Les 50 ans d’Expo 67

Affiche d’Expo 67 montrant une hôtesse souriante qui tient un appareil-photo près de son visage. Elle est debout devant le pavillon du Canada. L’inscription « Rendez-vous à Montréal » figure au haut de l’affiche.039 : Les 50 ans d’Expo 67
Le 7 septembre 2017

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L’Exposition universelle de 1967, mieux connue sous le nom d’Expo 67, constitue le moment fort des célébrations du centenaire du Canada. Elle a eu lieu à Montréal, d’avril à octobre 1967, et serait l’exposition la plus réussie du 20e siècle. BAC a conservé la plupart des dossiers sur Expo 67 ces 40 dernières années. Dans cet épisode, nous discutons avec Margaret Dixon, archiviste principale du projet à BAC, de l’héritage laissé par l’Expo et du travail nécessaire pour archiver les documents.

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Les 50 ans d’Expo 67

Geneviève Morin (GM) : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Geneviève Morin, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

L'Exposition universelle et internationale de 1967, mieux connue sous le nom d'Expo 67, a été l'événement phare des célébrations du centième anniversaire du Canada. L'exposition, qui s'est tenue à Montréal d'avril à octobre 1967, est considérée comme la plus réussie des expositions universelles du 20e siècle. Expo 67 a laissé son empreinte sur la ville de Montréal, la province de Québec et le Canada tout entier, procurant aux citoyens un sentiment de fierté pour cette réalisation collective et la reconnaissance internationale de sa réussite.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve la plupart des documents d'Expo 67 depuis 40 ans. On y trouve des dessins d'architecture, des photographies, des documents textuels et promotionnels, et beaucoup plus. Depuis quelques années, BAC travaille très fort afin de rendre ces documents accessibles au public, et les préserver pour les générations futures. Ce n'est pas une mince tâche.

Margaret Dixon, archiviste principale de projet à BAC, nous parlera du legs d'Expo 67, et du travail qui a été accompli pour archiver ces documents.

[Musique]

GM : C'est à l'auteur-compositeur canadien-français Stéphane Venne que revint l'honneur d'avoir été choisi parmi 2 200 candidatures internationales pour composer la chanson thème d'Expo 67, « Un jour un jour ». La chanson était interprétée par Michèle Richard.

Bonjour Margaret, merci d'être avec nous aujourd'hui.

Margaret Dixon (MD) : Bonjour Geneviève, c'est un grand plaisir d'être ici.

GM : Commençons par une question très large : pouvez-vous nous expliquer ce qu'était Expo 67?

MD : Beaucoup de gens ont décrit l'Expo de toutes sortes de manières. Mais je pense que lorsqu'ils disent que c'était là où il fallait être, c'était vraiment là où il fallait être. Ce n'était pas seulement une extraordinaire réalisation pour le Canada, ça l'était aussi pour la ville de Montréal et la province de Québec. Trois paliers de gouvernement ont travaillé ensemble pour mener à bien ce projet dans un contexte où le Canada disposait de très peu de temps pour sa planification, sa construction et sa mise en œuvre... et pourtant, ils l'ont fait.

Alors, vous savez, pour avoir cette réalisation et ensuite avoir le monde à votre porte, en particulier pour un pays et une province qui n'étaient pas nécessairement présents sur la scène internationale, d'avoir tout cela à votre porte, c'était fantastique. Et tout le monde voulait y être. Et quand vous y étiez, c'était sensationnel. Vous n'aviez même pas à entrer dans les pavillons. Vous pouviez simplement vous promener sur le site. Vous pouviez voir tous ces éléments de design et vivre la sensation et l'émotion. C'était vraiment là qu'il fallait être.

GM : Typiquement, qu'est-ce qu'on pouvait voir dans une exposition?

MD : Bien, typiquement — c'est intéressant parce que, traditionnellement, les expositions étaient des foires commerciales où les pays montraient leurs produits et faisaient la promotion de leur économie; ils s'en servaient pour se vendre, n'est-ce pas? Dans les années précédant l'Expo, les expositions ont commencé à changer, et il y a eu un effort concerté, je crois, de la part des planificateurs d'Expo 67 pour en faire un événement davantage axé sur la société. L'Homme et son environnement. Terre des Hommes. Comment l'homme voit-il la société, et de quelle manière utilisons-nous la technologie et les différentes ressources à notre disposition pour résoudre les problèmes de la société? Pouvons-nous faire cela ensemble, pacifiquement?

Alors, cette idée du monde qui se rassemble, qui regarde ce thème et qui essaie de travailler ensemble. Et peut-être pourrions-nous instaurer la paix, en particulier à cette époque où l'on parlait encore de guerre froide. Vous avez la Russie et vous avez les États-Unis, les deux ont des pavillons imposants et participent à l'Expo. Et pourtant, on était toujours en pleine guerre froide. Malgré cela, nous pouvions encore être ensemble d'une certaine manière, et nous pouvions peut-être montrer nos différentes approches ou nos différents points de vue sur la société et comment nous devrions nous y prendre pour régler les problèmes.

GM : Vous dites que les expositions étaient fondées à l'origine sur l'idée de promouvoir les pays, dans un esprit de foire commerciale, mais je pense que l'Expo a conservé un peu de cet esprit, c'est-à-dire que chaque pays avait un pavillon pour présenter ses avancées technologiques, ses prouesses artistiques. C'était le meilleur de chaque pays.

MD : Oh oui, absolument. Je ne crois pas qu'on puisse dire que l'Expo n'avait pas hérité jusqu'à un certain point de cet esprit. Mais je pense que les frontières avaient été repoussées bien au-delà. Et dans ce cas, c'était : quelle est l'influence du design sur notre vie? Quelle sorte de qualité de vie avons-nous? Comment pouvons-nous améliorer notre vie, et comment pouvons-nous le faire grâce au design et à l'innovation? Vous aviez des thèmes comme l'Homme et la santé, l'Homme et la mer, l'Homme et l'environnement, qui faisaient partie du grand thème Terre des Hommes. Bien sûr, il y avait des éléments de promotion dans les pavillons thématiques, mais il y avait aussi des éléments d'innovation et de mise en valeur des expressions culturelles, en particulier dans les films et les produits, et même dans l'architecture des pavillons en utilisant différents matériaux et modes de construction. Tout était bien pensé au point de vue du design; il y avait une cohésion du design, mais aussi des différences. On voulait repousser toutes les frontières.

GM : Vous mentionnez les pavillons. Il y avait des pavillons pour chaque pays, mais il y avait aussi des pavillons thématiques, n'est-ce pas?

