Allocution de l’administrateur général et bibliothécaire et archiviste du Canada devant le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes

Ottawa (Ontario)
Le 6 décembre 2011
 
LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI
 
Bonjour Monsieur le Président et honorables membres du Comité.
Je veux tout d’abord vous remercier de m’avoir invité à participer à la séance d’aujourd’hui. Je suis ici en tant qu’administrateur général et bibliothécaire et archiviste du Canada, et je voudrais vous faire part de quelques observations et commentaires quant au rôle de Bibliothèque et archives Canada dans les célébrations du  150e anniversaire du Canada qui sera célébré en 2017.
 
L’incidence considérable qu’ont eues les célébrations de 1967 sur notre sentiment de fierté et notre identité nationale est indéniable. J’aimerais rappeler que c’est à cette occasion que fût inauguré un nouvel édifice pour la Bibliothèque nationale du Canada. Ce cadeau offert aux Canadiens était tout à fait de son temps. Un monument érigé en l’honneur du patrimoine documentaire devenait ainsi  le lieu idéal pour conserver une collection d’œuvres à laquelle les Canadiens pourraient facilement avoir accès dans leur capitale nationale. À partir de ce moment, une partie importante du patrimoine documentaire du Canada se trouvait réuni sous un même toit, en lieu sûr, dans un lieu physique.
 
C’est aussi lors d’Expo 67 que nous fûmes ébahis par les technologies en pleine évolution. Qui ne se souvient pas du très populaire « Pavillon du téléphone » où fut projeté pour la première fois un film sur écran de 360 degrés avec des technologies qui devançaient même celles des studios Disney? Depuis, nous n’avons cessé d’être ébahis, surpris mais surtout transformés par les technologies. Entre autres, l’évolution des technologies de l’information et des communications a eu un effet important sur la façon dont les Canadiens créent, archivent et accèdent à leur patrimoine documentaire. Depuis ces célébrations, les temps ont beaucoup changé.
 
À partir de ma nomination en 2009, comme en témoigne mon intervention à l’événement « Canada 150 » au Centre national des arts à Ottawa, j’ai cherché à préparer Bibliothèque et Archives Canada à la célébration de 2017 de deux façons. Tout d’abord, je crois que la contribution de Bibliothèque et archives Canada au 150e anniversaire du pays doit se décliner autour d’un plus grand accès de tous les canadiens à l’ensemble de leur  patrimoine documentaire peu importe où ils habitent. À cette fin, nous travaillons sur deux fronts.  Le premier est la mise en place de multiples partenariats  avec des organisations de partout au pays. Cette avenue permet de connecter graduellement davantage de communautés canadiennes avec leur patrimoine documentaire.  Le second front sur lequel nous travaillons  est l’utilisation optimale des technologies numériques. Cette avenue permet quant à elle de numériser et rendre accessible, chaque jour, davantage de patrimoine documentaire via la toile mais aussi de traiter la production documentaire produite numériquement en temps réel. Ensuite, l’autre contribution fondamentale que l’institution doit faire est de se préparer à devenir une institution de son temps, capable de travailler dans l’environnement numérique : acquérir, préserver et rendre accessible la production documentaire canadienne qui est massivement numérique depuis déjà une vingtaine d’années.
 
Ces deux socles sont pour moi la plus belle et la plus pertinente contribution aux célébrations de 2017. En effet,  les Canadiens se sont très bien adaptés à l’arrivée d’Internet et ont appris à faire bon usage de la pléiade d’outils de communication maintenant accessibles. Comme dans d’autres pays industrialisés, nous avons été nombreux à affluer vers les sites de médias sociaux et à communiquer, dans une mesure de plus en plus considérable, nos propres pensées, nos histoires, nos opinions, nos réactions, nos photos et nos vidéos et à faire circuler, au sein de nos réseaux, les éléments d’information que nous jugeons digne d’intérêt.
 
Les Canadiens ne sont plus de simples consommateurs d’information. Plus que jamais, un nombre important de Canadiens sont également des créateurs et même des conservateurs de contenu culturel. Cette évolution a profondément changé la façon dont Bibliothèque et Archives Canada doit exécuter son mandat. Il y a 40 ou 50 ans, il était relativement facile de déterminer les sources de production documentaire d’une valeur historique et d’en acquérir et préserver les extrants. Il suffisait de faire l’acquisition du document physique, de l’objet : journaux, films, photos, livres, cartes, dossiers du gouvernement, et ainsi de suite. Le cycle de vie prolongé du matériel analogue, ainsi que le niveau relativement modeste de production et la lenteur de la diffusion de ce genre de matériel faisait qu’il était possible de penser que nous pourrions préserver d’une quelconque manière une grande partie de  ce matériel et le distiller dans une collection somme toute assez exhaustive  pour le rendre accessible aux Canadiens.
 
