Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 2

Dessin en noir et blanc d’un engin qui ressemble à une soucoupe volante. De nombreuses notes, mesures et dimensions sont également indiqués. 054 : Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 2
Le 29 mai 2019

Écoutez maintenant [53 Mo, durée : 58:08]

Après une matinée de travail en forêt et un dîner léger, Stefan se remet au travail : réduire en éclats la veine de quartz qu’il vient de trouver. Le cacardement de quelques oies à proximité, manifestement effrayées par quelque chose, prend Stefan par surprise. Il lève alors les yeux vers le ciel et voit deux objets lumineux descendre vers lui.

Dans le deuxième volet de cet épisode en deux parties, nous discutons de la preuve et de l’enquête entourant l’incident de Falcon Lake. Le fils de Stefan Michalak, Stan, et les chercheurs Chris Rutkowski et Palmiro Campagna se joignent encore une fois à nous pour discuter du cas le plus notoire d’apparition d’ovnis au Canada.

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Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 2

Josée Arnold (JA) : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Josée Arnold, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

Dans le deuxième volet de cet épisode en deux parties, nous discutons de la preuve et de l’enquête entourant l’incident de Falcon Lake. Le fils de Stefan Michalak, Stan, et les chercheurs Chris Rutkowski et Palmiro Campagna se joignent encore une fois à nous pour discuter du cas le plus notoire d’apparition d’ovnis au Canada. Si vous n’avez pas encore écouté la première partie, retournez en arrière et allez l’écouter.

[Reportage de la CBC de 1983]

Harry Brown (HB) : Quelqu’un est-il déjà revenu en rapportant des preuves qu’il avait été à bord de l’un de ces vaisseaux?

Edward Barker (EB) : Absolument. Ici même, au Manitoba, nous avons l’un des cas les plus probants jamais consignés. Il s’agit d’un cas très intéressant. L’incident a eu lieu à Falcon Lake en 1967. L’homme en cause, Michalak, faisait de la prospection. Il s’est arrêté pour le dîner et a vu des lumières vives. Il a levé les yeux. Pendant qu’il observait, un objet est descendu du ciel. L’une de ces choses est descendue du ciel. L’autre s’est envolée, s’est positionnée à environ 160 pieds de lui et a produit toutes sortes de variations de couleurs, comme un spectacle de lumière.

« C’était la chose la plus magnifique qu’il m’ait été donné de voir », a-t-il confié. Elle s’est transformée en un objet argenté de 35 pieds de diamètre. Pendant qu’il l’observait, l’objet a continué de changer de couleur. Michalak a décidé de s’en approcher. Il s’est rendu presque à distance de contact et s’est adressé à l’objet. Pendant qu’il l’observait, une trappe se serait ouverte, à ses dires. Il était en état de régression hypnotique. C’est tout…

HB : Lui avez-vous parlé personnellement?

EB : Personnellement, oui. Comme je l’ai dit, ça remonte à environ 1967.

HB : Est-il toujours vivant et au Manitoba?

EB : Oui. Le résultat de tout cela, c’est qu’il a reculé, parce que l’objet dégageait beaucoup de chaleur et était très brillant. L’appareil s’est incliné et a commencé à pivoter dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Des trous d’aération, ou ce qui semblait être des trous d’aération, se sont retrouvés directement devant lui. Ils l’ont frappé à la poitrine et l’ont fait tomber à la renverse, puis l’objet a décollé. Pour abréger un peu l’histoire, Michalak est devenu très malade. Il a commencé à avoir des nausées, à voir des taches, et il a vomi tout le contenu de son estomac. Après quelques semaines, il avait perdu beaucoup de poids. Sa numération lymphocytaire avait diminué de façon draconienne, presque mortelle.

Tous les symptômes donnaient à penser à un cancer ou à une brûlure par irradiation. Il a été emmené à Pinawa, un établissement local. Il n’y avait aucune trace de radiation. À la longue,  les choses sont rentrées dans l’ordre, et il a repris le travail. Environ neuf mois plus tard, il s’est effondré au travail. Lorsqu’on l’a amené d’urgence à l’hôpital, il avait une série de points sur la poitrine. Ces points sont réapparus tous les trois mois pendant environ 14 mois, environ un an et demi, disons.

HB : À peu près cinq fois?

EB : Oui. Et aucun des médecins à Winnipeg n’a pu en expliquer l’origine.

[Narration]

JA : Ce reportage de 1983 a été présenté à l’émission de la CBC « Take 30 », mettant en vedette Edward Barker, de l’Ufology Research of Manitoba, et Harry Brown, animateur. Voici Stan Michalak.

[Entrevue]

Stan Michalak (SM) : Mon père était un personnage très complexe et intéressant. Je pense qu’il y a ici un autre livre qui raconte son histoire en Europe avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Ce livre décrit vraiment qui il était, ce qui le définit vraiment et ce qui l’a préparé à ses dernières années. Je ne pense pas que beaucoup de gens aujourd’hui peuvent vraiment comprendre les bouleversements que la guerre a causés dans la vie de ceux qui l’ont vécue. Ma mère a passé du temps dans un camp de concentration avec sa sœur et sa mère. Mon père a été envoyé dans un camp de concentration après sa capture.

Quand vous regardez leurs antécédents, et je pense que j’ai essayé de l’exprimer aussi clairement que possible dans le livre, quand vous regardez leurs antécédents, le feu qui les a forgés et qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus, il est plus facile de comprendre l’incident de 1967, de comprendre ses actions, ses réactions, son état d’esprit et la façon dont il a composé avec la situation.

Il est plus facile de comprendre tout cela si vous connaissez l’homme d’abord et si vous savez ce qu’il a vécu dans ses premières années. Comprendre l’homme qu’il était et réaliser ce qu’il a vécu. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je tenais à ce que certaines des expériences qu’il a vécues soient racontées dans le livre, afin que les lecteurs puissent mieux comprendre le genre d’homme qu’il était. Cela rend les choses un peu plus compréhensibles.

J’ai grandi avec la conviction que mon père avait vécu des expériences de guerre, des événements traumatisants, des pertes, de la douleur et de la souffrance horribles, mais qu’il en était ressorti habité par un amour incommensurable pour le Canada, le plein air et la nature sauvage. Il a essentiellement mis tout cela derrière lui et l’a placé dans un petit compartiment bien enfoui. Ce n’est qu’en étant confronté à quelque chose d’inexplicable ou de dangereux que ces choses ressortent. C’était vraiment l’essence même de mon père.

