Alexandre-Antonin Taché (23 juillet 1823 - 22 juin 1894)

Alexandre-Antonin Taché a été prêtre oblat et missionnaire. Sa carrière est remarquable, tant sur le plan ecclésiastique que sur le plan politique. Il a travaillé sans cesse afin de faire valoir les droits de la population métisse et francophone dans la province du Manitoba. Si sa carrière a été marquée par une réussite incontestable du point de vue missionnaire, son rêve politique de faciliter l'établissement dans l'Ouest canadien, et plus particulièrement au Manitoba, d'une société où catholiques et francophones auraient la possibilité de s'épanouir librement ne s'est pas réalisé pleinement.

Lorsque les Oblats se voient confier la charge des missions catholiques du nouveau vicariat apostolique de la baie d'Hudson et de la baie James, on demande à Alexandre Taché, qui n'a que 21 ans et n'est que sous-diacre, d'accompagner le père Pierre Aubert à St. Boniface. Le 25 juin 1845, il s'embarque donc dans un canot de la Compagnie de la Baie d'Hudson et franchit les 2 000 km pour arriver à destination le 25 août 1845. Le 31 août, Mgr Provencher ordonne Alexandre Taché diacre et, le 12 octobre, prêtre. Il est nommé évêque en 1850 et il entre en possession de son siège épiscopal, à St. Boniface, en 1854.

En 1867, lorsqu'il commence à être évident que le Canada veut annexer le Nord-Ouest, Mgr Taché, qui siège maintenant au Conseil d'Assiniboia depuis neuf ans, s'inquiète du sort réservé aux Métis et aux catholiques qui habitent ce territoire. Il tente en vain de convaincre George-Étienne Cartier d'y envoyer des commissaires pour enquêter sur les besoins de la population.

En février 1870, durant la rébellion de la rivière Rouge, Mgr Taché rencontre George-Étienne Cartier et Sir John A. Macdonald. Il espère obtenir de cette rencontre l'assurance que les rebelles recevront une amnistie complète. De retour à la rivière Rouge, il s'entretient avec Louis Riel afin de calmer les rebelles.

C'est probablement sur l'insistance de Mgr Taché que la quatrième « liste des droits » est rédigée. Cette dernière sert de base aux négociations entre Alfred H. Scott, le juge Black et le père Ritchot d'une part, et George-Étienne Cartier et John A. Macdonald d'autre part, et c'est sur elle qu'est fondée l'entente conclue avec Ottawa. Elle contient également la demande relative à l'établissement d'un réseau d'écoles publiques, catholiques et protestantes. Lorsque le gouvernement provisoire ratifie l'accord qui stipule que le Manitoba sera créé en province officiellement bilingue, dotée d'un système scolaire public, catholique et protestant, Mgr Taché part pour Ottawa afin d'aller annoncer la bonne nouvelle en personne. Il tente aussi d'obtenir, par écrit, une promesse d'amnistie pour les rebelles. Il n'obtient que des promesses verbales et, le lendemain de son retour à Upper Fort Garry (Winnipeg), les troupes du colonel Wolseley, envoyées par Ottawa, entrent en scène. Louis Riel doit s'exiler aux États-Unis.

Le Manitoba ayant obtenu son statut de province, Mgr Taché demeure fort actif dans l'arène politique. Il participe au découpage des circonscriptions électorales qui enverront les représentants à l'Assemblée législative; il rédige la majorité du projet de loi de 1871 sur le système scolaire. Il demeure en contact avec Louis Riel, parfois pour l'inciter à demeurer en exil aux États-Unis, d'autres fois pour tenter de le convaincre de rester en dehors de la politique.

Dans les années 1870-1880, Mgr Taché travaille à attirer des immigrants francophones et catholiques dans l'Ouest. Il appuie la création de la Société de colonisation du Manitoba, il demande au gouvernement fédéral de nommer des agents d'immigration au Québec, il incite les évêques québécois à prêcher en faveur de la migration vers l'Ouest canadien. Il va aussi inciter les agents de recrutement à aller en Nouvelle-Angleterre tenter de rapatrier les exilés catholiques et francophones. Il va encourager les clercs d'origine française, belge et suisse à parcourir leurs pays et d'y vanter les avantages de l'Ouest canadien. Toutes ces initiatives auront malheureusement peu de succès.

Lors de la seconde rébellion métisse, en 1885, Mgr Taché ne se range pas du côté de Louis Riel et de Gabriel Dumont. Cette fois, il ne trouve pas valable les raisons qui les incitent à se rebeller. Il fera quand même tout en son pouvoir pour faire gracier Louis Riel, mais sans succès.

Lorsque, en 1890, le gouvernement manitobain abolit le système scolaire public, catholique et protestant, Mgr Taché, dont la santé est de plus en plus chancelante, prend la tête d'un mouvement de résistance. Il y sera actif jusqu'à son décès, en 1894.

Source

  • Hamelin, Jean. « Alexandre-Antonin Taché ». Dictionnaire biographique du Canada. Vol. XII. [Québec] : Presses de l'Université Laval, 1982. P. 1093-1103

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