MD : Il y avait trois sortes de pavillons, on avait des pavillons…

GM : À Expo 67, il y avait trois sortes de pavillons : les pavillons nationaux, plus d'une soixantaine, représentant tous les pays participants, ainsi que quelques provinces et états américains; il y avait aussi des pavillons commandités par des entreprises privées, notamment Air Canada, Bell, Kodak, le Canadien National et Alcan. Enfin, il y avait des pavillons thématiques, par exemple L'Homme interroge l'univers, L'Homme à l'œuvre ou L'Homme et l'agriculture. Il y avait également le parc d'amusement La Ronde, et Habitat 67, un projet architectural avant-gardiste fondé sur les besoins des humains en matière de logement.

MD : Je pense que si vous essayez d'imaginer ce qu'était l'Expo, évidemment, ce sont les pavillons et certains secteurs en particulier qui vous viendront d'abord à l'esprit. Mais même simplement en marchant sur le site, vous pouviez voir tous ces éléments de mobilier très design. Un des objets les plus intéressants de l'Expo au point de vue architectural — si vous voulez le considérer comme un objet ou un élément d'innovation — c'était la cabine téléphonique, à cause de l'utilisation du plastique et aussi parce qu'elle était placée sous un dôme. Les poubelles, la signalisation, l'affichage pour les toilettes des hommes et des femmes, tout cela a été conçu spécialement pour l'Expo. Cette signalisation internationale, que nous tenons pour acquise, a été créée à ce moment-là.

Vous aviez votre monorail, vos parcours et toute cette expérience. Vous aviez trois îles qui avaient été agrandies ou créées pour servir de base à la construction du site.

GM : L'île Notre-Dame est l'une des îles construites pour l'Expo. Elle a été créée en seulement 10 mois, en utilisant une partie des 15 millions de tonnes de roches excavées pour la construction du Métro de Montréal.   

MD : Mais il y avait beaucoup plus que les édifices et les spectacles. C'était juste un magnifique projet, très audacieux. C'était un ensemble.

GM : Après la fermeture de l'Expo, en octobre 1967, le site et la plupart des pavillons sont demeurés en place. Le site est devenu une exposition appelée Terre des hommes, ouverte durant les mois d'été jusqu'en 1984, année de sa fermeture définitive.

MD : Il y avait aussi les dignitaires. Les gens voulaient venir à l'Expo, la visiter. Il y a eu la princesse Grace Kelly, Jackie Kennedy, la reine Élisabeth et son époux, et aussi...

GM : Ed Sullivan?

MD : Ed Sullivan a donné quelques spectacles.

GM : Et plusieurs acteurs américains sont venus.

MD : Absolument. Des artistes légendaires sont venus à l'Expo. Tout cet enthousiasme n'était pas dû seulement aux infrastructures, mais au fait que les gens sont venus, qu'ils se sont mélangés, et qu'ils ont partagé leurs expériences.

GM : Margaret a raison de dire qu'en 1967, l'Expo était la place où il fallait être. Plusieurs artistes de renom y ont donné des spectacles cet été-là. Parmi les plus connus, il y a eu Dave Brubeck, Bing Crosby, les Grateful Dead, Sarah Vaughn et Luciano Pavarotti.   

MD : Et puis il y avait les hôtesses. Des femmes magnifiques, très intelligentes, qui nous guidaient sur le site et à l'intérieur des pavillons et qui faisaient la promotion de l'Expo. Elles sont allées chez Macy's et à l'étranger pour vendre l'Expo. Elles ont largement contribué à la promotion de l'événement; elles n'étaient pas là simplement pour distribuer des dépliants aux visiteurs. Elles étaient les ambassadrices de l'Expo, et bien entendu, leurs tenues reflétaient la mode de l'époque. Nous l'avons constaté nous-mêmes. Nous avons vu quelques-unes des publicités pour les hôtesses et les hôtes, mais l'accent était mis sur les hôtesses. Nous avons aussi vu des dessins et des photos de leurs uniformes, et nous avons entendu parler de la minijupe de Mary Quant au pavillon du Royaume-Uni, et comment, après l'avoir vue, toutes les femmes raccourcissaient leurs jupes. Toutes les hôtesses ont raccourci leurs jupes.

GM : Elles ont remonté du genou à la mi-cuisse.

MD : Enfin, pas tout à fait à la mi-cuisse. Je dirais à peu près deux ou trois pouces au-dessus du genou.

GM : La controverse autour de Mary, dont Margaret parle, se résume ainsi.

Les hôtesses du pavillon du Royaume-Uni portaient une jupe rouge, blanc et bleu, créée par Mary Quant, une dessinatrice de mode galloise qui a inventé la minijupe. Elle était vraiment courte! Il paraît que les hôtesses d'autres pavillons, ne voulant pas être en reste, ont commencé à raccourcir leur jupe elles aussi.

Durant cette émission, certains employés de BAC partageront leur expérience personnelle de l'Expo 67. Pour commencer, le bibliothécaire et archiviste du Canada, monsieur Guy Berthiaume.

Guy Berthiaume (GB) : Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada. À l'Expo, j'avais 16 ans.

Tout d'abord, pour moi, l'Expo, c'est sûr, c'est un lieu physique, mais c'est d'abord un lieu émotif, c'est un lieu intellectuel, c'est un lieu où j'ai vécu ce que c'est d'avoir 16 ans, pour un garçon, en 1967. Donc, j'ai des souvenirs qui sont plus précis de mes émotions que de ce que j'y ai vraiment vu. J'y ai été, je crois, à chaque jour de cet été-là, puisque j'étais trop jeune pour avoir un emploi d'été. Et c'est là, dans le fond, que je suis devenu, je ne sais pas si c'est un jeune adulte ou un vieil ado, mais en tous cas, c'est là que j'ai connu une ouverture au monde extraordinaire, bien sûr à cause de tous les pavillons, mais aussi une ouverture à la contre-culture. Rappelons-nous qu'à ce moment-là, Robert Charlebois chantait presque chaque semaine au pavillon de la Jeunesse, s'accompagnant d'une guitare seulement avant d'avoir fait le passage à l'électrique. C'est un moment où Claude Dubois était presque aussi chaque semaine à chanter au pavillon de la Jeunesse, où il y avait donc toute une effervescence incroyable!