Les événements traumatisants ont ceci de particulier : ils nous montrent vraiment de quoi nous sommes faits, en nous plaçant devant quelque chose de très dangereux ou d’inexpliqué.

Les problèmes qu’il a eus avec les enquêteurs, avec la GRC, montrent simplement qu’il avait du mal à faire face à la situation. Il n’avait pas d’autre référence que sa propre vie, qui était déjà bizarre et étrange, à cause de ce qu’il avait vécu pendant la guerre. Il avait de la difficulté à comprendre : qui faut-il satisfaire? A qui faut-il plaire ici? Qui doit savoir quoi? Ma mère, qui était infiniment patiente, commençait à en avoir assez, parce qu’elle ne savait pas non plus comment gérer la situation. Elle avait autant de difficulté que lui à le garder sain d’esprit et en bonne santé. Il essayait de trouver la meilleure façon de gérer tout cela.

C’est ce qui a rendu l’histoire si traumatisante pour la famille, parce qu’on a connu une période très difficile après l’événement. L’incident lui-même a duré de quelques minutes à quelques heures, une fin de semaine de mai. Le reste des années a été consacré à essayer de composer avec tout cela.

[Narration]

JA : Stan a dit : « Les événements traumatisants nous montrent vraiment de quoi nous sommes faits, en nous plaçant devant quelque chose de très dangereux ou d’inexpliqué. » Inexpliqué, c’est le moins qu’on puisse dire. Qu’est-ce que Stefan Michalak a vu? Était-ce une apparition d’un « autre monde » ou un objet « terrestre »? Les archives de BAC peuvent-elles nous aider à trouver une explication? Encore une fois, voici Palmiro Campagna.

[Entrevue]

Palmiro Campagna (PC) : C’est dans le rapport du caporal Davis qu’on trouve cette série de questions. Il y a une partie générale où il est simplement indiqué que le quartier général des Forces canadiennes est responsable du traitement des rapports de ce genre, et ainsi de suite. Ensuite, sous « Rapports », il est écrit que les messages doivent être adressés au quartier général des Forces canadiennes. Les premiers mots du texte doivent être « À l’intention des Forces canadiennes ». Je ne suis pas sûr de ce que signifie « OC »… Quoi qu’il en soit, Rapport d’OVNI. Tous les rapports doivent préciser la date et l’heure de l’observation, l’état du ciel, l’identité de l’observateur, son emplacement au moment des faits. L’identité des autres témoins de l’incident, une description de ce qui a été vu, de la forme, de la couleur, etc., la durée de l’observation et tout autre renseignement pertinent.

Ces instructions ont été produites par l’ARC le 7 octobre 1966. Comme résumé préliminaire,  c’est formidable. On se dit : « Ah, super, il y a un rapport. Peut-être vaut-il la peine d’y jeter un coup d’œil. » Mais, une fois qu’on entre dans les détails, il faut vraiment commencer à poser beaucoup d’autres questions, à suivre les pistes, à examiner les incohérences – s’il y en a – et à vraiment entrer dans les détails de ce qui se passe…

[Narration]

JA : La Gendarmerie royale du Canada et l’Aviation royale canadienne ont enquêté sur l’incident. Les principaux enquêteurs étaient le caporal J. Davis de la GRC et le chef de l’escadron d’enquête Paul Bissky de l’ARC. Le 23 mai, trois jours après l’observation, le caporal Davis et un autre agent, l’agent Zacharius, sont venus chez Stefan Michalak pour prendre sa déposition. Barry Thompson, membre de l’APRO (Aerial Phenomena Research Organization), un groupe civil qui étudie les apparitions d’ovnis, s’y trouvait également ce jour-là. Les deux agents de la GRC ont parlé à M. Michalak pendant environ deux heures. La GRC est revenue le lendemain, et il a encore une fois rendu compte de ce qui lui était arrivé le 20 mai et de tout ce qui s’était passé par la suite. Les agents Davis et Zacharius ont indiqué qu’il semblait souffrir d’une maladie inconnue et que, par conséquent, il était incapable de les amener sur les lieux de l’incident de Falcon Lake.

SM : Le livre s’intitule When They Appeared, mais il ne parle pas des deux ovnis. Il traite de toutes les personnes qui se sont présentées à notre porte. Je dois vous dire que, quand tout cela a commencé, nous avions l’impression que ça ne finirait jamais. Tout a commencé, naturellement, par la GRC, qui s’est présentée en premier. Ensuite, ils ont fait appel à l’Aviation royale canadienne, puis à Énergie atomique du Canada. Il y a eu ensuite toute une série de médecins, dont aucun ne pouvait faire grand-chose pour Papa. Puis, il y a eu cette organisation intrigante des États-Unis, appelée APRO, qui signifie « Aerial Phenomena Research Organization ».

Cette organisation a essentiellement alimenté le feu de l’hystérie des ovnis. C’était un groupe-culte; je suppose que ce n’est pas le bon mot, mais c’était certainement l’impression qu’ils donnaient. Ils aimaient raconter des histoires sur les ovnis et émettre des hypothèses sur leur lieu d’origine, le nombre d’années-lumière qu’il leur fallait pour atteindre la Terre, et tout le bataclan. C’était assez inhabituel. Nous avions une aile canadienne de cette organisation à Winnipeg. Un de ses représentants est venu à la maison. Ensuite, il y a eu les croyants. Peu importe ce que disait mon père, ils déclaraient : « Je vous crois ».

Franchement, peu lui importait qu’on le croie ou non. Mais ces groupes tenaient absolument à ce qu’il sache : « Oh oui, vous avez des partisans ici. Nous vous croyons. » C’en était presque une religion. Certaines personnes croyaient qu’il avait été contacté par un dieu surnaturel qui… Cela commençait à devenir vraiment ridicule. Des journalistes ont campé sur notre pelouse et nous rendaient visite presque tous les jours; on ne peut pas vraiment les blâmer. Ils faisaient leur travail et, à l’époque, leur travail consistait à obtenir le plus de renseignements possible. Mais, pour cela, ils devaient me pourchasser jusqu’à l’école ou parler à mes voisins, à nos voisins, du genre d’homme qu’était Papa, tout cela.

C’est devenu intrusif et personnel, mais la liste était longue, longue, longue. Nous avons reçu un appel à 3 h du matin de la BBC à Londres. Les choses ont commencé à devenir vraiment incontrôlables, mais, dans tout cela, il y avait quelques personnes dans le groupe d’enquête avec qui une certaine amitié s’est développée… J’avais hâte de les voir. L’un des agents de la GRC, le gendarme Davis, le caporal Davis, devrais-je dire, était un type fantastique. Le gendarme Zacharius. Ces deux hommes ont fait preuve de beaucoup de compassion et ont compris que c’était traumatisant. Ils s’y sont pris avec beaucoup de délicatesse. Ils faisaient leur travail. Ils étaient très efficaces, mais ils étaient conscients que Papa avait de la difficulté à composer avec tout cela et qu’il avait des problèmes.

