Les premiers ministres et l’art

Image en couleur d’un buste en tissu qui ressemble au premier ministre John Diefenbaker 055 : Les premiers ministres et l’art
Le 27 juin 2019

Écoutez maintenant [36,8 Mo, durée : 39:47]

Une nouvelle exposition mise sur pied par Meaghan Scanlon, invitée pour la cinquième fois à notre balado, et Madeleine Trudeau, elle aussi employée de BAC, rassemble des œuvres d’art, des artefacts, des documents, des objets, des portraits et des photographies qui révèlent une facette peu connue, mais fascinante, de nos anciens premiers ministres. Cette exposition porte surtout sur la relation des premiers ministres avec l’art.

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Les premiers ministres et l’art

Josée Arnold (JA) : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Josée Arnold, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

Bibliothèque et Archives Canada est le principal service d’archives pour tous les documents en lien avec les premiers ministres du Canada. En plus de leurs archives politiques, BAC possède plusieurs objets intrigants et insolites, de nature moins officielle.

Une nouvelle exposition mise sur pied par Meaghan Scanlon, invitée pour la cinquième fois à notre balado, et Madeleine Trudeau, elle aussi employée de BAC, rassemble des œuvres d’art, des artefacts, des documents, des objets, des portraits et des photographies qui révèlent une facette peu connue, mais fascinante, de nos anciens premiers ministres. L’exposition intitulée Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses, est en cours au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.

Cette exposition porte surtout sur la relation des premiers ministres avec l’art. Elle se divise en quatre grandes catégories : les premiers ministres créateurs, collectionneurs, muses et mécènes. Laissons Madeleine nous en dire plus.

Madeleine Trudeau (MT) : En somme, les premiers ministres qui ont inspiré des œuvres d’art sont considérés comme des « muses ». On a choisi un premier ministre pour représenter chaque catégorie. Pour les muses, c’est sir John Thompson. La section des mécènes rend hommage aux premiers ministres qui soutiennent les arts de différentes façons. C’est sir Wilfrid Laurier qui représente cette catégorie.

On a ensuite les collectionneurs, une catégorie où on trouve tous les premiers ministres qui constituent des collections, que ce soit une bibliothèque ou une sélection d’œuvres d’art. Elle est représentée par sir William Lyon Mackenzie King. Pour les créateurs, on a pris plus de libertés; il n’y a pas de représentant. Par contre, on a toutes sortes d’œuvres d’art réalisées par des premiers ministres.

JA : En 1967, le violoneux et compositeur canadien Graham Townsend a fait paraître son album Graham Townsend Salutes Canada’s Prime Ministers. On va en écouter des extraits au cours de cet épisode. Voici un premier morceau, la valse de sir John A. Macdonald.

[Musique]

JA : On a demandé à Meaghan et à Madeleine comment elles ont eu cette idée d’exposition. À vous, Meaghan.

Meaghan Scanlon (MS) : J’ai eu l’idée pendant une de nos conversations. Je travaille à la collection des livres rares, ici à BAC. Elle contient entre autres la bibliothèque personnelle de Mackenzie King. J’ai beaucoup travaillé sur cette collection, et je me suis vite rendu compte qu’il y avait un tas de découvertes fascinantes à faire. Beaucoup de livres contiennent les dédicaces de personnes que le premier ministre a connues, et d’autres lui ont été donnés en cadeau par des citoyens.

Évidemment, la bibliothèque nous apprend aussi quel genre d’ouvrages King lisait. Il a d’ailleurs annoté certains de ses livres. J’ai aussi été très intéressée par le journal de Mackenzie King, qui a été numérisé.

JA : Attendez! BAC a numérisé le journal de Mackenzie King? Eh oui! Plus de 50 000 pages sont à votre disposition. Toutes les entrées de son journal, de 1893 à 1950, sont en ligne. C’est d’ailleurs le sujet d’un de nos balados!

