Les Territoires du Nord-Ouest (1870)

Carte : Canada, 1870

Carte : Canada, 1870
© Ressources naturelles Canada


L'histoire de l'évolution politique, constitutionnelle et territoriale des Territoires du Nord-Ouest est intimement liée à l'histoire de l' Alberta et la Saskatchewan, du Manitoba, du Territoire du Yukon et du Nunavut. Afin de bien comprendre comment les Territoires du Nord-Ouest que nous connaissons aujourd'hui en sont arrivés à être ce qu'ils sont, nous devons bien garder à l'esprit que leur histoire est très complexe.

L'exploration

L'exploration du Grand Nord se concentre surtout sur la recherche du passage du Nord-Ouest, c'est-à-dire d'une voie navigable passant en haut de l'Amérique du Nord qui pourrait servir de route commerciale pour se rendre dans l'hémisphère oriental. L'exploration de l'Arctique par les Européens commence au milieu du XVIe siècle et se poursuit jusqu'au début du XXe siècle. Ces explorations mèneront à une plus grande connaissance de la géographie du nord du Canada et de la valeur des ressources naturelles qu'on y trouve.

C'est le gouvernement de Wilfrid Laurier qui, en 1897, est le premier à prendre des mesures concrètes pour affirmer la souveraineté canadienne sur l'archipel arctique. Il envoie le commandant William Wakeham y exercer la juridiction du Canada.

De 1903 à 1911, les expéditions du géologue A. P. Low et de J.-E. Bernier maintiennent la présence canadienne dans ces territoires isolés.

Évolution territoriale

  • 1870 : le Lerritoire du Nord-Ouest et la Terre de Rupert sont transférés de la Compagnie de la Baie d'Hudson au gouvernement du Canada, et ils deviennent les Territoires du Nord-Ouest.
  • 1870 : Création de la province du Manitoba.
  • 1880 : Les îles Arctiques au nord du Canada, jusque-là sous juridiction britannique, passent sous juridiction canadienne. Cette transaction agrandit considérablement la superficie des Territoires du Nord-Ouest.
  • 1881 : Agrandissement de la province du Manitoba au détriment des Territoires du Nord-Ouest.
  • 1882 : : Agrandissement de la province de l'Ontario au détriment des Territoires du Nord-Ouest.
  • 1882 : Division des Territoires du Nord-Ouest en quatre districts administratifs : Alberta, Assiniboia, Athabaska et Saskatchewan.
  • 1895 : Ajout de divisions administratives : Yukon, Mackenzie, Franklin et Ungava.
  • 1898 : Agrandissement de la province de Québec au détriment des Territoires du Nord-Ouest.
  • 1898 : Afin d'administrer la ruée vers l'or, le Yukon devient un territoire (le Territoire du Yukon) au même titre que les Territoires du Nord-Ouest.
  • 1905 : Création des provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan.
  • 1912 : Les frontières actuelles du Manitoba, de l'Ontario et du Québec sont établies.
  • 1912 : Les Territoires du Nord-Ouest sont de nouveau divisés en districts : Mackenzie, Keewatin et Franklin.
  • 1999 : Création du territoire du Nunavut dans l'est de l'Arctique.

La géographie, la population et les centres urbains

En 1905, les Territoires du Nord-Ouest couvrent une superficie de 3 379 000 km2, soit 34 % de la superficie du territoire canadien. Ses caractéristiques géographiques varient énormément. Il y a des rivières, des lacs, des montagnes, des plaines, des forêts, de la toundra, des côtes rocheuses et une multitude d'îles.

La population totale des Territoires du Nord-Ouest est d'environ 17 000 habitants, selon le recensement fédéral de 1911. De ce nombre, presque 15 904 personnes sont d'origine autochtone, environ 500 sont d'origine britannique et près de 200 personnes sont d'origine française. Les populations autochtones comprennent les Métis, les Inuits, les Cris, les Tchippewayans, les Couteaux-Jaunes, les Esclaves, les Flancs-de-Chien, les Lièvres et les Kaskas.

