Laura Gamble - Grèce

                 Laura Adelaide Gamble (droit) et une amie

Son histoire

Laura Gamble est née le 4 septembre 1887 à Wakefield (Québec) et elle a obtenu son diplôme de l'Université de Toronto en 1910. Le 4 mai 1915, à Toronto, Laura se joint à l'Hôpital général canadien no 4, mis en place par l'Université de Toronto. Elle travaillera aussi à l'Hôpital général canadien no 5. Pendant la guerre, elle travaille surtout en Méditerranée, à bord d'un navire-hôpital, ainsi qu'à Malte et à Thessalonique, en Grèce. En 1920, elle reçoit la Médaille de Victoria pour son remarquable service pendant la guerre.

Le fonds Laura Gamble que détient Bibliothèque et Archives Canada comprend un journal que Laura a rédigé pendant sa carrière d'infirmière militaire, dans lequel elle a surtout décrit ses activités sociales, comme des voyages à la campagne, des fêtes, etc. Le journal contient aussi quelques descriptions des hôpitaux où elle a travaillé, mais ce sujet occupe une place secondaire.

Les paragraphes suivants reposent sur des extraits du journal de Laura; ils donnent un aperçu de ce qu'elle a vécu pendant la guerre en reprenant ses propres mots. Le journal est en anglais, mais les extraits ont été traduits.

« L'hôpital no 5 avait la réputation d'être l'un des plus agréables de Rouen, et je crois qu'il méritait sa réputation. »

Le 15 mai 1915, Laura est envoyée en Angleterre, puis en France, pour travailler à l'Hôpital général canadien no 5 pendant quelque temps.

Elle explique, dans son journal, que plusieurs autres hôpitaux se trouvent dans les environs du sien, soit

 « des hôpitaux généraux et militaires fixes, plusieurs dépôts de base, un dépôt de chevaux de la cavalerie, un dépôt du Corps de vétérinaires et un hôpital indien. Rouen était une vaste base de ravitaillement en raison de sa grande accessibilité — les bateaux remontaient la rivière depuis la Manche. »

Laura aime son hôpital et écrit à ce sujet :

 «Tous les dimanches après-midi, les infirmières pouvaient recevoir leurs amies pour le thé, et les médecins étaient toujours invités. »
« À 11 h, nous avons reçu l'ordre de quitter pour Londres à 20 h. »

Laura raconte qu'à son arrivée à Londres elle a aperçu un zeppelin dans le ciel, au-dessus de la ville. « La sensation n'était pas très agréable — on savait qu'il s'agissait d'un aéronef ennemi destiné à lancer des bombes au hasard sur la ville. »

Laura décrit Londres comme un « endroit très lugubre le soir ».

Elle poursuit :

« Les policiers tenaient absolument à ce que les rues ne soient pas éclairées- tous devaient veiller scrupuleusement à garder leurs stores fermés. »
« […] Le matin du 18, nous avons quitté la station Fenchurch pour nous rendre au quai de Tilbury, où nous avons embarqué à bord du R.M.S. Kildonan Castle à destination de l'île de Lemnos. »

Le 28 octobre 1915, le navire accoste à Lemnos.

Laura écrit :

« Nous sommes arrivés au port de Lemnos, devant la ville de Mudros. De nombreux navires de guerre se trouvaient au port. En fait, ce port servait surtout à la flotte anglaise de cette région. »

Ce soir-là, Laura écrit que son équipe avait reçu l'ordre de se diriger immédiatement vers la péninsule de Gallipoli afin d'y recueillir plusieurs blessés :

Nous sommes arrivés tôt le matin suivant — en plein dans l'action. Nous avions une vue splendide sur « Chocolate Hill », les tranchées, les abris, les [?] et les gros canons. Des coups de feu étaient tirés de la mer, et nous avons vu d'énormes bombes exploser, ainsi que des shrapnels et des aéronefs, et les détonations des gros canons nous ont rendus un peu nerveux. La nuit, les projecteurs n'arrêtaient pas de pivoter dans tous les sens […] Nous avons admis environ 600 patients.

Laura écrit par la suite que plusieurs personnes étaient décédées à bord du navire pendant qu'il était amarré à Lemnos.

Le 17 novembre 1915, Laura apprend que le navire doit se rendre jusqu'à Thessalonique pour rejoindre l'Hôpital général canadien no 4.

« Nous avons sûrement vu le pire du service actif. »

Le Canada n'envoie pas de soldats en Méditerranée, mais y détache cinq unités médicales, qui travaillent dans des conditions hostiles et éprouvantes. Le colonel G.W.L. Nicholson décrit ainsi les difficultés auxquelles faisaient face les unités médicales canadiennes :

Fait représentatif du manque de préparation associé à plusieurs opérations de la campagne de Gallipoli, aucune installation sanitaire n'avait été prévue pour les unités canadiennes avant leur arrivée. Pour s'approvisionner en eau, chaque hôpital ne disposait que d'un seul chariot; on devait parcourir chaque jour une distance considérable et on ne pouvait en ramener qu'une quantité très limitée. Au cours des deux premiers mois sur l'île, avant que les ingénieurs creusent des puits à proximité, la maigre ration d'eau disponible pour se laver était d'un litre par jour […] La nourriture était rare et de mauvaise qualité, et il était souvent impossible pour les patients de la consommer.(Nicholson, 1977, p. 92)1

Les textes de Laura révèlent que, en plus de ces difficultés, il y a les raids et les bombardements aériens :

« Nous avons été victimes d'un autre raid. Cette fois, les bombes tombaient partout autour de nous. Tout le monde était plus ou moins terrifié, et à vrai dire, personne ne pourra oublier de sitôt le sifflement horrible de ces bombes […] Après ce raid, les équipes assignées aux corvées ont reçu l'ordre d'aller creuser des abris pour les infirmières, qui devaient être à l'épreuve des bombes. »
« Sa femme m'a écrit plusieurs fois et a envoyé un arrangement floral pour sa tombe. »

Laura parle de ses patients avec respect et sympathie, même si elle n'en mentionne que peu d'entre eux dans son journal.

« J'ai été très occupée à l'hôpital, 1300 patients. Entérite, dysenterie, malaria. La dysenterie a fait un mort dans notre salle des médecins. »

Laura consacre les dernières pages de son journal surtout à des descriptions d'activités sociales et de voyages qui lui avaient plu.

Des copies de ses notices nécrologiques, de lettres de condoléances et d'articles qui faisaient mention d'elle ont été ajoutées à son journal après son décès.


Référence
[a]

G.W.L. Nicholson, Seventy Years of Service: A History of the Royal Canadian Army Medical Corps, Ottawa, Borealis Press, 1977.

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