Le drapeau canadien et la feuille d’érable à jamais réunis

Conférence de presse de Lester B. Pearson au sujet du nouveau drapeau, décembre 1964018 : Le drapeau canadien et la feuille d’érable à jamais réunis
12 février 2015

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Notre drapeau, avec son emblème si caractéristique de la feuille d’érable et ses couleurs vives – le rouge et le blanc – est devenu un symbole si fort pour notre pays, qu’il est difficile d’imaginer qu’il n’existe que depuis 50 ans. C’est le 15 février 1965 que le nouveau drapeau a flotté pour la première fois sur la Colline du Parlement. Mais le chemin parcouru pour trouver le nouveau modèle de drapeau a été parsemé d’embûches. Dans cette émission, Glenn Wright, archiviste retraité de BAC, raconte l’histoire du drapeau et la controverse qui a entouré sa création.

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Le drapeau canadien et la feuille d’érable à jamais réunis

Jessica Ouvrard : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici, Jessica Ouvrard, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors dont recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

Notre drapeau, avec son emblème si caractéristique de la feuille d’érable et ses couleurs vives, le rouge et le blanc, est un symbole si fort de notre pays qu’il est difficile d’imaginer qu’il existe seulement depuis 50 ans. Le 15 février 1965, le nouveau drapeau flotte sur la Colline du Parlement pour la première fois. Mais le chemin parcouru pour adopter le nouveau modèle était parsemé d’embûches. Dans cette émission, l’archiviste retraité de BAC, Glenn Wright, raconte l’histoire du drapeau et la controverse qui a presque empêché sa naissance.

Si vous voulez voir des images en lien avec cette émission, vous pouvez le faire en regardant notre album sur Flickr tout en écoutant cette émission.  Allez à www.bac-lac.gc.ca/balados.

Bonjour Glenn, merci d’être ici aujourd’hui. Pourriez-vous nous parler de votre expérience et de votre carrière à Bibliothèque et Archives Canada?

Glenn Wright : J’ai eu deux carrières à Bibliothèque et Archives Canada. J’ai été embauché aux Archives publiques du Canada en juin 1975 et j’y suis resté jusqu’en 1991 environ. Ensuite, j’ai travaillé un peu à la Défense nationale et à la GRC. Je suis revenu en 2000 et je suis resté jusqu’à ma retraite, en 2006.

JO : Vous avez donc été archiviste à BAC pendant une bonne partie de votre carrière.

GW : Oui.

JO : Pourquoi décide-t-on de créer un nouveau drapeau pour le Canada?

GW : L’idée n’est pas nouvelle dans les années soixante. Après la Première Guerre mondiale, au début des années vingt, des efforts destinés à créer un drapeau représentatif du Canada n’aboutissent pas. Après la Seconde Guerre mondiale, un autre comité est formé pour chercher un drapeau, mais la tentative avorte elle aussi. Les efforts dont nous allons parler aujourd’hui commencent probablement dans les années soixante. Lester Pearson est chef du parti libéral et de l’opposition, et il promet d’adopter un drapeau typiquement canadien s’il est élu premier ministre. Il est donc très important de lui accorder une bonne partie du mérite, même si beaucoup de monde jouent un rôle dans cette histoire.

JO : Est-ce que l’idée d’un nouveau drapeau suscite une opposition?