Les moyens de transport

Les moyens de transport sont très sommaires dans les Territoires du Nord-Ouest. Il n'y a pas de chemin de fer qui pénètre complètement dans la région, et il n'y a que très peu de routes carrossables qui, de plus, sont mal entretenues. Les populations doivent donc compter sur des modes de transport tout à fait adaptés à la géographie, soit le canot sur les lacs et les rivières pendant l'été et le traîneau à chiens durant l'hiver. Tant que les glaces ne sont pas prises, les bateaux peuvent également se rendre dans certaines régions.

L'économie et les populations autochtones

Avant la fin du XIXe siècle, la traite des fourrures donne lieu à l'établissement de postes de traite le long du fleuve Mackenzie. Avec l'établissement de ces postes, les populations autochtones ont des contacts plus fréquents avec les populations blanches, ce qui amène une proportion grandissante d'Autochtones à adopter un mode de vie influencé par la culture des Blancs.

À partir de la toute fin du XIXe siècle, quand la population a augmenté à la suite de la ruée vers l'or, le développement économique des Territoires du Nord-Ouest dépend essentiellement du secteur minier. Après l'exploitation de l'or, l'activité minière se concentre sur l'argent et le cuivre. Du début des années 1900 jusqu'au début de la crise économique, en 1929, ces ressources sont fortement exploitées dans les Territoires du Nord-Ouest.

Il en va de même pour le commerce des fourrures. Activité économique par excellence au cours de l'histoire du Nord et du Grand Nord canadiens, le commerce des fourrures demeure très important durant les premières décennies du XXe siècle. Mais le retour à une économie de paix et la crise économique de 1929, phénomènes conjugués à la fluctuation de la demande internationale, font en sorte qu'après 1929 ce commerce n'est rentable que pour une fraction décroissante de la population des Territoires du Nord-Ouest.

Les missionnaires

De plus en plus, les populations autochtones s'intègrent à l'économie marchande canadienne, et ce processus d'acculturation s'intensifie avec l'arrivée des missionnaires catholiques et protestants. Ceux-ci s'occupent du culte, bien entendu, mais ils se donnent également pour mission de changer les modes d'éducation et de soutien communautaire des peuples autochtones, et de leur inculquer des mœurs occidentales.

Les missionnaires catholiques et protestants sont très actifs tout au cours de l'histoire du Nord-Ouest canadien. Initialement, ils s'y installent pour apporter du soutien aux populations blanches qui y vivent et y travaillent. Mais, avec le temps, ils commencent à évangéliser les populations autochtones. Aussi, avec l'appui financier du gouvernement fédéral, les missionnaires organisent-ils un système d'éducation formel. Les Églises presbytérienne et méthodiste sont très dynamiques du côté protestant. Du côté catholique, ce sont les Oblats, avec le soutien des Sœurs grises et des Soeurs de la Charité, qui s'y consacrent.

Le résultat de ce travail missionnaire est controversé. Éduquer les enfants autochtones selon les valeurs occidentales leur enlève la possibilité de bien vivre avec leur culture. Puis le racisme qui a cours dans la société canadienne du début du XXe siècle empêche les jeunes Autochtones d'y participer adéquatement.

Des lois sur les Indiens

Les modifications législatives apportées aux diverses lois sur les peuples autochtones ont servi les intérêts du gouvernement canadien plutôt que ceux des peuples amérindiens. L'Acte des Sauvages, 1876, qui représente la refonte de toutes les lois relatives aux Amérindiens, en a été l'événement majeur. Le fait que l'on considère l'émancipation comme une sorte de récompense pour l'Autochtone qui accepte d'assumer sa responsabilité de «  citoyen sérieux  » illustre bien la conception du progrès, au XIXe siècle. Durant les deux dernières décennies du XIXe siècle, le département des Affaires des Sauvages (aujourd'hui le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien) se préoccupe avant tout d'étendre son empire sur l'Ouest canadien. Les fonctionnaires de l'État croyaient que, si on leur en donnait les moyens, les Amérindiens et les Métis deviendraient de bons cultivateurs. Ils ne voyaient pas que les valeurs de ces peuples étaient incompatibles avec l'idéal occidental qu'est la libre entreprise.

