Fiers d’être Canadiens : Sir John A. Macdonald

Sir John A. Macdonald017 : Fiers d’être Canadiens : Sir John A. Macdonald
Le 8 janvier 2015

Écoutez maintenant [28,6 Mo, durée : 33:58]

Le 11 janvier 2015 marquera le 200e anniversaire de naissance du premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald. Bien que certains aspects de sa vie et de son héritage suscitent encore la controverse, son rôle fondamental dans la création du Canada est indéniable. Dans cette émission, nous explorerons sa vie et sa carrière avec le journaliste et historien de renom Arthur Milnes. Madeleine Trudeau, archiviste d’art et conservatrice à Bibliothèque et Archives Canada, se joindra également à nous; elle nous parlera de la collection sur sir John A. Macdonald, qui comporte des documents très variés, accessibles sur place ou en ligne.

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Fiers d’être Canadiens : Sir John A. Macdonald

Jessica Ouvrard : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici, Jessica Ouvrard, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors dont recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

Le 11 janvier 2015, on célébrera le 200e anniversaire de naissance du premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald. Certains aspects de sa vie et de son héritage suscitent encore la controverse, mais son rôle fondamental dans la création du Canada est indéniable. Dans cette émission, nous étudierons sa vie et sa carrière avec le journaliste et historien de renom Arthur Milnes. Madeleine Trudeau, archiviste d’art et conservatrice à Bibliothèque et Archives Canada, est également avec nous; elle nous parlera de la collection sur sir John A. Macdonald, qui comporte des documents très variés, accessibles sur place ou en ligne.

Bonjour Arthur.

Arthur Milnes : Bonjour Bibliothèque et Archives! Bienvenue à Kingston, et bienvenue au lieu historique national de la Villa-Bellevue. Je suis très heureux de vous accueillir.

JO : Nous sommes très heureux d’être ici, dans ce salon. C’est vraiment spécial!

AM : Oui, quand on pense que le premier premier ministre passait du temps dans cette pièce…

JO : Exactement.

AM : C’est super.

JO : Tout à fait! On sait que sir John A. Macdonald est le premier premier ministre du Canada, mais pourriez-vous nous renseigner sur ses origines, son lieu de naissance et son arrivée au Canada?

AM : C’est un sujet très intéressant, qui n’a pas encore été assez étudié au Canada, à mon avis. Votre question est excellente! La famille de Macdonald arrive de Glasgow, en Écosse, quand il a environ cinq ans. Je ne veux pas critiquer nos amis américains, mais encore aujourd’hui, une personne qui naît au Mexique et qui passe son adolescence à Honolulu, Houston ou Seattle ne peut pas espérer devenir président des États-Unis. Il faut absolument naître aux États-Unis pour en devenir le président. Mais dans notre pays, c’est possible. C’est très intéressant de remarquer que notre premier premier ministre est un immigrant; on n’y a jamais vraiment pensé. Quand je rencontre des groupes scolaires – surtout dans les grandes villes, comme Markham, en Ontario, où près de 70 % ou 80 % des élèves ne sont pas nés au Canada –, je peux voir leurs yeux briller. Ils comprennent très bien.

JO : Je vois.

AM : Macdonald n’est pas né dans une cabane en bois rond, mais plutôt dans une taverne en pierre ou quelque chose comme ça, à Glasgow. On ne sait pas exactement où à Glasgow, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est venu ici avec sa famille à la recherche d’une vie meilleure, comme le font encore des millions de personnes aujourd’hui. Il l’a trouvée, et il a fini par nous léguer le Canada.

JO : Et que fait-il avant de se lancer en politique?

