Termes-clés

Lorsque vous lirez l'histoire de chaque province ou de chaque territoire, vous rencontrerez des termes, des concepts et des évènements dont la signification vous sera inconnue. La compréhension de ces éléments est essentielle afin de bien situer l'évolution historique du processus ayant mené à la création du Canada et l'évolution de ce dernier depuis. Dans la section qui suit, vous trouverez la définition de ces « termes-clés ».

  • Les Acadiens

    Les Acadiens, ce sont les colons français du Canada atlantique aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ils arrivent en 1604 et fondent le premier établissement permanent à Port-Royal (aujourd'hui la région d'Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse) en 1605. Ils étendront la colonie à toute la région de l'Atlantique. En 1755, la population est de 13 000 habitants environ. Malgré le fait que la région passe aux mains de la France et de l'Angleterre plusieurs fois, au cours des 150 années suivantes, les Acadiens réussissent à prospérer. Ils utilisent les aboiteaux, un système de digues qui permet de récupérer les terres marécageuses du littoral pour la culture, et deviennent de bons chasseurs et de bons pêcheurs. Ils établissent également et entretiennent une relation commerciale avec les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Tant les Anglais que les Français laissent les Acadiens relativement tranquilles, ces derniers s'estimant neutres du point de vue politique.

    Lorsque l'Acadie passe pour de bon sous la domination des Anglais, en 1713, ceux-ci commencent à établir leurs propres colonies. Ils demandent aux Acadiens de prêter le serment d'allégeance, ce qu'ils refusent de faire (bien qu'ils acceptent de prêter un serment de neutralité). En 1749, alors que la France tient toujours la forteresse de Louisbourg, à l'île du Cap-Breton, et qu'elle est en train de construire le fort Beauséjour, au Nouveau-Brunswick, l'Angleterre est impatiente de régler le problème acadien. Comme les Acadiens refusent la dernière offre qui leur est faite de prêter le serment d'allégeance, en 1755, les soldats britanniques commencent à déporter la population par navires dans les colonies britanniques des États-Unis. De là, beaucoup sont envoyés en France ou dans les Antilles. Quelques-uns réussiront à s'enfuir dans les bois. Beaucoup d'autres mourront de faim et de maladie sur les bateaux.

    Lorsque les Acadiens acceptent finalement de prêter le serment d'allégeance, à la fin des années 1700, l'Angleterre leur permet de revenir dans la région. Toutefois, des colons britanniques occupent désormais bon nombre de leurs anciennes fermes et de leurs anciens villages. Les Acadiens sont donc contraints de s'établir ailleurs, dans des régions moins fertiles, le long de la côte. Ils se tournent vers la pêche et le travail forestier comme moyens de subsistance, mais nombreux sont ceux qui vivent dans la misère noire. Parce qu'ils sont catholiques, ils n'ont pas le droit de voter ni de siéger à la législature. Pendant une courte période, ils n'auront même pas le droit d'avoir des terres. L'enseignement est dispensé par des maîtres d'école qui se déplacent d'un endroit à l'autre et desservent plusieurs villages à la fois. Ce ne sera pas avant la Confédération, près d'un siècle plus tard, que les Acadiens pourront rétablir une société qui ressemble un peu à celle qu'ils avaient avant. On fonde des écoles et des églises, une classe professionnelle de citoyens fait son apparition et les gens commencent à participer activement à la vie politique : les premiers Acadiens sont élus à la législature dans les années 1840 et 1850.

     

  • L'Acte constitutionnel de 1791

    L'Acte constitutionnel de 1791 abroge certaines parties de l'Acte de Québec de 1774 et arrête de nouvelles dispositions pour le gouvernement de la Province. De cette façon, Londres établit un gouvernement constitutionnel après 16 ans d'exercice d'un gouvernement législatif.

    De nombreuses raisons motivent ce changement : l'accroissement considérable de la population, l'immigration de loyalistes américains, le désaveu de la Coutume de Paris, le développement du commerce, les appels des Anglo-Canadiens en faveur d'une Chambre d'assemblée, l'indécision et la confusion dans l'application des lois judiciaires et la pression plus énergique de l'opposition à la Chambre des communes.

    La colonie  --  The Province of Quebec  --  est ainsi divisée en deux nouvelles provinces : le Haut et le Bas-Canada. Un gouverneur général est nommé par la Couronne britannique qui nomme également  --  à vie  --  les membres des Conseils législatifs des deux provinces. Une Chambre d'assemblée est prévue pour chaque province dont les membres sont élus par le peuple. Il s'agit d'un régime représentatif non responsable. Au Bas-Canada, on maintient les lois civiles françaises, mais les deux provinces sont régies par le code criminel anglais.

     

  • L'Acte de l'Amérique du Nord britannique (Loi constitutionnelle de 1867)

    Par suite de la Conférence de Charlottetown, les représentants des trois colonies maritimes et de la Province du Canada s'étaient entendus sur un projet de fédération de l'Amérique du Nord britannique. En octobre 1864, les délégués se rencontrèrent à Québec afin de dresser un plan d'union sous la présidence du premier ministre du Canada, Étienne-Paschal Taché. Bien que les 72 résolutions de la Conférence de Québec n'aient été adoptées que par la Province du Canada, elles constituaient le fondement législatif de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, sur lequel reposera le Dominion du Canada trois ans plus tard.

    Le 29 mars 1867, le Parlement britannique promulguait l'Acte de l'Amérique du Nord britannique qui établissait les dispositions de la Confédération de la Province du Canada (Ontario et Québec), du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse avec un système parlementaire directement inspiré du modèle britannique.

    Cette loi établissait le partage des pouvoirs ou des compétences entre le Parlement central et les législatures provinciales. Au gouvernement fédéral revenaient, entre autres compétences, le commerce bancaire, le droit criminel, les postes, les forces armées; les provinces pouvaient légiférer, notamment sur le droit des biens, les contrats ainsi que les ouvrages de nature locale.

    Dans un effort de modernisation de la Constitution, le Canada a adopté, en 1982, la Charte des droits et libertés, et l'Acte de l'Amérique du Nord britannique a été rebaptisé Loi constitutionnelle de 1867.

     

  • L'Acte de Québec

    L'Acte de Québec de 1774 a pour principal objectif de pourvoir plus efficacement aux besoins du gouvernement de la province de Québec et répond, selon le gouverneur Carleton, aux aspirations des Canadiens français. La reconstitution de l'empire commercial du Saint-Laurent est assurée par le rétablissement des anciennes frontières de la colonie canadienne; directement liée à l'agitation des colonies américaines, la réinsertion du golfe Saint-Laurent et de la région des Grands Lacs dans le territoire de la province fait renaître l'unité économique. La nouvelle stratégie de Londres vise à reconstituer partiellement l'ancien Empire français afin d'assurer l'autorité de la Couronne britannique à l'intérieur du continent face aux Américains rebelles et aux Amérindiens indisciplinés.

    La nouvelle Constitution renouvelle les garanties de liberté religieuse « en autant que le permettaient les lois anglaises » et ouvre aux Canadiens catholiques les fonctions officielles, le serment d'allégeance étant désormais formulé en termes acceptables à leurs convictions religieuses. Tout en maintenant le droit criminel britannique, on reconnaît le droit civil français. Du même coup, on rétablit la légalité du régime colonial et des dîmes.

    Bien que ces mesures satisfassent les Canadiens français et le clergé  --  le journaliste Henri Bourassa qualifie l'Acte de Québec de « charte des Canadiens français »  -- , elles ont un effet contraire chez les Britanniques de la colonie. Leur mécontentement est tel qu'il leur fait oublier les avantages commerciaux inhérents au rétablissement des anciennes frontières. Déjà, l'Acte de Québec est considéré comme intolérable.

     

  • L'Acte d'Union

    Après les rébellions de 1837 et de 1838 dans le Bas-Canada et le Haut-Canada, le gouvernement britannique envoie lord Durham étudier la situation politique des colonies de l'Amérique du Nord britannique. Dans son rapport, celui-ci recommande, entre autres, que les deux provinces canadiennes soient fusionnées en une seule. C'est ainsi que naît le Canada-Uni, qui comprend ce qu'il sera convenu d'appeler le Canada-Est (ancien Bas-Canada et ancêtre de la province de Québec) et le Canada-Ouest (ancien Haut-Canada et ancêtre de la province de l'Ontario).

    L'Acte d'Union est sanctionné le 23 juillet 1840 par la reine Victoria et entre en vigueur le 10 février 1841.

    L'Acte d'Union est la principale source de l'instabilité politique qui régnera dans le Canada-Uni jusqu'en 1867. En effet, certains membres de l'élite politique, tant francophone qu'anglophone, réclament à hauts cris la rep. by pop.(représentation selon la population). Cela est dû au fait que l'Union accorde un nombre égal de représentants aux deux parties du Canada-Uni. Cette situation devient intenable. Elle mène à la création de la Grande Coalition en 1864 et, finalement, à la Confédération en 1867.

     

  • L'article 15

    C'est au cours du grand débat sur la Confédération, qui a lieu à la législature de la Colombie-Britannique en 1870, que l'on vote sur l'article 15. Au cours de ce débat, la législature de la colonie, dominée par des représentants non élus, décide des conditions qui seront présentées à Ottawa lors de la négociation de l'union. Voici en quoi consiste l'article 15 :

    « The constitution of the Executive authority and of the Legislature of British Columbia shall, subject to The British North America Act, 1867, continue as existing at the time of Union, until altered under the authority of said Act. »


    (« La constitution du corps exécutif et de la législature de la Colombie-Britannique doit, en vertu de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1867, se poursuivre, telle qu'elle était au moment de l'Union, jusqu'à ce qu'elle soit modifiée en vertu dudit Acte. » [Traduction])

    En fait, l'article stipule que la Colombie-Britannique peut continuer comme avant, sans que ses institutions soient régies par le principe du gouvernement responsable, même après l'union avec le Canada. L'article fait l'objet d'une forte opposition de la part des réformateurs comme Amor De Cosmos, qui laisse entendre qu'il y aura une révolte si l'article 15 est approuvé. Malgré toute cette opposition, l'article est adopté sans modifications par la législature.

    À Ottawa, les négociateurs canadiens semblent être prêts à accepter l'article 15, au début. Pendant les négociations concernant l'union, toutefois, les Canadiens se ravisent. Le gouvernement de la Colombie-Britannique s'incline, et une assemblée législative provinciale exclusivement élective est créée dans la province de la côte ouest peu après son entrée dans la Confédération, en 1871.

     

  • Les Basques

    Les Basques, un des peuples les plus anciens d'Europe, proviennent de sept provinces regroupées autour de la frontière entre la France et l'Espagne, près du golfe de Gascogne. Les Basques définissent leur nation à partir de leur appartenance culturelle plutôt que de leur appartenance géographique. Leur langue, l'euskara, ne ressemble à aucune autre des langues indo-européennes. Même s'ils n'ont pas leur propre pays, les Basques réussiront à demeurer différents sur le plan culturel.

