Fin des archives! Vive l’archive!

Le 1er juin 2012
 
Discours prononcé par Daniel J. Caron au congrès de l’Association des archivistes du Québec, Lévis (Québec)
 
Seul le texte prononcé fait foi
 
Bonjour.
 
J’aimerais tout d’abord remercier les membres du comité organisateur de la conférence nationale de l’Association des archivistes du Québec. Je suis heureux d’avoir l’occasion de partager avec vous mes réflexions sur l’évolution historique des archives et de la pratique archivistique alors que nous avançons dans l’ère de l’information numérique. 
 
Je commencerai mon exposé en discutant du passage des archives d’un lieu parfois apparenté à un site archéologique, à un lieu plus consciemment structuré mais allant progressivement, me semble-t-il, vers un espace virtuel où le patrimoine documentaire deviendra de plus en plus  consciemment trié et étiqueté en amont, i.e. dans une proximité accrue par rapport au moment de création. 

Ce faisant, j’examinerai l’étymologie du nom singulier « archive », de son pluriel, « archives », et puis de sa forme active  dérivée, « archiver ».

Ensuite, j’expliquerai comment ce tri délibéré et l’archive  dans l’espace virtuel commencent à jouer un rôle dans la façon dont Bibliothèque et Archives Canada traite les documents gouvernementaux au moyen de l’approche pansociétale.

Je terminerai par une mise à jour des mesures prises à BAC pour répondre au désir du gouvernement du Canada d’offrir ses services à la population canadienne de façon plus efficiente.
Les archives comme l’archive ont une longue histoire, quasi millénaire comme concept et certainement plus que millénaire comme pratique. Les travaux de Ernst Posner et de Maria Brosius ont montré l’usage qu’ont fait de l’archive plusieurs civilisations dont les Perses, les Babyloniens, les Grecs et les Romains (1). Ces travaux pionniers ont permis de comprendre l’usage et l’utilité de l’écrit consigné sous forme de document dans la vie quotidienne et publique. Pourtant, l’acte d’« archiver » n’a pas été défini clairement au fil du temps.
 
La construction des lieux d’archives s’est donc faite de manière idiosyncratique. La diversité des archives et de ce que l’on y trouve d’un lieu à l’autre reflètent bien cette problématique déjà ancienne.  Les travaux de Christian Jacob nous ont montrés cette diversité de lieux et de fonctions.
Aujourd’hui, la dimension quantitative mais aussi qualitative de la production documentaire de nos sociétés et la multiplicité des technologies qui la supporte rendent la question encore plus délicate.
Revenons aux origines de l’archive, à sa propre « archè », afin de mieux en saisir les implications contemporaines. L’écriture a produit deux grandes catégories d’objets : le livre et le document.
 
Chacun a joué un rôle et chacun a eu une certaine «utilité» sociale. Si le document a paru plus intime, plus personnel dans son contenu et servi des usages plus précis comme l’archive  en tant que trace et preuve, le livre a quant à lui eu des visées plus large, une portée dispensatrice du savoir, de l’imaginaire, de la connaissance et aussi, plus simplement, des idées courantes.
Outre leurs utilités connues, ce qui a réuni ces deux objets nés de l’écriture dans l’histoire de l’humanité est sans doute la volonté des hommes de les collectionner et de les conserver pour usage ultérieur. Objet de curiosités, objet d’art, d’érudition, ou juridique, le livre et le document ont été chéris par toutes les cultures du système de l’écrit et à toutes les époques. Ils ont rempli non seulement des fonctions mais aussi, littéralement, des lieux. Voilà qui permet de comprendre que les lieux et les objets semblent avoir précédé la réflexion sur l’acte d’archiver. C’est comme s’il y avait une naturalité des objets ainsi conservés, supports indispensables pour l’avenir des sociétés.
 

Si l’archive et les archives sont apparues dans le vocabulaire autour de la fin du XIIIe siècle, ce n’est cependant qu’au XIXe siècle qu’est formé le verbe « archiver » (comme en anglais, « to archive »). Conséquemment, nul besoin de poser le geste d’archiver au-delà de la création du document avant, bien sûr, que l’écriture ne se multiplie et ne se démocratise pour faire place à des textes ou des documents plus ludiques, improvisés, sans « utilités » d’affaires immédiates, à valeur d’usage moins inhérente mais davantage le fruit d’un désir d’expression.