AM : C’est un avocat chevronné. Il fait différentes choses… Dans les années 1830, il est encore tout jeune, et un groupe d’Américains, les Féniens ou quelque chose comme ça, traversent le lac et envahissent la vallée du Saint-Laurent. Je vous laisse imaginer à quel point ces envahisseurs sont « appréciés » ici! Quand ils sont capturés, aucun avocat de Kingston ne veut les défendre. Aujourd’hui, ce serait comme si… imaginez que vous êtes l’avocat d’un horrible tueur en série dans une petite collectivité. Ce n’est pas un concours de popularité, mais Macdonald accepte quand même de défendre ces hommes. Il travaille un peu en droit criminel et il traite des dossiers de peine capitale, parfois avec succès, parfois non. Mais il passe l’essentiel de sa carrière juridique en droit commercial, dans le domaine de l’immobilier. Il est toujours sans le sou. Il a beaucoup de talents, mais pas pour gagner de l’argent!

JO : Intéressant.

AM : Oui. Il ne s’intéresse pas beaucoup à l’argent, mais il ne faut pas penser qu’il n’essaie pas d’en faire. Son père est mort jeune, et il doit assurer la subsistance de ses deux sœurs – ou plutôt d’une de ses sœurs et de sa mère. Il y a des plaques du gouvernement du Canada sur plusieurs maisons à Kingston, pour dire que Macdonald ou un parent proche a vécu là pendant un certain temps. Il y en a beaucoup, à cause de l’état de ses finances : il n’a pas beaucoup d’argent pour acheter des maisons. C’est un peu dans ce contexte-là qu’il grandit.

JO : Savons-nous quand il a décidé de faire de la politique?

AM : Je dirais qu’il a pris cette décision parce que c’est un politicien né, comme Bill Clinton.

JO : Il a brusquement changé d’orientation, si on veut.

AM : C’est un moyen de faire progresser sa carrière. Il ne s’intéresse peut-être pas à la politique dans sa jeunesse, mais il fait les bons choix. La communauté écossaise est particulièrement importante pour lui, et il se joint à tous les bons groupes. Il s’implique beaucoup dans son église familiale, l’église presbytérienne St. Andrew de Kingston, qui existe encore aujourd’hui.

Parenthèse intéressante : une autre famille qui joue un grand rôle de leader dans cette église est celle d’Oliver Mowat. Or, Mowat deviendra premier ministre libéral de l’Ontario. C’est probablement le premier ministre le plus important de cette province, car il sera en poste 26 ou 27 ans. Ô surprise, il devient l’élève de John A. Macdonald quand il étudie en droit, ce qui alimente la haine mutuelle qui habitera ce libéral et ce conservateur jusqu’à la fin de leurs jours. La bagarre qu’ils vont se livrer en pleine assemblée législative est bien connue.

JO : Une vraie bagarre?

AM : Une vraie bagarre. C’était le bon vieux temps, comme on dit! Quand Macdonald est séparé de force de Mowat, il hurle : « Reviens ici, maudit chien sale! J’vais t’en donner toute une! » Alors oui, il aime quand ça brasse. J’ai lu une autre anecdote dans les dossiers du Whig Standard à propos d’un débat électoral à Kingston.

JO : Qu’est-ce qui s’est passé?

AM : Macdonald se fait chahuter, et il décide de réagir, comme le fera M. Chrétien plus tard : il va lui-même dans la foule et frappe son opposant. Je pense que tous les premiers ministres qui l’ont suivi admirent secrètement son approche contre les manifestants ou les chahuteurs.

JO : C’est surprenant que l’idée n’ait pas été adoptée par d’autres premiers ministres…

AM : C’est vrai que c’est parfois difficile de les blâmer. Pour la majorité d’entre nous, ils ne font jamais rien de bon.

JO : Pouvez-vous nous expliquer comment il devient premier ministre?

AM : Ouf!

JO : Je sais, la question est vaste.

AM : En effet. Avez-vous une semaine devant vous?

JO : Si on parlait d’abord des Coles Notes?

AM : Ah oui… Il ne faut surtout pas oublier que le Canada avant la Confédération est un État dysfonctionnel. Ça ne m’avait jamais frappé avant d’écouter un film sur Macdonald à la télévision d’État, il y a quelques années. Il y a une excellente scène où le gouverneur général britannique vient de revenir de Londres et appelle Cartier et Macdonald; c’est avant la Confédération. Je paraphrase, mais il dit quelque chose comme : « Ce n’est pas évident de défendre vos intérêts au ministère des Affaires étrangères. Vous n’êtes même pas capables de choisir une capitale! » Je n’avais jamais envisagé la chose du point de vue d’un étranger, mais il a raison. La plupart des pays commencent par la base, comme le choix d’une capitale.

