Le trèfle et la fleur de lys

Photographie en noir et blanc d’une foule entourant un monument comportant une grande croix celtique.003 : Le trèfle et la fleur de lys
 

Le 22 juin 2012

Écoutez maintenant [32,1 Mo, durée : 41:55]

Dans cette émission, un groupe d’experts discute de l’arrivée massive d’immigrants irlandais au Québec dans les années 1800, de leur périple pour entreprendre une nouvelle vie en terre étrangère, et du lien culturel qui s’est établi entre les Irlandais et les Québécois.

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Le trèfle et la fleur de lys

Angèle Alain : Bienvenue à Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : Votre Histoire, Votre  patrimoine documentaire. Ici Angèle Alain, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les  trésors que recèlent nos collections numériques, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

La baladodiffusion que vous vous apprêtez à écouter porte sur l’immigration irlandaise, un des thèmes pour lequel BAC possède plusieurs ressources qui vous seront utiles si vous voulez en savoir davantage.

De celles-ci, vous noterez trois bases de données se trouvant sur notre site Web. L’une d’elles portent sur la station de quarantaine de Grosse-Île, et les deux autres se nomment, respectivement, « Immigrants pour le Canada » et « Montreal Emigrant Society Passage Book ». Cette dernière base de données a un titre en anglais, n’ayant pas d’équivalent en français. Tout le matériel dans ces bases de données est bilingue.

Des milliers de documents et matériaux de tout genre sont accessibles par l’entremise de notre site Web. Ces outils illustrent l’objectif de BAC de permettre à davantage de Canadiens d’avoir accès au contenu des collections constituant le patrimoine documentaire canadien en ligne.

Nous vous invitons aussi à découvrir nos « Trousses en ligne sur le patrimoine de l’immigration » qui vous permet d’avoir un accès facile et direct au contenu numérique sur l’immigration. Chaque trousse contient de l’information propre à un groupe communautaire ethno-culturel, qui vous permet d’accéder à des photographies, des œuvres d’art, des textes, de la musique et tout autre matériel disponible et associé à ce groupe.

Pour en savoir davantage sur les recherches généalogiques que vous pouvez faire à BAC, veuillez consulter le site de BAC à www.bac-lac.gc.ca. Sur cette page, choisissez Généalogie et histoire familiale, ensuite cliquer sur Quoi chercher : Sujets et groupes ethno-culturels et autochtones, puis choisissez Irlandais.

Sur ce, bonne écoute!

De plus en plus de Canadiens prennent le temps de faire des recherches pour bâtir leur arbre généalogique. Ce faisant, ils lèvent le voile sur l’arrivée de leurs ancêtres au Canada.

Nous sommes plusieurs à découvrir que nous possédons des racines irlandaises, et que c’est le port de Québec qui a d’abord accueilli nos ancêtres venus vivre au Canada. Au 19e siècle, des millions d’immigrants sont arrivés en territoire canadien, dont une grande proportion d’Irlandais. Plusieurs se sont établis au Québec, tandis que pour d’autres, arrivés en moins bonne santé, cette province est devenue le lieu du dernier repos.

Dans cet épisode, un groupe d’experts discutera de l’immigration massive des colons irlandais au Québec dans les années 1800, de la traversée bouleversante qu’ils ont entreprise pour venir commencer une nouvelle vie en terre étrangère, et du lien culturel durable qui s’est établi entre les Irlandais et les Français au Québec.

Aujourd’hui, nous nous entretenons avec Sylvie Tremblay, gestionnaire. Généalogiste de métier, Sylvie apporte de nombreuses années d’expérience en recherche généalogique à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Sylvie nous fait découvrir la vie d’immigrants irlandais au Québec et précise comment nous pouvons approfondir nos connaissances grâce aux ressources à BAC.

AA : Nous savons que le 19e siècle est une période d’immigration massive vers le Canada. Mais qu’est-ce qu’on sait vraiment des Irlandais? Pourquoi ils sont arrivés ici en si grand nombre?

Sylvie Tremblay : On estime qu’il y a environ 1,2 million d’Irlandais qui sont venus au Canada entre 1825 et 1970. Mais la moitié de ce nombre, c’est-à-dire 600 000 personnes, est venue entre 1831 et 1850. On sait que ce groupe ethnique, au début du 20e siècle, était le second en importance. Et aujourd’hui, selon les chiffres du Recensement de 2006, c’est le 4e groupe ethnique en importance au Canada.
Un exemple : pendant l’année 1847 (l’année de la Grande Famine en Irlande), il y a 90 000 personnes qui sont venues, qui sont arrivées au port de Québec. Les raisons de leur venue sont les mêmes que pour d’autres immigrants, c’est-à-dire qu’ils cherchaient de meilleures conditions de vie; ils voulaient améliorer leur sort. Il y en a pour qui c’était l’aventure — l’aventure de la nouveauté —, mais dans le cas des Irlandais, c’est vraiment à cause des conditions de vie difficiles en Irlande, du manque de terres cultivables. Puis il y a eu la fameuse Grande Famine. Alors vraiment, ces gens-là étaient pauvres…

AA : Et désespérés, probablement?

