Soigner au front : l'expérience des infirmières militaires canadiennes pendant la Première Guerre mondiale

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Geneviève Allard, « Soigner au front : l'expérience des infirmières militaires canadiennes pendant la Première Guerre mondiale », publié dans Sans frontières : quatre siècles de soins infirmiers canadiens, Christina Bates, Dianne Dodd et Nicole Rousseau (dir.), Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 2005 (chapitre 10, p. 153-167). Source

Table des matières

Introduction

Pendant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, la profession d'infirmière au Canada commence à se structurer : l'ouverture d'écoles de formation et la création d'associations contribuent, entre autres, à établir le statut professionnel du travail de soignante dans la société. Au cours de cette même période, consciente des avantages liés à la présence d'infirmières lors d'opérations militaires, l'Armée canadienne invite des groupes d'infirmières à accompagner les troupes lors de diverses expéditions militaires, invitation qui constitue le prélude à la mise en place d'un réel corps infirmier militaire, qui se fera en 1908. Malgré tout, en septembre 1914, même après une dizaine d'années d'existence, le Corps infirmier militaire canadien compte moins de 30 membres réservistes et seulement 5 membres permanents. De plus, ses membres sont fort mal préparés pour affronter les événements qui se dessinent. C'est quelques mois avant la guerre que Margaret MacDonald est nommée « matrone » en chef du Corps infirmier militaire relevant du Corps expéditionnaire canadien. Forte de son expérience lors de la guerre des Boers et dans les hôpitaux militaires canadiens par la suite, Margaret MacDonald doit mobiliser un convoi d'infirmières militaires qui serviront outre-mer. Un appel est lancé et, moins de trois semaines après la déclaration de guerre par le Canada, des infirmières diplômées, en provenance de toutes les régions du pays, offrent leurs services pour la durée de la guerre. Deux mille trois femmes s'enrôlent dans le Corps infirmier militaire et sont envoyées à l'étranger. Au cours de la guerre, ces quelque 2 000 infirmières soigneront un peu moins de 540 000 soldats en travaillant tout près des lignes de feu, y risquant même leur vie, et ce, en tant que membres à part entière du Corps expéditionnaire canadien. D'ailleurs, 53 d'entre elles perdront la vie en service commandé, ce qui captera l'imaginaire populaire, auréolant ainsi d'un prestige certain toutes ces femmes qui serviront au front.

Pourtant, au tournant du siècle, le front est perçu comme un domaine exclusivement masculin. Les femmes n'ont, en principe, ni les capacités, ni les qualités requises pour y exercer leur métier. Or, la réalité de la Grande Guerre a rendu nécessaire, voire indispensable, la présence de femmes soignantes à proximité des lignes de feu.

Acclamées comme des héroïnes de guerre lors de la démobilisation, ce groupe de soignantes a contribué à donner ses lettres de noblesse à la jeune profession d'infirmière et à son programme de formation, qui a connu son âge d'or dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale. Serait-ce en partie grâce à la visibilité que les infirmières militaires ont acquise? Bien que nous sachions étonnamment peu de choses sur l'expérience militaire de ces femmes — peu d'historiens s'y sont intéressés et les infirmières elles-mêmes sont restées fort discrètes — , les journaux intimes, la correspondance et le témoignage de ces femmes, que l'on a commencé à recueillir, à analyser et à étudier, démontrent que, sur les plans professionnel et personnel, l'expérience de guerre fut marquante. La présence et la contribution des infirmières au sein du Corps expéditionnaire canadien ont amélioré l'organisation des soins médicaux sur le front et, par conséquent, ont eu un effet appréciable sur la santé physique et mentale des soldats confiés à leurs soins, tout comme le conflit a eu, parallèlement, un impact sur la vie des infirmières.

Il est donc fort intéressant d'examiner les origines et les composantes du Corps infirmier militaire canadien, ainsi que la pratique du métier d'infirmière au front, afin de comprendre comment le travail infirmier militaire à l'époque de la Première Guerre mondiale s'insère dans l'histoire du développement de la profession d'infirmière au Canada et d'en cerner, dans la mesure du possible, les retombées.

Le Corps infirmier militaire canadien

Bref historique du service infirmier militaire

Le service infirmier militaire est d'abord redevable aux efforts volontaires d'infirmières qui ont, en quelque sorte, imposé leur présence au fil des guerres en démontrant l'utilité, voire, la nécessité de leur action. Florence Nightingale est considérée, à tort ou à raison, comme la pionnière du nursing moderne et en particulier du nursing militaire. Son service auprès des soldats lors de la guerre de Crimée (1854-1856) ainsi que ses efforts constants afin d'améliorer l'efficacité du travail des infirmières ont convaincu le public, de même que les autorités militaires, qu'il était indispensable d'organiser un corps médical plus complet au sein des forces armées, au lieu d'offrir les services d'un seul officier médical par régiment. Les expériences de Florence Nightingale1 l'ont par ailleurs convaincue qu'un service infirmier efficace devait être indépendant des autorités militaires. En conséquence, le service infirmier britannique établit à partir de 1855 ses structures propres. Bien que rattaché à l'Armée, le corps infirmier constitue une entité indépendante des autorités militaires sur le plan administratif. Le Corps infirmier britannique emprunte certaines règles de fonctionnement aux forces armées, en ce qui concerne notamment le port de l'uniforme, le respect de la hiérarchie, de même que l'obéissance à un code de conduite strict. Au Canada, le Corps infirmier militaire, créé et pris en charge par le ministère de la Milice et de la Défense, s'inspire des traditions britanniques mais s'en démarque rapidement2.

