Signatures, Printemps/Été 2017

Revue Signatures, Printemps / Été 2017

Signatures, Printemps/Été 2017
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Couverture: Le Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada, à Gatineau (Québec). Photo : Gordon King

Introduction

— par Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada

C’est par une évocation du Parthénon que s’ouvre ce numéro consacré au 20e anniversaire de l’ouverture de notre Centre de préservation. Notre collègue Mario Gasperetti rappelle en effet avec à-propos que la façade du Centre de Gatineau compte huit colonnes, comme celle du temple de l’Acropole. Mario pousse même l’analogie en faisant allusion au fait que le temple imaginé par Phidias abritait la statue chryséléphantine d’Athéna, déesse qui, en même temps que d’être la divinité tutélaire de la Cité qui porte son nom, était aussi la déesse de la connaissance et de l’artisanat.

Poursuivant l’allégorie de Mario, on peut penser que le temple high-tech de l’architecte Ronald Keenberg évoque lui aussi connaissance et artisanat. La connaissance est celle que procure l’accès aux documents que l’on y trouve en quantité incommensurable – 250 kilomètres d’archives et 30 millions de photographies, pour ne mentionner que ceux-là! Rendons grâce à la déesse : voilà assez de matériel pour nous garder longtemps à l’abri des « fausses nouvelles » et des « faits alternatifs ».

Quant à l’artisanat auquel on pense spontanément, c’est celui qui est pratiqué au Centre de préservation par d’extraordinaires restauratrices et restaurateurs, et qui permet à nos documents de revivre et d’être utilisés à leur pleine capacité. Que de talent et de savoir-faire rassemblés au 5e étage de notre temple contemporain! Combien de fois, en faisant la visite des lieux avec des visiteurs internationaux, ai-je eu une poussée de fierté bien justifiée en constatant à quel point ces derniers étaient impressionnés par les techniques d’avant-garde utilisées par nos restauratrices! Car on vient de France et de Navarre – ainsi que d’Asie – pour admirer le Centre de Gatineau et ses artisans. Les pages qui suivent portent la trace des remarquables talents de nos collègues du temple de Keenberg. Qu’il suffise de mentionner le travail sur les collages d’Elizabeth Cleaver décrits par Josiane Polidori, ainsi que la publication du livrel Lingua franca par Tania Passafiume et Tom Thompson, pour s’en convaincre.

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, cette commémoration du 20e anniversaire fournit à notre directeur général, Gestion des biens immobiliers, Serge Corbeil, l’occasion de faire le point sur l’évolution du projet de construction de la phase 2 de notre campus de préservation à Gatineau, un nouvel édifice de 11 000 mètres carrés dont la mise en chantier est imminente.

Le texte que consacrent nos collègues Marie Léonet et Nathalie Ethier aux petits et grands secrets du Centre de préservation rappelle que le corridor principal de l’édifice porte le nom de boulevard Wallot, en hommage à Jean-Pierre Wallot qui était l’archiviste national pendant que le Centre était construit, de 1992 à 1996. C’est un hommage bien mérité pour celui qui est considéré comme un géant de l’archivistique canadienne. C’est d’ailleurs en sa mémoire, de même que celle de Jean-Guy Sylvestre (bibliothécaire national de 1968 à 1983), que les conférences les plus prestigieuses présentées par BAC sont nommées les rencontres Wallot-Sylvestre. Le 11 janvier dernier, comme le rappelle plus loin Zeïneb Gharbi, le nouveau bibliothécaire national de l’Argentine, le célèbre auteur Alberto Manguel, était le conférencier invité à la première rencontre Wallot-Sylvestre de 2017. À cette occasion, l’auteur de La bibliothèque, la nuit invitait les bibliothèques nationales à aspirer être des « cliniques de l’âme ». Je suis persuadé que les ressources humaines et matérielles de notre Centre de préservation nous autorisent à avoir cette ambition. La déesse Athéna pourra être fière de nous!

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada

Un Parthénon au coeur de Gatineau

— par Serge Corbeil, directeur général, Gestion des biens immobiliers

Nous sommes en 1989, et les archives du pays sont éparpillées dans plusieurs édifices qui ne correspondent pas aux normes de préservation. Pis encore, si aucune action immédiate n’est entreprise, le Canada risque fort de perdre une partie de son patrimoine.

Les Archives nationales joignent alors leurs efforts à ceux de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada pour concevoir un projet de calibre mondial : la construction d’un centre de préservation sur un terrain de 50 acres au cœur de Gatineau, au Québec.

Le Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada.
Photo : Gordon King

Ce centre sera conçu pour préserver les archives dans une variété de médias, allant de la pellicule de film à l’une des plus belles collections d’œuvres d’art et de portraits du Canada en passant par des documents cartographiques et une centaine de kilomètres de documents textuels.

Mario Gasperetti venait à peine de quitter les bancs de l’École d’architecture de l’Université Carleton lorsqu’il s’est joint à l’équipe de projet des Archives nationales du Canada, en 1992. Il œuvre toujours à Bibliothèque et Archives Canada.

Serge Corbeil : Mario, parlez-nous de l’architecture du Centre de préservation.

Mario Gasperetti : D’abord, mentionnons que c’est le cabinet d’architectes Blouin, IKOY & Associés qui a obtenu le contrat, Ronald Keenberg étant l’architecte principal du projet.

On reconnaît la signature de M. Keenberg dans le style high-tech de l’édifice. M. Keenberg est natif de Winnipeg, dans l’Ouest canadien. On peut sentir l’influence de son coin de pays dans toute son œuvre. Le cinquième étage du Centre de préservation en est un bon exemple : des laboratoires en forme de silos, d’autres en forme de serres, de grands espaces, l’emploi de matériaux habituellement réservés aux bâtiments agricoles…

Les escaliers au rez-de-chaussée.
Photo : Gordon King

Les laboratoires en forme de serres.
Photo : Gordon King

Le plan du Centre rappelle les temples de la Grèce antique, qui furent parmi les premiers édifices à entreposer des documents importants. On voit la cella, la partie fermée au cœur des temples qui abritait la statue de la divinité et qui, ici, abrite les trésors du Canada. Tout comme dans les temples grecs, cette structure centrale est entourée de colonnes qui supportent le toit. D’ailleurs, ce n’est probablement pas un hasard si, comme le Parthénon, la façade du Centre compte huit colonnes.

