Signatures, printemps-été 2021

Couverture de la revue Signatures printemps-été 2021 montrant une aquarelle représentant une vue en perspective d'une montagne en arrière-plan et des rangées d'arbres en fleurs avec des ruches d'apiculteurs sous certaines d'entre elles, au devant.

Signatures, printemps-été 2021
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Introduction

— Par Leslie Weir, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Leslie Weir
Photo : Charles-Olivier Desforges-Rioux, BAC

Rien ne saurait faire obstacle à l’avenir radieux du Canada, de ses immenses étendues et de son peuple vigoureux, ambitieux, cultivé et généreux. [Traduction]

Ces paroles intemporelles du premier ministre britannique Winston Churchill reflètent parfaitement le sentiment d’espoir et de renouveau qu’inspirent le printemps et l’été. Alors que nous profitons de l’énergie vibrante et revigorante des mois ensoleillés, je suis fière de vous présenter l’édition printemps-été 2021 de la revue Signatures.

Bien que nous devions composer avec la pandémie de COVID-19 et gérer la réouverture graduelle de nos points de service, nous tâchons d’offrir nos services prioritaires aux Canadiens, et ce, dans un environnement sécuritaire pour tous où sont respectés les directives provinciales et fédérales ainsi que les conseils de la santé publique. Comme bon nombre d’organisations, nous nous adaptons à cette situation en constante évolution : beaucoup de nos services sont offerts en ligne, et nous travaillons à distance. Mais l’éloignement physique n’amoindrit en rien notre désir et notre capacité de collaborer et de communiquer avec les Canadiens, comme nous en avons la responsabilité.

Le présent numéro contient un exposé détaillé de deux discussions virtuelles que j’ai eu la chance d’animer dans le cadre de la série d’entrevues Signatures : la première avec la très honorable Adrienne Clarkson, et la seconde avec la célèbre écrivaine Arlette Cousture. Accessibles sur la chaîne YouTube de BAC, ces entrevues sont des rencontres uniques avec des personnalités canadiennes qui ont fait don de leurs archives à Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

Toujours sous le thème du contact virtuel, l’article de Caitlin Webster dans la rubrique « Perspectives de BAC » met en lumière le travail novateur des Services régionaux pour offrir des ateliers, des visites et des présentations en ligne. Dans l’article « Démystifier la recherche grâce aux ateliers pratiques » de Sophie Tellier, découvrez comment les Services de référence de BAC ont travaillé avec des professeurs universitaires pour que les étudiants aient accès à des archives et à des documents publiés. Cette collaboration a inspiré des activités éducatives expérimentales et des visites virtuelles pour faire connaître les services et les fonds de BAC.

Dans l’article « Recueillir nos histoires, perfectionner nos habiletés », Delia Chartrand explique comment BAC, grâce à l’initiative Écoutez pour entendre nos voix, a organisé, en collaboration avec l’Association manitobaine des archives, une série d’ateliers visant à enseigner des notions archivistiques pratiques aux membres d’organisations et de communautés autochtones rurales dans le nord du Manitoba.

En plus de ces initiatives, ce numéro de Signatures dévoile la complexité et l’importance du processus de réévaluation, décortiqué dans « Redécouvrir la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada » d’Andrew Elliott et « Un imposant projet de réévaluation à Renfrew » de Kyle Huth et Tina Lloyd. Grâce à l’article de William Wilson, « De l’autre côté du miroir : le monde méconnu du droit d’auteur », les lecteurs pourront explorer le monde multidimensionnel de la propriété intellectuelle. Lucie Paquet, quant à elle, décrit l’évolution d’une entreprise dont les grands projets ont contribué à la modernisation et à l’industrialisation du Canada, avec son article « Les archives de la Dominion Bridge Company ».

S’inscrivant parfaitement dans les révolutions environnementale et numérique déjà bien amorcées, cette édition de Signatures présente deux grands projets d’infrastructure durable en cours à BAC. Elle présente aussi notre ambitieux projet Vision 2030. Celui-ci orientera nos activités relatives à l’optimisation numérique et à la transformation des services, le tout dans le but de toucher de nouveaux publics et d’améliorer l’expérience des utilisateurs, car le service aux Canadiens est au cœur des priorités de BAC. Vision 2030 entraînera des réflexions, des analyses et une planification qui détermineront notre trajectoire pour les dix prochaines années, voire plus!

La revue Signatures a pour objectif de faire connaître les trésors de BAC et l’expertise nécessaire à leur acquisition et à leur préservation. Elle encourage aussi l’accès à notre histoire commune pour les générations actuelles et futures. La mission de BAC – être la mémoire continue du Canada – est assurée en grande partie par ses employés exceptionnels. Leurs textes publiés dans cette édition de Signatures témoignent de leur dévouement, de leur passion et de leurs connaissances. Je les remercie sincèrement pour leur contribution.

Bonne lecture!

Signature de Leslie Weir 

Leslie Weir
Bibliothécaire et archiviste du Canada

 

Démystifier la recherche grâce aux ateliers pratiques

— Par Sophie Tellier, archiviste de référence principale p. i., Direction générale des services au public

Photo couleur montrant un groupe mixte de 11 personnes debout sur 2 rangées devant une bannière historique au-dessus, et d'étagères murales contenant des classeurs et des boîtes de rangement en-dessous

Jennifer Anderson (à g.) avec la professeure Anne Trépanier et des étudiants de l’Université Carleton, en visite à BAC en janvier 2020, pour l’atelier d’intégration des connaissances en recherche avancée (études autochtones et canadiennes).
Photo : Sophie Tellier, BAC

 

Depuis plusieurs années, les Services de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) organisent des visites de notre édifice au 395, rue Wellington, à Ottawa, ainsi que des séances d’information sur la recherche. La charte des Services de référence stipule en effet que le personnel doit offrir des services d’orientation pour aider les clients à accéder aux collections et aux installations de BAC. J’ai moi-même eu le privilège d’accueillir divers groupes : touristes, dirigeants en sciences de l’information, fonctionnaires et, bien sûr, étudiants et professeurs de tous les niveaux.

Les professeurs d’université et les étudiants forment l’essentiel de nos visiteurs, attirés par nos séances d’introduction aux services et aux collections de BAC. Mais nous avons constaté que les professeurs en voulaient plus : ils souhaitaient habiliter leurs étudiants à utiliser les ressources archivistiques et publiées, et participer à plus d’activités pratiques. Les étudiants, quant à eux, voulaient enrichir leurs aptitudes de recherche et interagir davantage avec nos documents.

Un tournant

Au fil des ans, nous avons noué une solide collaboration avec des professeurs de l’Université d’Ottawa et de l’Université Carleton. Ceux-ci ont proposé des idées et manifesté leur intérêt pour tester de nouvelles technologies avec les archives. Début 2019, des étudiants du programme des Sciences humaines numériques de l’Université d’Ottawa ont monté un projet sur le piano CD 318 de Glenn Gould, avec leur professeure Jada Watson. Ils ont invité les Services de référence à leur exposition, qui présentait les résultats de leur travail archivistique et son influence sur leurs apprentissages en tant que chercheurs.

Photo couleur montrant une jeune femme vue de dos face à une table sur laquelle repose un équipement de numérisation à gauche et un écran d'ordinateur et un clavier à droite

Une étudiante de l’Université Carleton numérise du matériel de BAC au Numéri-Lab.
Photo : Anne Trépanier

Inspiré par plusieurs succès du genre et par la popularité accrue du Numéri-Lab, le personnel des Services de référence s’est donné pour mission d’innover. Pour illustrer la variété des formats conservés par BAC et les défis que cela entraîne, il a inclus de véritables archives à ses visites et ateliers : par exemple, des bobines de microfilm, des disquettes de 5,25 pouces, ou mes préférés, des cylindres phonographiques (qui laissent toujours les étudiants stupéfaits).

Au printemps 2019, ma collègue Jennifer Anderson et moi avons contacté des professeurs pour leur offrir de concevoir des ateliers et des activités d’apprentissage expérientiel sur mesure, à temps pour la session d’automne.

Résultat : les étudiants ont pu réaliser des travaux pour se familiariser avec les pratiques en archivistique, la manipulation d’archives et la recherche dans nos outils et bases de données, en répondant à « d’authentiques » demandes de référence. Ces ateliers ont aussi permis d’atteindre un objectif plus noble : réduire l’anxiété archivistique par le développement d’habiletés, et donner un aperçu concret du travail d’historien, d’archiviste ou de chercheur.

Durant l’année universitaire 2019-2020, nous avons eu le plaisir d’animer plusieurs ateliers, dont un à l’Université Carleton sur l’intégration des connaissances en recherche avancée pour les études autochtones et canadiennes. La professeure Anne Trépanier nous a aidés à créer un exercice d’apprentissage qui a duré tout le semestre. Le but : accompagner les étudiants à toutes les étapes de leur projet de recherche, de la conception de leur proposition jusqu’à la publication d’un article évalué par les pairs.

Les étudiants ont dû obtenir une carte d’usager, rencontrer un archiviste ou un bibliothécaire de référence pour préciser leur sujet, récupérer et consulter du matériel, le numériser et enregistrer les métadonnées au Numéri-Lab, porter attention aux droits d’auteur et aux conditions d’accès, et apprendre à bien citer leurs sources. Au final, ils ont présenté leur article et partagé leurs réflexions sur l’expérience lors d’une réunion Zoom avec l’équipe de BAC.

Leur rétroaction nous a aidés à comprendre leurs besoins et leurs défis, notamment la complexité du monde archivistique (terminologie, règles, gestion des restrictions d’accès). Leurs activités favorites : fouiller dans d’authentiques boîtes d’archives, travailler au Numéri-Lab et résoudre des questions de recherche. Selon Mme Trépanier, l’expérience a permis aux étudiants de nourrir et d’enrichir leurs aptitudes scolaires, professionnelles et personnelles.

Virage numérique : abattus, mais non défaits

Photo couleur montrant un récipient cylindrique à la verticale à gauche, et un cylindre à l'horizontal bleu brillant à droite

Cylindre phonographique de la compagnie Edison.
Photo : Sophie Tellier, BAC

La COVID-19 a mis sur pause les visites et les ateliers. Même si professeurs et étudiants auraient aimé venir sur place, il était plus urgent de miser sur l’apprentissage en ligne. Nous avons donc créé des visites virtuelles de nos services et collections, ainsi que des tutoriels et des activités Web comme des chasses au trésor, des séances de discussion et des exercices de méthodologie de recherche pratique. Nous savions que tôt ou tard, notre offre sur place prendrait un virage virtuel; la pandémie nous a forcés à accélérer le rythme.

Le déménagement dans le nouvel édifice partagé avec la Bibliothèque publique d’Ottawa en 2024 et notre volonté d’être accessibles (tant sur place qu’en ligne) nous poussent à innover, pour aider nos clients actuels et futurs – des novices aux plus expérimentés – à gagner en confiance et à explorer et utiliser nos collections.