JO : Exact.

AM : Mais nous, en bons Canadiens – même si on n’est pas encore des Canadiens à l’époque –, on a la brillante idée de changer de capitale!

JO : Je sais.

AM : Ça ne m’a jamais frappé avant d’adopter le point de vue d’un gouverneur général britannique, mais c’est plutôt farfelu comme idée. Je le dis parce que Macdonald a l’extraordinaire habileté… C’est un orangiste, il a ses croyances religieuses, et au XIXe siècle à Kingston, les relations entre les catholiques et les protestants… Vous savez, un mariage mixte, à l’époque, c’est une union entre un catholique et un protestant. Mais Macdonald est capable de surmonter les divergences et de tendre la main à Cartier et à d’autres francophones du Québec. Son principal adversaire est le libéral George Brown, un homme brillant qui, fort heureusement, est là quand le Canada a le plus besoin de lui. Mais il ne peut jamais faire abstraction de ses…

JO : … convictions.

AM : Mais Macdonald en est capable, lui. C’est pour ça qu’il joue un rôle si important quand il s’allie à Cartier. Dans leur relation, Cartier peut établir des limites et dire qu’il y a certaines choses qu’il ne peut pas faire. Macdonald comprend ça. Mais l’approche de Brown est fondée sur des raisonnements intellectuels : c’est tout à fait logique, à ses yeux, que la représentation soit fondée sur la population. Il a probablement raison, mais allez dire ça aux Canadiens-Français, qui seraient devenus un îlot francophone au milieu d’un océan de millions d’anglophones du Canada et des États-Unis… C’est là que Brown a erré, contrairement à Macdonald.

JO : Macdonald est souvent décrit comme un homme d’État pragmatique. Diriez-vous que c’est aussi un visionnaire?

AM : Tout à fait. Quand je parle du Chemin de fer Canadien Pacifique à mes étudiants, je le compare à la conquête de l’espace. Avant de rire, rappelez-vous quand Jack [John] Kennedy déclare à ses compatriotes qu’un homme ira sur la Lune et reviendra sur Terre dans moins de dix ans… À l’époque, jamais un homme n’avait même été mis en orbite! La promesse de Kennedy est insensée, c’est impossible : il faut créer des technologies, dépenser des milliards de dollars, mobiliser l’industrie, puis trouver des hommes assez fous pour monter dans une boîte de métal et se rendre sur la Lune, et ainsi de suite. Tout ça, c’est l’équivalent du chemin de fer. En 1870, promettre à la Colombie-Britannique de construire une bande d’acier de 4 800 kilomètres par-delà les Rocheuses…

JO : Les plaines interminables…

AM : C’est insensé. C’est irréalisable! Ma petite théorie – mais je dois avouer bien honnêtement que je n’ai pas beaucoup étudié la question –, c’est que les délégués de la Colombie-Britannique ont dû se dire : « Ils sont fous, mais s’ils nous l’offrent, on va le prendre. » Ils n’ont jamais pensé… en tout cas, c’est mon hypothèse. C’est ça, notre conquête de l’espace! Et Macdonald a réussi grâce à son esprit visionnaire, à son talent et à certaines méthodes qui seraient inacceptables de nos jours. Mais le résultat, c’est que le pays est unifié d’un océan à l’autre, et plus tard…

JO : L’Île-du-Prince-Édouard.

AM : Plus tard l’Île-du-Prince-Édouard, mais aussi au nord, un troisième océan; c’est incroyable. Il y a d’autres détails que j’aime à son sujet. Les travaux de Richard Gwyn montrent que des détails viennent de Macdonald lui-même – comme la décision d’utiliser l’orthographe britannique au Canada pour le mot anglais « labour ».

JO : Vraiment?

AM : Oui, c’est lui qui a décidé ça. Ça devait être agréable d’être premier ministre à l’époque : ils avaient assez de pouvoir pour prendre des décisions de ce genre.