Donc, dans l’ordre, on crée l’objet (archive) et le lieu (archives) pour ensuite s’en occuper (archiviste) et enfin y ajouter une valeur (archiver) qui tient dans une certaine organisation intellectuelle autre que la pure et simple création du document comme tel.

Mais voilà, à l’image de ce que fut le passage de l’oral à l’écrit, les habitudes et les comportements liés à l’écriture, la lecture et tout ce qui décrit la production documentaire et sa «gestion» formelle et informelle dans nos sociétés sont maintenant bouleversés par le numérique. Le terreau de l’archive ne produit plus que des « archives ». 

L’utilité, qu’elle soit personnelle ou collective, a certainement guidé la construction des archives. À ce titre, l’archive et les archives comme objet et comme lieu ont parfois été perçues comme un appui technique à l’écriture, à la formation de l’esprit scientifique ou simplement comme une source au développement de l’imaginaire. Avec le temps, ces diverses utilités ont sacrés les archives comme des éléments centraux à l’évolution des sociétés voire des civilisations(2). En partie parce qu’on les associe à la mémoire de l’Homme(3) , à la mémoire des civilisations(4) et à la construction de la connaissance.

Certains et même beaucoup de lieux qui deviendront des archives sont créés de façon aléatoire; un peu à l’image d’un endroit rempli de sédiments et d’artefacts sans plan conceptuel. C’est souvent le cas de ce qui deviendra des archives personnelles, des trésors accumulés au fil des ans mais sans but précis par rapport à l’avenir. Elles tiennent lieu de souvenir.

Ce type d’endroit est plus ou moins organisé. L’ordre des articles nous informe tout autant que les articles eux mêmes et leur contenu, à l’instar d’un site archéologique ou d’un cabinet de curiosités.
C’est également la création de tels endroits dans lesquels sont préservés certains types d’objets importants pour  l’individu ou la communauté qui fait naître le besoin, puis l’obligation, d’organiser et de classer les objets. 

Cela dit, le besoin de classer et d’organiser les objets en soi ne nous aide pas à déterminer ce qui doit être acquis ou identifié aux fins de classification ou d’organisation. Nous devons intervenir, ici, en aval face à l’inconnu et tenter, de cette présence de donner un sens.  Sans conception claire de la raison pour laquelle nous créons des objets, notre attitude ne peut être que réactive et spéculative. Ceci est certainement tout-à-fait acceptable pour une partie de la production documentaire d’une société. Il y aura toujours des espaces documentaires de grand intérêt, imprévus, inconnus mais riches et utiles à la société qui deviendront des archives – au sens de lieux organisés.

Mais dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui, comment intervenir de manière à identifier et préserver les documents de valeur archivistique? Car cet espace, il est de plus en plus éclaté, hors de tout contrôle et souvent bien éphémère.

Le luxe de l’attente, d’attendre que les objets nous soient quelque part remis est peut-être en train de disparaître. Ceci est vrai pour ce que nous avons traditionnellement qualifié de matériel publié et non publié. Les travaux récents du professeur Bertrand Gervais, à l’UQUAM, nous montrent clairement cette tendance à ne plus créer à l’intérieur de ce que j’ai appelé les conventions du système de l’écrit.
 

Il est aussi notable de voir nos administrations publiques se débattre pour s’assurer que les traces importantes soient consignées dans les systèmes officiels – référence aux fameux PIN par exemple. Car la mémoire demeure essentielle au fonctionnement de nos sociétés. Elle est l’instrument permettant la connaissance. Dans nos sociétés de l’écrit, elle se matérialise toujours par l’archive et les archives. Métaphoriquement, il faut donc la cultiver, en assurer une certaine vitalité, en assurer la présence (5).

Aujourd’hui, nous sommes donc face à deux problèmes de taille. D’abord, nous pouvons laisser cette mémoire se définir par elle-même, mais elle risquerait de ne pas répondre à nos besoins. Faut-il donc intervenir? Quand et comment? Deuxièmement et c’est l’objet de cette conférence, dans l’univers numérique, comment assurer que la présence documentaire, maintenant de plus en plus hors de tout contrôle, extrêmement éclatée et particulièrement éphémère soit  captée au bon moment, que l’archive , au sens d’arkheion soit identifiée?

Ceci cause d’énormes problèmes en ce qui concerne le rôle des archives et leur capacité à remplir leurs importantes fonctions sociales. 

