L'histoire des premiers immigrants chinois au Canada

La section histoire a été écrite par Paul Yee, (anglais seulement) l'auteur de plusieurs romans et livres d'histoire à propos des Chinois au Canada. Découvrez pourquoi les Chinois sont venus au Canada et en quoi ils ont contribué au développement économique du pays, comment leurs communautés étaient formées et comment les politiques d'immigration et les attitudes générales ont limité leur vie au Canada.

En plus du texte historique principal, Yee a écrit une série de commentaires d'un personnage fictif dans les boîtes ci-dessous. Ces personnages fictifs sont inspirés de nombreuses entrevues réalisées auprès de membres de la communauté chinoise au Canada.

Vous parlez anglais?

« Les gens me regardent et disent : “Wow! Vous parlez anglais?” Bien sûr que je parle anglais. Je suis né ici en 1895. Je parle aussi chinois. J’ai été à l’école Central jusqu’en troisième année. Puis mon père est mort. Je n’avais que 12 ans. J’étais l’aînée des filles, j’ai donc dû aller travailler; je m’occupais d’un bébé à Fairview. Tout ce que je gagnais, je le donnais à maman. Si j’avais pu rester à l’école, j’aurais pu vraiment devenir quelqu’un. Mon frère Sam, lui, est allé à l’université. Il est devenu ingénieur. Mais il n’a pas pu trouver d’emploi ici, alors il est allé en Chine. »

Lillian Ho Wong, chapelière et aubergiste à Vancouver, Colombie-Britannique, interviewée en 1981, à l’âge de 86 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

Il était si triste...

« J’avais un oncle qui était parti en Malaisie. Il était vieux et moi j’étais jeune. Il était toujours heureux de revenir faire un tour en Chine, pour visiter la famille et revoir ses vieux amis. Il souriait tout le temps et racontait des histoires qui faisaient rire les gens. Mais quand arrivait le temps de reprendre le bateau pour la Malaisie, il était triste. Il ne pouvait plus parler et les gens arrêtaient de venir chez lui. Une fois, il est parti sans me dire au revoir. Après ça, ma tante grognait après les gens tout le temps. Quand ce fut mon tour de prendre le bateau pour le Canada, je ne voulais pas partir. J’ai tellement pleuré. J’avais 13 ans. »

Wui Yen Chan, un cultivateur de pommes de terre de Ashcroft, en Colombie-Britannique, interviewé en 1980 à l’âge de 79 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

...leurs mauvais coups

« Ouais monsieur! Vous ne croiriez pas tous leurs mauvais coups. Mon restaurant se situait sur la rue Queen, il s’appelait le Palace Grill. Un jour, un jeune homme s’installe à table et commande des côtelettes de porc. Il mange, puis se sauve sans payer. Je lui cours après. Il court, je cours. Il tourne le coin, je tourne le coin. Il saute dans un tramway; celui-ci est déjà en marche, je dois abandonner. Une autre fois, quatre hommes arrivent. Ils sont bien habillés. Ils commandent des steaks. À la fin du repas, trois d’entre eux sortent. Je me tenais à la porte. Ils me disent que le quatrième n’a pas fini de manger et que c’est lui qui va payer. Mais quand je lui apporte la facture, il dit qu’il n’a pas assez d’argent et qu’il ne peut payer que sa part. »

Willie Chong, propriétaire de restaurant, Toronto, interviewé en 1980 à l’âge de 68 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

Il faut être fait fort

« Il faut être fait fort. Autrement tu n’es pas respecté. La Chine était affaiblie à cette époque. Pas de marine, pas d’armes. Vous savez comment les gens appelaient la Chine? « L’homme malade de l’Asie?. Il n’y a pas assez de nourriture pour tout le monde, le gouvernement est corrompu, l’économie est contrôlée par des étrangers. Donc les gens regardent la Chine de haut; ils regardent de haut les Chinois au Canada. Nous ne sommes pas assez nombreux ici pour imposer le respect. Alors, ils passent des lois contre nous. Et la Chine est trop faible pour intervenir en notre faveur. »

Mary Lee, copropriétaire d’une épicerie à Montréal, interviewée en 1982 à l’âge de 78 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