Non seulement parce que c'était l'Expo, mais aussi parce que c'était un moment sur le plan mondial où les gens se sont ouverts à toutes sortes de nouvelles réalités. Tous les mouvements artistiques ont connu l'explosion sans pareille à ce moment-là, qui ne reviendra jamais parce qu'il y avait une conjoncture d'innocence, de moyens, il y avait beaucoup d'argent pour faire des choses. Imaginez faire une île en plein milieu du fleuve Saint-Laurent, sur le plan écologique, aujourd'hui, ça serait parfaitement impossible, et sur le plan des ressources, des moyens, ça serait complètement impossible. Mais c'était une époque où tout était possible, les gens ne doutaient pas d'eux-mêmes, c'était le plein emploi parce que les femmes n'étaient pas présentes sur le marché du travail donc… on ne refera jamais cette société-là et on ne veut pas la refaire non plus, mais personne ne doutait de son avenir. Personne... À 16 ans, moi, je ne doutais jamais que j'aurais du mal à me trouver un « job », jamais je n'ai eu ces hésitations-là. Donc, c'était vraiment un moment qu'on ne retrouvera jamais, puis en plus dans une vie personnelle, avoir 16 ans, c'est aussi un moment qu'on ne retrouvera jamais. Donc, pour moi, c'est comme la conjoncture parfaite : il fallait avoir 16 ans en 67, et j'avais 16 ans, donc c'était la parfaite conjoncture pour être heureux et [connaître] un été fabuleux.

GM : Trouvez-vous que Montréal a changé après l'Expo 67? Est-ce que l'Expo a changé le Québec et le Canada aussi?

GB : Radicalement, pour en tous cas ce que je peux juger, qui est Montréal et le Québec, ça été un tournant extraordinaire parce qu'on s'est tout d'un coup ouverts à toutes les cultures du monde. Rappelons-nous qu'on avait à la fois l'URSS et les États-Unis qui étaient présents. On s'est ouverts à ces réalités-là. La société québécoise était encore… Bien sûr on avait connu la Révolution tranquille, mais elle était encore très timide dans son ouverture internationale, ne serait-ce que sur le plan de la cuisine. Jamais Montréal n'a été la même après l'Expo; des chefs sont venus, des chefs sont restés. Une ouverture à des cuisines comme celle de la Suisse, celle des pays africains, celle des pays, bien sûr, asiatiques. Donc, on est sortis des quelques restaurants chinois qui faisaient tout l'exotisme, et puis des 3-4 Da Giovanni, après c'est devenu une capitale gastronomique, Montréal. Donc, sur ce plan-là, mais aussi sur le plan de l'ouverture, je pense qu'il y a eu… et là, ce n'est pas singulier à ma génération, même les générations de mes parents et à la limite de nos grands-parents, ont connu une ouverture fabuleuse.

Ils pouvaient voir les gens de Cuba [rire]. C'était comme, à l'époque, impossible, voir les gens de l'Inde, voir les gens de la Thaïlande, c'est comme je vous dis, s'ouvrir au monde à une échelle jamais retrouvée depuis, et qui a été vraiment un vent de fraîcheur fabuleux pour… au moins la région que je connais. Pour le Canada, je ne peux pas vous dire, j'ai ressenti un peu aussi ces sentiments-là lorsqu'il y a eu l'Expo de Vancouver, mais je n'ai pas une appréciation fine de la façon dont ça s'est vécu dans le reste du Canada.

GM : Quand un jeune homme de 16 ans passait le tourniquet, quelle était sa première impression?

GB : Bien, écoutez, à l'époque, la première impression, c'était celle de voir un succès se matérialiser. Rappelons-nous que – et ça été exactement la même chose pour les Olympiques de 76 – jusqu'à la veille de l'ouverture, les gens disaient « ça ne sera pas prêt, ça ne sera jamais terminé, il y a des grèves, il y a de la construction, il y a des problèmes de chantiers… ». Donc, le premier jour, de pouvoir m'y rendre et constater que ça fonctionnait, puis qu'il y avait littéralement des milliers de personnes qui envahissaient le site, c'était un grand étonnement. Et donc la surprise devant le succès, je pense même que les promoteurs de l'Expo ne rêvaient pas d'un succès comme celui-là. Je ne me souviens pas s'ils ont doublé ou triplé, en tous cas, la fréquentation prévue, mais c'était ça… Beaucoup de monde, beaucoup de monde enjoué, il n'y avait pas de d'agressivité. Au contraire, les gens fraternisaient facilement dans les queues, etc. Faut dire qu'on… aujourd'hui on ne peut pas revivre cette période-là d'innocence. C'était vraiment, je vous le dis… [rire]. Aujourd'hui, on ne pourrait pas imaginer ce type de climat. On ne retrouvera jamais ce moment-là.

GM : Avez-vous d'autres souvenirs inoubliables?

GB : Bien, il y en a eu tellement, je peux dire une chose qui, après, est devenue banale mais, à l'époque, qui était complètement nouveau pour moi, en tous cas, et pour mes amis et mon groupe d'amis, c'est en fréquentant le pavillon de l'Inde, de voir les premiers musiciens indiens. Bon, les Beatles avaient un peu fréquenté ce territoire-là quelques années avant, mais nous c'était une première expérience de première main avec la musique indienne, avec sitar, tabla, etc. et ces concerts-là qui duraient des heures et des heures et des heures pour la… sur la même pièce de musique parce que c'est une musique classique mais, en même temps, improvisée. Ça, oui! J'avoue que de le voir de mes yeux, d'y participer en personne pour la première fois, ça été effectivement quelque chose de marquant.

GM : Maintenant, il est temps de fouiller un peu dans le fonds Expo 67 à BAC. Mais d'abord, le « mot du jour de BAC ». Aujourd'hui, c'est le mot fonds.

Tout le monde a eu un jour une collection. Une collection de timbres, une collection de bandes dessinées, ou peut-être même une collection de roches! Alors, qu'est-ce qu'un fonds? Un fonds, écrit f-o-n-d-s, ressemble à une collection; les deux consistent en une accumulation de documents. La différence réside dans la manière dont ces documents ont été accumulés. Les collections sont rassemblées ou regroupées intentionnellement parce qu'elles ont quelque chose en commun; cela peut être un propriétaire, un thème ou un type de document, comme les timbres. Par contre, un fonds se constitue naturellement durant le cours d'une vie ou d'une carrière, sans intention spécifique de la part de son propriétaire. Par exemple, le fonds d'un auteur pourrait contenir des photos de famille, ainsi que de la correspondance avec la famille et des êtres chers. On pourrait aussi y trouver de la correspondance avec une maison d'édition, des collègues écrivains ou son agent littéraire, ou encore des photos prises à l'occasion d'un lancement de livre ou d'une remise de prix. Tous ces documents constituent le fonds d'un auteur. Ils auront été créés dans le cours normal de sa vie personnelle ou de sa carrière en tant qu'auteur. Cette personne aura peut-être, par ailleurs, une collection de timbres, sans aucun rapport avec sa vie de famille ou sa carrière. Si BAC recevait cette collection de timbres, cela constituerait bel et bien une collection.