MS : Quand je tombais sur un livre avec une inscription datée, j’allais retrouver la date dans le journal de King pour voir s’il racontait avoir reçu ce livre-là en cadeau, juste pour avoir une idée de ce qui s’était passé ce jour-là. Je me suis dit : « Ça, c’est passionnant! » J’ai voulu en savoir plus sur les bibliothèques des premiers ministres et leurs habitudes de lecture en général. J’en parlais à Madeleine, et elle m’a dit…

MT : Eh bien… [petit rire] Oui, Meaghan m’a dit : « Ce serait génial de faire une exposition sur le sujet, non? », car elle sait que je travaille ici comme conservatrice. Je suis aussi spécialiste de la collection d’œuvres d’art. Je lui ai répondu que c’était très intéressant d’entendre ce qu’elle avait à dire sur la bibliothèque de William Lyon Mackenzie King, parce qu’il était aussi propriétaire d’une impressionnante collection d’œuvres d’art… qui se trouve maintenant ici, à BAC.

Plus on en parlait, plus on se rendait compte qu’on avait énormément de matière sur Mackenzie King. Mais en poussant un peu plus loin, on a vu qu’il n’était pas le seul à avoir légué toutes sortes de documents intéressants. On s’est dit qu’on avait en main tous les ingrédients d’une très belle exposition.

MS : On a donc élargi notre idée de base pour inclure les autres thèmes dont on a parlé, comme des œuvres inspirées par les premiers ministres, ou le mécénat, parce qu’on savait – ou plutôt, Madeleine savait – qu’il y avait du contenu de ce genre, entre autres, dans le fonds sir Wilfrid Laurier, soit des correspondances entre lui et des artistes. Notre thème général était les interactions des premiers ministres avec le monde des arts.

Le premier ministre actuel, Justin Trudeau, est bien connu pour ses égoportraits et ses séances de photos. Il y a beaucoup de photos de lui avec d’autres personnes. On s’est dit que ce serait intéressant de découvrir les interactions des anciens premiers ministres avec les grands personnages du monde artistique. On s’est plongées là-dedans. Plus on réfléchissait au lien entre les premiers ministres et l’art, plus on trouvait des idées.

MT : On voulait surtout faire quelque chose de léger et d’apolitique, qui proposerait une nouvelle façon de voir nos premiers ministres. Ce sont des documents qu’on ne s’attend pas vraiment à trouver dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. C’est aussi l’occasion de montrer au public des archives qu’il ne connaissait probablement pas.

La plupart des gens, quand ils imaginent la collection de Bibliothèque et Archives Canada, pensent probablement aux notes, aux procès-verbaux et aux documents politiques qui se trouvent dans les fonds officiels de nos premiers ministres. Ils ignorent probablement qu’on a aussi conservé la bibliothèque et la collection d’œuvres d’art de Mackenzie King, par exemple, qui en disent long sur sa personnalité.

JA : Je suis curieuse parce que vous dites que vous avez fait des découvertes au fur et à mesure, en préparant l’exposition. Avez-vous trouvé des objets que vous n’aviez jamais vus ou qui sont particulièrement intéressants? Des curiosités?

MS : Oui! À vrai dire… [petit rire] un tas de choses. Je ne suis pas une grande spécialiste de la collection d’œuvres d’art, alors personnellement, je nommerais toute la liste créée par Madeleine. J’ai trouvé toutes les œuvres exposées vraiment intéressantes.

MT : Désolée de ramener William Lyon Mackenzie King sur le tapis, mais sa collection est un vrai trésor. En fouillant dans des boîtes remplies de ses objets, j’ai mis la main sur un ouvrage intitulé The Book of Thoughts, c’est-à-dire Le livre des réflexions. C’est une sorte de journal intime du 19e siècle, avec du texte préimprimé. Il contient un questionnaire avec des espaces où on peut indiquer son artiste, son poète ou sa citation préférés, des choses comme ça. Et William Lyon Mackenzie King a rempli chaque ligne à la main.

En ouvrant le livre et en lisant le questionnaire, j’avais l’impression qu’il savait qu’on allait préparer l’exposition. C’est comme s’il nous avait fourni des réponses. À ce moment-là, on s’est dit qu’il devait absolument représenter la catégorie des collectionneurs, parce qu’il a tout fait pour nous transmettre des renseignements sur ses goûts artistiques. J’ignorais complètement l’existence de ce livre-là. On connaît bien la plupart des objets de son fonds, comme son journal, mais ce livre-là, on ne l’avait jamais vu, ni l’une ni l’autre.

JA : Voici quelques-unes des préférences artistiques de Mackenzie King, tirées de son livre des réflexions :

Ses poètes favoris? Lord Tennyson, Matthew Arnold et William Shakespeare.