En 1870, la rébellion des Métis, sous la direction de Louis Riel dans le Nord-Ouest canadien, nécessite l'envoi de troupes militaires. Le ministre Adolphe Caron donne au lieutenant-colonel Darby Bergin la tâche d'organiser les services médicaux qui accompagneront les membres de la Gendarmerie royale. Ce dernier a déjà l'intention d'engager une main-d'oeuvre féminine pour son service médical.

Quatre infirmières civiles bénévoles sont alors sélectionnées pour oeuvrer aux soins des blessés pour une période de quelques mois. Ayant rapidement prouvé l'utilité de leurs services, ces infirmières ont été relevées à la fin de leur mandat par des groupes successifs d'infirmières bénévoles, et ce, jusqu'à la fin des hostilités. Les infirmières ont été chaudement applaudies pour leur courage et leur endurance et elles ont reçu, chose rare pour les femmes à l'époque, une décoration militaire en récompense de leurs efforts, soit la médaille du Nord-Ouest3.

Devant le succès de l'organisation des soins médicaux au cours de la rébellion du Nord-Ouest, le lieutenant-colonel Bergin projette la création d'un corps armé médical permanent, lequel serait indépendant des autres corps armés et composé à la fois de médecins et d'infirmières. Mais une fois la paix rétablie, le projet est plus ou moins mis de côté. Cependant, l'idée de maintenir une main-d'oeuvre infirmière régulière au service des soldats commence à s'imposer.

En 1898, le gouvernement fédéral envoie 200 soldats volontaires pour soutenir les efforts de la Gendarmerie royale au Yukon, à la suite de problèmes occasionnés par la ruée vers l'or. Aucun officier médical n'accompagne le contingent. Cependant, quatre infirmières du Victorian Order of Nurses (VON) sont du voyage. Ces dernières s'occupent principalement des besoins médicaux des soldats au cours du long trajet vers la ville de Dawson au Yukon. Elles soignent aussi les habitants des divers villages miniers situés sur la route vers le Nord.

Le périple dure trois mois et, à leur arrivée à Dawson, les quatre infirmières restent sur place pour soigner la population de la région. Leur travail, exécuté dans des conditions difficiles — édifices inadéquats, manque de matériel, température peu clémente — , leur vaut les éloges et le respect des autorités militaires canadiennes.

Toutefois, les Forces armées canadiennes n'ont pas encore intégré les infirmières à leurs structures permanentes. Lors de la déclaration de la guerre des Boers en 1899, le Service de santé de l'Armée canadienne, organisé au début des hostilités entre Britanniques et Sud-Africains, ne possède pas de corps infirmier militaire. Néanmoins, les autorités militaires canadiennes prennent la décision de joindre un groupe d'infirmières au convoi de soldats envoyés au front. En Afrique du Sud, contrairement aux infirmières envoyées au Yukon sous la bannière du VON, les infirmières portent un uniforme fourni par l'Armée canadienne. Huit infirmières au total sont sélectionnées pour accompagner les quelque 1 000 volontaires canadiens4.

À la suite de cette guerre, en 1899, le directeur général des services médicaux des Forces armées canadiennes recommande l'instauration d'un corps infirmier militaire officiel. Appuyée par le commandant de la milice canadienne, impressionné une fois de plus par le travail des infirmières en situation d'urgence, la recommandation est acceptée et la création du Corps infirmier militaire canadien s'amorce en 1901. Avant même que la structure administrative de ce corps ne soit établie, la Grande-Bretagne se trouve face à une reprise des hostilités en Afrique du Sud. Huit infirmières, dont quatre ayant déjà servi pendant le premier épisode de la guerre, se rendent une fois de plus en Afrique du Sud, cette fois en tant que membres à part entière du nouveau service infirmier militaire canadien5.

En 1904, les Forces armées canadiennes entreprennent une réforme complète de leurs services médicaux. Celle-ci se traduit par une restructuration administrative : il est décidé que le Corps infirmier fera partie de la Réserve, une section des Forces armées composée de membres semi-permanents, qui, comme le nom l'indique, a pour fonction suppléer aux sections régulières en cas de conflit armé. Vingt-cinq infirmières sont sélectionnées pour en faire partie.

Ce n'est toutefois qu'en 1908, lorsque Georgina Fane Pope devient la première « matrone » en chef du Corps infirmier militaire et, par conséquent, le premier membre permanent de cette unité, que ce corps commence son existence officielle. Parmi les fonctions de cette pionnière, il faut compter son apport dans l'établissement des règles de fonctionnement et de recrutement des membres du Corps infirmier. Au cours de son mandat, Miss Fane Pope s'occupe principalement de la direction des hôpitaux militaires et du recrutement de nouvelles infirmières. De plus, elle est responsable de l'uniforme des infirmières. Celui-ci passe du kaki au bleu marine et on y ajoute tous les insignes militaires6.