Il n’y avait que des hommes

« Le dimanche après-midi était bien occupé dans le quartier chinois. Nous avions une demi-journée de congé. À l’époque, il fallait travailler six jours et demi par semaine. Vous pensiez que c’était comme maintenant? Cinq jours d’ouvrage et deux jours de congé? Tous les restaurants étaient pleins. La salle de théâtre était pleine pour l’opéra. À l’étage de la salle communautaire, les gens faisaient de la musique, ou jouaient aux échecs ou aux cartes. On n’était pas supposé jouer à l’argent, mais tout le monde le faisait quand même. Et partout, il n’y avait que des hommes. Pas de femme. Les femmes des commerçants, elles restaient à la maison, elles ne devaient pas se montrer dans les rues. C’était la tradition chinoise. »

Chuen Fong, cuisinier de restaurant, Victoria, Colombie-Britannique, interviewé en 1981 à l’âge de 76 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

Il faut que tu connaisses le chinois

« Mon père m’a envoyé en Chine pour étudier. Il disait : « Tu es chinois, il faut que tu saches lire le chinois, il faut que tu saches écrire le chinois ». Il y avait bien des écoles chinoises dans le quartier chinois, mais mon père estimait qu’elles n’étaient pas assez bonnes. Je suis donc parti vivre chez un oncle à Guangzhou, où j’ai fréquenté l’école pendant plusieurs années. J’ai aimé la Chine. Tout le monde me ressemblait. Mais apprendre le chinois est difficile, il faut tellement apprendre par cœur. Après quelques années, mon père a décidé que je pouvais revenir au Canada. »

Gordon Soo, importateur-exportateur, Calgary, interviewé en 1979 à l’âge de 82 ans. (Personnage fictif créé par l’auteur Paul Yee)

Un regard sur les premiers Chinois au Canada

Les Chinois ont commencé à arriver au Canada bien avant 1867, l'année de la Confédération. Ces premiers immigrants chinois provenaient d'une toute petite région du sud de la Chine et parlaient les dialectes de cette région.

Leur vécu a été sensiblement différent de celui de leurs compatriotes plus récemment immigrés au Canada. Ainsi, au cours des années 1990, parmi les immigrants arrivant au Canada, ceux provenant de Chine étaient non seulement les plus nombreux, mais ils provenaient de toutes les régions de la Chine. De plus, d'autres immigrants d'ascendance chinoise sont aussi arrivés du Sud-Est asiatique, de l'Inde, de l'Amérique latine et de plusieurs autres régions du globe durant les années 1990.

Bien des gens s'intéressent à l'histoire des premiers Canadiens d'origine chinoise, afin d'étudier les législations anti-chinoises en vigueur au Canada jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. L'information et la sensibilisation à cette histoire peuvent contribuer à ce que le Canada ne commette plus jamais de telles injustices.

Malgré tout, les Canadiens d'origine chinoise sont fiers de leur contribution à l'histoire du Canada. Ils ont participé au développement économique de notre pays; ils ont constitué des communautés capables de protéger et de soutenir les nouveaux immigrants provenant de Chine.

Pour en savoir plus long à propos des premiers Chinois au Canada

  • Pour un contact direct avec des Canadiens d'origine chinoise et leurs communautés, consultez les collections d'histoires orales suivantes : Chinese Canadians: Voices from a Community, par Evelyn Huang avec Lawrence Jeffery; voir aussi Jin Guo: Voices of Chinese Canadian Women, publié sous la direction du Women's Book Committee du Chinese Canadian National Council. Ces deux livres présentent des entrevues avec des personnes ayant émigré ou ayant grandi au Canada au début du 20e siècle.
  • Struggle and Hope: The Story of Chinese Canadians, par Paul Yee. Ce livre couvre la période de 1850 à la fin des années 1990. Pour les élèves de 6e année et plus.
  • From China to Canada: A History of the Chinese Communities in Canada, publié sous la direction de Edgar Wickberg : pour un regard plus en profondeur sur ce même sujet.
  • Many-Mouthed Birds, publié sous la direction de Bennett Lee et Jim Wong-Chu, et Strike the Wok, sous la direction de Lien Chao et Jim Wong-Chu : deux recueils de courts récits, la plupart se situant au début du 20e siècle, écrits par des Canadiens d'origine chinoise de l'époque.
  • Finding Memories, Tracing Routes: Chinese Canadian Family Stories,sous la direction de Brandy Liên Worrall : quelques histoires plus récentes, rédigées par des participants à un atelier d'écriture d'histoire familiale.
  • Beyond Silence: Chinese Canadian Literature in English, par Lien Chao, jette un regard sur l'émergence d'auteurs Canadiens d'origine chinoise, en fiction, dramaturgie, poésie et composition.

