Terre-Neuve et Labrador (1949)

Carte: Canada, 1949

Carte: Canada, 1949
© Ressources naturelles Canada


Terre-Neuve, avant 1864

Au temps des premiers visiteurs européens, Terre-Neuve est habitée par les Béothuks, peuple au sujet duquel on ne sait que très peu de choses à part leur extinction en 1829 et quelques références à leurs contacts avec les premiers explorateurs européens et colons venant de divers pays. Bien que jusqu'à tout récemment John Cabot, qui a probablement rencontré les Béothuks, soit reconnu comme l'Européen qui a découvert Terre-Neuve en 1497, des découvertes archéologiques à L'Anse aux Meadows indiquent que des explorateurs vikings se sont établis sur l'île environ 500 ans plus tôt. (À cause de facteurs inconnus, l'idée d'une colonie viking est abandonnée après quelques années.) Il existe également de solides conjectures, bien que sans aucune preuve indiscutable pour le moment, sur la visite à Terre-Neuve d'autres explorateurs allant des moines irlandais jusqu'aux pêcheurs basques au cours des siècles précédant l'arrivée des Vikings. Ces visiteurs sont suivis par des pêcheurs européens venus profiter de l'abondance des bancs de poissons autour de l'île. Peu à peu, ces visiteurs saisonniers établissent, de façon non officielle, des communautés sur tout le littoral.

Bien que sir Humphrey Gilbert ait officiellement revendiqué les droits de l'Angleterre sur Terre-Neuve le 5 août 1583, les premières actions qu'entreprend ce pays visent à décourager l'établissement de colonies sur l'île. Les marchands anglais ne veulent pas perdre leur monopole sur les importations de poisson et plusieurs pensent qu'on ne peut affecter des forces navales à la défense d'une colonie aussi éloignée. Également, une loi sur le commerce en vigueur jusqu'en 1824 impose des amendes aux colons qui s'y installent de façon permanente. Cependant, des événements comme la Révolution américaine détournent l'attention des Anglais, ce qui permet à la population de se développer malgré les restrictions; en 1820, l'île héberge environ 50 000 personnes. Ce nombre augmente à 140 000 au début des années 1860.

Les premiers « représentants » gouvernementaux à Terre-Neuve sont les amiraux de pêche, qui agissent à titre d'autorités administratives pendant la saison de pêche. Cependant, dès le début des années 1800, la population est suffisamment importante pour que le gouvernement britannique nomme un gouverneur à plein temps; puis on crée un conseil nommé en 1826 et, en 1833, à la suite d'un rapport recommandant l'établissement d'un gouvernement local officiel, une assemblée élue tient sa première séance. L'agitation en faveur de l'établissement d'un gouvernement pleinement responsable atteint son paroxysme en 1848. Bien que le gouvernement britannique ait d'abord refusé, sous prétexte que Terre-Neuve n'était pas prête économiquement, il finit par céder et accorde un gouvernement pleinement responsable à la colonie en 1855.

L'élément essentiel de l'économie de la colonie est l'industrie de la pêche. Il y a aussi d'autres ressources comme le bois d'œuvre et les réserves de minéraux. Les marchands s'établissent dans les communautés de l'île et l'écart considérable entre leur niveau de vie et celui des pêcheurs irrite bien des Terre-Neuviens. Les approvisionnements de la colonie reposent en très grande partie sur les importations. En fait, celles-ci constituent une source vitale de revenus puisque les tarifs d'importation sont la principale source de financement du gouvernement.

Les conférences de la Confédération, 1864

Terre-Neuve n'est pas invitée à la Conférence de Charlottetown sous prétexte que l'union des colonies ne l'intéresse pas. Le gouvernement terre-neuvien demande pourtant des renseignements pour y assister en août 1864, mais il est trop tard pour réorganiser la Conférence en conséquence. Lorsqu'on décide d'organiser la Conférence de Québec en octobre 1864 pour discuter en profondeur de l'union proposée, John A. Macdonald invite Terre-Neuve à y participer. La colonie accepte d'emblée en y envoyant Ambrose Shea et F. B. T. Carter en tant qu'observateurs; ils n'ont aucun mandat pour approuver des mesures ni pour agir au nom de Terre-Neuve.