    Habiles marins, les Basques sont parmi les premiers visiteurs à venir régulièrement sur les côtes de Terre-Neuve et du Labrador. On croit qu'ils y seraient même venus avant les Vikings, bien qu'il n'existe aucune preuve documentée à cet effet. Toutefois, des indices nous permettent de penser qu'ils participent, chaque année, à des expéditions de pêche et de chasse à la baleine, vers 1525, et peut-être même une dizaine d'années plus tôt. Leurs navires arrivent habituellement au printemps et repartent au début de l'hiver. Ils concentrent leurs activités le long des deux rives du détroit de Belle Isle, dans la partie nord-ouest de l'île et le long de la côte nord-est. Avec les Portugais, les Basques sont également parmi les premiers à fréquenter les Grands Bancs.

    À la ratification du traité d'Utrecht, en 1713, l'accès qu'ont les Basques aux eaux entourant Terre-Neuve est grandement réduit. Toutefois, on sent toujours l'influence des Basques dans certains noms de lieux, comme Port aux Basques ou Port au Choix (l'équivalent français de portuchoa, mot euskara signifiant « petit port »). Il y a également un lieu historique national à Red Bay, au Labrador, où les gens peuvent voir les vestiges d'une station baleinière basque du XVe siècle et de nombreux artefacts.

     

  • Les Béothuks

    Les Béothuks habitaient Terre-Neuve à l'époque de l'arrivée de Jean Cabot. On croit qu'ils sont les descendants d'Amérindiens de la période récente qui sont venus dans l'île autour de l'an 50 avant J.-C., et plus particulièrement d'un groupe qui aurait fait partie du complexe de Little Passage. Ils occupent les côtes du nord-est et du sud de l'île. Au début, ils pêchent dans les eaux riveraines et chassent les oiseaux ainsi que les mammifères marins. Plus tard, à mesure qu'ils sont repoussés vers l'arrière-pays, ils doivent cueillir des plantes et chasser des animaux pour subsister. Ils se distinguent par l'usage qu'ils font d'une ocre rouge pour se peindre le corps et décorer leurs biens, ce qui leur vaudra le sobriquet de « Peaux rouges ».

    Les ancêtres des Béothuks, parmi ceux qu'on décrit dans les récits scandinaves comme les « Skraelings », ont des contacts intermittents avec les Vikings au cours des premières années du XIe siècle. Le premier contact entre les Béothuks et les explorateurs a probablement eu lieu au début des années 1500. Bien qu'une certaine forme de commerce soit pratiquée avec les Européens qui fréquentent l'île au cours de la saison de pêche, les Béothuks ont tendance à éviter le contact prolongé avec ces derniers. Ils préfèrent fouiller les camps de pêche saisonniers pour trouver des articles et des débris laissés par les pêcheurs.

    Un ensemble de facteurs mèneront à la disparition des Béothuks de Terre-Neuve. Les affrontements avec les Européens et d'autres groupes d'Autochtones dans la région de l'Atlantique font chuter leur nombre. Le contact avec les Européens fait également en sorte que des maladies contre lesquelles les Béothuks n'ont aucun moyen de défense se propagent. À mesure que la population de l'île augmente, le territoire des Béothuks rapetisse. Ils sont obligés de se replier à l'intérieur des terres, dans de plus petites régions offrant moins de ressources. N'ayant jamais été très grande, la population diminue rapidement; au début des années 1800, elle franchit le point de non-retour. Les efforts déployés par la population européenne pour communiquer avec les derniers des Béothuks sont vains. La dernière représentante connue des Béothuks, Shawnadithit, qu'on capture en 1824 dans l'espoir de la former comme interprète, s'éteint en 1829 à l'âge approximatif de 23 ans.

     

  • British American Land Company
    Image : Annonce de la British American Land Company.

    Annonce de la British American Land Company.
    © Domaine public

    La British American Land Company est crée à Londres en 1832. Cette compagnie s'occupe de gérer des terres au Bas-Canada. Elle se porte acquéreur de plus de 800 000 acres de terre dans les Cantons de l'Est (Eastern Townships) pour environ 120 000 livres sterling. La compagnie voulait ainsi favoriser l'immigration de sujets britanniques dans cette région.

    Une telle démarche avait pour but d'accroître considérablement la population anglophone au Bas-Canada. Cette tentative de débalancer l'équilibre ethnique dans la nouvelle colonie est vertement dénoncée par le Parti patriote et est au nombre des 92 résolutions adoptées par la Chambre d'assemblée du Bas-Canada.

    De 1844 à 1855, A. T. Galt est le commissaire de la British American Land Company, dont les bureaux sont installés à Sherbrooke.

     

  • Le Canadien Pacifique (Canadian Pacific Railway jusqu'en 1968)

    La construction d'un lien ferroviaire unissant la côte ouest au reste du Canada a été l'une des conditions d'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération. Mais le scandale qui a fait tomber le gouvernement conservateur de John A. Macdonald, en 1873, a repoussé la réalisation de ce projet de plusieurs années.

    Certaines tentatives visant à commencer la construction du chemin de fer transcontinental se feront sous le gouvernement d'Alexander Mackenzie, mais ce n'est qu'avec le retour de John A. Macdonald et l'application de sa politique nationale que la construction du Canadien Pacifique se met réellement en marche.

    La Canadian Pacific Railway Company (le nom français Canadien Pacifique ne sera adopté qu'en 1968) est officiellement incorporée le 16 février 1881. Le gouvernement canadien lui accorde une subvention de 25 millions de dollars, lui transfère environ 10 millions d'hectares (25 millions d'acres) de terres, défraie les coûts de l'arpentage de ces terres (37 millions de dollars), et l'exempte de taxes foncières pour les 20 années suivantes.

    William C. Van Horne sera à la tête de l'entreprise en tant que directeur général de 1881 à 1889, président de 1889 à 1899 et président du conseil d'administration de 1899 à 1910. Son travail acharné et son énergie infatigable ont marqué les réalisations de la compagnie de chemin de fer de même que son expansion.

    La construction du chemin de fer débute en 1882 et se termine en 1885. Le premier train qui transporte des passagers part de Montréal le 28 juin 1886 et arrive à Port Moody, en Colombie-Britannique, le 4 juillet de la même année.

     

  • Le Chemin de fer Intercolonial

    L'Intercolonial est une ligne de chemin de fer qui reliera les colonies maritimes à la Province du Canada. On discute de la construction du chemin de fer dès les années 1840, et des tronçons de la voie ferrée sont ouverts en 1858 et en 1860. Toutefois, il faudra attendre encore plusieurs années avant que des ententes plus fermes soient conclues relativement à la construction et au financement de la ligne entière.

    En 1862, une conférence présidée par Thomas D'Arcy McGee a lieu à Québec en vue de discuter du projet. On conclut une entente financière en vertu de laquelle le Canada et les Maritimes vont partager les coûts de construction, alors que l'Angleterre va se porter garante des intérêts de la dette que les travaux vont engendrer. Malheureusement, le marché tombe l'eau avant la fin de l'année. (L'échec de ces négociations pourrait avoir mené indirectement à la tenue de la Conférence de Charlottetown -- celle-ci avait pour but, à l'origine, de discuter de l'union des colonies maritimes, que de nombreux politiciens de la région voyaient comme un moyen de se donner un pouvoir de négociation dans les dossiers tels que celui de l'Intercolonial.)

    Malgré les nombreuses difficultés associées au financement et à la construction du chemin de fer, ce service a toujours été perçu comme une condition préalable à l'établissement de liens politiques plus étroits entre les colonies britanniques de l'Amérique du Nord. Son achèvement sera un sujet de discussion important au cours des conférences de 1864 portant sur l'union. Vers la fin de la Conférence de Québec, on parvient finalement à s'entendre pour construire l'Intercolonial. La construction commence peu après l'avènement de la Confédération, en 1867. Le Chemin de fer Intercolonial sera racheté par les Chemins de fer nationaux du Canada, en 1919.

     

  • Les « clear grits »

    Le Clear Grit est un mouvement politique réformiste qui a ses activités au Canada-Ouest, et ses partisans s'appellent les « clear grits ». Ceux-ci sont en faveur des institutions électives, du suffrage universel (pour les hommes), du libre-échange avec les États-Unis, de la sécularisation des réserves du clergé et de la « rep. by pop. ».

    Après la défaite du gouvernement Hincks-Morin, en 1854, les « clear grits » se rallient à George Brown. Celui-ci est le champion de la « rep. by pop. » et il revendique l'annexion des Territoires du Nord-Ouest. C'est le chef « clear grit » le plus important du Canada-Ouest dans les années 1850.

     

  • Le clergé catholique

    Tout au long des négociations menant à la Confédération de 1867, le clergé catholique canadien-français s'est effacé de l'essentiel des débats. Pourtant, le projet de Confédération était cher au Parti conservateur, qui reçoit toujours l'appui du clergé catholique canadien-français.

    Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières, et Mgr Bourget, évêque de Montréal, sont deux des membres les plus influents du clergé. En 1864, Mgr Laflèche écrit ce qui suit : « [...] il faut un remède à un mal si grave [l'instabilité ministérielle]. Quel est-il? Le rappel de l'Union pur et simple est impossible. La prépondérance pour le Haut-Canada dans l'Union législative, c'est notre déchéance, et l'anéantissement de nos institutions et de notre nationalité. Il ne reste donc que la Confédération qui nous offre réellement une planche de salut. » (Walter Ullman. , « The Québec bishops and Confederation ». , Canadian Historical Review. , vol. XLIV, No 3 (September 1963). , P. 218)

    Si l'attitude de Mgr Laflèche face à la Confédération est facile à identifier, celle de Mgr Bourget, évêque de Montréal, est plus difficile à cerner. Il semble que le silence de Mgr Bourget soit motivé par sa crainte pour la survie de certaines institutions canadiennes-françaises sous la nouvelle constitution. Une fois la Confédération promulguée, il va briser son silence et inciter ses fidèles à accepter le nouvel état politique.