Les infirmières militaires canadiennes, une esquisse

Qui sont-elles?

La profession d'infirmière constitue, à l'aube de la Première Guerre mondiale, un secteur d'emplois professionnels féminins en pleine expansion et en pleine structuration. En regard de l'ensemble de la maind'oeuvre féminine, les infirmières ne représentent encore que 2 % des effectifs, une proportion que l'on peut qualifier de négligeable7. Mais la profession est en plein essor, et les écoles de formation s'établissent à un rythme effréné. En 1921, ses effectifs avaient quadruplé. La Première Guerre mondiale semble avoir joué un certain rôle dans l'évolution numérique du métier, entre autres par la création du Corps infirmier militaire canadien.

Peu de statistiques officielles existent à son sujet. Toutefois, même si l'analyse des diverses sources disponibles sur le parcours des infirmières militaires canadiennes ne permet pas de faire des généralisations hâtives sur l'ensemble des infirmières militaires en service lors de la Première Guerre, il est possible d'en extraire quelques informations intéressantes et de dégager des tendances caractéristiques du groupe8.

Les infirmières militaires canadiennes étaient surtout d'origine canadienne ou provenaient des îles Britanniques; la plupart ont été élevées en ville, et avaient donc plus facilement accès à une formation que leurs consoeurs de la campagne, les écoles d'infirmières étant alors concentrées dans les centres urbains. Elles ont grandi en général dans des milieux petit-bourgeois; leurs pères étaient ministres du culte, médecins, comptables, hommes d'affaires. Elles étaient généralement plus instruites que la moyenne des femmes de l'époque. La plupart ont suivi un cours de niveau secondaire, certaines ont même poursuivi des études universitaires. Plusieurs avaient déjà une certaine expérience du travail rémunéré, à titre de gouvernantes, d'institutrices ou de commis, et ce, avant d'entrer à l'école d'infirmières, ces institutions n'acceptant que les candidates âgées de 21 ans et plus.

Les infirmières du Corps expéditionnaire canadien ont été formées dans des écoles de nursing canadiennes, d'autres en Grande-Bretagne; quelques-unes ont choisi les États-Unis pour y effectuer leurs études. La majorité ont joint les rangs du Corps infirmier militaire canadien peu de temps après avoir complété leur formation. En 1914, elles avaient en moyenne 24 ans.

Dès le début du conflit, la plupart des infirmières ont été envoyées en Europe, où l'on a acheminé des convois d'infirmières jusqu'en 1917. Souvent, elles sont restées jusqu'à la fin des hostilités. Toutes démobilisées à la fin de la guerre, plusieurs se sont mariées et ont eu des enfants. Toutefois, une bonne partie d'entre elles sont restées célibataires, ce qui n'était pas fréquent à l'époque. Parmi les célibataires, la majorité sont retournées sur le marché du travail et ont oeuvré sinon à titre d'infirmières, au moins dans le domaine de la santé.

Avant la guerre, les infirmières recrutées pour servir dans le Corps infirmier sont choisies parmi les infirmières civiles. Elles doivent être célibataires et en bonne santé et avoir obtenu un diplôme en études infirmières d'une école de formation reconnue. Une fois sélectionnées, les candidates doivent suivre un entraînement de quatre à six semaines à l'hôpital militaire de Halifax pour y apprendre les rudiments du nursing militaire. Elles doivent ensuite se soumettre à un examen oral et écrit, après quoi elles peuvent être admises officiellement comme membre du Corps infirmier militaire et recevoir le grade de lieutenant ainsi que tous les avantages liés à ce titre : salaire, permissions, régime de retraite. Cependant, leur autorité en tant qu'officier est limitée aux fonctions qu'elles exercent dans les hôpitaux. Elles n'ont aucun pouvoir décisionnel sur le plan militaire, contrairement aux officiers médecins. De plus, bien qu'elles soient lieutenants, elles sont simplement connues et appelées « nursing sisters », un titre qui rappelle la vie religieuse à laquelle sont souvent associées les tâches de soins, l'administration des soins étant aussi perçue comme une vocation.

De toutes les infirmières en service commandé au cours de la Première Guerre mondiale, seules les infirmières canadiennes sont sous le contrôle direct de l'Armée et détiennent un rang militaire. Par comparaison, les services infirmiers britanniques, bien qu'affiliés à l'Armée, n'en font pas partie intégrante. Le statut plus élevé accordé à la profession d'infirmière au Canada qu'en Grande-Bretagne peut expliquer, tout au moins en partie, ce bouleversement de la tradition par les autorités militaires canadiennes. La plupart des infirmières diplômées canadiennes ont effectué des études secondaires et, au Canada, la formation dans une école d'infirmières est perçue comme une marque de prestige9.