Terre-Neuve étant entrée tard dans les discussions sur l'union, il faut essayer de l'intégrer dans les arrangements officieux déjà faits à Charlottetown. Il s'avère difficile d'être équitable à l'égard de Terre-Neuve tout en répondant aux préoccupations des autres colonies. Qui plus est, les deux délégués de l'île répètent à maintes reprises qu'ils ne sont pas autorisés à accepter quoi que ce soit qui engagerait la colonie. Néanmoins, Carter et Shea sont impressionnés par les Résolutions de Québec et satisfaits d'une offre aussi généreuse. Ils rapportent les résolutions à Terre-Neuve pour en débattre à l'Assemblée législative.

Cependant, ils ne prennent pas en compte la force des sentiments anti-Confédération et de son porte-parole Charles Fox Bennett. Ce dernier joue sur les sentiments anti-Français et rend les Terre-Neuviens soupçonneux envers le Québec. Il les prévient également qu'ils seraient assujettis aux taux élevés des impôts canadiens et qu'ils seraient conscrits pour aller combattre loin de chez eux dans les batailles du Canada. Malgré la campagne de Bennett, le gouvernement pro-Confédération remporte les élections tenues vers la fin de 1865; cependant, cette même année, l'Assemblée décide de mettre de côté toute discussion sur les résolutions. Par conséquent, elle n'autorise pas l'envoi de délégués à la Conférence de Londres. Terre-Neuve continue d'observer les débats sur l'union jusqu'au 1er juillet 1867. Le gouverneur de l'île, sir Anthony Musgrave, est invité en tant qu'observateur à l'ouverture du premier Parlement du Canada en novembre de la même année.

Autres tentatives : après 1867

Le gouvernement pro-Confédération de Terre-Neuve reste au pouvoir pendant une courte période après 1867 et le gouverneur Musgrave persuade l'Assemblée de reconsidérer une union avec le Canada; au début de l'été 1869, une entente vient près d'être ratifiée. Cependant, à la dernière minute, Bennett et ses forces anti-Confédération augmentent leurs critiques, supprimant ainsi toute chance de succès. Au cours des élections provinciales de cette même année, le gouvernement pro-Confédération subit un échec cuisant.

Une autre tentative sérieuse a lieu en 1895. Pour Terre-Neuve, qui éprouve des difficultés économiques à la suite d'un krach bancaire, l'union avec le Canada offre des perspectives financières très intéressantes. Après avoir rejeté une offre de l'Angleterre de constituer une commission royale pour étudier la situation, le gouvernement de Terre-Neuve convoque une conférence en avril 1895. Cette fois, les difficultés sont autant financières que politiques : Terre-Neuve veut un accord similaire à celui qui lui a été offert en 1888, mais le gouvernement canadien ne peut être aussi généreux sans provoquer la colère des autres provinces. Les discussions échouent malgré l'intervention de l'Angleterre.

D'autres facteurs contribuent au rejet de la Confédération. L'union avec le Canada est souvent considérée comme une solution aux problèmes existants plutôt qu'une fin souhaitable en soi, aussi une telle idée ne reçoit-elle jamais un très grand soutien. De plus, les Terre-Neuviens ne voient pas d'avantages évidents pour les colonies maritimes qui se sont déjà jointes à l'union.

L'ère de la Commission de gouvernement

Les premières années du XXe siècle, particulièrement au cours de la Première Guerre mondiale, sont une époque de prospérité pour Terre-Neuve. Le gouvernement, habitué depuis si longtemps au manque de ressources, prend cette amélioration comme un fait permanent et se lance dans un programme de dépenses comprenant la construction de nombreuses lignes de chemin de fer et d'autoroutes ainsi que la mise en place de services variés, toutes des entreprises coûteuses à entretenir.