    Cette attitude un peu détachée du clergé catholique canadien-français incite les supporteurs comme les opposants du projet à se rallier son «  appui  ». Le 7 février 1865, devant l'Assemblée législative, George-Étienne Cartier affirme :

    « Eh bien! je dirai que l'opinion du clergé est favorable à la Confédération. Ceux qui sont élevés en dignités, comme ceux qui occupent des positions humbles sont en faveur de la Confédération, non seulement parce qu'ils voient dans ce projet toute la sécurité possible pour les institutions qu'ils chérissent, mais aussi parce que leurs concitoyens protestants y trouveront des garanties comme eux ». (Débats parlementaires sur la question de la confédération des provinces de l'Amérique britannique du Nord, p. 60)

    En 1867, Wilfrid Laurier, futur premier ministre du Canada, qui à cette époque est un jeune journaliste au journal Le Défricheur, s'inscrit en faux contre ces affirmations. Laurier qui, à ce moment, est contre le projet de Confédération, écrit :

    « Or, si la Confédération était bonne, si elle protégeait les intérêts de la religion, ils [les évêques et le clergé] interviendraient en faveur du projet pour le faire réussir. Et à notre tour nous concluons : Le silence de nos évêques et du clergé en général ne peut donc signifier rien autre chose qu'une désapprobation tacite du projet de Confédération ». (Le Défricheur, 14 février, 1867, p. 2)

     

  • Le Comité national des Métis

    Le Comité national des Métis est formé autour du 16 octobre 1869, avec John Bruce comme président et Louis Riel comme secrétaire. Constitué avec l'appui du père Ritchot, le Comité se réunit à sa maison de la rivière Sale. L'action de ce dernier vise à amoindrir les gestes unilatéraux de la part des autorités fédérales, relativement à l'administration du territoire de la colonie de la rivière Rouge.

    C'est sur l'ordre de ce comité que le lieutenant-gouverneur McDougall se voit refuser l'entrée de la colonie de la rivière Rouge, le 2 novembre 1869.

     

  • La Commission de gouvernement

    Le désordre total règne dans les affaires politiques de Terre-Neuve après les élections de 1932. Aux prises avec une dette publique écrasante et un taux de chômage élevé, le gouvernement de l'île demande de l'aide à l'Angleterre. L'Angleterre répond en nommant une Commission royale chargée d'enquêter sur cette affaire. Les membres mènent leur étude en 1933 et présentent leurs résultats dans un rapport au gouvernement britannique plus tard la même année. Ils recommandent fortement de suspendre le gouvernement responsable à Terre-Neuve en faveur d'une commission de gouvernement qui veillerait aux affaires de l'île jusqu'à ce qu'elle puisse de nouveau subvenir à ses besoins. Le gouvernement de Terre-Neuve accepte la suggestion. La Commission est instituée le 16 février 1934.

    Le nouvel organe dirigeant compte six commissaires, soit trois d'Angleterre et trois de Terre-Neuve, dirigés par un gouverneur. On prend bien garde, pour ce qui est des membres de Terre-Neuve, d'assurer une représentation équitable parmi les confessions religieuses. Les premières personnes nommés sont F. C. Alderdice, J. C. Puddester et W. R. Howley de Terre-Neuve, et E. N. Trentham, Thomas Lodge et sir John Hope-Simpson d'Angleterre. Le premier gouverneur est sir David M. Anderson. On nomme de nouveaux membres à mesure que les anciens prennent leur retraite ou décèdent. Chaque commissaire est responsable d'un portefeuille couvrant de larges volets de la vie à Terre-Neuve. Les Anglais gèrent les finances, les ressources naturelles et les services publics alors que les Terre-Neuviens s'occupent de l'éducation et des affaires internes, de la justice ainsi que de la santé et du bien-être.

    Pendant son mandat, la Commission met de l'avant un certain nombre de réformes visant à prévenir de telles situations à l'avenir. Mentionnons, entre autres plans et tentatives, la restructuration de la fonction publique, le repeuplement des terres et la modernisation de l'industrie des pêches (y compris la mise sur pied de l'Office des pêches de Terre-Neuve afin d'améliorer les pratiques de commercialisation). Toutefois, l'emprise du gouvernement britannique sur la colonie, surtout en ce qui concerne les finances, complique la mise en place de politiques à long terme qui permettraient de réaliser des changements. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, la Commission se préoccupera principalement de l'effort de guerre.

    Bien que la Commission soit bien reçue, au début, ce sentiment va graduellement s'estomper au cours de son mandat. L'organisme deviendra simplement le gardien des affaires de Terre-Neuve. De plus en plus de gens critiquent la Commission parce qu'elle néglige de jouer un rôle plus actif dans l'amélioration des conditions. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs estiment qu'il est temps de revenir à l'autonomie administrative que permet le gouvernement responsable. Cette opinion se répand au cours des années de guerre, pendant lesquelles Terre-Neuve connaît une prospérité sans précédent et qu'elle est de plus en plus en vue sur le plan mondial. Néanmoins, la Commission de gouvernement va continuer à gérer les affaires de l'île jusqu'à l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, en 1949.

     

  • La Compagnie de la Baie d'Hudson

    Compagnie à charte fondée en 1670. L'idée d'une société de négoce qui ferait des affaires en Amérique du Nord vient de Médart Chouard Des Groseillers et de Pierre-Esprit Radisson. Incapables de convaincre les autorités françaises de la valeur de ce projet, ils iront proposer leur idée en Angleterre.

    De sa fondation jusqu'au traité d'Utrecht en 1713, la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) et les représentants de la France en Amérique du Nord se livrent une lutte souvent armée pour contrôler la traite des fourrures. De par les clauses du traité d'Utrecht, les Français doivent reconnaître l'autorité de la Compagnie sur le territoire de la baie d'Hudson.

    À la suite du traité de Paris de 1763, les promoteurs français quittent l'Amérique du Nord et sont remplacés par les commerçants anglais de Montréal (Compagnie du Nord-Ouest). De 1774 à 1821, la CBH poursuit une vigoureuse politique d'exploitation du territoire nord-américain. Elle établit des postes de traite dans une zone allant du nord de l'Ontario à la côte ouest du continent. Mais la traite des fourrures n'est plus aussi profitable et la concurrence de la Compagnie du Nord-Ouest nuit à sa rentabilité. Les deux entreprises fusionnent en 1821, principalement au profit de la CBH.

    La CBH étend son emprise sur l'Amérique du Nord britannique en obtenant du Parlement britannique le renouvellement de sa charte d'exploitation. Cette charte lui donne le monopole de l'exploitation du territoire. C'est ainsi qu'elle devient propriétaire de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest jusqu'en 1870.

    À cette date, le nouvel État canadien achète ces deux territoires et forme ainsi les Territoires du Nord-Ouest. La CBH demeure propriétaire d'un vaste territoire situé au nord du continent, mais ses activités ne sont plus associées à la traite des fourrures; elles se concentrent dorénavant autour du développement immobilier, de l'exploitation des ressources naturelles et du commerce avec les colons établis dans les Prairies canadiennes. C'est sur ces bases que se développe la tradition du commerce au détail de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

     

  • La Compagnie du chemin de fer Canadien du Nord (Canadian Northern Railway Company)

    La Canadian Northern Railway Company est fondée en 1899 par William Mackenzie et Donald Mann. Ces deux entrepreneurs avaient acquis de l'expérience dans les chemins de fer en participant à la construction du Canadien Pacifique.

    En 1896, William Mackenzie et Donald Mann achètent la charte de la société Lake Manitoba Railway and Canal Co., qui offrait un service ferroviaire dans le nord du Manitoba. De là, ils construisent des liens qui relient Winnipeg à Pembina (dans le Dakota du Nord). Durant les années suivantes, le Chemin de fer Canadien du Nord s'étend de plus en plus vers l'est du pays. En 1902, des liens ferroviaires existent entre Edmonton et Port Arthur (aujourd'hui Thunder Bay, sur la rive nord-ouest du lac Supérieur). En 1903, la Compagnie est présente au Québec et en Nouvelle-Écosse. En 1908, Toronto est joint à Port Arthur en passant par Sudbury. De 1908 à 1915, Edmonton est relié à Vancouver. À cette date, donc, le Chemin de fer Canadien du Nord est un transcontinental qui relie le port de Québec à celui de Vancouver.

    Pendant toute son existence, le Chemin de fer Canadien du Nord a dû subir une vive concurrence de la part du Grand Trunk, du Grand Trunk Pacific et du Canadien Pacifique.

    Après la Première Guerre mondiale, lorsque ses difficultés financières deviennent trop importantes, la société est vendue aux Chemins de fer nationaux du Canada (Canadien National) et en devient une des principales composantes.

     

  • La Compagnie du Nord-Ouest

    À l'origine, la Compagnie du Nord-Ouest est une faible association de marchands montréalais, d'origine britannique, qui vise à contrer le monopole dont jouit la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) dans le commerce des fourrures. En 1780, elle réunit des gens comme James McGill, Simon McTavish, Isaac Todd, les frères Frobisher et Peter Pond. En 1783-1784, une association plus solide est mise sur pied et la Compagnie du Nord-Ouest est officiellement créée. Trois ans plus tard, elle s'associe à la Gregory, McLeod and Co. et, avec cette association, de nouveaux acteurs entrent en scène : Roderick Mackenzie et Alexander Mackenzie. McTavish et Frobisher s'occupent des affaires à Montréal, tandis qu'Alexander Mackenzie s'occupe de l'exploration des territoires de l'Ouest.

    Les années 1790-1800 sont marquées par trois développements importants pour l'entreprise : premièrement, elle est incapable de faire annuler le monopole octroyé à la CBH; deuxièmement, elle réussit à prendre le contrôle des deux tiers du commerce des fourrures du Canada; finalement, une querelle interne, menant à la création, en 1799, d'une troisième société, la Nouvelle Compagnie du Nord-Ouest (aussi appelée la Compagnie XY), vient affaiblir sa position. Cette dernière entreprise ne fera pas long feu et elle sera intégrée à la Compagnie du Nord-Ouest dès 1804.

    Le territoire exploité par la Compagnie du Nord-Ouest s'accroît de façon importante au cours des années 1800 à 1820. Alexander Mackenzie, David Thompson et Simon Fraser établissent plusieurs nouveaux comptoirs, ce qui donne lieu à une augmentation des conflits avec la CBH. L'établissement de la concession Selkirk et les évènements de Seven Oaks marquent le début de la fin pour la Compagnie du Nord-Ouest. La Grande-Bretagne, voulant également apaiser ces conflits, adopte une loi qui accorde le droit exclusif de la traite des fourrures à la CBH.

    La Compagnie du Nord-Ouest s'est distinguée de la CBH par son dynamisme relativement à l'exploration du territoire ainsi que par son utilisation systématique d'une main-d'œuvre canadienne jouissant d'une connaissance intime du territoire.

     

  • La concession Selkirk

    En 1809, Thomas Douglas, 5e comte de Selkirk, achète, avec deux autres Écossais, la Compagnie de la Baie d'Hudson. Afin de pallier la misère que connaît une grande partie des habitants de ses terres en Écosse, lord Selkirk met sur pied un plan de colonisation des terres sises près de la rivière Rouge. Il convainc les actionnaires de la Compagnie de la Baie d'Hudson de lui concéder 300 000 km2 de territoire situé sur ce qui est aujourd'hui le Manitoba, le Minnesota et le Dakota du Nord. En retour de cette concession, lord Selkirk promet de fournir à la Compagnie 200 serviteurs par année, de lui permettre d'établir des comptoirs de traite sur le territoire de la colonie, d'interdire aux colons de participer au commerce des fourrures et de fournir des terres aux serviteurs de la Compagnie qui désirent prendre leur retraite.