Si, au fil du temps, les archives sont devenues un élément crucial dans le développement des sociétés, et même des civilisations, c’est en partie due au fait qu’elles ont joué un rôle instrumental,  associé à la mémoire de l’humanité et des civilisations et à la construction du savoir.

Mais pour pouvoir fonctionner efficacement en tant qu’institution de mémoire, les archives à l’ère numérique ne peuvent  se limiter à l’accumulation, à la préservation et à l’organisation de sédiments sous peine de courir le risque d’être frappées d’un type d’amnésie que Voltaire décrit de façon si éloquente dans son essai intitulé « Mémoire » : ne pas avoir ce qui est nécessaire pour fonctionner individuellement, en organisation ou en société.

Pour préserver ce sens et faciliter la construction du savoir, les archives, ou une partie d’entre elles, devront-elles progressivement  faire l’objet d’un tri délibéré de façon à les rendre utiles à quelqu’un, une organisation ou une société.

Regrouper des archives d’une façon aussi délibérée nous met en amont du processus de création et d’utilisation subséquente des archives selon le concept qu’Aristote désigne par l’expression cause matérielle.

Je suis d’avis que certaines archives, comme les archives nationales, doivent jouer ce type de rôle et que dans ce cas particulier, « archiver » signifie  de plus en plus « documenter ». De telles archives sont des endroits où l’on s’attend à retrouver un contenu qualifié et où la plus grande partie des fonds ne constituent pas une collection aléatoire de documents.

Par exemple, à Bibliothèque et Archives Canada, nos opérations pour l’acquisition seront de plus en plus guidées par des délibérations en amont. Une intervention intellectuelle modélisée et évolutive à l’image du fonctionnement de la société semble de plus en plus nécessaire.

Du moins pour l’institution qu’est Bibliothèque et Archives Canada, ceci voudra dire intervenir de plus en plus immédiatement en aval de l’acte de création d’une information afin d’effectuer un tri pour repérer le matériel présentant un réel potentiel archivistique. C’est un défi magistral.

Si nous tentons de tout recueillir, surtout en cette ère où le contenu produit  connaît une croissance fulgurante, nous risquons de connaître le même triste sort que le personnage principal bien connu de Jorge Luis Borges dans son court récit intitulé Funes : se souvenir de tout dans les moindres détails, condamné à ne rien oublier, mais être incapable de pouvoir conférer un sens à toute cette matière  conservée.   
 

Pour nous, des archives totalement complètes ne semblent pas plus utiles à l’humanité que des archives constituées sur la base d’une collecte aléatoire.

Ceci peut paraître simple, mais c’est un problème énorme et grandissant au fur et à mesure que notre production documentaire se fait de manière numérique et surtout, dans l’espace numérique. 
Un tri en amont et non plus en aval doit être fait pour déterminer ce qui fera partie ou non des archives.
 
Ce n’est pas le document comme tel qui est en péril ici. Mais le fait que le numérique crée de nouvelles manières de documenter et surtout d’utiliser la documentation dans de nouveaux processus qui eux font s’écrouler nos mécanismes bureaucratiques habituels. Il ne faut pas nécessairement tenter de réinventer le document ou d’enfermer le discours ou la preuve. Il faut plutôt essayer de comprendre la mutation de l’espace du discours qui des archives nous a mené au document et maintenant nous conduit dans un lieu sans frontières. Le «néo-contenant» du discours est aujourd’hui le nuage. En réalité il n’y a plus de contenant ni de document, mais des traces, des preuves de toutes formes qui circulent en dehors d’un outil de captation organisable, qui peut facilement être indexé. Comment peut-on faire fonctionner nos processus et nos règles bureaucratiques dans cet univers qui s’appuie sur ce néo-document? Ces règles et ces processus sont-ils encore possible ? Peut-on les appuyer par une « documentation » appropriée, authentique et valide?

Ce sont quelques-unes des questions qui nous sont posées par le passage au numérique.

Lorsque la valeur archivistique ne tient plus à l’essence même du document, la notion d’« archives » et, surtout, la notion d’« archiver » doivent changer.

Nous savons que les archives doivent être organisées de façon à répondre à la nécessité de regrouper les contenus dans un contexte, qu’il s’agisse de fragments d’énoncés discursifs ou de discours en soi.

Autrement, les archives ne seraient qu’une collection d’objets.