En dépit des statistiques montrant que les ressources de l'île sont poussées à la limite, les dépenses du gouvernement continuent de grimper au cours des années 1920. L'effort de guerre s'avère lui-même coûteux, décimant la population et créant une dette qui atteint 43 millions de dollars en 1918. De plus, peu de nouvelles industries ou de nouvelles ressources viennent s'ajouter à la pêche, et la pêche elle-même ne peut se maintenir au niveau des pratiques de pêche modernes. Le mode de vie des gens ne s'adapte pas à l'ère moderne; une grande partie de la population demeure dans de petits villages isolés. La résolution du Litige au sujet de la frontière du Labrador, en 1927, donne de nouveaux territoires à Terre-Neuve, alors que celle-ci n'a pas les moyens de les absorber. Au début des années 1930, la dette atteint presque 100 millions de dollars. Au moment de la Crise de 1929, la colonie fait face à une situation désespérée, sur les plans économique et social. Elle appelle l'Angleterre à l'aide.

On nomme une commission royale pour étudier la situation et pour suggérer des solutions. Elle en arrive à la conclusion que la meilleure ligne de conduite est de suspendre le gouvernement responsable pendant quelques années, jusqu'à ce que la situation soit rétablie; une commission s'occuperait des affaires courantes de la colonie pendant cette période. L'Assemblée de Terre-Neuve et l'Angleterre sont toutes deux d'accord. La Commission de gouvernement entre en fonction le 16 février 1934. Malgré le fait que la Commission ne soit établie que comme mesure temporaire, la loi qui la crée ne précise aucune date de cessation. La Commission doit agir en tant que gouvernement jusqu'à ce que l'île se retrouve en situation d'autosuffisance. La Commission est donc responsable des tâches administratives, tandis que le Parlement britannique a seul l'autorité de prendre les décisions.​​

La Deuxième Guerre mondiale

Après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, la situation de Terre-Neuve change dramatiquement pour le mieux. On assiste à une demande grandissante non seulement pour de la nourriture, mais également pour des articles de toutes sortes. Comme la guerre continue, on a besoin de nouvelles routes, de nouveaux édifices et de bases militaires. Puisque nombre de Terre-Neuviens bénéficient alors d'un niveau de prospérité sans précédent, plusieurs pensent qu'il est temps de retourner au gouvernement responsable.

L'emplacement géographique de Terre-Neuve, dans l'Atlantique Nord, lui donne une grande importance stratégique pendant les années de guerre. Comme une partie de la guerre se déroule sur l'océan Atlantique, l'île n'est pas uniquement un point de départ pour les convois d'approvisionnement vers l'Angleterre; elle est également un élément vital dans la stratégie de défense continentale de l'Amérique du Nord. L'Angleterre, le Canada et les États-Unis y ont tous établi une présence militaire. L'importance grandissante de Terre-Neuve dans le monde incite les citoyens à demander le droit d'influer sur les décisions.

La forte présence des Américains pendant la guerre pousse le Canada à inviter de nouveau Terre-Neuve à se joindre à la Confédération. Bien que le Canada ait toujours manifesté un intérêt particulier pour l'île, il fait très peu d'ententes officielles pour maintenir cet intérêt. Avec l'arrivée de la guerre, les États-Unis obtiennent de l'Angleterre la permission de bâtir quelques grandes installations militaires et des baux de 99 ans. Le Canada commence à s'inquiéter du fait que ce peut être le premier pas d'une tentative des Américains de prendre possession du territoire. Avec cette idée en tête, le gouvernement canadien négocie des accords prudents avec l'Angleterre et les États-Unis en s'assurant que ses intérêts particuliers sont bien protégés. En même temps, le Canada commence à implanter ses propres installations (comme l'aéroport de Goose Bay au Labrador). Ces investissements considérables constituent des incitations supplémentaires, pour Terre-Neuve, à se joindre à l'union.