    En 1811, la colonisation de la concession Selkirk va bon train, malgré certaines difficultés occasionnées par les conditions climatiques. Mais les visées de cette colonisation semblent être tout autres que purement liées à l'immigration. Les Métis, qui habitent sur ce territoire, ravitaillent en pemmican la Compagnie du Nord-Ouest, rivale de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Établir une colonie sur cette portion du territoire déstabiliserait les populations de bisons, essentielles à la fabrication de pemmican, et nuirait ainsi à la Compagnie du Nord-Ouest. Aussi, l'établissement d'une colonie permanente viendrait-il soutenir les prétentions de la Compagnie de la Baie d'Hudson sur ce territoire.

    Les conflits avec les populations métisses commencent quelques années plus tard. À la suite de la guerre du pemmican, la Compagnie de la Baie d'Hudson nomme un nouveau gouverneur, Robert Semple, qui emploiera dès lors la manière forte et fera incendier le fort Gibraltar.

    Pour exprimer leur mécontentement, les Métis organisent une attaque en mai 1816. Cuthbert Grant, du côté des Métis, et le gouverneur Semple s'affrontent à Seven Oaks. Ce qui débute comme un conflit en soi pacifique se solde par une tragédie : on recense 21 décès du côté des colons, 1 du côté des Métis.

    Après une série d'escarmouches entre 1815 et 1819, les relations entre colons et Métis se pacifient et la vie reprend en quelque sorte son cours normal. La confrontation de Seven Oaks aura cependant eu un impact important sur l'identité des Métis. Elle leur a donné un sentiment de communauté, d'appartenance, qui sera fort important au fil des ans, et ce, principalement avec l'arrivée de Louis Riel 50 années plus tard.

     

  • La Confederation League

    La Confederation League est une organisation de réformateurs politiques de la Colombie-Britannique fondée en mai 1868. L'historien George Woodcock qualifie la ligue de « ... premier organisme à ressembler à un parti politique en Colombie-Britannique ». Elle se forme à la suite du refus de l'assemblée législative de la Colombie-Britannique de voter en faveur d'une union rapide avec le Canada, en avril 1868. Amor De Cosmos et ses alliés mettent la ligue sur pied pour faire campagne en faveur de l'union avec le Canada et pour faire que les institutions de la colonie soient régies par le principe du gouvernement responsable. John Robson, éditeur d'un journal et politicien, se joint également à la ligue.

    Au cours de l'été 1868, une série de discours en faveur de la Confédération ont lieu dans les villages de la colonie sur l'initiative de la ligue. En septembre de la même année, la ligue organise un congrès à Yale (Colombie-Britannique) auquel 26 délégués participent et au cours duquel ils adoptent des motions en faveur de la Confédération. Les résolutions reçoivent un large appui sur le continent, alors qu'elles sont accueillies avec des sentiments mitigés dans l'île de Vancouver.

     

  • Émigration vers la Nouvelle-Angleterre

    Du milieu du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle, le monde occidental connaît une vague migratoire sans précédent. Des gens venus d'Europe traversent l'océan Atlantique pour venir s'installer en Amérique du Nord, une partie de la population de la côte est de l'Amérique se dirige vers les terres de l'ouest du continent, et plus près de chez nous, des Canadiens traversent la frontière pour aller s'installer aux États-Unis.

    De 1840 à 1930, on estime à 900 000 le nombre d'habitants du Québec qui traversent la frontière vers les États-Unis. L'essentiel de ces émigrants se dirige vers les usines des villes industrielles du nord-est, principalement vers la Nouvelle-Angleterre. Certaines villes comme Lowell, au Massachusetts, et Manchester, au New-Hampshire, vont accueillir plusieurs milliers de ces émigrants et il s'y formera de véritables quartiers, voir de véritables paroisses canadiennes-françaises et catholiques. Plusieurs raisons expliquent cette migration : la répartition des terres agricoles entre les membres d'une même famille qui mène, au Québec, à l'épuisement des ressources ; les difficultés économiques que connaît sporadiquement la province ; l'attrait de bons salaires. Bien que les élites politiques et cléricales vont tenter, par divers moyens, de freiner cet exode, elles ne réussiront pas à l'arrêter complètement.

     

  • L'expansionnisme américain

    À l'époque de la Confédération, les États-Unis étendent leur territoire vers l'Ouest. Entre 1864 et 1890, neuf nouveaux États sont créés, dont quatre en bordure de la frontière canadienne. En 1867, les États-Unis achètent l'Alaska de la Russie. La fin de la guerre de Sécession américaine marque la reprise, aux États-Unis, de l'investissement dans le secteur foncier, de la construction de chemins de fer et de l'exploitation des ressources naturelles de l'Ouest américain. À la fin des années 1860, des marchands et des colons américains commencent à entrevoir les terres de l'Ouest canadien comme un endroit où ils pourraient s'établir, et le gouvernement américain ne cache pas son attirance pour cette possibilité.

    La guerre de Sécession rend fort épineuse la défense du Canada. Cette défense demande un important investissement, ce à quoi la Grande-Bretagne est réfractaire. La confédération des colonies britanniques semble être un choix plus logique. Elle permettra le transfert de l'administration des « colonies » à un nouvel État juridiquement constitué et freinera les visées des États-Unis.

    Cette crainte de l'expansionnisme américain pousse alors la Grande-Bretagne à favoriser l'achat, par le Canada, du Territoire du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert. La Grande-Bretagne veut à tout prix éviter un conflit armé avec les États-Unis. Si le territoire convoité est sous la juridiction d'un pays légalement constitué, dans ce cas-ci le Canada, plutôt que sous la simple juridiction d'une société de négoce, la logique voudrait que les États-Unis cessent d'entrevoir l'annexion de certaines parties du territoire comme une possibilité. L'élimination de cette incertitude par rapport à l'appartenance du Territoire du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert, avant 1867, freinerait également l'ardeur des revendications américaines.

     

  • Exploration

    La vie de sir John Franklin se lit comme un roman d'aventure. Il a eu une carrière militaire fort distinguée en Europe, en Australie et en Amérique au profit de l'armée britannique. En 1818, il est choisi pour participer à une expédition britannique afin de trouver le passage du Nord-Ouest. En 1819, il est mis en charge d'une expédition pour tracer la carte de la baie d'Hudson et de la côte arctique. En 1825, il commence sa troisième expédition sur la côte arctique afin d'explorer le delta du fleuve Mackenzie. Franklin meurt tragiquement vers 1847 lorsque, durant sa quatrième expédition de la côte arctique, son navire se prend dans les glaces.

    De 1903 à 1905, Roald Amundsen explore les eaux glacées de la côte arctique canadienne et traverse le passage du Nord-Ouest. Par contre, tout comme Franklin plusieurs décennies auparavant, son navire se prend dans les glaces. Mieux préparé, il n'y meurt pas mais il devient claire que le passage du Nord-Ouest ne deviendra jamais une route commerciale fiable.

    Le plus controversé des explorateurs arctiques est sans aucun doute Vilhjalmur Stefansson. Né au Manitoba de parents islandais, Stefansson a fait trois voyages importants à la mer de Beaufort en 1906, à l'île Victoria en 1908, et dans l'ouest de l'arctique de 1913 à 1918. Stefansson a été controversé car il savait jouer le jeu de la promotion médiatique et il n'écoutait pas toujours les ordres de ses « patrons » gouvernementaux canadiens.

    Pour de plus amples renseignements sur les explorateurs, voir le site Web Les voies de la découverte de Bibliothèque et Archives Canada.

     

  • Le Family Compact

    Chaque colonie de l'Amérique du Nord britannique a connu une certaine forme de Family Compact (népotisme) avant l'instauration du gouvernement responsable.

    L'expression « Family Compact » se rapporte le plus souvent à un petit groupe de fonctionnaires dominant l'ensemble des organes décisionnels du Haut-Canada vers 1830. Le Family Compact est issu de la volonté de John Graves Simcoe, premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, de créer une haute aristocratie locale en nommant ses amis aux postes importants de l'organe politique et judiciaire.

    Centrés essentiellement à York (Toronto), les membres du Family Compact proviennent de la haute société canadienne et sont fortement liés à l'Empire britannique. Ils se méfient des États-Unis et idéalisent les institutions britanniques.

    À partir de 1830, cette façon de faire des autorités britanniques entraîne le mécontentement d'une partie de la population du Haut-Canada et est à l'origine, en partie, des rébellions de 1837.

     

  • Les Fenians

    Le mouvement des Fenians, du nom de guerriers de légendes irlandaises, a pris naissance en Irlande vers 1858. C'est d'abord une société secrète, dont les membres soutiennent la cause de l'indépendance irlandaise; elle recrute, en Amérique, les vétérans de la guerre de Sécession. Pour cette faction militaire, le Canada est une possession britannique vulnérable qui pourrait servir de territoire à la République d'Irlande.

    Les Fenians attaquent en avril 1866 l'île de Campobello, au Nouveau-Brunswick. En juin 1866, une troupe de Fenians, dirigée par John O'Neill (1834-1878), s'empare de Fort Erie, au Canada-Ouest, et combat soldats britanniques et membres de la milice volontaire du Canada à Ridgeway. D'autres troupes de Fenians n'ayant pas réussi à se rendre au Canada, John O'Neill doit battre en retraite, ce qui donne lieu à l'arrestation de centaines de soldats; bon nombre sont emmenés à Toronto pour y subir leur procès. L'attaque des cantons du Canada-Est connaît la même fin. Non seulement les Fenians ont sous-estimé la détermination des troupes canadiennes et britanniques, mais leur réussite dépendait aussi du soulèvement des colons irlandais au Canada, lequel ne s'est jamais produit.

    En 1870, John O'Neil réitère sa tentative d'invasion. La menace des Fenians plane plusieurs années durant, et on leur impute la mort de Thomas D'Arcy McGee, assassiné à Ottawa en 1868; à cette date, les Fenians ont indubitablement influencé le cours de l'histoire canadienne. La menace d'attaques ravive le mouvement proconfédération en 1866, et les colonies comme le Nouveau-Brunswick s'associent à une Amérique du Nord britannique unifiée, qui promet la solidarité et la sécurité.

     

  • Le franc et commun socage

    Le franc et commun socage est un type de tenure des terres, en ce qui a trait à la propriété et à l'exploitation, issu de la tradition anglaise. L'expression fait référence à un mode de propriété libre de la terre (par exemple la location à bail ou fermage), d'après les coutumes de la common law. Au Canada, il se distingue du régime seigneurial, qui a été aboli en 1854.

     

  • La Gendarmerie royale du Canada

    Avec l'achat du Territoire du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert, le gouvernement fédéral commence à sentir le besoin d'établir une force policière afin de maintenir l'ordre et la paix dans cette vaste région.