Le cinquième étage est inspiré d’un village minier dont les habitants puisent dans le sol les trésors et les ressources; à leur image, les employés qui y travaillent extraient les trésors des chambres fortes et les apportent dans les laboratoires pour les consulter ou les restaurer!

Le laboratoire de restauration des livres.
Photo : Gordon King

Cela dit, le projet se voulait aussi rassembleur, et quoi de plus rassembleur qu’un cinéma en plein air? Le stationnement a donc été conçu de sorte qu’on puisse projeter sur la façade du Centre les films qui y sont conservés. D’autres aménagements urbains ont été intégrés au site, comme la promenade autour du Centre et l’étang. D’ailleurs, ce dernier devait se trouver du côté ouest de l’édifice, mais l’eau s’écoulant vers l’est au moment de la construction, on a suivi la volonté de mère Nature.

SC : Et quelles étaient les principales contraintes architecturales?

MG : Il fallait d’abord concevoir un édifice intemporel doté d’une grande souplesse. Pour répondre à ces deux contraintes, les experts consultés pour la conception de l’édifice ont proposé de construire des chambres fortes (pour la conservation permanente de la collection) et des laboratoires (pour offrir un maximum de souplesse).

Un autre défi de taille se posait : concevoir un centre adapté aux fluctuations de température et d’humidité propres à notre climat. Encore ici, nous nous sommes inspirés de l’Antiquité. Dans la Rome antique, la bibliothèque de Celsus, à Éphèse, était munie d’un espace entre le mur extérieur et les niches où reposaient les livres; cette zone tampon les protégeait des variations climatiques. Nos chambres fortes ont été construites sur le même modèle : à l’intérieur de l’édifice, dans un environnement stable.

Il fallait aussi stabiliser le sol sur lequel le Centre allait être construit. On a donc enfoncé 1 600 pieux jusqu’au roc, qui servent d’assise à la structure imposante de l’édifice.

La rigueur s’imposait également dans le choix des matériaux et des finis, qui devaient être durables, sans entretien ni composé organique volatil. Certains matériaux étaient carrément interdits!

Enfin, pour que l’air soit d’une qualité exceptionnelle, on a installé plusieurs systèmes de filtration. Résultat : l’air que vous respirez à l’intérieur du Centre est plus pur qu’à l’extérieur! C’est l’endroit idéal si vous avez des allergies au pollen ou à la poussière.

SC : Combien de temps a duré la construction?

MG : Quatre ans, de septembre 1992 à décembre 1996.

SC : En visitant le Centre, j’ai vu deux énormes turbines suspendues au toit au cinquième étage. Ce n’est pourtant pas un vaisseau spatial…

MG : Non! (Sourire) C’est un puissant système pour évacuer la fumée en cas d’incendie. Heureusement, on n’a jamais eu à l’utiliser!

Le Centre de préservation en chiffres

  • Coût (1997) : 102 million$ (89 pour l’édifice, 13 pour le mobilier)
  • 48 chambres fortes de 350 mètres carrés
  • 4 environnements différents maintenus entre -18 °C et 18 °C , avec taux d’humidité contrôlé
  • 1 072 panneaux vitrés
  • 1 600 pieux ancrés dans le roc pour supporter l’édifice
  • Conçu pour accueillir 80 employés dans des laboratoires et des salles de traitement spécialisées

Le Centre de préservation a reçu tout récemment la certification Or de Boma Best®, accordée aux immeubles qui répondent aux meilleures pratiques en matière de rendement et de gestion environnementale. La certification est valide pendant trois ans.

Un précieux cadeau d’anniversaire

— par Alison Harding-Hlady, chef d’équipe, Collections spéciales

Quelques trésors faisant partie du cadeau offert par le gouvernement britannique au Canada en 1967, pour souligner le centenaire de la Confédération.

À l’occasion du centenaire de la Confédération, en 1967, le gouvernement britannique a offert un magnifique cadeau à la Bibliothèque et aux Archives nationales du Canada. La sculpture de bronze Three Way Piece-Points d’Henry Moore, qui orne le hall de l’édifice du 395, rue Wellington, fait partie de ce don. Moins visible, mais tout aussi splendide, l’autre partie du cadeau se compose de plus de 10 000 livres, dont plusieurs sont conservés dans la chambre forte des livres rares au Centre de préservation à Gatineau.

Publications et périodiques britanniques d’hier et d’aujourd’hui sont ainsi venus enrichir notre collection de référence, aux côtés de documents anciens qui s’ajoutent à notre collection de livres rares. Dans un message accompagnant le cadeau, le premier ministre Harold Wilson expliquait que ce geste voulait souligner les liens profonds et durables qui unissent nos deux peuples, et poursuivait en transmettant au Canada les meilleurs vœux de la population et du gouvernement britanniques.

Les documents anciens qui nous ont été offerts recèlent de véritables trésors, comme des cartes et des atlas – dont les éditions de 1508 et de 1520 de Geographia, de Ptolémée – ainsi que les éditions de 1627 et de 1632 des Voyages de Samuel de Champlain en Nouvelle-France. On y trouve aussi des livres parmi les tout premiers imprimés en Europe : l’édition originale des Elementa d’Euclide de 1482, et trois ouvrages de philosophie grecque de l’imprimerie vénitienne Aldine, qui était en activité au tournant du 16e siècle, et qui fut la première à utiliser l’italique.

Ex-libris faisant état du cadeau offert au Canada par le gouvernement britannique, dans Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus […]. L’ouvrage fait partie d’une série parue au milieu du 17e siècle et décrivant le travail des missionnaires jésuites en Nouvelle-France.
Source : no AMICUS 5682695

Édition de 1482 des Elementa d’Euclide, dans une reliure de 1903 du célèbre relieur britannique Douglas Cockerell.
Source : no AMICUS 13835260

Les œuvres britanniques sont bien entendu à l’honneur, notamment The Essays (1625) de sir Francis Bacon; The Faerie Queene (1596) d’Edmund Spenser; et la première édition des Poems, Chiefly in the Scottish Dialect (1786) de Robert Burns, accompagnée d’éditions subséquentes. S’y ajoutent des classiques traduits en français, dont des œuvres de Geoffrey Chaucer, d’Emily Brontë et de Charles Dickens.