Pourquoi les Chinois sont-ils venus au Canada?

C'est en 1858 qu'a commencé l'immigration chinoise vers des régions de l'Amérique du Nord britannique, qui allaient plus tard former le Canada d'aujourd'hui. À l'est, se trouvaient les colonies du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve, de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse, ainsi que le Canada-Uni (essentiellement le Québec et l'Ontario). Sur la côte du Pacifique se trouvait la colonie de l'île de Vancouver. À l'époque, aucune de ces colonies n'imposait de restrictions à l'immigration. Un vaste territoire situé entre les colonies de l'Est et celle de l'Ouest était sous le contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Les peuples des Premières Nations en étaient les principaux résidents, comme ils l'étaient aussi sur le territoire de l'actuelle Colombie-Britannique.

Les immigrants chinois de la première vague étaient motivés par diverses raisons de quitter leur pays, ainsi que par quelques facteurs attractifs. Des facteurs « négatifs » peuvent inciter les gens à quitter leur pays alors que des facteurs « positifs » peuvent les attirer vers un autre pays en particulier.

Les inondations et les guerres civiles étaient des incitations à quitter la Chine, car il était devenu difficile pour les paysans de cultiver la terre, de vivre en sécurité et de gagner leur vie.

La plupart des raisons qui rendaient le Canada attrayant étaient reliées au rythme de croissance accéléré de la jeune nation. Les nouveaux établissements et les nouvelles industries manquaient souvent de main-d'œuvre. En raison de la distance séparant la Colombie-Britannique de l'Europe et de l'est de l'Amérique du Nord, la Chine devenait la plus proche source de main-d'œuvre à bon marché.

Le choix d'une destination où émigrer dépend aussi de quelques autres facteurs, tels que les efforts des recruteurs de main-d'œuvre et l'influence des réseaux familiaux et villageois.

De la Chine : les raisons pour quitter

La rareté des terres agricoles

Durant la seconde moitié du 19e siècle, la plupart des immigrants chinois au Canada provenaient d'une petite région au sud du pays, près du port de Guangzhou dans la province de Guangdong. Seuls quatre des huit districts de cette région comprenaient des terres fertiles; dans les quatre autres, seulement 10 % des surfaces étaient propices à la culture vivrière.

Les huit districts étaient surpeuplés. Entre 1780 et 1850, la population était passée de 16 à 28 millions de personnes. Entre temps, aucune technique agricole n'avait été développée pour contribuer à l'augmentation des rendements, alors le territoire n'arrivait plus à nourrir tout le monde.

Cette croissance de la population entraîna une pénurie de terres agricoles et une augmentation du coût du loyer des fermes. Les gens qui ne possédaient pas de terres cultivables éprouvaient de la difficulté à se nourrir.

Par ailleurs, les fermiers devaient de temps à autre faire face à des désastres naturels comme les inondations ou les sécheresses.

L'absence de loi et d'ordre

La seconde moitié du 19e siècle a aussi été une période difficile pour la Chine du point de vue politique.

Les conditions de vie déplorables dans les campagnes provoquèrent une révolte des paysans en 1851. La révolution de Taiping, qui se termina en 1864, entraîna la mort de 20 millions de personnes dans tout le pays. D'autres révoltes paysannes éclatèrent encore dans le sud de la Chine entre 1854 et 1868, au cours desquelles 150 000 personnes perdirent la vie.

Durant ces années d'instabilité politique, les fermiers étaient enrôlés de force dans les armées, les récoltes étaient détruites et des hordes de bandits attaquaient les villages. Le gouvernement central chinois n'arrivait pas à maintenir la loi et l'ordre dans la région.

La concurrence internationale

Pendant de nombreuses années, les nations européennes se sont installées en Chine pour y vendre leurs produits. Après sa défaite aux mains de la Grande-Bretagne dans les guerres de l'opium, en 1842 puis en 1860, la Chine fut forcée d'ouvrir davantage de ports au commerce européen. Avec l'ouverture de ces nouveaux ports, celui de Guangzhou reçut moins de cargos, avec comme conséquences des pertes d'emploi chez les débardeurs, les commis à l'entreposage et les équipages.

