Un visage, un nom et le Nord canadien

Photo d'une jeune fille inuite portant un enfant dans un porte-bébé, Taloyoak (anciennement SpenceBay), Nunavut, vers 1961001 : Un visage, un nom et le Nord canadien
Le 9 février 2012

Écoutez maintenant [17,8 Mo, durée: 22:10]

Vous êtes-vous déjà interrogé sur les visages non identifiés sur vos vielles photos de famille? Qu'arriverait-il si toute une communauté avait été photographiée, mais jamais identifiée? C'est ce qui est arrivé dans le Nord canadien au cours du dernier siècle. Aujourd'hui, nous vous présentons Un visage, un nom, un projet d'identification de photos fondé sur la participation communautaire, lancé en 2004 par Bibliothèque et Archives Canada.

Abonnez-vous à notre fil RSS ou iTunes afin de recevoir des nouvelles émissions régulièrement.
Icône RSS RSS   Icône iTunes iTunes

Liens connexes :
   
Un visage, un nom
 
Envoyez vos questions et commentaires à : BAC.Balados-Podcasts.LAC@canada.ca

Transcription de fichier balado

Un visage, un nom et le Nord canadien


Angèle Alain : Bienvenue à Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : Votre Histoire, Votre patrimoine documentaire. Ici Angèle Alain, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos chambres fortes, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

Vous êtes vous déjà demandé qui sont ces inconnus qui figurent sur vos vieux portraits de famille? En général, on peut le découvrir assez facilement. Mais que faire lorsque les photos représentent toute une collectivité de personnes qui n'ont jamais été identifiées? C'est ce qui est arrivé dans le Nord canadien au cours du dernier siècle. Aujourd'hui, nous vous ferons découvrir Un visage, un nom, un projet d'identification de photos fondé sur la participation communautaire, lancé en 2004 par Bibliothèque et Archives Canada.

Nous nous entretenons aujourd'hui avec Beth Greenhorn, la gestionnaire de projet responsable d'Un visage, un nom. Mme Greenhorn dirige l'équipe derrière cette initiative permanente, qui est menée en étroite collaboration avec différents partenaires. Elle nous parlera d'Un visage, un nom, des projets d'expansion et de la façon dont les Canadiens peuvent y participer.

Bonjour, Beth, et merci d'être ici avec nous. Parlez nous un peu de la façon dont le projet Un visage, un nom a vu le jour.

Beth Greenhorn : Le projet Un visage, un nom a débuté en 2001. Au départ, c'était l'idée de Murray Angus, qui est animateur au programme de formation Nunavut Sivuniksavut, un programmecollégial établi à Ottawa pour les jeunes du Nunavut. Ces vingt dernières années, Murray et d'autres animateurs du programme ont emmené leurs élèves à Bibliothèque et Archives Canada pour qu'ils puissent faire des recherches dans les catalogues sur fiches de notre section de référence, afin de trouver des photos de leurs communautés et, parfois, des portraits de famille qu'ils pouvaient rapporter chez eux à Noël.

AA : Et c'était avant le début d'Un visage, un nom.

BG : Le projet a été proposé par Murray, en grande partie parce que la plupart des Inuits sur les photos de notre collection n'étaient pas identifiés. Plusieurs de ces photos ont été prises entre le début des années 1900 et les années 1920, mais certaines ont aussi été prises dans les années 1960 et 1970. Murray y a vu un moyen de rapprocher les générations au sein des communautés inuites. La majorité des jeunes Inuits d'aujourd'hui ne parlent pas l'inuktitut, qui est leur langue maternelle, et la génération plus âgée ne parle pas l'anglais, ce qui crée un fossé. Murray avait aussi proposé le projet parce que bien des jeunes, en plus de ne pas maîtriser leur langue maternelle, ne comprennent pas et ne connaissent pas leur passé; cela ne fait pas partie de leur programme d'études. En examinant ces vieilles photos, la jeune génération peut converser avec la génération plus âgée tout en découvrant son histoire. C'est une façon de jeter des ponts entre elles.

AA : Voici maintenant Frank Tester, de l'Université de la Colombie Britannique, qui vient nous parler de l'importance que peuvent avoir les documents archivistiques et historiques dans notre quotidien.