Macdonald est aussi un politicien hors pair. Il aime les gens, un peu comme Bill Clinton. Il aime jouer le jeu de la politique et faire du spectacle. Bien franchement, c’est un excellent premier ministre, qui sait s’adapter à tous ses adversaires. Macdonald a déjà dit au peuple que le pays aimait mieux John A. saoul que George Brown sobre. Et c’est vrai! Tellement que le pauvre Brown aurait probablement eu besoin de prendre un petit coup lui aussi. L’adversaire suivant, pour Macdonald, est d’une rare honnêteté – Alexander Mackenzie, qui vit lui aussi à Kingston, soit dit en passant.

JO : Oui.

AM : Le pauvre Alex Mackenzie, si honnête et taciturne, n’a aucune chance.

JO : C’est un travaillant.

AM : Un travaillant. Comme Bob Dole contre Bill Clinton – il n’y a rien à faire. Puis son successeur est Edward Blake, un homme très brillant qui peut prononcer des discours de quatre heures à la Chambre des communes et présenter des idées très pointues sur la Constitution, mais qui est trop pris dans ses pensées pour se rappeler la date de fête des membres de son caucus. John A. est dans une classe à part.

JO : Que savons-nous de sa vie personnelle?

AM : C’est triste. Les Canadiens font beaucoup de blagues sur son amour de la bouteille, et je peux comprendre, car ça rend notre père fondateur plus humain. Il y a une chose que je dis toujours quand je fais des visites guidées à Kingston. Évidemment, il y a beaucoup d’Américains l’été, alors je commence par demander si des Américains sont présents, et c’est généralement le cas. Je leur dis que, contrairement à leur père fondateur, Washington, le nôtre, Macdonald, n’aurait jamais abattu un cerisier : il en aurait abattu dix et nié le fait jusqu’à sa mort. Les Américains sont immédiatement fascinés par notre homme. Je pense qu’on exagère son attrait pour la boisson, mais ça le rend humain.

JO : Il avait beaucoup de raisons de boire, parce qu’il…

AM : C’est ce que j’allais dire. Sa première épouse, Isabella, est une cousine éloignée venue d’Écosse. Sa famille l’appuie très peu. Elle contracte une mystérieuse maladie, qui la garde alitée dans la douleur pendant une bonne partie de son mariage. Elle est traitée à l’opium, et leur petit John Alexander meurt à 13 mois, je pense.

Bien avant ça, Macdonald, à 7 ou 8 ans, voit son frère être battu à mort dans une rue de Kingston par un domestique ivre. C’est une autre chose dont il faut se souvenir : les temps sont durs. Le XIXe siècle est une rude époque. On est loin du paradis : il y a des maladies et de la violence, et c’est une ville militaire. Voir son frère se faire battre à mort ne peut pas faire autrement que marquer son homme…

Un autre fils que Macdonald a eu de feu sa première épouse, et qui a survécu, réussit assez bien; il devient même député fédéral au Manitoba. Une des dernières choses que fait Macdonald avant sa mort est de faire entrer son fils à la Chambre des communes en tant que nouveau député. Hugh John Macdonald est donc fait chevalier lui aussi, et il deviendra le premier ministre du Manitoba.

L’envers de la médaille, c’est le deuxième mariage de Macdonald, avec Agnes Bernard. Elle grandit en Jamaïque et rencontre Macdonald en 1867. Son frère est le secrétaire particulier de Macdonald. Ils se marient et elle donne naissance à une fille. Malheureusement, celle-ci est atteinte d’hydrocéphalie – de l’eau dans le cerveau, je crois. Elle n’est même pas censée survivre. J’ai vu une photo d’elle dans les années 1930. Elle survivra à ses deux parents, mais les photos font peine à voir. La maladie peut être traitée de nos jours, mais à cette époque, elle est en fauteuil roulant, ses mains sont déformées, c’est tout simplement… oui, il avait des raisons de boire.