Margaret MacDonald, qui a succédé à Miss Fane Pope comme « matrone » en chef du Corps infirmier, s'est montrée quelque peu critique en ce qui a trait au mode de recrutement des membres. Le processus de sélection constitue, selon elle, une entrave à l'établissement rapide d'un corps nombreux d'infirmières. Pour résoudre ce problème, elle suggère que des cours de nursing militaire soient donnés dans divers hôpitaux du Canada et que les infirmières soient autorisées à se rendre dans les camps d'entraînement des soldats pour qu'elles puissent mettre en pratique les notions de nursing militaire acquises, qui diffèrent, à son avis, de celles du nursing civil. De plus, Margaret MacDonald, après maintes pressions auprès du ministre de la Défense, se rend en Grande-Bretagne en 1911 afin d'étudier l'administration et l'organisation des corps infirmiers militaires britanniques, dont veut s'inspirer le Corps infirmier canadien. Le but du voyage est d'apprendre les méthodes des infirmières militaires britanniques, plus nombreuses et mieux organisées, afin de les appliquer au Corps infirmier canadien, que l'on souhaite rendre plus fonctionnel en cas de conflit armé10.

Malgré ces efforts, en 1914, le Corps infirmier militaire, tout comme le reste du Corps expéditionnaire canadien, est fort peu préparé aux défis qui l'attendent. Toutefois, le manque d'organisation ne signifie pas manque d'effectifs. Tout au long de la guerre, le nombre de demandes d'enrôlement de la part des infirmières a toujours dépassé le nombre de places disponibles dans le Corps infirmier militaire.

 

S’enrôler

Il n'est pas étonnant que le ministère de la Défense ait reçu autant de demandes d'infirmières voulant se joindre au Corps expéditionnaire canadien, et ce, malgré le danger qui caractérise le contexte de la guerre. Les raisons qui poussent les infirmières à s'enrôler dans le Corps infirmier militaire rattaché au Corps expéditionnaire canadien sont nombreuses et diverses. Les perspectives d'emploi pour les infirmières à l'époque sont encore assez restreintes et les salaires peu élevés. La possibilité d'un salaire régulier et supérieur et les conditions avantageuses associées au travail militaire le rendent attrayant. Le Corps expéditionnaire canadien offre aussi l'attrait de l'aventure, d'une vie peu ennuyante, de défis professionnels nouveaux. De plus, le contexte économique et politique de l'époque se prête bien à l'émergence de cet engouement pour la carrière militaire. La propagande en faveur de la guerre encourage les jeunes femmes, à l'instar des jeunes hommes, à prendre part à l'effort de guerre. L'idée de s'enrôler est imprégnée d'un certain romantisme, que représente notamment l'uniforme, semble-t-il, par son élégance et son allure, et en tant que symbole de courage et de patriotisme.

Pour mobiliser rapidement le convoi d'infirmières requis par le ministre de la Milice, le processus de sélection, beaucoup trop long, est considérablement écourté. La priorité est d'abord accordée aux infirmières réservistes ayant déjà reçu la formation dispensée dans les hôpitaux militaires. Les autres infirmières sont choisies parmi les centaines de candidatures reçues. Les jeunes femmes sont sélectionnées rapidement, selon les mêmes critères : bonne santé, statut civil de célibataire, formation d'infirmière. Toutefois, les étapes de l'examen et de l'entraînement de six semaines sont abandonnées. Bien que la moralité ne soit pas un des critères de sélection, une lettre de recommandation d'un chef religieux n'est pas sans donner un certain poids à un dossier; de même, une jeune femme appuyée par une personnalité politique ou bien nantie peut voir sa candidature progresser plus rapidement. Aucune expérience militaire n'est requise et l'entraînement militaire se fait d'une manière précipitée, quand le temps s'y prête, souvent sur le navire, en route vers l'Europe. Le premier contingent, composé d'une centaine d'infirmières, s'embarque pour la Grande-Bretagne dès le mois de septembre 1914. Plusieurs autres convois lui succèdent au cours des mois suivants.

Le travail des infirmières militaires

Les conditions de vie

Rien dans les conflits qui ont précédé la Première Guerre mondiale n'a laissé présager l'ampleur qu'elle allait prendre. De nouvelles armes, de nouvelles tactiques de combat, le nombre de pays et d'hommes engagés : tout cela allait radicalement changer la façon de faire la guerre. En conséquence, le rythme d'entrée et de sortie des patients dans les divers hôpitaux et centres de soins, la nature et la gravité des blessures subies, les soins nécessaires, bref, tous ces éléments feront que certains aspects de la pratique du travail infirmier divergeront sensiblement de ce que les infirmières ont connu en tant qu'étudiantes ou infirmières civiles. Ce n'est pas l'administration même des soins qui s'est transformée, mais plutôt les conditions qui entourent la pratique de leur métier dans le contexte du front.

L'état de guerre, dont les infirmières prennent réellement conscience en route pour l'Europe sur le bateau escorté de vaisseaux armés, est encore plus frappant à l'arrivée en Angleterre. Alors qu'une forme de rationnement et la conscription ont été instaurées au Canada, en comparaison, ces mesures, parmi d'autres comme le couvre-feu, sont naturellement exacerbées au Royaume-Uni et sur les autres fronts de la guerre.

Les premières mesures de guerre auxquelles les infirmières ont à faire face concernent la nourriture et le logement. Dans chaque lieu où sévissent les combats, que ce soit en Angleterre, en Europe continentale ou en Méditerranée, des difficultés particulières se posent. Les provisions sont réduites : le sucre, le beurre, le café, le chocolat et la viande sont des denrées rares. Sur la Méditerranée, la pénurie d'eau potable représente un problème encore plus dangereux pour la santé. Qui plus est, l'empoisonnement des réserves d'eau potable, une tactique de guerre que les ennemis emploient fréquemment, rend le travail et la vie quotidienne encore plus pénibles à gérer; les ressources limitées d'eau potable étant réservées à la consommation, l'hygiène personnelle des infirmières, de leurs patients et de leur milieu de travail est rapidement considérée comme secondaire.