En 1880, le bison a presque disparu des plaines du Canada, entraînant ainsi la perte de la principale source de subsistance des Amérindiens et des Métis des Prairies. Le retour de John A. Macdonald au pouvoir et l'adoption de sa politique nationale (en 1878) dénotent la volonté de regrouper, de manière pacifique, les Autochtones de l'Ouest dans des réserves et de les voir s'adonner au travail agricole. Le brusque changement de leur mode de vie, les hivers rigoureux, les épidémies, la famine et l'établissement d'un grand nombre de non-Autochtones, qui accompagne la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique, contribuent au malaise général que ressentent les Amérindiens et les Métis, et qui conduira à la rébellion du Nord-Ouest, en 1885.

Après 1879, le gouvernement de John A. Macdonald essaie, de diverses façons, de permettre aux Amérindiens de subvenir à leurs propres besoins. Toutefois, la lente transition des groupes autochtones de l'Ouest vers une agriculture autonome « déçoit » plusieurs fonctionnaires fédéraux. L'arrivée en masse d'immigrants dans l'Ouest aura une grande influence sur les objectifs et les activités du ministère des Affaires indiennes. Au cours des premières années du XXe siècle, la population totale du Canada augmente d'environ 35 %. Le peuplement de l'Ouest s'accompagne de la construction massive de chemins de fer et de routes, de l'apparition de villes et d'une augmentation de la demande en terres agricoles. Tous ces phénomènes vont énormément affecter le mode de vie des populations autochtones.

Le gouvernement

Lorsque, en 1870, la Terre de Rupert et le Territoire du Nord-Ouest passent sous juridiction canadienne et deviennent les Territoires du Nord-Ouest, ils sont gouvernés directement par Ottawa. La loi appelée Acte concernant le gouvernement provisoire de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest après que ces territoires auront été unis au Canada met en place un gouvernement provisoire que dirigera un lieutenant-gouverneur (le premier sera William McDougall), et Ottawa nomme un conseil.

 

Avec la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest, 1875 (Acte pour amender et refondre les lois relatives aux Territoires du Nord-Ouest), Ottawa nomme un lieutenant-gouverneur (le premier est David Laird) et un conseil. Mais il y a un ajout important, qui consiste en l'augmentation des membres élus au conseil au fur et à mesure que la population des Territoires du Nord-Ouest grandira. Puis, en 1888, une assemblée législative, composée de membres élus, sera mise en place.

Entre-temps, en 1887, le gouvernement fédéral crée quatre sièges pour les Territoires du Nord-Ouest à la Chambre des communes. À ce moment, Donald Watson Davis est député de la circonscription d'Alberta, Day Hort MacDowall, de celle de Saskatchewan, William Dell Perley, de celle d'Assiniboia East et Nicholas Flood Davin, de celle d'Assiniboia West. En 1886, les Territoires du Nord-Ouest se voient accorder deux sièges au Sénat : les premiers à occuper ces postes sont Richard Hardisty et William Dell Perley, qui se voit en quelque sorte promu.

En 1905, avec la création des provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan, et avec la réorganisation territoriale des Territoires du Nord-Ouest, le gouvernement de ces derniers se compose, en vertu de la loi qui le constitue, d'un commissaire nommé par Ottawa ainsi que de hauts fonctionnaires, qui travaillent tous à Ottawa. Le premier commissaire nommé par Ottawa sera le lieutenant-colonel Frederick D. White, commandant de la Police à cheval du Nord-Ouest (aujourd'hui la Gendarmerie royale du Canada). Cette situation ne changera qu'après la Deuxième Guerre mondiale.

