Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Au 18e siècle, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest établirent des postes de traite pour commercer avec les Premières Nations. Cette proximité mena à des mariages et à des unions de fait entre les femmes autochtones et les Européens faisant le commerce des fourrures. Leurs descendants forment ce qui est devenu la Nation métisse.

Identifier les citoyens de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada n’est pas toujours chose aisée. Il est facile de trouver des portraits de dirigeants et de politiciens connus, mais il en va tout autrement pour les Métis. De plus, la majorité des descriptions d’archives datent de plus d’un siècle et sont le reflet des opinions coloniales concernant l’« autre » culture. Par conséquent, les citoyens de la Nation métisse sont souvent mal identifiés ou décrits, voire complètement négligés dans les documents d’archives.

Grâce à des œuvres d’art et à des photos, cette exposition met en lumière un peuple trop longtemps resté dans l’ombre : les Métis.

Bibliothèque et Archives Canada tient à souligner l’apport du Ralliement national des Métis et de la Fédération Métisse du Manitoba, qui ont partagé leur savoir et leur expertise pendant la préparation de cette exposition.

Qui étaient les Métis?

La vallée de la rivière Rouge, en Amérique du Nord, est le berceau de la Nation métisse. Les Métis y ont développé une culture et une identité uniques qui leur ont valu, à partir du 20e siècle, le nom d’otipêymisowak : les indépendants.

Après les résistances de la Nation métisse (à la rivière Rouge, en 1869-1870, et en Saskatchewan, en 1885), il devint imprudent et même dangereux de s’identifier publiquement comme Métis. Les Métis survécurent principalement en restant discrets, et ce, jusque dans les années 1960.

Les Métis étaient des semi-nomades qui valorisaient les biens leur permettant de voyager, comme les chevaux, les charrettes, les bateaux et les fusils. Ces articles font partie des signes qui révèlent leur présence sur les images d’archives.

Identifier les Métis

Identifier les citoyens de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada n’est pas chose aisée. Ils sont souvent décrits comme des membres d’une autre culture; dans certains cas, ils passent même complètement inaperçus. L’œuvre ci-dessous illustre parfaitement cette exclusion. Le titre fait mention de deux hommes, mais ignore complètement le troisième, qui porte des vêtements métis traditionnels : une capote (un manteau de laine) ceinturée d’une écharpe, des jambières et un chapeau décoré.

Les titres originaux des œuvres, les noms de lieux et les indices visuels sont autant de signes mis à contribution pour identifier les Métis sur les images.

 

Avertissement

Certaines légendes peuvent comporter un langage offensant. Certaines œuvres portent un titre original ou une inscription servant à attirer l’attention sur des termes désuets, ou constituent des suppositions de l’artiste et sont identifiés entre guillemets.

La Nation métisse

La Nation métisse est un peuple autochtone reconnu partout dans le monde, dont les droits sont garantis par la Constitution. La patrie des Métis se trouve dans la partie centre ouest de l’Amérique du Nord. Les Métis sont les fondateurs du Manitoba et des partenaires de négociation du Canada dans le cadre de la Confédération. À ce titre, ils continuent de jouer un rôle important dans le développement du Canada contemporain.

  • Louis Riel

    Orateur, enseignant, chef de la Nation métisse et fondateur du Manitoba, Louis Riel fut aussi la figure de proue des Résistances de la rivière Rouge et du Nord-Ouest. Il dirigea deux gouvernements populaires métis et joua un rôle central dans l’inclusion du Manitoba dans la Confédération. Jugé pour haute trahison, il fut condamné à la peine de mort pour sa participation à la Résistance de 1885 contre l’empiètement du Canada sur les territoires métis.

  • Femme métisse non identifiée

    Selon les archives du photographe, cette femme « de sang-mêlé » était domestique au service du lieutenant-colonel Brown Chamberlin, commandant du 60e Bataillon de Missisquoi durant les invasions des fenians. À l’époque, la plupart des femmes se faisaient photographier vêtues de leurs plus beaux atours; celle-ci porte plutôt un châle tissé, symbole de son appartenance à la communauté métisse.

  • Gabriel Dumont

    Gabriel Dumont, chasseur et guerrier réputé, est surtout connu pour son rôle en tant que commandant militaire de la Nation métisse et allié de Louis Riel pendant la Résistance du Nord-Ouest, en 1885. Encore aujourd’hui, il fait figure de héros parmi les Métis.