Ce magnifique cadeau comprenait aussi plusieurs ouvrages remontant jusqu’au 17e siècle et racontant des voyages au Canada. L’un de ces plus anciens joyaux, un exemplaire de la Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus […], décrit les expériences vécues par les missionnaires jésuites en Nouvelle-France. Écrit par le père Paul Ragueneau, il fut publié à Paris en 1651. The Lower Canada Watchman de David Chisholm, publié à Kingston (Ontario) en 1829, est quant à lui l’un des premiers livres imprimés dans le Haut-Canada. Enfin, la description des activités de la Compagnie de la Baie d’Hudson (par Edward Umfreville en 1790 et Henry Ellis en 1749) témoigne d’une importante partie de l’histoire de notre pays.

Détail d’une édition de 1758 de Paradise Lost, de John Milton, du célèbre imprimeur anglais John Baskerville.
Source : no AMICUS 8843243

Carte du monde dans une édition de 1662 de l’ouvrage A Prospect of the Most Famous Parts of the World de John Speed. C’est le premier atlas mondial conçu par un Anglais.
Source : no AMICUS 13383954

Voilà un aperçu du précieux cadeau offert à la Bibliothèque et aux Archives nationales ainsi qu’à la population canadienne il y a 50 ans. Alors que nous célébrons cette année un autre jalon de notre histoire, ces trésors nous rappellent les cultures et les traditions qui ont contribué à façonner le Canada.

Lingua franca : notre premier livre numérique enrichi

—– par Tom Thompson, spécialiste multimédia, Division des expositions et du contenu en ligne, et Tania Passafiume, restauratrice en chef des documents photographiques, Direction générale de la préservation

Page couverture de Lingua franca.
Source : no MIKAN 3192966

À la Section du contenu en ligne, nous cherchons toujours des façons originales de faire connaître les trésors conservés par Bibliothèque et Archives Canada (BAC). J’étais sur la piste d’une nouvelle plateforme multimédia, adaptée aux appareils mobiles et capable de montrer tous les types de documents d’archives de la collection. Ma collègue Tania Passafiume, de son côté, voulait remédier à une lacune : l’absence de lexique bilingue sur la restauration des photographies.

Page 19 du livre numérique montrant la définition du ternissement. On peut y voir quelques-unes des fonctions interactives du livre : possibilité d’agrandir une image, l’infobulle avec la traduction du terme, et les liens vers un article de la collection et des ressources connexes.
Source : no MIKAN 3192702

Pour répondre à ces deux besoins, nous avons eu l’idée d’un livre numérique enrichi, qui aurait aussi l’avantage de mettre en lumière certaines des plus belles photos de notre collection. Nous avons intitulé ce livre Lingua franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques ‒ nous inspirant de l’expression « lingua franca », née au 17e siècle, et désignant un langage commun utilisé par des locuteurs de langues différentes.

Page 62 du livre numérique avec une vidéo illustrant la technique expliquée. Un lien vers des termes connexes s’affiche sous la vidéo, suivi de la mention ENG (pour la traduction anglaise) et de liens vers un article de la collection et des ressources connexes.
Source : no MIKAN 3192595

Ce premier lexique visuel français-anglais sur la restauration de photos a été conçu en collaboration avec l’Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Il comprend des définitions bilingues regroupées en six chapitres : procédés photographiques, état de conservation, traitements, soins préventifs, techniques d’examen et provenance. Les termes les plus courants y sont brièvement décrits et accompagnés de photos, de vidéos et d’éléments interactifs. Chaque page comporte aussi un hyperlien vers un article de la collection, auquel s’ajoutent d’autres liens vers des balados, vidéos, billets de blogue ou albums Flickr sur le site Web de BAC.

L’ouvrage s’adresse aux spécialistes, aux enseignants et aux étudiants en restauration, ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent à la photo. Tania et moi espérons qu’il deviendra une référence terminologique internationale dans le domaine.

Lingua franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques est le premier d’une série de livres numériques enrichis que Bibliothèque et Archives Canada publiera. Ce média nous ouvre un tout nouveau champ de possibilités et nous croyons qu’il s’agit d’un formidable outil pour faire connaître notre collection.

Des questions ou des commentaires? Communiquez avec nous à bac.linguafranca.lac@canada.ca.

Gros plan sur la collection : L’univers enchanté d’Elizabeth Cleaver

— par Josiane Polidori, gestionnaire principale de projet, Direction générale des archives privées

Les collections de Bibliothèque et Archives Canada regorgent de trésors, dont les archives de l’illustratrice de livres pour enfants Elizabeth Cleaver. En attendant l’exposition Elizabeth Cleaver : Peindre sans pinceau, une visite à l’atelier de restauration d’œuvres d’art, au Centre de préservation, et un survol de quelques illustrations révèlent la richesse de son œuvre.

Née à Montréal en 1939 de parents immigrants hongrois, Elizabeth Mrazik-Cleaver étudie les arts visuels à l’Université Sir George Williams. En 1967, William Toye, de l’Oxford University Press, lui propose d’illustrer le recueil The Wind Has Wings: Poems from Canada, qui remporte plusieurs prix et lance sa carrière. Elle illustrera onze livres pour enfants, dont The Mountain Goats of Temlaham, note1 en plus de créer des livres d’artiste et de concevoir marionnettes et décors pour le théâtre Centaur à Montréal. Elle décède à 45 ans.

Lorsque des œuvres sur papier doivent être exposées, les restaurateurs de Bibliothèque et Archives Canada évaluent leur état, identifient les techniques et les matériaux utilisés, répertorient les détériorations (déchirures, décoloration, etc.) et font des recommandations concernant le traitement et les conditions d’exposition.

Les collages pleins de vitalité d’Elizabeth Cleaver sont des œuvres complexes et délicates. Leur restauration est difficile, car ils sont faits de matériaux variés et d’adhésifs qui se décolorent et se dessèchent avec le temps. Le papier est sensible aux fluctuations d’humidité et de température; des conditions humides entraînent gondolement et distorsion, alors que la sécheresse provoque des craquelures dans les pigments et les substances adhésives. Pour stabiliser les collages, on a donc enlevé les rubans adhésifs et atténué les taches avec des solvants qui n’altèrent pas les couleurs.