GW : Certainement. Quand il devient premier ministre, il veut concrétiser son idée de donner un drapeau au Canada. Il le promet et établit même un échéancier, ce qui rend toujours un politicien nerveux. Mais il y a des opposants. En mai 1964, un événement devenu célèbre se produit : Pearson prononce une allocution à la convention nationale de la Légion Royale Canadienne, et les membres s’opposent vivement à lui. Il se fait chahuter et la rencontre tourne presque au chaos, mais il s’en tient à son idée, affirme que nous aurons un drapeau et répète qu’il veut tout simplement un symbole reconnaissable. Il y a manifestement une opposition au pays. Les gens sont généralement réticents au changement, et celui-là en est un gros. Il y a évidemment de l’opposition à la Chambre des communes, et elle entraîne toute une série d’événements. La Chambre lance un débat à l’été 1964, et le dossier n’avance pratiquement pas à cause de l’obstruction systématique et des querelles constantes. Un comité spécial est donc créé à l’automne 1964, car il faut faire quelque chose. Le chef du Nouveau parti démocratique Tommy Douglas, et, dans une moindre mesure, le chef conservateur John Diefenbaker, s’opposent à toute forme de nouveau drapeau. Les trois chefs conviennent tout de même qu’il faut faire quelque chose, donc ils créent un comité spécial qui finira par choisir le drapeau.

JO : Je vois. D’où vient l’idée du nouveau modèle?

GW : D’abord, est-ce vraiment un nouveau modèle? La feuille d’érable est un symbole du Canada bien avant les années 1960. Je pense même qu’elle apparaît avant la Confédération et que notre tout premier timbre à trois sous représente un castor avec des feuilles d’érable sous les pattes. La feuille est évidemment utilisée par une équipe sportive bien avant les années 1960, et aux Jeux olympiques, les athlètes portent un chandail avec la feuille d’érable. L’autre chose, c’est que Pearson et les personnes qu’il implique dans ce dossier… Il fait appel au député de Leeds, John Matheson, un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, et il lui confie le dossier en quelque sorte. Il lui demande de résoudre le problème et de trouver un drapeau. Pearson lui-même souhaite avoir une feuille d’érable, et je pense que les personnes impliquées regardent les armoiries que nous avons depuis 1921 et voient la branche à trois feuilles d’érable. En fait, Pearson aime beaucoup les trois feuilles d’érable, et il faut absolument mentionner le célèbre drapeau à bandes bleues. Les opposants l’appellent « le fanion de Pearson », et il a trois feuilles d’érable. John Matheson lui-même, à qui on attribue le mérite d’avoir mené le projet à bien en 1964-1965, voudrait lui aussi trois feuilles d’érable sur le drapeau, alors l’idée de la feuille d’érable est toujours dans l’air. À mon avis, au comité, même Matheson finit par penser que les bandes bleues sont inacceptables. Le bleu ne convient pas pour toutes sortes de raisons, alors il y a beaucoup d’hésitation sur la marche à suivre. John Matheson est réceptif aux idées et on lui propose d’examiner un modèle à une seule feuille d’érable. George Stanley, un historien reconnu du Collège militaire royal, fait partie de ceux qui pensent qu’un drapeau avec une seule feuille d’érable pourrait…

JO : dénouer l’impasse…

GW : faire l’affaire. C’est ça, dénouer l’impasse. Même le comité, il se réunit pendant six semaines à huis clos, mais après quatre ou cinq semaines, ses efforts ne vont nulle part, il faut vraiment faire quelque chose. C’est à ce moment que le drapeau actuel devient une sorte de compromis. Matheson s’assure que le modèle arrive dans la salle, et j’espère que nous pourrons en voir une photo, car elle est remplie de centaines et de centaines de modèles, parce qu’ils acceptent les idées du public, et il y a toutes sortes de modèles farfelus. C’est amusant de penser à l’énorme tâche des 15 membres du comité qui doivent faire le tri dans tout ça pour trouver ce qui est emblématique du Canada.

JO : Pouvez-vous nous parler un peu de ces modèles farfelus?

GW : Le plus beau dans tout ça, c’est que de nombreux modèles se trouvent dans la collection de BAC. Ils apparaissent aussi dans des livres sur l’histoire du drapeau, et c’est intéressant de les regarder. Il y en a de toutes les sortes, certains avec des feuilles d’érable, d’autres avec des castors, des joueurs de hockey et bien des choses bizarres. Je ne sais pas d’où est sortie l’idée de demander des suggestions du public, mais avec le recul, c’était probablement juste un excellent moyen d’inciter la population à réfléchir à la question.