Ses compositeurs favoris? Beethoven et Wagner.

… et parmi ses écrivains préférés, sir Walter Scott et George Eliot.

MS : Une autre découverte formidable dans le fonds King était une œuvre d’Arthur Lismer, un artiste du Groupe des Sept. C’était tout nouveau pour moi. Comme j’ai dit, je ne suis pas spécialiste des arts, mais apparemment, Lismer portait toujours un carnet et un crayon sur lui. Il passait son temps à faire des croquis. Un jour, je parcourais les archives de la collection de Mackenzie King pour trouver des images de lui avec son chien Pat, car il possédait plusieurs livres sur les chiens.

En cherchant, j’ai trouvé une liste qui mentionnait un croquis de Mackenzie King avec Pat, par Arthur Lismer. C’est exactement le genre d’esquisses qui l’a rendu célèbre. On dirait juste un vieux bout de papier, mais le dessin est superbe. J’ai envoyé un courriel à Madeleine pour lui dire qu’il fallait absolument commander cette boîte. Elle l’a fait, et on a examiné son contenu.

Je me rappelle quand on a vu le croquis. On s’est dit : « Le voilà! » On voit tout de suite de qui il s’agit. Il fera partie de la deuxième mouture de l’exposition, à mi-chemin, quand on remplacera une partie des objets par d’autres. Le croquis de Lismer devrait être là vers le milieu de l’été. On était vraiment enthousiastes, parce qu’on s’est dit qu’il était parfait pour notre mur de portraits.

[rires]

MT : C’est juste quelques traits, mais ils rendent parfaitement l’essence du premier ministre.

JA : Voici un autre morceau de Graham Townsend : le strathspey de W. L. Mackenzie King.

[Musique]

JA : Nous avons posé une question sur les coulisses de l’exposition à Madeleine et Meaghan. Comment réalise-t-on une exposition à BAC? Qu’est-ce qui doit être fait pour que le projet se concrétise?

MT : Il y a deux grandes étapes. On commence par choisir les éléments à exposer, ce qui demande beaucoup de recherche. Ensuite, il faut penser à la manière de les présenter. C’est un travail d’interprétation de notre part, mais qui implique aussi une énorme équipe de travailleurs de soutien à BAC. On a entre autres des conservateurs qui examinent les objets choisis et nous disent littéralement comment on peut les exposer; par exemple, si on doit encadrer le document d’une certaine manière pour permettre son entretien, des choses comme ça. Ce sont les deux grandes étapes, et pour les réaliser, ça prend une grande équipe. Nous, on est juste la pointe de l’iceberg.

MS : On a commencé par faire de la recherche pour recenser les documents qu’on avait. On voulait tout synthétiser, puis répondre à certaines questions : quel est le fil conducteur? Quels groupements peut-on faire? Comment organiser l’exposition? Est-ce qu’elle est cohérente? Comment présenter nos idées? On a ensuite rédigé les textes. Puis, le reste de l’équipe a pris le relais. Je ne suis pas spécialiste des expositions.

J’ai déjà contribué à des expositions, mais ce n’est pas mon métier. C’est la première fois que je montais une exposition avec des documents originaux; c’était vraiment intéressant. J’ai pu afficher des œuvres d’art et placer des objets dans les vitrines, ce qui était très agréable. C’est un projet extrêmement ambitieux, qui exige l’apport d’un tas de personnes.

JA : Quel genre d’œuvres d’art pourra-t-on admirer dans l’exposition?

MT : Il y a toute une variété. Au début, comme on a dit, l’idée est née de deux éléments : la collection d’œuvres d’art et la bibliothèque de Lyon Mackenzie King. Dès le départ, on voulait un mur couvert d’œuvres, toutes en lien avec nos anciens premiers ministres. Mais pas n’importe quelles œuvres, des œuvres marquantes et importantes.

L’exposition contient aussi ce qu’on appelle entre nous « le mur de portraits célèbres », parce que chacun des portraits a été réalisé par un artiste réputé ou est bien connu au Canada. Par exemple, il y a le croquis d’Arthur Lismer, du Groupe des Sept, dont Meaghan a parlé, mais aussi le célèbre portrait de Kim Campbell, sur lequel elle semble nue.