Petrouchka. © Succession Elizabeth Cleaver.
Source : no MIKAN 3671538

La Biche miraculeuse. Esquisse du costume d’un noble hongrois avec annotations. © Succession Elizabeth Cleaver.
Source : no MIKAN 3671538

Les niveaux de lumière pendant l’exposition sont aussi importants : trop de luminosité peut décolorer ou altérer le papier. Comme l’artiste a rehaussé ses linogravures de lavis à l’aquarelle (des coloris précieux particulièrement sensibles à la décoloration), les restauratrices ont recommandé qu’elles soient exposées sous luminosité réduite pendant un temps limité afin d’éviter tout dommage.

Elizabeth Cleaver a illustré cinq livres de légendesnote2 autochtones en alliant linogravures, technique mixte de collage et éléments naturels comme l’écorce et la mousse. Son travail sur des spectacles de marionnettes et des films d’animation l’amènera à créer des personnages plus fluides, aux membres articulés. Sa passion pour les marionnettes influence ses ouvrages : chaque page devient une scène de théâtre peuplée de personnages découpés. Elle établit des liens narratifs entre ses œuvres, parsemant ses illustrations d’indices miniatures. Cette mise en abyme, où l’histoire est représentée dans l’histoire, crée un effet d’emboîtement à la manière des poupées russes : c’est l’effet matriochka.

Avec Petrouchka, Cleaver marie son amour des marionnettes, du théâtre et de la danse, s’inspirant de l’esthétique des Ballets russes et de l’art traditionnel russe. note3 L’histoire se déroule pendant le carnaval. Petrouchka, une marionnette, est amoureux d’une ballerine qui le rejette. À la manière des poupées russes, l’artiste enchâsse des indices dans une scène : une marchande vend des marionnettes à l’effigie du pauvre Petrouchka et une fillette serre un cœur en pain d’épices, tandis que le carrousel de chevaux devient le motif principal d’un projet inachevé de livre animé. note4

ABC. Illustration originale pour la lettre T. © Succession Elizabeth Cleaver.
Source : no MIKAN 3671538

La Biche miraculeuse. © Succession Elizabeth Cleaver.
Source : no AMICUS 9220713

Cleaver explore ses racines hongroises avec La Biche miraculeuse : Une légende hongroise, note5 où les héros Hunor et Magyar et leurs chasseurs poursuivent une biche blanche; cette chasse figure en miniature sur le szür (manteau) d’un chasseur. Dans The New Wind Has Wings, des lettrines illustrent un poème de Phyllis Gotlieb, note6; elles ont inspiré l’abécédaire ABC faisant référence aux livres et aux projets de l’artiste. Ainsi, le L représente le huard (loon) de la légende note7 et le T, le soldat de plomb (tin soldier) note8 du conte d’Hans Christian Andersen.

Les archives d’Elizabeth Cleaver, tel un écrin, regorgent de trésors. Son œuvre magnifique, hélas inachevée, révèle un univers pictural fastueux et original. Ses livres méritent d’être lus et admirés. L’exposition Elizabeth Cleaver : Peindre sans pinceau soulignera sa contribution à la littérature jeunesse canadienne.

L’auteure remercie de leur collaboration Susannah Kendall, restauratrice d’oeuvres d’art sur papier, et Anne Maheux, chef, Restauration d’oeuvres d’art sur papier, de cartes et de manuscrits, Direction générale de la préservation.

Un visage, un nom : Célébrons 15 ans de collaboration avec les Autochtones

— par Beth Greenhorn, gestionnaire de projet, Initiatives spéciales, Division des expositions et du contenu en ligne

Nous célébrons cette année plusieurs jalons : le 150e anniversaire de la Confédération, le 20e anniversaire du Centre de préservation et le 15e anniversaire du projet Un visage, un nom.

Cette photo prise à Southend (Saskatchewan) en mars 1955 fut la première à apparaître sur la page Facebook d’Un visage, un nom. Quelques heures après sa publication, une famille identifiait les fillettes : (de g. à dr.) Rose Anne Hardlotte (née Jobb) et Jane McCallum, de la Nation des Cris de Peter Ballantyne. Photo : Rosemary Gilliat Eaton. © Bibliothèque et Archives Canada. Source : e010975244

Ce projet d’identification et de numérisation de photos tisse des liens entre les Autochtones et les collections d’archives où ils apparaissent. Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède des milliers de photos d’Autochtones dont l’identité est inconnue? Un visage, un nom veut les sortir de l’anonymat grâce au dialogue entre jeunes et aînés de ces communautés. Le projet, repris ailleurs dans le monde, visait à l’origine les Inuits; il est né en 2002 d’un partenariat entre BAC, le programme collégial Nunavut Sivuniksavut et le ministère de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse du Nunavut.

BAC a utilisé plusieurs moyens pour joindre les communautés autochtones et diffuser ses photos d’archives : réseaux sociaux, site Web, base de données Un visage, un nom, journal Nunavut News/North, campagnes de sensibilisation, visites et activités dans les communautés.

Tout a commencé par la numérisation de 500 photos de la collection Richard Harrington, prises à Iglulik, Kugluktuk, Pangnirtung et Tayoloak, au Nunavut. Aujourd’hui, BAC a dépassé le cap des 10 000 photos numérisées, et il a reçu des renseignements permettant d’identifier des personnes, des événements ou des lieux sur 2 500 d’entre elles. Ces précisions ont été ajoutées aux descriptions archivistiques, puis publiées sur le site Web d’Un visage, un nom.

Le projet ayant gagné en popularité, BAC a décidé en mai 2015 d’y inclure aussi les Premières Nations, les Métis (vivant tant sur le territoire historique de la Nation métisse qu’ailleurs au Canada) ainsi que les Inuits d’Invulialuit (dans les Territoires du Nord-Ouest), du Nunavik (dans le nord du Québec) et du Nunatsiavut (dans le nord du Labrador).