En ce qui concerne le logement, certaines infirmières sont plus choyées que d'autres. En Angleterre et en France, les infirmières en service dans les villes ou les villages ont souvent la chance d'habiter des édifices, parfois même des villas ou des châteaux. Plus près des lignes de combat, les infirmières doivent se contenter de tentes de toile ou d'abris de bois. Elles sont ainsi à la merci des intempéries et du froid, à l'instar de leurs patients. Que l'endroit où elles vivent soit pourvu de murs ou non n'empêche pas les infirmières d'avoir à composer avec un fait bien réel : la présence de vermine. Les poux, les insectes de toutes sortes, mais par-dessus tout les rats, représentent un problème dans tous les types d'unités de soins; ces rongeurs nocturnes, semble-t-il, n'ont peur de rien et se jettent littéralement sur toute trace de nourriture et s'attaquent même aux patients. Enfin, les déplacements fréquents entre les centres de soins, un inconvénient aggravé par le manque de communication et qui résulte en pertes de temps, d'équipements et d'objets personnels, de même que les attaques et les bombardements font partie de la vie quotidienne au front.

Ces derniers mettent les infirmières en danger et, bien qu'ils soient acceptés comme étant incontournables en situation de guerre, il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'une réalité terrifiante.

Les conditions de travail

Au sein du corps médical armé, l'organisation des soins de santé prévoyait la répartition des médecins et des infirmières en quatre types d'unités de soins : les ambulances de campagne, les postes d'évacuation, l'hôpital fixe (ou sédentaire) et l'hôpital général. Dans un premier temps, les soldats blessés sont amenés à l'ambulance de campagne, une infirmerie située tout près du front. Ces infirmeries emploient des soldats qui ne donnent que les premiers soins. Les patients sont immédiatement transportés vers les postes d'évacuation sanitaire, où un médecin effectue un examen plus complet. En théorie, aucune infirmière ne doit travailler aussi près des hostilités. Certaines le font toutefois lors de circonstances particulières, par exemple pour accompagner un chirurgien posté dans l'une de ces installations. Fait à noter, les ambulances de campagne et les postes d'évacuation ne sont pas équipés pour accueillir les patients plus de quelques heures.

Les blessés sont ensuite transportés à l'hôpital fixe, un hôpital situé relativement près du front, dirigé par une « matrone » en chef et 16 infirmières. Ces hôpitaux comptent environ 250 lits. Les blessés graves nécessitant une longue convalescence ou les soldats souffrant de maladies diverses sont accueillis dans les hôpitaux généraux, des édifices permanents situés en Grande-Bretagne et pouvant héberger plus de 500 patients. Le personnel infirmier de ces hôpitaux est constitué d'une « matrone » en chef et de 72 infirmières. Les unités d'infirmières effectuent des rotations dans les divers hôpitaux fixes et généraux. Une infirmière peut changer plusieurs fois de poste au cours de son service militaire. De plus, une unité d'infirmières peut être fractionnée et ses membres répartis dans divers hôpitaux selon les besoins de personnel déterminés par les circonstances de la guerre.

En ce qui concerne le travail infirmier proprement dit, ce sont les conditions entourant l'administration des soins plutôt que les techniques infirmières comme telles qui sont différentes de celles prévalant dans la société civile. La rigueur des conditions de travail est considérablement accrue en raison du rythme irrégulier des arrivées souvent massives, conséquence normale de l'avancée et du recul des troupes, qui ajoute à la charge déjà lourde des maladies et des blessures accidentelles. Les infirmières doivent aussi pallier le manque d'hygiène et l'insuffisance de l'équipement du personnel, mais ce sont surtout le flux et reflux ainsi que l'affluence des blessés qui expliquent cette disparité.

Une unité de soins près des lignes de feu peut, au cours d'une offensive, se trouver complètement débordée. Sous le couvert de la nuit, des camions remplis de blessés boueux sont débarrassés de leur chargement que l'on remet aux infirmières, qui, entre les civières entassées ou à côté de soldats parfois couchés à même le sol, doivent tenter d'arrêter les hémorragies, replacer des os et assurer la survie de leurs patients jusqu'à ce qu'ils soient transportés plus loin derrière les lignes, afin de recevoir des soins appropriés. Le travail quotidien des infirmières oeuvrant dans ces unités de soins plus éloignées des opérations militaires rime tout autant avec labeur. Les conditions climatiques et la vie de tranchées favorisant l'éclosion d'épidémies, les lits sont occupés par les nombreux soldats souffrant de maladies infectieuses, qui comptent par ailleurs pour près de 70 % des cas admis à l'hôpital11.