JO : Se demander ce qui représente…

GW : Oui, qu’est-ce qui représente le Canada? On tient ça pour acquis de nos jours. Mais je voudrais parler de l’impact du drapeau. À l’époque, l’idée de remplacer le pavillon rouge par un nouveau drapeau soulève toute une controverse. Pearson a obtenu ce qu’il voulait, et John Matheson a beaucoup de mérite d’avoir mené le projet à terme, parce qu’en fin de compte, c’est un enjeu politique. Ce n’est pas comme si des membres de tous les partis se réunissaient pour dire : « nous aurons un nouveau drapeau et nous prendrons celui-là ». C’est une pomme de discorde, mais quand le but est atteint, Pearson passe à autre chose. Si vous demandez aux deux dernières générations depuis combien de temps le drapeau existe, ils ne pourront probablement pas vous répondre. Les gens ne connaissent pas la controverse qui entoure l’adoption du drapeau, mais ce qui est intéressant, c’est qu’ils ne savent pas que le drapeau a seulement 50 ans; beaucoup l’apprendront sûrement avec la nouvelle année. Aujourd’hui, le drapeau est partout. Beaucoup de membres de ma génération, quand ils allaient sur la Colline du Parlement dans les années soixante-dix ou quatre-vingts, la fête du Canada était plutôt modeste. Il y avait un peu de musique, mais pas les gros spectacles comme ceux d’aujourd’hui, et après les feux d’artifice, tous rentraient chez eux satisfaits. Mais depuis dix ans, les gens sont couverts de rouge et de blanc. Le linge, les drapeaux…

JO : les visages maquillés…

GW : les visages maquillés, le drapeau est partout. Lors des manifestations sportives comme les Olympiques, le drapeau est là et la plupart du monde l’aiment, car c’est un trait distinctif. Je pense que c’est le grand objectif de Lester Pearson : avoir un drapeau qui représente le Canada et qui ne peut pas être confondu avec autre chose. Mais évidemment, quand on est au cœur des débats et qu’on tente d’atteindre ce but, c’est plus difficile de remettre les choses en perspective. Je pense qu’avec le recul, on peut constater à quel point c’est une grande réussite.

JO : Oui, il est tellement emblématique.

GW : Exact.

JO : Si j’ai bien compris, vous avez trouvé par hasard le premier modèle du drapeau dans une boîte de documents d’archives. C’est bien ça?

GW : J’ai ici la lettre que George Stanley écrit à John Matheson au printemps 1964, après leur rencontre au Collège militaire royal de Kingston. Stanley explique pourquoi une seule feuille d’érable symboliserait le Canada. La lettre se trouve dans le fonds d’un dénommé Alan Beddoe, qui participe aussi au processus en tant que spécialiste en héraldique et ami de John Matheson. C’est intéressant parce qu’Alan Beddoe a conçu les Livres du Souvenir qui sont conservés dans la Chapelle du Souvenir, sur la Colline du Parlement, et bien d’autres choses pendant sa carrière, dont les insignes de nombreux navires canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale. Alan Beddoe commence à s’impliquer au tout début du processus, au milieu des années 1960, et c’est lui qui dessine le drapeau à bandes bleues qui séduit Pearson. Si j’ai bien compris, lui et John Matheson ont eu une petite querelle à cause de ça, mais Beddoe est encore là malgré tout quand le comité est créé à l’automne 1964. Il propose souvent des modèles au comité, des choses comme ça. Étrangement, la lettre de Stanley se trouve dans les documents d’Alan Beddoe même si elle est adressée à M. Matheson. Pendant mes recherches il y a dix ou douze ans, je voulais, comme beaucoup de chercheurs, examiner tous les fonds potentiellement pertinents, dont le fonds Alan Beddoe. J’ai été très surpris de trouver la lettre. Au bas, Stanley a dessiné son drapeau au stylo rouge pour expliquer sa valeur symbolique et le concept. C’est vraiment très intéressant; la lettre est écrite quelques mois avant que la décision soit prise. Même dans ses mémoires, John Matheson dit que c’est une contribution importante de Stanley. Mais je n’irais pas jusqu’à dire que Stanley a conçu le drapeau; il s’est juste inspiré de ce qu’il voyait au Collège militaire royal. Comme j’ai dit, beaucoup de personnes ont le mérite d’avoir fait telle ou telle chose. Il ne faut pas attribuer tout le mérite à la même personne. Beaucoup de personnes ont fait un petit quelque chose.

