La bataille de la crête de Vimy

Carte : La crête de Vimy

La crête de Vimy, 9-12 avril 1917 Source : Gerald W.L. Nicholson, Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919, Ottawa, Imprimeur de la Reine et Contrôleur de la papeterie, 1962, p. 286.

9-12 avril 1917

« Le Canada sera fier »

« L'Empire tout entier se réjouira de la nouvelle du succès des opérations d'hier. Le Canada sera fier de savoir que la conquête de la crête convoitée de Vimy a été dévolue à ses troupes. Je vous offre du fond du cœur mes plus sincères félicitations, à vous et à tous ceux qui ont participé à cette formidable victoire. [traduction] »
Sa Majesté le roi au feld-maréchal sir Douglas Haig, le 10 avril 1917. Journal de guerre de la 4e brigade d'infanterie, RG 9, série III, vol. 4881, dossiers 236-239.

« Déchirant la brume matinale, le tir simultané de 983 canons et mortiers explosa en un véritable roulement de tonnerre ». C'est en ces termes que l'auteur du journal de guerre du 2e bataillon des Fusiliers à cheval de l'armée canadienne décrivait la scène qui déclencha la bataille de la crête de Vimy. En effet, à 5 h 30 le 9 avril 1917, un lundi de Pâques, les bataillons d'infanterie et autres éléments d'attaque des quatre divisions canadiennes montèrent à l'assaut derrière ce mur de flamme et de fumée, gravissant la pente douce qui menait à la « crête de Vimy tant convoitée ». Les bombes ravageaient le front de 6,4 kilomètres, à perte de vue. Après la levée de ce premier barrage d'artillerie, les fantassins traversèrent des secteurs de barbelés encore intacts, avançant péniblement sur un terrain complètement ravagé. Suivant les fantassins de près, les brancardiers cherchaient les blessés parmi les décombres. Les Canadiens, avec des fusils souvent enrayés par la boue, affrontaient les Allemands qui tiraient sur eux à bout portant avec leurs mitrailleuses, leurs fusils et leurs revolvers. Les quatre divisions canadiennes combattaient ensemble pour la première fois. C'est grâce à un entraînement intensif, une planification soignée des opérations, un système de renseignements de haut niveau et une détermination sans borne, que les hommes du général Byng, les « Byng's Boys », purent avancer - parfois sous des rafales de neige fondante - et conquérir enfin la fameuse crête. Au terme de la bataille, le 12 avril, on comptait 10 602 morts, blessés ou disparus.

La crête de Vimy ne fut jamais reprise par les Allemands, mais cette victoire ne permit pas la percée tant attendue du front Ouest, celle qui devait mettre fin à la guerre. Pour le Canada, la bataille de la crête de Vimy prouva le courage de ses hommes, confirma l'importance d'une excellente préparation et montra ce que les Canadiens pouvaient accomplir sur le champ de bataille quand ils s'unissaient pour défendre une cause commune. Qu'ils aient été d'origine anglaise, française, africaine, autochtone, métisse ou asiatique, ces vainqueurs de Vimy combattirent tous comme Canadiens.

Chevaux de bât transportant des munitions

Chevaux de bât transportant des munitions vers les canons de la 20e batterie de campagne de l'Armée canadienne aux abords de Neuville-St-Vaast, avril 1917

Photographie montrant la 20e batterie de campagne de l'Armée canadienne recevant des munitions. Dans le secteur canadien du front, les chemins et les voies ferrées assemblées étaient réparés et prolongés par les unités de génie et de pionniers. Ces voies de communication permettaient le transport de plus de 720 tonnes de munitions, de victuailles et de matériel divers. Le poids des munitions pour la seule opération de Vimy totalisait 38 250 tonnes.

Bibliothèque et Archives Canada. Collection du ministère de la Défense nationale, 1964-114 PA-001229

Les objectifs du front allié : 1917

Au printemps 1917, les Alliés cherchaient encore désespérément à percer la formidable ligne allemande qui zigzaguait sur 800 kilomètres, de la mer du Nord à la frontière suisse. On entreprit la planification d'une attaque dans la région d'Arras, sur le front Ouest. Le Corps d'armée canadien passa l'hiver 1916-1917 au sud de la crête de Vimy, seul promontoire d'importance dans le Nord-Est de la France. Les Allemands y avaient installé, depuis octobre 1914, une forteresse inexpugnable pour protéger les mines de charbon de Lens, en contrebas. En 1915, plus de 140 000 Français avaient été blessés ou tués lors d'une tentative ratée de reprise de cette crête.