MS : Il faudrait préciser qu’elle est cachée derrière sa toge! [rires]

MT : En effet. On pourrait presque dire que ce mur est notre élément vedette. Enfin, une de nos deux vedettes : il y a la magnifique reproduction de la bibliothèque de William Lyon Mackenzie King, et le mur de portraits. Les portraits seront remplacés périodiquement, parce qu’on en a trop. C’est une collection si riche!

Une des versions de l’exposition va nous permettre de montrer plus d’œuvres. Comme je disais, le mur permet d’admirer des photos, des peintures à l’huile et des aquarelles qui sont fascinantes parce qu’elles montrent bien comment les premiers ministres ont inspiré les artistes.

MS : Il y a aussi des croquis au crayon.

MT : C’est vrai.

JA : Ça devait être difficile de faire des choix parmi tous les objets que vous vouliez montrer. Est-ce qu’il y a des documents intéressants qui n’ont pas été retenus?

MT : C’est toujours le cas quand on prépare une exposition. Il vient toujours un moment où il faut se dire : « Cet objet est magnifique, mais il faut le laisser de côté. » C’est encore plus vrai à Bibliothèque et Archives Canada, car les collections sont immenses, de grande qualité, et pleines de documents rares et importants. Par exemple, j’ai trouvé toute une série de caricatures réalisées par différents artistes montrant Pierre Trudeau en train de s’adonner à des activités artistiques, comme la peinture, la danse et le dessin.

MS : Sans oublier le violoncelle!

MT : Oui. Malheureusement, je n’ai pas pu les inclure. Elles seront quand même mises à l’honneur, car je prépare un blogue pour faire connaître ces magnifiques dessins. Mais dans ce cas-ci, on n’avait tout simplement pas de place. Il y a quand même quelques caricatures dans l’exposition, et je vous invite à venir les voir. Il y en a une, entre autres, qui montre Pierre Trudeau en train d’exécuter une pirouette parfaitement réussie.

MS : Devant la reine, bien sûr!

MT : Oui, la reine l’observe et commente, mais je ne répéterai pas ce qu’elle dit.

MS : [rires] Oui, je pensais à ça moi aussi. Au départ, on voulait donner des renseignements sur les mesures que les premiers ministres ont prises pendant leur mandat pour soutenir les arts. Finalement, on a décidé de laisser de côté tout ce qui concernait les activités politiques, parce que c’est plus amusant de tout simplement…

MT : Préparer une exposition apolitique.

MS : Oui, montrer le côté moins officiel.

MT : C’est pareil pour les mécènes. On avait beaucoup de correspondance entre Wilfrid Laurier et le célèbre artiste québécois Suzor-Coté. Il y avait tellement de choix! Malheureusement, on a dû se limiter à une lettre, dans laquelle Laurier s’improvise comme critique artistique. Il parle d’un tableau représentant Jacques Cartier. Suzor-Coté venait de le terminer et il espérait le vendre au gouvernement pour orner les murs du Sénat.

Finalement, ça n’a pas fonctionné. Wilfrid Laurier a pris le temps d’écrire à Suzor-Coté pour formuler des commentaires constructifs. Il explique par exemple que le Jacques Cartier du tableau est un peu trop séduisant, il suggère des modifications, des choses comme ça. Malheureusement, j’ai seulement pu utiliser un extrait du document, mais il y a toutes sortes de lettres extraordinaires comme celle-là.

JA : Madeleine parle ici de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, peintre et sculpteur canadien-français.

MS : Encore un détail. Au départ, quand on parlait des bibliothèques et des habitudes de lecture des premiers ministres, j’ai eu l’idée de compiler leurs références littéraires, par exemple s’ils avaient glissé une citation de roman dans un discours, ou quelque chose du genre. On manquait de place, malheureusement, mais j’ai beaucoup aimé faire cette recherche-là.

MT : Évidemment, il y a une question qu’on me pose depuis que l’exposition est ouverte au public : où est la « robe Trudeau »? C’est un des joyaux de notre collection.

On a décidé de ne pas l’inclure, parce qu’elle a récemment fait partie de plusieurs expositions à Ottawa et d’une autre exposition itinérante de BAC. C’est une robe en papier qui a été conçue pour l’équipe de Trudeau dans le cadre de sa première campagne électorale. Elle est ornée d’un superbe portrait. C’est une œuvre d’art magnifique, qu’on peut porter. Mais on n’a pas négligé la mode pour autant!

