Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada Canada — Sous-thèmes

Les images présentées ici – cartes, œuvres d’art, photos et documents – ne représentent qu’une petite partie des archives sur les Métis. Elles sont regroupées par thèmes, en fonction des dates et des événements clés qui ont marqué l’histoire des Métis. Venez les explorer et découvrir toute la richesse des collections de Bibliothèque et Archives Canada.

  • Les cartes du Canada, de 1670 au début du 20e siècle

    Des milliers d’années avant l’arrivée des Européens, les Premières nations et les Inuits vivaient déjà sur le territoire qui allait devenir le Canada, avec leurs cultures et leurs traditions distinctes. À la fin du 15e siècle furent lancées les premières expéditions françaises et britanniques; d’abord menées dans la région de l’Atlantique, elles progressèrent ensuite vers l’ouest et vers le nord. Au début du 17e siècle, le commerce des fourrures attira de nouveaux explorateurs français et britanniques en quête de richesse. Ces cartes montrent l’évolution des frontières géopolitiques dans ce qui est maintenant l’est des Prairies, et retracent le développement de la patrie des Métis.

    La Compagnie de la Baie d’Hudson fut fondée le 2 mai 1670, en vertu d’une charte royale octroyée par Charles II à son cousin le prince Rupert. Cette charte faisait de la Compagnie « le seigneur et propriétaire absolu et véritable » de la Terre de Rupert, un vaste territoire de 3,1 millions d’hectares entourant le bassin de la baie d’Hudson.

    En 1869, la Compagnie de la Baie d’Hudson vendit la Terre de Rupert au Dominion du Canada pour la somme de 1,5 million de dollars. Un an plus tard, le territoire situé autour de la colonie de la Rivière-rouge devint la province du Manitoba. À cause de sa taille minuscule, on la surnomma « la province timbre-poste ». Après 1881, le Manitoba élargit ses frontières vers le nord et vers l’ouest.

    Cette carte représente le district de Keewatin, la province du Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest. En raison de leur immensité, les Territoires du Nord-Ouest furent divisés en districts, dont trois apparaissent ici : Assiniboia, Saskatchewan et Alberta.

  • La traite des fourrures

    Du début du 17e siècle au milieu du 19e, la traite des fourrures fut une immense entreprise commerciale. Les compagnies se livrèrent une concurrence féroce dans deux régions : le réseau du Saint-Laurent et des Grands Lacs, ainsi que la Terre de Rupert (qui comprenait les bassins versants de la baie d’Hudson et de la baie James). Les principales sociétés rivales sur la Terre de Rupert étaient la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest, fondées respectivement en 1670 et en 1784. Elles fusionnèrent en 1821, conservant le nom de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

    Né en Amérique, Peter Bond fut l’un des fondateurs de la Compagnie du Nord-Ouest. Ses expéditions pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en fourrures le menèrent du lac de l’Île-à-la-Crosse (sur le territoire actuel de la Saskatchewan) jusqu’à la rivière de la Paix (sur le territoire actuel de l’Alberta). Cette carte montre des postes de traite et des portages, ainsi que les endroits où Pond a hiverné.

    Cumberland House est l’une des plus anciennes communautés métisses habitées en permanence. Fondée en 1774, elle servait de dépôt pour les fourrures acheminées vers l’est et pour les marchandises expédiées en direction de l’ouest; on y entreposait aussi le pemmican.

    Situé au nord-ouest de la Saskatchewan, le portage La Loche était utilisé par les convois de marchands de fourrures venant de Fort Garry (aujourd’hui Winnipeg, au Manitoba) en direction des régions de l’Athabasca et du Mackenzie. En plus d’approvisionner les nombreux postes de traite jalonnant leur route, ces convois transportaient les fourrures jusqu’à York Factory, sur la baie d’Hudson, d’où elles étaient expédiées en Angleterre.

    Humphrey Lloyd Hime a été le premier photographe engagé pour accompagner une expédition : celle de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, menée en 1858 et mandatée par le gouvernement canadien pour établir une route commerciale fiable entre le lac Supérieur et la rivière Rouge.

    Une voie canotable de 4 800 kilomètres, connue sous le nom de « route des voyageurs », reliait Montréal, au Québec, et Fort Chipewyan, sur le territoire actuel de l’Alberta. Elle comportait 42 portages, dont la longueur variait de 36 à 1 600 mètres. Cette carte montre le segment de 800 kilomètres entre Fort William (aujourd’hui Thunder Bay, en Ontario) et Upper Fort Garry (aujourd’hui Winnipeg, au Manitoba).

