Premiers Jeux panaméricains au Canada en 1967 : des athlètes canadiens à l’honneur

En 1967, le Canada accueillait le monde à l’occasion de son centenaire.

Pendant que la planète s’était donné rendez-vous à Montréal pour l’Exposition internationale et universelle, l’Expo 67, Winnipeg était l’hôte des Jeux panaméricains, les tout premiers à être tenus au Canada.

Du 23 juillet au 6 août, des milliers d’athlètes de toutes les Amériques se sont mesuré dans une vingtaine de disciplines sportives. Le prince Philip a procédé à l’ouverture de la plus importante compétition internationale de l’histoire à se dérouler jusque-là au Canada.

Des athlètes canadiens ont profité de cet événement pour graver leur nom dans les livres d’histoire. La jeune nageuse Elaine Tanner y établissait deux nouveaux records mondiaux et raflait pas moins de cinq médailles, dont deux d’or. Harry Jerome battait tous ses rivaux au 100 mètres alors qu’Andy Boychuk franchissait le premier le fil d’arrivée à l’épreuve du marathon.

Grâce à des documents tirés de sa collection et à une entrevue réalisée en juin 2015 avec Elaine « Mighty Mouse » Tanner, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) se remémore de grands moments de ces performances canadiennes en dressant un bref portrait de six athlètes qui ont brillé en 1967 à ces Jeux présentés dans la capitale du Manitoba.

Athlètes canadiens qui ont brillé à Winnipeg

  1. Andy Boychuk
  2. Pierre St-Jean
  3. Doug Rogers
  4. Harry Jerome
  5. Elaine Tanner
  6. Abigail “Abby” Hoffman

1. Andy Boychuk

Andy Boychuk, biographique

Né à Orono, Ontario, en 1941, Andy Boychuk a remporté le marathon des Jeux panaméricains de 1967 à Winnipeg, devenant ainsi le premier Canadien à gagner cette épreuve. Champion canadien en 1966 et 1967, Boychuk s’est également classé 6e aux Jeux de l’Empire britannique et du Commonwealth de Kingston en Jamaïque (1966) et 10e aux Jeux olympiques d’été de Mexico (1968) et aux Jeux du Commonwealth britannique d’Édimbourg en Écosse (1970). Il s’est retiré de la course compétitive en 1976.

Andy Boychuk, photos

2. Pierre St-Jean

Pierre St-Jean, biographique

Pierre St-Jean, natif de Montréal, s’est illustré comme haltérophile lors de plusieurs compétitions internationales au cours de sa longue carrière. Il a été médaillé aux Jeux de l’Empire britannique et du Commonwealth de 1962 (argent), de 1966 (or), et de 1970 (bronze). St-Jean a également remporté des médailles de bronze aux Jeux panaméricains de Sao Paulo et de Winnipeg, respectivement tenus en 1963 et 1967. Il a prononcé le serment au nom de tous les athlètes aux cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal en 1976.

Pierre St-Jean, photos

3. Doug Rogers

Doug Rogers, biographique

Reconnu comme le premier grand judoka canadien, Doug Rogers a déménagé au Japon en 1960 afin de se dévouer à temps plein à son entraînement au cours des cinq années qui ont suivi. Il a gagné la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 alors que le judo faisait sa première apparition comme discipline olympique. Rogers rafle ensuite la médaille de bronze aux Championnats mondiaux de judo en 1965 et les médailles d’or et d’argent aux Jeux panaméricains de 1967, à Winnipeg. Il a eu l’honneur d’être le porte-étendard de la délégation canadienne lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Munich en 1972, qui marqueront la fin de sa remarquable carrière internationale.