ST : Désespérés. Ils venaient ici, au Canada, dans l’espoir d’une vie meilleure. Leurs conditions de vie étaient difficiles à leur arrivée; et ce qui a fait la différence au Canada, c’est qu’il y avait ce qu’on appelle des sociétés charitables envers les immigrants. Des gens bien nantis qui n’hésitaient pas à leur donner un coup de main, à les appuyer financièrement durant les premières années de leur vie au Canada.

AA :Donc, je suis Irlandaise et j’arrive ici au 19e siècle. Qu’est-ce qui m’arrive?

ST : Bon, vous arrivez, mais vous êtes malade.

AA : D’accord.

ST : Parce que dans le cas des immigrants au 19e siècle, surtout des Irlandais et des gens en provenance des îles britanniques… Il faut comprendre qu’au 19e siècle, au Canada, il y a beaucoup de coupe forestière. Le Canada fournit à l’Europe du bois pour construire des bateaux. Donc, au Canada, on fait beaucoup de coupe forestière et on envoie des bateaux en Europe, pleins de billots de bois. Ces bateaux, il faut qu’ils reviennent au Canada…

AA : Avec des gens…

ST : Avec des gens. Les immigrants, les pauvres immigrants, constituent le ballast dans les bateaux, en fin de compte. Ils font le poids. Alors ce ne sont pas des bateaux, de beaux paquebots avec des cabines, etc. Ce sont vraiment des…

AA : Première classe, deuxième classe…

ST : Il n’y a même pas de classe.

AA : C’est ça.

ST : Tout le monde est dans la cale, comme on dit.

AA : D’accord.

ST : Alors imaginez un peu les conditions de voyage : c’est affreux! Et des maladies se développent.

AA : Et puis ça prend des semaines et des semaines, j’imagine, pour se rendre?

ST : D’habitude, un voyage en voilier (parce qu’il n’y a pas encore de navires à vapeur, dans les années 1850) — un voyage en voilier, si les conditions sont bonnes, prend de 6 à 8 semaines, dans des conditions de promiscuité qui sont…

AA : Il n’y a pas de toilettes.

ST : Non, il n’y a pas de toilettes. Tout le monde vit ensemble, c’est… On comprend que les gens soient malades.

AA : Oui.

ST : On sait, par exemple, que 1847 est une année particulière, parce qu’en plus il y a eu l’épidémie de typhus. En 1847, on sait qu’il y a à peu près 90 000 personnes qui sont arrivées au port de Québec; et de ce nombre, 17 000 sont décédées. C’est donc presque 20 % de tous les immigrants qui sont décédés à leur arrivée à Québec. C’est énorme. Ça démontre vraiment quelles étaient les conditions de voyage.

AA : Et puis, est-ce que les immigrants arrivent directement au port de Québec?

ST : Quand on arrivait au Québec (ou à Québec même), jusqu’en 1832, les arrivées se faisaient à Québec. Les gens étaient hébergés dans des baraques de la basse-ville de Québec, et par la suite se dirigeaient souvent vers l’intérieur du continent. Beaucoup ont choisi de rester au Québec à cause de la religion. La plupart des immigrants irlandais étaient catholiques, et le Québec canadien-français était…

AA :… catholique.

ST : Les traditions catholiques, la religion catholique : la religion joue un rôle important dans la vie de tous les jours. Alors à cause de ces affinités religieuses, beaucoup d’Irlandais ont décidé de rester au Québec. Jusque vers 1825-1826, la ville de Québec est capable d’absorber l’arrivée des immigrants. Par contre, vous avez le choléra, une maladie très infectieuse qui apparaît aux Indes en 1826. La maladie commence à se propager et atteint l’Europe vers les années 1830. Les autorités de la ville de Québec sont au courant que le choléra s’en vient. Ils se doutent que le choléra va…

AA :… arriver en bateau.

ST :… Éventuellement arriver en Amérique du Nord. Ils ont peur que l’épidémie se répande parmi les habitants réguliers de la ville. Donc, pour prévenir les décès, ou même la maladie ou l’épidémie, on se dit que ça serait bon d’établir une station de quarantaine. Dans le fleuve Saint-Laurent, en amont de Québec, il y a plusieurs îles, dont la Grosse-Île, qui était à ce moment-là une propriété privée. Elle appartenait au notaire Bernier, et le gouvernement va la réclamer pour en faire une station de quarantaine gérée par les militaires.