  • La bataille de la Grenouillère (19 juin 1816)

    En 1814, le gouverneur de la colonie de la Rivière-rouge émit la Proclamation sur le pemmican, qui restreignait le droit des Métis de vendre du pemmican aux convois de marchands de fourrures. La Proclamation interdisait à quiconque d’exporter des provisions, que ce soit de la viande fraîche ou séchée, des céréales ou des légumes. Le gouverneur voulait ainsi assurer un approvisionnement suffisant à la Compagnie de la Baie d’Hudson, mais cette mesure menaçait les moyens de subsistance des Métis et la capacité de la Compagnie du Nord-Ouest de faire du commerce. Les différends concernant l’approvisionnement en pemmican débouchèrent sur la bataille de la Grenouillère, qui entraîna la mort de 21 colons de lord Selkirk et d’un Métis.

    Cette carte montre la colonie de la Rivière-rouge, ainsi que les pistes et les routes empruntées par les Métis et les colons européens. Elle indique également l’endroit où s’est déroulée la bataille de la Grenouillère, près de l’intersection de la rue Main et du boulevard Rupert’s Land dans l’actuelle ville de Winnipeg, au Manitoba.

    William Coltman fut mandaté par le gouverneur du Bas Canada (le Québec d’aujourd’hui) pour enquêter sur la bataille de la Grenouillère. Après avoir entendu les deux parties, il rédigea un rapport dans lequel il appuyait la position de la Compagnie du Nord Ouest, tout en déplorant le fait que les deux adversaires aient eu recours à la violence. Ce rapport est l’une des meilleures sources d’information sur l’histoire de la Nation métisse et les conflits liés à la traite des fourrures.

    Cette chanson raconte la bataille de la Grenouillère, vue par les Métis. Son compositeur, Pierre Falcon, employé de la Compagnie du Nord-Ouest, a assisté à l’affrontement du 19 juin 1816. Il affirme que les colons anglais de Selkirk ont attaqué les Métis : « Le gouverneur est enragé / Il dit à ses soldats : Tirez! » [traduction] La chanson est devenue l’hymne de la Résistance de la rivière Rouge, en 1870.

    Plus d’un siècle après la bataille de la Grenouillère, Charles William Jefferys réalisa ce tableau romancé de la confrontation. Il y remplace les Métis par des hommes des Premières nations. Puisant dans les stéréotypes de l’époque, il les représente comme des agresseurs à cheval, alors que les colons de Selkirk, à pied, semblent être les victimes tentant de se défendre.

  • La chasse au bison

    La chasse au bison, qui se tenait habituellement au printemps et à l’automne, faisait partie intégrante de la culture des Métis. Elle assurait à la fois leur subsistance et la pérennité de leur mode de vie traditionnel. Hommes, femmes et enfants y participaient, se déplaçant en caravanes sur des centaines de kilomètres. La chasse était aussi un événement social important, qui permettait aux familles élargies de passer du temps ensemble.

    Lors de ses voyages dans la région de la rivière Rouge, en 1823, le géologue américain William Keating rencontra un groupe de Métis chassant le bison. Il décrivit ainsi leur tenue vestimentaire : capote (manteau) de laine bleue ceinturée d’une écharpe, chemise de coton ou de mousseline colorée, mocassins, jambières retenues par des jarretières ornées de perles et chapeau « à l’indienne ». La tenue est illustrée dans cette aquarelle de l’artiste Peter Rindisbacher, réalisée en 1822.

    Les chevaux, introduits dans les Prairies vers la fin des années 1700, provoquèrent d’énormes changements dans la vie des peuples autochtones et révolutionnèrent la chasse au bison. Alors qu’auparavant, les chasseurs devaient entraîner les bêtes vers des enclos ou des falaises pour les capturer, ils pouvaient dorénavant les poursuivre sur de grandes distances et les abattre en selle.

    Joseph James Hargrave, auteur et marchand de fourrures pour la Compagnie de la Baie d’Hudson, publia Red River en 1871. Il y décrivait l’habileté des Métis à la chasse : « Les chasseurs s’avancent au milieu du troupeau, la bouche pleine de balles… Une balle est crachée dans la bouche du fusil… La balle mouillée de salive… adhère à la poudre… La décharge se produit immédiatement sans mettre le fusil à l’épaule. » [traduction]

    Les équipes qui manœuvraient les embarcations devaient fournir un effort physique très intense. Or, la traite des fourrures s’étendant vers l’ouest, il n’était pas rare que les commerçants manquent de nourriture; dans les régions subarctiques, la famine était fréquente. À la fin des années 1700, les commerçants ajoutèrent le pemmican à leur alimentation : un mélange très nutritif de viande, de graisse de gros gibier (comme le bison) et de baies sauvages. Les postes de traite jouèrent aussi un rôle crucial en devenant des dépôts de nourriture.