Doug Rogers, photos

Doug Rogers, renseignements supplémentaires

4. Harry Jerome

Harry Jerome, biographique

Le sprinter canadien Harry Jerome était un des meilleurs sprinters au monde durant les années 1960, gagnant une médaille de bronze à l’épreuve du 100m aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964. Il remporte la même épreuve aux Jeux panaméricains de Winnipeg en 1967 et la course du 100 verges aux Jeux de l’Empire britannique et du Commonwealth de 1966. Jerome prend sa retraite en 1968, ayant brisé plusieurs marques mondiales au cours de sa carrière.

Harry Jerome, photos

Harry Jerome, renseignements supplémentaires

5. Elaine Tanner

Elaine Tanner, biographique

Connu sous le sobriquet de « Mighty Mouse », Elaine Tanner est une des plus grandes nageuses canadiennes de l’histoire. En 1966, à l’âge de 15 ans, elle gagne quatre médailles d’or et trois médailles d’argent pour devenir la première femme à remporter quatre épreuves aux Jeux de l’Empire britannique et du Commonwealth. Ses performances lui valent le titre d’athlète canadien de l’année en 1966. Aux Jeux panaméricains de 1967, elle gagne deux médailles d’or et trois médailles d’argent, tout en établissant deux nouveaux records mondiaux. Elle se retire de la natation compétitive à l’âge de 18 ans, après avoir remporté deux médailles d’argent et une de bronze aux Jeux olympiques de Mexico.

Elaine Tanner, photos

Elaine Tanner, renseignements supplémentaires

Elaine Tanner, entrevue

Bibliothèque et Archives Canada a interviewé Elaine Tanner en juin 2015. Écoutez les extraits de cette entrevue alors qu’elle aborde les six thèmes suivants :

Écoutez 1. Elaine Tanner parlant des Jeux panaméricains tenus en 1967
  • Transcription 1

    « Tout cela avait beaucoup d’importance pour moi parce qu’en 1967, c’était le centenaire du Canada et j’étais vraiment ravie à l’idée que les Jeux panaméricains allaient se dérouler dans mon propre pays. J’avais extrêmement hâte de voir la foule, et Winnipeg était la toute première ville canadienne à tenir des Jeux panaméricains. Les installations érigées pour l’occasion et la population de Winnipeg étaient tellement merveilleuses. Nul doute, c’est un merveilleux souvenir. À l’époque, la piscine était, en fait, le premier bassin olympique intérieur à être construit au Canada. Et la piscine était vraiment rapide, pour reprendre l’expression consacrée. Sur le plan technique, c’était la piscine la plus rapide au monde et, sans entrer dans les points de détail, les nageurs avaient hâte de participer à la compétition et nos chronos durant les séances d’entraînement étaient excellents. En fin de compte, la communauté de la natation, une fois les épreuves terminées, avait fracassé 11 records mondiaux aux Jeux panaméricains cette année-là… ce nombre n’a jamais été dépassé. Ce sera difficile de le briser, voilà un véritable legs de cette piscine. »

Écoutez 2. Elaine Tanner se mesurant, devant ses partisans canadiens, aux nageurs des puissances américaine et australienne
  • Transcription 2

    « Avant l’arrivée des Américaines, il y a eu un article dans le magazine Sporting News selon lequel elles avaient dit qu’elles domineraient toutes les épreuves. Je n’ai appris cela qu’après coup, mais nous leur avons montré qu’elles avaient tort et je crois que c’est probablement à cause de la foule partisane. Je me rappelle plus particulièrement le 200 mètres en dos crawlé, soit 4 longueurs de piscine; j’en étais à ma troisième longueur, j’étais en avance par rapport au record mondial, j’ai commencé à sentir la fatigue, puis je me souviens avoir entendu les cris de la foule. J’ai refait le plein d’énergie, je me sentais presque transportée dans les airs et je me rappelle avoir accéléré et je le dois à tout cela, aux cris de la foule, à son soutien. J’ai fracassé le record mondial au 200 mètres en dos crawlé et j’en garde un merveilleux souvenir parce que c’était l’année du centenaire. Bobby Gimbey avait écrit une chanson qui s’intitulait « Canada » et qui tournait à ce moment, il s’agissait en quelque sorte de la chanson thème cette année-là. Voilà ce qui est arrivé : lorsque je suis allée chercher ma médaille, je me souviens avoir marché sur le bord de la piscine, flanquée de deux Américaines, j’étais au centre et nous marchions en direction du podium, le long de la piscine et, tout d’un coup, la foule, spontanément, a entonné la chanson thème canadienne « Canada » et tout le monde s’est mis à chanter. Encore aujourd’hui, quand j’en parle, j’en ai la chair de poule. C’est parce que quand je marchais vers ce podium, la foule m’encourageait et chantait « Canada », j’ai alors été submergée par un immense sentiment de fierté. C’est un souvenir vraiment vraiment fantastique. L’un des meilleurs. »