Je crois que la recherche reste le meilleur moyen de découvrir l’histoire. Grâce à nos ateliers, les étudiants peuvent non seulement découvrir et manipuler les trésors de BAC, mais aussi s’approprier leur propre histoire. C’est notre rôle de les accompagner dans cette aventure; car après tout, la recherche historique n’est pas aussi simple qu’on le croit.

 
 

Les archives de la Dominion Bridge Company

— Par Lucie Paquet, archiviste principale, Direction générale des archives

En 2017, une équipe de Bibliothèque et Archives Canada se rend à Montréal pour évaluer un ajout au fonds de la Dominion Bridge Company, acquis en 1988. Cet ajout vise à combler des lacunes dans un domaine sous-représenté de la collection : l’évolution du génie civil et de l’industrie de la construction. Avec son siècle d’existence, la Dominion Bridge Company – l’une des plus grandes entreprises canadiennes à s’être établie dans toutes les provinces – en est un acteur majeur.

Photo en noir et blanc montrant un aménagement paysager en avant-plan, et un bâtiment d'un étage avec une façade vitrée couronnée de multiples frontons en arrière-plan

Vue extérieure d’une usine de la Dominion Bridge Company, 1905. No d’acquisition 1987-161, boîte 1, dossier 8, e007152373-v6.
Crédit : Dominion Bridge Company Ltd.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

Photo en noir et blanc montrant une grande pièce éclairée à la lumière du jour avec un plafond à charpente d'acier, un plancher en bois, et remplie d'équipements industriels et de quelques ouvriers

Vue intérieure d’une usine de la Dominion Bridge Company, avant 1903. No d’acquisition 1974-234, boîte C, pièce N S 3 568, a102720-v8.
Crédit : Dominion Bridge Company Ltd.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

En arrivant sur le site, l’équipe aperçoit d’immenses bâtiments qui servaient autrefois d’usines d’assemblage. C’est ici que pendant plus d’un siècle, des milliers de travailleurs ont forgé, coupé et soudé de lourdes structures d’acier. Puis elle entre dans le bâtiment réservé aux ingénieurs de l’époque. Transformées pour entreposer les archives de la compagnie, les vastes salles contiennent de précieux documents qui témoignent des changements provoqués par la révolution industrielle, les grandes mobilisations militaires et les avancées scientifiques et techniques des années 1950 à 1980.

Sur une des tables, l’équipe découvre des dessins architecturaux sur feuilles de lin. Ce média noble et ancien montre l’importance de l’information qui y est consignée. On peut y voir les plans d’imposants hôtels canadiens, dont ceux du Château Frontenac et de sa tour centrale, respectivement érigés en 1892 et 1920 par l’architecte Bruce Price, à Québec. Plus loin, on aperçoit les plans des grands ponts construits dans chaque province. S’y ajoutent d’autres dessins abondamment documentés, comme ceux de la conception du canal Lachine au Québec, du canal Trent en Ontario, et d’autres portant sur des édifices et des complexes industriels qui ont transformé l’architecture urbaine des métropoles canadiennes.

Ces archives sont toujours d’actualité, puisqu’elles portent sur des monuments patrimoniaux visités chaque année par de nombreux touristes. Et les conserver s’avère nécessaire tant pour le public que pour des raisons historiques, car elles démontrent le grand impact qu’a eu cette compagnie au Canada.

C’est en 1883 que se réunissent, près du canal Lachine, des représentants de la Dominion Bridge Company. Ils choisissent cet emplacement, car il donne accès aux voies navigables permettant d’expédier la marchandise jusque dans l’Ouest canadien.

Nous sommes alors aux débuts de la révolution industrielle, et partout au pays, la construction d’infrastructures nécessite des matières lourdes et du métal. Dès 1890, la compagnie devient le principal manufacturier de poutres métalliques et de matériel ferroviaire au pays. Puis, avec l’arrivée de l’électricité, elle se lance dans la fabrication de produits mécaniques.

Photo en noir et blanc d'une grande pièce aux fenêtres à carreaux, montrant un grand cylindre horizontal en métal avec des trous et 2 évents à l'avant, reposant sur un plancher également métallique

Fournaise construite pour un navire de guerre, vol. 514, dossier 7.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

Photo en noir et blanc montrant 2 montagnes enneigées s'estompant en arrière-plan, un flanc de montagne, des lignes électriques suspendues et une structure en bois en avant-premier plan

Suspension d’une ligne de transmission pour la compagnie Alcan, Bowl Glacier (Vancouver), 1er avril 1955. Vol. 507, dossier 2.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

Parmi ses prouesses techniques, notons la construction des plus hautes écluses hydrauliques au monde, sur le canal Trent, et celle des ponts à bascule sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Avec ces ouvrages, la population a un plus grand accès au territoire et peut donc le développer.

La Dominion Bridge Company met aussi au point une invention essentielle au développement urbain : l’équipement de levage nécessaire pour construire des édifices en hauteur (siège social de la Sun Life à Montréal, immeubles gouvernementaux, hôtel Le Reine Elizabeth à Montréal, Centre Toronto-Dominion) et de vastes complexes industriels, dont celui de l’lnternational Nickel Company of Canada (érigé en 1915 à Copper Cliff, en Ontario) et les écluses de la Shawinigan Water & Power Company, au Québec.

Pour répondre à la demande, la compagnie ouvre des usines à Winnipeg, Edmonton, Vancouver, Halifax, Toronto et Ottawa. En 1912, elle emploie 9 000 personnes. Grâce à ses dirigeants – dont Phelps Johnson et G. H. Duggan –, elle acquiert une renommée mondiale avec son concept de poutres en forme de « K ». Celles-ci sont utilisées dans la construction des ponts de portée et des ponts en porte-à-faux, et notamment lors de la reconstruction du pont de Québec, entre 1910 et 1917. Ce dernier, avec ses 66 000 tonnes d’acier suspendu, est d’ailleurs le plus long du genre à l’époque. Les ingénieurs de la compagnie, tenant compte du climat rigoureux et des conditions particulières du territoire, réalisent aussi d’autres types de ponts suspendus, à haubans et en arc.

Photo en noir et blanc montrant une pièce à haut plafond avec une bande de fenêtres ensoleillées au haut en arrière-plan, un mécanisme avec poulie, 3 énormes poutres en acier et un ouvrier, et des voies ferrées en avant-plan

Poutres pour la reconstruction du pont Victoria, Montréal, vers 1915. R5607, vol. 510, dossier 20.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

Durant la Première Guerre mondiale, la Dominion Bridge Company oriente ses efforts vers la production de matériel de guerre, fabriquant des fournaises pour les navires militaires. Plus tard, elle se spécialise également dans les secteurs des pâtes et papier et de l’énergie. Dans les années 1920, la forte croissance industrielle crée une demande pour des tôles en acier. La compagnie innove alors avec la soudure à arc électrique. Cette méthode d’assemblage lui ouvre les portes de grands projets, dont l’édification de ponts pour les automobiles.

La Dominion Bridge Company ouvre également des usines dans le Nord de l’Ontario pour desservir l’industrie minière. Mais c’est pendant la Seconde Guerre mondiale qu’elle relève son défi le plus spectaculaire : construire 45 navires de guerre de 10 000 tonnes chacun, à l’usine d’assemblage de la United Shipyards de Montréal (une entreprise qu’elle détient de pair avec la Fraser-Brace Ltd).

Les années d’après-guerre sont marquées par un essor sans précédent. La compagnie fabrique de l’équipement hydroélectrique, pétrolier et minier, et participe activement à l’aménagement de la Voie maritime du Saint-Laurent. Les années 1960, quant à elles, sont celles de la recherche et du développement. Attelés à leurs tables à dessins, les ingénieurs conçoivent de nouvelles structures pour le domaine des télécommunications.

Toutefois, le marché canadien étant limité, la compagnie est achetée par AMCA International en 1981. Son siège social déménage aux États-Unis, et en 1990, elle devient la United Dominion Industries, un conglomérat multinational qui étendra ses activités partout sur la planète jusqu’en 1998.

Les archives de la Dominion Bridge Company permettent d’étudier l’évolution d’une entreprise qui, par son expertise et ses immenses chantiers, a contribué à faire du Canada une nation industrielle et moderne.

Pour en savoir plus, consultez le fonds d’archives sur la Dominion Bridge Company conservé à Bibliothèque et Archives Canada.

Photo couleur d'un grand entrepôt éclairé montrant 2 rangées d'étagères remplies de boîtes de rangement, séparées par une large allée au milieu

L’intérieur de l’édifice abritant les archives textuelles.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

Photo couleur d'un petit entrepôt sombre montrant 2 rangées d'étagères compartimentées remplies de rouleaux de papier dans des sacs transparents, et séparées par une allée étroite au milieu

L’intérieur de l’édifice abritant les archives textuelles.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

 
 
 

Le savoir pour limiter les risques : la réussite d’un projet d’examen en bloc proactif

— Par Paulette Dozois, archiviste principale responsable de l’accès, équipe des examens en bloc, Direction générale des services au public

Photo en noir et blanc montrant un champ en arrière-plan, un monticule et 3 soldats (un accroupi tenant une carte, un assis et un autre agenouillé tenant une mitraillette) en avant-plan

Fantassins du Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada achetant des obligations de la Victoire à Beveland-du-Sud (Pays-Bas), 30 septembre 1944.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/a168686

En 2020, à la suite de l’initiative d’examen en bloc lancée 10 ans plus tôt, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a annoncé que l’accès à plus de 50 millions de pages de documents d’archives gouvernementaux était maintenant ouvert au public. Comme le projet a fait ses preuves en dépassant son objectif d’ouvrir un million de pages par année, il se poursuivra pendant un certain temps.

Une analyse statistique récente montre que ces documents suscitent l’engouement chez les clients de BAC : près de 950 chercheurs ont soumis environ 2 500 demandes. Plus de 3 800 boîtes ont ainsi été transmises, sans qu’un analyste en matière d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels (AIPRP) en examine chaque page.

Comment BAC s’y est-il pris?

En vertu de la Loi sur l’accès à l’information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels, les Canadiens ont le droit de demander à consulter les documents gouvernementaux à accès restreint qui sont conservés à BAC. Depuis l’adoption de ces deux lois fédérales par le Parlement en 1983, l’organisation a tout mis en œuvre pour donner accès à ces archives – généralement de manière réactive, en répondant aux demandes d’AIPRP une à une.

Le processus normal d’examen des documents dans le cadre de l’AIPRP est important, et le personnel de BAC traite chaque année des milliers de demandes officielles et non officielles. Les listes d’attente, trop souvent assez longues, causent de la frustration chez les chercheurs et compliquent le travail de l’équipe d’AIPRP, soucieuse de répondre promptement aux demandes. Les archives gouvernementales de BAC constituent une ressource historique volumineuse et riche que beaucoup de citoyens sont pressés d’explorer.

En 2010, BAC a décidé de repenser son approche et d’adopter l’examen en bloc pour ouvrir l’accès aux documents de manière novatrice et proactive. Le projet en vigueur jusqu’alors pouvait difficilement suivre son cours parce qu’aucune équipe ne s’y consacrait à temps plein.