Autre aspect intéressant de sa vie personnelle : madame Macdonald combat vigoureusement l’alcool depuis son mariage avec John A. Pendant des années, elle mène le combat pour lui. Il arrête de boire et recommence à plusieurs reprises, et à la fin de sa vie, il est pratiquement sobre. Richard Gwyn, que j’ai cité tout à l’heure, a dit lors de ses conférences que grâce à madame Macdonald et à ses efforts de répression, son époux a vécu 10 ans de plus que ce qu’il était en droit d’espérer à cause de son mode de vie très rude.

JO : Avez-vous une anecdote favorite au sujet de sir John A. Macdonald?

AM : Ah!

JO : Je sais, il y en a tellement!

AM : Oh oui! Ma favorite est probablement quand j’étais journaliste... Plus jeune, j’ai toujours été attiré par Macdonald, puisque je savais que je voulais devenir reporter et que je connaissais une anecdote célèbre à son sujet. Macdonald se rend à Montréal, à l’Université McGill je pense, pour assister à un discours du gouverneur général. À l’époque, les Britanniques nous envoient toujours de grands intellectuels qui ont étudié à Oxford. Je ne me souviens plus du nom du gouverneur général en question, mais tout le discours est prononcé en grec. Après le discours, Macdonald marche avec un collègue quand un reporter se présente et lui demande : « Sir John, pouvez-vous répondre à une question? » Macdonald répond : « Bien sûr! » Le reporter lui demande ce qu’il a pensé du discours de Son Excellence et Macdonald répond : « Son grec est impeccable. C’est l’exemple parfait d’un excellent orateur grec. » Le reporter le remercie et s’en va. Puis, le collègue de Macdonald lui dit : « Sir John, je ne savais pas que vous parliez le grec. » Et Macdonald répond tout simplement : « Je ne connais pas le grec, mais je connais la politique. »

J’ai lu cette histoire-là quand j’étais jeune, probablement au secondaire, et j’ai décidé que je voulais connaître cet homme!

Si vous aimez les anecdotes sur Macdonald, M. Diefenbaker est probablement un des premiers ministres qui l’a le plus aimé. Pour les amateurs de Macdonald, le bon vieux « Dief », surtout à la fin de sa vie, ne s’empêtrait pas dans les faits pour raconter une bonne histoire. Vous pouvez connaître la source de certaines anecdotes sur Macdonald et dire que si c’est le premier ministre Diefenbaker qui le dit, ce doit être vrai.

Je suis carrément fasciné par l’intérêt que portait Macdonald aux personnes, par son entregent et par son sens de l’humour, comme en témoignent ses excellentes citations : « Quand le destin déverse son pot de chambre sur votre tête, souriez et dites-vous que c’est une belle pluie d’été ». Je pense que tous les politiciens et les fonctionnaires savent combien cette attitude est nécessaire à l’édifice Langevin.

JO : Madeleine Trudeau, archiviste d’art et conservatrice à Bibliothèque et Archives Canada, nous décrit les documents sur John A. Macdonald qu’on peut y trouver.

Madeleine Trudeau : Bibliothèque et Archives Canada possède la plus grande collection canadienne de documents sur sir John A. Macdonald. Autrement dit, sa collection est plus variée et étendue que n’importe quelle autre au pays. Vous vous demandez peut-être ce que je veux dire par là. Disons qu’on y trouve tous les types de documents : des documents gouvernementaux, des documents écrits originaux, des lettres, des documents personnels, des livres publiés, des publicités, des brochures, des cartes, des timbres, des médailles, des œuvres d’art (y compris des caricatures), des photographies et un paquet d’objets insolites, comme une clé de rechange de l’ancienne maison du premier ministre.

JO : Je vois.

MT : Tous ces documents si variés ne viennent pas de la même place ou de la même époque. La plupart d’entre eux viennent de la famille Macdonald, ce qui est logique – mais beaucoup viennent de sources et d’époques diverses et inattendues. Pour l’essentiel, ils datent de l’époque de Macdonald, mais certains ont été créés tout récemment, par exemple dans les années 1970. Certains documents ont été rédigés par Macdonald lui-même. D’autres, comme le journal intime de sa deuxième épouse, lady Agnes Macdonald, parlent de lui. D’autres encore sont des témoins directs ou indirects de l’héritage de Macdonald.