MS : C’est vrai! Paul Martin a eu la gentillesse de nous prêter une chemise de la gamme « Paul Martin Canadian ». L’histoire, c’est qu’il existe une collection turque de vêtements bon marché appelée « Paul Martin Canadian ». En gros, l’homme qui l’a conçue cherchait un nom et il s’est mis à faire des recherches sur Google. Je ne sais pas exactement quels termes il a saisis [rires], mais il est tombé sur le nom de Paul Martin et il s’est dit : « Tiens, “Paul Martin Canadian”. Ça fait chic. » C’est ce qu’il a choisi. Une des chemises est très… comment dire… « éclatante »? [rires]

MT : C’est une chemise bleu foncé ornée de motifs dorés et brillants. Ce sont des jaguars finalement.

MS : Notre description dit « chemise avec imprimé de tigres ». Ce n’est pas tout à fait exact, on est désolées! [rires] Enfin, on a une photo de Paul Martin qui porte cette chemise-là. Je pense que monsieur Martin ne serait pas vexé si je disais que son style vestimentaire est généralement conservateur, alors ce n’est pas tout à faire son genre. En voyant la chemise, on ne se dit pas : « Ah, oui, c’est Paul Martin tout craché ». Elle fait désormais partie de l’exposition, c’est génial! C’est une anecdote vraiment drôle, et on est très reconnaissantes qu’il nous ait prêté cette chemise.

JA : À quelle occasion l’a-t-il portée?

MS : Je pense que c’était juste pour une séance photo avec Maclean’s. À mon avis, il ne l’a jamais mise pour un événement.

MT : Il a été très bon joueur; Maclean’s a rédigé un article sur la collection « Paul Martin Canadian », avec une photo de Paul Martin dans cette chemise.

JA : Écoutons un autre morceau de Graham Townsend Salutes Canada’s Prime Ministers : la gigue de sir Mackenzie Bowell.

|Musique|

JA : Nous avons demandé à nos invitées quel premier ministre avait créé le plus d’œuvres d’art.

MS : Probablement Pierre Trudeau? [rires]

MT : Oui! Ce n’est pas une question facile. On en a beaucoup discuté, parce que c’est un des aspects de l’exposition qui pique le plus la curiosité des gens. À vrai dire, il y a plusieurs manières de créer, et différents types de création. La plupart des premiers ministres écrivaient. La littérature fait évidemment partie des genres artistiques présentés dans l’exposition, parce qu’on s’est concentrées sur les bibliothèques des premiers ministres. Mais en général, les premiers ministres ont plutôt joué le rôle de muses, de mécènes et de collectionneurs.

Cela dit, c’est vrai que Pierre Trudeau se distingue : l’exposition contient ses photographies amateurs d’architecture ou de formes architecturales. Par exemple, des photos prises du haut d’un escalier, ou qui représentent des formes géométriques répétées. Il semble avoir pris toute une série de photos de ce genre. Elles font partie de son fonds; c’était très intéressant de les découvrir. Elles sont présentées dans l’exposition. Il y a aussi un poème écrit par l’incontournable William Lyon Mackenzie King dans sa jeunesse.

JA : Il était particulièrement prolifique.

MS : Oui, il consignait tout. Son fonds, comme on disait, est d’une incroyable richesse. Il contient une foule de choses. J’aimerais aussi parler de deux autres premiers ministres. On sait tous que Stephen Harper est musicien. Je ne sais pas s’il est le seul parmi les premiers ministres, mais ça se pourrait. Mackenzie Bowell en est un autre que je trouve intéressant parce qu’il a commencé sa carrière comme assistant chez un imprimeur.

Je ne sais pas quel âge il avait. Il était probablement adolescent, sans doute responsable d’agencer les caractères et d’actionner la presse à imprimer. Il devait toujours avoir les mains pleines d’encre! Vu que je travaille avec les livres rares, je considère l’imprimerie comme une forme d’art. Bowell a travaillé fort pour faire sa place. Il possédait d’ailleurs son propre journal avant de devenir premier ministre, ce que je trouve passionnant.

