Le Québec (1867)

Carte : Canada, 1867

Carte : Canada, 1867
© Ressources naturelles Canada


Le Développement du territoire

Au moment de la Confédération, le territoire québécois ne comprend que le sud du territoire de la province actuelle. La grande région de Montréal accueille près de la moitié de la population (42,5 %). Dans le reste de la province, la zone de peuplement s'étend surtout sur les rives du Saint-Laurent mais, tranquillement, la population s'installe dans les Laurentides, le long des rivières des Outaouais, Saint-Maurice et Saguenay ainsi que dans les Cantons de l'Est.

La population et le développement urbain

D'après le recensement de 1871, le Québec a une population de presque 1,2 million d'habitants. De ce nombre, 86 % sont catholiques. De ce nombre également, 78 % sont d'origine française, 10 %, d'origine irlandaise, 6 %, d'origine anglaise et 5 %, d'origine écossaise. À l'avènement de la Confédération, l'ensemble des colonies britanniques de l'Amérique du Nord comptent environ 3,5 millions d'habitants, dont 75 % vivent dans le Canada-Uni (Québec et Ontario). De tous ces gens, 80 % vivent à la campagne.

De 1840 à 1867, la population du Québec a presque doublé, et ce, malgré le départ de près de 200 000 habitants pour les usines de la Nouvelle-Angleterre. Les principaux centres urbains qui accueillent cette population sont Montréal et Québec. En 1851, Montréal a une population de 57 000 habitants; en 1861, elle passe à 90 000 habitants. Québec, pour sa part, a une population de 50 000 habitants en 1861.

Un événement important a lieu en 1854 : l'abolition de la tenure seigneuriale. Le régime seigneurial, un legs de l'époque coloniale française, régit l'octroi des terres et le développement territorial du Bas-Canada (puis du Canada-Est). Au cours du XIXe siècle, la bourgeoisie terrienne demande la révision, voire la révocation de ce système d'exploitation. En 1854, le gouvernement vote l'abolition du système et accorde une indemnisation aux seigneurs. Bien qu'ils ne vivent pas sous cette forme de tenure, les paysans du Canada-Ouest et des Cantons de l'Est protestent contre le fait qu'ils ne reçoivent pas d'indemnisation et réussissent à obtenir une certaine allocation monétaire.

Montréal

 
 

Québec

 
 

Les transports

Avec seulement 925 km de voie ferrée, le réseau ferroviaire québécois est, en 1867, très peu développé. Il n'existe que la ligne du Grand Trunk reliant Rivière-du-Loup à Sarnia (Ontario).

Si l'État investit un peu dans le développement du système ferroviaire, il ne le fait pas du tout pour les routes carrossables. Le réseau routier est donc lui aussi sous-développé, et dans un état lamentable. En été, la pluie transforme les routes de terre, déjà mal entretenues, en mares de boue. L'hiver, la situation se redresse, car il gèle et cela aplanit les surfaces. L'état des routes n'est pas le seul problème. Le nombre de voies de communication qui relient les villes et les villages n'est pas assez important pour favoriser les liens entre les communautés.

Le transport maritime, quant à lui, joue un rôle de premier plan. Le Saint-Laurent relie les ports de Québec et de Montréal aux Grands Lacs et aux marchés internationaux. Il y a aussi la rivière des Outaouais, qui relie l'ouest du Québec et l'est de l'Ontario aux centres économiques. Finalement, il y a la rivière Richelieu, qui mène à New York.

L'économie

Depuis la reprise de 1850, l'économie des provinces du Canada-Uni prouve graduellement qu'elle peut très bien survivre et prospérer sans être protégée par le système préférentiel britannique. À partir de 1854, l'incidence de la guerre de Crimée sur le marché international du blé provoque une hausse remarquable des exportations canadiennes; le traité de réciprocité, en vigueur de 1855 à 1866, fait croître les exportations en général; la forte hausse de la construction dans le domaine ferroviaire stimule l'économie. La conjugaison de tous ces éléments fait en sorte que l'économie du Canada-Uni se porte très bien.