Ce n’est plus le cas. 2017 est donc devenue une année de célébrations pour Bibliothèque et archives Canada mais 2017 représente aussi une date butoir pour faire de l’institution une institution modernisée. La croissance exponentielle du nombre de producteurs d’information et l’augmentation astronomique subséquente des informations produites font qu’il est tout simplement impossible d’acquérir tout la production documentaire. Comme jamais auparavant, la plupart des Canadiens font activement état de leur histoire et documentent leur vie. Bibliothèque et Archives Canada doit s’adapter et tenir compte des nouvelles sources de production documentaire ainsi que de leur distribution généralisée. Notre mandat nous offre toute la flexibilité requise pour mener à bien cet ajustement qui nous permettra de devenir cette institution du 21e siècle dont le Canada pourra être fier. Identifier, acquérir,  préserver et rendre accessible la meilleure représentation possible de la production documentaire des Canadiens, et ce peu importe la source ou le format. De plus, grâce aux technologies propres à l’ère numérique, nous pouvons graduellement surmonter les traditionnels obstacles d’ordre géographique inhérents à notre pays et rendre accessible ce patrimoine à l’ensemble des Canadiens. En fait, en 2017, nous aurons permis à tous les Canadiens, partout au pays et dans le monde d’accéder à une masse sans précédent de leur riche patrimoine documentaire passé et actuel et ce, en tout temps.
 
À bien des égards, le lieu de consultation privilégié par les canadiens pour accéder à leur patrimoine documentaire est de moins en moins le lieu physique comme la bibliothèque ou les  archives. S’ils demeurent encore des lieux de consultation, ces derniers se trouvent des missions connexes et deviennent de plus en plus des lieux d’animation et d’interprétation. Pour de plus en plus de Canadiens, c’est sur la toile qu’ils s’attendent à trouver leur patrimoine documentaire. Qui plus est, la production documentaire canadienne est de plus en plus, sinon exclusivement, produite en format numérique, puis entreposée dans un serveur quelque part pour enfin être téléchargée à partir du nuage.
 
L’information produite par le gouvernement n’échappe pas à cette tendance sociétale lourde. À l’heure actuelle, les documents gouvernementaux sont produits en format numérique. Bibliothèque et Archives Canada entend, dès 2017, engranger les documents gouvernementaux par le truchement d’un portail numérique et les préserver à l’aide d’un dépôt numérique fiable qui répond aux normes internationales dans ce domaine.  Ce faisant, nous jouerons pleinement notre rôle de chef de file national en prenant le virage numérique à temps pour le 150e de la confédération canadienne.
 
Monsieur le Président, j’aimerais maintenant souligner un certain nombre d’initiatives plus pointues que mène actuellement Bibliothèque et Archives Canada et qui reflètent à la fois le passage de notre société d’un environnement analogue à un environnement numérique et surtout, notre préparation et contribution au 150e anniversaire du pays.
 
D’abord, notre  processus de modernisation va bon train et nous positionne de mieux en mieux pour affronter les changements amenés par l’environnement numérique. Nos processus d’identification, d’acquisition, de préservation, de description et d’accès ont été revus et s’insèrent maintenant dans ce qu’il convient d’appeler  « notre cadre sociétal ». Ce cadre  met à contribution l’ensemble de la société à l’égard de la façon dont nous effectuons nos principales activités. En bref et par exemple, compte tenu de  l’environnement dans lequel évolue la société canadienne, nous avons élargi notre espace de veille pour mieux identifier les documents à acquérir afin de bien refléter le patrimoine documentaire créé et le contexte de création de ce patrimoine. Cette approche est transparente et le travail est fait en collaboration avec différents acteurs de la société canadienne, prenant ainsi en considération un vaste éventail d’expertises. Nous souhaitons que les Canadiens puissent célébrer non seulement leur 150e mais aussi leur 200e et leur 300e anniversaires en ayant accès au patrimoine documentaire créé aujourd’hui et à celui qui sera créé dans vingt, cinquante et cent ans.
 