Le rôle des Canadiens dans cette nouvelle offensive alliée consistait à capturer la crête de Vimy et à protéger le flanc de la 3e armée britannique, laquelle attaquerait simultanément au sud de Vimy. Ces offensives combinées des Canadiens et des Britanniques fourniraient ainsi une diversion pour une tentative française - qui échoua - de percer la ligne allemande à 90 kilomètres plus au sud, dans la région de Reims-Soissons.

La zone de bataille : la crête

Les huit kilomètres de la crête de Vimy se dressaient, telle l'échine d'une monstrueuse bête, devant la ligne canadienne. Du côté gauche, cette crête se rapprochait de la ligne canadienne, grimpant progressivement jusqu'à une altitude de 110 mètres; elle était striée par trois lignes de tranchées, munies d'abris profonds destinés aux garnisons de première ligne. Cette zone avancée était parsemée d'emplacements bétonnés de mitrailleuses, entremêlés de barbelés. Du côté est, la crête plongeait brusquement dans un fouillis boisé dissimulant d'autres nids de mitrailleuses allemandes ainsi que des mortiers.

Du sud au nord, « l'échine »comportait trois sommets : la butte 135 (ce chiffre désignant l'altitude au-dessus de la mer); la butte 145 (la plus haute et la mieux défendue des trois); et enfin la butte 120, surnommée le « Bouton », située à l'extrémité nord de la crête. Le sous-sol de la crête, composé d'inhabituels gisements crayeux, offrait un terrain propice aux creusements de tunnels, effectués par les unités de génie et de pionniers.

Le plan :

Un assaut de quatre divisions

Quinze mille hommes bien préparés attaqueraient sur un front de 6,4 kilomètres, en deux formations de deux brigades chacune, et sous le commandement du lieutenant-général sir Julian Byng, commandant du Corps d'armée canadien. Derrière un véritable feu roulant d'artillerie provenant de 850 canons, les « Byng's Boys » devaient enfoncer la ligne ennemie en deux points, du côté est et du côté ouest de la crête, en huit heures tout au plus. Vingt-quatre heures plus tard, la 10e brigade de la 4e division devait prendre d'assaut le « Bouton » et s'en emparer.

Parce que la ligne de front allemande courait en direction sud-ouest au-delà de la crête elle-même, les 3e et 4e divisions, au nord, se préparèrent à gravir les 700 mètres de « l'échine » afin de capturer la butte 145. Les 1re et 2e divisions, au sud, seraient quant à elles contraintes de traverser presque six fois cette distance, soit 4 000 mètres, mais sur du terrain plus plat, notamment pour la 1re division, celle la plus au sud; leur objectif serait le village considérablement fortifié de Farbus, situé bien à l'est de la crête.

Emplacements de canons - La crête de Vimy

La traversée du no man's land, avril 1917.

L'avance des troupes du 29e bataillon d'infanterie (Vancouver) en zone neutre, durant la bataille de la crête de Vimy, à travers le réseau de barbelés allemand et sous le feu nourri de l'ennemi. Le journal de guerre de la 6e brigade d'infanterie raconte que les soldats " … firent face à une vive résistance … alors que les canonniers allemands défendirent leurs positions et firent de leur mieux pour résister à nos troupes (les 29e et 38e bataillons) "."

Bibliothèque et Archives Canada Collection du ministère de la Défense nationale, 1964-114 Photographe : Capitaine H.E. Knobel PA-001020

Les facteurs-clés :

L'artillerie et les passages souterrains, l'horaire et le renseignement

Le premier facteur de succès était de réussir à dévaster les positions allemandes avancées grâce aux tirs d'artillerie et de mortier. Le deuxième facteur était d'approcher sains et saufs les troupes canadiennes de la ligne avant des forces ennemies. Grâce à ce qui a souvent été décrit comme une des plus spectaculaires réalisations d'ingénierie de toute la guerre, les unités spéciales de sapeurs-mineurs creusèrent ou agrandirent 11 passages souterrains d'une profondeur de 7,6 mètres, afin de protéger les soldats contre les obus ennemis lors de leur progression vers le front.

