Caricatures politiques


Un dossier historique unique en son genre

Les journaux et autres périodiques sont au centre du mouvement vers la Confédération partout en Amérique du Nord britannique. Bien qu'articles et éditoriaux aient constitué la source d'information la plus directe sur les progrès politiques et l'opinion publique, les caricatures politiques ont mis en évidence les préoccupations de la population. Par l'exagération, l'analogie et autres techniques, les illustrateurs critiquent l'actualité ou présentent une satire des personnalités publiques. D'influents caricaturistes politiques, tels Jean-Baptiste Côté et John Wilson Bengough, nous ont légué, par leur travail, un ensemble d'archives unique en son genre sur l'époque de la Confédération, mais ils ont aussi traité d'un grand nombre d'enjeux encore importants pour les Canadiens, dont l'identité régionale au sein de la Confédération, de même que la réputation et la conduite des politiciens fédéraux.

Jean-Baptiste Côté

Architecte de formation, Jean-Baptiste Côté (1832-1907) s'oriente vers une carrière de sculpteur sur bois dans l'industrie de la construction navale du Québec. Dès les années 1860, reconnu maître de son art, il commence à contribuer, comme graveur et caricaturiste, à nombre de publications littéraires. Satiriste intransigeant, il publie ses dessins dans La Scie, périodique qui s'oppose à la confédération, et publie des caricatures de ses partisans, dont George-Étienne Cartier, Joseph-Édouard Cauchon, Hector-Louis Langevin et George Brown. Dans les années 1860, Côté produit des centaines de caricatures et un grand nombre de dessins pour des journaux engagés. L'humour et l'intensité de ses caricatures politiques rejoignent encore aujourd'hui les lecteurs, grâce à son style bien particulier qui lui permet de souligner un énoncé politique dans une image délibérément simple.

John Wilson Bengough

À 22 ans, J.W. Bengough (1851-1923) crée la revue satirique Grip. Le lancement de cette publication en 1873 coïncide avec la divulgation du scandale du Pacifique; cette conjoncture fournit matière à l'artiste humoriste, qui en tire des caricatures. Il représente les parlementaires comme des personnages malicieux et s'en prend, entre autres, à sir John A. Macdonald, dont il dénonce la propension à cumuler les mauvais coups. Ces dessins connaissent une très grande popularité, et Grip compte entre 7000 et 50 000 lecteurs. L'engagement de Bengough envers les affaires publiques ne s'arrête pas à la page imprimée, puisqu'il se fait le champion de nombre d'enjeux liés à la réforme sociale et qu'il est élu échevin à Toronto.

Annexion ou confédération

Le Canada a toujours entretenu des liens étroits et complexes avec son voisin du Sud, les États-Unis d'Amérique. Dans les décennies qui précèdent la Confédération et celles qui lui succèdent, la possible annexion des territoires de l'Amérique du Nord britannique aux États-Unis préoccupe les citoyens des deux côtés de la frontière. Puisant au mouvement d'annexion un symbolisme politique et culturel, les caricaturistes produisent des commentaires illustrés des plus perspicaces.

  • Le colonel Gugy, député, est l'une des figures dominantes de l'opposition dans le cabinet Baldwin-Lafontaine. Il annonce cependant qu'il abandonne son poste après le tumulte qui a suivi les émeutes engendrées par l'adoption de la Loi d'indemnité. On le considère comme le fondateur du Parti libéral-conservateur actuel. La caricature laisse entendre que le colonel Gugy favorisait l'annexion aux États-Unis. Cette caricature a été la sensation du jour.
  • Cette caricature représente une autre attaque contre la tendance en faveur de l'annexion régnant au Bas-Canada. M. Papineau en est le personnage principal et, selon M. Punch, les premiers contrecoups de l'annexion seraient de faire disparaître tous les privilèges dont jouissent les Canadiens français sous l'égide britannique. La façon dont l'artiste conçoit Jonathan (terme utilisé par les Britanniques pour désigner les États-Unis) est assez remarquable.
  • M. Benjamin Holmes est l'un des représentants de Montréal au sein du premier Parlement de l'Union, et un des hommes publics les plus actifs de son époque. En 1849, il défend l'annexion. Son penchant pour l'annexion est caricaturé ici à la perfection, alors qu'on le voit en train de déposer en gage le drapeau britannique entre les mains de Jonathan.
  • Un moment d'auto-glorification pardonnable de la part de M. Punch, « vraiment loyal » du début à la fin. On le voit ici chargeant sur sa monture pour sauver le faon canadien des griffes d'un aigle américain déterminé.
  • Le Dr (maintenant sir) Charles Tupper, ardent défenseur de la Confédération, fait plus que tout autre homme public pour convaincre la population de sa province natale, la Nouvelle-Écosse (Acadie), d'entrer dans l'Union en 1867. L'hon. Joseph Howe, homme d'État d'une grande influence et beaucoup plus prestigieux que Tupper, compte parmi les opposants au projet d'union; on le soupçonne d'avoir une préférence pour l'annexion aux États-Unis. Dans cette caricature, on voit la province hésitant devant l'alternative. L'artiste loyal s'efforce de lui montrer que tous les avantages se trouvent sur le chemin menant « à Ottawa ».
  • La caricature reproduit fidèlement l'opinion générale des Canadiens à propos de l'annexion. Même si la population n'est pas nécessairement emballée par les changements proposés, on y décèle très peu d'animosité envers les États-Unis, sentiment répandu à cette époque.
  • La tendance contre l'annexion, toujours présente au Canada, est représentée avec « force » sur cette illustration.
  • Le projet d'une voie ferrée s'étendant de l'Atlantique au Pacifique sur le territoire canadien commence à faire du chemin. Plusieurs personnes, touchées de près par cette aventure, partagent avec l'Oncle Sam l'incrédulité qu'on lui prête sur cette caricature. Le projet devient toutefois un fait accompli en 1886.
  • Cette caricature montre que le point de vue de M. Luther H. Holton sur la destinée du Canada ne semble pas tout à fait clair et précis. À ce propos, M. Holton n'est en rien différent de bon nombre de nos hommes publics. L'hypothèse suggérant qu'il ne fait que suivre l'opinion publique ne lui rend pas tout à fait justice.