Après les guerres de l'opium, la Chine fut contrainte de payer à la Grande-Bretagne une énorme dette de guerre, soit un tiers des revenus annuels du gouvernement. Cette dépense supplémentaire fut transférée aux citoyens chinois, qui ont dû assumer de fortes hausses de taxes.

Vers le Canada : les facteurs d'attirance

L'or!

On découvrit de l'or en 1858 dans la région du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Des milliers de mineurs, incluant beaucoup de Chinois qui travaillaient alors en Californie, accoururent dans la région. La Grande-Bretagne procéda rapidement à la constitution d'une nouvelle colonie sur le continent, la Colombie-Britannique, ayant pour capitale New Westminster, afin d'empêcher les mineurs américains de prétendre que ce territoire appartenait aux États-Unis.

Le manque de main-d'œuvre en Colombie-Britannique fut l'occasion d'embaucher de nombreux Chinois pour la construction des routes et des chemins de fer, et le défrichage des terres. On les engagea aussi pour travailler dans les mines de charbon, les usines de transformation du poisson et sur les fermes.

L'habitude d'aller travailler à l'étranger

Guangzhou, sur le delta du fleuve Pearl qui se jette dans la mer de Chine méridionale, était le principal port de la côte sud de la Chine. Il était en activité depuis le huitième siècle, servant de plaque tournante pour les marchands qui faisaient du commerce avec d'autres régions de la Chine, l'Asie du Sud-Est et même le Moyen-Orient. Des navires transportaient aussi des travailleurs du sud de la Chine qui allaient chercher de l'emploi en Malaisie, aux Philippines, en Thaïlande, au Vietnam, et même en Guyane, en Afrique du Sud et dans les Caraïbes.

Les hommes de la région de Guangdong connaissaient le travail à l'étranger, bien avant les ruées vers l'or des années 1850 en Amérique du Nord. Pendant l'absence des hommes, le clan (un réseau de familles apparentées) soutenait les femmes et les enfants restés au pays. Les hommes qui travaillaient au loin devaient envoyer de l'argent à leur famille et au clan.

Les marchands du sud de la Chine travaillant à l'étranger s'organisaient en clubs, afin de s'entraider. Ces groupes s'occupaient de fournir un abri, des contacts d'affaires et même de petits prêts. De tels services aidaient les Chinois à voyager loin de leur foyer.

Les Chinois venus travailler au Canada ont aussi organisé de tels clubs d'entraide.

Travailler en Colombie-Britannique : l'or, le chemin de fer, les mines, le saumon

Au 19e siècle, la Colombie-Britannique fit fortune grâce à l'exportation de ressources naturelles comme l'or, le charbon et le saumon. Des navires transportaient ces produits vers l'Europe ou d'autres destinations en Amérique. Durant le 20e siècle, c'est plutôt le chemin de fer qui permit à la Colombie-Britannique de s'enrichir. Le train transportait essentiellement du bois de construction vers les Prairies canadiennes.

Le scintillement de l'or

Durant la ruée vers l'or de 1858, des centaines de mineurs chinois s'ajoutèrent aux quelque 30 000 chercheurs d'or qui envahirent la Colombie-Britannique. Trois ans plus tard, ils étaient des milliers à prospecter et bien d'autres continuèrent d'arriver dans les années suivantes.

Les mineurs blancs avaient volé, tué et chassé les mineurs chinois des terres aurifères de la Californie. Les Chinois, qui avaient peur que la même chose se répète en Colombie-Britannique, s'organisèrent pour ne pas concurrencer directement les blancs. Ils s'installèrent plutôt sur les sites délaissés par ceux-ci. Dans ces endroits supposément sans valeur, ils trouvaient chaque jour de l'or valant plusieurs dollars.

La majeure partie de l'or fut trouvée dans la région de Cariboo, à 750 kilomètres au nord-est du site de la future ville de Vancouver. Entre 3 000 et 5 000 Chinois vivaient là, dans une petite localité appelée Barkerville. De là, les Chinois allaient prospecter un peu partout en Colombie-Britannique, et même jusqu'au Yukon.

Ils travaillaient aussi pour divers employeurs. Ils ont aidé à construire la route d'accès à la région de Caribou, un tracé de 614 kilomètres qui permettait de transporter dans cette région de mines d'or des marchandises en grande demande. Ils coupaient du bois de chauffage, creusaient des fossés, transportaient du gravier et construisaient des canaux de bois permettant l'écoulement de l'eau, pour soutenir le travail des mineurs. Ils cultivaient aussi des légumes et d'autres produits, car les aliments importés étaient très dispendieux.