Écoutez 3. Elaine Tanner devenant une nageuse de calibre mondial malgré sa petite taille
  • Transcription 3

    « Je ne me suis jamais tracassée à cause de ma taille, mon surnom était « Super Souris » (Mighty Mouse), j’étais tellement plus petite que toutes les autres filles, j’étais vraiment petite, mais, dans ma tête, c’est comme si je m’étais fixé un but. Je savais ce dont j’étais capable et rien n’allait m’arrêter. Peu importe mes origines, les particularités, je savais simplement en mon for intérieur que si je me concentrais sur ce désir, ainsi que sur la force et la confiance que j’avais dans mes capacités, j’allais être propulsée, vous savez, vers les plus hauts sommets. Comme lorsque j’ai commencé tout au début, quand j’étais une fillette qui nageait en Californie, c’était l’environnement parfait parce que tout le monde nageait là-bas. Il y avait des piscines à tous les coins de rue et, à l’époque, nous vivions près du club de natation Santa Clara, le club où tous les champions du monde s’entraînaient et j’y suis allée en me disant que c’était vraiment cool, que je pouvais le faire. Donc, on m’a enseigné dès le départ à tout donner pour gagner et plus rien d’autre n’avait d’importance. De fait, quand je suis revenue à Vancouver j’avais neuf ans, nous sommes retournés vivre à Vancouver, là où je suis née, et j’ai joint le club de natation Dolphin. J’ai vraiment été chanceuse parce que j’avais l’un des meilleurs entraîneurs techniques au monde, Howard Furby, et il s’est créé entre Howard et moi un lien étroit. Ensemble, nous étions comme une symphonie. Nous nous comprenions sans devoir prononcer un mot. C’était la combinaison parfaite et j’ai comme, j’ai géré la situation. Rien ne m’atteignait, je ne faisais que me concentrer sur ce que je voulais faire, et c’est simple, je ne sais pas, mes rêves n’avaient pas de limite. »

Écoutez 4. Elaine Tanner expliquant que ses deux médailles d’or remportées aux Jeux panaméricains ont été volées!
  • Transcription 4

    « Bon, j’ai d’abord été bouleversée. Vous savez, on ne pense pas que ces choses-là peuvent arriver, mais pour être honnête, une fois que j’ai eu remporté mes médailles, je n’étais pas du genre à les chérir. Je voulais seulement passer à mon prochain objectif, je n’avais donc pas besoin de voir les médailles pour savoir que j’avais accompli quelque chose. Je crois que, pour moi, les trophées et les médailles ne sont vraiment que des symboles des performances, mais ce ne sont pas les performances en soi, ce sont mes exploits que l’on retrouve dans les palmarès. Ils font partie de l’histoire sportive du Canada et j’en suis fière. Vous savez, les médailles, vraiment, ne sont que l’image des accomplissements, des symboles, ce ne sont pas les événements en soi et je suis habitée par la fierté qu’ils m’ont insufflée. »

Écoutez 5. Elaine Tanner étant reconnue comme une pionnière et une des meilleures nageuses canadiennes de l’histoire
  • Transcription 5