Au point de vue industriel, la production québécoise se limite à l'exploitation et à la transformation du bois ainsi qu'à la production de cuir et de potasse. La réorientation de la production agricole commencée au début des années 1830 porte ses fruits : l'avoine, l'orge ainsi que les fourrages et l'élevage remplacent la culture du blé, qui est concentrée dorénavant dans le Canada-Ouest. La production agricole commerciale, à distinguer de la production agricole de subsistance, se concentre essentiellement dans la région immédiate de Montréal, autour du lac Saint-Pierre et dans les Cantons de l'Est. Cette production est destinée au marché intérieur et aux États-Unis. Le traité de réciprocité ainsi que la demande accrue liée à la guerre de Sécession profite grandement au monde rural du Canada-Est.

Peu avant la Confédération, Montréal est la métropole de l'Amérique du Nord britannique. Hôtels de luxe, tramways tirés par des chevaux, rues bien entretenues, autant de marques qui indiquent que la ville est prospère et qu'elle attire de nombreuses personnes. Plusieurs des sociétés et des banques les plus importantes de la colonie ont leur siège social à Montréal : la Grand Trunk, la Molson Bank, la Bank of Montreal, la Merchants' Bank, la Bank of British North America. Son port, desservi par un système de canaux bien développé et situé au confluent de plusieurs rivières importantes, est constamment occupé par une multitude de navires en provenance d'un peu partout dans le monde. Il sert de plaque tournante à une foule de produits.

L'organisation politique

De 1841 à 1867, le Québec vit sous l'Acte d'Union (loi sanctionnée le 23 juillet 1840, mais qui n'entre en vigueur que le 10 février 1841). Cette loi unit les colonies du Bas-Canada (Québec) et du Haut-Canada (Ontario). À partir de 1840, on parle donc de la Province du Canada, ou encore du Canada-Uni, qui réunit le Canada-Est (Québec) et le Canada-Ouest (Ontario).

Politiquement, cette nouvelle province est organisée de la façon suivante : un gouverneur nommé par la Couronne britannique, qui est le véritable chef du gouvernement; un conseil exécutif qui n'est pas responsable devant la Chambre; un conseil législatif dont les membres sont nommés par la Couronne; une chambre d'assemblée où siègent les représentants élus, soit 42 pour le Canada-Est et 42 pour le Canada-Ouest.

Le 11 mars 1848, la Province du Canada obtient le gouvernement responsable. Le Conseil exécutif est donc, à partir de cette date, choisi dans le parti politique qui domine le gouvernement (ou la coalition qui gouverne). Par conséquent, ce conseil doit démissionner si le parti ou la coalition au pouvoir ne détient plus la majorité.

En 1854, le nombre de représentants élus passe, pour le Canada-Est et pour le Canada-Ouest, à 65 députés.​

Les causes ayant mené à la Confédération

L'avènement de la Confédération peut s'expliquer de plusieurs façons.

Les causes de nature politique

Au tournant des années 1860, la Grande-Bretagne se désintéresse graduellement de ses colonies nord-américaines. Celles-ci représentent un fardeau économique, militaire et politique. Ce détachement s'accompagne d'une volonté de réarranger en profondeur l'organisation politique des colonies en leur octroyant une plus grande autonomie. Une incroyable instabilité politique règne au Canada-Uni depuis le milieu des années 1850. En effet, les crises ministérielles se succèdent à raison de une par année, de 1854 à 1857, et de deux par année en 1858 ainsi que de 1862 à 1864. Une fois constituée, la Grande Coalition John A. Macdonald/George-Étienne Cartier/George Brown entreprend d'élaborer un plan d'union législative des colonies de l'Amérique du Nord britannique. Le débat entourant la question de la représentation selon la population (« rep. by pop. ») suggère également une réorganisation de la structure politique.