    La Grande-Bretagne a déjà une certaine expérience dans l'établissement d'une force de l'ordre centralisée, qu'elle a acquise en Irlande et en Inde. C'est sur ces modèles que se base John A. Macdonald lorsqu'il envisage la création d'une force policière pour les nouveaux Territoires du Nord-Ouest.

    Initialement, cette force de police ne devait être que temporaire. Elle ne resterait dans les Territoires du Nord-Ouest que pendant la période de transition. Il en sera tout autrement; la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est encore très active aujourd'hui.

    La Police à cheval du Nord-Ouest est créée en 1873. Elle compte 150 hommes à ses débuts. Elle est installée à Fort Garry, et 150 hommes s'y ajoutent le printemps suivant. Il s'agit en quelque sorte d'un régiment de cavalerie armé de pistolets et de carabines, et qui possède quelques petites pièces d'artillerie.

    Son premier vrai test a lieu en 1874, lorsqu'elle est appelée à réagir au massacre qui a eu lieu dans les collines Cypress. À la suite de cet affrontement sanglant, 150 hommes s'installent en permanence à Fort Macleod. D'autres sont envoyés au fort Edmonton ainsi qu'au fort Ellice et, l'année suivante, au fort Calgary de même qu'à Fort Walsh, puis à Battleford en 1876.

    L'instabilité qui grandit dans les Territoires du Nord-Ouest, en raison de la disparition du bison et de la construction du Canadien Pacifique, fait en sorte que la force policière est augmentée à 500 hommes en 1882. Mais ce n'est pas suffisant. La rébellion de 1885 aura lieu sans qu'Ottawa n'ait écouté les mises en garde de ses policiers sur place. À la suite des affrontements, Ottawa augmentera la force de police à 1 000 hommes.

    Au cours des années 1890, la Police à cheval du Nord-Ouest s'établit plus au nord. La rumeur voulant qu'il y ait de l'or au Yukon se fait de plus en plus insistante, et la Police à cheval du Nord-Ouest envoie 20 hommes s'installer là-bas en 1895. En 1899, 250 policiers font respecter la loi au Yukon.

    Après 1900, lorsque la ruée vers l'or est terminée, la Police à cheval du Nord-Ouest monte toujours plus au nord, vers l'Arctique, et ouvre un poste à Fort McPherson, près de la mer de Beaufort, ainsi qu'au cap Fullerton.

    La Police à cheval du Nord-Ouest devient la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest en 1904, la Royale Gendarmerie à cheval du Canada en 1920 et elle prend finalement son nom de Gendarmerie royale du Canada en 1949.

     

  • Gouvernement responsable

    Dans le contexte colonial de l'Amérique du Nord britannique, avoir un gouvernement responsable signifie que le Conseil exécutif doit obtenir et conserver l'appui de la majorité des députés de la chambre d'Assemblée afin de pouvoir administrer la province. Le Conseil exécutif sera dorénavant dirigé par le chef du parti politique qui est élu majoritairement à l'Assemblée législative. Les membres du Conseil exécutif seront aussi nommé par ce dernier. Le gouverneur sera donc obligé d'accepter ces « ministres » et si la majorité des membres de l'Assemblée législative votent contre eux, ils devront démissionner. Le gouverneur sera aussi obligé d'entériner les lois votées par l'Assemblée législative concernant les affaires intérieures des colonies.

    Il s'agit d'une évolution importante dans la façon de gouverner les colonies de l'Amérique du Nord britannique car les pouvoirs du gouverneur sont largement diminués. Ce dernier ne peut plus user de son droit de patronage pour nommer les employés publics, ce droit revient alors au Conseil. Il perd également le droit d'assister aux réunions du Conseil. Finalement, il ne peut plus favoriser un parti politique en particulier.

    Dans la province du Canada-Uni, l'obtention, en 1848, du gouvernement responsable apporte une forte instabilité politique qui dure jusqu'à la Confédération de 1867. Comme il est très difficile de conserver un appui majoritaire au Conseil exécutif, les gouvernements se succèdent à un rythme effarant. Cette instabilité ministérielle est un facteur déterminant qui mène aux discussions aboutissant à la Confédération de 1867.

    La colonie de la Nouvelle-Écosse obtient également le gouvernement responsable en 1848. La Grande-Bretagne l'accorde ensuite à l'Île-du-Prince-Édouard en 1851, au Nouveau-Brunswick en 1854 et à Terre-Neuve en 1855.

     

  • Grand Trunk Railway Company of Canada

    L'histoire du Grand Trunk Railway (aussi appelé Grand Tronc de façon officieuse) se raconte en plusieurs chapitres.

    En 1852, le gouvernement canadien annonce officiellement son intention de construire un chemin de fer reliant Montréal à Toronto. Le 10 novembre de la même année, la Grand Trunk Railway Company of Canada est constituée.

    Dès 1853, la Grand Trunk Railway Company commence à procéder d'une façon caractéristique : elle acquiert cinq compagnies de chemin de fer déjà existantes. Ainsi, elle entre en possession des sociétés St. Lawrence and Atlantic Railroad Company, Quebec and Richmond Railroad Company, Toronto and Guelph Railroad Company, Grand Junction Railroad Company et Grand Trunk Railway Company of Canada East.

    St. Lawrence and Atlantic Railroad Company :
    Le chemin de fer de la St. Lawrence and Atlantic Railroad Company et de sa contrepartie américaine, l'Atlantic and St. Lawrence Railroad Company, relie Longueuil (Québec) à Portland (Maine). Amorcée en 1846, sa construction se termine en 1853 et permet ainsi aux manufactures canadiennes d'avoir accès à un port de mer libre de glaces toute l'année.

    Quebec and Richmond Railroad Company :
    Ce tronçon de voie ferrée relie la ville de Québec à celle de Richmond, elle-même située sur la ligne St. Lawrence and Atlantic. Sa construction dure de 1852 à 1854.

    Toronto and Guelph Railroad Company :
    En 1853, lorsque la Grand Trunk Railway Company fusionne avec la Toronto and Guelph Railroad Company, le chemin de fer de cette dernière est déjà en construction. Mais la Grand Trunk Railway Company en modifie le tracé initial et fait prolonger la voie jusqu'à Sarnia, plaque tournante du trafic vers Chicago.

    Grand Junction Railroad Company :
    Son histoire est très tumultueuse et elle se termine par la construction d'un lien entre Peterborough (Ontario) et Belleville (Ontario). Finalement, après son rachat par la société Midland Railway of Canada, ce chemin de fer servira de chaînon entre Belleville et Toronto.

    Grand Trunk Railway Company of Canada East :
    Ce chemin de fer unit les villes de Québec et de Trois-Pistoles, un petit port situé le long du Saint-Laurent.

    En 1853, l'important projet de la Grand Trunk Railway Company débute par la construction de la voie reliant Montréal à Toronto. À la fin d'octobre 1856, ce tronçon est terminé et, le mois suivant, le lien se rend jusqu'à Sarnia. Au début des années 1860, la société exploite un chemin de fer qui relie Portland (Maine), aux États-Unis, à Sarnia (Ontario).

    Cette expansion, jumelée à un manque de trafic ferroviaire, fait en sorte qu'en 1861, la Grand Trunk Railway Company a accumulé une dette de plusieurs centaines de milliers de livres sterling. Pour mettre de l'ordre dans les états financiers de l'entreprise, sir Edward William Watkin est envoyé de Londres. L'une de ses réussites est de faire adopter, par le gouvernement canadien, une loi qui réorganise les finances de la société. Le gouvernement s'endette de plus en plus, mais le chemin de fer est sauvé de la faillite.

    Durant les années 1880, la Grand Trunk Railway Company continue à procéder à l'achat d'autres compagnies de chemins de fer. Par exemple, en 1882, elle achète la Great Western Railway Company et, en 1884, la société Midland Railway of Canada.

    Mais pour faire concurrence au Canadien Pacifique et au Canadian Northern Railway (Chemin de fer Canadien du Nord), la Grand Trunk Railway Company se lance dans l'aventure transcontinentale en constituant la Grand Trunk Pacific Railway Company. Ce sera un désastre financier qui mènera l'entreprise à la faillite en 1919. Le gouvernement fédéral prend alors le chemin de fer en charge et il l'amalgamera, en 1923, aux Chemins de fer nationaux du Canada, qui deviendront eux-mêmes le Canadien National.

     

  • La Grande Coalition

    Au lendemain de la démission du gouvernement Sandfield Macdonald-Dorion, le gouverneur Monck fait de nouveau appel à Sandfield Macdonald pour qu'il forme le prochain gouvernement. Ce dernier refuse et le gouverneur s'adresse à Étienne-Paschal Taché. Mais celui-ci a quitté la vie politique et l'intervention de George-Étienne Cartier est nécessaire pour qu'il accepte l'offre du gouverneur. Étienne-Paschal Taché s'associe donc à John A. Macdonald et forme un gouvernement qui ne garde le pouvoir que quelques mois. Ce nouvel échec montre aux autorités politiques qu'il est impossible de gouverner le Canada-Uni sous le régime de l'Union.

    Un consensus s'établit donc sur la nécessité de créer une coalition de l'ensemble des partis politiques canadiens afin d'en arriver à une réforme du système politique. Le rapprochement entre George Brown, les « clear grits » du Canada-Ouest, les « bleus » du Canada-Est et les conservateurs est définitivement accompli en juin 1864. Le 30 juin, les ministres de la Grande Coalition sont assermentés. Seuls les « rouges » de Jean-Baptiste-Éric Dorion en sont tenus à l'écart.

    Des représentants de cette coalition vont assister à la Conférence de Charlottetown. Comme les délégués du Canada-Uni sont éloquents, ils réussissent à convaincre les représentants des colonies maritimes du bien-fondé d'une union de toutes les colonies britanniques de l'Amérique du Nord. Le processus de négociations menant à la Confédération, en 1867, est alors enclenché.

     

  • Great Western Railway Company

    La compagnie de chemin de fer est constituée en société, en 1834, sous le nom de London and Gore Railroad Co. Elle prend le nom de Great Western Railway Company en 1853. En 1854, le trajet Niagara Falls, London, Windsor est inauguré. En 1882, la Great Western Railway Company compte 1 280 km de voies couvrant essentiellement le sud-ouest de l'Ontario.

     

  • La guerre de Crimée

    La guerre de Crimée (1854-1856) porte sur l'établissement de sphères d'influences de diverses puissances européennes sur l'empire ottoman. Le conflit se déroule sur la péninsule de Crimée. De 1854 à 1856, les troupes anglaises, françaises, russes et turques se livrent une guerre où la Russie est instigatrice du conflit et où les Anglais et les Français soutiennent l'armée turque. Bien que le Canada ne participe pas activement à ce conflit, certains individus s'engagent et vont combattre au Proche-Orient.