Le bon côté, je suppose, c’est qu’il y avait dans ce groupe quelques personnes bienveillantes et pleines de compassion qui semblaient se préoccuper des répercussions de cet événement sur la famille. De façon générale, les personnes qui ont fait enquête n’étaient pas dans leur élément. Elles n’avaient aucun document de référence, aucun paradigme, aucun protocole établi pour enquêter sur ce genre de chose. En gros, elles avançaient à l’aveuglette en espérant découvrir quelque chose. L’ARC – l’Aviation royale – n’avait certainement pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Il était très facile pour eux de dire : « Oui, vous savez quoi, je ne crois pas cet homme, mais nous allons faire notre travail de toute façon, parce que c’est notre devoir. Nous allons tout simplement travailler machinalement et, quand tout sera terminé, nous rédigerons nos rapports. » Vous pouviez le voir, vous pouviez le sentir, vous pouviez l’entendre dans leur discours.

[Narration]

JA : Nous avons demandé à Stan s’il pensait que l’enquête visait de quelque façon que ce soit à discréditer son père.

[Entrevue]

SM : Non, pas vraiment. Je ne pense pas, de façon générale. Non, je pense que l’enquête a plutôt fait ressortir des personnalités individuelles. Je pense aux personnes qui ont dit : « Vous savez quoi, je ne le crois tout simplement pas. Je n’arrive pas à le croire. Par conséquent, je vais faire tout ce que je peux pour ne pas être utile ou pour ne pas être rigoureux, ou je vais simplement me faire une opinion et c’est tout. » L’une des opinions qui est ressortie, c’est que Papa avait bu…

[Narration]

JA : Cette théorie a d’abord été évoquée par le chef d’escadron de l’ARC, Paul Bissky. Il a avancé l’idée que Stefan Michalak hallucinait après avoir consommé de l’alcool la veille de l’incident.

SM : Qu’importe si Papa allait à la brasserie et prenait une bière – cela ne veut rien dire. Mais, pour l’un des membres de l’ARC – qui, soit dit en passant, avait ses propres démêlés avec l’alcool –, c’était un problème. Il était déterminé à prouver que Papa était en état d’ébriété. Lorsqu’il a échoué et que l’enquête de la GRC a montré qu’il n’était pas possible que mon père ait été ivre, cette allégation s’est dissipée. Le problème, c’est que, à partir du moment où il a évoqué cette possibilité et à partir du moment où il a commencé sa campagne pour voir si Papa était vraiment un ivrogne, la question a attiré beaucoup d’attention.

Dès qu’une telle allégation fait surface, et dès que les médias ou que quelqu’un d’autre s’en empare, cela devient un problème qui prend des proportions démesurées, et là, le mal est fait. Ce n’était pas une véritable campagne pour le discréditer. C’est plutôt que tous ceux qui ont touché à cette histoire dans des fonctions officielles, tous les enquêteurs qui se sont penchés sur cette histoire, à moins d’être complètement impartiaux et tout à fait disposés à accepter les faits tels qu’ils étaient, tous ces gens se sont formé une opinion. Et, dès lors qu’ils s’étaient formé une opinion, il n’était plus question de changer d’idée.

Par exemple, nous avons reçu chez nous un homme du nom de Stuart Hunt. Il travaillait à Énergie atomique, je crois, ou à Santé et Bien-être social Canada, l’un de ces endroits. Il est venu au Manitoba parce que le risque d’irradiation avait semé la crainte chez le public. On disait : « Oh, mon Dieu! Il y a du matériel radioactif sur les lieux. » Il est venu et a fait des recherches et des tests approfondis, observé, sondé et pris des échantillons. Il a fouillé tous les recoins du Manitoba. Je parle de se rendre à des lieux d’élimination de déchets radioactifs connus, au lieu de travail de Papa et aux établissements de soins médicaux de la ville pour savoir si Papa aurait pu voler des substances radioactives. Il voulait en discuter avec lui et voir l’endroit où l’ovni avait atterri.

Je vous le demande : pensez-vous vraiment que c’était nécessaire ou vous seriez-vous contenté de ce que vous aviez obtenu? Il s’avère que les radiations sur les lieux étaient un peu plus élevées que la normale, ce qui est inhabituel. Les numérations sanguines et lymphocytaires de Papa étaient un peu anormales, oui, c’est vrai, c’est un fait, mais il n’y avait pas assez de matériel radioactif pour fermer tout le parc provincial Whiteshell ou pour créer un quelconque problème de sécurité publique. Mais dès son arrivée, c’était sa priorité absolue. Lorsque vous parlez à des personnes de ce genre, lorsque vous lisez leurs rapports et que vous voyez leurs préjugés, vous vous demandez si elles ne suivaient simplement pas leur propre programme sans vraiment vouloir découvrir la vérité.

[Narration]

JA : Retournons aux archives de BAC avec Palmiro Campagna.

[Entrevue]

PC : Tout ce que la GRC essayait de faire, c’était de confirmer dans quel état il se trouvait. Tout ce qui se passe avec Bissky arrive plus tard. Parce qu’il y a une indication… En fait, je crois que Bissky a même écrit quelque part que, à son avis, M. Michalak avait peut-être bu et aurait pu être victime d’hallucinations [ou] d’autres conséquences, mais que ce n’était qu’une opinion. Il est très clair à ce sujet et il affirme que, à la lumière de tous les autres faits de l’affaire, il ne peut pas vraiment déterminer ce qui est arrivé à M. Michalak. Il recule même un peu sur la question de la consommation d’alcool, mais je pense que tout cela est un peu une diversion.

[Narration]

JA : Maintenant, allons rejoindre Chris Rutkowski.

[Entrevue]

Chris Rutkowski (CR) : Oui, Paul Bissky a certainement eu l’arrogance d’affirmer que l’histoire était sans fondement. Il était convaincu que Michalak avait tout inventé d’une façon ou d’une autre, au point où il a même vérifié les registres d’alcool de l’hôtel pour savoir exactement si Michalak avait pu boire excessivement cette nuit-là. En fait, avec d’autres enquêteurs militaires, ils se sont rendus sur place et lui ont offert à boire au bar pour déterminer s’il mentait, parce que M. Michalak affirmait ne pas être un buveur alors qu’il s’était montré tout à fait disposé à accepter des boissons qui lui étaient offertes.