AA : Le représentant de Parcs Canada, Jo-Anick Proulx, se joint à nous de la ville de Québec. M. Proulx travaille au lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais. Aujourd’hui, il relate certains faits historiques liés à l’île, il nous explique sa signification et son importance symbolique pour les Irlandais.

Jo-Anick Proulx : La Grosse-Île est une station de quarantaine qui a été ouverte entre 1832 et 1937. C’est la station de quarantaine du port de Québec. À cette époque, pendant ce siècle d’immigration, le port de Québec est le principal point d’entrée au Canada. Il est même un des cinq plus gros ports au monde, compte tenu de la construction navale qu’on y retrouve. Plusieurs immigrants arrivent d’Europe et se dirigent vers le port de Québec, et certains peuvent être porteurs de maladies contagieuses. Alors dès 1832, les autorités britanniques décident d’ouvrir une station de quarantaine, préalable à l’arrivée au port de Québec. Il faut comprendre que la Grosse-Île est à 48 kilomètres en aval du port de Québec, donc on passe naturellement devant avant d’arriver. Et c’est sur cette île qu’on va établir les installations de la station de quarantaine, qui vont évoluer énormément, évidemment, à travers le temps — que ce soit en fonction des découvertes médicales, des avancées technologiques, du type d’immigrants ou des maladies diagnostiquées à bord des navires.

AA : D’accord. Donc il y a vraiment une différence entre le port de Québec et la Grosse-Île?

JP : Il y a une différence fondamentale. Il faut toujours relativiser la Grosse-Île par rapport au port de Québec. Comme je vous le disais, le port de Québec est la destination finale des immigrants. C’est là, notamment, que les immigrants vont pouvoir s’enregistrer au bureau des douanes et au bureau d’immigration. Pour ce qui est de la Grosse-Île, on peut considérer que c’est un hôpital sur une île.

AA : Pouvez-vous nous expliquer un peu à quoi pouvait ressembler la vie à la Grosse-Île?

JP : En fait, il faut comprendre qu’il y a deux réalités à la Grosse-Île. Je vous dirais qu’il y a la réalité des employés de la station de quarantaine, et il y a la réalité des familles. À partir des années 1870, il y a un village permanent, même pendant l’hiver, où vous avez des résidents — des gens qui sont employés de la station de quarantaine et qui peuvent demeurer avec leur famille sur les lieux. Pour ce qui est de la réalité quotidienne à la Grosse-Île, il faut s’imaginer qu’on a des médecins et des infirmières qui vont procéder aux différents soins médicaux, poser les diagnostics, passer et faire les inspections médicales — parce que même les gens en santé, deux fois par jour, sont soumis à un examen médical pour s’assurer qu’ils ne développent pas de maladie pendant leur séjour en quarantaine.

Dans le secteur ouest de la Grosse-Île, on va retrouver les bâtiments pour les gens bien portants. À une certaine époque, ça sera ce qu’on appelle des « sheds à immigrants », des bâtiments sur pilotis en bois pour accueillir de façon temporaire les gens en santé. Et ça va se transformer au rythme des modifications dans les transports; on aura ensuite des hôtels de première, de deuxième et de troisième classe, des bâtiments de désinfection, une boulangerie et une cuisine d’été pour les immigrants qui peuvent avoir accès à ces édifices-là. Complètement à l’est de la Grosse-Île, on va retrouver le secteur des hôpitaux — des hôpitaux qui vont servir à soigner les gens malades, avec les buanderies et tous les services connexes, comme un apothicaire, etc. Et entre ces deux secteurs-là de l’île, séparés par des clôtures, vous aurez le village des employés de la station, avec leurs résidences et des chapelles : une anglicane, une catholique. Il y aura également des jardins d’employés, et ce qu’on appelle la maison des amis des malades : un endroit tampon où les familles qui sont séparées (cela arrive souvent que, par exemple, le père soit en santé, mais la mère malade — et on va amener les enfants avec la mère, qu’ils soient sains ou malades) — où ces familles-là pourront se rencontrer dans un lieu neutre et sain, qui va s’appeler le sanatorium ou la maison des amis des malades.

On choisit d’ouvrir une station de quarantaine à la Grosse-Île, en 1832, parce que l’île compte seulement un locataire. Elle fait partie de la seigneurie de Montmagny, alors on n’exproprie qu’une seule famille. Et physiquement, sur l’île, il y a des baies qui font en sorte qu’on est capable d’avoir une presqu’île. Le secteur ouest est presque isolé du reste de la Grosse-Île, ce qui fait qu’on a un milieu naturel exceptionnel.

ST : Alors, à partir de l’été 1832, les bateaux sont sommés d’arrêter à la Grosse-Île pour inspection, et les personnes malades y sont hébergées.