    « Bien, j’en suis très fière. Je suppose que j’étais une sorte de pionnière, j’ai en quelque sorte tracé un chemin que d’autres Canadiens voudront suivre, du moins je l’espère. Ce que je savais, c’est que si on est déterminé et qu’on travaille fort, qu’on est concentré et qu’on a confiance en soi, en ses rêves, il faut juste poursuivre ces rêves, et le bonheur surgira au détour, on sera récompensé pour tous les efforts. Si je pouvais être un exemple pour d’autres, comme des jeunes, leur dire qu’il ne faut pas s’inquiéter de ses origines, ou vous comprenez, de son bagage, ou de la couleur de sa peau ou des cheveux. Ayez simplement confiance en vous et si vous avez un rêve, investissez-vous à fond et, peu importe la distance que vous parcourez, quand vous êtes en quête d’un rêve, vous ressentez tellement de bonheur juste à poursuivre ce rêve. Si je peux avoir été une pionnière en ce sens, alors je suis fière de ce legs qui pourrait en inspirer d’autres. »

Écoutez 6. Elaine Tanner se prononçant sur la différence qui existe entre les Jeux disputés cet été à Toronto et ceux présentés à Winnipeg en 1967
  • Transcription 6

    « Les choses ont bien changé dans le monde du sport et, à l’époque, les Jeux panaméricains étaient une sorte d’entité en soi. Ils étaient vraiment importants. Je crois que maintenant, l’événement s’est vidé de son importance, comme, hum! vidé, ce pourrait être un jeu de mots. Les Jeux panaméricains sont, je dirais, plutôt une préparation pour les athlètes et ils ne sont pas, hum! Par exemple, aujourd’hui il y a les championnats du monde. Avant, les Jeux panaméricains étaient un événement bien spécial. Mais, maintenant, il y a différentes épreuves, en natation plus particulièrement, il y a le championnat du monde. Mais de nos jours, pour la natation en particulier, il y a différentes compétitions, dont les mondiaux. Je pense qu’aujourd’hui des athlètes choisissent d’aller aux championnats mondiaux et d’y être au sommet de leur forme. Il ne s’agit pas tant du fait que les mondiaux se tiennent tout juste après les Jeux panaméricains et que les athlètes sont particulièrement fatigués. Mais il arrive, quand ils se préparent à offrir une performance maximale lors de certaines compétitions, que des athlètes choisissent d’aller aux mondiaux. Malheureusement, beaucoup de grands noms ne participent pas aux Jeux panaméricains cette année à cause de cela, parce qu’ils se concentrent sur les mondiaux. Donc, c’est quelque peu différent aujourd’hui. Sur le plan technique, les choses ont changé. Je crois qu’à l’époque le jeu relevait plus des capacités ‘organiques’. En fait, nous nagions parce que nous aimions cela. Nous étions uniquement axés sur le plaisir de la compétition, rien d’autre. De nos jours, il y a tellement d’autres distractions. Il y a la commercialisation, les commandites, ceci et cela. Vraiment, d’une certaine façon, c’est comme comparer des pommes à des oranges. Les choses ont beaucoup changé ».

6. Abigail “Abby” Hoffman

Abigail “Abby” Hoffman, biographique

Une remarquable coureuse de demi-fond, Abby Hoffman a participé à quatre Jeux olympiques, quatre Jeux panaméricains et deux Jeux du Commonwealth durant sa longue et illustre carrière athlétique. Elle a gagné plusieurs médailles aux Jeux panaméricains, dont deux d’or, une d’argent et deux de bronze, une d’entre elles remportée au 800m aux Jeux panaméricains de Winnipeg en 1967. À la suite de sa retraite de la compétition en 1976, Hoffman est devenue la première femme directrice générale de Sport Canada, un poste qu’elle a occupé de 1981 à 1991.

Abigail “Abby” Hoffman, photos

Abigail “Abby” Hoffman, renseignements supplémentaires

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