La bataille de Passchendaele: Les ressources à Bibliothèque et Archives Canada

« C'était une journée infecte, vraiment infecte. Nous étions littéralement couchés dans le lit d'une rivière complètement ravagée par les bombes et transformée en bourbier marécageux […] le quartier général de notre compagnie a été pulvérisé [...] avant même que nous lancions l'assaut […] et la bataille n'avait même pas encore commencé. [traduction] »

Alex Strachan, 43e bataillon d'infanterie, Journal de guerre du 43e bataillon : RG 9, série III, D-3, vol. 4938, dossier 434.

La troisième bataille d'Ypres, surnommée la bataille de Passchendaele, fut l'une des opérations les plus controversées de toute la guerre. Elle fut vivement dénoncée par les politiciens de l'époque qui la qualifièrent de sauvage, d'inutile et de sanglante - un lamentable gaspillage de courage humain. L'évocation des soldats mourants ou noyés dans un océan de boue était si pathétique qu'elle inspira de nombreux poètes, compositeurs et artistes à représenter dans leurs œuvres, bien des années après l'événement, l'indicible horreur de cette bataille. La nature elle-même du terrain contribua à transformer la zone de combat en un véritable cauchemar. Situé dans une zone de basses terres conquises sur des marécages grâce à un système de drainage complexe, le terrrain était particulièrement fragile et fut rapidement dévasté par le pilonnage de l'artillerie. Dès le début des bombardements, les inondations transforment, en un rien de temps, le champ de bataille en une mer de boue.

La bataille de Passchendaele (la troisième bataille d'Ypres)

Après l'invasion initiale de la Belgique et de la France par les Allemands, en août 1914, les trois premières années de la Première Guerre mondiale se résument à une impasse le long du front occidental. Les opposants, soit les alliés et les puissances centrales, établissent une longue série de tranchées statiques qui s'étend de la Mer du Nord jusqu'à la frontière suisse, où les obus fusent quotidiennement de part et d'autre. Les alliés tentent régulièrement des offensives visant à percer le front ennemi, notamment à Vimy, en avril 1917.

La prise de la crête de Vimy, en avril 1917, est une importante victoire, bien qu'elle ne puisse être exploitée à sa pleine mesure étant donné l'échec de l'offensive française qu'elle devait appuyer. Les pertes monumentales essuyées par les Français entraînent d'incalculables mutineries pendant tout l'été. C'est ainsi que la poursuite des attaques contre les Allemands devient le fardeau des forces britanniques pendant la deuxième partie de l'année 1917.

Sir Douglas Haig, commandant en chef de l'armée britannique, choisit de lancer sa nouvelle offensive sur le saillant d'Ypres qui, selon lui, offre le plus de manœuvre pour une percée. La Marine royale l'appuie, espérant que l'armée prendra les ports de la côte belge que les Allemands utilisent comme base d'où ils lancent leurs attaques sous-marines contre le commerce maritime britannique.

L'offensive, lancée le 31 juillet 1917, ne conduit qu'à d'infimes progrès. Les bombardements de l'artillerie britannique, utilisés pour détruire le réseau ennemi de tranchées défensives, atteignent le réseau de drainage de cette région de basses terres. De plus, d'inhabituelles précipitations transforment la région en terrain boueux parsemé de cratères pleins d'eau. Trois mois durant, les troupes britanniques essuient de lourdes pertes et ne progressent que très peu.

En octobre, le Corps canadien, alors commandé par le lieutenant-général sir Arthur Currie, s'installe sur les lignes de front avec, à sa droite, les troupes australiennes, et, à sa gauche, les troupes britanniques. Le 26 octobre, les 3e et 4e Divisions lancent le premier assaut canadien, par une des pires journées de pluie et de boue. Après trois jours de combat, les Canadiens dénombrent 2 500 victimes, et ils n'ont avancé que de 1 000 verges (1 km). Au cours de la seconde attaque menée le 30 octobre, les Canadiens dénombrent en un seul jour 2 300 victimes, et n'avancent encore que de 1 000 verges (1 km). Le 6 novembre, les 1re et 2e Divisions lancent une troisième offensive et prennent le village de Passchendaele, bien que certaines troupes aient avancé en marchant dans l'eau jusqu'à la taille. Enfin, le dernier assaut du 10 novembre - qui a permis d'atteindre le reste des hautes terres surplombant Ypres, et de les prendre malgré les tirs allemands - marque la fin de la bataille de Passchendaele.

Passchendaele se classe parmi les batailles les plus vaines. Les circonstances pénibles conduisent à de terribles pertes : les Britanniques comptent près de 260 000 victimes, dont plus de 15 000 soldats canadiens tués ou blessés. Toute cette souffrance n'a cependant pas permis d'accomplir d'importants progrès, bien que la résistance allemande ait été épuisée. Peut-être plus que n'importe quelle autre bataille, celle de Passchendaele symbolise les horreurs de la Première Guerre mondiale.