Photo en noir et blanc montrant des canons et des sacs de sable en avant-plan, et, en arrière-plan, deux cavités abritées à flanc de colline avec une file de soldats sortant de celle de gauche

Membres de la deuxième brigade recevant du thé chaud à un comptoir de soupe et de thé, à environ un demi-kilomètre du front, le soir précédant l’attaque de la côte 70, en France, en août 1917.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/a001621-v8

BAC a donc invité un archiviste principal des documents gouvernementaux à travailler à l’examen en bloc, de concert avec un analyste principal en matière d’AIPRP. L’examen en bloc avait pour but de sélectionner proactivement des documents qui seraient rendus accessibles au public sans qu’une demande d’AIPRP soit nécessaire, et d’accroître l’offre pour les clients qui s’intéressent au patrimoine documentaire du Canada conservé dans les archives.

Cette méthode, utilisée seulement à BAC, se fonde sur les pratiques exemplaires passées de la Division de l’AIPRP. Elle repose sur le fait que le risque – bien que réel – est atténué par les connaissances professionnelles de BAC en ce qui concerne les archives et les lois sur l’AIPRP. C’est ainsi que plus de 50 millions de pages dont l’accès était restreint peuvent maintenant être consultées.

Comment ça fonctionne?

L’examen en bloc est une méthodologie fondée sur l’évaluation du risque qui consiste à sélectionner un échantillon d’un ensemble de documents, que ce soit à l’échelle de la série, de la sous-série ou des dossiers. Guidés par un document de procédure approuvé en 2006, les responsables de l’examen suivent rigoureusement trois types de stratégies d’échantillonnage avant d’appliquer les décisions à tout un groupe de documents. Le processus se déroule comme suit :

  1. Des suggestions sont reçues de diverses sources, comme des chercheurs, le personnel des archives de référence et des archives gouvernementales ainsi que les analystes en matière d’AIPRP.
  2. Les suggestions sont analysées, puis évaluées par les archivistes de l’équipe d’examen en bloc. Si elles sont acceptées, l’examen en bloc passe à la prochaine étape.
  3. Un analyste principal en matière d’AIPRP évalue ces suggestions à la lumière des lois canadiennes.
  4. Une recommandation conjointe est soumise à la haute direction de l’AIPRP, privilégiant ou non l’ouverture des documents visés.
  5. Si la recommandation est acceptée, les documents sont ouverts aux chercheurs.

Ce processus donne aux professionnels de BAC une occasion en or d’étudier, d’analyser et d’évaluer les vastes collections historiques de l’organisation, dans le but de les ouvrir aux chercheurs qui viennent nous voir chaque jour, en ligne et en personne.

Les trésors découverts

Les documents nouvellement ouverts proviennent d’une vaste gamme d’organismes fédéraux. Les chercheurs de BAC s’intéressent tout particulièrement à deux grands domaines de recherche : les Autochtones et les forces armées.

Les sujets relatifs aux Autochtones concernent notamment les traités, la construction et l’administration des pensionnats ainsi que la Commission royale sur les peuples autochtones. Dans le domaine militaire, on s’intéresse à une vaste gamme de sujets, allant des musiques et défilés militaires canadiens aux opérations des trois branches des Forces canadiennes après la Seconde Guerre mondiale.

Que réserve l’avenir?

En plus d’entraîner l’ouverture de 50 millions de pages, ce projet a incité BAC à adopter de nouveaux principes d’accès. L’union des forces, des connaissances et des expériences des archivistes professionnels et des analystes en matière d’AIPRP donne lieu à des projets d’accessibilité proactive qui s’ajoutent à ceux issus de l’échantillonnage rigoureux de l’examen en bloc.

Nous travaillons à d’autres initiatives de collaboration pour ouvrir davantage le riche patrimoine historique de notre collection au public. BAC a donc de bonnes nouvelles en réserve en ce qui concerne l’accès aux collections!

 
 

Redécouvrir la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada

— Par Andrew Elliott, archiviste, Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance

S’il y a une chose qui distingue les services d’archives gouvernementaux des services privés, c’est bien la réévaluation archivistique. Au gouvernement, les archivistes examinent les collections pour déterminer si tout leur contenu est important, ou s’il vaudrait mieux disposer de certains articles pour libérer de l’espace. Cette démarche serait plutôt inusitée au privé, où les archivistes évaluent généralement les articles avant de les intégrer aux collections.

L’archiviste qui évalue une collection se pose des questions générales, par exemple : accepterions-nous ces articles s’ils nous étaient proposés aujourd’hui? Leur disparition appauvrirait-elle les recherches historiques? Les documents sont-ils souvent consultés, et est-ce un facteur? En quoi la décision d’aujourd’hui serait-elle meilleure que la décision de l’époque? Comment réagiront les donateurs?

Ensemble de 3 photos en noir et blanc, les 2 premières montrant une falaise au bord d'une rivière avec un échafaudage au haut surplombant des trous et une fondation préliminaire en bas, et la 3ème montrant une section d'une surface de pont en construction

Construction du pont enjambant le canyon de la rivière Abitibi.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 5148188, R231-3711-4-E

 

Pendant ma carrière au privé, les réévaluations m’ont toujours laissé sceptique; pourquoi sacrifier de précieuses archives simplement pour faire de la place?, croyais-je. Cela dit, je viens de passer près d’un an à réévaluer le fonds RG30 sur la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada. Le moment était idéal : d’abord parce que ce fonds est conservé dans l’installation d’entreposage de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) à Renfrew, en Ontario, que BAC avait décidé de fermer en 2017 (avant de se raviser récemment); ensuite parce qu’il comprend une quantité impressionnante d’archives, certaines n’ayant jamais été évaluées adéquatement depuis leur acquisition dans les années 1960. C’est du moins ce que je pensais.

Le travail de réévaluation (effectué avec l’aide de Rian Manson, un assistant des services d’archives) a eu lieu entre avril 2019 et mars 2020.

Le fonds en bref

  • 12 200 volumes permanents (archives privées et publiques)
  • Plus de 30 000 cartes et plans
  • Comprend environ 70 % de documents d’archives antérieurs à 1920 et légués par 670 entreprises privées prédécesseures
  • Comprend environ 30 % de documents d’archives du Canadien National (CN) datés de 1920 à 1996

Bien planifier

Nous avons choisi de conserver les quelque 5 200 boîtes d’archives couvrant le 19e siècle et le début du 20e siècle jusqu’en 1918, car nous y accordons une valeur historique. Les boîtes du 19e siècle contiennent surtout des registres.

Dessin technique d'un plan de site intitulé «Colborne» comportant un code couleur, indiquant les routes, les voies ferrées et les types de bâtiments (hangar, enclos, entrepôt, administratif)

Gare de triage de Port Colborne, 1892
Source : Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 2150387, RG30M 945013

Nous avons également décidé de conserver la majorité des documents créés ou conservés par le CN entre 1919 et 1945 : ils ont aussi une valeur historique et, pour la plupart, avaient déjà été évalués par l’archiviste du CN dans les années 1960. Le service des documents gouvernementaux de BAC conserve d’ailleurs toutes les archives de ce type antérieures à 1945, en raison de leur rareté. Les seules exceptions touchent les documents financiers ou administratifs généraux, pour lesquels on ne garde qu’un échantillon annuel.

Pour les archives postérieures à 1945, nous avons choisi de suivre les lignes directrices de la Division des archives privées, puisque le CN fonctionnait plutôt de la sorte même s’il s’agit d’une société d’État.

De 70 % à 80 % des archives conservées à Renfrew datent d’avant 1945, ce qui représente près de 9 600 boîtes sur les 12 200 de la collection. Nous avons estimé qu’environ 6 000 renfermaient des documents datant d’entre 1919 et 1945, et que nous en analyserions 10 % en profondeur.

Enfin, nous avons créé des lignes directrices pour choisir les documents cartographiques et les plans architecturaux.

 

Au travail!

Photo couleur montrant 3 piles de livrets monochromes ou colorés provenant principalement de la compagnie «Union Pacific Railway»

Horaires de compagnies de chemin de fer américaines.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 5373894, R231-4035-6-E

Obtenir les boîtes de documents et évaluer leur contenu nous a pris plusieurs mois. Après la réévaluation, nous avons disposé de 110 boîtes de documents administratifs sans valeur historique. (En archivistique, le terme « disposer » fait référence à un processus complet pouvant mener à la mise de côté, au transfert ou à la destruction de documents temporaires qui ne sont plus nécessaires aux activités.)

La pandémie de COVID-19 a suspendu le processus de disposition. On pourrait croire que 110 boîtes de moins, c’est peu, mais je suis convaincu que c’est suffisant, car comme j’ai pu le constater, l’archiviste du CN avait déjà fait un excellent travail de sélection.

Redécouvrir les archives

Bien plus qu’un grand ménage, notre démarche a pris les allures d’une mission de redécouverte. En analysant des archives intouchées depuis des décennies, nous avons trouvé des documents potentiellement très intéressants pour les chercheurs, par exemple :

Photo montrant 11 livrets de couleurs variées d'itinéraires et d'excursions de la compagnie «Canadian Northern Railway» principalement pour des destinations en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan

Horaires du Chemin de fer Canadien du Nord.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 5373888, R231-4033-2-E

Illustration couleur intitulée «Muskoka», montrant femmes et hommes en tenue estivale (de style début XXe siècle) au sommet d'une colline surplombant une baie en arrière-plan où des gens font du canoë et se baignent

Brochure touristique de Muskoka, documents touristiques et horaires de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 5373893, R231-4034-4-E

 

Nous avons mis à jour la description de toutes les séries en privilégiant la clarté. Nous avons aussi remanié les instruments de recherche parce qu’ils étaient désuets ou incomplets, ou susceptibles de porter à confusion, puis nous y avons ajouté des hyperliens vers MIKAN.

Nous avons par ailleurs ciblé des documents à numériser :

  • 45 photos (certaines panoramiques) de la construction du pont enjambant le canyon de la rivière Abitibi, en Ontario (milieu des années 1920)
  • de nombreuses photos de la construction de la gare Pacific Central, à Vancouver (1917)
  • un album photo de la construction des terminaux Ocean à Halifax (1915‑1920)
  • plusieurs cartes couleur manuscrites signées par l’ingénieur en chef Joseph Hobson et détaillant la gare de triage des stations de la Compagnie de chemin de fer du Grand Tronc, dans le centre du Canada (1875‑1895)
  • des plans et des dessins techniques de différentes structures (gares, rotondes, etc.)
  • une série complète de brochures couleur des horaires du Chemin de fer Canadien du Nord (1902‑1915)
  • deux albums photo montrant les travaux d’arpentage et de construction menés dans l’Ouest canadien le long du chemin de fer Grand Tronc Pacifique (1906‑1914)
  • des brochures touristiques couleur créées par le CN dans les années 1920
  • des archives sur les trains des visites royales (1939 et années 1950), dont des dessins de l’intérieur des wagons et des quais temporaires, des listes d’employés, des exemples de menus et des œuvres d’art

Bref, la réévaluation est une tâche complexe et ardue, surtout pour un fonds aussi monumental que celui de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada. Pour la mener à terme, nous avons fouillé dans de vieux instruments de recherche afin de choisir les boîtes à analyser. Souvent, j’y faisais des découvertes qui m’amenaient à dévier de mon parcours : documents moisis ou surdimensionnés, dossiers entassés dans des boîtes tenant de peine et de misère, trésors ne figurant pas dans les descriptions d’origine… Ces trouvailles entraînaient en retour leur lot de questions destinées à d’autres équipes de BAC. Mais le jeu en valait la chandelle : nous en savons aujourd’hui beaucoup plus sur le fonds RG30, et les chercheurs peuvent y accéder beaucoup plus facilement.