Frank Tester
: Il faut comprendre que nous sommes en présence d'une génération de jeunes qui ne connaissent pas leur propre histoire. Ils ne savent pas ce qui s'est passé dans les années 1940, 1950, 1960, voire 1970. J'essaie de changer la situation – ces efforts dérivent de mon travail avec les ressources archivistiques de Bibliothèque et Archives Canada. Je suis conseiller auprès d'un comité du ministère de l'Éducation du Nunavut, qui est en train de revoir le programme d'études de la 7e à la 12e année. Notre objectif est de mieux adapter ce programme à la réalité des Inuits. Par exemple, à Arviat, la communauté à laquelle appartiennent les jeunes avec qui je travaille, environ 35 % de la population a été évacuée au Sud pendant l'hiver 1962-1963, à cause d'une épidémie de tuberculose. Pour les jeunes Inuits, connaître et comprendre en détail les raisons d'un tel événement, les mesures qui ont été prises et ce qui s'est passé, est beaucoup plus important que d'apprendre les détails de la guerre d'indépendance aux États Unis. Ce que j'essaie de dire, c'est que le programme d'études qui encadre l'enseignement des sciences sociales au Nunavut, et qui a été emprunté à l'Alberta, n'a rien à voir avec les jeunes Inuits. C'est l'une des raisons, et certainement pas la seule, pour lesquelles les jeunes Inuits décrochent. Rien dans ce programme d'études ne les concerne, rien ne parle d'eux; d'où l'importance de l'adapter à la réalité des Inuits. Ici encore, les ressources documentaires de Bibliothèque et Archives Canada sont absolument essentielles pour remanier le programme. Le moment est propice pour utiliser cette mine d'outils. C'est un bon exemple de l'utilité et de la grande importance des ressources archivistiques en éducation. Il ne s'agit pas simplement d'instruire, mais de créer quelque chose qui intéresse les jeunes Inuits, qui les motive et, par le fait même, qui permet de lutter contre plusieurs problèmes sociaux très graves que nous vivons au Nunavut, où le taux de suicide chez les jeunes hommes de 13 à 25 ans est le plus élevé au monde. Cela se rapporte à ce que j'appellerais, de manière plus scientifique, les problèmes de nature « existentielle ». Les problèmes associés au sens et à la pertinence, au fait de se sentir perdu et de ne pas savoir qui on est, de ne pas connaître sa propre culture et de ne pas avoir une identité vous rendent plus sensibles à n'importe quel message négatif qui circule, comme par exemple les bêtises véhiculées à la télévision pour vous faire croire que vous devez utiliser telle lotion après rasage ou porter telle marque de vêtements si vous voulez être beau. Si on ne sait pas qui on est, on est sensible à tous ces messages, ce qui peut être vraiment dévastateur. Je n'exagère pas quand je dis que les ressources qui sont ici, les documents historiques, et l'importance de les diffuser et de donner aux jeunes Inuits une idée de leur identité, de leur histoire, de leur passé, de ce qu'ont vécu leurs aînés, de qui ils sont, contribuent vraiment à lutter contre ce type de problèmes psychologiques et sociaux, et contre ces préoccupations en matière de santé mentale. Les gens pensent que les archives sont des endroits poussiéreux où l'on emmagasine des objets au cas où ils serviraient un jour à quelqu'un, quelque part. Eh bien, il faut les voir d'un autre œil; les archives sont concrètement très utiles pour lutter contre des problèmes sociaux très graves et contemporains. C'est à cet aspect que je m'intéresse.

AA : Le projet Un visage, un nom a maintenant presque 10 ans; parlez nous de ce qui a été fait jusqu'ici.

BG : Le projet a beaucoup évolué ces dix dernières années. Comme je l'ai déjà dit, l'idée du projet a germé en 2001. À l'hiver 2002, nous avions numérisé 500 photos faisant partie de la collection Richard Harrington. M. Harrington était un photographe de Toronto qui a fait quatre voyages dans l'Arctique, et dans ce qui est aujourd'hui le Nunavut, à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Il se consacrait surtout au portrait, et les photos qui font partie de sa collection ici représentaient un bon point de départ. Elles ont été prises il y a environ 50 ans, et ce sont des portraits en gros plan. Donc, la probabilité qu'on puisse aujourd'hui reconnaître ces gens et se souvenir d'eux était très élevée. Et de fait, 75 % des personnes sur les photos ont été identifiées au cours des premières rencontres entre les jeunes et les aînés qui les ont examinées.

AA
: Oui, je dirais bien que c'est un succès.

BG : Un très grand succès! Quand le projet a commencé, je crois qu'on s'attendait à ce que les gens puissent identifier un certain nombre de personnes sur les photos, mais pas à ce que le nombre soit aussi élevé.

AA : Donc, vous disiez que 500 photos ont été numérisées au début du projet. Aujourd'hui, en 2011, combien de photos, d'après vous, ont été numérisées pour Un visage, un nom?