Les causes de nature économique

Le succès des compagnies de chemin de fer, plus particulièrement celui de la Grand Trunk Railway Company, est de toute première importance pour la santé économique du Canada-Uni. La hausse remarquable des coûts de construction oblige le gouvernement, dès 1855, à investir massivement pour sauver le projet de la société Grand Trunk. Cet engagement achève de grever les revenus de l'État, qui ne suffisent bientôt plus à payer les intérêts de la dette gouvernementale. Il devient évident que les profits escomptés de l'exploitation des chemins de fer ne se concrétiseront pas. Le gouvernement canadien est alors dans l'obligation d'augmenter les tarifs à l'importation, sa principale source de revenus. Mais ces hausses ne suffisent pas à régler ses problèmes financiers. En 1860, le gouvernement se voit obligé de racheter, au moyen de nouveaux emprunts, la dette de la Grand Trunk Railway Company. En 1860, la dette canadienne s'élève à 50 000 000 $. Le traité de réciprocité avec les États-Unis tire à sa fin; le Canada n'a d'autre choix que celui de se lancer à l'assaut des marchés que représentent les colonies britanniques de l'Atlantique. Après l'annulation du traité de réciprocité en 1866, les marchés sur lesquels le Canada peut encore compter sont de beaucoup limités. Une union de toutes les colonies britanniques de l'Amérique du Nord aiderait alors grandement à ouvrir de nouveaux marchés.

Les causes liées à la sécurité territoriale

Financièrement, la Grande-Bretagne n'est plus intéressée à soutenir la défense de ses colonies nord-américaines. Elle veut que le Canada-Uni assume ses responsabilités. Afin de montrer sa bonne volonté, le gouvernement Macdonald-Cartier propose, en 1862, une loi qui allouerait 1 million de dollars au maintien d'une milice de 50 000 hommes. Le projet de loi est défait en Chambre, ce qui déçoit beaucoup les autorités britanniques. À partir de ce moment, elles se montrent réceptives à tout projet de fédération de ses colonies nord-américaines, car elle y voit une solution au problème de la défense du territoire nord-américain.

À la fin de la guerre de Sécession, la Grande-Bretagne s'inquiète de la réaction que pourrait avoir le camp victorieux en regard du soutien qu'elle a accordé à la cause sudiste. Se retirer de l'espace géographique nord-américain pourrait alors mener à la normalisation des relations entre le Canada et les États-Unis.

Cette « menace » des États-Unis se fait également sentir à la suite de l'achat, par ces derniers, de l'Alaska. Le statut incertain du Territoire du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert peut, aux yeux de la Grande-Bretagne, mener à un affrontement avec les États-Unis. Dès le milieu des années 1860, la Grande-Bretagne encourage donc la négociation du transfert de ces territoires au nouveau pays que serait le Canada. Dès que la Confédération est votée, en 1867, le transfert du Territoire du Nord-Ouest et de la Terre de Rupert, de la Compagnie de la Baie d'Hudson au nouveau Dominion du Canada, s'effectue.

Finalement, la crainte d'attaques de la part des Fenians vient également s'ajouter à la préoccupation qu'a la Grande-Bretagne vis-à-vis de la défense de ses colonies nord-américaines.

Les causes liées à la question des chemins de fer

Dès le milieu du XIXe siècle, la Grande-Bretagne veut, pour des raisons stratégiques, qu'un chemin de fer reliant ses colonies nord-américaines soit construit. Mais à cause de l'envergure du projet, aucune des colonies n'est capable à elle seule de fournir les ressources financières nécessaires. Une union des ressources coloniales, par le biais d'une union politique des colonies, faciliterait alors grandement la réalisation de ce projet ferroviaire.

Le processus

En 1858, à la suite d'une entente entre George-Étienne Cartier et Alexander Tilloch Galt, le premier annonce un projet ministériel en ces termes :

« Le gouvernement étudiera l'opportunité d'une union fédérale des provinces britanniques de l'Amérique du Nord, et se mettra en communication à ce sujet avec le gouvernement impérial et avec les provinces maritimes. Le résultat de ces communications sera soumis au Parlement à sa prochaine session. » (Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, vol. 1, Montréal : Fides, 1971, p. 15) 

Ce projet est essentiellement le fruit d'Alexander Tilloch Galt. Il provient d'un débat idéologique qui, depuis la création du Canada-Uni, en 1840, a lieu au sein d'une partie de l'élite politique canadienne, tant du côté francophone que du côté anglophone. En 1858 donc, plusieurs des principaux acteurs des conférences constitutionnelles, qui auront lieu entre 1864 et 1867, sont déjà en scène. Il s'agit de George Brown, de George-Étienne Cartier, de John A. Macdonald, d'Alexander Tilloch Galt, de Joseph-Charles Taché, d'Antoine-Aimé Dorion, d'Étienne-Paschal Taché, d'Hector-Louis Langevin et de Thomas D'Arcy McGee, pour n'en nommer que quelques-uns.  D'autres acteurs, tels que Joseph-Édouard Cauchon, exercent une influence plus subtile. Bien qu'il ne soit que député, J.-É. Cauchon réussit à influencer l'opinion publique en faveur du projet de confédération par l'entremise de son journal, Le Journal de Québec.