Dans ce contexte, on ne peut conclure que, sur le plan de la pratique du travail infirmier et de l'administration des soins, la Première Guerre était synonyme de révolution médicale. Certes, certaines techniques ont été développées et se sont répandues au cours de cette période : le dépistage sanguin, les transfusions sanguines, le dépistage urinaire de certaines maladies. Et c'est aussi l'époque des balbutiements de certaines disciplines spécialisées : la psychothérapie, la physiothérapie, l'orthopédie et la diététique. Mais il demeure surtout que les infirmières ont posé les mêmes gestes que dans les hôpitaux civils, soignant des maladies connues, comme la tuberculose, la grippe, la dysenterie, changeant des pansements, désinfectant des blessures et, bien sûr, veillant au bien-être de leurs patients : administration de nourriture et de soins corporels, attentions diverses et paroles réconfortantes.

Il existe un autre élément dont l'impact sur le travail infirmier militaire est non négligeable, soit la modernisation des techniques de guerre. Les moyens utilisés au cours des opérations militaires, comme les gaz nocifs, le shrapnel et les bombardements, causent souvent des blessures représentant des défis médicaux jusqu'alors inconnus des infirmières. Dans la même veine, les nouvelles tactiques de combat, la durée de la guerre, le moral de plus en plus bas des troupes sont responsables d'un nombre sans cesse croissant de maladies mentales qui se manifestent par des terreurs nocturnes, de l'insomnie et de l'énurésie, parmi d'autres symptômes. Les médecins de l'époque n'ont pas de traitements à prescrire pour de telles conditions, et dans ces circonstances, c'est la force des infirmières qui est éprouvée dans ce qu'elles savent faire de mieux, soit l'administration des soins : compresses, lavage des yeux, application de baumes dans le cas des brûlures au gaz, réconfort et écoute, environnement chaleureux et familial, repos et diète pour les patients plus troublés.

Pour les infirmières, administrer des soins au front représente un défi professionnel important tant sur le plan technique que personnel et moral. Travailler dans des conditions aussi insalubres, et à un rythme aussi effréné, va à l'encontre de ce qu'elles ont appris au cours de leur formation professionnelle, où l'accent était mis sur une propreté extrême et l'attention personnelle accordée à chacun des patients, et ce, à une époque où les séjours à l'hôpital sont très longs. En conséquence, les infirmières se retrouvent souvent aux prises avec des dilemmes moraux à surmonter, ce à quoi elles ne sont pas préparées, comme prendre la décision de laisser seul un patient mourant pour s'occuper des besoins pressants de ceux qui ont une chance de survie.

Le taux de mortalité élevé des patients constitue une des réalités avec lesquelles les infirmières militaires doivent aussi composer. Si elles ont eu à faire face à la mort auparavant, jamais elles ne se sont heurtées à la perte d'un si grand nombre de patients, et qui plus est, de patients aussi jeunes. L'isolement constitue un autre aspect difficile de la vie au front, où l'on est loin de ses proches, de ses amis et de sa famille. Sans compter la fatigue et l'épuisement qui affectent également l'état de santé des infirmières.

Les relations professionnelles et la vie sociale

L'isolement et la tristesse qui constituent des réalités du front, les dangers qui foisonnent, le travail constant et la proximité forcée dans laquelle les médecins, les infirmières et les patients doivent vivre, tout cela favorise les liens d'amitié, de solidarité et de loyauté. La jeunesse des membres du corps infirmier, leur statut civil, l'éloignement, la peur de même que l'assouplissement des conventions sociales en temps de guerre sont des ingrédients des plus propices à la création d'amitiés profondes. Les souvenirs des infirmières militaires témoignent d'une atmosphère de travail où les règles du jeu reposaient sur la coopération et le respect. Le respect des autorités et le maintien d'un comportement exemplaire étaient des exigences de premier ordre sur le front, ce à quoi les infirmières étaient habituées par leur formation professionnelle. Cependant, il semble que le contexte de la guerre ait contribué à atténuer la perception de sévérité rattachée à l'autorité au profit d'une collaboration nécessaire à la poursuite d'un objectif central : les soins aux malades et aux blessés.

Mais les inimitiés constituent le revers de la promiscuité forcée. Des groupes d'amies peuvent se construire sur la base de la réputation de l'école ou de la taille de l'hôpital où une infirmière a suivi son cours, ou en fonction du lieu de provenance, etc. Ces éléments distinctifs peuvent aussi susciter de la jalousie puisqu'ils marquent, de façon symbolique, le statut professionnel des infirmières, un statut encore mal assuré dans la société en ce temps-là. Les promotions, les plus grandes responsabilités peuvent également être sources d'envie, un indice qui illustre que les infirmières n'étaient pas sans avoir d'ambitions professionnelles compte tenu des possibilités d'avancement que leur offrait le service militaire.

Plus tendues, semble-t-il, étaient les relations des infirmières avec les infirmières étrangères, en particulier les infirmières britanniques. Ces tensions seraient dues aux conditions plus avantageuses dont jouissaient les infirmières canadiennes. Leur salaire plus élevé que celui des Britanniques, leur uniforme distinctif et leur popularité supposée auprès des officiers semblent avoir inspiré la convoitise chez leurs collègues étrangères. Toutefois, la plus grande source de frustration à l'égard des infirmières canadiennes avait trait à leur rang militaire. En effet, leur statut d'officier leur permet de jouir d'une plus grande liberté d'action, tout en leur accordant un plus grand prestige, deux éléments dont leurs collègues étrangères ne bénéficiaient pas. Les règles des armées canadienne et britannique exigeant que les officiers féminins ou masculins entretiennent des liens uniquement avec leurs pairs, à moins d'être vêtus en civil, les infirmières militaires britanniques, n'étant pas titulaires d'un rang militaire, ne pouvaient côtoyer leurs propres officiers ni ceux des Forces armées canadiennes si elles étaient en uniforme. De l'autre côté, les infirmières militaires canadiennes ne pouvaient fréquenter que des officiers, à cause de leur statut de lieutenant. Il est donc compréhensible que les infirmières britanniques aient perçu l'arrivée des Canadiennes avec une certaine appréhension. Qui plus est, la réputation rapidement acquise de compassion, de gentillesse et d'hospitalité faisait des Canadiennes des rivales dangereuses.