  • Métis non identifiés à Fort Dufferin (Manitoba)

    L’arpentage de la frontière entre le Canada et les États-Unis fut amorcé en 1872. La même année, le fort Dufferin fut construit aux abords de la rivière Rouge; il servit de base à la Commission des frontières de l’Amérique du Nord jusqu’en 1874. Les deux hommes représentés ici étaient probablement des Métis embauchés comme éclaireurs et guides par la Commission.

  • L’honorable John Norquay

    John Norquay, premier ministre du Manitoba de 1878 à 1887, fut le premier Métis élu à la tête d’une province canadienne. Surtout reconnu pour avoir élargi les frontières manitobaines, il a défendu les droits des Métis de sa province, affirmant que leur contribution était essentielle au développement de l’Ouest.

  • Jerry Potts

    Guide, éclaireur et interprète, Jerry Potts est né à Fort McKenzie, au Montana, d’un père blanc et d’une mère indienne : Andrew R. Potts et Namo-pisi (Dos Crochu), une membre de la tribu des Gens-du-Sang, aussi appelés Kainahs. Il a participé aux négociations du Traité no 7 en 1877 et a obtenu la neutralité des Pieds-Noirs durant la Résistance du Nord-Ouest de 1885.

  • George McPherson et sa famille

    Dans les années 1830, George McPherson (que l’on aperçoit assis) travailla pour la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le district du Témiscamingue. Il fut aussi interprète lors des négociations du Traité no 3 de 1873. Sur ce portrait, les regards francs et remplis d’assurance de McPherson et des siens, tout comme les mains des femmes reposant sur les épaules des hommes, évoquent une famille fière et unie.

  • Maxime Marion

    Maxime Marion, frère du politicien Roger Marion, fut guide pour la Commission canado-britannique des frontières et signataire du Traité des collines Turtle, conclu le 13 juillet 1892. Il arbore ici des symboles de la culture métisse : une carabine, une écharpe et un bonnet de fourrure.

  • John Richards (Petite Peau d’ours) McKay

    John Richards McKay était le fils de John McKay, traiteur en chef de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et de Mary Favel, une Métisse. Après avoir servi dans divers postes de la Compagnie, il prit la tête du poste de Fort Ellice, au Manitoba. Les vêtements qu’il porte ici témoignent de ses origines métissées.

  • L’honorable Roger Marion

    Roger Marion fut commerçant de fourrures, fonctionnaire et politicien. De 1886 à 1896, il siégea à plusieurs reprises comme député à l’Assemblée législative du Manitoba, en plus d’être maire de Saint Boniface de 1887 à 1889. En 1891, il fut élu président de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba. Il était le frère de Maxime Marion.

Symboles et Terminologie

  • Barges d’York

    La Compagnie de la Baie d’Hudson utilisait des barges d’York pour transporter les fourrures et faire le commerce de marchandises sur les voies navigables de l’arrière-pays. Ces barges sont inspirées d’un modèle originaire des Orcades, en Écosse. Elles doivent leur nom à York Factory, le principal point de transbordement à l’embouchure de la rivière Hayes, dans la baie d’Hudson.

    Les barges d’York comptaient sur des équipages de six à huit rameurs ou sur des voiles pour avancer. Une seule barge pouvait transporter trois tonnes de marchandises (trois fois plus qu’un canot), ce qui rendait ce type d’embarcation très rentable.

  • Charrettes de la rivière Rouge

    La charrette à deux roues de la rivière Rouge est propre aux Métis. On l’utilisait initialement pour effectuer les travaux agricoles et transporter la viande de bison au retour de la chasse. Plus tard, des caravanes de charrettes furent formées pour transporter des marchandises sur de longues distances. Grâce à ses roues amovibles, la charrette pouvait être convertie en radeau.

  • Traîneaux à chiens

    Dès 1797, les Métis utilisèrent des traîneaux à chiens pour transporter fourrures, marchandises et passagers pendant la saison hivernale. Les traîneaux étaient semblables à des toboggans, avec des côtés en cuir ou en toile et un fond souvent fait de planches de bouleau.

    Le poste Jasper House, sur les rives du lac Brûlé, appartenait à la Compagnie du Nord-Ouest avant que celle-ci ne fusionne avec la Compagnie de la Baie d’Hudson, en 1821. Il fut réinstallé en 1930 sur la rivière Athabasca, plus au sud. À son apogée, Jasper House était un lieu stratégique par lequel passaient deux routes montagneuses empruntées par des voyageurs autochtones, dont les Métis.