Quand j’ai parlé de l’exposition à ma mère, elle m’a dit que le plus intéressant, selon elle, était qu’Alexander Mackenzie avait été maçon en pierres avant de se lancer en politique. La maçonnerie n’est peut-être pas la première chose qui vient en tête quand on pense aux arts, mais Mackenzie travaillait avec ses mains. Il créait. C’est tout aussi intéressant, selon moi.

MT : Comme ta mère disait, il y a toute une tradition derrière la maçonnerie écossaise. Certaines œuvres de maçonnerie sont extrêmement complexes, d’une grande beauté. D’ailleurs, on est en train d’en restaurer sur la Colline du Parlement.

JA : Vous avez expliqué comment les premiers ministres créaient des œuvres d’art, inspiraient les artistes et collectionnaient leurs œuvres. Selon vous, qui a été le plus grand défenseur des arts?

MT : Je pense qu’on a tranché la question quand on se demandait qui allait représenter la catégorie des mécènes. On a choisi sir Wilfrid Laurier parce que beaucoup d’artistes lui doivent leur carrière. J’ai déjà parlé du peintre Suzor-Coté, mais il y en a d’autres, bien sûr.

MS : Oui, comme la poète Pauline Johnson, aussi connue sous le nom de Tekahionwake. Laurier a écrit des lettres pour la présenter pendant qu’elle était en tournée en Europe, ce qui l’a vraiment aidée à entrer dans différents cercles et à faire des rencontres. Elle lui a écrit pour le remercier. Il y a aussi Éva Gauthier, une chanteuse d’opéra qui était la nièce de Laurier. Il a financé ses études en musique et elle est devenue une artiste très célèbre. C’est un autre grand nom.

MT : Oui! La première à interpréter des chansons de Gershwin.

MS : Exact. La première chanteuse classique.

MT : Première chanteuse classique, effectivement.

JA : Pour en savoir plus ou pour écouter des enregistrements d’Éva Gauthier, visitez la base de données du Gramophone virtuel, sur le site de BAC.

MS : Je sais qu’on n’arrête pas de parler de Mackenzie King, mais [rires] une des choses que je trouve les plus intéressantes, c’est que King soutenait Yousuf Karsh au début de sa carrière. C’est sans doute un des artistes canadiens les plus connus. C’est King qui a organisé la séance photo avec Churchill, pendant laquelle Karsh a pris son célèbre portrait. D’ailleurs, sur son site Web, Karsh remercie King de lui avoir ouvert des portes. Il affirme aussi que le portrait de Churchill a été déterminant pour sa carrière. C’est une autre histoire passionnante.

JA : On va encore une fois se permettre de faire la promotion de notre balado : tout un épisode est consacré à Yousuf Karsh, le célèbre photographe canadien dont parle Meaghan. Il faut retourner en arrière, à l’épisode 23. On vous invite à le découvrir!

Mais avant, écoutez le reel de sir Wilfrid Laurier, lui aussi par Graham Townsend.

[Musique]

JA : Bon, je vais choisir un premier ministre au hasard. Voyons si vous pouvez me dire quelles œuvres le représentent dans l’exposition. Si on parlait d’Arthur Meighen?

MS : Arthur Meighen est un fervent admirateur de William Shakespeare. Il a même écrit un discours intitulé « Le plus grand Anglais de l’histoire », pour expliquer que Shakespeare était, justement, le plus grand Anglais que l’histoire ait connu. [rires] Ce discours est paru dans un livre, dont Mackenzie King possédait une copie dans sa bibliothèque. Le livre de Meighen se trouve donc dans la partie consacrée à la bibliothèque de King.

On a aussi, dans notre collection, un enregistrement audio de ce discours de Meighen. Je ne pense pas qu’on pourrait le trouver en magasin aujourd’hui, mais BAC en possède un enregistrement sur vinyle. Il me semble – voici un bonus pour votre prochain pub-quiz – qu’Arthur Meighen est le seul premier ministre à avoir fait paraître un album, et c’est justement celui de ce discours. On voulait inclure l’enregistrement audio du discours à l’exposition, mais ce n’était pas possible. C’est donc surtout le livre qui est là pour représenter Arthur Meighen.

JA : Meaghan et Madeleine n’ont peut-être pas pu intégrer l’enregistrement du discours d’Arthur Meighen sur Shakespeare à leur exposition, mais notre équipe a réussi à le dénicher pour vous!