À la fin des ruées vers l'or, vers 1870, la plupart des gens quittèrent le territoire, mais les mineurs chinois demeurèrent. En 1885, ils découvrirent un important gisement près de Lillooet, d'où ils tirèrent de l'or pour une valeur de sept millions de dollars.

Le chemin de fer : raccorder un pays

En 1871, la Colombie-Britannique devint la sixième province du Canada. Un des arguments majeurs pour persuader cette colonie de joindre le Canada fut la promesse de construire un chemin de fer reliant la côte du Pacifique au reste du pays. Or, la section présentant le plus de difficultés de construction était le passage des montagnes Rocheuses.

On embaucha des travailleurs chinois pour plusieurs raisons. La plus importante était que, avant la construction du chemin de fer, la meilleure façon d'amener un grand nombre de travailleurs en Colombie-Britannique était par bateau à travers l'océan Pacifique, ou à partir de la Californie. Le besoin croissant de travailleurs en Colombie-Britannique rendait les travailleurs chinois indispensables. De plus, ils étaient payés moins cher que les ouvriers blancs, même s'ils étaient plus efficaces. On a estimé que l'utilisation de travailleurs chinois avait fait épargner entre trois et cinq millions de dollars aux constructeurs du chemin de fer.

Parmi ces ouvriers chinois, plusieurs avaient de l'expérience, ayant déjà travaillé à la construction de chemins de fer aux États-Unis. Ils préparaient le tracé du chemin de fer, coupant les arbres et nettoyant le sous-bois. Ils sortaient la roche des tunnels percés sous les montagnes et nivelaient les collines. Ils préparaient la plate-forme du chemin de fer en creusant des fossés de chaque côté du tracé et en empilant de la roche concassée et du gravier. Les dormants et les rails étaient ensuite posés sur cette plate-forme.

La construction dura de 1880 à 1885. Pendant cette période, environ 7 000 travailleurs chinois arrivèrent en Colombie-Britannique, mais plusieurs n'y restèrent pas jusqu'à la fin des travaux. En moyenne, ils étaient plus ou moins 3 500, formant les trois quarts de la main-d'œuvre affectée au chemin de fer dans la province.

Plusieurs travailleurs ont perdu la vie suite à des explosions de dynamite, des glissements de terrain, des éboulements, des noyades; le scorbut (à cause de la mauvaise qualité de la nourriture), la fatigue excessive, et d'autres maladies, en l'absence de soins médicaux, en emportèrent aussi plusieurs. On estime qu'entre 600 et 2 200 Chinois sont morts au cours de ces cinq années de construction. Le nombre exact n'est pas connu, car à l'époque, personne n'acceptait la responsabilité de ces travailleurs en dehors de leur lieu de travail.

Les mines : danger sous terre

En 1900, la moitié de la production du charbon destinée à l'exportation provenait de l'île de Vancouver. Ces mines dépendaient entièrement des mineurs chinois, mais le racisme rendait la vie de ces travailleurs difficile. Trente Chinois furent d'abord engagés dans une mine près de Nanaimo en 1867. Ils triaient le charbon en surface. Plus tard, ils descendirent sous terre pour remonter des chariots de minerai en surface. Les mineurs blancs les employaient comme assistants pour creuser et pelleter. Rapidement, les Chinois apprirent à extraire eux-mêmes le charbon et finirent par constituer le tiers, puis la moitié de la force de travail dans les mines.

En 1877, des mineurs blancs de Wellington sur l'île de Vancouver déclenchèrent une grève afin d'obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail. Les propriétaires utilisèrent des Chinois comme briseurs de grève; les blancs n'avaient pas voulu les admettre dans leur syndicat.

Plus tard, en 1883, à l'occasion d'une autre grève à Wellington, les grévistes blancs demandèrent que les Chinois soient congédiés. Le propriétaire refusa et la grève ne donna aucun résultat.