Par ailleurs, le gouvernement canadien signe avec diverses tribus autochtones, entre 1871 et 1877, une série de traités. Les traités nos 1 et 2 (1871), signés avec les Saulteux (ou Ojibwés) et les Moskégons (famille des Cris), couvraient le territoire comprenant le Manitoba et les terres autour de cette zone; le traité no 3 (1873), signé avec les Saulteux (Ojibwés), couvrait les terres entre le lac Supérieur et le lac des Bois; le traité no 4 (1874), signé avec les Cris, les Saulteux et les Assiniboines, couvrait les terres de la vallée des rivières Qu'Appelle et Assiniboine, à l'ouest du lac Winnipeg; le traité no 6 (1876), signé avec les Cris des Plaines et les Cris des Bois, couvrait les terres fertiles jusqu'aux montagnes Rocheuses; le traité no 7 (1877), signé avec la confédération des Pieds-Noirs (Pieds-Noirs, Gens-du-Sang et Piégans), les Sarcis et d'autres groupes, couvrait le reste du territoire, du lac Supérieur aux montagnes Rocheuses. Les traités no 8 (1899), no 9 (1905) et no 10 (1906) couvraient les terres plus au nord, l'Ontario et le bassin du fleuve Mackenzie.

Bien qu'à des degrés divers, ces traités ont eu pour conséquence l'abandon, par les populations autochtones de l'ouest et du nord du Canada, de leurs terres, du lac Supérieur jusqu'au contrefort des Rocheuses. Comme compensation, elles ont reçu, des autorités canadiennes, certaines terres, des réserves, le droit de chasser et de pêcher sur ces terres, à moins qu'elles ne soient occupées par les non-Autochtones, des montants d'argent, etc. Ces traités ont permis aux autorités fédérales d'avoir le « champ libre » pour construire le chemin de fer transcontinental et pour établir des populations blanches.

Vers le Nunavut

De 1905 aux années 1970, les Territoires du Nord-Ouest connaissent plusieurs changements administratifs. Aussi les populations autochtones raffinent-elles leurs revendications et leur mode de négociation avec le gouvernement fédéral. Au cours des années 1970, les Inuits tentent de démontrer que le fait qu'ils occupent les Territoires du Nord-Ouest et qu'ils en utilisent une partie justifie la création d'une nouvelle entité politique, le Nunavut.


Sources

  • Bowers, Vivien ; Garrod, Stan. -- L'ouest et son histoire. -- Montréal : Trécarré, 1988. -- 432 p.
  • Canada. Affaires indiennes et du Nord Canada. Centre de recherches historiques et d'étude des traités. -- Historique de la Loi sur les indiens. -- Ottawa : Affaires indiennes et du Nord Canada, 1983. -- 282 p.
  • Coates, Kenneth. -- Canada's colonies : a history of the Yukon and Northwest Territories. -- Toronto : James Lorimer, 1985. -- 251 p.
  • Graham, W. R. -- « Indian treaties and the settlement of the North-West ». -- Saskatchewan History. -- Vol. II, no 1 (Hiver 1949). -- P. 19-22.
  • Lower, J. Arthur. -- Western Canada : an outline history. -- Vancouver : Douglas and McIntyre, 1983. -- 346 p.
  • Thomas, Lewis H. -- Les Territoires du Nord-Ouest, 1870-1905. -- Ottawa : La Société historique du Canada, 1972. -- 22 p. (Brochure historique ; 26)
  • Zaslow, Morris. -- The opening of the Canadian North, 1870-1914. -- Toronto : McClelland and Stewart, 1971. -- 339 p. (The Canadian Centenary Series ; 16)
  • Zaslow, Morris. -- Les Territoires du Nord-Ouest, 1905-1980. -- Ottawa : Société historique du Canada, 1984. -- 29 p. (Brochure historique ; 38)
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