    Les femmes métisses se rendaient en charrette à l’endroit où gisaient les carcasses de bisons abattus, et découpaient la viande pour la rapporter au camp. Plusieurs jours plus tard, quand la viande avait séché, le groupe se déplaçait vers un nouveau pâturage.

  • L’identité nationale

    En 1869, la Compagnie de la Baie d’Hudson vendit la Terre de Rupert au Dominion du Canada. Cette transaction souleva l’inquiétude des populations vivant dans la région de la rivière Rouge (principalement des Métis), préoccupées par les conséquences sur leurs terres et leur mode de vie. Ces craintes furent exacerbées par l’arrivée d’arpenteurs canadiens et la nomination d’un lieutenant-gouverneur anglophone, chargé d’administrer le territoire avant même que celui-ci ne soit transféré. Les Métis et d’autres habitants de la rivière Rouge formèrent alors un gouvernement provisoire dirigé par Louis Riel.

    En novembre 1869, Louis Riel s’empara d’Upper Fort Garry forma un gouvernement provisoire. La milice canadienne fut dépêchée sur place en août 1870 pour faire régner l’ordre et affirmer la présence du gouvernement. Craignant pour sa vie, Riel quitta les lieux avant l’arrivée de celle-ci. L’artiste William J. Phillips imagina ainsi son départ dans cette gravure sur bois.

    Les résidents de la colonie de la Rivière-rouge affirmant leur volonté de ne pas céder jusqu’à ce que leurs droits soient garantis, le gouvernement canadien accepta de négocier avec le gouvernement provisoire. Ce dernier ratifia la Loi sur le Manitoba, qui fut ensuite adoptée par le Parlement, créant ainsi la province du Manitoba et protégeant certains droits spécifiques aux résidents de la rivière Rouge.

    Tout comme les Métis, les tribus des Premières Nations des Plaines souffrirent de grandes privations : les troupeaux de bisons furent décimés, de vastes étendues de terre furent cédées par voie de traité, et les colons européens envahirent la prairie, jadis sauvage et peu peuplée. C’est ce qui motiva certains peuples des Premières Nations à s’allier avec les Métis durant la Résistance du Nord-Ouest.

    Durant les années 1870 et 1880, le gouvernement poursuivit la colonisation de l’Ouest, suscitant la peur et l’appréhension chez les Métis et les Premières Nations. Leur inquiétude atteignit son paroxysme en 1885, pendant la Résistance du Nord-Ouest – une violente insurrection contre le gouvernement, qui dura cinq mois. Ces photos prises par le capitaine Peters montrent l’intervention de la milice canadienne avant et pendant l’ultime affrontement, à Batoche.

    Cette affiche fait partie des documents gouvernementaux les plus remarquables datant de la Résistance du Nord-Ouest. La représentation d’un scalp était probablement une tactique de propagande pour semer la peur chez les colons européens et susciter la sympathie envers le gouvernement.

    La Résistance du Nord-Ouest se termina avec la prise de Batoche, le 12 mai 1885. Dominés par la milice canadienne, les Métis et leurs alliés furent vaincus au terme de trois ours de combats. Après la reddition, Louis Riel fut pendu et le gouvernement provisoire s’effondra.

  • Les certificats des Métis

    Les certificats des Métis ont d’abord été accordés aux Métis du Manitoba en vertu de la Loi du Manitoba, adoptée en 1870. Ils pouvaient être échangés contre une terre ou de l’argent. Pour le gouvernement, c’était la façon la plus économique d’abolir les droits territoriaux des Métis pour donner les terres de l’ouest à de nouveaux colons. Les Métis reçurent la promesse qu’ils obtiendraient des titres de propriété pour les terres qu’ils avaient déjà cultivées, ainsi que 567 000 hectares supplémentaires de terre agricole pour leurs enfants.

    Les certificats de concession de terres étaient émis par le ministère de l’Intérieur. Semblables à des obligations du gouvernement, ils étaient imprimés par la Canadian Bank Note Company en coupures de 20, 80, 160 et 240 dollars, pour des terres de 80, 160 ou 240 acres. Les certificats étaient généralement accordés aux chefs de famille métis et à leurs enfants.

    Les certificats de concession de terres étaient attribués en échange de l’abandon de certaines revendications. Ils étaient remis « au porteur » et pouvaient servir à l’achat (ou à un acompte sur l’achat) de toute terre du Dominion pouvant faire l’objet d’une inscription.

    Les demandes des Métis étaient examinées de manière individuelle, contrairement à ce qui se passait dans les communautés des Premières Nations où, conformément à leurs traités, elles étaient évaluées collectivement. Comme le voulaient les pratiques habituelles de l’époque pour les traités numérotés, les commissaires responsables des certificats se rendaient dans les communautés métisses et invitaient les habitants à se réunir en divers endroits pour remplir leurs demandes de certificat.

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