JO : Surtout quand on pense à la longue histoire de la feuille d’érable au Canada.

GW : C’est vrai, la feuille d’érable a toujours été là. Je pense aussi que c’est intéressant de tirer les leçons sur les méthodes de recherche. Je devais chercher partout où il pouvait y avoir de l’information sur le drapeau, car mon travail ne portait pas vraiment sur l’histoire du drapeau. Tout a commencé quand la ministre du Patrimoine canadien de l’époque, Sheila Copps, voulait donner au Musée des civilisations le premier drapeau à avoir flotté sur la Colline du Parlement, selon elle. Dans la collection, il y a une formidable vidéo de la couverture médiatique de la CBC du 15 février 1965. Nul autre que Lloyd Robertson commente l’événement. Une estrade est installée devant l’édifice du Centre. Dans un geste symbolique, ils baissent un pavillon rouge et hissent le nouveau drapeau canadien. Tout ça pour dire que la ministre Copps affirmait que c’était le premier drapeau qui avait flotté sur cette estrade. L’archiviste national de l’époque, Ian Wilson, a pris le drapeau et demandé l’aide de l’Institut canadien de conservation, ici à Ottawa, et de son directeur, Bill Peters. Il a demandé à Bill et à ses employés d’examiner le drapeau. Est-ce que l’affirmation était vérifiable? La première question était de savoir où était passé le drapeau pendant 30 ans. Pouvait-on confirmer que ce drapeau était bel et bien un des premiers ou le premier? Malheureusement, les employés de l’ICC ont examiné le drapeau et conclu que non. Ils pouvaient déterminer que le drapeau avait été confectionné un peu après 1964. Nous nous sommes donc demandé où était le premier drapeau et ce qui lui était-il arrivé après le 15 février 1965. J’ai examiné tous les documents que je pouvais trouver dans la collection. Nous avons parlé à beaucoup de monde, et nous avons trouvé un document qui nous a fait part dans la correspondance de 1965 entre le Bureau du Conseil privé et le Musée national de l’homme : le Bureau du Conseil privé envoyait tous les drapeaux au Musée, mais ils n’ont jamais été retrouvés. Le Musée a fouillé partout plusieurs fois sans jamais trouver les modèles, les échantillons et tout ce que le Bureau du Conseil privé lui avait envoyé. Nous en étions là, et plusieurs personnes nous donnaient des drapeaux et disaient que leur père travaillait à l’exposition, par exemple. Nous en avons examiné quelques-uns. D’ailleurs, il est intéressant de noter que les premiers drapeaux (environ 12 000 ont été fabriqués en prévision du 15 février 1965) ont perdu leur couleur rouge.

JO : Ah, la couleur est défraîchie?