Toujours en 1858, George-Étienne Cartier, Alexander Tilloch Galt et John Ross se rendent à Londres pour présenter un projet de fédération des colonies de l'Amérique du Nord britannique à la reine Victoria. Ils sont reçus avec une indifférence polie. À la suite de ce refus, la classe politique met son projet de côté pour quelques années. Les multiples changements ministériels en altèrent également le cours. C'est en 1864 que le processus reprend, et, cette fois, il ne s'arrêtera que le 1er juillet 1867.

Lorsque le ministère conservateur Taché-Macdonald est défait en Chambre, en 1864, George Brown, qui détient en quelque sorte la balance du pouvoir, affirme : « Finissons-en! Résolvons une fois pour toutes les difficultés constitutionnelles. Pour ma part, je collaborerai volontiers avec tout gouvernement, libéral ou conservateur, acceptant cette réforme. » (Ibid, p.18) John A. Macdonald qui, de prime abord, n'apprécie pas George Brown, fait preuve d'ouverture à son égard. Voici la réponse que George Brown lui fait : « J'entrerai dans un ministère en majorité conservateur s'il inscrit la fédération dans son programme. » (Ibid, p.18) Ce ministère, appelé la Grande Coalition, comprend plusieurs hommes politiques qui sont favorables à l'idée d'une confédération des colonies britanniques, notamment Alexander Tilloch Galt, George-Étienne Cartier, Hector-Louis Langevin, Étienne-Paschal Taché, Thomas D'Arcy McGee et Jean-Charles Chapais. C'est vraiment grâce à cette ouverture faite à George Brown que le projet de confédération se met en marche. Cette ouverture est également digne de mention, car elle fait que plusieurs « ennemis » politiques joignent leurs forces pour en arriver à un projet commun. Mais celui-ci est difficile à définir. Tous ne voient pas la confédération de la même manière. Par exemple, pour Alexander Tilloch Galt, le projet de confédération inclut les colonies maritimes, tandis que pour George Brown, il ne s'agit initialement que d'une modification de l'union du Canada-Est et du Canada-Ouest. En fin de compte, tous parviennent à s'entendre.

La Conférence de Charlottetown

Les colonies britanniques de l'Atlantique songent depuis près de 10 ans à se réunir afin d'améliorer leur sort au sein de l'ensemble colonial nord-américain. En simplifiant leur administration, en réduisant leurs dépenses, en mettant en commun leurs énergies et leurs ressources, l'Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse envisagent leur avenir avec une certaine sérénité.

Comme nous l'avons vu, la Province du Canada songe elle aussi à une réorganisation des structures politiques des colonies britanniques de l'Amérique du Nord. L'union pourrait comprendre uniquement le Canada-Est et le Canada-Ouest ou inclure également les colonies maritimes. Ayant écho des discussions qui ont cours dans les colonies maritimes, le Parlement du Canada-Uni entre en contact avec les divers gouvernements coloniaux. Tous s'entendent pour se réunir à Charlottetown au mois de septembre 1864 afin de discuter de la possibilité de cette union.

Le Parlement du Canada-Uni obtient la permission d'envoyer sept membres de sa législature. Pour le Canada-Ouest, il s'agit de John A. Macdonald, de George Brown et de William McDougall; pour le Canada-Est, ce sont George-Étienne Cartier, Alexander-Tilloch Galt, Hector-Louis Langevin et Thomas D'Arcy McGee.

Les délégués du Canada-Uni ont donc la possibilité d'exposer leur manière de voir l'union des colonies britanniques d'Amérique du Nord. Ils le font avec tellement de conviction que les délégués des colonies maritimes laissent de côté leur projet initial d'une union maritime pour se concentrer dorénavant sur ce nouveau projet de fédération canadienne. À Charlottetown, on s'entend pour qu'il y ait une seconde conférence, à Québec cette fois, au mois d'octobre 1864, pendant laquelle on poursuivra les discussions.