[Musique]

GM : Vous écoutez Expo 67 Two-Step. Cette pièce musicale était interprétée par Don Messer, une icône de la musique folk canadienne.

Pouvez-vous nous parler du fonds d'archives d'Expo 67 à Bibliothèque et Archives Canada?

MD : Oui, en fait, ce que nous avons à Bibliothèque et Archives Canada, c'est le fonds de la Compagnie canadienne de l'exposition universelle de 1967. Nous avons les documents officiels de cette société. Ils documentent la planification, la conception, la construction, la mise en œuvre, les opérations quotidiennes, tout ce qui a permis de réaliser l'Expo du début à la fin.

Nous possédons les documents officiels de cette société, qui sont très différents de ceux dont les gens peuvent se souvenir. Parmi ces documents, nous avons les procès-verbaux du comité exécutif, divers rapports et études, du matériel promotionnel. Nous avons une quantité considérable de documents textuels, je dirais au moins 124 mètres de documents, dont la majeure partie est accessible, mais il nous reste encore quelques problèmes d'accessibilité à régler. Nous avons des cartes et des dessins d'architecture, plus de 40 000 dessins. Nous avons un grand nombre de photographies, des photographies en noir et blanc et en couleur, des affiches. Il y a aussi quelques documents audiovisuels.

Nous avons donc une collection relativement importante de documents témoignant des opérations de la société — les débuts, la mise en œuvre et les activités qui ont permis de créer l'Expo 67.

GM : Comment en est-on venu à acquérir ces documents?

MD : La société a été incorporée en vertu d'une loi fédérale. Elle s'appuyait sur une entente tripartite entre le gouvernement fédéral, la province de Québec et la ville de Montréal. Elle relevait du Parlement et présentait un rapport annuel de ses activités au ministère du Commerce. Ce sont finalement des documents gouvernementaux. Et nous sommes Bibliothèque et Archives Canada, les dépositaires du patrimoine documentaire du Canada, qui comprend non seulement les archives privées, mais aussi les documents du gouvernement du Canada. La conservation de ces documents fait donc partie de notre mandat.

GM : Pourquoi Bibliothèque et Archives Canada se donne-t-il la peine d'archiver les documents de l'Expo?

MD : Bien... et pourquoi BAC se donnerait-il la peine d'archiver n'importe quel document historique? Parce que ces documents font partie de notre histoire. Ils témoignent de la culture, de la société et du dynamisme d'une époque. Pourquoi ne voudrions-nous pas documenter cela?

GM : Mais c'est une énorme tâche. Vous avez parlé de 40 000 dessins d'architecture.

MD : Oui, c'est vraiment intéressant, parce que si vous considérez cela du point de vue du gouvernement du Canada, ce n'est pas beaucoup. Mais en même temps, c'est beaucoup. Dernièrement, je parlais avec une personne des Archives de l'Ontario. Lorsque je lui ai dit que ces dessins d'architecture provenaient d'un seul fonds, elle m'a dit que c'est ce qu'ils avaient dans l'ensemble de leur collection, en totalisant tous leurs fonds. Mais c'est quand même peu, comparé à ce que nous pouvons avoir dans les archives du ministère des Travaux publics ou des Transports, par exemple, ou n'importe quel autre ministère comme Ressources naturelles Canada; les dessins d'architecture font partie de ce qu'ils créent et de ce qu'ils font.

Ce fonds est unique dans le sens qu'il y a une très grande diversité de documents sur supports spécialisés. Mais pour ce qui est de la quantité, ce n'est pas énorme en comparaison avec d'autres fonds que nous avons dans notre collection.

GM : Vous avez peut-être entendu Margaret parler de « documents sur supports spécialisés ». Cette expression sert à désigner toutes les archives qui ne sont pas textuelles. Cela comprend notamment les photographies, les œuvres d'art, les cartes, les documents architecturaux, les enregistrements audiovisuels, les timbres et bien d'autres choses comme les cartes postales, les macarons et les épinglettes politiques.

L'entreposage représente un véritable défi pour BAC. Nous avons demandé à Margaret comment les documents du fonds Expo 67 sont entreposés et conservés en toute sécurité.

MD : Bien ...[rires]. C'est intéressant. Comment les entreposons-nous? Je crois que nous devrions revenir un peu en arrière. Ce n'est pas seulement la question de savoir comment nous les entreposons, mais aussi comment nous les manipulons. Parce que les documents nous arrivent de toutes sortes de manières et dans des conditions qui sont loin d'être optimales. Par exemple, les dessins d'architecture peuvent être enroulés très serré. Alors ils doivent être détendus. Nous devons avoir un endroit où nous pouvons détendre ces documents, et le faire délicatement pour ne pas les endommager.

GM : Qu'est-ce que vous voulez dire par « détendre »?

MD : Les dérouler et les mettre à plat en faisant attention de ne pas les froisser ou les déchirer. On peut les dérouler doucement ou demander à nos collègues de la préservation d'amorcer ou de faciliter la détente; ils ont d'autres méthodes que nous n'avons pas. Ce sont eux les spécialistes, et nous devons savoir quand les appeler pour nous aider dans ce travail de préservation. Ce n'est pas seulement l'entreposage. C'est la manipulation, et ensuite les documents doivent être rangés dans un type de contenant, de chemise ou de boîte sur mesure, une boîte ou un contenant sans acide.

GM : Quand les documents sont prêts à être entreposés, ils sont transportés dans le principal édifice de conservation de BAC, le Centre de préservation à Gatineau, au Québec. Ce bâtiment, construit en 1997, et toujours à la fine pointe de la technologie, comporte des aires de conservation offrant des conditions environnementales idéales. On y trouve aussi des laboratoires bien équipés pour les activités de préservation. Nous préparons une émission complète de notre balado sur le Centre de préservation; elle sera diffusée à l'automne. Soyez à l'écoute!

MD : Pour nous, ces contenants sont les meilleurs modes d'entreposage. Tous les dessins d'architecture que nous avons replacés dans des chemises grand format seront conservés au Centre de préservation à Gatineau dans des cabinets de rangement spécialement conçus à cet effet et soutenus de manière à assurer leur conservation à long terme.

Nous avons aussi des photos. Nous avons des photos noir et blanc, mais aussi des diapositives et des photos couleur. Ces photos ont besoin d'un environnement particulier, et il y a des chambres froides au Centre de préservation à Gatineau.

C'est intéressant parce que les demandes des chercheurs nous ont vraiment motivés et mis au défi de rendre la collection plus accessible. Par exemple, les photographies couleur sont actuellement conservées en chambre froide.

GM : À moins 18° Celsius.