  • Logement

    Les constructions métisses typiques de la rivière Rouge sont des maisons à ossature de bois. Les hommes coupaient des languettes aux extrémités des rondins formant les murs afin de les assembler dans des montants rainurés. D’apparence sobre, ces maisons étaient généralement munies d’un toit à deux versants et de fenêtres à volets.

    De 1872 à 1874, la Commission des frontières de l’Amérique du Nord a arpenté le 49e parallèle séparant le Canada et les États-Unis, du lac des Bois aux Rocheuses. L’angle du Nord-Ouest est situé à la frontière entre le Minnesota, le Manitoba et l’Ontario. Des Métis et d’autres groupes autochtones y habitaient.

  • Vêtements

    Les tenues vestimentaires des Métis étaient des mélanges des vêtements portés par les marchands de fourrures canadiens-français et les Premières Nations. Les hommes portaient des pantalons en peau de chevreuil, des jambières, des mocassins et de grands manteaux à capuchon appelés capotes, qu’ils ceinturaient d’une écharpe. Les femmes portaient des robes simples à haute encolure qu’elles agrémentaient souvent d’un châle, et se chaussaient de mocassins. Les Métis décoraient aussi leurs effets personnels de motifs floraux en perles colorées.

    Cette photographie représente « Wigwam » portant une capote, des mocassins et un chapeau nonchalamment incliné, à la mode métisse. Son étui à fusil orné de franges illustre bien l’habitude qu’avaient les Métis de décorer leurs objets personnels.

    L’écharpe métisse avait plusieurs fonctions. Elle servait de sangle pour transporter des marchandises sur le dos, de débarbouillette, de serviette, de bandage, de bride et de couverture de selle. Au 19e siècle, les Métis portaient les franges de l’écharpe à l’avant, contrairement aux Canadiens français et aux Premières Nations, qui les portaient sur le côté.

    Ce portrait de famille illustre la rencontre de deux cultures. Le père porte un complet européen agrémenté d’une montre de poche. La mère, vraisemblablement métisse, tient son enfant installé dans une planche porte-bébé, un accessoire traditionnel des Premières Nations. Son châle est un reflet de la culture métisse; plusieurs femmes et filles en portaient.

    Le manteau que porte l’homme, son écharpe et les habitations situées sur la berge sont autant d’indices laissant croire qu’il pourrait être Métis.

    Les vêtements des deux chasseurs et la selle richement décorée laissent croire qu’ils étaient Métis.

    La couverture de laine, les jambières et le chapeau rouge du chasseur à l’arrière-plan laissent croire qu’il pourrait être Métis.

    Remarquez le sac pieuvre sur le genou de l’homme, en avant à droite. Les Métis utilisaient ces sacs, inspirés de ceux des Algonquins, pour transporter des munitions, des pipes et du tabac. Le sac pieuvre tire son nom des huit tentacules qui le décorent.

  • Professions

    Les Métis étaient interprètes, gestionnaires, diplomates, commerçants, guides et chasseurs. Ils jouèrent un rôle essentiel dans la traite des fourrures en fournissant vivres et main-d’œuvre aux compagnies. Leur présence contribua aussi à renforcer les liens entre les marchands de fourrures et les groupes autochtones qu’ils rencontraient.

    Des caravanes de traîneaux à chiens, comme celle illustrée ici, transportaient des marchandises sur de grandes distances. Les trois hommes représentés derrière les traîneaux étaient sans doute les meneurs, chargés de courir à la suite des attelages en leur criant des ordres pour guider leur cadence et leur trajet.

    L’artiste britannique Frances Ann Hopkins était mariée à un agent de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Avec lui, elle parcourut en canot les principales routes de la traite des fourrures. Elle dessinait les voyageurs, dont certains étaient probablement Métis, durant ces expéditions, puis transposait ses esquisses sur des tableaux qu’elle peignait à l’huile.

    Les voyageurs étaient généralement des sous-traitants qui travaillaient comme rameurs, porteurs et manœuvres pour les entreprises de traite des fourrures. Aussi appelés engagés, ils étaient Canadiens français, Métis, Anglais, Écossais et membres des Premières Nations.

    Les employés qui travaillaient comme rameurs, porteurs et manœuvres pour les entreprises de traite des fourrures étaient Canadiens français, Métis, Anglais, Écossais et membres des Premières Nations. Selon vous, qui sont les Métis dans cette aquarelle?