AA : Ce n’est donc pas tout le monde qui se fait héberger à la Grosse-Île.

ST : Non, non.

AA : D’accord.

ST : Les bateaux arrêtent, et les personnes malades sont hébergées à la Grosse-Île avec leurs familles. Ça veut dire que si un enfant est malade, mais que les parents ne le sont pas, les parents restent avec l’enfant.

AA : Ça a de l’allure, non?

ST : J’espère bien.

AA : Oui, oui.

ST : Et une fois les gens rétablis, ils vont pouvoir continuer leur voyage vers Québec dans des barques, ou je dirais plutôt des petits voiliers…

AA : On embarque, on débarque…

ST : On embarque, on débarque. Et les bateaux sont vraiment sommés d’arrêter! Si un bateau décide de ne pas arrêter parce qu’il a trop de gens malades à bord, il est pris en chasse, et les militaires ont le pouvoir d’agir et de ramener le bateau de force à la Grosse-Île. N’empêche que même s’il y a la station de quarantaine établie en 1832, l’épidémie de choléra va se propager à Québec aussi, et après ça un peu partout en Amérique du Nord, parce que le choléra est une maladie très difficile à détecter. Parfois, on pense que les gens sont corrects, mais n’empêche qu’ils ont été en contact durant 6 à 8 semaines avec d’autres immigrants. Il y en a qui sont plus résistants à la maladie, ils ne sont peut-être pas malades…

AA :… mais ils sont porteurs.

ST : Ils sont porteurs.

JP : En 1847, lors du drame irlandais de la Grande Famine, il faut comprendre que tous les immigrants débarquent à la Grosse-Île — notamment ceux qui sont atteints du typhus; ils vont débarquer à la Grosse-Île, que ce soit en santé ou malades.

AA : Je suis curieuse : quand un bateau arrête à la Grosse-Île, est-ce que tout le monde débarque? Plus tard, quand on laissait passer ceux qui étaient en santé, est-ce que tout le monde débarquait ou ce sont les médecins qui embarquaient sur le bateau pour faire les vérifications?

JP : C’est toujours la même chose qui va se passer, peu importe la période. Le navire est sommé de s’arrêter à la Grosse-Île. Il y a donc une communication visuelle, que ce soit par sémaphore à une certaine époque, ou plus tard avec un système de télégraphie. On va demander au navire de s’arrêter, et là, comme vous le disiez, l’équipe médicale va monter à bord et poser des questions au capitaine : combien de passagers avez-vous à bord? Combien de temps avez-vous passé en mer? Est-ce qu’il y a des cas de maladies à bord? Avez-vous dû jeter des corps par-dessus bord? (Parce qu’une fois qu’on entre dans le golfe du Saint-Laurent, une loi interdit au capitaine de jeter les corps par-dessus bord, comme on pouvait le faire dans l’Atlantique. On doit garder les immigrants décédés à bord, et ces gens-là seront enterrés par la suite à la Grosse-Île, selon le cas.) Donc, l’équipe médicale monte à bord. Elle pose des questions au capitaine et va ensuite faire des inspections visuelles à l’aide de différents moyens. À ce moment-là, on va séparer les gens en santé des gens malades. À la Grosse-Île, il va y avoir deux quais : le quai des immigrants en santé et le quai des immigrants malades.

En 1847, environ 100 000 immigrants vont arriver à la Grosse-Île. De ce nombre, 95 % sont Irlandais — des gens qui fuient la Grande Famine en Irlande, qui quittent l’Irlande déjà affaiblis par cette famine-là. À bord des navires va se développer le typhus, qu’on appelle aussi la maladie des navires. Et la majorité des immigrants qui vont arriver à la Grosse-Île cette année-là en seront atteints. Pour l’année 1847, on parle d’un pourcentage de décès de 15 %. Cela veut dire que sur les 100 000 immigrants qui arrivent à la Grosse-Île, environ 5 000 vont être jetés par-dessus bord pendant la traversée, décédés en mer avant d’arriver dans le golfe du Saint-Laurent. On va aussi en enterrer exactement 5 424 à la Grosse-Île, et de ce nombre, certains sont décédés à bord des navires. D’autres vont décéder sur place et on va les enterrer dans les différentes fosses communes du cimetière de l’ouest. Par la suite, certaines personnes diagnostiquées saines vont développer la maladie, un peu plus tard ou à leur arrivée au port de Québec. On compte environ 5 000 décès à Québec, Montréal et Kingston (qui sont grosso modo les grandes destinations).