BG : e vais préciser ce que je viens de dire. L'exposition sur le Web a été lancée en octobre 2004 et comporte une base de données. Ces dix dernières années, nous avons enrichi cette base de données. Nous avons commencé par les 500 photos de Richard Harrington, et, aujourd'hui, nous avons environ 6 000 images qui sont accessibles au public.

AA
: Donc, Bibliothèque et Archives Canada a une collection de photos encore plus grande; nous avons pu en numériser environ 60 000, et 10 % de ces photos font partie du projet Un visage, un nom.

BG : Yes.

AA : À partir de ces 6 000 photographies, combien de personnes ont été identifiées d'après vous?

BG : Je dirais qu'environ 1 700 personnes ont été identifiées grâce au projet.

AA : D'accord. Ces personnes peuvent figurer sur des photos de groupes?

BG : Oui, c'est bien ça.

AA : Une personne peut parfois figurer sur différentes photos, et vous pouvez identifier cette personne dans plus d'une photo?

BG
: Oui. Dans la mesure du possible, lorsqu'une personne figure sur plus d'une photo, nous avons essayé d'établir des liens entre les photos. Quand c'est possible, nous ajoutons un lien dans un champ différent pour lier deux photos, ou pour indiquer que des membres de la communauté inuite ont reconnu quelqu'un, ont fourni d'autres renseignements sur la personne ou ont établi des liens familiaux. Par exemple, un père ou une mère peut figurer sur une photo et son fils ou sa fille peut apparaître sur une autre, ou un demi frère, ou quelqu'un d'autre. Nous nous fions en grande partie à ce que savent les Inuits pour établir ces liens globaux et rendre l'information accessible.

AA : Je pense que ce projet a eu un impact considérable sur la communauté inuite. Avez-vous constaté des effets tangibles?

BG : Au fil des ans, j'ai eu des conversations et j'ai dialogué avec des Inuits – par courriel, par téléphone et en personne. La réaction de la collectivité a été extrêmement favorable. Un grand nombre de personnes dans ces communautés du Nord ne savaient pas que nous avions ces collections de photos. Les photographes qui sont allés dans le Nord, à ce que je sache, ont rapporté leurs films ici et les ont développés à Ottawa ou dans la ville où ils vivaient.

AA : Donc, les Inuits n'avaient jamais vu les photos?

BG : Non.

AA : Ils ont vu quelqu'un arriver, prendre des photos et repartir?

BG : C'est exact. Ou leurs grands parents ou parents ont vu les photos des personnes, mais ignoraient totalement que des photos avaient été prises. Le fait de rendre les photos accessibles aux membres de la famille et aux descendants de personnes qui sont décédées depuis longtemps a permis aux Inuits de renouer avec ces aspects de leur passé. Donc, la réaction, lorsque des gens ont pu faire le lien avec les images, était vraiment émouvante.

AA : Voici maintenant Curtis Konek, membre du NanisiniqArviat History Project, qui nous livre ses impressions après avoir découvert la photo de sa grand mère lors d'une récente séance d'identification de photos à Bibliothèque et Archives Canada.

Curtis Konek : J'ai vu quelques photos de la famille de ma grand mère, et de ma grand mère elle même, que je n'avais jamais vues auparavant. C'était formidable. J'étais heureux de voir ma grand mère à un aussi jeune âge.

Frank Tester : Pensons aux différences culturelles. Les photos font partie de notre vie, en très grande quantité et depuis si longtemps que nous les tenons pour acquises. Tout le monde a des photos de sa famille sur le réfrigérateur, et c'est merveilleux et important; une photo de vos parents trône sur la commode de votre chambre à coucher, et ainsi de suite. Cependant, les Inuits, et surtout les aînés, réagissent de façon très différente aux photos. Ils n'ont pas de photos de leurs grands parents prises dans les années 1940 ou 1950 parce qu'ils n'avaient alors pas d'appareils photo, ou du moins, peu d'entre eux en avaient. Donc, lorsqu'un aîné vient à Bibliothèque et Archives Canada et voit des photos de lui même ou de ses parents ou grands parents, c'est à la fois banal et très important. En fait, c'est une drôle de coïncidence parce que j'ai demandé à Martha, il y a quelques minutes, ce qu'elle ressentait après avoir vu des diapositives et des photos de sa famille. Elle m'a regardé avec un grand sourire et a dit : « Ça me rend heureuse ». C'est tout. C'est très facile de banaliser la situation, en soi, en raison des problèmes réels que connaissent les communautés inuites, comme le logement, les conditions de vie, l'emploi. Dans certaines communautés, le taux de chômage chez les jeunes atteint 60 % à 70 %. Il y a aussi ce problème de suicide que j'ai mentionné, et des problèmes de santé mentale de gravité variable. Veiller à ce que les gens des communautés aient accès aux ressources qui contribuent à leur bien être mental et les rendent heureux, ce n'est pas rien. Dans ce contexte particulier, c'est très important; nous disposons ici d'un grand nombre de ressources qui peuvent contribuer considérablement à apporter du bonheur. Il ne faudrait surtout pas en sous estimer l'importance.