Personnellement, je divise la collection en trois grandes catégories : les documents personnels, comme un manuel scolaire qui a appartenu à Macdonald pendant son enfance; les documents politiques, comme ceux qui parlent de sa carrière publique; et les documents politiques qui reflètent les enjeux qu’il a gérés, comme la lettre de menaces qu’il a reçue après la pendaison de Louis Riel.

JO : Ou le dernier crampon de rail, ou tous les objets liés à sa carrière politique.

MT : Exactement. C’est probablement la plus grande partie de notre collection. Et il y a les documents qui montrent le prestige acquis par sir John A. au fil des ans. Je dirais qu’il devient une sorte d’idole culturelle. Certains documents sont produits pendant sa vie et d’autres après sa mort, comme des lettres d’admirateurs. Il en reçoit aussi de son vivant. Il y a des caricatures anti-Macdonald et des publicités qui datent de son époque, et d’autres qui sont produites après sa mort avec son image.

Il y a une autre chose très importante, je pense, à propos de notre collection : nous sommes les gardiens de la plupart des pièces les plus rares et les plus précieuses sur sir John A. Macdonald, comme son premier portrait à l’huile connu, sa première photographie connue, des choses comme ça, qui sont très personnelles et qu’il a gardées toute sa vie. Le journal en cuir de son père, dans lequel la naissance de sir John A. est enregistrée – pour une raison ou une autre, sir John A. Macdonald l’a conservé, peut-être toute sa vie, et il nous est parvenu avec ses…

JO : … documents personnels.

MT : Exactement.

JO : Bien. Est-ce qu’on peut consulter facilement ces documents?

MT : Absolument. Comme je le disais, certains documents sont rares et précieux, mais nous faisons de notre mieux pour qu’ils soient à la fois bien conservés et accessibles. Les chercheurs qui ont un laissez-passer valide peuvent commander la plupart des documents depuis l’édifice du 395, rue Wellington, au centre-ville d’Ottawa; ils peuvent recevoir de l’aide pour ce faire. Certaines pièces doivent être consultées au Centre de préservation, et il faut alors prendre un rendez-vous avec un bibliothécaire ou un archiviste.

JO : Je suppose qu’il faut être accompagné d’un archiviste qui surveille…

MT : Oui.

JO : D’accord. Quelles ressources sont accessibles en ligne?

MT : En plus du catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, il y a plusieurs instruments de recherche utiles en ligne. Le site Web Premier parmi ses pairs est une ressource générale : c’est une exposition en ligne qui parle du rôle du premier ministre au Canada. Une des pages du site est consacrée à sir John A. Macdonald. D’autres ressources sont plus spécifiques… En 2008, Bibliothèque et Archives Canada a créé une exposition en ligne avec les documents dont on a parlé et qui s’appelait [Sir John A. Macdonald :] homme d’État canadien et patriote. L’exposition est très utile, parce qu’elle donne un aperçu des nombreux documents dont a parlé.

JO : Oui, car les documents ne sont pas nécessairement réunis au même endroit, vu que les sources sont si nombreuses.

MT : C’est en plein ça. Ça aide en quelque sorte à rassembler les documents. Il y a des galeries d’images numériques, très utiles pour savoir de quoi les documents ont l’air. Elles sont classées par support. Vous pouvez voir des galeries de tableaux, de photographies, de documents… Ça vaut la peine de les parcourir pour vous donner une idée de l’apparence des documents.

Sur la page d’accueil du site Web de Bibliothèque et Archives Canada, il y a aussi une base de données qui a un lien avec l’exposition. C’est un outil très utile pour faire des recherches dans l’énorme correspondance qui constitue le cœur du fonds John A. Macdonald. L’outil a plusieurs champs qui permettent de faire des recherches par correspondance; c’est vraiment pratique. Comme dans l’exposition, chaque fois que vous faites une recherche, vous obtenez une référence précise au document que vous cherchez, en plus d’une image numérique. C’est un autre instrument visuel très utile.