Toujours à Wellington, et aussi à Nanaimo, deux terribles accidents se produisirent en 1887 et en 1888; 208 mineurs y trouvèrent la mort, dont 104 Chinois. Les mineurs blancs blâmèrent les Chinois, prétextant leur mauvaise connaissance de la langue anglaise. Les enquêteurs démontrèrent que les Chinois n'étaient pas responsables de ces accidents, mais les mineurs blancs réussirent tout de même à obtenir du gouvernement de la province une loi interdisant aux Chinois de travailler sous terre. Malgré cela, certains propriétaires de mines continuèrent à embaucher des Chinois.

En 1912, des mineurs blancs de l'île de Vancouver entreprirent une grève qui allait durer deux ans. Quand un des propriétaires de mines employa des briseurs de grève chinois, les maisons et magasins de ceux-ci furent saccagés.

Les conserveries : bons couteaux demandés!

Dès 1900, le saumon constituait le deuxième plus important produit d'exportation en Colombie-Britannique. L'industrie de la mise en conserve du saumon avait pris de l'expansion grâce à la présence d'une main-d'œuvre chinoise bon marché.

C'était un secteur d'activité où il était difficile de démarrer. Il fallait disposer d'importantes sommes d'argent pour acquérir un site approprié, acheter le saumon et les fournitures nécessaires, et payer la main-d'œuvre. La migration des saumons pouvait être faible une année, ce qui réduisait la quantité de poissons disponibles et en augmentait le coût. Le prix de vente du saumon en conserve pouvait chuter en raison d'une augmentation subite de l'offre sur le marché. Il fallait compter plusieurs mois pour expédier le saumon en Grande-Bretagne, et autant pour être payé en retour. Bref, pour réaliser un profit, il fallait que les coûts d'opération soient le plus bas possible; c'est ce que la main-d'œuvre chinoise bon marché a permis de faire.

La mise en conserve du saumon était faite à la main jusqu'au début du 20e siècle, quand la machinerie a commencé à prendre le relais. Les boîtes étaient taillées dans de larges feuilles de fer blanc, puis mises en forme et soudées à la main. Quand les poissons arrivaient à la conserverie, des bouchers leur taillaient la tête et la queue et retiraient les entrailles. Puis, les saumons étaient découpés et insérés dans des boîtes. Celles-ci étaient alors cuites, puis scellées.

Les travailleurs blancs ne voulaient pas faire ce travail, car il était déplaisant et de courte durée; la mise en boîte ne se faisait qu'en juillet et août. Des équipes réduites travaillaient durant les mois précédant et suivant la haute saison.

Durant les années 1870, les travailleurs chinois étaient payés entre 25 et 30 dollars par mois, alors que les travailleurs blancs gagnaient entre 30 et 40 dollars par mois. L'industrie prit de l'expansion et les salaires augmentèrent, mais durant les années 1890, l'écart salarial entre les travailleurs blancs et chinois augmenta encore.

Pour en savoir plus long à propos du travail en Colombie-Britannique

  • L'ouvrage de Faith Moosang, First Son: Portraits of C.D. Hoy, s'intéresse à la vie et à l'œuvre de ce photographe, arrivé de Chine en 1902 et installé à l'intérieur des terres en Colombie-Britannique, où il a créé une remarquable collection de portraits des gens de la place.
  • Le chemin de fer, les conserveries et les mines constituent le fond de scène du livre de Paul Yee Tales from Gold Mountain; il s'agit d'un recueil de courtes histoires de fantômes. Pour les élèves de 7e année et plus.

Travailler partout au Canada : les buanderies et les restaurants

Déjà, en 1901, des Chinois s'étaient installés dans chacune des provinces du Canada, ainsi qu'à Terre-Neuve (qui allait joindre la Confédération en 1949). Le plus grand nombre d'immigrants chinois, soit environ 15 000, se trouvait en Colombie-Britannique; il n'y avait que quatre Chinois à l'Île-du-Prince-Édouard.

Partout au Canada, les Chinois concentraient leurs activités économiques essentiellement dans deux domaines : les buanderies et les restaurants. C'est seulement en Colombie-Britannique que leurs activités étaient plus diversifiées.

Les buanderies chinoises : un service nécessaire

La plupart des immigrants chinois au Canada commençaient par travailler dans une buanderie. À Vancouver, la buanderie Wah Chong a ouvert ses portes en 1886, avant même la fondation de la ville.