On parle donc d’un pourcentage exceptionnel de décès en 1847, soit 15 %. Si on compare cette année aux autres, on voit qu’il y a eu 5 424 personnes enterrées uniquement en 1847, alors que pendant les 105 années où la Grosse-Île est utilisée comme station de quarantaine, on dénombre 7 553 sépultures. Cela veut dire qu’environ cinq personnes sur sept enterrées à la Grosse-Île l’ont été uniquement en 1847. Ce sont majoritairement des Irlandais, d’où le nom de lieu historique national de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais. Ce n’est pas parce que seuls des Irlandais se sont arrêtés à la Grosse-Île, mais tout simplement parce que du nombre de personnes qui sont passées par là, la grande majorité étaient Irlandais. Et parmi les gens qui y ont été enterrés, la majorité sont aussi des Irlandais.

AA : Et bien, on peut imaginer probablement que s’il n’y avait pas eu la Grosse-Île…

ST : Ça aurait été pire.

AA : Ça aurait été bien pire.

ST : Oui. Et puis la Grosse-Île a servi durant 105 ans, c’est-à-dire de 1832 à 1937. Il y a eu un nombre incalculable d’immigrants qui sont passés par là. Je l’ai moi-même visitée, et j’invite les gens à y aller. C’est poignant. En tant que chercheurs, on voit des noms sur des documents, mais quand on arrive à la Grosse-Île et qu’on voit le cimetière avec toutes les petites croix blanches, on se dit…

AA : C’est réel.

ST : Quand je pense à tous ces pauvres gens, qui étaient malades et pauvres, et qui sont maintenant enterrés ici, c’est vraiment très émouvant.

AA : Je vous présente Simon Jolivet, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. M. Jolivet nous parle de l’importance de la Grosse-Île, ainsi que du lien culturel qui unit les Irlandais et les francophones du Québec.

Simon Jolivet : La Grosse-Île est un lieu extrêmement important dans l’histoire du Canada, mais aussi de la diaspora irlandaise en général, parce que — il faut le redire — c’est l’endroit (le cimetière de masse, si on veut) où il y a le plus d’Irlandais enterrés dans le monde entier en raison de la Grande Famine. À l’exception de l’Irlande même, c’est l’endroit dans le monde où il y a le plus d’Irlandais enterrés au même endroit. C’est donc un symbole très important. Quand on va en Irlande, peu de gens connaissent le Québec; mais si on parle de la Grosse-Île, c’est connu, tout comme dans la diaspora irlandaise en Amérique. Si je m’en vais en Irlande et je que parle de Trois-Rivières, les gens ne connaîtront pas cette ville, mais si je parle de la Grosse-Île, là ça va résonner. C’est un lieu extrêmement important; je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact de la vague migratoire des années 1830, et surtout des années 1840, avec la Grande Famine en Irlande qui va changer complètement l’immigration irlandaise au Canada. Avant les années 1830-1840, il y a des immigrants irlandais qui viennent au Canada, mais la majorité sont protestants. La majorité vont venir pour changer leurs conditions socioéconomiques, si on veut — on pourrait dire avec l’espoir de changer de vie, mais aussi l’espoir d’acquérir une terre dans le Haut-Canada, qui est maintenant l’Ontario, parce qu’il y a des terres disponibles en 1815, 1820, 1830. Alors qu’à partir de l’épidémie de choléra de 1832, et surtout de la Grande Famine de 1845 à 1849, la grande immigration n’est pas une immigration d’espoir : c’est une immigration de désespoir. Ce sont des Irlandais, majoritairement catholiques, qui ne veulent pas nécessairement partir de l’Irlande, mais qui y sont forcés, parce que soit on meurt de faim en Irlande…

AA :… on meurt de faim?

SJ :… soit on s’en va. Il y en a plusieurs qui vont même mourir dans les navires avant d’arriver à la Grosse-Île. C’est donc une immigration irlandaise qui change complètement, mais qui change aussi la démographie de la population, spécialement dans le Haut et dans le Bas-Canada.

AA : Arrivés au Canada, est-ce que les Irlandais se sont installés à des endroits particuliers? Et est-ce que leur langue et leur religion ont joué un rôle dans l’endroit où ils se sont installés?