De plus, les hommes émergeant des tunnels de protection devaient poursuivre leur avancée derrière un feu roulant d'artillerie, dangereusement près. Ceci devait permettre aux Canadiens, au moment où cesserait brusquement le barrage d'artillerie, de fondre littéralement sur les soldats allemands émergeant à leur tour de leur tranchées. L'autre facteur-clé de succès devait donc être une coopération parfaite entre l'artillerie et l'infanterie. Les soldats durent s'entraîner et apprendre à respecter un horaire strict - surtout celui concernant les positions et la vitesse d'attaque. Le Corps d'armée canadien innova en distribuant des cartes topographiques à chacun des pelotons. Les bataillons pratiquèrent les manœuvres en rotation sur un terrain grandeur nature. Le dernier facteur de succès concernait le renseignement. D'audacieux et parfois sanglants raids furent menés dans le no man's land afin de se renseigner sur les positions ennemies. Des photographies aériennes furent prises à partir de ballons d'observation. L'escouade aérienne no 16 aida aussi le commandant de la contrebatterie du Corps d'armée canadien et ses hommes à détruire 83 pour 100 de l'artillerie allemande avant même l'assaut principal.

Les objectifs de la bataille :

Les lignes noire, rouge, bleue et brune

La conquête du premier objectif, ou ligne noire, demandait un assaut simultané des quatre divisions, de façon à enfoncer les tranchées ennemies avancées et ce, en 35 minutes. L'objectif final, pour les deux divisions du flanc nord de l'assaut, était de parvenir jusqu'à la ligne rouge et de capturer la butte 145, en plus de contrôler le territoire ennemi à l'est de la crête.

Parce que les divisions du front sud avaient plus de terrain à parcourir (quatre kilomètres à partir de la ligne de front canadienne), des brigades de réserve furent utilisées pour faire alterner les poussées vers le second objectif, la ligne rouge. Les stratèges avaient donc confié à la 13e brigade britannique (du flanc nord) et à la 6e brigade canadienne (du flanc sud) la responsabilité de prêter main-forte à la 2e division. La première brigade canadienne, quant à elle, alla soutenir la 1re division. Cette approche en saute-mouton permit aux brigades du flanc sud de monter à l'assaut des objectifs trois et quatre : Thélus et la butte 135 (ligne bleue), et plus loin Farbus (ligne brune).

Les préparatifs

En avril 1917, le Corps d'armée canadien comptait environ 170 000 hommes de tous rangs, incluant la cinquième division britannique et ses unités d'artillerie et d'appui. Il n'est pas souvent mentionné que de nombreux Canadiens noirs, autochtones ou japonais combattirent dans ce corps d'armée. Les troupes d'assaut de l'infanterie comptèrent environ pour 20 pour 100 des 97 184 Canadiens du corps d'armée, ce qui laissa 80 pour 100 d'entre eux responsables de la préparation et de la livraison des services essentiels comme le ravitaillement, la construction, les communications ou le renseignement, avant et pendant l'attaque.

Dans le secteur canadien du front, 40 kilomètres de route et 32 kilomètres de voie ferrée assemblée furent construits (ou prolongés) et entretenus par les unités de génie et de pionniers afin de transporter chaque jour vers le front plus de 720 tonnes de munitions, de victuailles et de matériel divers. Le poids des munitions pour la seule opération de Vimy totalisait 38 250 tonnes. Plus de 72 kilomètres de pipeline neuf assuraient le transport quotidien de 2,3 millions litres d'eau, pour les hommes et les quelque 50 000 chevaux, en plus de servir de refroidisseur pour contrer la surchauffe des pièces d'artillerie. Enfin, les unités canadiennes de transmissions enfouirent 34 kilomètres de câble à deux mètres sous terre, pour résister aux bombardements ennemis.

Emplacements de canons - La crête de Vimy

Emplacements de canons, bois de Farbus, crête de Vimy, 1919.

La conquête de la crête de Vimy démontra ce que les Canadiens pouvaient accomplir sur un champ de bataille en s'unissant pour une cause commune. Qu'ils aient été d'origine anglaise, française, africaine, autochtone, métis ou asiatique, ces vainqueurs de Vimy combattirent tous comme Canadiens. L'artiste peintre Mary Riter Hamilton se rendit sur les champs de bataille de la Grande Guerre entre 1919 et 1922, sous les auspices de l'Association des Amputés de guerre du Canada. Ses toiles juxtaposent souvent renaissance et destruction en temps de guerre.

Bibliothèque et Archives Canada Collection Mary Riter Hamilton 1988-180-147 Artiste: Mary Riter Hamilton (1873-1954) Huile sur papier vélin C-101321

L'assaut

Le lundi de Pâques, 9 avril 1917, à 4 h, toutes les unités prirent position pour l'attaque devant débuter à 5 h 30 précises. Chaque soldat prenant part à l'assaut portait sur lui « un fusil et une baïonnette, 120 cartouches, deux grenades Mills, cinq sacs de sable, des rations pour quarante-huit heures, un drap imperméable, un masque à gaz, des lunettes protectrices, une fusée éclairante et une gourde d'eau ». Les spécialistes, comme les mitrailleurs Lewis, portaient la même chose mais avec seulement 40 pour 100 des munitions de fusils. Les hommes les plus costauds portaient aussi des pics et des pelles.