Ensuite, nous rendons également et de façon graduelle nos ressources documentaires accessibles à un plus grand nombre de Canadiens. Tous ces efforts se poursuivront jusqu’en et au-delà de 2017 mais afin de célébrer 2017 nous avons un plan agressif de mise en valeur du patrimoine. Le projet Nous nous souviendrons d’eux a été notre projet phare en matière de programmation tant par le biais de la toile qu’à travers le vaste réseau de bibliothèques publiques au Canada. Grande réussite, cette mise en valeur du patrimoine militaire a mené à la numérisation et à l’accessibilité en ligne non seulement de dossiers mais aussi d’un guide de l’enseignant pour offrir des ateliers pédagogiques. Les élèves peuvent maintenant accéder à plus de 5 000 dossiers de service militaire de soldats, de médecins et d’infirmières qui ont servi au cours de la Première Guerre mondiale ou qui ont été tués sur les champs de bataille au cours de la Deuxième Guerre mondiale. De plus, le nombre de bibliothèques publiques participant au projet a doublé. Des ateliers dans le cadre du projet Nous nous souviendrons d’eux sont maintenant offerts d’un océan à l’autre. Au cours des six derniers mois, environ 25 000 dossiers ont été téléchargés à partir de notre site Internet. J’estime que ce genre de réalisation augure bien pour l’avenir. Pour 2012, nous sommes maintenant à travailler autour des thèmes de l’immigration, des premières nations et du transport. Chaque année verra naître et s’organiser de nouvelles thématiques. En 2017, les canadiens auront davantage accès à une grande partie du patrimoine documentaire qui a fait leur histoire.
 
D’autres projets comme la numérisation de dizaines de milliers de portraits et de photographies ont cours en ce moment. Ces portraits seront accessibles sur la toile suivant une nouvelle approche de description qui devrait faciliter leur découverte. Nous avons aussi récemment achevé la numérisation des premières cartes du Yukon élaborées à la fin du 19e siècle par l’arpenteur de renom, William Ogilvie. Auparavant, ces cartes n’étaient accessibles dans aucune bibliothèque du Yukon. Il y a deux semaines, je recevais un message d’encouragement d’une bibliothécaire de Whitehorse nous félicitant de l’initiative et nous invitant à poursuivre dans la même veine.
 
J’aimerais aussi souligner que nous nous éloignons de la conception d’une institution nationale traditionnelle, sorte d’entité monolithique indépendante qui aurait pour responsabilité d’offrir, seule, un accès au patrimoine documentaire. À cette fin, nous participons activement à l’émergence du Réseau pancanadien du patrimoine documentaire. En collaboration avec nos homologues provinciaux et territoriaux et partenaires des secteurs universitaire et civique, nous travaillons d’arrache-pied pour unir nos forces afin d’échanger nos connaissances dans le but d’offrir le plus vaste patrimoine documentaire que nous puissions imaginer et ce, avec le meilleur accès possible.  Ces partenariats commencent à porter fruit. Outre ceux mentionnés précédemment avec le Conseil des bibliothèques publiques du Canada pour faire connaître notre patrimoine, nous travaillons aussi dans le but d’améliorer nos pratiques. À cette fin et par exemple, nous avons récemment signé un protocole d’entente avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui nous permet de transmettre des dossiers bibliographiques d’auteurs québécois publiés au Québec et d’auteurs canadiens publiés ailleurs au pays, ce qui évite tout chevauchement non nécessaire.
 
Enfin, nous travaillons avec nos collègues de Parcs Canada, de la Commission de la capitale nationale et des différents musées et autres partenaires fédéraux pour mettre le patrimoine documentaire en valeur. Notre apport au 200e anniversaire de la guerre de 1812 n’en est qu’un exemple.
 
Monsieur le président, l’acte de commémorer, vous l’aurez compris, est très important pour Bibliothèque et Archives Canada, car il donne l’occasion aux Canadiens d’en apprendre plus sur l’histoire de leur pays et de ses institutions. C’est aussi l’occasion de favoriser l’éclosion d’un sentiment d’appartenance et de susciter l’engagement des citoyens.
 
Pour ce qui est de la meilleure façon dont  Bibliothèque et archives Canada peut contribuer à célébrer le 150e anniversaire de la Confédération, je soutiens que c’est à travers l’offre du meilleur accès possible au patrimoine documentaire du Canada en tenant compte du contexte de l’époque. Cinquante ans après s’être vu offrir une Bibliothèque nationale dans la capitale du pays, les Canadiens pourront recevoir un aussi beau cadeau en 2017, celui d’une infrastructure numérique permettant de construire une institution moderne du patrimoine documentaire canadien. Ce cadeau sera, je l’espère, grandement apprécié non seulement par les citoyens d’un océan à l’autre, mais également par les générations futures de Canadiens qui pourront assurément mieux comprendre la façon dont nous nous sommes adaptés à l’arrivée de l’ère de l’information numérique.
 
Merci Monsieur le Président; cela conclut mon exposé.
 
À présent, je répondrai avec plaisir aux questions des membres du comité. 
 
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