Pour souligner le succès d’Un visage, un nom, BAC, en collaboration avec l’Université Carleton, a organisé en mars dernier trois jours de célébrations réunissant jeunes et aînés inuits, étudiants du programme Nunavut Sivuniksavut, universitaires et membres du public. On a fait le bilan du chemin parcouru pendant les 13 premières années du projet, et mis l’accent sur la collaboration avec les Inuits du Nunavut. Les participants ont aussi raconté des histoires et partagé des souvenirs rattachés aux photos d’archives de BAC.

De g. à dr. : Kathleen Ivaluarjuk Merritt, Paula Ikuutaq Rumbolt et Deborah Kigjugalik Webster discutent de la photo d’archives à l’écran, où l’on voit (de g. à dr.) Misiraq, Elizabeth Unurniq Tapatai et Kajurjuk. La photo a été prise à Qaman’tuaq, au Nunavut, en 1926. (PA-099412)

Lors d’une discussion sur les vêtements inuits représentés dans les photos d’archives, l’aînée Manitok Thompson décrit les motifs sur les parkas portés par des étudiants : Brendan Mannik (debout) et, assises de g. à dr., Jillian Howmik-Kaviok, Cathy Pikuyak et Candace Barnabas.

Des étudiants du programme Nunavut Sivuniksavut ont fait des démonstrations de chants de gorge, de chansons traditionnelles, de danses du tambour et de jeux typiques de l’Arctique. Certains ont aussi participé aux séances de discussions avec les aînés.

BAC en a aussi profité pour annoncer une primeur : le lancement d’une page Facebook (@visage.nom) et d’un compte Twitter (@visage_nom) pour favoriser les échanges avec les communautés autochtones du pays

La dernière demi-journée a été consacrée à l’avenir d’Un visage, un nom, le projet visant maintenant tous les peuples autochtones du Canada. Annie Smith St-Georges, aînée de la Première Nation algonquine, a ouvert la séance par une prière, suivie d’une allocution de Clément Chartier, président du Ralliement national des Métis.

Des participants examinent des photos de la région de Keewatin lors d’un atelier d’identification à la Galerie d’art de l’Université Carleton. Debout, de g. à dr. : Jean-Marie Beaulieu, l’aînée Sally Webster et Deborah Kigjugalik Webster. Assis : l’aîné Piita Irniq.

Enfin, trois artistes autochtones – le conservateur et artiste onondaga Jeff Thomas, l’artiste métisse Rosalie Favell et la cinéaste inuite Isabella-Rose Weetaluktuk – ont expliqué comment ils intègrent des photos d’archives à leur démarche artistique et s’en inspirent pour raconter l’histoire de leurs communautés. Leur travail marque un renouveau stimulant dans l’utilisation des archives, et illustre bien comment les Autochtones, loin d’être les sujets passifs et anonymes des photos d’autrefois, se réapproprient aujourd’hui leur histoire.

Même si Un visage, un nom a évolué, il demeure fidèle à ses aspirations d’origine : favoriser l’innovation et permettre aux jeunes et aux aînés de retracer leur histoire. Il joint des collectivités qui, autrement, n’auraient pas accès à nos collections, et permet aux Canadiens d’accéder n’importe où et n’importe quand à des archives uniques. En poursuivant sa collaboration avec les créateurs et les communautés autochtones, BAC espère participer à la promotion et à la revitalisation de leurs cultures.

Des secrets bien gardés

— par Marcelle Cinq-Mars, archiviste principale des affaires militaires, Direction générale des documents gouvernementaux

Si elle avait pu, grand’mère aurait certainement caché sa recette secrète de tarte aux pommes dans une chambre forte bien isolée, bien scellée, à laquelle elle seule aurait eu accès. Ainsi, le secret jalousement transmis de génération en génération aurait été bien gardé.

Un tel lieu existe à Bibliothèque et Archives Canada, et disons-le tout de suite : non, ce n’est pas pour y conserver des recettes de tarte aux pommes!

Même en démocratie, tous les documents ne naissent pas égaux : chacun se voit assigner un niveau de sécurité qui le suivra bien longtemps. De la note de message téléphonique aux transactions entre alliés, chaque document est classé selon la nature des informations qu’il renferme. Les documents requérant un accès limité seront classés selon le risque que la divulgation des informations pourrait faire courir : ils peuvent ainsi être « Protégé A » (ou B, ou C) s’ils concernent des individus ou des organisations sans toutefois mettre en jeu la sécurité nationale. Si c’est le cas, alors ces documents seront classés « Confidentiel », « Secret » ou même « Top Secret ».

Sans tomber dans les mésaventures à la James Bond, on peut concevoir que des ministères du gouvernement canadien produisent, dans le cadre de leur mandat, des documents contenant des informations dites « top secret », qui ne sont accessibles qu’à une minorité de personnes sur la base du « need to know » (belle expression permettant aux personnes qui en ont besoin de voir les documents dans le cadre de leurs fonctions, tout en empêchant les simples curieux en mal de sensations de se rincer l’œil). On comprend aisément que l’accès aux documents et l’information qui les entoure sont strictement contrôlés.

Une porte de chambre forte au Centre de préservation à Gatineau. Pour des raisons de sécurité, les éléments sensibles ont été masqués. Photo : Dave Knox

Par souci de transparence, on peut dire que la chambre forte communément appelée « top secret » est située au mot expurgé étage du Centre de préservation à Gatineau. Seules quelques personnes y ont accès, dont le mot expurgé, les mot expurgé et quelques mot expurgé. Les formidables mesures de sécurité qui l’entourent, incluant des systèmes de mot expurgé et de mot expurgé, font l’objet d’une grande attention. Les boîtes de documents, marquées au nom du ministère des mot expurgé ou du ministère du mot expurgé, par exemple, reposent sagement sur leurs tablettes et voient rarement la lumière du jour. D’ailleurs, elles ne le pourraient pas car la mot expurgé mot expurgé!

Une fois ouverte la massive porte équipée de mot expurgé, on peut voir tous mot expurgé mot expurgé installés, ainsi que quelques mot expurgé qui permettent de mot expurgé les documents. Les appareils tels des mot expurgé ou des mot expurgé y sont strictement interdits. Travailler dans un tel endroit, on le devine, n’est pas de tout repos!