Avant de revenir au Canada, les délégués du Canada-Uni font une tournée des colonies maritimes. Ils y prononcent des discours et tentent de mousser l'enthousiasme de la population à l'égard de leur projet.

La Conférence de Québec

Les délégués du Canada-Uni présents à la Conférence de Québec sont, pour le Canada-Est : Étienne-Paschal Taché, George-Étienne Cartier, Alexander Tilloch Galt, Jean-Charles Chapais, Hector-Louis Langevin, Thomas D'Arcy McGee et, pour le Canada-Ouest : John A. Macdonald, George Brown, Alexander Campbell, Oliver Mowat, William McDougall et James Cockburn.

C'est dans le plus grand secret qu'ont lieu les séances de la Conférence de Québec, qui se déroule du 10 au 26 octobre 1864. Lorsque la population fait savoir aux délégués qu'elle est plus qu'intéressée à être mise au courant des négociations qui vont décider de son avenir, on publie un document, les Résolutions de Québec. Ces résolutions servent de base à tous les pourparlers qui mènent à la Confédération, et c'est essentiellement sur elles que votent, après de longs débats, le Conseil législatif et la Chambre d'assemblée du Canada-Uni.

Les réactions anticonfédération

Les « rouges », une partie des Clear Grits du Canada-Ouest et certains conservateurs des deux parties du Canada-Uni réagissent à la publication des résolutions qui résultent de la Conférence de Québec. Ils s'opposent au projet tel qu'il est proposé. Tous semblent en désaccord avec le caractère centralisateur du projet; une partie de la population du Canada-Est ne veut pas d'une union législative qui soit établie d'après le principe de la représentation selon la population; les « rouges » plus radicaux, derrière Jean-Baptiste-Éric Dorion, ainsi qu'une partie des conservateurs canadiens-français craignent que l'on n'accorde pas suffisamment de garanties aux institutions canadiennes-françaises. Comme dans le reste des colonies britanniques de l'Amérique du Nord, le projet de confédération ne fait pas l'unanimité.

Antoine-Aimé Dorion, le chef des libéraux du Canada-Est, est l'opposant le plus en vue du projet de confédération. Il craint pour l'indépendance des provinces appelées à former le nouveau Canada. Il croit que l'entrée des colonies maritimes augmentera la charge financière des provinces du Canada-Uni. De plus, le Sénat, tel qu'il est proposé à Québec, pourrait entraver la volonté populaire et bloquer l'adoption d'une législation progressiste. Finalement, le politicien croit fermement que le projet de confédération devrait être soumis à l'approbation de la population par voie de scrutin. Antoine-Aimé Dorion fait un discours devant des électeurs de la circonscription d'Hochelaga et, en 1865, il prononce un long plaidoyer contre la confédération, à l'Assemblé législative. En octobre 1866, il signe un manifeste qui, en quelque sorte, devient une action de dernier recours. Les signataires du document, qui affirment représenter le tiers des circonscriptions du Bas-Canada, refont l'histoire du projet fédéral pour démontrer qu'il ne correspond pas aux volontés de la population.

Les « bleus » de George-Étienne Cartier répliquent que le projet de confédération élaboré à Québec reconnaît et protège adéquatement les droits des francophones en tant que culture et groupe ethnique distincts ainsi que les droits du Québec en tant que province. Le projet ne fait donc pas l'unanimité au Québec. Mais la machine politique des « bleus », bien huilée et secondée par la force de persuasion du clergé catholique, fait en sorte que le débat, bien qu'il ait lieu, ne réussisse pas à faire échouer le projet fédéral.

La Conférence de Londres

C'est à Londres que se termine le processus qui mène à la création du Dominion du Canada. Les délégués du Canada-Uni, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick se réunissent au Westminster Palace Hotel, le 4 décembre 1866, avec comme document de travail les Résolutions de Québec. Au bout d'un mois, ils ressortent avec un nouveau document : les Résolutions de Londres. Les délégués du Canada-Uni sont, pour le Canada-Ouest : John A. Macdonald, William McDougall et W. P. Howland; pour le Canada-Est : George-Étienne Cartier, Alexander Tilloch Galt et Hector-Louis Langevin. Les travaux sont présidés par John A. Macdonald qui tente à plusieurs reprises d'apporter certains changements au texte des Résolutions de Québec. George-Étienne Cartier ainsi que plusieurs autres délégués doivent alors freiner ses ardeurs.