Les relations avec les soldats imprègnent aussi la réalité des infirmières militaires. À cette époque, la durée de séjour à l'hôpital, même dans le contexte de la guerre, était passablement longue. Les infirmières ont alors le temps de nouer des liens avec les soldats confiés à leurs soins et d'apprécier leur présence. Elles apprennent à connaître le patient, sa famille et finissent souvent par s'attacher à eux. Ces relations qui s'établissaient peu à peu comportaient toutefois certains désavantages. À cause de leur attachement pour leurs patients, les infirmières pouvaient s'inquiéter de leur sort, pleurer leur mort, sans parler de l'effet pernicieux du douloureux spectacle de leurs souffrances.

Paradoxalement, selon les témoignages, la correspondance et les paroles que les infirmières militaires nous ont légués, le pendant de l'univers chaotique et sombre de la guerre résidait dans la grande importance accordée à la vie sociale au front. Entre les attaques ennemies et leur quart de travail, les infirmières peuvent se divertir. Souvent, les officiers médicaux ou autres officiers disponibles les accompagnent dans leurs sorties. Les passe-temps des infirmières consistent en soirées de danse, en partage de repas et en activités sportives. Le sport de prédilection britannique, soit le tennis, entre autres, se révèle assez populaire auprès des infirmières.

Toutefois, le rituel anglais le plus apprécié est le thé de l'après-midi. Prendre le thé signifie que l'on va rendre visite à des compagnes dans d'autres hôpitaux à proximité, rencontrer des officiers ou des soldats dans un cadre autre que celui de l'hôpital et rompre la routine, tout en forgeant des liens d'amitié. Souvent, des familles anglaises qui habitent près des unités de soins invitent les infirmières à prendre le thé dans un geste d'accueil et d'hospitalité.

Mais les événements sociaux les plus courus sont les soirées de danse et de musique. Pendant les périodes d'accalmie, toutes les raisons sont propices pour se rassembler, organiser des concerts et danser. Les patients eux-mêmes prennent souvent l'initiative de ces fêtes ou y participent en exerçant leurs talents pour distraire leur entourage. Ces soirées sont parfois même égayées par la présence d'orchestres professionnels dont plusieurs ont joui d'une grande renommée à l'époque. La possibilité de rencontrer un prétendant lors de ces fêtes était une préoccupation pour certaines infirmières : ces rencontres pouvaient en effet mener à des demandes en mariage, ce qui, dans l'opinion de plusieurs jeunes filles, représentait la meilleure issue possible à leur carrière.

Les voyages constituent aussi un aspect important de la vie sociale des infirmières militaires. Les infirmières profitent de leur permission pour visiter l'Europe, des voyages difficilement accessibles aux infirmières civiles. Ces voyageuses jouissent d'une grande liberté d'action à cause de l'éloignement et des circonstances de la guerre qui entraînent une certaine souplesse dans l'observance des convenances s'appliquant normalement aux jeunes femmes respectables. Les sorties, les rencontres, les divertissements de toutes sortes peuvent donner l'impression que la vie au front était une vie normale pour ces jeunes infirmières célibataires, et cela, d'autant plus que le contexte de la guerre faisait que la plupart d'entre elles menaient une existence beaucoup plus libre que leurs collègues civiles. Il reste que la guerre et ses conséquences étaient tout de même une réalité qui comportait son lot quotidien de difficultés.

Conclusion

La participation des infirmières militaires à la guerre semble avoir été si appréciée que, de retour au bercail, elles ont joui d'un respect inégalé. Dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale, leur contribution à l'effort de guerre canadien et à la profession d'infirmière fut commémorée publiquement par l'érection d'un monument dans l'édifice du Parlement en l'honneur de toutes les infirmières canadiennes. Ce prestige a rejailli sur l'ensemble de la profession; l'époque de la guerre jusqu'aux années 1930 représente en réalité l'âge d'or de la professionnalisation du métier d'infirmière au Canada. Cette reconnaissance que les infirmières ont acquise tient, entre autres, au fait que les infirmières militaires ont su, par leur formation, leur ingéniosité et leur débrouillardise, se tailler une place enviable dans un milieu typiquement masculin.