Il y a probablement une différence ici, et je pense que la plupart des gens comprendraient que Michalak n’était certainement pas alcoolique. Il ne buvait pas à l’excès, mais il buvait dans un contexte social. De là à prétendre que la consommation de quelques verres ou même de trois ou quatre verres le soir précédant son expérience lui aurait fait imaginer un scénario où il serait brûlé physiquement et laisserait des débris radioactifs derrière lui, il y a, je pense, toute une marge.

PC : Les dossiers contiennent aussi des faits concernant la radioactivité mesurée sur les lieux. À cet égard, je ne suis pas certain de la façon dont cela a été décrit dans les médias. C’était peut-être avant que la radioactivité ne soit signalée, mais, quoi qu’il en soit, il est indiqué qu’il y avait bel et bien dans la zone d’atterrissage une très petite parcelle de sol qui renfermait un élément radioactif semblable au radium, qui a été assimilé à la peinture luminescente utilisée à cette époque pour faire briller les montres la nuit et ce genre de choses. Rien de majeur.

M. Michalak a prélevé des échantillons lorsqu’il est retourné sur les lieux de l’incident. Ces échantillons montraient le même type d’élément radioactif ressemblant au radium. Ils ont indiqué que M. Michalak faisait preuve d’un peu d’insouciance à l’égard des échantillons et qu’il les manipulait mains nues. La question en cause ici était que la GRC et l’Aviation royale du Canada se préoccupaient beaucoup de cette question. Mais il ne semblait pas trop contrarié. Il y a une autre chose curieuse au sujet de la radioactivité. Là encore, c’est le représentant de l’APRO qui est en cause. Il a prétendu avoir reçu certains des échantillons de M. Michalak et les avoir envoyés de façon indépendante à des fins d’analyse. Dans au moins un des cas, les résultats indiquaient un niveau de radioactivité plus élevé que ce produit pas le radium, ce qui est parfaitement plausible, mais, encore une fois, nous sommes en présence d’un échantillon compromis.

Personne n’a mis en doute les affirmations selon lesquelles l’échantillon provenait du lieu de l’incident. Mais il aurait été judicieux de faire enquête pour en savoir plus : « D’accord, d’où exactement cet échantillon-ci provient-il? D’où précisément cet échantillon- provient-il? Montrez-nous sur le diagramme. » Ils ont analysé la zone d’atterrissage entière avec trois types de compteurs différents, si l’on peut se fier au dossier écrit, et ils n’ont rien trouvé d’autre que cette petite quantité de matériel radioactif du type de la peinture lumineuse au radium. Encore une fois, nous avons un autre élément de preuve qui est compromis, et nous ne savons pas vraiment où l’échantillon a été prélevé et quel était son contenu. Personne n’a fait enquête. Il s’agit d’une autre question qui est restée sans réponse et que personne n’a abordée plus en détail.

[Narration]

JA : Pour obtenir ces échantillons de sol radioactif, Stefan Michalak s’est rendu sur les lieux en juin, un mois complet avant d’y accompagner la GRC et l’ARC.

[Entrevue]

PC : En ce qui me concerne, ce détail n’est pas vraiment pertinent. Ce qui est plus important, c’est que Michalak finit par trouver le lieu d’atterrissage avec un autre type. Un dénommé Hart. Ensemble, ils ont trouvé le lieu de l’incident. Pourquoi est-ce important? C’est important parce que la GRC précise qu’elle a demandé à Michalak de ne pas toucher à la terre de la parcelle s’il venait à la retrouver. De ne pas la compromettre et de plutôt l’appeler pour qu’elle puisse s’y rendre et faire les vérifications. Ce que les enquêteurs constatent, c’est qu’il ne se contente pas d’y aller avec M. Hart, mais qu’il trouve et retire essentiellement tout ce qui s’y trouve. La chemise de travail brûlée, le ruban d’acier qui lui est prétendument tombé des mains – un ruban à mesurer, je suppose, qu’il a laissé tomber en quittant les lieux – et il emporte tout.

Quelque part dans ce document [PC fait référence à un document d’archives]… On parle de tout l’incident avec M. Hart et ainsi de suite. Quoi qu’il en soit, il y est essentiellement écrit qu’on lui a expressément demandé de ne pas perturber les lieux. Ce qui s’est passé, ici, c’est que, en enlevant tout ce matériel, il a simplement compromis tout le lieu d’atterrissage. Lorsque la GRC se rend finalement sur les lieux, elle dit dans le dossier écrit qu’elle a cherché les restes de la chemise de travail et ainsi de suite. Elle n’a rien trouvé. Soit que tout a été enlevé, soit – et c’est l’opinion d’au moins un d’entre eux, en l’occurrence, peut-être celle de Bissky – qu’il n’y avait jamais eu rien à enlever, parce que le lieu de l’incident a été compromis.

 [Narration]

JA : Nous avons demandé à Chris si d’autres preuves physiques ont été trouvées sur les lieux.

[Entrevue]

CR : Il y avait certainement des preuves physiques. Mais des preuves matérielles ont été trouvées en 1967 et un an plus tard, en 1968, lorsque M. Michalak est retourné sur les lieux. Un compagnon et lui ont trouvé des pièces argentées insérées dans des fissures du rocher que l’ovni a prétendument survolé. Ces pièces ont été récupérées et, lorsqu’elles ont été remises aux enquêteurs, les analyses ont révélé qu’elles étaient radioactives elles aussi. En fait, elles ont permis d’établir que les pièces étaient composées d’argent assez pur recouvert d’une substance adhésive et que du minerai d’uranium radioactif y avait été collé, peut-être parce qu’elles s’étaient retrouvées dans les fissures de la roche.

Ces pièces sont très, très inhabituelles, et elles sont encore radioactives à ce jour. En fait, j’ai fait analyser une des pièces de métal il y a à peine un mois, et elles contiennent encore assez d’énergie, au point où elles doivent être relativement protégées. Assurément, elles sont très, très intrigantes et nous ne sommes certainement pas en mesure d’expliquer exactement comment elles se sont retrouvées là. La pièce métallique qui existe encore et qui fait l’objet d’examens est courbée en forme de W. Ce n’est pas le genre de chose qu’on pourrait s’attendre à retrouver à l’état naturel dans la fissure d’une roche. Le minerai de pechblende est apparemment attaché à l’argent avec une substance collante… Qui a inventé cela? Il est peu probable, à mon avis [rires], que les extraterrestres eux-mêmes se soient donné tant de mal.