Une fois le texte des Résolutions de Londres terminé, il doit être transformé en projet de loi. Le gouvernement impérial affecte quelques-uns de ses meilleurs rédacteurs et juristes à cette tâche. Le projet de loi sera débattu à la Chambre des lords et à la Chambre des communes de la Grande-Bretagne.

Les réactions amérindiennes

L'histoire des relations des populations autochtones avec les autorités coloniales et gouvernementales britanniques et canadiennes est caractérisée par des négociations entre deux parties qui n'ont pas la même force. Une succession de traités et de lois visant à réglementer la vie des populations autochtones montrent bien à quel point Londres et les divers gouvernements coloniaux imposent leur vision de l'ordre établi. Le processus qui mène à la création du Canada ne tient pas compte des populations autochtones. Pourtant, celles-ci vivent sur ce territoire, et elles seront directement touchées par les décisions prises, de 1864 à 1866, à Charlottetown, à Québec et à Londres. Comme le dit l'historienne Olive Patricia Dickason : « Lorsqu'il est convenu de fédérer l'Amérique du Nord britannique en 1867, les Amérindiens n'ont une fois de plus pas droit à la moindre consultation; même la question d'une association avec eux n'est pas soulevée. » (Olive Patricia Dickason, Les premières nations du Canada, Sillery (Québec) : Septentrion, 1996, p.253)

Un nouveau pays

Adopté sans difficulté au mois de mars 1867 par le Parlement britannique, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique réunit donc sous une même Constitution le Canada-Uni (le Canada-Est devient la province de Québec; le Canada-Ouest devient la province de l'Ontario), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

La naissance du nouveau pays est célébrée le 1er juillet 1867. Les villes sont décorées avec modération. Les journaux ne se passionnent plus pour le sujet; ils mentionnent simplement les quelques réunions officielles organisées pour souligner l'événement.


Sources

  • Baillargeon, Georges. -- « À propos de l'abolition du régime seigneurial ». -- Revue d'histoire de l'Amérique française. -- Vol. XXII, No 3 (décembre 1968). -- P. 365-391.
  • Bonenfant, Jean-Charles. -- La naissance de la Confédération. -- Montréal : Léméac, 1969. -- 155 p.
  • Bonenfant, Jean-Charles. -- Les Canadiens français et la naissance de la Confédération. -- Ottawa : Société historique du Canada, 1966. -- 20 p.
  • Careless, J. M. S. -- The union of the Canadas : the growth of Canadian institutions, 1841-1857. -- Toronto : McClelland and Stewart, 1967. -- 256 p.
  • Dickason, Olive Patricia. -- Les premières nations du Canada. -- Sillery (Québec) : Septentrion, 1996. -- 511 p.
  • Hamelin, Jean. -- Histoire du Québec. -- Montréal : France-Amérique, 1981. -- 538 p.
  • The Illustrated history of Canada. -- Sous la direction de Craig Brown. -- 2e éd., revue. -- Toronto : Lester Publishing Ltd, 1996. -- 591 p.
  • Lacoursière, J. ; Provencher, J. ; Vaugeois, D. -- Canada Québec : synthèse historique. -- Montréal : ERPI, 1976. -- 625 p.
  • Linteau, Paul-André ; Durocher, René ; Robert, Jean-Claude. -- Histoire du Québec contemporain : de la confédération à la crise. -- Montréal : Boréal Express, 1979. -- 660 p.
  • Morton, W. L. -- The kingdom of Canada. -- Toronto : McClelland & Stewart, 1969. -- 594 p.
  • Morton, W. L. -- The critical years : the union of British North America, 1857-1873. -- Don Mills (Ontario) : Oxford University Press, 1999. -- 322 p.
  • Waite, P. B. -- The life and times of Confederation, 1864-1867. -- Toronto : University of Toronto Press, 1962. -- 379 p.
  • Wallot, Jean-Pierre. -- « Le régime seigneurial et son abolition au Canada ». -- Canadian Historical Review. -- Vol. L, No 4 (December 1969). -- P. 367-393.
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