Aujourd’hui, la production documentaire et, couramment, ce qui est exprimé et consigné ressemblent de plus en plus à cette immense collection de données à laquelle Funes était confrontée.  

Les XXe et XXIe siècles ont été marqués par la prolifération de documents écrits, mais, avant tout, d’information consignée, peu importe la forme ou la raison.

En devenant le nouveau lieu de stockage de l’expression humaine, l’espace numérique a radicalement changé le cadre d’expression et d’archivage.

L’immense corpus d’information a peu à peu détourné notre attention du rôle principal de l’archive et des archives et de sa signification originale. En revanche, il a soulevé de nouveau la difficile question de ce que signifie « archiver ».

Aujourd’hui, chaque personne dotée des outils techniques nécessaires peut s’exprimer et publier de l’information par l’entremise du document écrit.

Ces personnes créent donc de manière excessive ce qui, autrefois, avait la qualité d’une archive.
Nous vivons donc dans un monde entièrement différent qui doit s’appuyer sur de nouvelles idées et de nouveaux outils.

Par exemple, au moment de déterminer la signification et la valeur de textes et de déclarations, on ne peut plus exclure la possibilité qu’il y ait des mélanges ainsi que des liens intertextuels.

Par conséquent, cela pose le problème de devoir déterminer comment et, surtout, quand prendre en considération le contenu afin de s’assurer qu’il contribue à l’organisation scientifique du matériel.
Si l’action d’archiver est fondée sur un choix, nous avons la possibilité de procéder de cette façon afin d’être représentatifs, en connaissant l’origine et le motif de l’écriture, le document écrit et la culture écrite.

Nous pouvons nous assurer d’accumuler selon la formation discursive, la dispersion d’intentions discursives et d’intervenants dans différents éléments organisationnels, institutionnels ou sociaux.
Ces éléments constituent le berceau des déclarations, en définissent la pertinence et en délimitent le contexte, mais aucune unité ne peut prétendre posséder « le » discours qui l’anime.

Nous devons avoir des points de référence, des vestiges des thèmes en commun.
 

Qu’est ce qu’une archive, et que signifie l’action d’« archiver » lorsque nous posons la question toujours plus urgente du tri réfléchi des documents produits par une société, une organisation ou une institution?

Comment pouvons nous repenser l’archive et ses dérivés? Mais également, et par-dessus tout, comment pouvons-nous repenser la constitution des archives comme un endroit et une représentation d’une certaine réalité?

L’action d’« archiver » doit elle avoir un sens plus engagé et conscient dans l’avenir?

Depuis l’Arkhion dans la Grèce antique, où nous avons créé des endroits officiels à des fins publiques appelés « archives » à l’image d’un monde « autoritaire » et particulièrement contrôlé quant à la production de documents (l’archive), irons nous vers une action, celle d’archiver, qui reflète une production de documents démocratisée et fragmentée?

Nous parlons d’une science qui n’est pas borgésienne et qui reconnaît le fait qu’il est impossible de tout garder et que cela est également inutile, voire dangereux.

Il s’agit d’une science qui est plutôt axée sur l’étude et la compréhension des motifs et des raisons de l’expression, les lieux d’écriture, les univers discursifs, les contextes de création, les intervenants et leur rôle. Et non seulement une science axée sur l’utilité d’un objet.

Il s’agit d’une science qui organise les archives non plus en fonction de l’objet archive, mais en fonction de déclarations discursives qui abondent sur le Web et dans l’espace de nos sociétés modernes.

Il s’agit d’une science qui assure les constructions sensibles d’espaces où nous trouvons du contenu et moins d’espaces pour les objets.

Cette distanciation de l’espace physique qui héberge les objets du patrimoine documentaire vers un espace virtuel où l’on trouve le contenu du patrimoine documentaire se reflètera dans l’approche modernisée de BAC à l’égard du traitement des dossiers gouvernementaux.

D’ici 2017, par exemple, BAC acquerra et conservera les documents gouvernementaux originaux, c’est-à-dire à partir du support original où ils ont été créés. Nous travaillerons avec les documents analogues et les documents numériques dans ce qui un environnement hybride.