La Convention nationale, 1946-1947

Après la Deuxième Guerre mondiale, il devient évident que Terre-Neuve est sortie de la crise économique qui a mené à la création de la Commission de gouvernement. Néanmoins, il existe un désaccord sur la forme de gouvernement qui la remplacerait. Certaines personnes favorisent le retour du gouvernement responsable autonome, alors que d'autres souhaitent former une union avec le Canada. D'autres encore veulent maintenir la Commission de gouvernement et il y a même une faction en faveur d'une annexion aux États-Unis. Dans ce contexte, l'Angleterre décrète l'organisation d'une convention nationale, à Terre-Neuve, pour évaluer le rendement de la Commission et étudier les possibilités d'avenir. Quarante-cinq membres sont élus à Terre-Neuve et au Labrador; les délégués ont fait campagne en se fondant sur leur popularité et leurs opinions plutôt que sur strictement un programme de parti.

Les délégués de la Convention se rencontre pour la première fois le 11 septembre 1946. Après avoir élu un président, la Convention se partage en sous-comités pour étudier les divers aspects de la vie terre-neuvienne et en faire un compte rendu. Les débats et les présentations sont diffusés à la radio. Les délégués sont clairement partagés entre partisans d'un gouvernement responsable et partisans de la Confédération. Peter Cashin dirige les partisans du gouvernement responsable; le plus important des partisans de la Confédération est Joseph (« Joey ») Smallwood [Anglais seulement].

Au début de 1947, la Commission de gouvernement autorise la Convention à envoyer une petite délégation à Londres pour étudier quel niveau de soutien financier l'Angleterre fournirait dans l'éventualité d'un retour au gouvernement responsable. En outre, on forme une délégation pour se rendre à Ottawa en vue d'examiner les conditions que pourrait raisonnablement offrir le Canada dans le cadre de la Confédération. Cependant, on convient que cette délégation ne peut être envoyée à Ottawa avant que la délégation de Londres rende compte de ses constatations.

Malgré les espoirs des partisans du gouvernement responsable, le gouvernement britannique accueille froidement la délégation envoyée à Londres; il refuse de promettre toute aide financière importante dans le cas où l'île choisirait l'indépendance. L'Angleterre elle-même est dans une situation financière difficile après la guerre et elle n'est pas en position d'offrir un soutien financier. Il est tout probable également que le gouvernement britannique favorise la Confédération et essaie de démontrer à la Convention (et, à travers elle, au peuple de Terre-Neuve) que cette option est la plus intéressante.

La délégation envoyée à Ottawa, dirigée par F. Gordon Bradley [Anglais seulement] et Joseph Smallwood, a beaucoup plus de succès. Elle peut négocier des conditions préliminaires pour une proposition d'union avec le Canada, malgré les déclarations de plus en plus furieuses de la Convention qui clame que la délégation a outrepassé les limites de son mandat et qu'elle doit revenir à Terre-Neuve sur-le-champ.

Lorsque la Convention se réunit vers la fin d'octobre 1947, les débats commencent sur les options de gouvernement qu'il faut inscrire sur le bulletin de vote d'un référendum qui serait proposé aux citoyens de Terre-Neuve. Bien que l'option de la Confédération ait d'abord été exclue, elle est inscrite sur le bulletin après que ses partisans en ont appelé auprès de l'Angleterre.

Les référendums de 1948

Le premier référendum est fixé au 3 juin 1948. Les électeurs doivent choisir entre le maintien de la Commission de gouvernement, un retour au gouvernement responsable ou une union avec le Canada. Les votes doivent être comptés dans vingt-quatre circonscriptions différentes.

Les factions n'attendent pas pour préparer leur campagne. La Confederate Association soutenant l'union avec le Canada est créée le 21 février 1948. Elle établit son quartier général de campagne à St. John's et commence à publier un journal intitulé The Confederate. La Responsible Government League (RGL), qui soutient l'indépendance de Terre-Neuve, crée rapidement aussi son journal, The Independent. Un troisième groupe, connu sous le nom d'Economic Union Party (EUP), favorise des liens économiques plus serrés avec les États-Unis. Cependant, l'EUP ne suscite pas beaucoup d'intérêt et il s'allie à la RGL après le premier référendum.