BG : En novembre 2008, j'ai eu l'occasion de me rendre dans la collectivité de Rankin Inlet, au Nunavut. C'est sur la côte ouest de la baie d'Hudson. Avec l'aide de plusieurs personnes de la communauté, nous avons organisé deux séances d'identification de photos. L'une d'elles a eu lieu dans l'après midi, au centre d'éducation des adultes, avec environ 16 aînés qui avaient été spécialement invités. En soirée, une activité communautaire de plus grande envergure s'est tenue à l'hôtel. Nous avions fait diffuser des messages à la radio locale et placardé des affiches dans la communauté, à la coopérative et dans divers lieux publics, pour inviter toute la population à se joindre à nous pour identifier les personnes figurant sur les photos. Ce fut l'une des expériences les plus émouvantes que j'aie vécues. J'en parle, et j'ai la chair de poule; j'ai vraiment la chair de poule! Parmi les 80 à 90 personnes qui ont participé à l'activité, il y avait des jeunes, des gens d'âge moyen, des aînés qui ne parlaient pas du tout l'anglais. J'avais avec moi une femme exceptionnelle, Mary Rose, qui était mon interprète, et elle a inscrit les noms de personnes pendant environ sept heures cette journée là.

AA : Pouvez vous dire combien de personnes ont été identifiées quand vous étiez là?

BG : En fait, oui. Quand je suis rentrée à l'hôtel, dans la soirée, j'ai fait le calcul. J'avais environ 500 photos avec moi pour le voyage, des copies. De 225 à 230 personnes, environ, ont été identifiées sur 130 photos, à la suite des deux séances tenues cette journée là.

AA : C'est très impressionnant.

BG : Oui, c'était incroyable. J'ai été particulièrement touchée par la séance de la soirée. À l'hôtel, ça riait; c'était bruyant, et les gens parlaient et pleuraient, mais riaient aussi. Ce fut une expérience particulièrement réconfortante de voir autant de gens se remémorer des personnes grâce aux photos.

AA
: Et renouer les uns avec les autres!

BG : Oui.

AA : Beth, je sais que vous avez rencontré des jeunes et des aînés récemment, en mai 2011. Parlez nous du projet auquel ils travaillaient et des raisons pour lesquelles ils étaient à Bibliothèque et Archives Canada.
 
BG : Certainement. En septembre 2009, le Nanisiniq Arviat History Project a été lancé, et Bibliothèque et Archives Canada était l'un des partenaires. Donc, les gens qui sont venus à Ottawa en mai 2011 faisaient partie d'une équipe de recherche issue de la communauté d'Arviat, au Nunavut. J'ai trouvé très intéressant le fait qu'ils menaient des travaux de recherche en se basant surtout sur nos collections de photos. Leur travail consistait à créer une vidéo et un blogue multimédia, et d'autres documents en ligne. L'équipe voulait reconstituer l'histoire de leur communauté, en partie au moyen de documents d'archives dans notre collection, de documents contemporains et d'entrevues avec des aînés, afin de réécrire et de représenter l'histoire de leur communauté d'un point de vue inuit.

AA : Et maintenant, je cède la parole à Amy Owingayak, du Nanisiniq Arviat History Project.

Amy Owingayak : Je m'appelle Amy Owingayak. Je fais partie du Nanisiniq Arviat History Project, et j'ai commencé il y a environ un an. Je me suis toujours demandé à quoi ressemblait ma famille et s'il était important de connaître les membres de sa famille; ce fut fantastique de voir une photo de lui [son arrière-grand père]. C'est toujours bon de manifester du respect lorsqu'on découvre un pan de son histoire. Donc, chaque fois que j'en apprends davantage, j'ai davantage de respect et de fierté à l'égard de mon appartenance à la communauté inuite. Je respecte plus les aînés qu'auparavant parce que je ne savais rien de leur histoire. Quand on connaît son passé, on sait davantage qui on est vraiment et d'où on vient.

AA : Parlez nous de l'avenir du projet et des prochaines étapes.