 
 
 

Recueillir nos histoires, perfectionner nos habiletés

— Par Delia Chartrand, archiviste du projet Écoutez pour entendre nos voix, Direction générale des archives

Montage photographique couleur de personnages autochtones montrant un chef sur un cheval à gauche, une femme face à un enfant au milieu, et un homme avec un bonnet de fourrure tenant un bâton à droite

Illustration promotionnelle des initiatives du patrimoine documentaire autochtone.
Source : Bibliothèque et Archives Canada

 

Contexte

À l’automne 2018, je me suis jointe au projet Écoutez pour entendre nos voix, qui fait partie des initiatives autochtones de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ce projet a vu le jour pour répondre aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation. J’y occupe un poste d’archiviste, comme sept autres Autochtones dispersés un peu partout au Canada. En tant que membre de la Nation métisse dans le nord du Manitoba, j’aide des organismes et des communautés autochtones à présenter des demandes de subventions dans le cadre d’Écoutez pour entendre nos voix.

Auparavant, j’ai participé à différents projets communautaires de recherche participative. Ces dernières années, j’avais mené une étude sur l’opportunité de créer un service d’archives d’histoire orale dans le nord du Manitoba. Cette démarche, financée par la Manitoba Research Alliance, reposait sur des consultations communautaires auprès d’aînés et de prestataires de services dans la région.

À mon arrivée dans l’équipe d’Écoutez pour entendre nos voix, j’ai été associée au University College of the North. Les archivistes du projet étaient jumelés à des établissements locaux qui leur fournissaient des espaces de travail en échange d’aide avec leurs projets archivistiques. C’est ainsi que j’ai pu gagner en expérience à l’échelle locale, constituer un réseau et promouvoir les services de BAC dans ma région. Le Collège a assumé la gestion du projet d’archives d’histoire orale, tandis que l’étude entreprise au départ est devenue l’un de mes principaux projets dans ce partenariat. L’objectif était de formuler des recommandations sur la meilleure approche pour constituer des archives dans le nord du Manitoba, tout en mettant l’accent sur l’histoire orale. Dans mon double rôle, je me suis concentrée à la fois sur l’étude et sur la préparation de demandes de subventions à BAC.

Ce fonctionnement m’a permis d’évaluer plus justement la capacité des acteurs locaux et régionaux à réaliser un travail archivistique. Mener des entrevues de groupe sur l’archivage de l’histoire orale et aider les communautés et les organismes autochtones à préparer leurs demandes de subventions m’a permis de mieux comprendre les obstacles au travail de collecte et de conservation du patrimoine dans ma région.

Comprendre les défis propres à la région

La population avait un intense désir d’entreprendre une démarche archivistique, menée par et pour les communautés, afin de documenter et de préserver son patrimoine culturel. Lors du premier appel de candidatures, cependant, bon nombre des éventuels demandeurs de subventions manquaient de formation en archivistique, sans parler des lacunes quant aux infrastructures. Plusieurs organisations ne se sentaient pas assez à l’aise dans ce domaine pour lancer un projet. En outre, les services spécialisés (formation, numérisation, etc.) n’étaient pas offerts dans le nord de la province, une réalité qui s’ajoutait souvent au manque d’expertise dans la région. Ces lacunes ont compliqué la préparation des demandes de financement pour plusieurs candidats.

Pendant que j’effectuais des recherches et que j’aidais les groupes à préparer leurs demandes, j’ai établi une série de recommandations pour cataloguer notre patrimoine local. La plus importante : offrir des formations dans un centre régional du Nord du Manitoba, où les participants (membres d’organisations et de communautés autochtones rurales) pourraient apprendre des notions pratiques en archivistique. Ces ateliers ont été conçus en collaboration avec l’Association manitobaine des archives et ses différents sous-comités qui, bien qu’offrant généralement des ateliers dans le sud de la province, étaient heureux de contribuer à des projets dans le Nord. Après quelques rencontres, nous avons établi une formation de quatre jours adaptée aux besoins et aux connaissances dans ce coin de la province.

Répondre aux besoins des communautés

Ces formations devaient remplir plusieurs critères :

  • être accessibles aux groupes qui venaient tout juste d’entreprendre un projet dans leur communauté ou leur organisation;
  • fournir des outils pouvant servir dans des milieux où l’infrastructure technologique est souvent instable;
  • donner aux groupes autochtones l’autonomie nécessaire pour entreprendre un projet, sans pour autant les obliger à diffuser leurs collections patrimoniales ou leurs ressources dans un plus vaste réseau.

Ce dernier aspect était primordial en raison du manque de ressources chronique dans la région. Puisqu’aucun centre d’archives accrédité par le gouvernement provincial n’est établi dans le nord du Manitoba, les collections recensant le patrimoine culturel, si importantes pour les communautés nordiques, sont souvent conservées dans le sud de la province. En outre, dans le passé, nombre de chercheurs et d’institutions ont recueilli des connaissances propres à des régions sans que celles-ci puissent en profiter. Cette dynamique, on peut le comprendre, est source de méfiance chez les communautés, qui peuvent hésiter à collaborer avec des organisations externes.

Il était donc essentiel que ces formations correspondent aux habiletés des participants et aux ressources accessibles, soient culturellement appropriées et respectent les croyances culturelles de notre région. Chaque journée de formation commençait avec une prière récitée par des aînés aborigènesNote de bas de page1 invités. À leur arrivée, on leur offrait des sachets de tabac et des linges blancs imprimés, comme on le fait dans la tradition crie pour exprimer sa gratitude lorsqu’un échange est en cours.

Les animateurs des ateliers, provenant tant du milieu archivistique que d’organismes autochtones à but non lucratif, ont reçu des rétributions comme des bols destinés aux cérémonies de purification par la fumée, des plantes médicinales de la région ou des sachets de tabac. On a aussi offert du tabac aux participants pour exprimer la gratitude de les voir se joindre à cet échange de connaissances (en soulignant qu’ils pouvaient refuser ce cadeau s’il ne cadrait pas avec leurs valeurs).

Transmission de connaissances et acquisition de compétences

Ces formations ont eu lieu du 9 au 12 janvier 2020 sur le territoire du Traité no 5, territoire traditionnel de la nation crie Nisichawayasihk. Le programme comprenait des activités pratiques et une formation théorique sur les techniques d’archivistique, l’utilisation de gabarits gratuits, les subventions offertes et le projet Écoutez pour entendre nos voix. La formation présentait une introduction aux théories de l’archivistique communautaire ainsi que des volets sur les pratiques en contexte autochtone, sur l’utilisation des infrastructures des organisations colonisatrices, et sur les formations et le financement offerts dans le Nord et en régions éloignées. Grâce à une bourse de recherche de la Manitoba Research Alliance, ces ateliers étaient gratuits et nous avons pu offrir des repas aux participants pour aider les personnes des régions éloignées à absorber les coûts de déplacement.

Les participants ont échangé des idées pour intégrer les ressources régionales au sein d’un réseau archivistique et voir l’allure que pourrait prendre une telle démarche dans le nord du Manitoba. Nous espérons qu’avec ces formations, les participants ont pu s’approprier des outils et acquérir des connaissances qui aideront leurs communautés à entreprendre des projets d’archivage, puis à soumettre des demandes de subventions.

Soulignons que les peuples des Premières Nations, des Inuit et de la Nation métisse au Canada souhaitent mener eux-mêmes les projets d’archivage qui profiteront à leurs communautés. En tant que représentants d’une institution nationale, nous devons garder en tête l’importance de préserver l’autonomie de ces communautés et de reconnaître leur travail, tout en leur offrant, si elles le souhaitent, de l’aide et des ressources.

Dans un contexte d’archivistique communautaire, la confiance, la patience et la délicatesse sont essentielles pour établir des liens. En tant qu’employés de BAC, nous devons nous rappeler que pour nouer des rapports positifs avec les communautés autochtones, nous devons leur proposer des outils, sans établir d’attentes ni imposer quoi que ce soit.

 
 

Un imposant projet de réévaluation à Renfrew

— Par Kyle Huth, adjoint en archivistique, et Tina Lloyd, gestionnaire de projet, Direction générale des archives

L’installation d’entreposage de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) à Renfrew, en Ontario, est un petit immeuble, muni d’un puits de lumière en pyramide, dont la plupart des vitres sont teintées. L’hiver, elle est entourée d’un champ de neige parsemé de quelques arbres et lampadaires. Le reste de l’année, on y observe plutôt du gazon, un stationnement abandonné et des marmottes.

BAC a acquis l’installation d’entreposage dans les années 1980 pour servir d’entrepôt temporaire. On y trouve maintenant des centaines de milliers de boîtes de documents textuels, des millions de documents cartographiques, architecturaux et techniques et des milliers de photos, d’ouvrages, de modèles et d’autres articles acquis par BAC au fil des ans.

Photo couleur d'un entrepôt illuminé très profond montrant une vue en perspective de 2 rangées d'étagères hautes remplies de boîtes de rangement, et séparées par une allée étroite au milieu

L’équipe responsable de la réévaluation a passé beaucoup de temps dans de longues rangées de documents textuels comme celle-ci.
Photo : Kyle Huth, BAC

Quand la construction d’une nouvelle installation d’entreposage à Gatineau (Québec) a été confirmée, BAC a décidé de fermer l’installation d’entreposage à Renfrew et d’en déménager la collection. Au printemps de 2017, la haute direction a donc demandé d’évaluer la valeur archivistique des documents entreposés à Renfrew. Mais pourquoi? Après tout, BAC n’aurait certainement pas conservé des documents sans valeur pendant plus de 50 ans! Pour répondre à cette question, un petit retour en arrière s’impose.

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement prend de l’expansion et s’implique de plus en plus dans les programmes sociaux et le développement économique. Le nombre de documents produits explose.

Dans les années 1980, après l’adoption de lois sur l’accès à l’information, la protection des renseignements personnels et les Archives nationales du Canada, de nombreux documents sont acquis. Le principe de « conservation sélective » est appliqué : on accepte tous les documents créés dans le cadre des programmes avec l’idée d’en évaluer la valeur archivistique plus tard. Cependant, l’absence de nouvelles ressources empêche l’exécution de ce plan, et de nombreux documents sans valeur archivistique se faufilent dans nos archives. En fait, au moment de l’évaluation, plusieurs boîtes et contenants n’avaient même jamais été ouverts!

