Remarques introductives à l'occasion du 3e Forum Histoire Canada

Introduction

Bonjour et bienvenue au Forum Histoire Canada 2010 et à Bibliothèque et Archives Canada.
Je suis ravi de me joindre à tant d'universitaires, enseignants, conservateurs de musées, archivistes, historiens très connus, écrivains, producteurs du monde des médias, députés et, bien sûr, étudiants de l'histoire, un qualificatif qui s'applique à nous tous.
 
Les Canadiens se joignent aux pays du monde qui réévaluent la perception de l'histoire, son enseignement, la mémoire collective et ce qu'elle en est venue à symboliser dans un monde de plus en plus collectif et démocratique.
 
Pour la première fois cette année, le Forum se tient à Bibliothèque et Archives Canada, ce qui semble approprié compte tenu de notre mandat et de notre désir de rallier les Canadiens à l'édification des connaissances et à la compréhension de notre passé, de notre présent et de notre avenir.
 

L'histoire en 2010

Histoire et mémoire… Que signifient ces concepts à l'ère numérique?
 
Comment gérons-nous les fondements mêmes de notre mémoire collective, soit les documents qui nous permettent de fonctionner comme une démocratie?
 
Comment facilitons-nous l'accès à notre patrimoine documentaire? Comment veiller à ce que les documents que nous conservons puissent être lus et étudiés?
 
Comment transmettons-nous l'importance du passage du temps et de l'expérience à une génération ancrée dans l'instantané, phénomène puissant qu'offre aujourd'hui la technologie?
 
Voilà le genre de questions que nous allons sans doute aborder au cours de ce Forum, sous une forme ou une autre.
 
Elles revêtent un intérêt particulier puisque nos différents rôles se complètent l'un l'autre, les bibliothécaires et archivistes évaluant et préservant notre patrimoine documentaire, et les historiens, l'interprétant.
 
La réponse que nous apporterons à ces questions aura une incidence profonde sur la perception de notre identité en tant que nation, aujourd'hui et à l'avenir.
 

Notre identité numérique

Dans le monde d'aujourd'hui, il est pratiquement impossible de parler d'histoire et d'identité en faisant abstraction des technologies numériques.
 
L'ère numérique nous oblige tous à revoir nos attitudes, pratiques et méthodes d'enseignement.
Nous vivons à une époque où la recherche est d'une importance capitale et la valeur, établie en fonction de la facilité de la recherche.
 
Les sites Web, autrefois au cœur de nos préoccupations, ont été remplacés par la question plus vaste de la présence sur le Web.
 
À l'ère des médias sociaux, nos communautés, nos clients et nos étudiants se réunissent en ligne grâce à de multiples moyens de communication et dispositifs portables.
 
Nul besoin de chercher très loin les traces de ces nouvelles possibilités : comme vous le savez, les exposés présentés au cours de cette conférence seront diffusés en direct sur le Web et enregistrés pour que nous puissions en faire des bandes vidéo, des balados et éventuellement, des cyberséminaires.
 
J'en parle parce que la façon dont l'information est présentée et relayée a un effet considérable sur la façon dont elle est employée et détermine si, oui ou non, elle est utilisée. Il est intéressant de noter que YouTube est en train de rattraper Google à titre de moteur de recherche principal, les comportements des utilisateurs vivant du coup une transformation dont nous ne pouvons pas encore prévoir les formes.
 
Dans ce contexte, la gestion de l'expansion de notre patrimoine documentaire et de notre mémoire collective est certes devenue compliquée, mais aussi très stimulante.
 
Ensemble, nous devons réévaluer nos rôles et fonctions en tant qu'enseignants, chercheurs et historiens.
 
Mais la course contre la montre se poursuit : les vestiges de l'histoire d'aujourd'hui sont éphémères; ils changent de forme et de fonction à un rythme fulgurant.
 
Et nous ne devons pas seulement nous pencher sur la technologie, mais aussi sur les processus institutionnels et les changements sociaux.
 

Moderniser BAC

Voilà l'une des raisons pour lesquelles nous modernisons BAC.
 
Nous sommes arrivés à une étape de l'histoire où les démarches collaboratives sont absolument fondamentales pour favoriser la création d'un réseau pancanadien à l'appui de notre patrimoine documentaire.
 
Nous avons besoin de nouvelles façons d'interagir, de communiquer les uns avec les autres et de partager les ressources. Nous avons besoin de nouvelles formes de collaboration pour faire face à ce nouveau monde de connaissances et d'informations, et au visage en constante évolution de notre mémoire collective.
 
Dans le passé, les professionnels de l'information étaient seuls responsables d'assurer la pérennité de notre mémoire collective et de notre patrimoine documentaire. Ils choisissaient ce qu'il fallait préserver et ce dont se souviendraient leurs contemporains et les générations futures.
Mais aujourd'hui, ceux qui jouent un rôle dans la production et la distribution de l'information dans un environnement à caractère principalement numérique forgent l'édification de la mémoire collective et, par conséquent, l'histoire elle-même, et ce, à chaque instant de documentation.
 
Un moment continu dans le temps et dans l'espace se crée au sein du processus de la mémoire lorsque les communautés font face à l'instabilité, la fragilité et la nature éphémère de celle-ci.
C'est à ce moment que la société doit prendre des décisions quant à la communication, la collecte, le traitement et la gestion de ses sources d'information.
 
L'arrivée de l'ère numérique a complètement transformé l'instant de documentation.
 
Les décisions en lien avec la valeur et le but de l'information doivent être prises avant, pendant et immédiatement après l'acte de création, et non pas cinquante ou cent ans plus tard.
 
Ce phénomène change toute notre perception de l'histoire et la façon dont nous lui accordons sa valeur.
 
Cela signifie que les forums comme celui-ci, où nous avons l'occasion de nous rencontrer et d'échanger des connaissances associées à nos disciplines diverses mais pourtant reliées, sont plus nécessaires que jamais.
 

Conclusion

On entend souvent dire que les étudiants aujourd'hui n'accordent aucune valeur à l'histoire ou qu'ils ne s'intéressent pas aux expériences qui définissent notre passé.
 
Je ne suis pas d'accord. Récemment, j'ai discuté avec des étudiants qui participent au nouveau programme élargi Nous nous souviendrons d'eux, maintenant offert en partenariat avec BAC, le Musée canadien de la guerre et le Conseil des bibliothèques urbaines du Canada.
 
Grâce à ce programme, les étudiants profitent d'un accès direct à des dossiers de militaires ayant servi au cours de la Première et de la Seconde Guerres mondiales, ce qui leur ouvre une perspective rare sur les expériences et le vécu des hommes et des femmes dont les noms ornent les monuments commémoratifs de nos collectivités.
 
J'ai vu des milliers d'étudiants se lancer dans des recherches historiques primaires avec l'enthousiasme et la passion qui les mèneront à la découverte de ces histoires qui insufflent une vie nouvelle au passé.
 
Si nous encourageons et appuyons leur intérêt pour ces questions, nous assurerons la préservation à long terme de la mémoire collective du Canada, car ces jeunes incarnent notre avenir.
 
J'espère que le Forum sera couronné de succès.
 
Daniel J. Caron, Bibliothécaire et archiviste du Canada
 
 
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