Est-il possible qu’une personne ait tenté de rendre l’affaire encore plus palpitante? Ou, en fait, ait préparé une fausse piste pour donner l’impression qu’il s’agissait d’un canular? Cela épaissit assurément le mystère et nous oblige vraiment à prendre un certain recul et à nous demander : « Que s’est-il vraiment passé? »

[Narration]

JA : Nous avons demandé à Palmiro et à Chris s’ils estimaient que l’enquête sur l’incident avait été menée correctement et de façon rigoureuse. Voici Palmiro Campagna.

[Entrevue]

PC : C’est une bonne question. C’est difficile à déterminer, parce que, d’une part, ils ont consacré beaucoup d’effort à l’examen de cette affaire, comme en témoignent le nombre de fois où ils sont retournés sur les lieux, la façon dont ils ont fait enquête et parlé aux témoins et ainsi de suite. Peut-être était-ce davantage un manque d’expérience? Ou simplement parce qu’ils ne savaient pas vraiment comment s’y prendre parce que ça ne ressemblait pas à une scène de crime typique.

C’est malheureux, parce que ces lacunes ressortent dans la documentation. En lisant ces documents, on ne peut s’empêcher de s’exclamer : « Mon Dieu, ils auraient dû poser la question à cet homme. » Avec le recul, bien sûr, on peut dire ces choses. À l’époque, ils pensaient probablement couvrir tous les angles. Pour autant que nous sachions, il y a peut-être d’autres dossiers qui n’ont jamais été remis ou qui ont été détruits. Qui sait?

CR : Je pense, compte tenu du grand nombre d’organismes impliqués et… Je pense qu’il serait difficile d’affirmer que l’enquête n’a pas été menée de façon rigoureuse. Le fait que la GRC et le personnel des Forces canadiennes se soient rendus sur les lieux, et il y avait toute une série d’enquêteurs civils qui s’y sont rendus aussi. Je pense qu’il y avait beaucoup d’intervenants dans ce cas particulier. Aurait-on pu être un peu plus rigoureux? C’est difficile à dire. Nous avons les analyses du métal, il y a des photos du lieu de l’incident. Nous avons une assez bonne description de l’endroit où cela s’est produit. Un endroit que nous trouvons assez facilement, même aujourd’hui, au point où l’une des écuries locales offre une excursion à cheval jusqu’au lieu de l’incident en compagnie d’un guide qui décrit les événements.

C’est le genre de situation où nous savons que quelque chose s’est produit. Les enquêteurs ont interrogé Michalak lui-même, ils ont interrogé la famille. Ils sont allés à son lieu de travail. Certainement, ils ont interrogé les médecins. En fait, le plus gros obstacle auquel se sont probablement butés les enquêteurs civils, c’est qu’un grand nombre des personnes en cause, comme les militaires de la base et les enquêteurs de l’ARC, étaient vraiment inaccessibles. L’enquête civile et l’enquête militaire se déroulaient en vase clos, et il aurait été vraiment utile de voir une certaine collaboration, mais cela était certainement impossible à l’époque.

[Narration]

JA : Après l’enquête sur l’événement, la GRC a conclu que certains faits, comme la maladie et les brûlures de M. Michalak, de même que le cercle très évident qui demeure visible sur les lieux de l’incident, restent inexplicables. De plus, les enquêteurs ont découvert que la roche et la terre renfermaient des contaminants radioactifs à l’endroit où se serait trouvé l’ovni et que l’origine de cette contamination n’a jamais été déterminée. Bien qu’elles aient été examinées par d’innombrables médecins et par des scientifiques réputés, par la GRC, par les ministères fédéral et manitobain de la Santé et du Bien-être social et par l’Aviation royale du Canada, personne n’a pu réfuter ou confirmer les affirmations de M. Michalak.

Nous avons demandé à Stan si son père avait changé sa version des faits au fil des ans.

[Entrevue]

SM : Pas une seule fois. C’est intéressant; j’ai passé du temps dans l’armée et dans les médias. Ceux qui mentent, qui trichent ou qui lancent un canular finissent tôt ou tard par craquer ou par laisser échapper quelque chose ou encore, s’ils ont des complices, par se faire trahir. Il ressort un détail quelconque qui donne à penser que la vérité se situe ailleurs. Rien de tel ne s’est jamais produit. Depuis les 50 dernières années jusqu’à aujourd’hui, rien n’est jamais sorti pour laisser entendre que Papa était capable d’inventer une telle histoire.

L’un des arguments les plus percutants que j’ai toujours utilisés pour répondre aux sceptiques, c’est que, si vous pensez qu’il est possible de monter un tel canular, allez-y et faites-en l’essai. En fait, nous pouvons même utiliser la technologie moderne pour voir si c’est possible, mais vous n’y arriverez pas. Il n’y a aucun moyen de produire physiquement ce résultat. J’entends par là la blessure subie par mon père et les preuves recueillies plus tard. Il n’y a aucun moyen de le faire. Il faut être soit un génie, soit un savant, deux choses que mon père n’était pas, ou disposer d’une équipe de personnes qui peuvent vous aider à monter un tel canular.

De toute évidence, au fil des ans, rien de tel n’est ressorti. Personne ne s’est manifesté, et Papa n’a jamais changé sa version des faits, pas une seule fois. Il n’y a jamais eu de variation. On l’a même mis sous hypnose, et il a raconté tout l’incident exactement comme lorsqu’il était éveillé. Comment fait-on cela? Il faut soit être le plus grand menteur du monde, soit posséder des capacités extraordinaires, ce qui n’était pas son cas. En l’absence de renseignements prouvant le contraire, il faut se résoudre à se dire que c’est la réalité.

[Narration]

JA : Nous avons demandé à Chris ce qu’il pensait des allégations selon lesquelles tout cela était un canular complexe.

[Entrevue]

CR : En effet. En fait, même le rapport Condon, le rapport de l’aviation américaine, affirmait que, si ce cas pouvait être prouvé, on confirmerait certainement l’existence d’objets volants non identifiés dans l’atmosphère. Mais on laissait entendre en quelque sorte que quelqu’un avait tout simplement monté ce canular. J’ai aussi abordé cette question dans un de mes livres : si c’était un canular, il rivalisait avec certains des plus grands canulars jamais montés, parce que cela supposait que Michalak se soit blessé délibérément et qu’il ait pu laisser des traces physiques dans le sol, et pas simplement dans un endroit facilement accessible.