Un projet de réévaluation de trois ans a donc été lancé. Mission : examiner 225 000 boîtes de documents textuels gouvernementaux et 1,4 million de documents cartographiques, architecturaux et techniques. En plus de réduire la taille de la collection pour préparer le déménagement, le projet visait surtout à améliorer la qualité de la collection et à la rendre plus accessible pour en optimiser l’utilisation.

Bien entendu, trois années n’auraient pas suffi pour examiner les documents un à un. Une approche de macroévaluation systématique a donc été adoptée afin de gérer les risques et de respecter le cadre d’acquisition actuel de BAC. Dans un souci de transparence, les travaux ont été pleinement documentés.

Le processus incluait le tri des documents, une recherche sur leur historique et sur le programme à l’origine de leur création, la formulation d’hypothèses fondées sur les systèmes descriptifs et les outils de recherche ainsi qu’une réévaluation réalisée à l’aide d’autorisations de disposition et d’autres documents d’orientation. L’équipe effectuait le gros des travaux à Gatineau, puis se rendait à Renfrew pour confirmer ses hypothèses et entreprendre les projets de traitement. Elle a souvent consulté les archivistes de portefeuille, lesquels ont approuvé toutes les éliminations. Il va sans dire qu’un bon esprit d’équipe était essentiel!

Photo couleur d'une pièce très éclairée montrant une vue en perspective de gauche d'une étagère remplie de vieux livres vus de dos et empilés horizontalement sur plusieurs rangées

Ces grands livres du ministère des Finances font partie des 14 000 grands livres examinés dans le cadre du projet de réévaluation à Renfrew.
Photo : Tina Lloyd, BAC

Photo couleur montrant une section d'étagère métallique contenant plusieurs sacs en papier numérotés et empilés longitudinalement, certains fermés à l'extrémité et d'autres ouverts et exposant des plans roulés

Des sacs, pour la plupart fermés, remplis de rouleaux de dessins architecturaux et techniques à examiner.
Photo : Matthew Moore, BAC

Cette approche, adéquate pour les documents textuels, a montré ses limites avec les documents cartographiques, architecturaux et techniques. L’historique de la création de ces documents et de leur transfert sous la responsabilité de BAC était souvent complexe. En raison de cette difficulté, des instruments de recherche inadéquats et du manque de cohérence dans les anciens critères de sélection, la réévaluation a été plus ardue. Elle a mené à la création de nombreux projets de sélection et de traitement, puis à l’élaboration d’instruments de recherche qui décrivaient mieux et rendaient plus accessibles les articles retenus.

Le projet s’est terminé en mars 2020. En trois ans, 224 210 boîtes de documents textuels, 928 022 documents cartographiques et 466 069 dessins architecturaux ont été examinés. Même s’il ne s’agissait pas de l’objectif premier, le nombre de documents éliminés a été suivi de près. BAC a écarté 33 294 contenants de documents textuels, 385 640 documents cartographiques et 233 180 dessins architecturaux. La plupart des boîtes de documents textuels éliminées mesuraient environ 30 centimètres, ce qui équivaut à 9,98 kilomètres de documents sans valeur archivistique!

Les articles éliminés étaient surtout des dossiers, des documents administratifs, des doubles, de la documentation parallèle, des documents ne relevant pas du mandat de BAC et des copies de référence. Tous ces documents monopolisaient des ressources précieuses. D’autres feront l’objet de projets futurs, quand les ressources nécessaires seront disponibles.

Grâce à la mise à jour de notices descriptives, à la création d’instruments de recherche électroniques et à l’amélioration de la structure de classement de certains fonds, les archives seront plus faciles à découvrir. Ce volet du projet n’est pas terminé puisque certaines tâches descriptives doivent attendre la fin du processus d’élimination. Nous devrons informer les ministères ayant produit ces documents et confirmer que ceux-ci ne sont pas visés par des procédures judiciaires en cours ou des demandes actives d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels.

Photo couleur montrant une pile de plans (ozalids bleus) à dégradation variable et roulés sur une table en avant-plan, avec 2 classeurs horizontaux juxtaposés et une porte à gauche en arrière-plan

Des rouleaux de dessins architecturaux et techniques sortis de leur sac.
Photo : Matthew Moore, BAC

En plus d’avoir amélioré la qualité de la collection, le projet a engendré plusieurs avantages inattendus, comme l’amélioration de la description et de l’accessibilité des documents et la création d’une bibliothèque de guides de classification des dossiers. Nous avons aussi pu mettre à l’essai nos protocoles et nos procédures et développer une base de connaissances sur les travaux d’élimination et les ministères abolis. De plus, le savoir acquis en matière de réévaluation a souvent aidé les archivistes de portefeuille à mettre en place des autorisations de disposition plus adéquates.

Cette collaboration entre les équipes a renforcé les relations de travail. Le projet a également aidé à former des archivistes qui ont depuis changé de poste ou d’organisation. Enfin, il a prouvé à quel point la souplesse est importante pour relever les défis quotidiens posés par la collection.

La décision a été prise cette année de ne pas fermer l’installation d’entreposage à Renfrew. Le projet de réévaluation en valait néanmoins la chandelle, car il a produit des résultats positifs et probants dans le respect des délais et du budget, permettant notamment d’obtenir une collection améliorée et réduite.

 
 

De l’autre côté du miroir : le monde méconnu du droit d’auteur

— Par William Wilson, analyste des politiques, Division de la recherche et des politiques stratégiques

Une certaine réticence pour le concept de droit d’auteur est tout à fait naturelle.

À première vue, le droit d’auteur peut sembler appartenir à une discipline rebutante d’une technicité excessive, comportant une montagne de règles complexes et d’expressions archaïques. Même les personnes qui connaissent le concept ont tendance à le percevoir comme un inconvénient sans trop de conséquences sur leur vie quotidienne.

Pourquoi est-ce important qu’une œuvre ait été publiée ou non? Qu’est-ce qu’un droit moral? Qu’est-ce que la mort à avoir là-dedans? Quelles en sont les limites?

Voilà des questions qui peuvent surgir lorsqu’on étudie le concept de droit d’auteur un peu plus en profondeur. Mais, au bout du compte, une seule question retient habituellement l’attention : Puis-je consulter l’œuvre?

Si je ne travaillais pas dans le domaine, je percevrais sans doute le concept comme un embêtement. Après tout, si personne ne s’en rend compte, qu’est-ce que ça change? Utilisons l’œuvre, tout simplement.

Cette (in)compréhension fréquente du droit d’auteur ne rend pas justice à un monde dynamique qui évolue constamment pour aider à structurer les échanges sociaux; un monde qui, en plus d’avoir des répercussions sur notre quotidien, aborde de grandes questions dominant notre vie commune.

L’essence même du droit d’auteur est l’équité et la réciprocité, que ce soit entre le propriétaire et le créateur, le créateur-propriétaire et l’utilisateur, l’individu et la société, le commerce et la culture, l’accessible et l’inaccessible, le gouvernement et le citoyen, le passé et le présent ou le colonisateur et le colonisé. Les relations qu’il englobe peuvent prendre une multitude de formes, avec des résultats tout aussi variés.

Large photo en noir et blanc montrant 8 rangées inclinées composées de jeunes gens et d'adultes (estimés à environ 200 au total) costumés en personnages d'«Alice au pays des merveilles»

Groupe de personnes déguisées en personnages d’Alice aux pays des merveilles, 1903. Les Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865) et sa suite, De l’autre côté du miroir (1871), ont jeté un nouveau regard sur la société de l’époque. C’est un peu ce qui se produit avec le droit d’auteur de nos jours.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/a135808

 

Sans que nous y pensions, une action aussi anodine que la photocopie d’un livre ou le téléchargement d’un film nous transporte dans le monde du droit d’auteur. Vous entrez instantanément en relation avec le créateur et le propriétaire, les questions d’équité et de réciprocité entrant également en jeu. Avez-vous payé pour le livre ou le film? Que comptez-vous en faire? Certaines utilisations sont-elles permises? Quelles sont les autres solutions?

Il n’y a pas de réponses universelles à ces questions, ni même de bonnes ou de mauvaises réponses. Tout dépend du contexte, et c’est là où résident l’attrait inhérent du droit d’auteur et l’incertitude qui l’entoure. Chaque échange peut être vu comme une situation unique ouvrant la porte à de nouvelles possibilités, mais survenant aussi parallèlement à d’autres échanges similaires qui risquent de mener à un seul et même résultat.

Il suffit d’une seule personne pour remettre les règles en question, mais celles-ci restent en vigueur jusqu’à leur contestation. Le concept de droit d’auteur, très dynamique, peut être activé à tout moment.

Prenons l’exemple de l’utilisation équitable. Malgré sa présence dans la loi canadienne sur les droits d’auteur depuis 1921, il a fallu attendre l’affaire CCH Canadienne Ltée en 2004 pour que les limites des recherches et des études privées soient réellement étenduesNote de bas de page2. Réclamant une « interprétation large et libérale » de l’utilisation équitable, cette décision rendue par la Cour suprême du Canada a marqué le début d’une nouvelle ère en matière de « droits d’usage », ces derniers étant vite devenus contestésNote de bas de page3.

Au cours des années suivantes, des décisions prises par le Parlement et la Cour suprême ont graduellement élargi le concept d’utilisation équitable. On a également observé une certaine expansion des droits des propriétaires et des créateurs dans d’autres domainesNote de bas de page4.

Cet exemple représente à merveille l’évolution perpétuelle du concept de droit d’auteur, qui ne peut jamais être tenu pour acquis.

Nous nous trouvons présentement dans une période charnière de l’histoire du droit d’auteur, une période où des changements majeurs sont réclamés de part et d’autre. Certaines réclamations connaîtront du succès tandis que d’autres sombreront dans l’oubli. Mais l’évolution, elle, ne s’arrêtera jamais.

La saga de l’utilisation équitable est toujours d’actualité vu l’affaire opposant l’Université York à l’agence canadienne Access Copyright, à l’issue de laquelle l’expansion observée au cours des 15 dernières années pourrait fort bien être renversée.

On observe aussi ce vent de changement dans les travaux législatifs entourant la Loi sur le droit d’auteur. Ces discussions, englobant le concept général de protection ainsi que les « géants du Web » et les droits d’auteur de la Couronne, vont assurément avoir des répercussions sur notre façon d’utiliser certains ouvrages. Elles soulèvent également d’importantes questions concernant toutes les dynamiques qui entrent en jeu dans différentes relations : celles entre les entreprises privées et ce qui est de notoriété publique, entre la technologie et les droits d’usage ou entre le gouvernement et les citoyens.

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans ces relations? Quel serait l’équilibre acceptable? Qui doit trancher? Est-ce que mon intérêt se limite à mon utilisation personnelle des archives gouvernementales, ou porte-t-il plutôt sur la relation que j’entretiens, en tant que citoyen, avec le gouvernement élu par et pour les citoyens?