Question controversée

Les caricaturistes créent le personnage de Jean-Baptiste pour incarner le Canada français traditionnel. Recourant régulièrement à ce personnage, ils expriment l'éventail des attitudes que la population adopte envers la Confédération, de la détresse à un énergique patriotisme. Dans les années 1860 en particulier, la volonté de protéger la culture canadienne-française donne lieu à des portraits qui présentent la Confédération comme une option politique dangereuse, voire monstrueuse. Au tournant du siècle, Jean-Baptiste devient le champion de l'identité canadienne-française.

  • « La question »
    La confédération ou l'annexion finiront par dévorer le Haut et le Bas-Canada. Abraham Lincoln, pour sa part, compte dévorer tant les dindes que les cuisiniers (1865).
  • « Le statuquo de G. Brown »
    En avril 1866, Côté représente George Brown, rédacteur en chef du Globe, mal à l'aise et oscillant entre les options politiques.
  • « Neutralité »
    En 1866, dans sa caricature sur la sécurité, principale préoccupation de la population, Côté montre des Fenians américains menaçant le Canada.
  • « Le moment psychologique »
    Jean-Baptiste jette l'habit de l'impérialisme et de l'annexion pour se vêtir de la tuque et des vêtements chauds de l'indépendance canadienne (1903).
  • « Notre drapeau national »
    Ce drapeau portent une feuille d'érable, fièrement présenté par Jean-Baptiste en 1903, annonce le drapeau qu'adoptera le Canada en 1965.

Bouffonneries de l'Atlantique

Le projet de confédération dans le Canada atlantique s'échelonne sur près d'un siècle et suscite un vaste éventail de commentaires créatifs des caricaturistes régionaux ou nationaux. Bien que Terre-Neuve et les provinces Maritimes aient adopté des points de vue différents sur la question de la confédération, les enjeux économiques, sociaux et politiques caricaturés révèlent des préoccupations communes liées à l'instauration d'un gouvernement responsable, à l'annexion et, de façon générale, à la mauvaise conduite généralisée des politiciens.

  • « A Game of See-Saw »
    Le jeu de bascule : l'inconstance dont font preuve les provinces maritimes. La lutte en faveur ou contre l'union se fait dans les journaux en plus de se mener à la législature.
  • « Taxes under Confederation »
    L'union avec le Canada est souvent considérée comme une solution aux problèmes existants plutôt qu'une fin souhaitable en soi. De plus, les Terre-Neuviens ne voient pas d'avantages évidents pour les colonies maritimes qui se sont déjà confédérées..
  • « The Merchants and Responsible Government »
    Malgré les espoirs des partisans du gouvernement responsable à Terre-Neuve, le gouvernement britannique accueille froidement la délégation envoyée à Londres; il refuse de promettre toute aide financière importante dans le cas où l'île choisirait l'indépendance.
  • « Two Views of Responsible Government »
    Pour Terre-Neuve, qui éprouve des difficultés économiques à la suite d'un krach bancaire, l'union avec le Canada offre des perspectives financières très intéressantes.
  • « The Bridge to Prosperity »
    La forte présence des Américains pendant la Deuxième Guerre mondiale pousse le Canada à inviter de nouveau Terre-Neuve à se joindre à la Confédération.
  • « A Queer Fisherman! »
    Alors qu'on considère généralement la Confédération comme un événement positif pour Terre-Neuve, plusieurs pensent que cela aurait dû se passer différemment. Certains parlent d'une conspiration pour obliger Terre-Neuve à entrer dans la Confédération.
  • « The Road to Confederation 1 »
    Le cinquantième anniversaire de l'adhésion de Terre-Neuve à la Confédération, en 1999, a donné à bien des gens l'occasion de réfléchir sur la façon dont Terre-Neuve a passé au sein de la Confédération. Plusieurs journaux ont publié des histoires sur ceux et celles qui ont été les témoins de la campagne sur la Confédération.