La campagne de la RGL est relativement discrète. En dépit des preuves qu'elle n'obtient pas un grand appui à l'extérieur de la presqu'île d'Avalon, elle ne fait pas beaucoup d'efforts pour étendre sa campagne ailleurs sur l'île. Au contraire, les forces en faveur de la Confédération sillonnent l'île d'un bout à l'autre, diffusant leur message dans des salles de réunion, à partir de voitures, de bateaux et, occasionnellement, à partir d'avions amphibies. Joseph Smallwood et ses amis partisans insistent sur l'amélioration des services sociaux dont les Terre-Neuviens bénéficieraient en s'unissant au Canada. La campagne pour le gouvernement responsable, quant à elle, souligne la perte de l'indépendance et une détérioration possible des liens avec l'Angleterre à la suite d'un vote pour la Confédération. La campagne se fait également dans les journaux respectifs des deux partis, les deux utilisant bandes dessinées, chansons et articles véhéments pour faire valoir leur point de vue.

 

Les résultats du comptage des votes du premier référendum ne sont pas concluants. Le gouvernement responsable reçoit 69 400 votes (44,6 %), la Confédération en obtient 64 066 (41,1 %) et la Commission de gouvernement, 22 311 (14,3 %). Bien que le gouvernement responsable ait gagné la première ronde, il n'a pas assez de votes pour avoir la majorité absolue. Il faut donc éliminer l'option Commission de gouvernement et procéder à un deuxième vote. Si cela est possible, la deuxième campagne est encore plus vigoureuse et amère que la première, chaque côté accusant l'autre d'activités scandaleuses. Le vote du 22 juillet 1948 donne la victoire aux partisans de la Confédération avec 78 323 votes (52,3 %) contre 71 334 votes (47,7 %) pour les partisans du gouvernement responsable.

Les négociations avec le Canada

L'équipe de négociation qui se rend à Ottawa est composée de membres de la Convention nationale : Bradley, Smallwood, Albert Walsh [Anglais seulement], Chesley Crosbie, Gordon Winter, John McEvoy et Philip Gruchy. Ils rencontrent des représentants du ministère des Affaires extérieures, dont Louis Saint-Laurent et Lester Pearson, de même que le premier ministre Mackenzie King. Les équipes travaillent durant environ deux mois en 1948, en se servant des conditions préliminaires de 1947 comme point de départ. Bien que la plupart des négociations se déroulent bien, elles se heurtent à quelques obstacles comme l'octroi de paiements de transition pour contrebalancer le déficit de Terre-Neuve. Le gouvernement canadien hésite également à prendre des engagements fermes avant que Terre-Neuve se soit dotée d'une assemblée législative. Les deux parties parviennent finalement à un accord le 11 décembre 1948. Les termes convenus doivent être approuvés par un acte du Parlement canadien. Plus tard, à la demande des gouvernements du Canada et de Terre-Neuve, le gouvernement britannique fait passer l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1949 (depuis renommé la Loi sur Terre-Neuve) pour confirmer l'accord.

Albert Walsh est choisi comme premier lieutenant-gouverneur de la nouvelle province. Bradley devient le premier représentant de la nouvelle province au sein du gouvernement fédéral; Smallwood en deviendra le premier premier ministre. La nouvelle loi est adoptée avec une rapidité relative par les parlements britannique et canadien; elle obtient la sanction royale le 23 mars 1949. Simultanément, bon nombre de gens effectuent diverses tâches administratives pour mettre en place les gouvernements provincial et fédéral dans la région et pour amalgamer les services.