Affiche en couleur montrant un montage composé d'une illustration  ancienne d'une jeune fille (Alice) à droite, de petites images en couleur en cascade à gauche, un titre en haut et des informations en bas

Quel monde Alice va-t-elle découvrir aujourd’hui? All in the golden afternoon: the inventions of Lewis Carroll, 1999. Photo : Bibliothèque de livres rares Thomas-Fisher de l’Université de Toronto.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/e010758276

Ce chevauchement entre les aspects quotidiens du concept de droit d’auteur et les vastes questions d’ordre social est surtout apparent lorsqu’il est question des peuples autochtones. Des savoirs et des modes de vie entiers, construits au fil de nombreuses générations, ont été volés, vendus et dilapidés par un système juridique étranger. L’engagement du Canada envers la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones nous oblige à repenser et renforcer le patrimoine culturel autochtone. Toutefois, ce ne sera pas chose facile, que la question porte sur le droit d’auteur ou la société en général.

Si, comme Alice au pays des merveilles, vous regardez attentivement de l’autre côté du miroir, vous constaterez que le droit d’auteur reflète notre façon de comprendre les autres et d’interagir avec eux. Il nous force à examiner des questions plus vastes : ferons-nous passer les intérêts économiques avant la réconciliation? Accorderons-nous plus d’importance à l’accès et à l’utilisation qu’aux auteurs et aux indemnisations? Est-ce que les technologies numériques vont réellement transformer nos façons de créer, de diffuser et de consommer les nouvelles œuvres ou ont-elles simplement étendu le contexte dans lequel l’équité et la réciprocité évoluent?

En général, il n’y a ni gentils ni méchants lorsqu’il est question de droit d’auteur. Le caractère des protagonistes se dévoile plutôt dans les plus fins détails. Chacun peut donner sa propre version des faits devant un arbitre qui, espérons-le, est impartial. Les rapports de force sont cependant rarement équilibrés, ce qui démontre une fois de plus comment le droit d’auteur reflète tant les plus petits aspects de nos vies que ceux plus vastes de notre existence commune.

J’ai commencé en disant qu’une certaine réticence pour le concept de droit d’auteur est tout à fait naturelle. On pourrait la qualifier de réticence consciente. De fait, si nous ne comprenons pas ce concept ou ne voulons pas examiner ce qu’il englobe, pourquoi y réfléchir? Nous pouvons en ignorer l’existence et espérer que sa présence dans notre vie quotidienne se limite à une simple mention obligatoire au début d’un livre ou à la fin d’un film.

Toutefois, tout comme notre inconscient, il est toujours présent.

Bien que difficile à percevoir, il influence constamment nos vies, dans une petite ou grande mesure. Il nous pousse à nous demander ce qui est juste et réciproque, autant pour nous-mêmes que pour le monde qui nous entoure. Sans nous en rendre toujours compte – peut-être parce que nous préférons fermer les yeux –, nous répondons toujours à cette question, par nos actes ou nos paroles.

Le droit d’auteur est donc discret, mais omniprésent.

 
 

Entrevues Signatures

Les entrevues Signatures, menées par la bibliothécaire et archiviste du Canada Leslie Weir, proposent des rencontres inédites avec des personnalités canadiennes ayant fait don de leurs archives à Bibliothèque et Archives Canada. Ces entrevues sont une excellente façon de découvrir les trésors cachés de la collection.

Émilie, Ovila et Blanche entrent aux archives : Entrevue avec Arlette Cousture

— Par Stéphane Lang, archiviste principal, littérature de langue française, Direction générale des archives

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a récemment acquis le fonds d’archives d’Arlette Cousture, auteure du célèbre roman Les Filles de Caleb. L’écrivaine s’est entretenue avec la bibliothécaire et archiviste du Canada Leslie Weir lors d’une entrevue Signatures réalisée en octobre 2020 et disponible sur la chaîne YouTube de BAC. Cette rencontre a été l’occasion d’explorer sa vie et son œuvre à partir de ses archives personnelles.

Photo couleur montrant plusieurs documents papier manuscrits, dont scénarimages, notes et carte géographique, posés sur un fond imprimé simili-tissu avec des arabesques sur les côtés opposés

Documents ayant structuré la rédaction du roman Le Cri de l’oie blanche (Libre Expression, 1986), le deuxième tome de la trilogie des Filles de Caleb d’Arlette Cousture.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Arlette Cousture (R16227)

Arlette Cousture, née à Saint-Lambert (Québec) en 1948, nous a fait découvrir les deux côtés de sa famille : ses racines québécoises par sa mère, Blanche Pronovost, originaire de la Mauricie, et ses racines franco-manitobaines par son père, Clovis-Émile Couture. Elle a d’ailleurs fréquenté un pensionnat au Manitoba pendant ses études secondaires, dans les années 1960. Elle conserve de cette période des amitiés et plusieurs souvenirs de la Rivière Rouge, de ses cours bilingues et de ses camarades de classe métis. Déjà, elle montrait un grand intérêt pour l’écriture : « J’avais 16 ans lorsque j’ai dit à mon père : moi, de toute façon, je vais écrire. » Cela dit, l’abondante correspondance avec ses parents témoigne de son sentiment d’éloignement. « C’était une bonne époque. Mais la petite fille s’ennuyait beaucoup », explique-t-elle.

L’écrivaine a raconté comment est née la trilogie des Filles de Caleb. Un jour de 1981, alors que sa mère Blanche étendait son linge au sous-sol, Arlette, ayant des aspirations d’écriture, s’est mise à lui poser des questions. Assise dans sa chaise de petite fille, écoutant sa mère lui raconter des anecdotes, elle lui a alors demandé de préciser une année. Blanche a commencé à répondre, puis est restée « la main en l’air avec sa pince à linge, et a dit : attends un peu… c’était avant ou après la séparation, ça? »

Surprise, Arlette s’est exclamée : « Qu’est-ce que tu viens de dire? Qui était séparé? » Ce à quoi Blanche a répondu : « Séparés, séparés… mes parents! »

C’est là le point de départ des Filles de Caleb : le désir flou qu’avait Arlette d’écrire sur la vie de sa mère s’est transformé en projet de roman qui remonterait à la séparation de ses grands-parents, Ovila Pronovost et Émilie Bordeleau. Jusque dans les années 1960, la séparation demeurait un sujet tabou au Québec. « Personne n’en avait souvenir. Moi, j’ai décrété que c’était en 1918 », explique Arlette.

Le fonds Arlette Cousture renferme un grand nombre de documents de recherche, y compris des documents réunis par la mère de l’écrivaine, « une archiviste née ». On y retrouve des archives familiales et généalogiques reliées à Émilie Bordeleau et Ovila Pronovost, ainsi que des documents témoignant de la carrière d’infirmière de Blanche dans l’Abitibi des années 1930. Ceux-ci ont servi à la rédaction du deuxième tome des Filles de Caleb, intitulé Le Cri de l’oie blanche. Parmi les documents de recherche préliminaire, on trouve des documents de repérage des lieux, des cartes géographiques et des photos prises à Saint-Tite, une petite ville de la province de Québec, et dans les villages voisins.

Le roman Les Filles de Caleb a été écrit à l’aide d’outils modernes. Arlette Cousture en a rédigé la plus grande partie à l’ordinateur, alors qu’à l’époque, au début des années 1980, on utilisait encore des machines à écrire. Elle a également formé son propre groupe de discussion, composé d’inconnus et de gens de son entourage (dont sa bonne amie Marie Eykel, la fameuse Passe-Partout!), à qui elle a présenté son manuscrit. Ces échanges l’ont convaincue de réécrire tous les dialogues avant d’apporter son roman chez un éditeur, en janvier 1986.

Photo couleur montrant une pièce avec des étagères pleines de livres, et une jeune femme aux cheveux en chignon assise derrière un bureau sur lequel repose un vieil ordinateur Mac, un mini classeur et un support à documents

Arlette Cousture rédigeant Les Filles de Caleb à l’ordinateur, 1985. Le roman est possiblement le premier à avoir été soumis sous forme électronique à un éditeur québécois.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Arlette Cousture (R16227)

L’adaptation télévisuelle des Filles de Caleb, diffusée sur les ondes à l’hiver 1990-1991, a fracassé des records de cotes d’écoute. Arlette Cousture, pour qui l’expérience a semblé un peu irréelle, croit que ce succès est dû à la grande qualité de la réalisation. Elle-même fan de la télésérie, elle ne mesurait pas l’ampleur du phénomène jusqu’à cette soirée où elle s’est promenée sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal : « Toutes les fenêtres avaient le flicker [reflet] bleu des télévisions allumées. Là, j’ai pu visualiser un peu ce qu’était la série, l’effet qu’elle avait au moment où elle l’avait », se souvient-elle.

Le fonds Arlette Cousture contient aussi des manuscrits et des documents de recherche concernant les autres œuvres de l’écrivaine, dont J’aurais voulu vous dire, William (1992 et 1994), Chère Arlette (2016) et Ces enfants d’ailleurs (1998). Pour ce dernier roman, dont l’action se déroule en partie en Pologne, Arlette n’a pu faire le voyage à cause de problèmes de santé. Elle a donc dû s’en remettre à son conjoint pour effectuer le travail de documentation. Lors d’un séjour à Cracovie et à Varsovie, celui-ci a pris des notes d’enquête et récolté des photos et des plans de la ville. Ce n’est que plus tard, pendant le tournage de la série tirée du roman, qu’Arlette a pu voir ses personnages évoluer dans leur milieu. Une expérience intense : pendant les répétitions, elle s’est retrouvée malgré elle au beau milieu d’une scène avec des militaires armés!

Arlette Cousture se dit très heureuse de donner accès à ses archives. Ayant fréquenté beaucoup d’archivistes, d’historiens et d’autres écrivains, elle connaît bien la valeur qu’ont les fonds personnels des créateurs, qui nous permettent d’approfondir l’étude de leurs œuvres. « J’espère que ce que j’ai écrit va être torturé un peu, dit-elle, et que ça va donner le goût de l’histoire et des archives à d’autres jeunes qui sont notre avenir. »

Littérature, savoir et découvertes à la CBC : Entrevue avec Adrienne Clarkson

— Par Thora Gustafsson et Rebecca Sykes, archivistes, Section gouvernance, militaire et politique, Direction générale des archives

En décembre 2020, la bibliothécaire et archiviste du Canada Leslie Weir a rencontré la très honorable Adrienne Clarkson pour une troisième entrevue Signatures depuis son arrivée à la tête de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). L’objectif était de discuter des archives, particulièrement riches, que Madame Clarkson a données à BAC. Ses parents ayant tenu consciencieusement leurs dossiers, le fonds comprend beaucoup de documents provenant de l’enfance de l’ancienne gouverneure générale du Canada. Ils revêtent une grande importance pour elle, car les membres de sa famille sont arrivés au Canada en tant que réfugiés, avec pour tout bagage une valise chacun.

