La deuxième bataille d'Arras

Carte - Arras

Bataille d'Arras, 26 août - 3 septembre 1918 Source : Gerald W.L. Nicholson, Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919, Ottawa, Imprimeur de la Reine et Contrôleur de la papeterie, 1962, p. 468.

26 août - 3 septembre 1918

La deuxième bataille d'Arras comprend les batailles de la Scarpe [26-30 août] et de Drocourt-Quéant [2-3 septembre]

La fin approche

« Une des plus belles victoires de toute la guerre. [traduction] »
Le général sir Arthur Currie, dans son journal de guerre personnel.

Sir Arthur ne fut pas le seul à exprimer ainsi sa fierté à propos de la deuxième bataille d'Arras. En réussissant à détruire le cœur même du système de défense allemand, les Canadiens permirent à la troisième armée britannique d'avancer très rapidement vers l'est. Le succès de cette opération eut un effet positif sur tout le front Ouest, laissant présager une victoire imminente des Alliés. En fait, cette bataille se déroula en deux opérations, d'abord celle de la Scarpe puis celle de la ligne Drocourt-Quéant. Tout ceci faisait partie de la stratégie globale des Alliés, qui consistait à épuiser un ennemi commençant déjà à battre en retraite vers l'est. La bataille de la Scarpe fit avancer le front Ouest d'au moins huit kilomètres; celle de Drocourt-Quéant bouta l'ennemi hors de l'un de ses principaux systèmes de défense et fit à son tour progresser le front de six autres kilomètres jusqu'au prochain obstacle, le Canal-du-Nord.

Photo - Les troupes canadiennes

Les troupes canadiennes se réfugient dans un fossé longeant la route allant d'Arras à Cambrai.

Les Canadiens faisaient face à des positions défensives ennemies bien protégées et dont l'efficacité était favorisée par la topographie de la région. La rivière Scarpe se trouvait à leur gauche.

Bibliothèque et Archives Canada. Collection du ministère de la Défense nationale. 1964-114 PA-003153

Le front allié : fin août 1918

La période qui s'étend du 4 août au 11 novembre 1918 est communément appelée « les cent jours canadiens » car, effectivement, les Canadiens y dirigèrent les offensives qui menèrent à la victoire finale des Alliés à Mons.

Après le succès des Alliés à Amiens, du 8 au 11 août, il était prévisible que les forces ennemies soient sérieusement épuisées. « Si nous laissons l'ennemi refaire ses forces », dit sir Douglas Haig, le commandant en chef de l'armée britannique, « il retrouvera son aplomb et il nous faudra recommencer les tactiques d'usure ». Une reprise de l'offensive sur un large front ramena donc les Canadiens au cœur de l'action, cette fois dans le secteur d'Arras, en compagnie de la Ire armée britannique. Haig décréta : « Toutes les unités devront foncer vers leurs objectifs; les unités de réserve attaqueront à mesure que nous gagnerons du terrain ».

La 1re armée britannique reçut l'ordre de frapper à l'est d'Arras. Quant au corps canadien, sous le commandement du général sir Arthur Currie, il servit de fer de lance à l'attaque, comme ce fut le cas lors de batailles précédentes.

La zone de bataille : Arras

Les Canadiens se trouvaient sur la route d'Arras à Cambrai, avec la Scarpe sur leur gauche, en face de positions défensives ennemies bien protégées et favorisées par la topographie de la région. La zone de bataille s'étendait aussi vers le nord-est, au delà des hautes collines de l'Artois. À environ quatorze kilomètres à l'est d'Arras se dressait la ligne Drocourt-Quéant, formidable système de tranchées et d'abris fortifiés. Cette ligne, qui constituait un des dispositifs de défense les plus puissants et les mieux organisés, avait été conçue pour empêcher les Alliés d'avancer vers la plaine de Douai.

Photo - Les Canadiens progressant à l'est d'Arras

Les Canadiens progressant à l'est d'Arras.

Les troupes canadiennes n'eurent pas l'occasion de se reposer entre la bataille d'Arras et celle d'Amiens. L'ennemi, constatant que c'était des Canadiens qui arrivaient, décida de battre en retraite sans opposer une longue résistance.

Bibliothèque et Archives Canada. Collection du ministère de la Défense nationale. 1964-114 PA-003074

Le plan :

Attaque de deux divisions canadiennes et d'une division britannique

Ces positions devinrent donc l'objectif initial des Canadiens. L'ennemi s'attendant à une attaque, il était impossible de le surprendre. Par conséquent, la stratégie adoptée fut de lancer plusieurs attaques frontales successives, dans le but d'épuiser les troupes ennemies.

