Anne E. Ross : Grèce

Anne E. Ross est née en 1890 à Kingston (Ontario). En 1913, elle a obtenu son diplôme d'infirmière du Lady Stanley Institute d'Ottawa, qui allait devenir l'École des sciences infirmières de l'Hôpital Civic d'Ottawa. Après avoir fait sa formation initiale à l'Hôpital militaire de Québec, Anne s'est rendue en Europe pour travailler à l'Hôpital militaire fixe no 3 et à l'hôpital de la Croix-Rouge canadienne de la duchesse de Connaught.

Elle a passé quelque temps au domaine des Astor, à Taplow, en Angleterre, puis a travaillé à Lemnos, dans les îles grecques, où elle a soigné des soldats qui prenaient part à la campagne des Dardanelles. Après une période de convalescence en Angleterre à la suite d'une attaque de dysenterie, Anne a été envoyée en France pour prendre soin des soldats blessés.

Le fonds Anne E. Ross que détient Bibliothèque et Archives Canada comprend un récit de 14 pages écrit par Anne E. Ross, dans lequel elle a décrit son travail d'infirmière militaire, principalement lorsqu'elle travaillait à l'Hôpital militaire n3.

Les paragraphes suivants reposent sur des extraits du récit d'Anne; ils donnent un aperçu de ce qu'elle a vécu pendant la guerre en reprenant ses propres mots.

Le récit est en anglais, mais les extraits ont été traduits.

« Le 11 août, le personnel de l'Hôpital militaire n3 a reçu l'ordre de se rendre à Londres afin de recevoir l'équipement nécessaire pour aller travailler dans l'Est, à une destination inconnue. »

À la fin d'août 1915, Anne a pris un navire jusqu'en Méditerranée pour débarquer à Lemnos. Le Canada n'a pas envoyé de soldats en Méditerranée, mais y a détaché cinq unités médicales, qui travaillaient dans des conditions hostiles et éprouvantes.

Le colonel G.W.L. Nicholson a décrit les difficultés auxquelles faisaient face les unités médicales canadiennes :

Fait représentatif du manque de préparation associé à plusieurs opérations de la campagne de Gallipoli, aucune installation sanitaire n'avait été prévue pour les unités canadiennes avant leur arrivée. Pour s'approvisionner en eau, chaque hôpital ne disposait que d'un seul chariot, qui devait parcourir chaque jour une distance considérable et ne pouvait en ramener qu'une quantité très limitée. Au cours des deux premiers mois sur l'île, avant que les ingénieurs creusent des puits à proximité, la maigre ration d'eau disponible pour se laver était d'un litre par jour […] La nourriture était rare et de mauvaise qualité, et il était souvent impossible pour les patients de la consommer. (Nicholson, 1977, p. 92) 1

Anne a rapporté pour sa part :

« L'eau potable était rare, jusqu'à ce que les ingénieurs du Corps royal du génie (Royal Engineers) installent une station de filtration. Nos repas étaient chétifs — l'approvisionnement était difficile — les navires qui accostaient à Mudros n'avaient pas reçu l'ordre de nous vendre des provisions. »

Anne a aussi fait mention de la présence d'autres graves maladies qui venaient s'ajouter aux blessures subies au combat :

« Nos patients provenaient des Dardanelles. Ils souffraient de dysenterie et de blessures. La dysenterie amibienne a commencé à se propager parmi les membres de notre personnel. Notre infirmière en chef est tombée malade, ainsi que deux infirmières militaires et un commandant. »

L'infirmière en chef et l'une des infirmières militaires ont finalement succombé à la maladie. Anne elle-même a contracté la dysenterie amibienne et a dû être envoyée en Angleterre en décembre.

« J'ai vécu à Taplow les meilleurs moments de mon séjour à l'étranger. »

Le 6 février 1916, Anne a été envoyée en service à Taplow, au domaine des Astor d'Angleterre, au sein de la Croix-Rouge canadienne de la duchesse de Connaught.

Anne a quitté l'Angleterre pour la France le 17 octobre 1916 et a écrit :

« La vie a encore changé. Hiver 1917 — froid et pénurie […] Chaque équipe de deux infirmières avait droit à une chaudière de charbon par semaine. »

Elle a continué de rédiger son histoire pendant toute l'année 1917 :

 « Le temps a filé. 1917 a passé. Nous avons travaillé plus près du front qu'à Taplow. Nous procédions à une évacuation, puis nous admettions un nouveau convoi, et ainsi de suite pendant une autre année. »
« Nous avons subi la grande attaque en mars 1918. »

Dans son récit de l'année 1918, Anne a raconté comment un ordre d'évacuer l'hôpital, reçu juste au bon moment, l'avait sauvée d'une attaque qui aurait pu lui être fatale :

« Nous avons subi la grande attaque en mars 1918. Les Allemands avançaient vers Paris et Amiens. Nous avons reçu l'ordre d'évacuer l'hôpital. J'ai été envoyée à Étaples à titre de responsable de 30 infirmières militaires — 15 infirmières à l'Hôpital général no 1, et 15 au no 7. »

Anne a choisi d'aller travailler à l'Hôpital général canadien no 1. Elle a poursuivi :

« Nous y sommes demeurés deux semaines, jusqu'à ce que nous recevions l'ordre de retourner au no 2. Trois jours plus tard, l'Hôpital général no 1 a été bombardé, et les tentes où nous logions ont été rasées. »

Du 1er août au 5 décembre 1918, Anne était surveillante de nuit.

« Une surveillante de nuit assume de nombreuses tâches et de lourdes responsabilités. La nuit apportait toujours avec elle l'appréhension des hémorragies […] 36 salles — 40 patients dans chaque salle. Les tentes débordaient, jusqu'à 700 en août. Attaques au gaz. »

Anne a aussi fait mention de l'armistice du 11 novembre 1918, et elle a conclu son récit en décrivant les quelques tâches qu'elle avait accomplies à la fin de la Première Guerre mondiale.


Référence
[refa]

G.W.L. Nicholson, Seventy Years of Service: A History of the Royal Canadian Army Medical Corps, Ottawa, Borealis Press, 1977.

[photos]

 

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