Sachant que Madame Clarkson est une lectrice compulsive et une amoureuse de la littérature, Madame Weir l’a interrogée sur l’histoire derrière une photo d’elle, enfant, plongée dans un livre. Cette image a ramené Madame Clarkson à la « meilleure période de [son] enfance », ce qui ne fait pas de doute, étant donné ses souvenirs très vivaces. Elle se rappelle encore l’odeur de la bibliothèque jeunesse (qui faisait partie de la bibliothèque Carnegie d’Ottawa) où elle s’arrêtait, en chemin vers l’école, pour emprunter son maximum de six livres pour deux semaines. Elle les lisait sur le divan douillet de ses parents, que Madame Clarkson a conservé pendant de nombreuses années, jusqu’à ce qu’il soit malheureusement perdu lors d’un déménagement.

Photo en noir et blanc avec un arrière-plan très clair montrant une jeune fille asiatique assise de côté sur un canapé et s'appuyant sur l'accoudoir en lisant un livre

Adrienne Poy en pleine lecture.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/R12308, vol. 189, dossier 1

Photo couleur d'une scène diurne montrant un bâtiment ionique et une foule en arrière-plan, et une jeune femme en tenue de finissante, une femme avec un foulard en vison et un homme portant un complet sombre à l'avant

Adrienne Poy (à gauche), sa mère et son père le jour de la remise des diplômes.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/R12308, vol. 181, dossier 15

L’un des premiers livres qui ont affirmé l’amour de la lecture chez la jeune Adrienne Poy était Anne... La maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery. Des voisins qui ont remarqué sa passion lui en ont offert un exemplaire, qu’elle possède encore aujourd’hui. Madame Clarkson soutient que la lecture de ce livre l’a « rendue canadienne ». « Ça m’a donné un passé canadien : j’ai fait partie de cette incroyable famille et de cette société intéressante et tissée très serrée, remplie de sentiments intimes, d’amis fidèles et de sacrifices. »

À ses yeux, les livres d’Anne représentent l’histoire du Canada, et Rilla d’Ingleside, celle du pays pendant la Première Guerre mondiale. Ils l’ont aidée à comprendre son pays d’accueil mieux qu’aucun cours d’histoire, et à prendre conscience des efforts consentis par les Canadiens au cours de ce conflit. Ils pourraient bien être à l’origine du lien étroit entre les Forces armées canadiennes et la 26e gouverneure générale.

Malgré son amour de la lecture, la jeune Adrienne s’est plutôt concentrée sur les mathématiques à l’école. Ce n’est qu’en 10e année, lorsque son professeur d’anglais lui a fait remarquer qu’elle trouvait les langues plus enrichissantes, qu’elle a envisagé une carrière en littérature. Son enseignant l’a convaincue de faire un baccalauréat en langue anglaise au Collège Trinity, à l’Université de Toronto.

Madame Clarkson garde du Collège Trinity de beaux souvenirs qu’elle s’est remémorés en regardant une photo d’elle le jour de la remise des diplômes. Elle y a noué des amitiés qui perdurent à ce jour et rencontré des personnes inspirantes. Son amour du savoir l’a amenée à effectuer une maîtrise, puis à commencer un doctorat. Cependant, son programme et l’enseignement s’étant révélés peu satisfaisants, elle s’est sentie un peu perdue. Par pur hasard, une connaissance de ses années au baccalauréat travaillait comme assistante à la production de Take 30, une émission de télévision diffusée en après-midi à la Canadian Broadcasting Corporation (CBC). Lorsqu’elle a mentionné qu’Adrienne Clarkson conviendrait parfaitement comme critique littéraire, cette dernière a sauté sur l’occasion.

Photo couleur d'une page rose dactylographiée montrant un titre, une entête, un contenu de scénario, un pied de page et quelques annotations manuscrites dans le haut

Scénario de Take 30 avec des notes adressées à Adrienne Clarkson.
Source : Bibliothèque et Archives Canada/R12308, vol. 31, dossier 16

De toutes les émissions auxquelles elle a participé, Take 30 fut sa préférée, notamment parce qu’elle y a trouvé sa porte d’entrée à la CBC, une institution dans laquelle elle croit et où elle a travaillé pendant des décennies. La CBC lui a permis d’explorer le monde de manière aussi intéressante que novatrice, de rencontrer des personnes fascinantes, de découvrir des réponses à ses questions, de côtoyer des collègues dont les idées et les points de vue la captivaient, et de discuter avec des pigistes qui amenaient des perspectives nouvelles.

La conversation a brièvement tourné vers la mode lorsque Madame Weir a évoqué le sujet des photos Polaroid montrant son invitée dans sa loge, à la CBC. L’ancienne animatrice de télévision a expliqué que ces images servaient probablement à voir à quoi ressemblaient les tenues avant qu’elles soient portées à l’écran. Il était parfois difficile de trouver des ensembles convenables, car les tabourets de la CBC et les microphones-cravates, par exemple, étaient particulièrement malcommodes avec certaines tenues féminines.

Tout ce travail acharné demeurait malgré tout extrêmement gratifiant. BAC a acquis de nombreuses lettres d’admirateurs de Take 30 grâce aux archives d’Adrienne Clarkson. Beaucoup provenaient de mères et de femmes qui avaient fini par voir l’animatrice comme une amie, et souhaitaient lui donner des conseils lors de sa grossesse ou tout simplement exprimer leur gratitude. Encore aujourd’hui, elle est reconnue par les enfants d’auditrices qui considéraient l’émission comme un rendez-vous incontournable. Ces moments et ces lettres, c’est ce qu’elle chérit. « Ce que je voulais que les gens retiennent, c’est que j’avais le privilège d’apprendre ces choses et que je pouvais les transmettre à d’autres pour les faire entrer dans une grande famille », se rappelle-t-elle. C’est ce qui l’avait attirée dans le monde de la télévision.

Le fonds de Madame Clarkson renferme beaucoup d’autres perles à découvrir. Il contient des documents relatifs à son poste de déléguée générale de l’Ontario en France, à son mandat en tant que gouverneure générale (de 1999 à 2005), et à divers projets sur lesquels elle a travaillé depuis.

Mesdames Weir et Clarkson ont conclu l’entrevue en évoquant la possibilité d’une deuxième partie. Espérons qu’il y aura une suite!

 
 

Perspectives de BAC

Services régionaux / Des programmes publics maintenant offerts en ligne

— Par Caitlin Webster, archiviste principale, Division des services de référence, Direction générale des services au public

Montage graphique en noir et blanc montrant un titre et un sous-titre à gauche, un espace en forme de déchirure au centre, et une vieille photo de 4 officiers de la Première Guerre mondiale en uniforme assis sur une butte

Caputure d’écran tirée du premier webinaire Dans les tranchées, portant sur les dossiers de service militaire, présenté sur la page Facebook de BAC.

Dans le cadre des programmes destinés au public de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), l’équipe des Services régionaux organise régulièrement des présentations, des ateliers, des visites et d’autres activités pour ses clients un peu partout au Canada. En raison des restrictions liées à la COVID‑19, BAC étudie de nouvelles stratégies afin de proposer ces activités en ligne, dans un contexte où les gens peuvent interagir avec le personnel en toute sécurité et participer en plus grand nombre.

Les ateliers et les conférences constituent pour BAC une occasion idéale d’accompagner les usagers dans leur exploration des collections. Par exemple, les ateliers Dans les tranchées font découvrir des ressources numériques utiles pour se renseigner sur la Première Guerre mondiale et sur les militaires qui ont servi le pays. Pour transformer en webinaire cet atelier habituellement offert en personne, nous avons présenté des extraits de son contenu lors de séances Facebook Live et répondu aux questions des participants.

Dans la même veine, BAC collabore avec la Bibliothèque publique de Vancouver pour organiser les ateliers Connection to Kith and Kin (Retrouver ses racines), où des Autochtones explorent leur généalogie avec l’aide du personnel. Puisque cet atelier exige des discussions individuelles, les employés rencontrent les participants dans des salles de répartition sur Zoom. L’atelier sur la généalogie autochtone (en anglais seulement), présenté par BAC en collaboration avec le Musée royal de la Colombie-Britannique, a lui aussi eu lieu en ligne, sur YouTube.

Pour faire connaître ses collections et ses services, BAC a l’habitude de donner des présentations lors de congrès, dans des groupes communautaires ou en classe. Ces séances ont, comme les autres, migré en ligne. Nous avons notamment offert des présentations conjointes avec nos collègues de la Division des services de référence dans la région de la capitale nationale, avec l’Ontario Genealogical Society et avec la University of King’s College, en Nouvelle-Écosse. Nous avons également animé des exposés virtuels lors de conférences de l’Université du Manitoba et de l’Université Dalhousie. Des projets semblables sont en cours de préparation pour 2021.

Même les visites de nos installations peuvent se dérouler en ligne! En respectant la distanciation physique et en recourant à des masques, à des tablettes et à une bonne dose d’ingéniosité, nos équipes ont fait visiter nos installations de Vancouver aux étudiants du programme de bibliothéconomie et de technologies de l’information du Langara College. Le personnel de nos bureaux à Winnipeg a connu un succès semblable avec une visite et une discussion organisées sur Webex à l’intention des étudiants en archivistique de l’Université du Manitoba et de l’Université de Winnipeg.

Si c’est la sécurité de nos clients et de nos employés qui a motivé cette transition, nous sommes heureux de constater que ces nouvelles stratégies créatives nous permettent d’interagir avec de plus nombreuses personnes.

 

Winnipeg / Documents des compagnies de chemin de fer sur l’aménagement des terres

— Par David Cuthbert, archiviste, Direction générale des services au public

Photo couleur d'un document papier partiellement jauni avec contenu imprimé et manuscrit montrant un titre, un formulaire de 12 questions et une section de commentaires à la fin

Un rapport d’évaluation sur l’acheteur potentiel d’une terre agricole en Alberta, en 1928.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, e011172002

À la fin des années 1980, des archivistes fédéraux ont sauvé une importante collection de dossiers et de grands livres qui se trouvaient dans une chambre forte de la gare Union et dans des entrepôts ferroviaires situés dans le secteur du centre-ville maintenant appelé la Fourche, à Winnipeg. Les documents récupérés ont été produits par les filiales immobilières des Chemins de fer nationaux du Canada et ses prédécesseurs, le Chemin de fer Canadien du Nord et le Chemin de fer Grand-Tronc-Pacifique. Pour lever des capitaux, ces filiales vendaient et louaient les terres que le gouvernement du Canada avait concédées aux compagnies de chemin de fer pour les inciter à développer leurs réseaux ferroviaires dans l’ouest du Canada.

Ces documents sur l’aménagement des terres, qui font maintenant partie de la collection de BAC conservée à Winnipeg, fournissent des renseignements précieux pour les recherches historiques et généalogiques sur l’immigration dans l’Ouest, au début du 20e siècle. Ceux sur la vente et la location des terres agricoles sont particulièrement riches en information sur les colons. En effet, ils comprennent souvent un formulaire de demande décrivant les antécédents de la personne et une évaluation d’un représentant devant déterminer les chances de réussite du demandeur. Ces demandes et ces évaluations, avec la correspondance qui les accompagne, dressent des portraits vivants de certains des agriculteurs ayant participé à la colonisation des Prairies et de la Colombie-Britannique.