SJ : Oui, effectivement. J’ai étudié davantage les villes, donc Québec et Montréal. On sait très bien qu’au Québec, les grandes communautés irlandaises — et surtout catholiques, comme je vous disais — se sont installées à Québec et à Montréal, parce qu’elles avaient la possibilité d’ouvrir, par exemple, des clubs sociaux, de partager une vie paroissiale. Comme c’est souvent le cas avec l’immigration, les villes ont un pouvoir d’attraction très fort. Par contre, ce qu’on devrait connaître davantage, c’est l’impact de l’immigration irlandaise en région. Et il y en a eu, dans beaucoup de petits villages et de petites villes… Ici, en Outaouais, on pense par exemple à Mayo : c’est un nom irlandais. La ville a été fondée par des Irlandais. C’est le nom d’un comté de l’Irlande. Il y a aussi une grande présence irlandaise à Buckingham. Et une présence irlandaise protestante, surtout des évangélistes protestants, à Shawville, dans le Pontiac. Et il y a Ladysmith. Je vous donne un autre exemple. Pensons aux quartiers plus ouvriers, plus citadins, comme Griffintown à Montréal. On sait que Griffintown, pendant une bonne partie du 19e siècle, est un quartier irlandais, et surtout irlandais catholique. Je dirais que les Irlandais catholiques et les Irlandais protestants vont épouser deux modes de vie différents. Je pense que c’est pour des raisons politiques et socioéconomiques qui existent déjà au départ de l’Irlande, et des divisions qui sont présentes en Irlande et qui vont se répercuter ici. Imaginons qu’on est un Irlandais protestant, proche du pouvoir britannique de l’époque en Irlande. Il ne faut pas oublier que l’Irlande est une colonie britannique depuis l’Acte d’Union de 1801. Comme il n’y a pas de parlement en Irlande, de 1801 jusqu’en 1921, tout ce qui est décidé est décidé par Londres. Les grands propriétaires terriens et les grands politiciens sont alors des Anglo-Écossais ou des Irlandais protestants qui vivent en Irlande. Lorsqu’ils décident de venir ici, dans le Haut-Canada ou le Bas-Canada, ils continuent de faire partie de l’aristocratie, si l’on veut, ou de la grande bourgeoisie anglo-protestante. Je ne dis pas qu’aucun Irlandais protestant n’ira vivre à Griffintown, à Montréal, ni dans un autre quartier ouvrier, mais ce ne sera pas la majorité. La majorité des Irlandais protestants vont être partie prenante de ce qu’on appelle à Montréal le Golden Square Mile — le quartier des Anglais et de la business. Les Irlandais catholiques, eux, sont déjà plus pauvres en Irlande; ils sont plutôt locataires, et non propriétaires terriens. Au 19e siècle, ils arrivent malades, durant la Grande Famine. Ce sont des ouvriers non spécialisés, et c’est la raison pour laquelle ils vont aller à Griffintown.

AA : Le professeur Robert Grace de l’Université Laval se joint à nous pour discuter de l’héritage durable laissé au Québec par l’entremise des traditions culturelles des Irlandais.

Robert Grace : Dans tout le Québec, en 1871 (l’année de l’un des recensements les plus fiables), 10 % de la population était d’origine irlandaise, ce qui comprend les immigrants et leurs enfants. Dans les villes de Québec et de Montréal, comme je l’ai dit, les pourcentages étaient encore plus élevés.
 
AA : Pendant vos recherches, à quel point les recensements canadiens et internationaux vous ont-ils été utiles?

RG : Oh, ils ont été très utiles; c’est sur eux que portait ma thèse de doctorat. J’ai consulté le Recensement de 1842, celui de 1852, et le Recensement de la population de Québec de 1861. Ce sont des recensements manuscrits dont j’ai obtenu des copies sur microfilm, ici, aux archives. Ces documents sont très, très utiles parce qu’ils contiennent beaucoup de détails. C’est presque comme si on regardait dans les maisons pour savoir comment les gens vivaient, ce qu’ils faisaient, combien d’enfants ils avaient, qui ils ont épousé… Et c’est sur cela que se fonde ma recherche : ces recensements. Je pense que l’un des aspects les plus importants, voire le plus important, de toute l’histoire de l’immigration est la proportion de la population québécoise ayant des origines irlandaises. À Québec, aujourd’hui, on estime qu’environ 40 % de la population a des origines irlandaises. Et cette migration, au milieu du 19e siècle, était caractérisée par un nombre important de femmes. Les femmes étaient clairement majoritaires parmi la population catholique irlandaise de Québec. Pour ces jeunes Irlandaises, il n’y avait pas assez d’hommes catholiques irlandais; elles ont donc cherché des maris à l’extérieur du groupe, et elles ont fini par épouser des Canadiens-Français. Imaginons que Bridget Connolly épouse Jacques Perreault : étant donné que l’origine ethnique inscrite dans le recensement est déterminée par le père, lorsqu’une Irlandaise épouse un Français, l’origine irlandaise de leurs enfants disparaît en quelque sorte de la carte. C’est pour cela qu’aujourd’hui, les origines irlandaises d’une bonne partie de la population de Québec sont en quelque sorte camouflées, mais elles sont là. Vous savez, il y a un pourcentage non négligeable de descendants irlandais à Québec et à Montréal.