GW : Oui, le rouge prend une teinte orange. Tout ce qu’on avait à faire, quand on examinait les drapeaux qui nous étaient soumis… on pouvait immédiatement distinguer un ancien drapeau d’un nouveau, c’était assez amusant comme exercice. C’est difficile à croire, mais on n’a jamais pu prouver que le drapeau hissé sur l’estrade avait été conservé. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, il y a un grand enjeu politique. La controverse fait encore rage et Pearson est content que tout soit fini! J’ai parlé à des employés du Bureau du Conseil privé de l’époque, et pour eux, dès que le drapeau est approuvé, le dossier est clos! Ils veulent passer à autre chose, car le dossier a retenu l’attention du Parlement trop longtemps. Ils sont donc heureux que tout soit signé, scellé et livré. C’est le temps d’aborder d’autres enjeux. Peut-être que personne ne s’intéresse à ce premier drapeau. Il est cependant emballé dans un autre des premiers drapeaux; si vous regardez le reportage de la CBC, il y a des drapeaux partout. Ils sont hissés en même temps sur les édifices de l’Est, de l’Ouest, etc. Il y a aussi un drapeau sur l’édifice Langevin, de l’autre côté de la rue Wellington, et bien évidemment sur la Tour de la Paix.

Il y a une cérémonie pour abaisser le pavillon rouge et hisser le nouveau drapeau. Comme on sait, celui qui flotte au sommet de la Tour de la Paix est bien plus grand que les drapeaux habituels. Il finit par arriver entre les mains du vice-président de la Chambre des communes, Lucien Lamoureux. Pendant nos recherches, nous avons été très confus. Était-ce bien le drapeau? Nous avons fini par retrouver sa trace. Le drapeau couvrait le cercueil de Lucien Lamoureux pendant ses funérailles, dans les années 1990, puis il a disparu. Pour résumer, sa veuve avait le drapeau avec elle dans sa résidence en Belgique. Je pense que des membres de l’Institut canadien de conservation sont allés le chercher. Quelqu’un a convaincu la veuve de donner le drapeau au Musée canadien des civilisations. Je me souviens qu’il y avait beaucoup de confusion quand on cherchait le premier drapeau qui avait flotté sur l’estrade, car on ne savait pas de quel drapeau il s’agissait exactement. Pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du drapeau, c’est très intéressant de regarder le reportage. Il y a beaucoup de photos du hissage du drapeau, mais l’émission de télévision est particulièrement intéressante.

JO : Il est probablement accessible dans les archives de la CBC?

GW : Je l’ai regardé ici.

JO : Ah d’accord.

GW : Oui, c’est ici que je l’ai regardé.

JO : Je vais y jeter un coup d’œil. Vous avez parlé de nombreuses ressources concernant le processus qui a mené au choix du drapeau. Est-ce que nous avons des documents dont vous n’avez pas encore parlé?

GW : Maintenant que les années ont passé, je pense qu’on peut parler de certains aspects insolites. Le comité qui est formé à l’automne 1964 pour résoudre le problème est censé être un comité secret, qui se réunit à huis clos. Les dirigeants pensent que c’est la seule manière de trancher la question. Comme dans tous les comités parlementaires, le parti au pouvoir est majoritaire, c’est-à-dire les libéraux. Une question se pose : si Pearson n’obtient pas son drapeau avec les bandes bleues, pourrait-on le convaincre d’accepter notre proposition? Dans ses mémoires écrites dans les années 1980, John Matheson affirme que le premier ministre ne sait pas ce qui se passe. Par contre, au début des années 2000, on peut examiner les documents de Pearson. Dans son journal écrit par son secrétaire, il y a des entrées d’une seule ligne. C’est une sorte de calendrier qui indique qui il rencontre, etc. Pendant que le comité supposément secret se réunit, au moins deux personnes non identifiées lui disent ce qui se passe. C’est un peu une primeur que nous avons eue en faisant les recherches : Pearson sait tout ce qui se passe avec le drapeau. Mais la pièce de résistance, ce sont ses mémoires. Elles sont écrites par un auteur à gages, John Monroe. On a regardé les transcriptions des rencontres dans les documents de Pearson. Dans ses mémoires publiées, il affirme clairement qu’il sait très bien ce qui se passe. Quelqu’un vient le voir et lui dit : « Nous allons adopter un drapeau avec un vote de 9 contre 6 ou de 8 contre 7 ». Pearson répond : « Je ne peux pas annoncer au pays que le nouveau drapeau a été adopté par une seule voix, il faut que ce soit presque unanime. Notre choix, peu importe lequel, doit être appuyé par une écrasante majorité. » Donc le vote est manipulé. Je n’entrerai pas dans les détails, mais c’est au point où les conservateurs, sans le savoir, votent avec les libéraux en faveur du drapeau actuel. L’information est beaucoup plus explicite dans les transcriptions des rencontres que Monroe a rédigées avec Pearson. Pearson sait tout ce qui se passe au sein du comité. Ça me semble intéressant, car si l’information s’était propagée à l’époque, le projet serait mort dans l’œuf. Si John Diefenbaker ou un autre avait découvert que Pearson était tenu au courant, il y aurait eu tout un prix à payer.

