William Redver Stark : La vie au front avec le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes

« Inter[national] Corners »
Belgique 1916

 

J’ai fait ce dessin à seulement un kilomètre et demi des tranchées de première ligne. À ma gauche, l’artillerie légère [britannique?] tirait des obus sur une distance de près de 5 km. J’ai été temporairement mis en état d’arrestation pour avoir dessiné si près des lignes de tir. [Traduction]

Cahier de croquis no 8 de William Redver Stark, pièce no R11307‑8.9

La Première Guerre mondiale est un événement pénible, mais important de l’histoire de l’art au Canada. C’est à cette époque que Sir Max Aitken (le futur Lord Beaverbrook) crée le Fonds de souvenirs de guerre canadiens, qui permet à certains des artistes les plus célèbres du pays, dont A.Y. Jackson [PDF 10.4 Mo] et David Milne [PDF 17.1 Mo], de créer des œuvres sur l’expérience du Canada, tant au front intérieur que sur le champ de bataille, dans le but d’honorer ceux qui ont travaillé, servi, combattu et, souvent, péri au cours de la « guerre qui mettrait fin à toutes les guerres ».

Les représentants officiels ne sont cependant pas les seuls à documenter la guerre par les arts. Loin des lieux de travail des peintres de guerre, d’autres artistes servent dans les rangs des militaires. Leur travail n’est pas de créer des œuvres d’art, mais de combattre, de construire, de transporter et de soigner. Le fonds William Redver Stark, conservé par Bibliothèque et Archives Canada,​ fait partie des rares dossiers qui documentent la vie d’un artiste non officiel de l’Armée. Quatorze cahiers de dessins et d’aquarelles particulièrement bien préservés nous font découvrir la vie d’un soldat qui, souvent, voit l’action de beaucoup plus près que ses homologues du Fonds, et qui donne une idée plus spontanée et intime de la vie quotidienne dans ce contexte. Les illustrations représentent des soldats en pleine action ou au repos, des pièces d’artillerie et des soldats allemands capturés, des paysages traversés par les bataillons et même des attractions du zoo de Londres, où Stark s’est rendu pendant une permission. Elles complètent admirablement bien le dossier militaire de l’artiste, l’historique de son bataillon et notre compréhension visuelle de la vie d’un militaire durant la Première Guerre mondiale.

Bibliothèque et Archives Canada a reçu le fonds William Redver Stark en 2005 à titre de don de la part de son neveu, Douglas Mackenzie Davies, et sa famille : son épouse, Sheila Margaret Whittemore Davies, et leurs deux fils, Kenneth Gordon Davies et Ian Whittemore Davies.

Stark et le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes

William Redver Stark

William Redver Stark
Source

William Redver Stark naît le 4 février 1885 à Toronto. Il étudie les arts à l’École d’art de l’Ontario et les beaux‑arts aux États‑Unis. Le 16 juin 1916, il s’enrôle à Toronto pour participer à la Première Guerre mondiale et est affecté au 1er bataillon de construction canadien, qui deviendra le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes. Après une formation à Valcartier (Québec), il quitte Halifax le 13 septembre et débarque en France le 26 octobre 1916.

Le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes est affecté au nord de la France et dans une petite partie de la Belgique occidentale. À cette époque, Stark travaille comme sapeur avec le grade de soldat du génie. À l’arrière des lignes de front, il construit et entretient les infrastructures – chemins de fer, routes, canalisations et ponts – qui assurent le transport du matériel en provenance et à destination du front. Il travaille sans relâche dans des conditions dangereuses et ardues. Il doit répartir du ballast; niveler le terrain; poser des rails d’acier et remplacer ceux qui ont été détruits par des obus; combler des trous d’obus; creuser des fossés et des tranchées; bâtir des ponceaux; installer des canalisations, construire et fabriquer des ponts; et inspecter constamment des kilomètres et des kilomètres de voies ferrées. Les hommes risquent constamment d’être atteints par les tirs des troupes allemandes, qui s’attaquent aux chemins de fer. Le travail est souvent effectué la nuit pour éviter la détection, et il peut se prolonger pendant plusieurs semaines, sans repos. Les hommes doivent fréquemment composer avec des intempéries qui inondent les voies ferrées et ramollissent le sol, compliquant ainsi les travaux. Les froids mois d’hiver rendent la pluie encore plus difficile à supporter, tout comme la pandémie de grippe de 1918, qui atteint de nombreux hommes du Bataillon.

Malgré les conditions éprouvantes, le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes réalise de très nombreuses tâches pendant les deux années passées sur le territoire qui lui est confié, et qui comprend Candas, Dunkirk, Froissy, Péronne, Poperinge, Combles, Bergues, Béthencourt, Conchy‑sur‑Canche, Boubers‑sur‑Canche, Longueau, Amiens, Marquaix, Wambaix et Le Cateau. Des milliers de kilomètres de chemins de fer sont posés; des dizaines de ponts sont construits et réparés; de multiples hôpitaux sont dotés de tranchées et d’abris à l’épreuve des bombes; et de nombreuses canalisations de transport d’eau sont construites.