La Première Guerre mondiale représente donc un moment important dans la période qui a marqué l'évolution de la profession d'infirmière au Canada. Le Corps infirmier militaire canadien créé au début du siècle a constitué un débouché intéressant pour plus de 2 000 diplômées d'écoles d'infirmières, leur offrant un emploi stable (du moins pour la durée des hostilités), bien rémunéré, rempli de défis professionnels et d'aventures. Au cours des quatre années de la guerre, les infirmières militaires ont risqué leur vie, travaillé sans relâche, surmonté des conditions de vie difficiles, vécu de grandes émotions, vu périr patients, et amis, mais elles ont forgé des liens d'amitié et de solidarité qui ont transcendé leur service militaire et se sont aussi bien amusées. Par-dessus tout, elles ont mis à profit leur formation et leurs expériences personnelles et professionnelles pour améliorer et souvent même sauver la vie de leurs patients.

La Première Guerre mondiale n'a pas changé la pratique du métier d'infirmière de façon notable comme les développements de la médecine du XXe siècle le feront à l'occasion d'autres guerres. Toutefois, avec les nouvelles tactiques de combat et les armes que l'on utilisait, devant l'ampleur même du conflit, l'importance du rôle des infirmières en leur qualité de soignantes au sein des services médicaux du Corps expéditionnaire canadien a été amplement démontrée. Dans un contexte où le pouvoir de la médecine est limité, où les maladies abondent, les habiletés propres aux infirmières ont été nécessaires, voire essentielles.

De plus, la présence des infirmières dans des circonstances aussi exceptionnelles a apporté une touche féminine, quasi maternelle, s'exprimant de toutes sortes de façons. Il est en effet raisonnable de penser que les infirmières ont contribué à faire des unités de soins des endroits chaleureux, rappelant aux soldats l'ambiance de la maison familiale.

C'est là que se trouve la clé du succès des infirmières militaires canadiennes, qui ont servi en Europe pendant la Première Guerre mondiale : en faisant ce qu'elles avaient appris à faire de mieux, en le faisant bien, d'une manière efficace et avec dévouement, elles se sont jointes aux autres figures du panthéon des héros de la guerre. Et pour reprendre les mots de Marion Wylie, une infirmière de Sutton, en Ontario, qui a servi en Angleterre et en France de 1916 jusqu'à la démobilisation : « C'était très nécessaire et très important; et en rétrospective, je pense, très bien fait. Je ne veux pas me vanter, mais je crois que les infirmières ont travaillé très fort et ont fait du bon travail12.

 

Reférences

  • 1. Pour en savoir plus long sur la vie et l'oeuvre de Florence Nightingale, consultez les ouvrages suivants : F. B. Smith, Florence Nightingale: Reputation and Power, London, Croom Helm, 1982; et Vern L. Bullough, Bonnie Bullough et Marietta P. Stanton, Florence Nightingale and her Era : A Collection of New Scholarship, New York, Garland Publishing Inc., 1990.
  • 2. Peu d'ouvrages ont été consacrés uniquement à l'histoire des infirmières militaires au Canada. John Gibbon et Mary Matthewson leur consacrent un chapitre dans leur étude Three Centuries of Canadian Nursing, Toronto, Macmillan, 1974 (1947). Les études de G. W. L. Nicholson, Seventy Years of Service, Ottawa, Borealis Press, 1977, et Canada's Nursing Sisters, Toronto, Samuel Stevens, Hakkert & Co., 1975, sur les services médicaux dans les Forces armées canadiennes sont plus explicites. Pour une excellente bibliographie et revue récente de l'historiographie sur les infirmières militaires au Canada, consultez l'introduction et la bibliographie de l'ouvrage de Susan Mann, The War Diary of Clare Gass 1915-1918, Montréal, McGill-Queens University Press, 2000.
  • 3. Nicholson, Canada's Nursing Sisters, op. cit., p. 27.
  • 4. Ibid., p. 33-34.
  • 5. Ibid., p. 44.
  • 6. Ibid., p. 44-45.
  • 7. Statistique compilée à partir des chiffres tirés de l'ouvrage suivant : Department of Trade and Commerce (Census and Statistics Office) Fifth Census of Canada, 1911, Ottawa, L. Taché Printer, 1912.
  • 8. Ces informations ont été extraites de 25 entrevues réalisées avec des infirmières militaires du Corps expéditionnaire canadien entre les années 1977-1979 par madame Margaret Allemang, dans le cadre du projet Canadian Nursing Sisters of World War I Oral History Program, Toronto, Faculté de nursing, Université de Toronto, 1977-1979.
  • 9. Nicholson, Canada's Nursing Sisters, op. cit., p. 52.
  • 10. Ibid., p. 46.
  • 11. Nicholson, Canada's Nursing Sisters, op. cit., p. 73.
  • 12. Marion Wylie,, Canadian Nursing Sisters of World War I Oral History Program. Entrevue réalisée par Margaret Allemang, Toronto, Faculté de nursing, Université de Toronto, 1979, p. 22.

Source

Sans frontières : quatre siècles de soins infirmiers canadiens
Allard, Geneviève. -- «Soigner au front : L'expérience des infirmières militaires canadiennes pendant la Première Guerre mondiale». -- Sous la direction de Christina Bates, Dianne Dodd, Nicole Rousseau. -- Ottawa : Presses de l'Université d'Ottawa, 2005. -- ISBN 2760305929. -- P. 153-168 (chapitre 10)
© Musée canadien des civilisations en collaboration avec les Presses de l'université d'Ottawa. Crédit : Geneviève Allard. Reproduction autorisée par le Musée.
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