Les Archives du Dominion : origines et architectes

— par Andrew Elliott, archiviste, Direction générale des archives privées

L’ancien édifice des Archives du Dominion au 330, promenade Sussex à Ottawa (vers 1910-1924).
Source : no MIKAN 3192914

Bibliothèque et Archives Canada recueille et préserve les archives des grands architectes ainsi que d’importantes firmes et associations d’architecture canadiens. Ces archives regorgent de trouvailles, dont des documents sur la conception et la construction du premier édifice des Archives du Dominion, érigé au 330, promenade Sussex à Ottawa.

Le tout commence au début du 20e siècle, lorsque le premier ministre Wilfrid Laurier suggère d’établir des archives nationales à Ottawa. Son objectif : faire de la capitale le cœur du développement intellectuel du pays (une capitale qu’il rêve de voir transformée, selon ses mots, en « Washington du Nord »). C’est ainsi que l’édifice des Archives du Dominion ouvre ses portes au début de 1907, au terme d’un chantier qui dure deux ans. Le patrimoine archivistique du Canada y sera conservé jusqu’en 1967.

Saviez-vous qu’en 1990, ce joyau architectural est devenu un lieu historique national? Amalgamant les styles fédéral, Tudor et gothique, il a été conçu par quatre jeunes architectes : Charles P. Band, Clarence James Burritt, Colborne Powell Meredith et John Albert Ewart, de la firme du même nom (Band, Burritt, Meredith and Ewart). Les travaux étaient dirigés par David Ewart, architecte en chef du Dominion et du ministère des Travaux publics.

Pour ajouter à sa prestance, l’édifice de trois étages a été construit sur un promontoire jouxtant la rivière des Outaouais. Comportant sept baies et une entrée centrale, il occupait un terrain paysagé, loin de la promenade Sussex. Le document désignant l’endroit comme lieu historique national précise qu’il s’agissait « d’une installation permanente, à l’épreuve du feu, où on recueille, préserve et étudie les documents de la nation », et qui traduisait « le sentiment grandissant d’une identité canadienne et l’intérêt accru pour l’histoire du pays chez les Canadiens ».

L’édifice d’origine comptait trois parties : une pour les manuscrits, une pour les cartes et les plans, et une pour les documents papier. Chacune comportait plusieurs salles, auxquelles s’en ajoutaient d’autres destinées à exposer les trésors archivistiques du pays. Comme le montre la photographie de la salle Northcliffe, elles regorgent de détails complexes et témoignent d’une grande qualité d’exécution.

Au milieu des années 1920, l’espace d’entreposage étant devenu limité, on a ajouté à l’édifice une grande aile perpendiculaire de trois étages.

On pourrait dire que derrière chaque grand architecte se trouve une firme d’architecture! En même temps que les Archives du Dominion ouvraient leurs portes, l’Institut d’architecture du Canada voyait le jour. Son premier président, Alexander Francis Dunlop, était un architecte montréalais. James Patrick Hynes, de Toronto, ainsi qu’Edgar Lewis Horwood et John William Hurrell Watts, d’Ottawa, étaient au nombre des membres fondateurs.

À l’époque, le pays comptait assez d’architectes pour justifier la création d’un tel regroupement chargé de représenter leurs intérêts. Au printemps de 1907, 500 architectes reçurent donc une lettre les invitant à se joindre à l’Institut et soulignant la nécessité de promouvoir et de maintenir l’honneur et la dignité de la profession. On y expliquait que l’Institut offrait l’avantage d’unifier les organisations existantes et de servir les architectes qui n’en avaient aucune. Deux ans après sa création, l’organisme fut rebaptisé l’Institut royal d’architecture du Canada.

L’intérieur de la salle Northcliffe, Archives publiques du Canada, Ottawa, vers 1910.
Source : no MIKAN 3319330

L’édifice des Archives publiques du Canada avec sa nouvelle aile, Ottawa, vers 1925.
Source : no MIKAN 3319315

Mais revenons aux Archives du Dominion. Saviez-vous que BAC possède les fonds de deux des quatre architectes qui ont conçu l’édifice, soit le fonds Colborne Powell Meredith (no MIKAN 101412) et le fonds John Albert Ewart (no MIKAN 199896)?

Après avoir terminé ce projet, M. Meredith est devenu membre de l’Institut royal d’architecture du Canada. Très intéressé par l’urbanisme à Ottawa, il a siégé au conseil d’administration de la Commission d’amélioration de la ville, en plus d’être élu président de l’Ordre des architectes de l’Ontario en 1912. Plus tard dans sa carrière, il a fixé sur pellicule des bâtiments historiques du sud de cette province.

Quant à M. Ewart, il connut une florissante carrière d’architecte, en plus d’être un photographe et un artiste accompli. Selon le Biographical Dictionary of Architects in Canada, M. Ewart a sûrement produit certains des meilleurs dessins d’architecture de toutes les collections publiques du Canada.

Après le déménagement des Archives nationales en 1967, l’édifice du 330, promenade Sussex a abrité le Musée canadien de la guerre jusqu’en 2005. Après une décennie d’inoccupation, il a été restauré de fond en comble, et il héberge aujourd’hui le Centre mondial du pluralisme. La firme KPMG Architects a conçu le nouveau design intérieur, dont les touches plus modernes viennent rehausser les éléments d’origine.

Quantité d’archives sur l’architecture sont conservées dans la collection de BAC. La Direction générale des documents gouvernementaux conserve des documents d’anciens architectes du Dominion et des plans architecturaux d’autres bâtiments fédéraux. À la Direction générale des archives privées, la Section des sciences, de l’environnement et des affaires économiques conserve des documents sur des personnes et des organisations remarquables de l’extérieur du gouvernement. Ces deux collections sont conservées au Centre de préservation et dans d’autres installations d’entreposage de BAC.

Alors que nous célébrons le 20e anniversaire du Centre de préservation, le cinquantenaire du 395, rue Wellington et le 110e anniversaire du premier édifice des Archives du Dominion, souvenons-nous des bâtisseurs à qui nous devons ces merveilles architecturales.

Vous pouvez consulter 23 plans architecturaux de l’ancien édifice des Archives du Dominion dans la sous-série « Canada. Public Works Canada. Design and Construction. Architecture. Headquarters » (no MIKAN 3679391), qui correspond à la série « Chief Architect’s Office » (no MIKAN 133757).