De plus, BAC travaillera conjointement avec les organismes gouvernementaux afin d’identifier et d’étiqueter leurs documents ayant une valeur opérationnelle. Ceci est fait en utilisant une infrastructure commune de technologie de l’information fournie par Services partagés Canada.  BAC poursuivra également la fonction relevant de son mandat. C’est à dire identifier, gérer et préserver les documents dotés d'une valeur archivistique ou historique, l’archive. Et cela, en élargissant sa garde et son contrôle des documents dans la sphère numérique -- l’infosphère -- sans en prendre possession physiquement.

Cela représente t il la fin des archives comme le lieu physique de la préservation de la mémoire?
Il semble qu’à l’intérieur de l’infosphère, l’archive survit parce qu’elle s’inscrit dans un discours intellectuel, ou, mieux encore, dans une ontologie appuyée par un cadre législatif, une infrastructure de technologie de l’information et un contexte sociétal, plutôt que parce qu’elle se situe dans un endroit physique.

C’est encore plus le cas à mesure que nous procédons à la détermination de leur valeur archivistique ou historique, et de leur diffusion comme patrimoine documentaire sur ce qui est devenu le principal médium de communication de notre société, Internet.

Le meilleur exemple qui s’apparente le plus à la fonction d’une gouvernance plus répartie en ce domaine est sans doute le dossier québécois sur les frais de scolarité, communément appelé Le Printemps érable.
 

En effet, il y a un vaste corpus d’information généré par le gouvernement et communiqué par les médias traditionnels. En même temps, il y a un corpus d’information encore plus vaste généré par les réseaux des médias sociaux.

Est-il suffisant de documenter cet événement historique par le biais de documents gouvernementaux? Qui peut documenter l’événement? Responsabilité partagée, collective des archives?

Pour moi,  une approche pansociétale est intéressante ici et permet d’identifier les agents, leurs énoncés, leurs relations ainsi que leurs normes de communication.

Nous passons de la communication contrôlée, médiatisée et ordonnée qui découle des canaux gouvernementaux à une communication non contrôlée, immédiate, dynamique et souvent éphémère qui a lieu sur Internet.

Du point de vue des archives, qu’est ce que cela signifie en ce qui a trait à l’autorité et à l’authenticité des documents et des autres ressources d’information tirés d’Internet?

Contrairement aux communications stables découlant de systèmes d’écriture, le codage numérique de l’information permet facilement la transformation, le re-mixage et la réorientation instantanée de l’information.

Une fois de plus, nous nous retrouvons avec les questions importantes de nos interventions dans le temps et dans l’espace. Et surtout, intervenir de sorte que nous puissions documenter de manière appropriée l’évolution des événements qui comprennent nos communications non structurée et dynamique.

Je crois qu’il nous sera de plus en plus difficile de de demeurer dans un Arkheion en aval du processus de gestion et de préservation du matériel archivistique.

Inutile de dire que la croissance du paysage numérique, ainsi que l’environnement dans lequel Bibliothèque et Archives Canada mène ses activités, ont eu une importante incidence sur l’institution.
Comme vous le savez, étant donné la conjoncture actuelle à l’échelle mondiale, au Canada et au sein du gouvernement, le gouvernement du Canada s’emploie à protéger et à mener à bien la reprise économique du pays.

Bibliothèque et Archives Canada apporte donc sa contribution pour appuyer le gouvernement du Canada dans ses efforts pour réduire le déficit et retrouver un équilibre budgétaire à moyen terme.
Parallèlement, BAC poursuit son initiative de modernisation en vue de réaliser des économies et d’adapter ses services et sa technologie afin de mieux répondre aux besoins des Canadiens. Et ce tout en continuant de remplir son mandat.

La récente annonce concernant le réaménagement des effectifs englobe tous les changements en matière de dotation prévus par BAC en réaction au Plan d’action économique 2012, en plus de la réaffectation des ressources internes à l’appui de la modernisation.

Cela entraînera l’élimination de certains programmes, des changements concernant la façon dont certains services sont fournis ainsi que l’arrivée et la mise en œuvre de tout nouveaux services.
Nous avons dû faire des choix difficiles afin de s’assurer que l’argent investi et les types d’investissements entraîneront des résultats tangibles et durables pour les Canadiens.

En se concentrant sur son mandat principal, BAC continuera d’élaborer un réseau pancanadien pour la préservation du patrimoine documentaire du Canada. Ceci nécessite la participation d’une diversité d’intervenants, provenant d’institutions de mémoire comme d’universités.

BAC continuera de servir les collectivités de l’ensemble du pays de façon plus efficiente en utilisant des partenariats et le réseau du patrimoine documentaire.