JO : Ça aurait fait scandale. Est-ce que les ressources sont accessibles à BAC?

GW : Tous les documents du comité sont accessibles. Les comptes rendus sont là, les modèles proposés aussi, il y en a de deux à quatre mille de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Les documents politiques, comme ceux de Pearson, peuvent sûrement être consultés eux aussi. Pendant mes recherches, d’autres documents sont devenus accessibles. Une petite collection de documents de John Matheson a toujours été disponible dans les archives. J’ai parlé d’Alan Beddoe… depuis les recherches que j’ai faites dans les années 2000, je n’ai rien à voir là-dedans, mais je pense que la famille de Beddoe a donné un journal tenu par leur père à BAC. Il y a un journal de tout ce qui s’est passé, et en lisant les documents des cinq ou six dernières années, on apprend qu’un membre conservateur du comité a tenu un journal. Je pense que le journal appartient encore à la famille, mais ça prouve qu’il y a des sources à ce sujet.

Nous avons examiné les documents du gouvernement en profondeur. Il n’y a malheureusement rien dans les documents de la Commission des expositions, mais le Bureau du Conseil privé est beaucoup plus loquace. Le Bureau travaille avec le Cabinet du premier ministre, et il y a beaucoup de documents dans ce fonds. Après l’approbation du drapeau et le vote de décembre 1964, on trouve de la correspondance de personnes assez haut placées sur l’organisation de la cérémonie, en février. Il faut faire signer la proclamation par la reine. Lester Pearson et son épouse vont à Londres pour assister aux funérailles de sir Winston Churchill et ils en profitent pour demander à la reine de signer la proclamation. L’information est consignée dans son journal qui sert de calendrier. Il se prépare pour les funérailles, et tout de suite après, il rencontre la reine pour faire signer le document, c’est assez intéressant. Les documents de cette nature sont accessibles aussi, évidemment.

JO : Pourriez-vous nous parler de certains mythes au sujet du modèle du drapeau?