Le fonds John Albert Ewart contient plusieurs dessins de cet architecte (no MIKAN 3934361). Les photos prises par Colborne Powell Meredith ont été numérisées et sont accessibles en ligne (no MIKAN 185464).

BAC possède le fonds de l’Institut royal d’architecture du Canada (no MIKAN 159689), qui contient des photos des membres fondateurs (no MIKAN 4873243). Pour en savoir plus : IRAC

Centre de préservation : Le saviez-vous?

— par Marie Léonet, agente principale en planification, Direction générale des opérations numériques, et Nathalie Ethier, directrice p. i., Direction générale des biens immobiliers

Le boulevard Wallot, au cœur du Centre.

La collection de globes terrestres conservée au Centre.

L’étang en bordure du Centre.

  • Lors de la construction du Centre de préservation, certains ont cru que ce nouvel édifice serait un hangar à avions. Intéressant, étant donné que deux Boeing 747 pourraient entrer sous son toit!
  • Le boulevard Wallot, dans l’enceinte du Centre, a été nommé en l’honneur de Jean-Pierre Wallot, archiviste national de 1985 à 1997. C’est pendant son mandat que le Centre a été construit, de 1992 à 1996. L’inauguration a eu lieu le 4 juin 1997, en présence du gouverneur général de l’époque, le très honorable Roméo LeBlanc.
  • L’architecture fascinante du Centre et la complexité de sa construction lui ont valu de faire la couverture de la revue Canadian Architect en février 1998. L’année suivante, le Centre a obtenu la Médaille du Gouverneur général en architecture.
  • De nombreux visiteurs de partout sur le globe ont visité le Centre : personnalités canadiennes et internationales, politiciens, artistes et chefs d’État venant entre autres de Suède, d’Irlande, des Pays-Bas, de France, de Suisse, des États-Unis, de Serbie, de Chine, de Corée du Sud, du Japon, du Rwanda, du Bénin, de Côte d’Ivoire, d’Afrique du Sud et d’Australie.
  • Parlant de globe, le Centre abrite une collection de 75 globes terrestres dont le plus ancien (œuvre de Mattheus Greuter, peintre et graveur allemand) date de 1695.
  • La plus ancienne pièce conservée au Centre est un document datant du 7 août 1453 : une bulle de Nicolas V annexant l’église française de Saint-Roman-de-Malegarde au prieuré de Roaix. Nicolas V, pape de 1447 à 1455 et grand humaniste, fonda la Bibliothèque vaticane.
  • Le Centre de préservation abrite non seulement des livres, des photos, des cartes, des œuvres d’art canadiennes et des timbres, mais également une immense collection numérique totalisant 5 pétaoctets, soit 5 millions de milliards d’octets! Ce contenu est préservé sur 5 000 cartouches de bandes linéaires ouvertes, dans des chambres fortes sécurisées et sous environnement contrôlé.
  • La chambre forte la plus froide est maintenue à -18°C afin d’empêcher la détérioration du matériel sur pellicule couleur (films et photographies).
  • Les documents ne passent pas leur vie sur les tablettes… Cinq commis à la circulation parcourent chacun une dizaine de kilomètres par jour pour faire circuler les articles de la collection demandés par le public de BAC. Ensemble, ils marchent chaque mois l’équivalent du trajet Gatineau-Fredericton!
  • Une archiviste du Centre y a découvert une affiche-programme de 1796 annonçant des pièces présentées au théâtre de Sydney, en Australie. Imprimé par George Henry Hughes sur les premières presses de la colonie de la Nouvelle-Galles-du-Sud, c’est le plus ancien document connu de ce pays. Il a été remis à l’Australie par le premier ministre Harper en 2007.
  • L’étang en bordure du Centre héberge une variété d’habitants : crapets-soleils, barbottes brunes, carassins et deux espèces de tortues. Assez étonnant, puisque cet « étang » est en fait un bassin de rétention d’eau!
  • D’autres espèces fauniques se promènent aux alentours de l’édifice : il est courant d’y croiser des bruants chanteurs, des carouges à épaulettes, des goélands à bec cerclé, des bernaches du Canada, des hérons ou même une rainette faux-grillon de l’Ouest, une espèce protégée par la Loi sur les espèces en péril.
  • Durant l’été 2016, un bateau a été aperçu sur l’étang. Une rumeur était née sur Facebook : plus de 1500 personnes ont cru que des gens pêchaient en plein cœur de Gatineau, alors qu’il s’agissait en réalité d’une étude technique!

Gatineau : notre plus grand chantier en 20 ans

— par Serge Corbeil, directeur général, Gestion des biens immobiliers

Vue aérienne du Centre de préservation à Gatineau. À droite, on aperçoit le site où sera construit Gatineau 2.
Photo : AGL Solution

Le Centre de préservation de BAC à Gatineau aura un nouveau voisin! Aux côtés de ce joyau de calibre international s’érigera un deuxième centre de préservation à la fine pointe de la technologie, qui protégera pour des siècles notre riche collection de documents analogiques. Ce centre, appelé pour l’instant Gatineau 2, sera le fruit d’un travail d’équipe sans égal : toutes les sphères de BAC contribueront à sa réussite. On s’affaire actuellement à mettre en œuvre son plan d’infrastructure. Consultez la page Installation de préservation Gatineau 2 pour suivre l’évolution du projet.

À n’en pas douter, Gatineau 2 constitue notre plus important chantier depuis 20 ans; en fait, depuis la planification et la construction du Centre de préservation actuel!

D’une superficie d’environ 11 000 mètres carrés, le futur centre ne portera pas ombrage à son grand frère, mais le complétera. Pensez à un vaste campus du savoir ceinturé de sites culturels et institutionnels : Maison de la culture, cégep, Centre sportif...

BAC renforcera ainsi son rôle de chef de file dans la communauté archivistique.

Ottawa : le cinquantenaire du 395, rue Wellington

— par Jennifer Roger, conservatrice, Direction générale des services au public

Plans architecturaux du rez-de-chaussée du 395, rue Wellington. Mathers & Haldenby, 1954. 
Source : e011166754

Le premier édifice abritant la Bibliothèque et les Archives nationales du Canada a ouvert ses portes le 20 juin 1967, au 395, rue Wellington à Ottawa. Chargé de préserver le patrimoine canadien, il accueille depuis un demi-siècle chercheurs et visiteurs.