JO : Oui, surtout pour les documents d’archives, parce que si vous n’avez pas le document devant vous, ou une image, ou une copie, vous ne savez pas de quoi ça parle.

MT : Exactement. Et il y a aussi un album Flickr avec plusieurs images numériques de l’exposition Homme d’État canadien et patriote. C’est un autre moyen de regarder les documents.

JO : Bien. Avez-vous une pièce favorite dans la collection John A. Macdonald?

MT : Excellente question. La collection est si grande et intéressante que c’est difficile de trancher! J’ai fait des recherches récemment, et j’ai été fascinée de découvrir les épreuves rejetées d’une séance de photos à laquelle a pris part sir John A. Macdonald, au studio Topley, à Ottawa. On a les négatifs en verre des séances, qui montrent Macdonald dans cinq ou six poses différentes. Il porte toujours le même costume, parfois avec sa canne ou son chapeau, parfois sans, et on le voit assis ou debout. On peut placer les négatifs côte à côte; c’est vraiment plaisant, et on ne trouve ces documents nulle part ailleurs.

C’est plus intéressant encore de regarder les reçus… On a de magnifiques dossiers de reçus ou d’objets achetés par sir John A. Macdonald, et on a le reçu de la séance de photos, qui montre combien la séance a coûté; c’est vraiment intéressant et amusant.

JO : C’est bien de voir le lien entre les photographies et une autre partie de la collection.

MT : Voilà.

JO : J’ai discuté de l’héritage et des réalisations de sir John A. Macdonald avec Arthur. À votre avis, quelle est sa plus grande réussite en tant que premier ministre?

AM : Comme j’ai dit, c’est le Chemin de fer Canadien Pacifique. Le simple fait d’unifier… Bon, c’est une question d’opinion, mais qu’il ait eu l’idée d’un tel projet, ça frappe mon imagination. C’était complètement fou, on n’était pas censés le faire, et aujourd’hui, la Colombie-Britannique, et probablement l’Alberta et la Saskatchewan, feraient sûrement partie des États-Unis d’une manière ou d’une autre.

John A. Macdonald n’est pas mon idole; il avait ses défauts, comme tous les grands chefs. Par exemple, selon nos valeurs contemporaines, je ne suis pas très fier de son opinion au sujet des Autochtones et des Sino-Canadiens. Mais il vivait au XIXe siècle, et d’une certaine façon, le temps est venu d’étudier les erreurs du passé pour apprendre en prévision de l’avenir.

Mais il était aussi un extraordinaire politicien. Sans lui, je ne pense pas que le Canada existerait aujourd’hui. Son association avec le Canada français et sa capacité d’oublier ses convictions culturelles et religieuses pour faire un partenariat avec Cartier et d’autres ont mené à la création du pays. Après toutes ces années, notre pays fait partie du G7 – probablement le meilleur pays du monde, si j’ose me transformer en partisan un instant… Je pense qu’on le doit en grande partie à Macdonald.

JO : Il avait aussi une vision très progressiste des femmes.

AM : Oui. C’est un côté de lui dont personne n’avait parlé avant Gwyn, tout récemment. Il est le premier premier ministre à avoir appuyé le droit de vote des femmes. La Chambre des communes a rejeté la proposition, mais il a défendu l’idée avec acharnement. Et même s’il a été sévèrement blâmé – à juste titre – pour les traitements qu’il a infligés aux Autochtones, il a appuyé et obtenu le droit de vote des Autochtones au XIXe siècle. Ce droit leur a été retiré plus tard, et leur a seulement été rendu en 1960. Il a fait des choses, si on les regarde de notre…

JO : … point de vue moderne.

AM : Selon notre point de vue moderne, il a fait des choses assez libérales. Ainsi, il est l’auteur d’une grande tradition politique : le pique-nique politique. Il n’y avait pas de télévision ni rien de semblable dans le temps. C’est presque l’équivalent de ce que le président Obama a fait avec Internet pendant sa première campagne. Macdonald, le chef du parti, allait à la rencontre des gens et organisait des grands rassemblements, des pique-niques.

JO : Oui.