GW : Une des histoires les plus spéciales et les plus tenaces est celle de Joan O’Malley sur la confection du premier drapeau. Joan O’Malley a 19 ans à l’époque et elle vient de se marier. Son père, Ken Donovan, travaille à la Commission des expositions gouvernementales. Semble-t-il que Joan reçoit un appel par une nuit de tempête, en novembre 1964, et qu’elle reçoit l’ordre d’aller à la Commission des expositions pour accomplir une tâche. Joan répond : « Bien sûr papa, j’arrive tout de suite avec mon mari. » Ils se rendent donc à l’exposition, et elle affirme encore aujourd’hui qu’elle a cousu trois drapeaux : un drapeau actuel, un autre avec les bandes bleues et un troisième candidat, une sorte de pavillon rouge avec une feuille d’érable dans un coin et une fleur de lis dans l’autre, quelque chose de très voyant. Joan maintient qu’elle a cousu les trois drapeaux. Pendant mes recherches, j’étais perplexe, car elle dit toujours qu’elle a cousu les trois drapeaux le 6 novembre, mais le drapeau est déjà approuvé à ce moment-là. Je me demande pourquoi elle en fait trois alors que la question est déjà tranchée. Il paraît qu’elle coud les drapeaux pour que Pearson puisse les voir. Elle le dit elle-même, mais elle ne le savait pas dans ce temps-là. Nous lui avons parlé il y a dix ans environ, et nous les avons emmenés, elle et son époux, à l’Institut canadien de conservation pour examiner leurs drapeaux. Aucun d’entre eux ne ressemblait à ce qu’elle avait cousu, et elle a dit : « C’est tout à fait normal puisque c’était une sorte de drap. C’était comme du lin, très difficile à coudre. » L’indice est intéressant. La question est donc de savoir ce qui est arrivé à ces drapeaux. Elle a dit : « Mon père m’a dit qu’il a dû les détruire. » Elle et son mari ont dû promettre de garder le secret. N’oubliez pas qu’ils sont adolescents à l’époque – elle a seulement 19 ans – et elle va garder le silence longtemps. Nous avons examiné les preuves, mais ça n’a aucun sens de lui faire coudre les drapeaux après le 29 octobre, quand le comité soumet son rapport définitif et recommande le modèle à une feuille d’érable. Notre hypothèse est qu’elle confectionne les drapeaux plus tôt pour que le premier ministre sache à quoi ils ressemblent. Le fait qu’ils soient détruits concorde avec tout le secret qui entoure l’opération. Car si quelqu’un apprend que Pearson a vu les drapeaux alors que le comité est censé se rencontrer à huis clos, c’est la mort du projet. C’est une belle histoire, et Joan aime la raconter de manière passionnante. Ce n’est pas du tout un désaveu de Joan, mais nous avons examiné les registres météorologiques qui sont accessibles à BAC. On peut remonter loin dans le temps pour savoir quel temps il faisait lors d’une journée précise. Elle et son mari affirment que c’est une nuit de novembre et qu’il y a des précipitations, un peu de grésil… Selon les registres, ça ne pouvait pas être en novembre. Il y a quelques nuits d’octobre qui correspondent parfaitement à la description, mais Joan et moi avons convenu de rester sur nos positions respectives à ce sujet. Voilà où nous en sommes. C’est une belle histoire.

JO : En effet. J’ai entendu dire que les Canadiens pouvaient obtenir un drapeau du Parlement qui n’est plus utilisé. C’est vrai?

GW : Je crois que oui, mais qu’il y a une longue liste d’attente, car beaucoup de monde en veulent, ce qui est tout à fait normal.

JO : Absolument. Merci beaucoup d’avoir été des nôtres, Glenn.

GW : Merci à vous. J’espère que vos auditeurs ont aimé l’histoire du drapeau et savent que nous avons un drapeau très caractéristique. C’était l’objectif dans les années 1960 : adopter un symbole typiquement canadien.

JO : Afin d’en apprendre davantage sur les ressources politiques de BAC, rendez-nous visite en ligne sur le site bac-lac.gc.ca. Sur notre page d’accueil, choisissez « Découvrez la collection », puis cliquez sur « Politique et gouvernement ». Vous y trouverez des liens vers toutes nos ressources sur la politique. N’oubliez pas non plus de consulter notre blogue, ledecoublogue.com, pour découvrir d’autre contenu. Pour trouver ce contenu rapidement, cliquez sur « Politique et gouvernement » dans la liste des catégories, à la droite de la page Web.

Merci d’avoir été des nôtres. Ici Jessica Ouvrard, votre animatrice. Vous écoutiez « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada ‒ votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes ». Je remercie notre invité d’aujourd’hui, Glenn Wright.

Pour plus d’information sur nos balados ou si vous avez des questions, commentaires ou suggestions, veuillez nous visiter à www.bac-lac.gc.ca/balados. Pour recevoir un drapeau qui a flotté sur la Colline du Parlement, cliquez sur le lien « Demander un drapeau » qui se trouve dans la section « Liens connexes » de cette émission.

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