[Clip du discours de Meighen]

JA : Passons à sir John Thompson.

MT : Il est mis à l’honneur dans la catégorie des muses; c’est la plus importante de l’exposition, et il en est la figure principale. Bien sûr, on y retrouve de nombreux autres premiers ministres. On a choisi Thompson parce que son histoire est particulièrement inspirante. On peut dire qu’il est à l’origine d’une des premières tentatives pour obtenir une commande d’œuvres d’art au pays.

En quelques mots, Thompson est mort subitement pendant un dîner avec la reine Victoria. C’était aussi surprenant qu’épouvantable; tout le pays était en deuil. La reine Victoria elle-même s’en est mêlée, bien sûr, vu que Thompson se trouvait en Angleterre. Elle tenait à lui témoigner tout le respect possible. Des funérailles ont été organisées pour lui à Londres, en Angleterre… non, excusez-moi, au château de Windsor.

La reine elle-même a posé certains gestes. Par exemple, elle a placé la couronne sur le cercueil. On trouve même sur la couronne une petite étiquette, signée de sa main. Elle a aussi rédigé une lettre de condoléances à lady Thompson. Le pays tout entier était en période de deuil national; c’est le genre de choses qui se produit encore parfois de nos jours. Ça donne une idée de ce que ça devait être. L’artiste Frederic Marlett Bell-Smith a lui aussi été très touché par la nouvelle.

Il a peut-être vu une occasion de propulser sa carrière artistique et d’obtenir une commande de la part du gouvernement du Canada. Il peignait des tableaux en grand format et pensait réaliser une série de toiles représentant les funérailles de Thompson et l’arrivée de sa dépouille. Son but était de mousser sa carrière et de conclure une des premières grandes commandes d’œuvres d’art au pays.

JA : Frederic Bell Smith se rend donc en Angleterre pour organiser des séances avec la reine Victoria. Il finit par peindre trois tableaux sur la mort de Thompson. Les tableaux qui représentent les funérailles sont vraiment précis, on peut reconnaître des dignitaires dans l’assistance.

MT : On y voit bien sûr la reine Victoria, mais aussi d’autres grands personnages de l’époque.

MS : Sir Charles Tupper, le futur premier ministre, était là aux funérailles. Je pense qu’il était l’ambassadeur du Canada en Grande-Bretagne à l’époque.

JA : Le tableau original des funérailles de Thompson par Frederic Bell Smith était trop grand pour la salle d’exposition : il mesure 2,3 m sur 3,35 m!

MT : On a choisi d’autres artefacts de l’époque qui se trouvent dans la collection de BAC, comme l’étiquette de la couronne signée par la reine Victoria et sa lettre de condoléances. C’est un exemple particulièrement intéressant qui montre comment le décès d’un premier ministre a non seulement provoqué un deuil national, mais aussi inspiré des artistes. En plus des toiles de grand format, on a des portraits miniatures inspirés par la tragédie.

MS : Ce qu’il y a d’intéressant, aussi, au sujet de cette série de tableaux, c’est que l’un d’entre eux a été détruit dans l’incendie du Parlement, en 1916.

JA : C’est une perte énorme.

MS : Littéralement! [rires]

MT : Par contre, on l’a en photo. On l’utilise dans l’exposition pour donner une idée de l’effet que produisent les trois toiles réunies.

MS : Je pense que tu n’as pas encore précisé que la reine Victoria a expédié le corps de Thompson au Canada à bord de son navire de guerre le plus rapide. Un des tableaux montre l’arrivée du navire à Halifax; en fait, c’est celui qui a été détruit.

MT : Exactement. Avec la couronne et la lettre, le fait d’envoyer le Blenheim, son plus rapide navire, était une autre marque de respect de la part de la reine. Le bâtiment a d’ailleurs été peint en noir par respect pour le défunt. C’était un événement marquant des deux côtés de l’Atlantique, qui a inspiré beaucoup d’œuvres d’art.

MS : Voici une autre anecdote apprise pendant un pub-quiz : quand sir Charles Tupper est décédé en Angleterre, c’est également le Blenheim qui a ramené sa dépouille.

JA : Écoutons ensemble la gigue de sir John S. D. Thompson.