L'attaque commença alors qu'un grand vent du nord-ouest balayait la ligne de front ennemie de neige et de verglas, ce qui avantagea les Canadiens. Les 983 canons et mortiers soutenant l'assaut initial des 21 bataillons d'infanterie fauchèrent les tranchées ennemies sur toute la ligne de front, créant un véritable cloaque de boue, de sang, de tranchées défoncées, de cratères de bombes et de barbelés.

Succès :

1re division (major-général Currie); 2e division (major-général Burstall); 3e division (major-général Lipsett)

Vers 6 h 15, les 1re et 2e divisions parvinrent à la ligne noire, malgré les ravages de mitrailleuses bien situées et souvent après de furieux corps à corps. Les 7e et 8e brigades de la 3e division transmirent à 6 h 25 la nouvelle qu'elles avaient atteint, elles aussi, la ligne noire. Profitant d'une pause prévue de consolidation, et alors que l'artillerie continuait de bombarder les nids de mitrailleuses et de canons ennemis, les compagnies à l'arrière des bataillons d'attaque des 1re et 2e divisions prirent le relais pour diriger l'assaut vers la ligne rouge, qu'elles atteignirent à 8 h. Une heure plus tard, la 3e division, après une lutte sans merci, atteignit son deuxième et dernier objectif, la ligne rouge. À 14 h 40, les 1re et 2e brigades de réserve traversèrent la nouvelle ligne de front canadienne et enlevèrent la ligne brune. Les 1re, 2e et 3e divisions atteignirent donc leurs objectifs tel que prévu.

Revers :

4e division (major-général Watson); butte 145 et le succès; le « Bouton »

Les 11e et 12e brigades de la 4e division canadienne ne réussirent pas à capturer leur objectif, la butte 145. Les 38e, 72e, 73e et 78e bataillons de la 12e brigade essuyèrent de lourdes pertes en essayant de maintenir leurs positions parce que la 11e brigade était arrêtée dans sa lancée. Même si l'assaut initial du 102e bataillon de cette 11e brigade fut un succès, son bataillon d'appui, le 54e, fut forcé de battre en retraite. Les bataillons sur le flanc sud de la 11e brigade s'effondrèrent. Une section des tranchées ennemies qui avait survécu au tir d'artillerie canadien fit littéralement pleuvoir un enfer de feu sur le 87e bataillon. La compagnie d'assaut de ce bataillon fut anéantie en six minutes et 60 pour 100 de ses hommes furent tués. Le 75e bataillon, en position d'appui, dut battre en retraite.

Malgré les efforts concertés des 75e, 85e et 87e bataillons de la 11e brigade et des 46e et 47e bataillons de la 10e brigade, la butte 145 n'avait toujours pas été prise à la fin de la journée du 9 avril. Avant la nuit, deux compagnies du 85e bataillon avaient bien pris position au sommet, mais le flanc est de la butte demeurait aux mains de l'ennemi. C'est le lendemain après-midi que les 44e et 50e bataillons de la 10e brigade délogèrent finalement les Allemands. Le jeudi 12 avril, en pleine tempête de neige, les 44e, 46e et 50e bataillons (deux compagnies), avec le 47e bataillon en réserve, capturèrent le « Bouton ». La bataille de la crête de Vimy était terminée. Les pertes canadiennes s'élevèrent à 10 602, dont 3 598 morts.

Sources consultées :

Waging War and Keeping the Peace, Toronto, Buffalo, London, University of Toronto Press, 20

02.

Gr

eenhous, Brereton et Stephen J. Harris. Le Canada et la Battaille de Vimy, 9-12 Avril 1917, Ottawa, Ministre des Approvisionnements et Services, 1992.

Morton, Desmond et J.L. Granatstein. Marching to Armageddon: Canadians and the Great War 1914-1919, Toronto, Lester & Orpen Dennys Ltd., 1989, p. 138-143.

Ni

cholson, Colonel G.W.L., C.D. Le corps expéditionnaire canadien 1914-1919, Ottawa, Imprimeur de la Reine et Contrôleur de la Papeterie, 1962, p. 244-265.

Wood, Herbert Fairlie. Vimy!, Londres, Macdonald & Company, 1967.

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