À leur arrivée dans le secteur, les 2e et 3e divisions canadiennes prirent la responsabilité d'une ligne courant vers le nord, depuis Neuville-Vitasse jusqu'à la rivière Scarpe, deux kilomètres à l'ouest de Fampoux. Les 1re et 4e divisions ne devaient arriver, respectivement, que le 25 et le 28 août. En attendant, la 51e division britannique (Highland) se joignit au corps d'armée canadien, pour en protéger le flanc, au nord de la rivière. Selon le plan du général Currie pour cette première phase de l'offensive, trois attaques simultanées seraient menées par la division britannique sur la gauche, la 3e division canadienne entre la Scarpe et la route de Cambrai, et la 2e division sur la droite.

Les facteurs-clés :

Emploi massif de l'artillerie et avancement de l'heure H

Pour le bombardement de soutien, le général Currie avait à sa disposition pas moins de quatorze brigades d'artillerie de campagne et neuf brigades d'artillerie lourde. Outre l'artillerie des 2e et 3e divisions canadiennes déjà engagées dans l'offensive, ces unités comprenaient l'artillerie des 15e, 16e et 39e divisions britanniques, ainsi que trois brigades d'armée. En résumé, le pilonnage intensif de l'artillerie s'avéra décisif pour soutenir une avance rapide ainsi que pour épuiser les forces ennemies, pourtant bien cantonnées dans leurs positions défensives.

 

L'attaque avait été fixée au lundi 26 août. Une petite pluie fine n'allait pas faciliter la marche. L'heure H, d'abord fixée à l'aube, fut avancée à 3 h, dans l'espoir de berner l'ennemi. La ruse fonctionna : les soldats allemands, surpris, n'offrirent que peu de résistance et l'infanterie canadienne put progresser rapidement durant les premiers moments de la bataille, sans recourir aux blindés.

Les objectifs de la bataille : Monchy-le-Preux, la ligne Fresnes-Rouvroy, la ligne rouge (la ligne Drocourt-Quéant à l'embranchement de Buissy) et la ligne verte (en face du Canal-du-Nord)

Le premier objectif était de s'emparer d'une ligne nord-sud, à l'ouest jusqu'à Monchy-le-Preux et à l'est aussi loin que possible. L'objectif intermédiaire était de briser la ligne Fresnes-Rouvroy pour s'emparer de Cagnicourt, Dury et Étaing.

Ces manœuvres réussies, une tâche plus difficile encore attendrait les Canadiens : briser la ligne Drocourt-Quéant et établir une ligne de front immédiatement à l'ouest du Canal-du-Nord, au-delà duquel l'ennemi se serait probablement retranché.

Photo - Un cycliste canadien

Un cycliste canadien crie en direction d'un abri allemand au cours de la deuxième bataille d'Arras.

La première phase de cette bataille fut une complète victoire pour les troupes canadiennes contre un ennemi qui n'opposa qu'une faible résistance. Les bataillons de cyclistes, comme ceux de la cavalerie, jouaient encore un rôle important à cette époque où les moyens efficaces de transport motorisés étaient encore rudimentaires.

Bibliothèque et Archives Canada. Collection du ministère de la Défense nationale. 1964-114 PA-003071

Les préparatifs :

Raids préliminaires, réparation de routes et de chemins de fer

Les Canadiens n'eurent pas la chance de jouir de la période de repos qui, normalement, suit une opération importante comme venait de l'être la bataille d'Amiens. De plus, ils avaient mené le 23 août, en plein jour, un coup de main leur assurant la prise partielle de la ville de Neuville-Vitasse, encore sous contrôle allemand. On suppose que l'ennemi avait décidé de ne pas organiser une défense prolongée, ayant constaté qu'il avait affaire à des Canadiens - les meilleures troupes britanniques selon lui.

Une fois ces premiers objectifs atteints, et tandis qu'on dressait des plans en vue de l'assaut sur la ligne Drocourt-Quéant, il fallut aussi entreprendre la réparation et le prolongement des routes et des lignes de chemin de fer locales, essentielles au ravitaillement des troupes.

L'assaut

L'heure H : 26 août, 3 h. La 2e division se tenait sur la droite, au sud de la route de Cambrai; la 3e division entre la route et la Scarpe; la 51e division (Highland) sur la gauche, au nord de la Scarpe. Soutenue par un puissant barrage d'artillerie et de mitrailleuses, l'attaque fut menée rondement. La 3e division s'empara de Monchy, le premier objectif, grâce à une habile manœuvre d'encerclement, dont on continua de parler longtemps après l'événement. Sur la droite, la 2e division captura les villages de Guémappe et la tour de Wancourt dans le courant de l'après-midi. À la tombée de la nuit, la ligne canadienne s'étendait à quelque 914 mètres à l'est de Monchy.

 

Les ordres du général Currie pour le 27e étaient d'enfoncer la ligne Fresnes-Rouvroy et ainsi avancer de huit kilomètres. Il fallut cependant deux jours de pénibles combats pour réussir à percer ce système de défense, près de Boiry-Notre-Dame; et lorsque la bataille de la Scarpe prit fin le 30 août, quelques tenaces garnisons allemandes s'y accrochaient encore obstinément.