La Confédération : 31 mars et 1er avril 1949

Bien que la loi créant la nouvelle province entre en vigueur juste avant minuit le 31 mars 1949, les cérémonies marquant l'occasion ont lieu le 1er avril. À Terre-Neuve, les événements officiels sont surtout concentrés à St. John's. Une brève cérémonie d'assermentation se déroule à la résidence du gouverneur pour le nouveau lieutenant-gouverneur, sir Albert Walsh, qui a accepté un certificat de citoyenneté canadien au nom de tous les Terre-Neuviens. Les gens présents à la cérémonie écoutent la transmission radiophonique des cérémonies qui se passent à Ottawa, avant de se rendre à la réception. Plus tard dans la journée, Walsh fait prêter serment aux premiers membres du gouvernement intérimaire. Malgré la lutte féroce qui a permis d'arriver à cette journée, tout s'est passé avec peu de manifestations pour ou contre la Confédération.

Les cérémonies officielles à Ottawa ont lieu sur la Colline du Parlement. Le carillon de la Tour de la Paix a commencé par jouer « Squid Jigging Ground », chanson traditionnelle de Terre-Neuve. Suivent les discours officiels donnés par Saint-Laurent et Bradley. Ensuite, Saint-Laurent fait les premières entailles dans un écusson laissé en blanc pour y mettre les armoiries de Terre-Neuve, lors de la reconstruction de l'édifice du Centre après l'incendie de 1916. Après le discours du gouverneur général, les cérémonies se terminent avec les hymnes « God Save the King », « Ode to Newfoundland » et « Ô Canada ». Le peuple de Terre-Neuve peut écouter le compte rendu de ces cérémonies transmises à la radio.

 

Les répercussions

Les élections pour élire la première assemblée législative de la nouvelle province se tiennent quelques mois plus tard. Comme prévu, le parti libéral dirigé par Joseph Smallwood prend le pouvoir et il reste à la tête du gouvernement jusqu'au début des années 1970. Les réactions à la Confédération elle-même sont mélangées et, apparemment, elles le sont toujours encore aujourd'hui. Alors qu'on considère généralement la Confédération comme un événement positif pour Terre-Neuve, plusieurs pensent que cela aurait dû se passer différemment. Certains parlent d'une conspiration pour obliger Terre-Neuve à entrer dans la Confédération. (Le film de l'Office national du film intitulé Secret Nation jette un coup d'œil intéressant quoique fictif sur cette théorie à propos des événements de 1948-1949.) Le jour du Canada engendre lui aussi diverses émotions; pendant plusieurs années, le 1er juillet a également été un jour du souvenir à Terre-Neuve pour les membres du Régiment royal de Terre-Neuve qui ont péri à Beaumont Hamel ce même jour en 1916.

Le cinquantième anniversaire de l'adhésion de Terre-Neuve à la Confédération, en 1999, a donné à bien des gens l'occasion de réfléchir sur la façon dont Terre-Neuve a passé au sein de l'union. Plusieurs journaux ont publié des histoires sur ceux et celles qui ont été les témoins de la campagne sur la Confédération.

Le 6 décembre 2001, la province de Terre-Neuve devenait, par proclamation constitutionnelle, la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

 

Sources

  • Blake, Raymond B. -- Canadians at last : Canada integrates Newfoundland as a province. -- Toronto : University of Toronto Press, 1994. -- 252 p.
  • Bothwell, Robert ; Drummond, Ian ; English, John. -- Canada since 1945: power, politics, and provincialism. -- Édition révisée. -- Toronto : University of Toronto Press, 1989. -- 508 p.
  • Canadian encyclopedia: year 2000 edition. -- Sous la direction de James H. Marsh. -- 3e édition papier. -- Toronto : McClelland & Stewart Ltd., 1999. -- 2573 p.
  • Chadwick, St. John. -- Newfoundland: island into province. -- London : Cambridge University Press, 1967. -- 268 p.
  • Creighton, Donald. -- The forked road: Canada 1939-1957. -- Toronto : McClelland & Stewart, 1976. -- 319 p.
  • Hiller, James K. -- Confederation: deciding Newfoundland's future, 1934-1949. -- St. John's : Newfoundland Historical Society, 1998. -- 75 p.
  • Mackenzie, David. -- Inside the Atlantic triangle: Canada and the entry of Newfoundland into Confederation, 1939-1949. -- Toronto : University of Toronto Press, 1986. -- 285 p.
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