BG : Jusqu'à maintenant, le projet et le rassemblement des données étaient surtout une communication à sens unique. Des gens ont communiqué avec nous par courriel, en personne et autrement, pour nous envoyer l'information et les noms de personnes sur les photos, et nous avons ajouté le tout à la base de données.

AA : Et affiché le tout en ligne.

BG : C'est exact. Mais ce qui est excitant, c'est que, au cours des prochains mois, nous prévoyons utiliser les nouveaux médias sociaux, ce qui permettra aux gens d'ajouter des noms et d'autres informations directement en ligne. De plus, nous élargissons la portée du projet au delà du territoire du Nunavut. Par le passé, nous avons concentré nos efforts exclusivement sur le Nunavut, parce que notre premier partenaire était le programme de formation Nunavut Sivuniksavut et que celui ci travaillait en étroite collaboration avec le gouvernement du Nunavut et le ministère de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse. Dans les prochaines étapes du projet, nous avons déjà numérisé une collection qui concerne le Nunavik, dans le Nord-du-Québec, la région de la baie d'Ungava, Iqaluit et Baker Lake, qui est aujourd'hui dans le Nunavut, mais également Aklavik, dans les Territoires du Nord Ouest. Donc, les documents en question seront lancés plus tard à l'automne 2011. Nous aurons une application qui permettra aux gens d'ajouter directement de l'information, qui sera ensuite diffusée. Ça sera un peu comme Facebook, où les gens peuvent référencer des photos; donc davantage de photos peuvent être identifiées, et les gens peuvent se retrouver.

AA : Donc, tout le monde peut y aller et inscrire des commentaires au sujet des photos? Pas seulement les Inuits, mais n'importe quelle personne au Canada qui détient de l'information au sujet d'une photo donnée, du contexte dans lequel la photo a été prise, de la personne sur la photo? Seulement inscrire des commentaires? J'imagine que les gens auront probablement aussi des discussions sur les photos. Tout cela sera possible?

BG : Exactement. Et ce qui est merveilleux avec ce projet, c'est qu'il intensifiera notre présence sur le Web, dans la communauté virtuelle. En plus des Inuits qui tentent d'identifier les personnes sur les photos, toute une collectivité de chercheurs s'intéresse au Nord et travaille très étroitement avec les Inuits depuis des décennies. Ces chercheurs ont une foule d'informations et de connaissances qu'ils peuvent diffuser et accoler aux photos pour rendre celles ci encore plus précieuses pour les générations à venir qui s'intéressent au Nord, aux personnes sur les photographies, etc. Donc, cette nouvelle orientation du projet est particulièrement intéressante et très stimulante.

Frank Tester : Voilà un bon exemple de projet qui est mené dans la communauté et qui revêt un sens et une importance véritables pour les Inuits. Le projet aide les Inuits à découvrir leur histoire, leur culture, leurs familles, leurs ancêtres; il rend les gens heureux. C'est vraiment important de mettre un nom sur les visages, et c'est l'essence du projet Un visage, un nom. C'est pourquoi Bibliothèque et Archives Canada doit aller dans les communautés avec les photos et trouver des aînés et d'autres personnes qui peuvent identifier les gens. Cette activité comble le fossé qui sépare une partie très importante de la communauté canadienne, c'est à dire les Inuits du Nunavut et de l'Arctique de l'Est, et Bibliothèque et Archives Canada. Que demander de plus? C'est exactement le genre d'activités qu'il faut avoir de plus en plus; à certains égards, le projet Un visage, un nom fait œuvre de pionnier.

AA : Vous avez raison. Le projet Un visage, un nom est vraiment un exemple d'initiative fructueuse d'intervention auprès de la communauté, dans laquelle les collections de Bibliothèque et Archives Canada jouent un rôle essentiel. Merci à Beth de nous avoir transmis une partie de ses connaissances et de ses expériences au sujet du projet Un visage, un nom.

BG : Je vous remercie. J'ai bien aimé notre conversation.

AA : Pour en savoir plus sur le projet Un visage, un nom, rendez vous sur le site www.collectionscanada.gc.ca/inuit/index-f.html.

AA : Merci d'avoir été des nôtres. Ici Angèle Alain, votre animatrice. Vous écoutiez Découvrez Bibliothèque et Archives Canada – votre fenêtre sur l'histoire, la littérature et la culture canadiennes. Je remercie nos invités d'aujourd'hui, Beth Greenhorn, Frank Tester, Amy Owingayak et Curtis Konek.
 
Pour plus d'information sur nos balados ou si vous avez des questions, commentaires ou suggestions, veuillez nous visiter à www.bac-lac.gc.ca/fra/nouvelles/balados.
 
Date de modification :