Un psychiatre a évalué Michalak et a conclu qu’il n’avait pas inventé d’histoires. Un bon citoyen, qui avait un bon emploi, qui avait lui-même des antécédents dans l’armée et qui n’avait aucune raison de se livrer à une telle supercherie. Michalak a soutenu jusqu’à sa mort que c’est ce qui lui était arrivé. Il n’avait pas l’habitude de voir des extraterrestres à tous les coins de rue, comme le font de nos jours un grand nombre de personnes contactées ou enlevées. C’est une expérience très inhabituelle qu’il a vécue, et il était aussi perplexe que quiconque.

Je ne pense pas que quelqu’un se donnerait autant de mal pour quelque chose dont il ne tire assurément pas de gains financiers… En fait, il a beaucoup souffert de l’embarras, de l’ostracisme social dont sa famille et lui ont été victimes. Cela semble vraiment, vraiment improbable, parce que le motif ne ressort d’aucune façon évidente.

Je dois dire qu’il est compréhensible de nourrir un certain scepticisme au sujet des ovnis, parce qu’il y a beaucoup de fausses informations et de fausses nouvelles qui circulent au sujet de nombreux témoignages concernant les ovnis. C’est une bonne façon d’aborder et d’examiner ces cas. Mais, lorsque vous faites une enquête et que vous analysez les données et les preuves, vous découvrez que ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas expliquer un phénomène que nous avons affaire à des visiteurs étrangers.

M. Michalak n’a certainement jamais parlé de vaisseaux spatiaux venus d’autres planètes. Il a toujours parlé d’une sorte d’appareil militaire. Je crois que c’est ce qu’il a soutenu jusqu’à sa mort. Je pense que beaucoup de sceptiques abordent cette affaire avec dédain parce qu’ils croient que la preuve va dans le sens d’une visite d’extraterrestres…

[Narration]

JA : Chris ajoute que, dans leur livre, Stan et lui ont pris bien soin de ne présenter que les faits et les données de l’affaire et d’en laisser l’interprétation au lecteur.

CR : …parce que, honnêtement, je ne sais pas ce qui est arrivé à M. Michalak en 1967, à Falcon Lake. Je sais ce qu’il a raconté de son expérience, et je connais les éléments de preuve qui laissent entrevoir que quelque chose de remarquable s’est produit, mais je ne peux tout simplement pas affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’une visite d’un engin spatial extraterrestre, et je ne peux pas affirmer non plus qu’il s’agissait d’une sorte d’engin secret à décollage vertical exploité par les Américains ou les Russes. Je ne vois tout simplement pas les preuves qui vont dans ce sens, mais il est scientifiquement permis de dire simplement que nous ne savons pas. C’est une position scientifique qui dit simplement que nous n’avons pas les réponses définitives et que les données ne se prêtent pas à un absolu.

[Narration]

JA : Nous retournons à Palmiro Campagna.

[Entrevue]

PC : …s’il a fait quelque chose, nous ne le savons pas. Je n’essaie pas de fournir une explication pour réfuter ce qui s’est passé, je rends simplement compte du contenu du rapport écrit et de toutes ces questions qui sont restées sans réponse. En ce qui concerne la nature surnaturelle de l’événement, je conclus que ce n’était pas quelque chose de surnaturel. Pour ce faire, je m’appuie sur les propos de M. Michalak lui-même, qui a affirmé penser avoir observé un objet fait de main d’homme, et il est le principal témoin.

Fait intéressant, peu après cette observation, il y en a eu une autre dans l’Ouest. Cette fois, un des officiers militaires du quartier général a essentiellement déclaré qu’il s’agissait peut-être d’un avion militaire secret. Je me demande : pourquoi ce type ferait-il cette déclaration [rires] et attirerait-il l’attention sur un événement qu’il n’avait pas à mentionner? Il aurait pu simplement dire : « Cette observation, c’était comme tout le reste. Ce n’était rien. » En fait, c’est ce qu’il a dit.

Là où je veux en venir, c’est simplement que, si l’on croit le témoignage de M. Michalak, il se peut qu’il ait vu une sorte de vaisseau fabriqué par des humains. Les gens se sont posé la question : « S’il existe un appareil capable de décoller verticalement, de s’immobiliser et de faire toutes ces manœuvres, pourquoi n’en voyons-nous pas d’autres exemplaires? » Peu importe. Vous pouvez faire faire à un prototype à peu près tout ce que vous voulez quand vous essayez de démontrer un concept, mais cela ne signifie d’aucune façon que l’objet créé est viable et peut être mis en production.

J’ai indiqué que M. Michalak avait peut-être vu quelque chose comme l’Avrocar, une soucoupe volante circulaire mise au point par Avro au début des années 1950 pour le gouvernement américain. Ce projet a été annulé. L’Avrocar ne s’est jamais élevé à plus de trois pieds du sol, a connu toutes sortes de problèmes d’instabilité et ainsi de suite. Nous ne savons pas si le projet s’est poursuivi d’une façon ou d’une autre après avoir été annulé. Je n’en suis pas sûr.

[Narration]

JA : L’Avrocar était un avion à décollage et à atterrissage verticaux mis au point pendant la guerre froide par Avro Canada et l’armée américaine. Il était alimenté par un seul turborotor, et les vapeurs d’échappement sortaient par jante de l’aéronef en forme de disque.

[Entrevue]

PC : Ce qui est intéressant au sujet de l’Avrocar, sans trop dévier de l’incident de Falcon Lake, c’est que le concept appliqué pour faire décoller l’appareil à trois pieds du sol est, essentiellement, identique à celui que nous utilisons maintenant dans la version en vol stationnaire du F-35, qui est en cours de construction pour la Marine. La description complète se trouve dans les archives.

Je ne dis pas qu’on a volé l’idée de l’Avrocar. La physique est la physique, et l’aérodynamique, l’aérodynamique. On a trouvé un concept semblable qui fonctionne. [rires] Le F-35 vole en stationnaire. Oui, il fait beaucoup de bruit et tout le reste. M. Michalak, lui, affirme que l’objet qu’il a vu faisait peu de bruit avant d’expulser le souffle d’air.

Et c’est la partie intéressante. Il reçoit un souffle d’air. Quand on regarde les rapports sur les ovnis, quand il y a une discussion sur la propulsion, on évoque habituellement des concepts d’anti-gravité, une sorte de propulsion électromagnétique, une sorte d’effet géomagnétique qui neutralise le pôle magnétique de la Terre. Peu importe, des trucs ésotériques.