Pendant que les travaux s’effectuent, Stark illustre les expériences vécues par lui‑même et ses collègues sapeurs. La taille convenable de ses cahiers de croquis et la facilité avec laquelle il peut manier ses crayons, ses plumes, son encre et ses aquarelles lui permettent de dessiner une esquisse rapidement et sur place, puis de terminer l’œuvre pendant ses congés. Les images, souvent dessinées avec des couleurs vives, sont d’une qualité et d’un style qui révèlent la formation artistique de Stark. Elles représentent diverses attractions, activités et personnes rencontrées : une aquarelle d’un canon à rails allemand capturé qui est équipé d’une arme relativement nouvelle observée par Stark lorsqu’il travaillait dans la région de Longueau (France); des hommes de l'Armée indienne qui sont attachés au Bataillon pour aider à préparer les lignes de défense à Béthencourt; des ponts construits et réparés par le Bataillon; beaucoup de paysages dévastés par le conflit.

Stark apprend aussi à connaître la population locale, notamment lorsqu’il est en cantonnement dans des villes et des villages. Il peint de nombreux portraits dans ses cahiers de croquis et laisse même l’ébauche d’une lettre écrite dans un français rudimentaire. Cette prose est peut‑être le signe d’une idylle naissante. Beaucoup de croquis représentent la beauté des paysages que Stark peut admirer là où il est affecté. D’autres montrent des animaux : des chevaux du Bataillon et de divers villages et fermes de France, des chiens, des chats, des mules, des rats, et, plus intéressant encore, des animaux dessinés au zoo de Londres pendant une permission.

Le 1er bataillon des troupes ferroviaires canadiennes retourne à Toronto à la fin de la guerre. Le 26 mars 1919, Stark est libéré des Forces armées alors qu’il a le rang de soldat. Après la guerre, il devient graphiste à la pige pour le Toronto Star Weekly et illustrateur pigiste de livres d’enseignement et de livres pour enfants. Bon nombre de ses ouvrages font partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada. Il épouse Marjorie Crouch le 7 septembre 1921, et le couple aura une fille, Anita. William Redver Stark meurt à Toronto, le 26 novembre 1953. Il laisse dans le deuil ses deux sœurs : Muriel Ethelwyn Carolyn Stark, elle aussi une artiste torontoise de talent qui a beaucoup voyagé, et Doris Lillian Agnes Stark, épouse de Gordon Albert Davies, un portraitiste et dessinateur de vêtements féminins de Toronto.

Comment consulter le fonds William Redver Stark et les documents connexes à Bibliothèque et Archives Canada

Cahiers de croquis
Les pièces des 14 cahiers de croquis du fonds William Redver Stark ont été décrites et numérisées. Pour les consulter, veuillez utiliser le numéro de référence archivistique R11307 ou le numéro MIKAN 616998.

Dossier du Corps expéditionnaire canadien de William Redver Stark [PDF 21.5 Mo]

Guide des sources sur les troupes ferroviaires canadiennes [PDF 624 ko​

Livres illustrés par W.R. Stark

  • Knight, Nancy. Jack and the beanstalk / Textes de Nancy Knight; dessins de W.R. Stark. – Toronto : Heaton Publishing, [19--]. Numéro AMICUS 14175193
  • Knight, Nancy. The sleeping beauty / Textes de Nancy Knight; dessins de W.R. Stark. – Toronto : Heaton Publishing, [19--]. Numéro AMICUS 14175229
  • Knight, Nancy. Snow White / Textes de Nancy Knight; dessins de W.R. Stark. – Toronto : Heaton Publishing, [19--]. Numéro AMICUS 14175243
  • Wees, Frances Shelley, 1902-. Story land / [Écrit et publié par Frances Shelley Wees; dessins d’Elizabeth S. Dembner et W.R. Stark]. – Toronto : T. Nelson & Sons, 1946.  Numéro AMICUS 30971667
  • Wees, Frances Shelley, 1902-. The open door. – Toronto : T. Nelson & Sons : Educational Book Co., 1940. Numéro AMICUS 32165980
  • Poirier, J.-E. La porte est ouverte. Éd. du Nouveau‑Brunswick. – Toronto : T. Nelson, 1942.  Numéro AMICUS 22396568
  • Knight, Nancy. Cinderella / Textes de Nancy Knight; dessins de W.R. Stark. – Toronto : Heaton Publishing, [19--]. Numéro AMICUS 14175178
  • Rorke, Louise Richardson. Lefty: a story of a boy and a dog / Louise Richardson Rorke; avant‑propos de Marshall Saunders; dessins de W.R. Stark. 5e éd. – Toronto : T. Nelson, 1943, c1931. Numéro AMICUS 9075756

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William Redver Stark : le soldat et l’artiste

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