  • Terminologie

    La terminologie joue un rôle très important dans les recherches d’archives sur les Métis. Il faut souvent déchiffrer les inscriptions sur les photographies, les œuvres d’art ou les documents. Les termes désuets et péjoratifs, comme sang-mêlé ou demi-caste, et les adjectifs méprisants, comme sauvage, font partie des indices qui révèlent la présence de Métis.

    « Une charrette de la rivière Rouge à Calgary… Un Indien civilisé, vêtu comme un homme blanc et accompagné de sa femme et son enfant à bord d’une charrette de la rivière Rouge, passe avec beaucoup de dignité à côté d’un Indien sauvage et de sa squaw, vêtus du costume traditionnel des sauvages non instruits » [traduction de la légende originale]. Dans ces termes péjoratifs, l’artiste a probablement voulu décrire les déplacements d’une famille métisse.

    Tant les Premières Nations que les Métis utilisaient des tipis. Ici, le photographe a inscrit sur l’image « Camp de sangs-mêlés ». La présence de charrettes de la rivière Rouge indique qu’il s’agissait d’un groupe de Métis.

    Cette image soulève de nombreuses questions au sujet des symboles identitaires. L’homme à gauche, tout comme le groupe à droite, est debout devant une charrette de la rivière Rouge. Cependant, sa coiffure, son couvre chef et ses vêtements sont très différents. Il est peut être un Métis?

    La gigue de la rivière Rouge est un mélange de pas de danses des Premières Nations des Plaines et de danses canadiennes-françaises, écossaises et irlandaises. La plupart des communautés métisses dansent la gigue.

  • Situation géographique

    Les routes de la traite des fourrures, le long des voies navigables, étaient ponctuées de colonies métisses, la plupart en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, et quelques-unes en Colombie-Britannique, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Ontario, au Minnesota, dans le Montana et dans le Dakota du Nord.

    De 1810 à 1885, le fort Carlton fut exploité par la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il se trouvait sur le chemin de Carlton, une route très fréquentée pour la traite des fourrures, qui passait par la rivière Saskatchewan et se rendait jusqu’aux forts Garry et Ellice. Il fut aussi un centre d’approvisionnement pour les plus petits postes situés au nord.

    Le fort Carlton, situé sur la rivière Saskatchewan Nord, fut un poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson de 1810 à 1885. On y échangeait surtout des marchandises, comme du pemmican et des peaux de bison. Situé sur le chemin de Carlton reliant la colonie de la Rivière-rouge au fort Edmonton (sur le territoire actuel de l’Alberta), c’était un carrefour où se rendaient de nombreux voyageurs.

    À cette époque, les Métis vivaient nombreux dans les colonies de Penetanguishene et de Sault Ste. Marie. Il est possible que l’artiste ait confondu des Métis avec des Mohawks.

    Le fort Gibraltar fut construit en 1809 par la Compagnie du Nord-Ouest, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine (aujourd’hui à Winnipeg, au Manitoba). Il fut rebaptisé Fort Garry après la fusion de la Compagnie du Nord-Ouest et de la Compagnie de la Baie d’Hudson, en 1821.

    Lower Fort Garry a été construit en 1830 par la Compagnie de la Baie d’Hudson. Situé au bord de la rivière Rouge, au nord d’Upper Fort Garry (l’actuelle Winnipeg), il desservait les membres des Premières Nations, les Métis et les Européens établis dans la région. Pendant la résistance de la Rivière-Rouge, en 1869-1870, il fut occupé par un bataillon de carabiniers du Québec, le 2e Bataillon, alors qu’Upper Fort Garry fut occupé par Louis Riel.

    De 1871 à 1879, le Chemin de fer Canadien Pacifique fit exécuter des relevés afin de trouver le meilleur tracé pour le chemin de fer transcontinental. Le chemin de fer allait entraîner l’arrivée de nouveaux colons, délogeant les peuples autochtones (y compris les Métis) et les obligeant à s’établir plus au nord et à l’ouest.

Portraits de métis confirmés et supposés

Certaines personnes représentées sur les images suivantes sont probablement métisses. En tenant compte de divers indices (le titre de l’œuvre, les vêtements, les professions et les lieux illustrés), tentez de déterminer lesquelles.



Voir aussi : Sous-thèmes

Date de modification :