MD : Oh oui, très froid. Absolument. Quand vous faites la visite guidée au Centre de préservation à Gatineau, et qu'on vous amène dans cette chambre froide, vous mettez un manteau d'hiver, n'est-ce pas? Ça nous fait bien rire, mais il y a une bonne raison à cela; le froid aide à protéger l'émulsion de ces photographies. Quand un chercheur veut voir des photographies, une demande est envoyée de la Référence et les photographies sont retirées de la chambre froide et graduellement acclimatées à une température normale. Et alors le chercheur peut les consulter. Vous ne pouvez pas commander quelque chose et vous attendre à ce qu'on vous l'apporte en cinq minutes ou une demi-heure, ou même une journée. Ça va prendre quelques jours d'acclimatation.

À cause de cela, nous avions des inquiétudes à propos de la conservation des photos; on ne devrait pas constamment les sortir et les remettre dans la chambre froide, parce que ce n'est pas très bon pour les conserver. Les photos devraient être dans la chambre froide ou ne pas y être du tout, mais en fait, nous devons les conserver dans la chambre froide. Alors nous avons décidé de les numériser et nous avons pu en numériser une bonne quantité. Maintenant, les gens n'ont plus besoin de commander ces photos. Ils peuvent faire une recherche sur notre site Web, cliquer sur l'image numérique ou consulter la base de données et demander une image. Et voilà, ils peuvent avoir ces magnifiques photos.

GM : Le fonds Expo 67 comprend environ 15 000 diapositives couleur et plus de 30 000 négatifs noir et blanc. À ce jour, plus de 4 000 images numériques ont été mises en ligne et peuvent être consultées sur notre site Web. De plus, n'oubliez pas notre galerie Flickr consacrée à cette émission, où nous présentons environ 70  images exceptionnelles. Vous pouvez accéder à notre page Flickr en passant par les show notes sur iTunes, ou la page Balados sur le site Web de BAC. 

MD : Un de nos partenaires nous a demandé d'utiliser certaines photographies, du nouveau matériel pour un documentaire. Cela nous a permis d'obtenir les ressources pour numériser une partie de ces photos.

Les demandes des chercheurs nous ont beaucoup aidés à rendre notre collection plus accessible, pas seulement les documents de l'Expo, mais d'autres aussi. Les archives militaires, par exemple, sont très populaires. Nous avons plusieurs autres documents qui intéressent les Canadiens. Nous répondons à cet intérêt. Nous voulons que les gens soient capables d'accéder aux documents qu'ils jugent importants et pertinents par rapport à leur propre expérience de vie. Nous avons ce merveilleux édifice, le Centre de préservation à Gatineau, où nous pouvons conserver ces photos, mais nous devons aussi assurer un équilibre entre les exigences de la préservation et les besoins en matière d'accessibilité.

GM : Alors la numérisation vient à la rescousse.

MD : Ça peut être un bon choix, en effet.

GM : C'est maintenant le tour d'un employé de BAC de nous faire part de ses souvenirs de l'Expo 67.

Normand Charbonneau (NC) : Bonjour, je suis Normand Charbonneau. En 1967, j'avais 11 ans.

Notre famille habitait à Saint-Basile-le-Grand, sur la rive Sud de Montréal. Et mes parents ont économisé pendant des mois pour nous acheter des passeports pour l'Expo. Ça a changé ma vie! De bien des manières. L'expérience que j'ai eue comme jeune Montréalais – je vivais à Saint-Basile-le-Grand, mais je suis né à Montréal, je suis une pure fleur de macadam, je suis… il n'y a pas plus Montréalais que moi! – a transformé Montréal, a transformé les gens de ma génération profondément, ceux qui ont eu la chance d'avoir des parents qui ont été inspirés par l'Expo, qui ont fait des économies et qui nous ont forcé à y aller. Parce que, quand tu as 11 ans, c'est peut-être plus intéressant de jouer à la balle molle que d'aller à l'Expo tous les jours de l'année, de l'été, ce que je fis.

Je suis allé à l'Expo tous les jours de l'été. À l'Expo, j'ai découvert des langues, j'ai découvert des visages différents du mien, de celui de mes deux sœurs et de mon frère, j'ai découvert des cultures par la nourriture. J'ai mangé des « pirogues » pour la première fois à l'Expo, j'ai mangé une pizza aux anchois pour la première fois à l'Expo – je déteste encore les anchois –, j'ai mangé du poulet au beurre pour la première fois à l'Expo. J'ai rencontré des gens en faisant la queue […]. Ceux qui n'y étaient pas ne savent pas qu'on a fait la queue pendant des heures à l'Expo, on passait la moitié de nos journées à faire la queue pour entrer dans les pavillons les plus populaires.

D'autres choses qui sont restées : tout le jeu des canaux. Et il y a eu les Floralies sur l'île Sainte-Hélène, à Terre des hommes par la suite. Tous ces canaux qui sont devenus vraiment très beaux. Si vous y allez l'été faire du vélo, c'est un endroit magnifique. Le pavillon du Québec, le pavillon de la France qui sont devenus le Casino. Mais toutes ces choses qui nous ont changés… mais c'est aussi le contact avec l'autre, n'importe qui, tout le monde qui venait de partout, qui était… qui faisait des efforts pour nous parler en français ou en anglais, qui… avec qui on a fait la queue pendant des heures, découvrir des cultures, découvrir des choses qui ont modifié profondément les jeunes gens qu'on étaient, les jeunes garçons de 11 ans, comme moi, qui se sont laissés porter par l'aventure de l'Expo, parce que c'était une aventure, cette Terre des hommes.

Moi, j'ai eu des amis à l'école, les années suivantes, dont les parents avaient été hôtes ou hôtesses dans les pavillons qui ont immigré au Canada ensuite. Et ça a changé profondément le tissu social; on a compris l'autre, on a compris que ce village gaulois, qui est le Canada français, au nord-est de l'Amérique du Nord, c'est une partie d'un monde où il y a des mondes. L'univers est multiple, et des gens comme nous, il y en a partout, il y a des nuances.

Donc, l'Expo accompagnée dès 67, et les jeunes Montréalais qui ont vieilli, qui ont gagné en maturité peut-être… en âge certainement, ça nous a accompagnés toujours, mais c'est par la chance, d'avoir participé à ça, la vision des créateurs, des organisateurs, et celle de nos parents qui ont investi temps et argent pour nous faire voyager avec eux tout l'été 1967.