AA : Selon vous, quels virages culturels se sont produits à Québec en raison de l’immigration irlandaise? Je pense ici à la musique, à la cuisine, à la culture en général…

RG : Oui, un chercheur m’a déjà dit… Nous parlions des Irlandais au Québec, et il m’a dit que les Canadiens-Français, lorsqu’ils ont vu arriver ces Irlandais, ne savaient pas qui ils étaient, ni même qu’ils étaient Irlandais. Les Canadiens-Français pensaient qu’ils étaient tous les mêmes : des Anglais. Ensuite, ils les ont vus à l’église, le dimanche, ce qui les a surpris. La relation entre les Français et les Irlandais est complètement différente de la relation entre les Français et, disons, les Anglais ou les Écossais, qui sont pour la plupart protestants. Le fait que les Irlandais sont catholiques a contribué à leur intégration à Québec. Selon ma recherche sur le groupe à Québec, et selon une autre recherche portant sur les Irlandais à Montréal, contrairement à des endroits comme l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et les États-Unis (où les Irlandais se sont installés dans des communautés majoritairement protestantes), à Québec et à Montréal, la majorité de la population était catholique. Nous avons donc constaté un mouvement ascendant parmi les catholiques irlandais au 19e siècle, un mouvement qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Bien sûr, ils ont amené leur musique avec eux, et la musique traditionnelle du Québec ressemble parfois à la musique irlandaise. Dans les années 1920, 1930 et pendant la grande dépression, une femme appelée La Bolduc écrivait et chantait des chansons au sujet des classes ouvrières; ses chansons, très populaires et humoristiques, étaient diffusées à la radio. Elle chantait partout dans la province. Son mari s’appelait M. Bolduc, et c’est pour cette raison qu’on l’appelait La Bolduc, mais son vrai nom était Mary Travers, et son père était fils d’immigrant irlandais – la première ou la deuxième génération, si on veut. Il lui a appris la musique; elle jouait de la cuillère lorsqu’elle était petite, paraît-il, et elle a introduit la turlutte dans la musique canadienne-française; il s’agit de chanter des sons seulement, et pas des mots. La Bolduc a eu une grande influence sur la scène musicale dans les années 1930 et au début de la grande dépression. 

AA : Oui, je pense que la plupart des Canadiens-Français connaissent La Bolduc.

RG : Oui, c’est vrai, elle est encore populaire, et d’autres groupes récents ont adopté sa musique et y ont ajouté une touche moderne, mais les mélodies et les mots sont les mêmes. 

SJ : Il y a une raison pour laquelle, par exemple, on a un défilé de la Saint-Patrick à Montréal. Le défilé a été inauguré en 1824 et célébré presque toutes les années. Je dis « presque » parce qu’on a tendance à penser que depuis 1824 jusqu’à aujourd’hui, il y a eu toujours un défilé de la Saint-Patrick à Montréal. Mais ce n’est pas tout à fait vrai : il y a deux ou trois années où il n’y en pas eu. Mais il reste que si le défilé existe encore en 2012, avec tant de gens, ça veut dire qu’il y a bien une présence irlandaise. Ce sont des Irlandais, et surtout des sociétés irlandaises de Montréal, qui organisent le défilé. Ça veut donc dire qu’il y a des gens qui sont là depuis très longtemps et qui sont assez forts sur le plan culturel, et assez nombreux, pour organiser un tel défilé.
On peut parler de plein de choses. Il y a plusieurs noms irlandais au Québec, qui ont été francisés ou qui sont restés plus irlandais. Les Walsh, les Lynch, les Nelligan, les McMahon, les O’Brien et les O’Gallagher : ce sont des noms qui sont restés. Mais prenons l’exemple d’une personne qui avait des ancêtres irlandais qui s’appelaient O’Brien. Au fil des générations, les personnes se sont francisées et ont décidé de changer ce nom sur leur baptistaire pour plutôt dire Brien.

AA : Je vois.

SJ : On a aussi le fameux cas du soi-disant premier Irlandais qui serait arrivé ici au 17e, ou plutôt au 18e siècle : un Timothy O’Sullivan. On a vu son nom dans plusieurs registres, écrit d’une autre manière, dont Timothé Sylvain. Il y a plusieurs noms qui ont été francisés comme ça.

AA : Donc, le nom Sylvain, c’est un nom… Mon nom de famille, c’est Alain. C’est un prénom et un nom de famille. Mais Sylvain, on s’en sert aussi comme un prénom. Ça pourrait venir de Sullivan?