Ici, M. Michalak parle d’un souffle d’air chaud, comme un moteur à réaction ou un moteur-fusée, très terrestre, très conventionnel. Il parle de l’odeur de fils brûlés, du vrombissement de moteurs et de ce genre de choses, très terrestres. Même en ce qui concerne la radioactivité, si on prend du recul et si on se demande : « Peut-être qu’il s’agissait d’un résidu de cet objet qui a atterri. Il a une sorte de mécanisme de propulsion radioactif, atomique. » C’est très terrestre. Aucun des concepts qu’on associe normalement aux objets surnaturels, qui provoquent une distorsion de l’espace et du temps, ou quoi que ce soit d’autre; il n’est question d’aucun de ces facteurs ici. Ce sont toutes des explications très terrestres, venant d’un type qui prétend connaître la machinerie et d’autres domaines connexes.

S’il a vu quelque chose, c’est probablement quelque chose de terrestre. S’il n’a rien vu, cela soulève d’autres questions : que lui est-il vraiment arrivé? Qu’est-ce qui a causé la dépression circulaire visible sur le lieu de l’atterrissage? Les gens l’ont vue. Donc, en fin de compte, oui, nous avons affaire à un incident bizarre, nous avons une personne qui a été malade, nous avons une sorte de dépression dans le sol. Les conclusions finales, c’est que personne ne sait ce qui s’est vraiment passé.

[Narration]

JA : En 2018, la Monnaie royale canadienne a commémoré l’incident de Falcon Lake en frappant une pièce de monnaie ovoïde « hors de l’ordinaire ». La pièce d’une once d’argent pur est luminescente sous une lampe de poche à lumière noire qui est fournie.

Nous avons demandé à Chris s’il utilisait les ressources de Bibliothèque et Archives Canada pour ses recherches sur les ovnis.

[Entrevue]

CR : Absolument. J’ai visité Bibliothèque et Archives Canada à de nombreuses reprises au cours de mes recherches sur les ovnis. Je me suis aussi rendu plusieurs fois à l’Institut Herzberg d’astrophysique du Conseil national de recherches, où j’ai vu le dossier des observations non météoriques. C’était le dossier dans lequel les rapports d’apparition d’ovnis étaient conservés avant d’être transférés aux Archives à la fin de l’année. Les ressources étaient vraiment remarquables.

Il existe un mouvement appelé Mouvement de la divulgation, auquel adhèrent de nombreuses personnes qui s’intéressent de près aux ovnis. Les tenants de ce mouvement croient que certains des renseignements actuellement diffusés dans les médias font partie d’une initiative de divulgation contrôlée par le gouvernement ou une élite d’organismes gouvernementaux, pour nous préparer lentement à une annonce selon laquelle des extraterrestres nous visitent véritablement. Et les adhérents invoquent comme preuve la lente fuite de documents provenant de divers organismes et gouvernements du monde entier. Ils attendent la publication ultime de documents qui prouveront hors de tout doute l’existence des extraterrestres.

Le problème, c’est que, au Canada, les Archives ont toujours rendu ces documents accessibles. Ce n’est que récemment – au cours des 10 dernières années environ – qu’elles ont pu les numériser et les produire en format PDF pour que le public puisse les consulter en ligne. Il ne s’agit pas de fuite de documents, parce que les dossiers du gouvernement sur les ovnis au Canada ont toujours été accessibles au grand public.

[Narration]

JA : Y a-t-il une différence entre la façon dont ces documents sont rendus accessibles au Canada et dans d’autres pays? Les États-Unis, par exemple?

[Entrevue]

CR : Les États-Unis ont un point de vue différent. En fait, le Canada offre un accès relativement libre à ces documents. Le projet BLUE BOOK des États-Unis a achevé ses enquêtes en 1969. Le dossier a été clos en 1970. Les archives américaines ont rendu accessibles les documents du projet BLUE BOOK un peu plus tard, d’abord sur microfilm, puis dans d’autres formats. Après 1970, il n’y a pas d’information sur les documents traitant des ovnis ou d’enquêtes sur les ovnis aux États-Unis.

[Narration]

JA : Vous venez d’entendre Chris mentionner le « Projet BLUE BOOK ». Il s’agissait d’une étude sur les ovnis menée par l’aviation américaine. Ce projet, lancé en 1952, visait à déterminer si les ovnis constituaient une menace pour la sécurité nationale des États-Unis et à analyser scientifiquement les données liées aux ovnis. Au moment où le projet BLUE BOOK a pris fin en 1969, on avait recensé 12 618 signalements d’ovnis, dont 701 demeurent « non identifiés ». Ces dossiers ont tous été déclassifiés et sont accessibles aux chercheurs aux archives nationales des États-Unis.

[Entrevue]

CR : En fait, le Canada détient un avantage par rapport à d’autres pays, surtout les États-Unis, en ce sens qu’il possède un dossier concernant les enquêtes réalisées depuis 1970 sur les ovnis – et les documents sont accessibles.

Je dirais que, si ces documents sont aussi faciles d’accès au Canada, c’est parce qu’ils sont en ligne. En fait, ces derniers mois, j’ai publié des billets de blogue dans lesquels j’ai mis en évidence certains des renseignements facilement accessibles dans les Archives canadiennes au sujet des ovnis, en soulignant certains détails intéressants, comme un rapport d’information de 1967, qui mentionne non seulement le cas de Falcon Lake, mais aussi une série d’autres cas signalés.

[Narration]

JA : Notre dernière question s’adresse à Stan. Pensez-vous que nous aurons un jour une réponse définitive sur ce qui est arrivé à votre père ce jour-là?

[Entrevue]

SM : Non. Si vous êtes une personne réfléchie, logique et normale – il n’est pas nécessaire d’être un scientifique, un génie ou un physicien –, si vous réfléchissez et si vous le faites de façon logique et réaliste. S’il s’agit d’un voyageur qui vient de l’extérieur de notre galaxie ou de notre espace, alors nous avons des incidents inexpliqués, des observations inexpliquées, des phénomènes inexpliqués, qui surviennent dans le monde entier. Si vous êtes le moindrement logique, vous vous dites : « Nous ne pouvons pas être les seuls ici. » Si c’est le cas, eh bien, c’est le cas. Et alors?

Peu importe ce que vous croyez. Si c’est la vérité, s’il y a vraiment des êtres d’autres mondes qui visitent notre planète pour voir qui nous sommes, pour voir où en est notre évolution, pour venir voir si tout va bien une fois que nous aurons fait exploser des bombes nucléaires et envoyé des signaux radio… Si c’est vrai et si vous y croyez, grand bien vous en fasse. Cela ne donne aucune explication en ce qui concerne cet incident. Nous n’avons aucun détail suffisant, cela nous permet seulement d’affirmer : « Eh bien, l’engin aurait pu provenir d’une autre galaxie. » Oui, bien sûr, génial.