GM : Avant de partir, Normand nous raconte une dernière anecdote…

NC : Bon, mon père, pendant les périodes où il travaillait, les jours où il faisait beau… Pour ceux qui connaissent Montréal, sur le pont Jacques-Cartier il y a deux tours au centre, qui sont au-dessus de l'île Sainte-Hélène, une qui est plus du côté de La Ronde, et l'autre plus du côté du parc. On venait de la rive Sud, donc, de Saint-Basile-le Grand. Il rentrait dans la courbe, sur le pont près de la tour, il fallait… on était comme éjecté de l'automobile à ce moment-là, parce qu'il fallait… il ne fallait pas niaiser, on était à l'heure de pointe, il y en avait du monde derrière qui voulait passer et, certains soirs, on l'attendait de l'autre côté. Et c'était une chose assez fascinante qui moi, à l'époque en tous cas, me fascinait, peut-être que ça ne vous fera pas rigoler mais moi, ça me fait encore rigoler. C'était un peu comme une course à relais aux Olympiques : on était un certain nombre de familles, il n'y avait pas de téléphones cellulaires à l'époque, et on savait que le père ou la mère allait arriver en automobile depuis Montréal, puis on se positionnait un peu comme en attente pour recevoir le bâton de l'autre coureur, et là notre père, dans mon cas c'était « papa », il se rangeait et il se plaçait, et nous on s'approchait et on rentrait dans l'auto à toute vitesse pour pouvoir finir la traversée du pont. Aujourd'hui, il se ferait arrêter par la police et il y aurait une plainte à la DPJ, je suis certain.

[Musique]

GM : « Canada » ou « Une chanson du centenaire », a été composée par le chef d'orchestre et trompettiste Bobby Gimby. Elle est interprétée ici par Les jeunes chanteurs du Canada. Cette pièce fut la chanson la plus populaire au Canada en 1967, avec ses 270 000 exemplaires vendus. Elle est devenue la chanson thème non officielle d'Expo 67 et a été enregistrée par plus de 30 musiciens différents! 

En tant qu'archiviste, quelle importance a eue le fonds de l'Expo pour vous, personnellement?

MD : C'est une très bonne question. Vous savez, comme archiviste — et je suis archiviste depuis quelques années — je pense qu'on doit choisir. Vous le savez, on ne fait pas toujours ce qu'on veut. C'est comme un enfant dans un magasin de bonbons, n'est-ce pas? J'aime être une archiviste, et je travaille sur des documents extraordinaires.

Vous savez, on trouve toujours des trésors cachés dans nos collections. Nous possédons ces documents parce que nous avons jugé qu'ils avaient une valeur historique. Tous ces documents ont de la valeur et méritent d'être conservés, mais comment choisir? Pour moi, ça a été un projet, une autre expérience d'apprentissage, à cause de la diversité des documents qu'on y trouve. Et le fait que j'ai vécu personnellement cet événement ne peut pas nuire, n'est-ce pas?

Et de voir la joie et l'étonnement des gens qui, lorsqu'ils découvrent certains des documents que nous avons, sont absolument enchantés. C'est très gratifiant de connaître ce côté vivant de notre histoire; les gens ne trouvent pas toujours l'histoire passionnante. Ils ne sont pas tous archivistes. Mais quand une personne qui n'a pas ce genre de formation peut tout à coup faire le lien avec un événement ou avec des documents, c'est très gratifiant.

GM : C'est ce qui rend notre travail valorisant. [rires]

MD : Oui, ce n'est plus seulement pour nous. Nous réalisons que c'est pour les Canadiens.

GM : Et voici encore un autre employé de BAC, et ses souvenirs de l'Expo.

Elaine Goetz (EG) : Mon nom est Elaine Goetz et je suis une employée de Bibliothèque et Archives Canada. Je suis ici pour vous parler de mon expérience de l'Expo. J'avais six ans à l'époque et je vivais sur une base militaire au sud du Nouveau-Brunswick, dans une région qui s'appelait alors Chatham-Newcastle et qu'on appelle aujourd'hui Miramichi. Nous voyagions dans une familiale, une Pontiac Laurentienne 1966, grosse comme un porte-avions; nous étions six enfants, et ma mère était enceinte. Mes parents étaient assis en avant, il y avait quatre enfants sur le siège arrière et deux autres allongés à l'arrière, sans ceinture de sécurité. Nous avons roulé comme cela jusqu'à Montréal. Nous nous sommes installés dans un camping de la rive sud de Montréal, monté par des militaires.

Je me souviens parfaitement de l'Expo. Les enfants avaient un laissez-passer de sept jours pour 6 dollars. Je me souviens du pavillon du Canada, qui pour moi avait l'air d'une pyramide à l'envers. Pendant qu'on était là, j'ai vu Bobby Kennedy. Je ne savais pas qui il était, mais quelqu'un m'a dit qu'il travaillait pour le gouvernement. L'autre jour, je regardais notre catalogue de l'Expo dans notre bibliothèque… et je suis tombée sur une photo de Bobby Kennedy et trois de ses fils descendant la pitoune. Ils étaient tous en veston-cravate; j'ai trouvé ça plutôt comique. 

Quand on vit sur une base militaire de radar, on se sent isolé, on ne connaît pas grand-chose du monde extérieur. Ce qui fait que j'ai vu mon premier hippie à l'Expo 67. J'ai bien d'autres beaux souvenirs de l'Expo. C'était une époque très passionnante.

GM : Elaine, dites-nous-en un peu plus à propos de ce hippie. Qu'est-ce qui vous a frappée?

EG : Les cheveux longs. Sur la base, tout le monde avait les cheveux très courts et nous n'écoutions pas souvent la télévision. Le samedi soir, il y avait « La soirée du hockey » ou le « Don Messer's Jubilee ». Il n'y avait qu'un seul poste, celui de la CBC. Nous n'avions donc pas beaucoup d'occasions de savoir ce qui se passait dans le monde, alors quand j'ai vu tous ces hommes aux cheveux longs et aux vêtements trop grands, j'ai trouvé ça très bizarre. Je ne savais pas trop ce qui se passait, mais c'était vraiment une belle époque.

Tout ce qui a rapport à 1967 est fascinant, comme les chansons écrites spécialement pour l'Expo. Je travaille aux Services de référence de Bibliothèque et Archives Canada, et on me demande souvent des documents sur l'Expo 67. Chaque fois que je vois passer de tels documents, ça me rappelle des souvenirs. J'en profite souvent pour feuilleter les livres demandés, surtout les albums photos, il y en a tellement! Beaucoup de gens commandent des choses pour commémorer le 150e. C'est très passionnant et ça rappelle beaucoup de souvenirs.

GM : Pourquoi pensez-vous que les gens s'intéressent encore à Expo 67?

MD : [Rires] Bien, j'imagine que ça dépend de qui d'après vous s'intéresse à Expo 67.

GM : Moi, ça m'intéresse beaucoup.

