat de BAC est le suivant :
 
  • préserver le patrimoine documentaire du Canada pour les générations actuelles et futures;
  • être une source de savoir permanent accessible à tous et qui contribue à l'épanouissement culturel, social et économique du Canada;
  • faciliter au Canada la concertation des divers milieux - y compris les communautés de langue officielle en situation minoritaire - intéressés à l'acquisition, à la préservation et à la diffusion du savoir;
  • être la mémoire permanente de l'administration fédérale et de ses institutions.
Des changements importants sont survenus au cours de la dernière décennie dans le domaine de l'information : production surabondante, création accélérée, multiplication des formats, facilité d'accès sans précédent et influence croissante des usagers. Le contraste est frappant avec la période précédente, caractérisée par une création et une production restreintes, des sources faisant autorité, l'intervention de spécialistes, un nombre limité de formats, des échanges réduits et un nombre limité de participants.
 
Cette nouvelle réalité force une remise en question des fondements mêmes des pratiques et théories traditionnelles qui ont structuré la gestion de l'information, la bibliothéconomie, le patrimoine documentaire et la constitution de la mémoire permanente du Canada. Dans un environnement en constante évolution, BAC doit trouver les moyens d'atteindre des résultats optimaux en desservant la population.
 
À titre de bibliothécaire et archiviste du Canada, je dirige le processus de modernisation de l'organisme dans toutes ses grandes sphères d'activité, en garantissant le respect du mandat prescrit par la loi en matière d'acquisition, de préservation et de diffusion du patrimoine documentaire national pour les générations actuelles et futures.
 
Tout au long de ce processus, je puise dans mon expérience antérieure en tant que président du Conseil du Réseau des champions ministériels des langues officielles pour veiller à ce que le nouvel organisme incarne de manière exemplaire l'esprit et l'intention de la Loi sur les langues officielles.
 
Selon moi, le respect des langues officielles constitue une marque de respect pour les collègues et la population canadienne. Il y va aussi de la pérennité institutionnelle et constitutionnelle, une façon de mettre en valeur notre singularité et de dynamiser nos valeurs nationales au quotidien - en un mot : respecter nos principes fondateurs.
 
L'avenir des langues officielles dépend de notre volonté et de notre aptitude à assurer la dualité linguistique. Pas besoin d'attendre de nouvelles règles, de nouveaux règlements; il faut agir avec les règles et règlements que nous avons, dans le respect de nos valeurs et en faisant preuve de créativité et d'esprit novateur.
 
Les Canadiens s'attendent à ce que leur fonction publique fédérale soit institutionnellement bilingue, pas uniquement pour les servir dans la langue officielle de leur choix, mais également pour nourrir la réflexion sur les politiques publiques grâce au travail et aux idées nouvelles provenant des deux communautés des langues officielles.
 
En ce qui a trait au rapport annuel du commissaire aux langues officielles, j'aimerais formuler les commentaires suivants, tant sur les réussites de BAC que sur les points où nous pouvons nous améliorer et ceux pour lesquels de notables progrès ont déjà été accomplis.
 
L'institution a reçu d'excellentes notes en ce qui a trait à la prestation de services dans les deux langues officielles, en personne ou au téléphone. En ce qui concerne l'offre active de services au téléphone, BAC figure parmi les trois organismes à recevoir la plus haute note.
 
Par ailleurs, pour ce qui est de la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles dans le milieu de travail, BAC s'enorgueillit de ses résultats, puisqu'il obtient la meilleure note des seize organismes fédéraux évalués.
 
Enfin, en ce qui concerne les mesures globales prises par BAC pour favoriser l'épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire, j'aimerais souligner que l'évaluation de BAC a été réalisée au cours de la première année d'un plan quatriennal sur les langues officielles.
 
Compte tenu du délai imparti pour la concrétisation du plan d'action de BAC, il est attendu que des ajustements seront nécessaires après la première année de mise en œuvre, eu égard à la nature même du travail lié à la gestion du patrimoine documentaire d'une collectivité.
 
Nous ne sommes plus au temps où un service d'archives nationales déterminait unilatéralement ce qui constituait la collection adéquate du patrimoine documentaire pour une communauté de langue officielle en situation minoritaire et l'accessibilité à ce patrimoine. Un organisme moderne comme BAC cherche à former des partenariats avec les membres de ces communautés pour qu'ils participent activement à la résolution des questions concernant leur propre patrimoine.
Cette consultation et cette collaboration constructives servent d'assise au plan d'action de BAC pour promouvoir la vitalité et la pérennité des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
 
À titre d'illustration, cette année, lors de la Conférence des archivistes fédéral, provinciaux et territoriaux, un projet de collaboration a été lancé pour élaborer une stratégie nationale relativement au patrimoine documentaire des collectivités franco-canadiennes. Ce projet rassemble les archives territoriales du Yukon; les archives provinciales du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Ontario et de l'Île-du-Prince-Édouard; Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada.
 
À l'heure actuelle, les organismes partenaires participent activement aux consultations pour fixer les nouveaux paramètres du projet et les critères à retenir pour documenter un patrimoine commun.
 
La formation de ce réseau conduit également à penser que BAC aura l'occasion de partager son expertise croissante dans le domaine numérique avec les communautés minoritaires de langue officielle. La transition d'un monde analogue vers un monde numérique permet à ces communautés de transcender leur isolement géographique en améliorant les échanges entre les membres de la communauté et avec les ministères fédéraux. Le réseautage social multiplie les occasions de renforcement des liens communautaires, et BAC, en partenariat avec les collectivités, peut consigner les particularités de cette transition vers la réalité numérique du XXIe siècle.
 
Monsieur le président, le projet de modernisation de BAC repose fondamentalement sur le principe de la promotion de la dualité linguistique canadienne. L'accomplissement de notre mandat pour fournir aux citoyens un accès permanent à leur patrimoine documentaire exige de poursuivre notre collaboration avec les communautés minoritaires de langue officielle pour garantir la préservation de leur patrimoine.
 
Je vous remercie et il me fera plaisir de répondre à vos questions.
 
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