BAC consolidera donc ses efforts et pourra mieux servir les Canadiens tout en contribuant à l’effort déployé par le gouvernement pour dépenser selon ses moyens.

Par exemple, BAC a changé son modèle de service, passant d’une approche fondée sur des consultations en personne dans un bureau situé au centre ville d’Ottawa à une approche virtuelle. Ce nouveau service de référence sur rendez vous sera plus accessible pour tous les Canadiens, peu importe où ils habitent.
 

La demande pour le service en personne diminuait, et il est simplement responsable de notre part d’adapter nos services en conséquence.

Cette mesure fait partie du plan à long terme de BAC visant à virtualiser ses services afin de joindre plus facilement un plus grand nombre de Canadiens et de leur offrir un meilleur service.

La nouvelle approche de BAC à l’égard de la prestation des services comprend la mise en place d’un service de référence sur rendez vous et le recours à des outils de vidéoconférence comme Skype.  Nous étendons donc nos services de première ligne aux clients de l’ensemble du Canada.

Les clients pourront prendre un rendez vous sur place, ou utiliser Skype ou le téléphone. Cela fait en sorte que l’expert approprié est présent au rendez vous et permet à celui ci de se préparer, donc de fournir un meilleur service.

Dans bon nombre de cas, la virtualisation éliminera également le besoin de déplacer physiquement des documents afin de les rendre accessibles, ce qui réduira le risque de détérioration des objets les plus fragiles.

Dans le passé, le service de prêt entre bibliothèques a facilité l’accès au patrimoine publié du Canada.

Sa fonction était semblable à celle d’un courtier entre les bibliothèques du pays. Si tous les exemplaires existants étaient loués ou non disponibles dans le réseau de bibliothèques du Canada, ce service faisait en sorte que BAC était le prêteur de dernier ressort.

Ce service ne sera plus offert par BAC. Par contre, le prêt de patrimoine documentaire entre institutions se poursuivra et sera appuyé par une version en ligne du Catalogue collectif national géré par BAC.

De plus, afin d’aider les clients à devenir plus autonomes, BAC créé des produits numériques afin d’offrir aux utilisateurs des options libre service.

Par exemple, le blogue Découvrir que BAC a récemment lancé contient de l’information sur des documents militaires et généalogiques.
 
Un nouveau vidéo d’orientation sera également bientôt disponible. Il permettra aux clients de se familiariser avec les services du 395, rue Wellington à Ottawa avant de se rendre sur place.
Ayant été avisés d’une visite à venir, les experts de BAC pourront se préparer et, par conséquent, offrir un service de meilleure qualité.

BAC est également en train d’effectuer des investissements technologiques afin d’améliorer ses processus de description concernant les ressources documentaires. Ceci fera en sorte que la collection soit plus accessible en important des descriptions préliminaires et des métadonnées fournies par des éditeurs. BAC demandera la présentation de cette information pour tout nouveau matériel du patrimoine documentaire, ainsi augmentera la quantité du contenu disponible en ligne.
BAC utilisera les médias sociaux et l’« externalisation ouverte » afin d’effectuer ses propres activités de description, ce qui permettra aux gens de participer directement à la description et à l’enrichissement du patrimoine documentaire du Canada.

En ce qui a trait aux médias sociaux, nous avons travaillé avec diligence pour avoir une plus grande présence sur le Web.

En 2008, BAC a lancé son compte Flickr. Il fournit des ensembles d’images thématiques tirées de la collection et, à ce jour, il a été visionné environ quatre cent mille fois.

Notre compte Twitter a été lancé à la fin de février et compte désormais plus de 700 « suiveurs ». (630 anglais et 100 français) Il fournit de l’information aux intervenants et aux citoyens, permet à l’organisation de joindre de nouveaux auditoires et facilite l’accès aux services et à la collection de BAC.

Cette semaine, on a également fait de nouvelles incursions dans YouTube et Facebook.
 

Nous avons intégré le contenu de nos quatre canaux YouTube en un seul canal ministériel structuré par thèmes afin de faire connaître les fonds d’archives et les activités de BAC.

Notre compte officiel Facebook vient également tout juste d’être lancé hier. En plus des nouvelles concernant les lancements d’événements et de nouveaux produits, BAC mettra en place des fonctions originales afin de mobiliser les Canadiens, comme « Qu’a t on ici? » ou « aujourd’hui dans l’histoire ».