MD : Alors, ceux de votre génération, qu'est-ce qu'Expo 67 vous apporte? Je sais que moi, ça m'apporte certaines choses parce que j'y étais. Je sais que mon beau-frère aussi y trouve certaines choses parce qu'il était un adolescent à Montréal et qu'il allait presque chaque jour à l'Expo. Ce qu'il en retire est quelque chose de très différent. Je pense que chaque personne qui était là a vécu l'Expo à sa manière. Ce que ce fonds d'archives nous apporte c'est qu'il nous aide en quelque sorte à comprendre le contexte plus large. C'est comme faire de la généalogie, n'est-ce pas? Il y a des histoires, des impressions. Mais qu'est-ce qui s'est réellement passé? Quel est le contexte de cette expérience? C'est ce qu'Expo fait.

Et même si vous n'étiez pas là au moment de l'Expo — votre génération n'était pas là — vous pouvez découvrir en partie cette expérience grâce aux documents contenus dans le fonds. Vous pouvez découvrir un pan de notre histoire que vous n'aviez peut-être pas compris avant, parce qu'il vous manquait le contexte. Je pense que lorsque vous consultez n'importe quel document historique, c'est toujours fascinant de faire une découverte. Alors, découvrir l'Expo pour la première fois et voir cette collection complète des opérations quotidiennes de l'organisation qui a créé cet événement, n'est-ce pas passionnant?

GM : Vous avez bien raison. Ça ajoute une couche. Ça ajoute des faits aux histoires que nous entendons. Pendant que vous parliez, je me suis souvenue de cette lettre que nous avons trouvée concernant les hôtesses qui demandaient des modifications à leurs uniformes.

MD : Oui.

GM : Et ce petit chapeau qu'elles portaient, qui avait été conçu spécialement pour que les visiteurs puissent les repérer dans une foule. Il était tricolore, pour que vous puissiez trouver ce petit chapeau très rapidement, et ainsi trouver une hôtesse. Mais ce que le styliste avait oublié, c'est que le site de l'Expo était en plein milieu du fleuve Saint-Laurent et qu'il y avait toujours beaucoup de vent à cet endroit. Alors une des demandes des hôtesses était que, même si elles aimaient beaucoup leur chapeau, il fallait trouver une façon pour qu'il reste sur leur tête, parce qu'il s'envolait tout le temps. Cette petite touche d'humanité ajoute beaucoup au document ou aux photographies des hôtesses avec leur petit bonnet, juste cette petite touche, c'est comme vous dites une découverte amusante, elle ajoute cette petite couche supplémentaire d'intérêt pour l'histoire de l'Expo.

MD : Et elle l'humanise pour vous.

GM : Oui.

MD : À mon sens, ce que fait le fonds de l'Expo — et j'ai vu cela chez plusieurs personnes qui ont travaillé sur ces documents et qui ne connaissaient pas l'Expo avant — c'est qu'il vous captive. L'histoire devrait nous captiver. C'est ce que nous sommes.

[Musique]

GM : Le musicien québécois Marc Gélinas a enregistré sa chanson « Rendez-vous à Montréal » pour l'Expo. Elle figure sur son album de 1968 « Lorsque le rideau tombe ».

Michel Pelletier (MP) : Bonjour, je suis Michel Pelletier, je suis gestionnaire de la section Gouvernance, Environnement, Économie et Sciences à Bibliothèque et Archives Canada. J'avais 6 ans en 1967.

Les choses qui me restent le plus d'Expo 67, c'est l'architecture, le design. C'est étrange parce que j'étais jeune, mais mes souvenirs me reviennent beaucoup, me sont revenus toute ma carrière, toute ma vie, quand je faisais des travaux. Je suis allé en histoire de l'art à cause de l'Expo, je suis allé en histoire de l'architecture probablement à cause de l'Expo, j'ai étudié le design, j'ai étudié l'urbanisme.

C'était… c'était un moment transcendant pour beaucoup de jeunes Montréalais, de jeunes Québécois qui n'avaient pas vu grand-chose de semblable avant. Des pavillons qui me sont revenus toute ma vie dans mes… dont le souvenir me revient souvent. Des pavillons comme le pavillon de l'Allemagne par Otto Frei qui était une immense toile montée sur des poteaux, c'était extrêmement frappant, c'était très lumineux là-dedans, c'était très aérien, il faisait très chaud là-dedans. Il n'avait pas pensé à cela. Mais tous les… beaucoup de pavillons, pas tous les pavillons, mais beaucoup de pavillons, étaient importants architecturalement à l'époque. Je n'avais pas la perspective pour comprendre ça, là, mais je l'ai compris avec les années… après.

Je sais que quand j'ai étudié l'architecture après, quand j'ai étudié l'art, il y a beaucoup des œuvres, beaucoup de… beaucoup des références qui présentaient des composantes d'Expo 67. Qu'est-ce qui est un souvenir de l'époque, qu'est-ce qui a été construit par après, ce n'est pas clair, mais ça a marqué ma vie, et ça a marqué toute une génération. Avec la perspective, je me rends compte que ça a probablement moulé mes goûts, je suis devenu un historien de l'architecture moderne probablement parce qu'à 6 ans, j'ai été marqué par la modernité de l'Expo.

Josiane Polidori (JP) : Alors bonjour, mon nom est Josiane Polidori, je travaille à Bibliothèque et Archives Canada, aux Archives littéraires, de musique et des arts de la scène, et j'ai des souvenirs très précis de l'Expo 67.

J'avais 10 ans à l'époque et, comme ma famille habitait à Saint-Lambert, on était juste à côté, je suis allée très souvent avec ma mère et ma petite sœur Marie-France qui avait 7 ans. Et c'était pour moi l'Expo, c'était une leçon d'autonomie, parce qu'après y être allée quelques fois avec ma mère, elle m'a laissé y aller seule avec ma sœur. Donc, on prenait l'autobus, une station de métro de Longueuil jusqu'à l'île Sainte-Hélène, et après on allait toutes les deux à l'Expo.

Et les souvenirs les plus précis, c'était lorsque j'étais avec ma sœur, on retournait souvent au pavillon de la Tchécoslovaquie. Je sais que c'était souvent, c'était un pavillon favori pour beaucoup de personnes. Il y avait des éléments techniques, qui maintenant ne m'intéresseraient peut-être plus, tous les aspects de cinéma et…avec des… des aspects interactifs, mais à l'époque ce n'est pas ça qui m'intéressait. Ce que vraiment j'ai adoré, et je me souviens encore de façon très vive, c'est les animations de marionnettes. Il y avait de grandes vitrines d'exposition de marionnettes faites par Jiří Trnka, un animateur, un réalisateur de films d'animation. Des marionnettes qui étaient peut-être grandeur presque nature pour des enfants, d'une grande beauté, très poétiques.