    La guerre de Crimée a un impact positif sur l'économie canadienne car elle influence grandement l'offre et la demande en produits agricoles, principalement en blé. Comme la Russie est en guerre contre la Grande-Bretagne, cette dernière annule ses importations de blé russe. C'est ainsi que le blé canadien se voit favorisé. La guerre provoque également une hausse du prix du blé. Donc, non seulement les agriculteurs canadiens se voient offrir le marché britannique sur un plateau d'argent, mais leur blé se vend à des prix forts élevés.

     

  • Litige au sujet de la frontière du Labrador

    Il est impossible de déterminer avec précision le moment où les premiers Européens, à part les Vikings, sont venus au Labrador. Mais dès le début des années 1500, les Basques, qui viennent pêcher et chasser la baleine, sont sans doute établis sur une partie de la côte. Les Français font de plus en plus sentir leur présence dans la région, qu'ils voient comme un prolongement de la Nouvelle-France. Lorsque les Français cèdent la plus grande partie de leur territoire en Amérique du Nord à l'Angleterre, en vertu du traité de Paris, en 1763, les «  côtes du Labrador  », comme on les appelle, passent sous l'autorité du gouverneur de Terre-Neuve.

    Au cours des 150 années qui vont suivre, la responsabilité de la région passe plusieurs fois du Québec (par l'entremise du Canada) à Terre-Neuve. Parallèlement, certaines parties du littoral terre-neuvien continuent à relever de la compétence de Terre-Neuve. Aussi tard qu'en 1888, un juge de Terre-Neuve signale au gouverneur de l'île qu'il y a des différences entre ce que Terre-Neuve revendique comme territoire et ce qui est indiqué comme territoire appartenant à Terre-Neuve sur une carte du gouvernement canadien. Bien que l'on fasse des efforts, à l'époque, pour régler la question, celle-ci n'est pas jugée importante, et l'intérêt s'effrite.

    Le conflit contemporain au sujet de la frontière commence en 1902, lorsque le gouvernement de Terre-Neuve donne un droit de coupe pour abattre les arbres des deux côtés du fleuve Hamilton (aujourd'hui Churchill). Comme le gouvernement du Québec considère le sud du fleuve comme son territoire, il se plaint auprès du Secrétaire d'État du Canada. Mais Terre-Neuve refuse d'annuler le permis. Le gouvernement de Terre-Neuve maintient qu'il possède les droits jusqu'à la ligne de partage des eaux de tous les cours d'eau qui se jettent dans l'océan Atlantique. En 1904, le gouvernement canadien suggère que la question de la frontière soit référée au Comité judiciaire du Conseil privé de Londres. Trois années plus tard, en 1907, le gouvernement de Terre-Neuve indique qu'il est d'accord avec la proposition du gouvernement canadien et qu'il va préparer les documents.

    Des différends à propos du contenu des documents et l'éclatement de la Première Guerre mondiale reportent le règlement de la question en 1922. On demande finalement au Conseil privé de Londres de déterminer la limite du territoire faisant l'objet du litige, comme l'indiquent les divers statuts, décrets impériaux et proclamations. Les délibérations commencent en octobre 1926. En 1927, le Conseil privé tranche en faveur de Terre-Neuve, verdict qu'accepte le Canada. La décision est renforcée par l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, conformément aux modalités de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1949.

     

  • Les loyalistes / Les loyalistes noirs

    Les loyalistes sont des Américains de diverses origines ethniques qui soutiennent les Anglais lors de la Révolution américaine, et qui quittent les États-Unis pour ne pas être persécutés. Près de la moitié des 80 000 à 100 000 loyalistes (selon les estimations) qui partent des États-Unis, à cette époque, s'établissent dans ce qui est aujourd'hui le Canada.

    Jusqu'à 30 000 d'entre eux se fixent dans les colonies des Maritimes. La plus grande partie arrive en 1783 et en 1784. Les deux principaux établissements se situent dans la vallée de la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) et à Shelburne (Nouvelle-Écosse). D'autres établissements voient le jour le long du Saint-Laurent, dans la péninsule du Niagara et le long de la rivière Detroit. L'arrivée soudaine d'émigrants entraîne la création du Nouveau-Brunswick et du Cap-Breton comme colonies distinctes en 1784, et celle du Haut-Canada en 1791. Les loyalistes prennent une part active à la vie sociale et gouvernementale, et ils continuent d'avoir de l'influence dans leurs communautés longtemps après leur arrivée au Canada.

    Les loyalistes ne sont pas tous d'origine anglaise. Nombre d'entre eux proviennent de minorités ethniques, linguistiques ou religieuses. Ils croient que leurs droits seront mieux protégés par la Couronne britannique.

    Parmi eux, on compte un nombre important de Noirs. Certains sont les esclaves des loyalistes blancs qui se réfugient au Canada. D'autres sont des esclaves qui se sont enfuis ou des Noirs libres qui se sont battus pour la Couronne durant la Révolution. Comme les Acadiens avant eux, les loyalistes noirs sont privés de bien des droits et privilèges, et ils subissent des persécutions et des préjudices encore pires. Certaines communautés noires datant de cette époque existent toujours, surtout dans les Maritimes.

     

  • Les Métis

    Le terme métis signifie « une personne qui est de descendance mixte », d'où le mot métissage.

    Dans le contexte sociohistorique canadien, un Métis ou une Métisse est une personne qui est de descendance amérindienne et européenne. Dans le contexte encore plus précis de l'histoire de l'Ouest canadien, plus particulièrement de celle du Manitoba de la seconde moitié du XIXe siècle, le Métis ou la Métisse est une personne ayant des ancêtres blancs et amérindiens, il ou elle est francophone et catholique de même qu'il ou elle fait partie de groupes qui ont en commun les mœurs, les coutumes et le style de vie. Les combats juridiques qu'ont eus à mener les Métis ont renforcé leur identité culturelle et les liens qui les unissaient.

     

  • Mouvement d'annexion en Colombie-Britannique

    À la fin des années 1860, la Colombie-Britannique fait l'objet d'un mouvement d'annexion en faveur des États-Unis. Ses partisans sont, en grande partie, des Américains et des immigrants de descendance autre que britannique qui vivent dans la colonie mais n'ont aucun lien particulier avec la Couronne britannique. Au cours de cette période, la Colombie-Britannique est en pleine récession. L'union des colonies de l'île de Vancouver et de la Colombie-Britannique, en 1866, ne facilite pas les choses. Deux solutions sont envisageables : l'annexion de la colonie aux États-Unis ou l'union avec le Canada.

    On ne sait pas jusqu'à quel point la Colombie-Britannique a failli être annexée. Reste que le débat est attisé par deux évènements importants qui se produisent en 1867 : la Confédération, qui a lieu le 1er juillet, et l'achat de l'Alaska par les Américains. Certains croient que les Américains vont tenter de relier leurs territoires, le long de la côte ouest, en revendiquant la Colombie-Britannique. Des bruits courent, faux, apparemment, selon lesquels des négociations en ce sens sont déjà en cours entre les Américains et les Anglais. Les journaux font remarquer que les Anglais pourraient avoir cédé la colonie aux États-Unis en guise de paiement, dans le dossier de la revendication de l'Alabama.

    En 1867, la première pétition proposant l'annexion circule à Victoria. Elle s'adresse à la reine. On y demande : que le gouvernement britannique assume les dépenses et rembourse les dettes de la colonie de même qu'il établisse un lien par bateau à vapeur entre la colonie et l'Angleterre; ou que l'on permette à la colonie de se joindre aux États-Unis. On ne sait pas combien de signatures ont été recueillies ou si la reine a bien reçu la pétition. Néanmoins, elle attire l'attention du gouverneur Frederick Seymour et du ministère des Colonies, qui s'engagent à promouvoir avec plus d'énergie l'union avec le Canada.

    En 1869, comme l'avenir de la colonie est toujours incertain, une deuxième pétition, celle-ci plus ferme et adressée au président des États-Unis, se met à circuler à Victoria. On la fera circuler à deux reprises, en fait. On ne recueille que 43 signatures la première fois et 61 la seconde. Vincent Collyer, commissaire spécial des Indiens pour l'Alaska, l'apporte à San Francisco et la présente au président Ulysses S. Grant le 29 décembre 1869. Bien que les signatures ne représentent qu'une infime partie des 5000 personnes qui vivent alors à Victoria, le mouvement d'annexion attire l'attention avec ces pétitions, tant en Colombie-Britannique qu'à l'étranger. Les pétitions ont sans aucun doute renforcé la détermination de ceux à qui la Confédération importe.

     

  • Les orangistes

    L'ordre d'Orange est fondé en Irlande en 1795. Il est initialement constitué pour commémorer la victoire de Guillaume d'Orange (Guillaume III, roi d'Angleterre) sur les catholiques lors de la bataille de Boyne, en 1690.

    Au Canada, Ogle R. Gowan fonde l'ordre en 1830. Il s'installe principalement en Ontario. Ce groupe s'implique dans la vie quotidienne de ses membres, soit en organisant des activités sociales et communautaires, soit en participant à l'accueil de nouveaux arrivants protestants au Canada. Il s'investit également dans la politique et intervient dans divers débats publics.

    Par certains aspects, l'ordre d'Orange adopte une attitude franchement hostile à l'égard des francophones et des catholiques. On constatera à plusieurs reprises, dans l'histoire canadienne, cet anti-catholicisme des orangistes.

     

  • Les Pères de la Confédération

    Les opinions divergent quant à savoir qui il faut considérer comme les Pères de la Confédération. Pour les besoins de ce site Web, l'expression fait référence aux personnes qui ont assisté à au moins une des trois conférences tenues respectivement à Charlottetown, à Québec et à Londres pour examiner la question de l'union de l'Amérique du Nord britannique.

     

  • La politique d'immigration

    La politique nationale de Sir John A. Macdonald comportait un aspect visant à favoriser l'immigration au Canada, mais sa réussite a été mitigée. Ce n'est qu'en 1896 que le gouvernement libéral du premier ministre Wilfrid Laurier instaure une politique d'immigration musclée destinée à attirer les émigrants au Canada, et ce, principalement dans les territoires situés à l'ouest de l'Ontario.

    Le ministre responsable de cette politique est Clifford Sifton. Avec leur politique d'immigration, les libéraux veulent ouvrir de nouveaux marchés aux manufactures de l'Est et favoriser le transport des marchandises par train. Le peuplement de l'Ouest canadien permettra également de faire valoir les prérogatives du Canada sur ce territoire et éliminera la possibilité de revendications territoriales de la part des États-Unis.

    C'est ainsi que des centaines de milliers de nouveaux arrivants débarquent, en provenance des îles britanniques, d'Europe de l'Est et d'Europe centrale. Ces émigrants formeront le tissu social qui est à la base de la mosaïque culturelle que l'on retrouve aujourd'hui dans les provinces de l'Ouest canadien.