SJ : Ça se pourrait. Mais est-ce que c’est seulement ça la réponse? Est-ce qu’il y avait déjà des Irlandais qui sont allés en Bretagne et qui sont arrivés totalement francisés, et qui s’appelaient Sylvain? Dans ma propre famille, on dit (mais encore là, il manque des études) que ma grand-mère est une Caron. Certains vont dire que c’est un nom français, et d’autres vont dire que non, c’est un peu une francisation de Carroll, ou d’O’Carroll, qui est devenu Caron parce que les francophones n’étaient pas capables de dire Carroll comme il le faut. Alors ils ont dit Caron pour régler le problème.
Ce qui est très intéressant et particulier au Québec — vraiment, je pense que c’est singulier au Québec et au Canada français, disons en Ontario français aussi —, ce sont les échanges entre les Irlandais qui sont arrivés ici et les francophones. On ne retrouve pas ce genre d’échange ailleurs dans le monde.

AA : Si je viens du Québec et que je sais que j’ai des ancêtres irlandais dans mon histoire familiale, comment je m’y prends pour chercher ça? Comment je commence?

ST : Tout d’abord, c’est comme toute recherche généalogique. Ce qui est important, c’est que vous devez tout d’abord poser des questions aux membres de votre famille. En savoir le plus possible, en posant des questions à votre père, à votre mère ou à vos grands-parents. C’est la base. Par la suite, vous pouvez consulter nos bases de données sur le site Web de Bibliothèque et Archives Canada. Il y a trois bases de données importantes pour la recherche sur les Irlandais. Tout d’abord, on a une base de données sur la Grosse-Île comme telle — la station de quarantaine. Cette base de données offre environ 30 000 références à des personnes qui ont séjourné à la Grosse-Île. Quand on parle de séjour, ça peut être quelqu’un qui a été hospitalisé à la Grosse-Île, ça peut être quelqu’un qui y est né, ou ça peut être quelqu’un qui est décédé à la Grosse-Île.

Nous avons aussi une autre base de données qui s’appelle Immigrants pour le Canada, dans laquelle on retrouve entre autres, pour les Irlandais, les papiers de James Allison, qui était un agent d’immigration de Montréal. Il faut comprendre que même si les immigrants arrivaient à Québec, il y en a beaucoup qui se sont dirigés vers Montréal, parce qu’à cette époque, c’était la construction du canal Lachine. Dans les années 1830, beaucoup d’Irlandais ont travaillé à la construction du canal Lachine.

AA : C’était de l’emploi.

ST : C’était de l’emploi. On cherche de l’emploi, car il faut survivre; il faut être capable de payer la nourriture pour les membres de la famille. Et dans cette base de données Immigrants pour le Canada, il y a aussi une collection qui vient des archives d’Angleterre et qui s’appelle Colonial Office 384, qui est essentiellement pour les Irlandais. Ce sont des documents crées par l’administration britannique, qui indiquent des noms d’Irlandais qui s’apprêtent à partir pour le Canada.

Finalement, j’aimerais souligner une troisième base de données qui s’appelle la Montreal Emigrant Society Passage Book. On parlait plus tôt des sociétés charitables : c’en est une qui était basée à Montréal, et par pur hasard — et on est même chanceux —, on a découvert que cette société gardait des livres de comptes, et nous avons un de ces livres. On y retrouve les noms d’à peu près 8 700 personnes — des immigrants irlandais; et ce qui est intéressant, c’est qu’on nous indique vers où ils comptaient s’installer. On a donc des noms de personnes qui se sont installées par exemple à Cornwall, à Prescott, à Kingston, dans le Haut-Canada, et dans différents villages du Québec. Pour moi, l’importance de la recherche généalogique, c’est souvent de résoudre des énigmes, de retrouver son identité, de comprendre notre histoire aussi…

AA : Là où on s’insère dans l’histoire.

ST : On peut en quelque sorte personnaliser notre histoire. Pour ce qui est de l’Histoire avec un grand H, oui, on sait que des immigrants irlandais sont venus au Canada. Mais quand on peut personnaliser l’histoire, ça devient un tout autre monde, et c’est encore plus intéressant.

AA : J’aimerais vous remercier d’être venue nous voir aujourd’hui pour discuter de l’immigration irlandaise.

ST : Ça m’a fait extrêmement plaisir.

AA : Pour en apprendre davantage sur l’expérience des Irlandais au Canada, veuillez consulter le site Web suivant : www.collectionscanada.gc.ca/irlande/index-f.html

Pour plus de renseignements sur la Grosse-Île, cliquez sur le lien suivant : www.collectionscanada.gc.ca/grosse-ile/index-f.html

Merci d’avoir été des nôtres. Ici Angèle Alain, votre animatrice. Vous écoutiez Découvrez Bibliothèque et Archives Canada — votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes. Je remercie nos invités d’aujourd’hui, Sylvie Tremblay, Jo-Anick Proulx, Simon Jolivet et Robert Grace.

Pour plus d’information sur nos balados ou si vous avez des questions,  commentaires ou suggestions, veuillez nous visiter à www.bac-lac.gc.ca/fra/nouvelles/balados. 

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