Enfin, nos balados  mettent en évidence d’importants éléments de la collection. Ils partagent l’expertise et les connaissances spécialisées qui favoriseront la découverte de notre collection et la participation des Canadiens.

Cela s’effectuera par l’intermédiaire d’une diversité de modèles de baladodiffusion techniques, y compris des documents audio, des documents audio avec images et des vidéos.

BAC a, à ce jour, lancé deux balados, soit Un visage, un nom et le Nord canadien et Le projet nous nous souviendrons d’eux. Parmi les balados à venir, mentionnons celles de la guerre de 1812 et celle de l’exposition itinérante Volte face.

Au delà de notre utilisation accrue des médias sociaux pour interpeller les Canadiens, je souhaite particulièrement souligner les efforts que nous avons déployés pour faire en sorte qu’un plus grand nombre de nos collections soient présentées en ligne en mettant l’accent sur la qualité supérieure de l’image et la convivialité.

Cette semaine, nous avons lancé un Portail des portraits, qui renferme près de 15 000 images de haute qualité numérisées provenant de la collection nationale de portraits.

Cette initiative de numérisation permet désormais aux Canadiens de l’ensemble du pays d’accéder à des milliers d’œuvres d’artistes canadiens renommés, de portraits réalisés par Yousuf Karsh à des œuvres de William Topley.
 
Les amateurs de hockey peuvent même y trouver des cartes de hockey rares remontant à environ 1910 de la collection de C.J. Haynes.

De plus, au cours des prochaines années, des milliers d’autres portraits seront ajoutés, à un rythme d’environ 2 000 par mois.

Cet outil est un exemple qui illustre l’engagement de BAC à s’adapter au nouvel environnement numérique en faisant en sorte que la collection nationale de portraits soit plus accessible pour tous les Canadiens d’un océan à l’autre.

Cela démontre également l’orientation stratégique de BAC : ne pas se lancer dans une numérisation aveugle de nos collections en masse.

Enfin, je crois que des mesures institutionnelles prises en vase clos à l’égard des difficultés considérables que présente l’ère numérique ne peuvent entraîner qu’un succès limité, particulièrement si nous tenons compte du fait que l’environnement numérique est relativement nouveau et qu’il comporte de nombreux éléments complexes.

Par contre, si nous travaillons ensemble, de manière véritablement concertée et délibérée, en tirant avantage de nos différentes forces et ressources, je sais que les membres de la communauté archivistique feront une contribution importante qui aura une incidence sur la vie des Canadiens.

En effet, pour prospérer sur les plans individuel et sociétal, nous devons réfléchir à la façon dont nous pouvons tous participer au flux d’information qui nous distingue comme collectivité.

Ce faisant, nous pouvons tous prendre la place qui nous revient dans la société.

Merci.
 
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1.  Ernst Posner, Archives in the ancient world, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1972; et Maria Brosius, Ancient archives and archival traditions : concepts of record-keeping in the ancient world, Oxford, Oxford University Press, 2003.
 
2. Voir Christian Jacob, Lieux de savoir: Espaces et communautés, Albin Michel, 2007. Jacob, dans son recensement de ce que sont ces lieux,  montre avec force le rôle et l’importance qu’ont joué et que continuent à jouer ces lieux et ses contenus.
 
3. Voir Tzvetan Todorov, La mémoire menacée dans Les abus de la mémoire, Paris, Arléa, Collection Viollet, 1995, pp. 9-13; aussi sur la même thématique et avec un regard tout aussi critique Marie-Pascale Huglo, Eric Méchoulan, et Walter Moser, Passions du passé: recyclages de la mémoire et usage de l’oubli, Éditions L’Harmattan, 2000.
 
4. Voir, par exemple, le premier volume de Pierre Nora, Les lieux de mémoire: Sous la direction de Pierre Nora, Les lieux de mémoires, I: La République, vol. 1, Paris, 1984. Voir aussi Éric Méchoulan,  La culture de la mémoire ou comment se débarrasser du passé? PUM, 2008, pp. 80-81.

5.  « (…) La cave des archives peut-elle, elle aussi, devenir une clairière? Tout indique que les archivistes ont pris la succession des humanistes (…) », Peter Sloterdjik, Règles pour le parc humain, Mille et une nuits, Paris, 2010, p. 62.
 
 
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