     

  • Politique nationale

    Politique économique du Parti conservateur du premier ministre John A. Macdonald, elle est mise en place à partir de 1879. Elle reste longtemps à la base de la politique économique du Parti conservateur. Le premier ministre conservateur Robert Borden la continua de 1911 à 1920 tout comme le premier ministre R. B. Bennett de 1930 à 1935.

    Politique nationaliste visant à favoriser les industries canadiennes et à promouvoir la confiance de la population envers leur économie, la Politique nationale peut être qualifiée de politique protectionniste. Mais, au fil des ans, elle prend une envergure plus large. Le chemin de fer du Canadien pacifique, la colonisation des prairies de l'ouest, le développement des installations portuaires, le support financier pour une liaison maritime vers l'Europe et l'Asie favorisant l'exportation des denrées canadiennes à l'étranger, tous sont inclus sous l'appellation de Politique nationale.

     

  • La question des écoles séparées

    La Loi sur les Territoires du Nord-Ouest de 1875 contient des dispositions visant à offrir à la population des Territoires les mêmes droits et privilèges d'instruction religieuse qui sont offerts en Ontario au moment de la Confédération. La Loi permet ainsi aux autorités territoriales d'adopter les règlements nécessaires afin d'assurer aux minorités catholiques ou protestantes le droit d'établir des écoles séparées dans n'importe quel district.

    Mais, les règlements subséquents de 1884 et 1885, qui établissent formellement le système d'éducation des Territoires, avec ses deux composantes, écoles privées et publiques, sont amendés en 1886. À partir de cette date, il n'est possible d'établir des écoles séparées que dans les districts scolaires déjà constitués. L'établissement d'une école séparée dans un territoire où il n'y a pas de district scolaire est dorénavant impossible.

    La substitution, en 1892, du Board of Education par le Council of Education concrétise l'établissement d'un système scolaire désavantageux pour les minorités des Territoires. La création, en 1901, du département de l'Éducation solidifie davantage cet état de fait.

    Lorsque le premier ministre Wilfrid Laurier dépose, en 1905, le projet de loi sur la création des provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan, il traite de la question scolaire de la façon suivante : il inscrit que l'administration scolaire se fera comme il l'est indiquée dans l' Acte de l'Amérique du Nord britannique, c'est-à-dire, comme en Ontario et au Québec, avec la possibilité d'établir deux systèmes scolaires parallèles : l'un catholique, l'autre protestant.

    Cette clause est inacceptable pour une forte partie de la population des Territoires, des membres de l'Assemblé législative, de la presse et du clergé de l'Ouest. Laurier voit aussi Clifford Sifton, son ministre de l'Intérieur, remettre sa démission afin de manifester son désaccord face à la façon dont Laurier a traité le dossier.

    Laurier devra reculer. Il proposera un amendement à sa propre loi faisant ainsi en sorte que la clause scolaire revient à l'état de fait existant en 1892.

     

  • La question des propriétaires terriens non résidents

    La question des propriétaires terriens non résidents est la source d'une controverse politique qui durera un siècle à l'Île-du-Prince-Édouard. Elle débute au milieu des années 1760 lorsqu'une équipe d'arpentage divise l'île en 67 lots. Chaque lot a une superficie d'environ 8000 hectares (20 000 acres). Le 1er juillet 1767, ces lots sont accordés à de loyaux sujets du roi George III par le biais d'une loterie (même le roi y participe).

    Les nouveaux propriétaires conviennent de respecter certaines conditions et modalités en échange des titres fonciers. Celles-ci comprennent le versement de redevances (ou d'une rente) à la Couronne et un coin réservé, sur chacun des lots, à une école et à un maître d'école. Plus important encore, les nouveaux propriétaires doivent assurer la colonisation d'au moins un tiers des terres  --  par des protestants seulement  --  dans les 10 années qui suivent. Tout manquement à cette dernière clause peut entraîner la confiscation du lot. En fait, très peu de propriétaires terriens non résidents  --  ou leurs descendants, qui hériteront des terres  --  respecteront ces conditions.

    Le fait que les terres appartiennent principalement à des propriétaires non résidents met les colons de l'Île en colère. Beaucoup s'indignent de ne pas pouvoir obtenir les titres des propriétés sur lesquelles ils travaillent et vivent. Ils doivent également verser des redevances, qui représentent bien souvent un fardeau important. Pendant des décennies, on tentera de convaincre la Couronne de confisquer les lots des propriétaires terriens lorsque les conditions et modalités ne sont pas respectées. Toutefois, les descendants des premiers propriétaires, qui sont généralement proches du gouvernement britannique, ne voudront pas remettre les terres, et la Couronne refusera de les y obliger.

    En 1853, le gouvernement de l'Île a recours à une nouvelle tactique : il adopte la Land Purchase Act. Cette loi lui permet d'acheter les terres des propriétaires qui veulent bien vendre et de les rétrocéder aux colons à bas prix. Lorsque l'Île est à court d'argent et incapable de poursuivre son programme d'achat, elle demande des fonds à la Couronne. La demande est refusée et la loi devient sans effet.

    Le mécontentement atteint son apogée à plusieurs occasions et provoque presque une rébellion dans l'île. Dans les années 1860, la Tenant League (ligue des fermiers à bail) se constitue. La plupart des agriculteurs de l'Île s'y joignent. Les membres de la ligue refusent de verser leurs redevances jusqu'à ce que les propriétaires terriens acceptent de vendre leurs propriétés. Le conflit entre les fermiers à bail et les propriétaires déclenche une série d'incidents qu'on appellera les « émeutes de la Tenant League ».

    En 1864, le gouvernement de l'Île voit l'union comme une solution éventuelle au problème des propriétaires terriens. Au cours des discussions qui ont lieu à la Conférence de Charlottetown, les délégués proposent de constituer un fonds qui permettra, si l'Île entre dans la Confédération, de racheter les terres des grands propriétaires. Toutefois, cette suggestion est retirée plusieurs semaines plus tard, à la Conférence de Québec. Par conséquent, l'Île décide de ne pas entrer dans la Confédération. Le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard refusera, à partir de ce moment, les nouvelles offres des autres provinces. L'Île-du-Prince-Édouard acceptera finalement d'entrer dans la Confédération en 1873, après qu'un projet de construction de chemin de fer aura mené son économie au bord de la faillite. En vertu des conditions de l'union, le Canada accepte de donner à l'Île, entre autres, une somme de 800 000 $ qui servira à racheter le reste des terres des propriétaires terriens non résidents.

     

  • La « rep. by pop. » (représentation selon la population)

    L'expression anglaise « rep. by pop. » est l'abréviation des termes " representation by population ". On peut traduire cette expression, en français, par « représentation selon la population ».

    En vertu de l'Acte d'Union qui prend effet en 1841, le Canada-Ouest et le Canada-Est obtiennent le même nombre de représentants à l'Assemblée législative. Cette mesure avait été demandée et obtenue par la population d'origine britannique, qui voulait s'assurer une représentation égale à l'Assemblée législative, même si, à ce moment, la population du Canada-Est était supérieure à celle du Canada-Ouest.

    Le recensement de 1851 montre que la population du Canada-Ouest dépasse celle du Canada-Est. À partir de cet instant, les politiciens du Canada-Ouest réclament haut et fort une modification de cet état de fait, qui n'est plus à leur avantage.

    Bien que certains députés « rouges », motivés par l'idéal démocratique, appuient cette revendication, la plupart des députés du Canada-Est ne veulent pas de cette modification. En fait, la « rep. by pop. » affaiblirait leur position dans le système politique de l'Union et mettrait en cause la survivance des institutions canadiennes-françaises.

    Cette question ne sera résolue qu'au moment de la Confédération, en 1867.

     

  • Les « rouges »

    Mouvement politique et parti politique actif au Canada-Est de 1848 à 1867. L'échec des rébellions de 1837 et de 1838 provoque la disparition du Parti patriote. Ses chefs réussissent à recevoir l'appui d'une majorité de Canadiens français et ils forment un parti politique qui proposera plusieurs réformes.

    Une faction de ce parti réformiste voit d'un mauvais œil ce qu'elle considère comme un glissement vers la modération et le pseudo-libéralisme de ses élites. Cette faction, étant plus radicale que l'ensemble des membres du parti qui prône la réforme, se voit donner le titre de « rouge », se faisant associer ainsi aux révolutionnaires européens.

    Au milieu des années 1850, « rouge » et réformistes modérés se disputent l'épithète « libéral ». Mais à la fin de cette décennie, et surtout avec l'avènement de la Confédération, les réformistes modérés ont gagné l'appui de la population et le radicalisme des « rouge » ne trouve plus de place où se faire valoir.

    Politiquement, les « rouge » sont associés à la défense de principes démocratiques et républicains tels le suffrage universel, la séparation de l'Église et de l'État, les réformes judiciaires et constitutionnelles. Ils encouragent les franches discussions politiques, philosophiques et idéologiques, et c'est pour cette raison qu'ils fondent l'Institut canadien. Mais les « rouge » sont également associés à un libéralisme radical et à un anticléricalisme qui ne sera populaire qu'auprès d'une minorité de Canadiens français.

     

  • La ruée vers l'or de 1858

    On découvre plusieurs gisements aurifères en Colombie-Britannique, dans les années 1850, mais les plus importantes découvertes se font sur les bancs de sable qui longent le fleuve Fraser. Lorsque le premier envoi d'or en provenance de la vallée du Fraser atteint San Francisco, le 3 avril 1858, c'est le signal de la ruée vers l'or. Des dizaines de milliers de personnes affluent dans la région, ce qui fait soudainement passer la population de Victoria de 500 habitants à plus de 5,000; des milliers d'autres s'installent sur le continent.

    Pratiquement du jour au lendemain, la prospection de l'or éclipse le commerce des fourrures comme principale activité dans la région. En 1858, la Grande-Bretagne officialise sa mainmise sur la côte du Pacifique en établissant la colonie de la Colombie-Britannique, parfois connue sous le nom de gold colony. Le boom économique que cela entraîne dure jusqu'au début des années 1860. À ce moment, la Colombie-Britannique et l'île de Vancouver entrent dans une période de récession.

     

  • Le système préférentiel britannique

    Jusqu'aux années 1840, le gouvernement britannique accorde une protection douanière aux produits importés de ses colonies, nord-américaines ou autres. Lorsque Londres décide d'éliminer graduellement cette protection et d'adopter une politique de libre-échange, les produits canadiens ont de la difficulté à trouver preneur sur les marchés internationaux, et ce, en raison de leurs prix élevés.

    Le rappel des lois britanniques sur les céréales, en 1846, suivi de celui, progressif, de la Canada Corn Act, en 1849, et de celui, progressif également, des tarifs préférentiels sur le bois d'œuvre, en 1847 et 1848, ont marqué un important changement dans l'économie canadienne. Celle-ci dépendait fortement, jusqu'alors, des tarifs préférentiels britanniques.

    C'est à partir de ce moment que le Canada commence à se tourner vers les États-Unis comme partenaire commercial. Ce mouvement aboutira, en 1855, à la signature du traité de réciprocité avec les États-Unis.