À cette époque, les machines à laver automatiques n'existaient pas et le lavage se faisait à la main. C'était un dur travail. L'eau devait être portée à ébullition, les vêtements frottés à la main et les chemises empesées pour en faciliter le repassage. Tous ceux qui pouvaient se le permettre payaient pour faire laver leur linge. Dans les villes, les hommes célibataires travaillaient dans les usines, les banques ou les bureaux. Ils demeuraient dans des hôtels de résidence ou des pensions de famille, et devaient faire laver leur linge à l'extérieur.

On trouvait des buanderies gérées par des Chinois absolument partout au pays, dans les grandes villes, les petites municipalités et les villages, des Prairies aux Maritimes. La première buanderie chinoise à Terre-Neuve, celle de M. Fong Choy, a ouvert ses portes en 1895 à St. John's.

Les buanderies chinoises : faibles coûts de démarrage

Ouvrir une buanderie était une bonne façon pour un travailleur de se lancer en affaires, une fois qu'il avait remboursé les dettes encourues pour venir au Canada. L'investissement requis pour démarrer une buanderie n'était pas élevé. Tout ce qu'il fallait était un poêle pour chauffer l'eau et sécher le linge, un espace suffisant pour suspendre le linge en hiver, et bien sûr quelques bouilloires, des planches à laver et du savon.

Les blancs laissaient volontiers cette activité aux Chinois, parce qu'ils considéraient que c'était un travail de femme. De plus, ce n'était pas une activité très populaire; les buandiers devaient travailler de longues heures, six ou sept jours par semaine, et les revenus n'étaient pas élevés à cause de la concurrence. Les blancs préféraient gérer des buanderies automatisées, ce qui permettait de traiter de grandes quantités de linge, notamment pour les hôpitaux et les hôtels. Mais il fallait de plus gros investissements de départ.

Les immigrants chinois ouvraient de petits commerces comme les buanderies, parce qu'ils étaient écartés des autres métiers et professions par un nombre croissant d'immigrants provenant de l'est du Canada et de l'Europe. Des militants anti-chinois en Colombie-Britannique et en Californie prétendaient que le travail disponible dans le secteur des mines, du bois, de la fabrication et quelques autres devait être réservé aux travailleurs blancs; ceux-ci arrivaient de plus en plus nombreux, utilisant le chemin de fer que justement les travailleurs chinois avaient contribué à construire.

Le restaurant : bonne bouffe, bons prix

Dès le début du 20e siècle, les immigrants chinois commencèrent à ouvrir des restaurants un peu partout au pays, dans les villes et jusque dans les petits villages. Ils offraient des mets occidentaux comme du rôti de bœuf, du steak, de la tarte aux pommes et de la crème glacée. Dans plusieurs petits villages, le propriétaire du restaurant chinois était le seul immigrant d'origine chinoise à la ronde. Souvent, ces restaurants étaient situés près de la gare de chemin de fer ou du relais de chevaux, là où se trouvait la clientèle. Plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, ces restaurants firent découvrir les mets chinois à leurs clients.

Le restaurant : un lieu de rendez-vous populaire

Les restaurants chinois firent leur apparition dans l'Ouest canadien pour les mêmes raisons que les buanderies. Un travailleur chinois pouvait emprunter l'argent nécessaire et apprendre le métier d'un parent ou d'une connaissance qui faisait déjà ce travail. Après plusieurs années, ce commerce pouvait être vendu à un plus jeune qui commençait, souvent en lui faisant crédit pour un certain temps afin de l'aider en période de démarrage.

La population canadienne augmenta considérablement durant la première moitié du 20e siècle; l'économie était en pleine croissance. De plus en plus de lignes de chemin de fer étaient mises en opération. Les immigrants arrivaient pour défricher de nouvelles terres et entreprendre l'exploitation d'une ferme. Les magasins et les boutiques faisaient leur apparition aux endroits stratégiques, afin de répondre aux besoins de ces nouvelles populations.

Dans les Prairies notamment, plusieurs restaurants louaient aussi des chambres aux voyageurs, ou offraient des articles d'épicerie. Les fermiers des alentours venaient en ville avec leur famille pour faire des courses. Un repas au restaurant chinois constituait une gâterie très appréciée. À cet endroit, ils pouvaient rencontrer d'autres personnes de leur connaissance, car ces restaurants étaient fréquentés par toute sorte de monde qui venait y déguster une tarte aux pommes, un bon café ou tout un repas. Dès les années 1920, le restaurant chinois était devenu un lieu de rencontre populaire chez les jeunes.