Alors, il y avait l'arbre des contes, il y avait aussi le… une histoire tirée de Shakespeare, je pense, Songes d'une nuit d'été, quelque chose comme ça, mais des scènes magnifiques avec des décors avec des arbres mais tous faits à la main, des jardins merveilleux, et on pouvait voir des extraits des films de Jiří Trnka. Il y avait aussi d'autres cinéastes d'animation dont Karel Zeman. Et il y a quelques années, quand je travaillais… Avant d'arriver à BAC, quand je travaillais dans le domaine de la littérature jeunesse, j'ai rencontré l'illustratrice Ludmila Zeman qui m'a… – je lui ai raconté ça, l'Expo et tout – et [elle] m'a dit qu'elle était une jeune fille et elle travaillait pour son père et elle a fait certaines des marionnettes qui ont été exposées à l'Expo 67. Alors, l'année dernière, j'ai fait l'acquisition de certains dessins de Madame Zeman, alors c'est comme un cercle qui se… une boucle qui se boucle là, avec Madame Zeman qui a participé à l'Expo alors qu'elle était encore en République tchèque, ensuite elle a, elle immigre au Canada et certains de ses dessins sont maintenant dans nos collections. Alors c'est quelque chose qui m'a beaucoup touchée, et c'est resté là, dans ma mémoire.

GM : Quelles sont les prochaines étapes pour le fonds de l'Expo?

MD : Le travail n'est pas fini et je ne suis pas certaine de vivre assez longtemps pour le voir terminé [rires]. Ce que je veux dire, c'est qu'on doit toujours être capable de surveiller la collection pour s'assurer qu'elle est en bon état. Nous devrons poursuivre la numérisation, le travail sur les dessins d'architecture, le travail sur les documents textuels et mieux décrire les documents, trouver de meilleurs points d'accès, améliorer tout simplement le fonds afin de répondre aux demandes des chercheurs, mais sans mettre en péril sa conservation à long terme.

Comme je l'ai dit, on ne peut pas toujours choisir. Ou on ne peut pas toujours tout faire, alors il faut choisir dans ce qu'on entreprend, ce qui peut faire une différence ou non. Parfois, vous tombez sur une de ces collections très souvent utilisées, et vous voyez ce qui arrive quand on la manipule sans arrêt. Si vous découvrez cela et que savez que c'est grave, vous devez agir. Vous devez vous dire, hmm, il y a peut-être lieu de faire un projet de numérisation ici, ou nous devons faire quelque chose pour que ces documents survivent un autre cinquante ou cent ans, ou plus encore. Vous devez être stratégique dans votre travail. Et c'est ce que le fonds de l'Expo a fait pour moi, il m'a aidée à être stratégique.

GM : Oh, quel fonds amusant.

MD : En effet.

MD : En fait, ça me rappelle pourquoi j'aime tellement être une archiviste. Je travaille avec des collègues, mais je suis l'archiviste responsable. Je suis archiviste de projet. Ma spécialité, ce sont les archives gouvernementales. Je m'occupe surtout des documents textuels, qu'ils soient sur support papier ou électronique. Je travaille en collaboration avec les ministères et j'ai une expertise limitée, maintenant peut-être pas aussi limitée qu'elle l'a déjà été, mais disons que je n'ai pas le même genre d'expertise que mes collègues des médias spécialisés. Alors, c'est très, très important d'être capable de travailler en équipe, parce que je ne peux pas faire cela toute seule.

Et ce projet m'a vraiment démontré l'importance de la collaboration avec mes collègues et l'incroyable savoir que nous possédons dans cette institution. Et quand nous travaillons ensemble à un objectif commun, celui de rendre nos documents accessibles et de les préserver, nous faisons des choses formidables.

GM : C'est vrai que vous avez une équipe extraordinaire. Vous avez des archivistes de la photographie, des archivistes de la cartographie, des archivistes de l'architecture qui connaissent aussi les cartes un petit peu—un petit peu ou beaucoup. C'est un projet qui nécessite toute une équipe de spécialistes pour rendre les documents accessibles au public canadien de manière adéquate.

MD : Et pas seulement des archivistes spécialisés dans ces supports. Je compte sur des adjoints en archivistique pour télécharger les descriptions dans notre base de données. Je compte aussi sur l'équipe de numérisation pour me dire ce qu'ils font. Ils comptent aussi sur moi. Pour faire ce que nous avons à faire, nous devons travailler tous ensemble et réfléchir à ce qui est le mieux à long terme pour cette collection.

GM : Et s'assurer qu'il soit encore là pour le 75e anniversaire de l'Expo.

MD : Absolument.

GM : Pour en apprendre davantage concernant le fonds de l'Expo 67 à BAC, venez nous visiter en ligne à : bac-lac.gc.ca. Pour voir les images associées à ce balado, vous trouverez un lien vers notre album Flickr en vous rendant sur la page web de cet épisode. Et si vous avez aimé cet épisode, vous êtes invité à vous abonner au balado. Vous pouvez le faire par l'entremise d'iTunes, Google Play ou du flux RSS qui se trouve sur notre site web.

Merci d'avoir été des nôtres. Ici Geneviève Morin, votre animatrice. Vous écoutiez « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada ‒ votre fenêtre sur l'histoire, la littérature et la culture canadiennes ». Un grand merci à nos invités d'aujourd'hui, Margaret Dixon, Guy Berthiaume, Michel Pelletier, Normand Charbonneau, Elaine Goetz et Josiane Polidori. Merci aussi à Emma Hamilton Hobbs, archiviste de la photographie, pour son aide dans la préparation de cet épisode de la galerie Flickr.

Cet épisode a été produit et réalisé par David Knox avec l'aide de Paula Kielstra.

Pour plus d'information sur nos balados, ou si vous avez des questions, commentaires ou suggestions, visitez-nous à bac-lac.gc.ca/balados.

Crédits :

Expo 67 Two Step / Don Messer & His Islanders
Centennial Souvenir Album, 1967
Apex ALF 1644

Montreal gets the call to host Expo 67
CBC News Roundup, le 13 novembre 1962
© CBC

Pearson, Lester B. – Discours, le 27 avril 1967
Fonds Lester B. Pearson
ISN 310116

Rendez-vous à Montréal / Marc Gélinas
Lorsque le rideau tombe
© 2001 Disques Mérite

Une chanson du centenaire : Canada/ Les jeunes chanteurs du Canada
Paroles et musique de Bobby Gimby
© 1967 La commission du centenaire

Un jour Un Jour / Michele Richard
Paroles et musique de Stephane Venne
© 1963 Compagnie canadienne de l'exposition universelle de 1967

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