     

  • Le scandale du Pacifique

    En avril 1873 éclate « le scandale du Pacifique » : le gouvernement de sir John A. Macdonald est accusé d'avoir accepté des fonds illicites de sir Hugh Allan, lequel s'est vu accorder en retour le lucratif contrat de construction du chemin de fer transcontinental, le Canadien Pacifique. Les députés de l'opposition divulguent cette entente et en fournissent la preuve; celle-ci paraît dans tous les journaux du Canada.

    La correspondance d'Allan révèle que lui et ses partenaires américains ont tenté d'influencer tout un éventail de personnalités publiques, parmi lesquelles figurent des journalistes et des politiciens. Au cours de la campagne électorale de 1872, d'importantes sommes ont été versées à des hommes comme George-Étienne Cartier et Hector-Louis Langevin. Un télégramme de Macdonald à John J. C. Abbott, le conseiller juridique d'Allan, a constitué la preuve la plus sensationnelle de ce scandale. On peut y lire : « Il me faut un autre montant de dix mille; ce sera ma dernière demande; ne me décevez pas; répondez aujourd'hui. »

    Macdonald emploie plusieurs tactiques dilatoires afin d'éviter les conséquences politiques d'un scandale, mais il ne réussit pas à esquiver les réactions du public, ni les attaques acharnées de l'opposition. Le caricaturiste politique J. W. Bengough publie alors de mordantes illustrations grâce auxquelles il restera connu.

    Pour examiner l'affaire, une commission royale est créée en août 1873. En novembre, le gouvernement de Macdonald doit démissionner. Suit une élection générale, et Macdonald conserve malgré tout son siège au Parlement. Bien des protagonistes de ce scandale ne souffriront pas longtemps des conséquences. Le parti de Macdonald reprend le pouvoir en 1878, et lui-même occupe les fonctions de premier ministre jusqu'à sa mort, en 1891. Et c'est John Abbott qui lui succédera.

     

  • La Tenant League / Les émeutes de la Tenant League

    La Tenant League (ligue des fermiers à bail) est une organisation d'agriculteurs de l'Île-du-Prince-Édouard qui tente de forcer le règlement de la question des propriétaires terriens non résidents. La ligue se forme en décembre 1863 et le nombre de membres augmente au cours de l'hiver et du printemps suivants. En août 1864, la grande majorité des fermiers à bail de l'Île font partie de la Tenant League.

    La ligue organise une assemblée, à Charlottetown, au cours de laquelle elle adopte une constitution où les membres sont incités à ne pas verser leurs redevances jusqu'à ce que les propriétaires terriens non résidents acceptent de vendre leurs terres. Le 17 mars 1865, des membres catholiques et protestants de la ligue participent au défilé de la Saint-Patrick à Charlottetown. À cette occasion, la foule empêche la police locale d'arrêter le chef de la Tenant League, Samuel Fletcher.

    Par la suite, le gouverneur George Dundas déclare que la Tenant League est un mouvement séditieux, et il le proscrit. Toutefois, les fermiers refusent de dissoudre la ligue. Il y a plusieurs escarmouches entre les agriculteurs et les régisseurs et autres shérifs qui sont envoyés percevoir les redevances. On appelle parfois ces affrontements les « émeutes de la Tenant League ». L'agitation est telle que le gouverneur demande qu'on envoie un contingent de soldats britanniques à l'Île pour rétablir l'ordre. Les troupes devront y demeurer pendant plus d'un an.

     

  • Le Territoire du Nord-Ouest et la Terre de Rupert

    Bien qu'il s'agisse de deux territoires distincts, les termes servant à les désigner sont souvent utilisés d'une manière un peu confuse dans les manuels d'histoire du Canada.

    La Terre de Rupert comprend l'ensemble du bassin hydrographique de la baie d'Hudson, c'est-à-dire le nord du Québec et de l'Ontario actuels, le Manitoba en entier, l'essentiel du territoire de la Saskatchewan de même qu'une partie du sud de l'Alberta. Le Territoire du Nord-Ouest, quant à lui, se situe au nord et à l'ouest de la Terre de Rupert.

    En 1870, lorsque le Canada achète ces terres de la Compagnie de la Baie d'Hudson, le nom change et devient les Territoires du Nord-Ouest.

     

  • Territoires ou provinces?

    Il est opportun de se demander pourquoi le gouvernement fédéral a créé en 1905 deux nouvelles provinces, l'Alberta et la Saskatchewan, et n'a pas fait de même pour le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest.

    Quelques éléments doivent être pris en considération afin d'expliquer le raisonnement des politiciens et des fonctionnaires dans ce dossier. Premièrement, il y a la question des terres de la Couronne. En créant de nouvelles provinces, le gouvernement fédéral doit tenir compte des revendications de la population et des politiciens en ce qui concerne le contrôle des terres de la Couronne. La vente des lots de terres, l'exploitation des ressources naturelles, le contrôle du développement, sont tous des éléments que veut contrôler Ottawa. En créant des territoires, l'administration directe en revient aux fonctionnaires fédéraux.

    Comme le débat entourant la création des provinces du Manitoba, de l'Alberta et de la Saskatchewan l'a démontré, tous les fonctionnaires et politiciens ne sont pas d'accord pour créer de nouvelles provinces pour des territoires qui sont si faiblement peuplés. Ottawa accepte dans ces cas, mais pour le « reste » des Territoires du Nord-Ouest, après 1905, le statut de Territoires est jugé suffisant.

    En 1905, la loi donne aux Territoires un commissaire des territoires du Nord-Ouest et lui accorde certains pouvoirs. Cette même loi accorde au commissaire la possibilité de nommer un Conseil. Cette loi de 1905 continue celle de 1875 et les autres lois subséquentes qui touchent l'administration des Territoires du Nord-Ouest. La première loi (celle de 1875) donnait entre autre les pouvoirs suivants aux Territoires : taxation pour des fins locales et municipales, propriété et droits civils dans les territoires, administration de la justice, santé publique, octroi de licences pour auberges et lieux de rafraîchissement, limites et frontières, cimetières, prévention de cruauté envers les animaux, protection et conservation des gibiers et animaux sauvages, infractions à la morale publique, nuisance publique, police, chaussées, routes et ponts, protection des bois et forêts, prisons et lieux de détentions, toute question d'une nature purement locale ou privée, imposition de punitions par voie d'amende.

    Si on comparait ces responsabilités à celles octroyées aux provinces, on constaterait rapidement que les provinces sont plus libres de s'administrer et ce, dans davantage de domaines.

    Force est de constater qu'au tournant du siècle, l'attitude des politiciens, des fonctionnaires et de la population en générale envers les populations autochtones n'est pas guidée par la quête de justice sociale. Les populations autochtones sont traitées de manière à ce qu'elles ne puissent pas contrevenir aux plans de l'homme blanc. La série de traités signés de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle en fait foi. Les Territoires du Nord-Ouest sont, au début du XXe siècle, essentiellement peuplés par des Autochtones. À peine quelques centaines d'hommes blancs y habitent. À cette époque, la « question » autochtone est la responsabilité des fonctionnaires fédéraux, qui s'occupent également de la gestion du territoire.

    L'idée que les populations autochtones ont droit à la gestion politique du territoire qu'elles habitent est un concept qui n'a fait son apparition dans l'esprit de l'homme blanc que tard au XXe siècle. L'établissement de siège du gouvernement au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que la création du Nunavut fait partie de cette prise de conscience des autorités fédérales, et est le résultat des pressions exercées par les peuples autochtones eux-mêmes.

     

  • Le traité de réciprocité

    Au nom de la Grande-Bretagne et des colonies de l'Amérique du Nord britannique, le gouverneur Elgin signe avec les États-Unis, le 5 juin 1854, un traité de réciprocité visant à éliminer les tarifs douaniers. L'entente porte sur le droit des pêcheurs des États-Unis et de l'Amérique du Nord britannique, sur les matières premières ainsi que sur les produits agricoles. Bien que les échanges entre les deux parties augmentent considérablement au cours des années suivantes, les politiciens américains, pressés par la montée de la ferveur protectionniste dans leur pays, réclament le rappel du traité. En 1865, le gouvernement américain annonce qu'il ne sera pas renouvelé et il prend fin en 1866.

    La signature de ce traité arrive à point pour le Canada-Uni et les autres colonies nord-américaines, car à la même époque, la Grande-Bretagne met fin à son système préférentiel. L'entente avec les États-Unis assure donc aux entrepreneurs des débouchés pour leurs produits. La fin du traité de réciprocité est un facteur déterminant dans la décision des politiciens du Canada-Uni de formuler un nouveau type de partenariat avec les colonies britanniques de l'Amérique du Nord.

     

  • L'Union maritime

    Le projet d'une union maritime est mis en œuvre en 1863 et 1864 par Arthur Hamilton Gordon, le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. Le projet va échouer, mais il sera à l'origine de la Confédération.

    L'idée d'une union maritime  --  la réorganisation du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse en une seule colonie britannique -- n'est pas nouvelle. L'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, considérés comme des parties de la Nouvelle-Écosse, ont déjà été administrés par celle-ci jusqu'en 1769 et 1784 respectivement. Plusieurs des prédécesseurs du lieutenant-gouverneur Gordon, y compris J. H. T. Manners-Sutton, étaient également en faveur de l'unification des trois colonies.

    Outre le précédent historique, il y a des raisons plus pressantes de réorganiser les colonies. Les États-Unis, où sévit la guerre civile, représentent une menace militaire. Nombre de politiciens en vue, dans les colonies, estiment que les colonies unifiées pourraient organiser une défense plus efficace. En Angleterre, le ministère des Colonies est également favorable à la réorganisation de l'Amérique du Nord britannique. En effet, les Anglais espèrent que l'union permettra aux colonies d'être plus indépendantes de l'Angleterre, et qu'elles seront par conséquent moins chères à entretenir. Les ambitions personnelles d'A. H. Gordon pourraient aussi avoir contribué à la chose  --  il se voyait lui-même gouverneur des colonies maritimes unifiées.

    A. H. Gordon réussit à susciter un certain intérêt pour l'union maritime. Au printemps 1864, les législatures des trois colonies s'entendent pour tenir une conférence afin de discuter d'une unification éventuelle. Le mouvement s'arrête là, car aucune des colonies ne veut se plier ni à une heure ni à un lieu de rencontre. Ce n'est que lorsque la Province du Canada manifeste son désir d'être invitée, au cours de l'été 1864, à la conférence projetée qu'une rencontre est organisée à la hâte, à Charlottetown, pour le 1er septembre. Les Canadiens arrivent bien préparés à la Conférence de Charlottetown et plaident en faveur d'une union plus large de l'Amérique du Nord britannique. Le projet d'union maritime s'effrite alors rapidement. Déçu, A. H. Gordon quitte la Conférence avant qu'elle se termine.

     

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