Scandales et conflits

Les actes et décisions notoires des élus alimentent la plume des caricaturistes, qui prospèrent. Durant l'époque agitée où s'est négocié le projet de confédération, les épisodes controversés, notamment le scandale du Pacifique et le procès de Louis Riel, fournissent une matière aux illustrations les plus provocatrices de l'histoire de la caricature politique au Canada.

  • « The Dainty Dish »
    Dans cette comptine satirique de Bengough, publiée en 1873, les chefs de l'opposition présentent au gouverneur général une preuve du scandale du Pacifique.
  • « Blackwash and Whitewash »
    En 1873, Bengough se moque à la fois de sir John A. Macdonald pour le rôle qu'il a joué dans le scandale du Pacifique, et de l'opposition qui profite de la situation pour ternir la réputation du gouvernement en place.
  • « Will He Get Through? »
    Macdonald fait face à une impossible situation, celle de survivre au scandale du Pacifique. Son gouvernement perd les élections tenues en novembre 1873.
  • « Pity the Dominie; or Johnny's Return »
    Même si son gouvernement a perdu le pouvoir à cause du scandale du Pacifique, Macdonald est réélu en 1874. Bengough prévoit d'autres mauvais coups.
  • « Au Nord-Ouest »
    Ce commentaire de 1885 dénonce la Justice incertaine du sort qu'elle doit réserver à Louis Riel.

Grandes visions

Confédération et caricatures politiques ont au moins une chose en commun : la capacité de voir loin. Cependant, la vision présentée dans les caricatures politiques résulte d'ordinaire d'une satire, technique qui, par l'exagération, ridiculise un sujet. Les caricatures des Pères de la Confédération les représentent souvent en personnages héroïques afin même d'en suggérer les caractéristiques opposées. Pourtant, comme le démontre J. W. Bengough, un caricaturiste peut reconnaître les limites de sa propre perspicacité et se présenter lui-même comme sujet de satire.

  • « Renewing the Lease »
    Dans cette caricature datée de septembre 1878, Bengough prédit la défaite de Macdonald aux élections générales.
  • « O, Our Prophetic Soul! »
    Lorsque Macdonald remporte les élections en 1878, Bengough crée une caricature de lui-même. On y voit Macdonald tenant la caricature de Bengough, « Renewing the Lease ».
  • « The Coming Attraction! »
    Dans cette caricature de 1879, Bengough présente la politique comme un spectacle de théâtre. Macdonald y tient des rôles tirés de tragédies de Shakespeare, notamment des rôles de traîtres.

Sources

  • Béland, Mario. -- « Côté, Jean-Baptiste ». -- Dictionnaire biographique du Canada en ligne [en ligne]. -- [Réf. du 13 décembre 2004]
  • Béland, Mario. -- Jean-Baptiste Côté, caricaturiste et sculpteur. -- [Québec] : Musée du Québec, 1996. -- 156 p.
  • Bengough, J.W. -- A caricature history of Canadian politics : events from the Union of 1841, as illustrated by cartoons from "Grip", and various other sources. -- Toronto : The Grip Printing and Publishing Co., 1886. --   v.
  • Cook, Ramsay. -- « Bengough, John Wilson ». -- Dictionnaire biographique du Canada en ligne [en ligne]. -- [Réf. du 13 décembre 2004]
  • Fetherling, Doug. « Introduction ». -- A caricature history of Canadian politics. -- Toronto : Peter Martin Associates Limited, 1974. -- 269 p.
  • Hou, Charles. -- « Décodage des caricatures politiques ». -- Centre d'apprentissage [en ligne]. -- Bibliothèque et Archives Canada. -- [Réf. du 17 décembre 2004]
  • Hou, Charles ; Hou, Cynthia. -- The art of decoding political cartoons : a teacher's guide. -- Vancouver : Moody's Lookout Press, 1998. -- 71 p.
  • Hou, Charles ; Hou, Cynthia. -- Great Canadian political cartoons, 1820 to 1914. -- Vancouver : Moody's Lookout Press, 1997. -- 232 p.
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