Pour célébrer les 50 ans de l’édifice, on y présente cette année l’exposition Forts de notre histoire : 50 ans à préserver le patrimoine au 395, rue Wellington. L’exposition se tient à la salle Pellan depuis le mois de mai. Fruit de recherches poussées effectuées par le personnel de Bibliothèque et Archives Canada, elle survole l’histoire de l’édifice, son emplacement, sa conception, sa construction et son inauguration, tout en mettant en valeur ses splendeurs architecturales.

Les visiteurs pourront admirer des reproductions, ainsi que plusieurs originaux spécialement exposés pour l’activité Portes ouvertes Ottawa. Joignez-vous à nous pour commémorer l’ouverture de cet édifice emblématique!

Halifax : documents sur l'immigration

— par Leah Rae, archiviste, Direction générale des services au public

Immigrants à Halifax (Nouvelle-Écosse), 1948.
Source : no MIKAN 4751955

Dans le contexte politique actuel, l’immigration est un enjeu planétaire. Le Canada a toujours été une terre d’accueil pour les immigrants, depuis les Vikings qui se sont installés à Terre-Neuve en l’an 1000 jusqu’aux 25 000 réfugiés syriens que notre premier ministre a promis d’accueillir en 2016. Beaucoup de Canadiens comptent des immigrants dans leur arbre généalogique.

Bibliothèque et Archives Canada possède un grand nombre de documents textuels touchant l’immigration : recensements, documents fonciers, annuaires municipaux, registres des navires, listes de passagers, journaux intimes et autres, lettres, et bien plus. Il a aussi une vaste collection de photos et d’images en mouvement qui témoignent de l’expérience des immigrants. En nous inspirant de leurs histoires, nous pouvons mieux comprendre ceux et celles qui laissent tout derrière pour commencer une nouvelle vie dans une autre partie du monde.

Vancouver : documents fédéraux sur les autochtones

— par Caitlin Webster, archiviste, Direction générale des services au public

Carte d’irrigation de la réserve indienne no 1 de Dog Creek, juin 1928. Source : no MIKAN 4938670

Le déménagement récent de BAC à Vancouver nous a fourni une occasion en or d’examiner en profondeur nos fonds d’archives et d’évaluer les besoins en matière de conservation. En nous préparant à déplacer nos services de Burnaby à la Bibliothèque publique de Vancouver et dans la tour fédérale adjacente, nous avons ciblé les dossiers, les volumes reliés et les cartes nécessitant des mesures de conservation particulières. Les services régionaux de BAC les ont ensuite expédiés au Centre de préservation à Gatineau, où les équipes de préservation et de numérisation les ont traités et numérisés avant de les relocaliser. Les versions numérisées seront mises à la disposition des clients de BAC, et les originaux fragiles sont conservés de façon sécuritaire. On y retrouve notamment de la correspondance sur la chefferie et les élections, des carnets sur les terres de l’Okanagan, des cartes et des plans de réserves autochtones et des registres reliés de billets d’occupation.

Winnipeg : café-causerie de BAC

— par David Cuthbert, archiviste, Direction générale des services au public

Les participants au café-causerie de BAC tenu au bureau de Winnipeg, en compagnie de Guy Berthiaume et Normand Charbonneau. Photo : Katherine O’Connor

Le 28 février dernier, un café-causerie a rassemblé les employés du bureau régional de BAC à Winnipeg, le bibliothécaire et archiviste du Canada Guy Berthiaume et le chef de l’exploitation Normand Charbonneau. Ces rencontres, lancées pour faciliter la communication entre le personnel et la direction, prennent la forme de discussions informelles sur divers thèmes, comme les meilleurs moyens de servir le public canadien ou la façon dont les employés voient l’avenir de BAC. Stimulés par le café et les rafraîchissements abondants, les participants ont abordé plusieurs sujets, dont la mobilisation du personnel et la façon de mieux arrimer le bureau de Winnipeg avec les autres bureaux de BAC. MM. Berthiaume et Charbonneau ont insisté pour indiquer que BAC est une institution nationale, et que tous ses bureaux jouent un rôle essentiel pour rendre ses services accessibles d’un océan à l’autre.

Rencontre Wallot-Sylvestre : Comment les bibliothèques forment-elles de meilleurs citoyens?

— par Zeïneb Gharbi, analyste principale p. i., Recherche stratégique et politique

Alberto Manguel, directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine.

L’année 2017 a commencé en grande à Bibliothèque et Archives Canada, avec la visite, le 11 janvier, d’Alberto Manguel, écrivain, traducteur et critique argentino-canadien et directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine.

Dans une conférence inspirante, M. Manguel a présenté les bibliothèques comme des lieux de justice, qui donnent aux citoyens des chances égales de développer leur esprit politique et critique. À ses yeux, les bibliothèques nationales sont des cliniques de l’âme et des laboratoires d’expérimentation. Établissant une analogie avec la bibliothèque d’Alexandrie (qui, même si on la connaît peu, sert de modèle de bibliothèque idéale dans l’imaginaire collectif), il a défini ainsi le rôle des bibliothèques nationales :

  • être ouvertes à tous, donc s’adapter à leurs usagers
  • former de nouveaux usagers (convertir les non-lecteurs en lecteurs) et garder ceux qu’elles ont déjà
  • faire aimer les livres – et les lectures différentes – aux citoyens, notamment avec la collaboration des enseignants
  • avoir des collections qui couvrent toutes les sphères culturelles, pour nourrir l’imagination de tous
  • garantir l’accessibilité de leurs collections pour créer des modèles sociaux justes et équitables

Bref, selon celui qui fut le lecteur attitré de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, les bibliothèques nationales sont des ateliers de création où les citoyens peuvent trouver des repères pour imaginer un monde meilleur, explorer et essayer, échouer et essayer de nouveau.

La visite de M. Manguel coïncidait avec la signature d’une entente de collaboration entre la Bibliothèque nationale d’Argentine et Bibliothèque et Archives Canada, dans le cadre de laquelle les deux institutions se sont entendues pour partager des ressources numériques, mettre sur pied un programme d’échanges pour les bibliothécaires et organiser des événements conjoints.

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