 

Région de la capitale nationale / Pour un BAC vert!

— Par Sylvain Salvas, conseiller principal en communications, Direction générale des communications

Deux projets d’infrastructure durable sont en cours à Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

Rendu architectural couleur montrant, à vol d'oiseau, un bâtiment à parois (imitant des strates rocheuses) incurvée vers le milieu et un toit mi-couvert de végétation couronné d'une structure denticulée

Toit vert avec panneaux solaires. © 2021 Ville d’Ottawa/Bibliothèque publique d’Ottawa/Bibliothèque et Archives Canada. Tous droits réservés.

Rendu architectural en couleur montrant un atrium à plusieurs niveaux avec des balcons recouverts de bois clair et une grande colonne centrale en verre recouverte d'un côté, jusqu'au sommet, de végétation

Mur vert intérieur. © 2021 Ville d’Ottawa/Bibliothèque publique d’Ottawa/Bibliothèque et Archives Canada. Tous droits réservés.

L’un d’entre eux concerne l’installation partagée avec la Bibliothèque publique d’Ottawa (inspirez555.ca). Il y a quelques mois, le gouvernement du Canada annonçait qu’il soutiendrait les améliorations pour en faire un édifice prêt pour le carbone net zéro (autrement dit, dont la consommation d’énergie est réduite au minimum).

Les quelque 34 millions de dollars investis permettront notamment d’améliorer l’extérieur et l’isolation du bâtiment, d’installer des fenêtres à triple vitrage, d’ajouter des panneaux solaires sur le toit et dans la façade du bâtiment, d’utiliser des matériaux de construction plus durables et de construire un mur vert à l’intérieur.

Un autre grand chantier vise lui aussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à lutter contre les changements climatiques. En effet, BAC construit une nouvelle installation de préservation qui sera le premier édifice fédéral conforme aux exigences de la Stratégie pour un gouvernement vert du Canada.

La construction de l’installation partagée de la Bibliothèque publique d’Ottawa et de Bibliothèque et Archives Canada, située dans la partie ouest du centre-ville d’Ottawa, commencera en 2021 et se terminera à la fin de 2024, l’ouverture officielle étant prévue en 2025.

Ottawa / Des honneurs pour Guy Berthiaume

— Par Michelle Pellerin, conseillère en communications, Direction générale des communications

Photo couleur montrant un plan poitrine d'un homme adulte caucasien souriant avec lunettes, vêtu d'un complet sombre et d'une cravate

Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada de 2014 à 2019.
Photo : Michel Gagné

Le 30 décembre 2020, Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada émérite, a été fait Membre de l’Ordre du Canada en reconnaissance du rôle majeur qu’il a joué pour préserver notre patrimoine collectif et le rendre plus accessible à tous les Canadiens.

M. Berthiaume a été bibliothécaire et archiviste du Canada de 2014 à 2019, après avoir dirigé Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pendant cinq ans. Au terme de ces mandats, il a laissé un héritage précieux en matière de préservation du patrimoine, tant au Québec et au Canada qu’ailleurs dans le monde. Son sens de l’entrepreneuriat, de l’innovation et de la collaboration fut inspirant et a grandement contribué à renforcer le milieu du patrimoine documentaire. En outre, dans sa quête résolue pour nouer des partenariats et démocratiser l’accès, M. Berthiaume a su amener les Canadiens à découvrir leur histoire par des voies plus nombreuses que jamais.

Créé en 1967, l’Ordre du Canada est l’une des plus grandes distinctions civiles au pays. Il couronne les réalisations exceptionnelles, le dévouement à l’égard de la communauté et les contributions à la nation.

 
 

Une décennie dans le champ de vision de BAC

— Par Sylvain Bélanger, directeur général de l’équipe de transition, projet Vision 2030

Loin de reléguer aux oubliettes les institutions de mémoire, la révolution numérique accroît leur popularité comme jamais. Les Canadiens veulent des sources fiables d’information et un meilleur accès à nos collections, tant en ligne qu’en personne.

Ces besoins, associés à l’évolution rapide de la technologie et aux ressources financières limitées, obligent Bibliothèque et Archives Canada (BAC) à s’adapter pour continuer à remplir son mandat et améliorer ses services. Avec cette motivation en tête, BAC lançait l’an dernier Vision 2030, un exercice de réflexion, d’analyse et de planification visant à tracer notre voie pour les dix prochaines années... et même au-delà!

Voir plus loin

On vous rassure tout de suite : le mandat de BAC reste inchangé. Nous continuerons d’acquérir, de traiter, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire du Canada. Avec Vision 2030, BAC définira où il veut aller, quels objectifs il veut atteindre et comment il s’y prendra. Concrètement, cette vision éclairera sa prise de décisions et teintera les projets à venir.

Mais on ne change pas une recette gagnante, et on peut d’ores et déjà avancer que nous ne nous réinventerons pas! BAC est un leader mondial, notamment avec l’unification de la bibliothèque et des archives nationales. Notre expertise, nos succès et nos installations présentes et futures font l’envie de la communauté des institutions de mémoire et demeurent des atouts essentiels. Avec Vision 2030, nous voulons rester un chef de file et mieux faire connaître nos collections par un plus grand nombre de Canadiens.

Des certitudes et des inconnues

Vision 2030 a déjà pris son envol. L’équipe de transition s’y consacrera jusqu’au printemps 2022, moment où l’énoncé de vision et la feuille de route seront dévoilés.

Depuis le début, BAC mise sur la participation et l’engagement de toutes les parties. Au cours des 12 derniers mois, il a consulté tous ses employés ainsi qu’un grand nombre d’intervenants, d’usagers et de Canadiens. Il a ainsi pu recueillir des milliers de données, d’idées, de commentaires et de suggestions. Le constat qui s’en dégage est rassurant : BAC vous tient à cœur!

Maintenant, c’est comme si BAC avait plein de blocs LEGOMD à sa disposition et devait décider ce qu’il en fera. Et comme on le sait, à ce jeu, les combinaisons sont infinies. La feuille de route jouera un rôle clé en nous indiquant comment assembler ces blocs de la meilleure façon.

Que savons-nous déjà? Depuis le 1er avril 2021, BAC s’est doté d’une base solide en réorganisant son organigramme, qui compte maintenant quatre secteurs : Expérience des usagers et Mobilisation, Collections, Services numériques et Services organisationnels. La nouvelle structure favorisera de meilleures synergies, rendra le travail plus efficace et regroupera des équipes afin d’optimiser les forces naturelles. Cette réorganisation n’est pas accessoire : elle montre que BAC est bien de son temps et s’adapte aux changements.

On connaît aussi deux grandes priorités qui occuperont une place de choix dans Vision 2030 et qui orienteront le travail de BAC ces prochaines années : l’optimisation numérique et la transformation des services. Pas de grande surprise ici : à BAC, servir les Canadiens demeure au cœur de notre raison d’être!

Or, les Canadiens veulent de plus en plus avoir accès à du contenu numérique, et leurs attentes invitent BAC à innover. Nous voulons fournir les bons outils technologiques à nos experts et à nos usagers. Nous voulons aussi optimiser nos opérations en améliorant nos outils et nos processus. Cette optimisation couvre tous les aspects de nos activités numériques, des acquisitions jusqu’à la préservation en passant par la découverte et l’accès en ligne.

De plus, BAC se prépare à recevoir de la grande visite : dès 2025, il pourra accueillir 1,7 million de visiteurs par année dans la nouvelle installation qu’il partagera avec la Bibliothèque publique d’Ottawa. Belle occasion pour revoir nos services, joindre de nouveaux auditoires et améliorer l’expérience des utilisateurs!

Dans sa quête de tout passer à la loupe, l’équipe de transition a aussi rassemblé d’autres pièces du casse-tête, dont :

  • le plan pour notre parc immobilier, qui nous aidera entre autres à gérer le nombre croissant d’archives gouvernementales
  • le plan financier, qui tient compte du coût élevé des nouvelles technologies
  • le souci de diminuer l’empreinte environnementale de BAC
  • la création et le renforcement des partenariats
  • l’amélioration de l’accès à nos ressources en ligne
  • l’ouverture à de nouvelles clientèles

Ambitieux et motivant projet que celui de Vision 2030, mais à l’égal de nos ambitions! En tant qu’employés de BAC, nous sommes bien conscients du mandat que nous avons reçu : faire connaître la collection et la rendre accessible à plus de gens, ainsi qu’à des auditoires encore plus variés. Un défi à notre mesure, puisque comme le chante Richard Séguin : « Car le monde et les temps changent… ».

Vous avez une question? Vous voulez exprimer une idée, un commentaire ou une suggestion? Écrivez-nous à bac.vision2030.lac@canada.ca.

BAC en tournée

Veuillez noter qu’en raison de la fermeture de nombreuses institutions à cause de la COVID-19, la majorité des prêts de BAC ont été prolongés, abrégés ou retardés. Voici une petite sélection des articles qui sont actuellement en tournée.

Photo en noir et blanc d'une scène diurne montrant un gros plan vu du dessous de 4 oursons (1 en haut, 2 au milieu et 1 en bas) grimpant sur un arbre à feuilles caduques clairsemé

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Exposition Felix Man
Décembre 2019 à novembre 2021 (prolongé en raison de la COVID-19)

Quatre oursons dans un arbre, Territoires du Nord-Ouest
Felix H. Man, 1933
Épreuve à la gélatine argentique

Bibliothèque et Archives Canada, collection Felix H. Man, e011297600

Photo en noir et blanc d'une scène diurne montrant, de bas en haut, un aménagement paysager de type jardin à la française avec 2 fontaines, une rivière calme et un panorama de ville légèrement urbanisée

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Exposition Felix Man
Décembre 2019 à novembre 2021 (prolongé en raison de la COVID-19)

Vue de la ville de Regina (Saskatchewan)
Felix H. Man, 1933
Épreuve à la gélatine argentique

Bibliothèque et Archives Canada, collection Felix H. Man, e011297594

Photo en noir et blanc d'une scène diurne montrant, de bas en haut, un observatoire avec piscine et baigneurs, une vallée de conifères traversée par une rivière sinueuse et un panorama de montagnes enneigées

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Exposition Felix Man
Décembre 2019 à novembre 2021 (prolongé en raison de la COVID-19)

Sources thermales, montagnes Rocheuses, Banff (Alberta)
Felix H. Man, 1933
Épreuve à la gélatine argentique

Bibliothèque et Archives Canada, collection Felix H. Man, e011297589

Photo en noir et blanc d'une scène diurne montrant, du devant à l'arrière, un homme appuyé sur une plate-forme numérotée ronde ulitisant un dispositif télescopique rotatif, un homme tenant des jumelles et un panorama forestier

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Exposition Felix Man
Décembre 2019 à novembre 2021 (prolongé en raison de la COVID-19)

Hommes observant un feu de forêt, Manitoba
Felix H. Man, 1933
Épreuve à la gélatine argentique

Bibliothèque et Archives Canada, collection Felix H. Man, e011297598

 
 
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