Pendant les trois premiers jours de cette bataille, les 2e et 3e divisions avaient progressé de plus de huit kilomètres sur un terrain difficile, accidenté et sillonné de tranchées extrêmement bien fortifiées. Les Canadiens réussirent néanmoins à atteindre la grande majorité de leurs objectifs et à capturer 3 300 prisonniers et à s'emparer d'un grand nombre de canons.

La phase Drocourt-Quéant, 2 et 3 septembre 1918

Après une pause de 48 heures, l'offensive fut déclenchée sur la ligne Drocourt-Quéant, principal système de défense ennemi du côté ouest. Cette fois, ce furent les 1re et 4e divisions qui montèrent à l'assaut. À l'aube, les blindés et l'infanterie s'élancèrent derrière un puissant barrage d'artillerie. La 1re division progressa rapidement au sud de la route de Cambrai, pendant que les chars anéantissaient les postes ennemis ayant survécu au barrage de feu. Quelques heures plus tard, vers 7 h 30, un bataillon avait déjà vidé les principales tranchées, non sans avoir subi de lourdes pertes. Plus tard, vers minuit, les Canadiens atteignirent leur objectif de l'embranchement de Buissy.

 

Au centre, la 4e division canadienne livrait, elle aussi, un combat acharné entre Dury et la route principale, sur la ligne Drocourt-Quéant, face à des tranchées creusées sur une longue crête exposée du mont Dury. Malgré l'avantage topographique des Allemands, qui pouvaient tirer et bombarder depuis leurs positions surélevées, et malgré de lourdes pertes, les bataillons et les blindés canadiens finirent par atteindre le sommet de la crête et en expulser l'ennemi. La 4e division avait atteint son premier objectif en capturant Dury. Durant la nuit, l'ennemi se replia et, le 3 septembre, le corps d'armée canadien, ne rencontrant pas de résistance, avança de quelque six kilomètres pour prendre position face au prochain obstacle, le Canal-du-Nord.

Au cours des quatre premiers jours de septembre, le corps canadien captura plus de 6 000 prisonniers non blessés et infligea de lourdes pertes à l'armée allemande. Ses propres pertes s'élevèrent à 5 600 hommes durant cette courte période.

Succès :

1re division (major-général Macdonell)

Parmi les succès du corps d'armée, le général Currie fit notamment l'éloge de la 1re division canadienne. Il félicita cette division pour avoir attaqué et capturé les deux lignes de Fresnes-Rouvroy et de Drocourt-Quéant, ce qui représentait une avancée de presque 10 kilomètres.

Revers :

2e division (major-général Burstall)

Au cours des deux premières journées, la 2e division rencontra plusieurs difficultés durant les opérations menant à la capture des deux lignes. L'objectif de percer la ligne Fresnes-Rouvroy ne fut pas atteint facilement - la 2e division n'ayant pas réussi à passer du premier coup à Boiry-Notre-Dame - laissant ainsi l'objectif partiellement atteint lorsque la bataille de la Scarpe prit fin le 30 août.

Des blessés provenant de toutes les couches de la société canadienne

Les deux phases de l'opération d'Arras coûtèrent aux Canadiens presque 11 000 hommes. C'est au cours de la bataille de la Scarpe que Georges Vanier, futur Gouverneur général du Canada, perdit une jambe alors qu'il commandait le 22e bataillon. Même si elle n'était pas proclamée haut et fort, la diversité culturelle du Corps expéditionnaire canadien est évidente dans les statistiques des blessés de guerre; parmi les milliers de soldats blessés lors de cette bataille, se trouve un montréalais d'origine japonaise, Ischimatsu Shintani, laveur d'automobiles de son métier, fantassin du 24e bataillon et blessé grièvement à la tête.

Sources consultées

Christie, N.M. The Canadians at Arras and the Drocourt-Quéant Line, August-September 1918: A Social History and Battlefield Tour, Nepean, CEF Books, 1997.

Granatstein, J.L. Canada's Army: Waging War and Keeping the Peace, Toronto, Buffalo, London, University of Toronto Press, 2002.

Morton, Desmond. When Your Number's Up: The Canadian Soldier in the First World War, Toronto, Random House, 1993.

Morton, Desmond, et J.L. Granatstein. Marching to Armageddon: Canadians and the Great War 1914-1919, Toronto, Lester & Orpen Dennys Ltd., 1989.

Nicholson, Colonel G.W.L., C.D. Le Corps expéditionnaire canadien 1914-1919 - Histoire officielle de la participation de l'Armée canadienne à la Première Guerre mondiale, Ottawa, Imprimeur de la Reine et Contrôleur de la Papeterie, 1963.

Rawling, Bill. Surviving Trench Warfare, Toronto, Buffalo, London, University of Toronto Press, 1992.

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