Si vous croyez aux conspirations du gouvernement et aux malfaiteurs armés embusqués partout et à toutes les autres histoires secrètes du type « Nous n’avons jamais posé pied sur la Lune » et tout ce bataclan. Si vous croyez à ces choses, alors vous croyez que cet engin vient des États-Unis. Qu’il s’agissait d’appareils d’essai, qu’il y avait vraiment une technologie en place en 1967 pour le faire. Qu’ils nous mentaient depuis le début, la zone 51, etc., etc. Si vous croyez cela, tant mieux pour vous. Excellent, c’est merveilleux. Mais cela ne nous aide pas vraiment à comprendre l’histoire, cela nous donne simplement une idée de l’origine de l’appareil. Cela ne répond pas à toutes les questions. Cela ne nous dit pas pourquoi Papa a été brûlé. Pourquoi là? Il y a une carrière de gravier à trois milles du lieu de l’incident. On pourrait penser que, si quelqu’un était en difficulté, il aurait atterri sur une étendue plane et dégagée. Pourquoi avoir choisi un endroit aussi obscur, au milieu du Bouclier canadien?

Il y a trop de questions qui n’ont absolument aucune réponse logique, sensée et réaliste. À moins que, comme je l’ai dit, vous ne souscriviez à une théorie en particulier. Et, si vous le faites, tant mieux pour vous. Vous avez alors quelque chose qui vous satisfait. Mais je peux vous dire que, en ce qui nous concerne, cela ne nous satisfait pas. Encore aujourd’hui, si mon père était ici et que je lui demandais « Papa, qu’as-tu vu ce jour-là? », il répondrait exactement de la même façon : « Je ne sais pas, c’est à toi de me le dire. » C’est là le fond de cette histoire. J’arrive toujours à la même conclusion : je dois croire mon père, parce qu’il ne peut pas avoir inventé cela, et il n’aurait pas pu monter tel canular. Il n’a aucune compétence pour le faire. Ce qu’il dit doit être vrai, alors je le crois. Ce qu’il me dit, je le crois.

Qu’il y ait ou non des extraterrestres ou des projets gouvernementaux secrets, peu importe. Je le crois, lui, et je crois que les événements de cette journée se sont produits comme il les a décrits. Au-delà de son témoignage, je ne peux rien spéculer. Cela me rendrait peut-être heureux de pouvoir le faire, mais cela ne résoudrait pas vraiment les énigmes de cette histoire.

[Narration]

JA : A ce jour, le Ministère de la Défense considère toujours le cas de Falcon Lake comme non-résolu.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les ovnis et l’incident de Falcon Lake à Bibliothèque et Archives Canada, rendez-nous visite en ligne à l’adresse bac-lac.gc.ca.

Merci de vous êtres joints à nous. Ici Josée Arnold, votre hôtesse. Vous écoutiez Découvrez Bibliothèque et Archives Canada, votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes. Je remercie tout particulièrement nos invités d’aujourd’hui, Stan Michalak, Chris Rutkowski et Palmiro Campagna.

Remercie tout particulièrement à Carolyn Cook et Ellen Bond pour leur participation à cet épisode. Merci aussi a Theo Martin, Sylvain Salvas et Eric Mineault.

Cette émission a été réalisée et conçue par David Knox et Tom Thompson.

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Vous trouverez la version anglaise de tous nos épisodes sur notre site Web, sur iTunes et sur Google Play. Il suffit de chercher « Discover Library and Archives Canada ».

Pour plus d’information sur nos balados, ou si vous avez des questions, des commentaires ou des suggestions, visitez-nous à bac-lac.gc.ca/balados.

[Piste cachée]

SM : Mon père est décédé en 1999. Ceux qui cherchaient encore à percer le mystère nous disaient : « Eh bien, nous voulons interviewer votre père, mais, malheureusement, il n’est pas ici. » Ma mère ne voulait absolument rien savoir des interviews. Cette tâche m’a donc incombé. Ensuite, je communiquais avec Chris et je lui demandais : « Un service de presse a pris contact avec moi pour me demander d’accorder une interview. Selon toi, que devrions-nous faire? » Chris faisait quelques suggestions, et nous décidions s’il fallait accepter ou non. Au fil des ans, quelques réalisateurs nous ont pressentis; soit ils voulaient faire un reportage, soit ils produisaient de courts documentaires.

La meilleure de toutes était probablement « Dossier mystère ». Une production américaine qui parcourait l’Amérique du Nord à la recherche d’histoires bizarres. Ils sont venus nous voir et… Ils nous ont dit : « Nous aimerions faire un reportage sur l’histoire de votre père. Nous allons mettre en service des numéros de téléphone – comme ils le faisaient toujours – et nous allons demander des témoins, des commentaires ou des ajouts, mais nous aimerions couvrir cette histoire. » Il leur a fallu deux ans, et ils nous ont finalement amenés à Deadwood, au Dakota du Sud. À cette époque, il était financièrement impossible pour eux de traverser la frontière pour filmer au Canada, si bien qu’ils ont réalisé le tournage là-bas.

Nous y sommes allés, et ils ont fait un travail très crédible pour recréer l’incident. Ils ont interviewé mon père, moi et Chris, et ils ont présenté une histoire équilibrée qui ne contenait que des faits, très peu de spéculations, et il s’est avéré que c’était la meilleure émission réalisée sur cette histoire. C’est en 1992, je crois, que l’émission a été diffusée pour la première fois. Vous pouvez voir combien d’années se sont écoulées depuis 1967, avant que nous ayons enfin une histoire décente, bien traitée et bien écrite. Il y a eu la première vague, puis le fracassement de plusieurs vagues, puis, quand elles se sont retirées, l’histoire a commencé à sombrer dans l’oubli. Toutes les histoires qui ont suivi, toutes les petites mises à jour étaient plutôt tièdes, elles étaient acceptables, sans plus. Il n’y avait rien de spécial à dire à leur sujet avant « Dossier mystère ».

Nous étions prêts, la famille était prête à accepter qu’il y aurait encore une fois un regain d’intérêt. Mais, étonnamment, il a été de très courte durée et n’a pas entraîné de drame. Il y a eu une poussée d’intérêt, qui s’est elle aussi estompée. Après cette période, nous étions ravis que l’histoire n’ait pas vraiment resurgi. Personne ne voulait vraiment nous parler, et nous en étions parfaitement satisfaits.

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