[Musique]

JA : Et Jean Chrétien?

MS : Il figure sur le mur des portraits. Il apparaît dans un portrait célèbre du photographe Andrew Danson, auteur de la série Unofficial Portraits. En résumé, le photographe laissait son appareil aux politiciens et leur demandait de faire leur propre portrait. Pour Jean Chrétien, vous avez peut-être déjà vu une photo de lui faisant le salut des scouts. C’est celle-là! On a aussi, sur le mur des célébrités, une photo de Jean Chrétien avec Dan Aykroyd qui est en train de jouer… de quel instrument, déjà? En tout cas, Jean Chrétien joue du trombone. Il est tromboniste amateur.

MT : Aykroyd joue du saxophone.

MS : Du saxophone? The Blues Brothers, c’est ça? On peut les admirer sur notre mur des célébrités, aux côtés des photos de Pierre Trudeau avec John Lennon et Yoko Ono, de Mackenzie King avec Shirley Temple, et de Paul Martin avec Bono. Il existe aussi une photo de Jean Chrétienavec Bono, mais on ne l’a pas choisie. C’est un autre document qu’on a malheureusement dû laisser de côté. Sur la photo, Jean Chrétienporte les lunettes de soleil de Bono!

MT : J’ajoute que chacun des premiers ministres est représenté sur une ligne du temps qu’on a tracée. Ce n’est pas une ligne du temps comme les autres : tous les premiers ministres y sont, et on trouve sous leur photo une anecdote intéressante sur leur relation avec les arts. Ça permet de voir tous les premiers ministres de l’histoire, mais c’est surtout une façon de donner le ton à l’exposition.

JA : Bon, je vais vous en lancer un autre. Pouvez-vous me dire quelle œuvre d’art se rapporte à John Diefenbaker? Qu’est-ce qui le représente dans l’exposition?

MS : On a une caricature de Diefenbaker tracée au crayon par Alma Duncan, qui est, je pense, une artiste reconnue. On a aussi, dans la catégorie des collectionneurs, un livre ayant appartenu à Diefenbaker. C’est un livre particulier parce qu’il a aussi appartenu à sir John A. Macdonald. Diefenbaker l’a peut-être acheté, ou bien il l’a reçu en cadeau. C’est intéressant de constater que les collections des premiers ministres s’entrecroisent : Mackenzie King aussi avait au moins un livre ayant appartenu à Macdonald dans sa bibliothèque.

MT : N’oublie pas notre Diefenbaker rembourré!

MS : Ah, c’est vrai! [rires]

MT : On a une caricature de Diefenbaker en trois dimensions, une des quatre qu’on peut croiser dans l’exposition. Elles ont été créées pour une exposition de caricatures au Musée des beaux-arts de Winnipeg, par l’artiste ottavienne Heather Danilovich.

MS : Heather Danylewich.

MT : Ah oui, pardon! Elles sont vraiment géniales; elles sont faites en tissu et en fourrure.

MS : Enfin, en fausse fourrure.

MT : Ce sont des caricatures, alors les joues de Diefenbaker sont nettement exagérées.

MS : Si vous allez voir la première mouture de l’exposition, vous verrez les caricatures en trois dimensions de sir John A. Macdonald et de Pierre Trudeau. Celle de Pierre Trudeau a une rose en soie sur le revers de sa veste en tweed. Macdonald porte une veste en velours côtelé. Elles sont vraiment bien faites, et très amusantes!

MT : C’est vrai. Elles sont démesurées! En même temps, elles transmettent parfaitement le message de l’exposition : ce sont des œuvres inspirées par les premiers ministres, mais qui représentent aussi l’artiste elle-même.

JA : L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses est à l’affiche jusqu’au 3 décembre 2019, au 395, rue Wellington, à Ottawa. L’entrée est gratuite!

Si vous désirez en savoir plus sur les premiers ministres à Bibliothèque et Archives Canada, visitez notre site Web, à l’adresse bac-lac.gc.ca.

Merci d’avoir été des nôtres. Ici Josée Arnold, votre animatrice. C’était « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada », votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes. Un merci tout spécial à nos invitées d’aujourd’hui, Madeleine Trudeau et Meaghan Scanlon!

Cet épisode a été produit et réalisé par David Knox.

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