AM : Devinez qui était invité? Des personnes qui ne votaient pas : les femmes. Très libéral, mais à l’époque, quand ils en parlaient ils ne s’en rendaient pas compte. Macdonald préférait la compagnie des femmes. Je vous remercie d’avoir soulevé la question, parce que c’est une partie de lui à laquelle on ne pense pas beaucoup. Et il y a le vote des Autochtones – vote qui leur a été enlevé ensuite. Je ne sais pas quel gouvernement l’a fait, mais c’est seulement avec Diefenbaker, en [1960] je pense, que les Autochtones canadiens ont eu le droit de vote… c’est difficile à croire de nos jours.

JO : En effet.

AM : C’est difficile à envisager. J’aimerais raconter une petite anecdote sur un pique-nique, si vous permettez… Une histoire bien connue… Des milliers de personnes sont présentes et transportent le wagon qui servira de podium à Macdonald. Sauf que dans le branle-bas de combat, ils prennent le mauvais wagon. Macdonald saute sur une plateforme remplie de fumier. Les organisateurs se rendent compte de ce qu’ils ont fait au premier ministre et se confondent en excuses, mais Macdonald s’adresse à la foule et dit : « Ce n’est pas nécessaire de présenter vos excuses. C’est la première fois de ma vie que je parle de la plateforme libérale. » J’ai entendu des conservateurs utiliser la citation, des libéraux aussi, et je soupçonne Diefenbaker d’y avoir ajouté son grain de sel, mais c’est vraiment une bonne histoire!

JO : C’est une histoire vraie ou inventée?

AM : Je ne sais pas. Je suis sûr que si on enquêtait… Une bonne partie des histoires les plus connues sur Macdonald viennent d’un livre célèbre intitulé The Anecdotal Life of John A. Macdonald, paru en 1891, je pense.

JO : Ah oui.

AM : Puis, M. Diefenbaker a repris le flambeau, alors il y a des anecdotes savoureuses. C’est difficile de ne pas aimer Macdonald!

Pendant que vous êtes à Kingston, je tiens à remercier Bibliothèque et Archives Canada d’avoir aidé les Canadiens à mieux connaître leur histoire au cours des dernières années et décennies. Dans le cas de Macdonald, il y a un magnifique site Web [Homme d’État canadien et patriote] où sont rassemblés de nombreux documents sur lui, pour que les Canadiens et des citoyens d’autres pays puissent les consulter. Je recommande à tous nos auditeurs d’aller dans la salle de lecture à Ottawa pour étudier leur histoire. Si vous ne pouvez pas vous rendre, allez sur le site Web de BAC, vous ne le regretterez pas.

JO : Merci beaucoup de nous avoir accompagnées aujourd’hui.

AM : Merci! Vous serez toujours les bienvenues à Kingston, comme tous les Canadiens d’ailleurs.

JO : Pour en savoir plus sur les ressources concernant sir John A. Macdonald, rendez-nous visite en ligne sur le site Web bac-lac.gc.ca. Sur notre page d’accueil, choisissez « Découvrez la collection », puis cliquez sur « Politique et gouvernement ». Vous y trouverez des liens vers toutes nos ressources sur la politique et le gouvernement, dont nos sites Web Premier parmi ses pairs et Sir John A. Macdonald : homme d’État canadien et patriote. N’oubliez pas non plus de consulter notre blogue, ledecoublogue.com, pour découvrir d’autre contenu sur la politique et le gouvernement. Pour trouver ce contenu rapidement, cliquez sur « Politique et gouvernement » dans la liste des catégories, à la droite de la page Web.

Merci d’avoir été des nôtres. Ici Jessica Ouvrard, votre animatrice. Vous écoutiez « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada — votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes ». Je remercie nos invités d’aujourd’hui, Arthur Milnes et Madeleine Trudeau.

Pour plus d’information sur nos balados ou si vous avez des questions, commentaires ou suggestions, veuillez nous visiter à www.bac-lac.gc.ca/balados. Un lien vers l’album Flickr sur John A. Macdonald se trouve dans la section « Liens connexes » de cette émission.

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