Dans les grandes agglomérations, les restaurants chinois s'installaient en plein cœur du centre-ville, à proximité de leur clientèle cible : les travailleurs manuels, les employés de bureau, les gens qui faisaient leurs courses et même les voyageurs. À cause de la féroce concurrence, les prix demeuraient raisonnables. Ces bas prix attiraient aussi les sans-emploi ou ceux qui traversaient une période difficile.

À certains endroits, les restaurants chinois sont devenus célèbres. Ainsi, à London (Ontario), le restaurateur Lem Wong présentait un orchestre de jazz et organisait des soirées dansantes. Les tables de son restaurant étaient couvertes de véritables nappes en tissu et les serveurs étaient formés dans les restaurants de New York. La clientèle provenait de la classe aisée de la ville et s'habillait pour la circonstance.

Pourtant, gérer un restaurant n'était pas facile. Les heures de travail étaient longues – souvent de tôt le matin à tard le soir. Dans certaines villes, il n'y avait pas d'eau courante. De plus, il arrivait que certains clients se conduisent fort mal (cassant de la vaisselle ou des meubles); et, comme dans toutes les petites entreprises, il arrivait aussi que des clients se sauvent sans payer.

Pour en savoir plus long à propos du travail partout au Canada

  • Enduring Hardship: The Chinese Laundry in Canada. Puisant dans de nombreuses entrevues avec des buandiers et leur famille, l'anthropologue Ban Seng Hoe y raconte l'histoire de la buanderie chinoise au Canada.
  • Le restaurant chinois devient un objet de poésie dans l’œuvre de Fred Wah, Diamond Grill. L'auteur se fonde sur les souvenirs du restaurant familial à Nelson en Colombie-Britannique.
  • Judy Fong Bates présente un recueil de courtes histoires : China Dog and Other Tales from a Chinese Laundry. Le décor d'une de ces histoires (Eat Bitter) se situe juste après la Première Guerre mondiale dans une petite buanderie du Nord de l'Ontario.
  • L'artiste Janice Wong entremêle recettes de cuisine et histoires de famille dans Chow, un témoignage de son enfance dans le restaurant familial de Prince Albert en Saskatchewan.

Le racisme dans la loi et la société

Lois fédérales

Printed document

La Commission royale sur l’immigration chinoise de 1885 a imposé la première taxe d’entrée.
Source: Site Web de Notre mémoire en ligne
© Canadiana.org. Reproduction autorisée par Canadiana.org.
nlc-15459

Voir sur le site Web de Notre mémoire en ligne : Report of the Royal Commission on Chinese Immigration (anglais seulement)

Printed document

La Loi sur l'immigration chinoise de 1923 a presque éliminé l'immigration chinoise au Canada. La loi fut abrogée en 1947.
© Canadiana.org. Reproduction autorisée par Canadiana.org nlc-15457

Voir sur le site Web de Notre mémoire en ligne : An Act Respecting Chinese Immigration (anglais seulement)

Dès la fin de la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique en 1885, le Canada commença à prendre des mesures pour freiner l'immigration chinoise. C'est le gouvernement fédéral qui prit l'initiative de ces mesures, car l'immigration est de responsabilité fédérale au Canada; les provinces ne peuvent légiférer dans ce domaine. La pression pour adopter une loi à cet effet provenait de la Colombie-Britannique, mais le fédéral commença à intervenir seulement après la fin de la construction du chemin de fer.

La Loi sur l'immigration chinoise de 1885 imposait à chaque membre d'une famille chinoise immigrant au Canada de payer 50 $ à titre de taxe d'entrée (en 2008, ce montant équivaudrait à environ 1 100 $). On estimait que les Chinois étaient trop pauvres pour payer une telle somme et qu'en conséquence ils ne pourraient pas immigrer au Canada. Les commerçants et les étudiants étaient exemptés de la taxe. Cette loi ne s'appliquait qu'aux Chinois – aucun immigrant d'aucun autre pays n'a jamais eu à payer une telle taxe d'entrée au Canada.

Les fonctionnaires du gouvernement fédéral ont tenu des registres précis, appelés Registres généraux sur l'immigration chinoise, concernant les personnes qui payaient, ou qui étaient exemptées de cette taxe. Ces registres ont été constitués entre 1885 et 1949 et sont disponibles dans la base de données Immigrants de la Chine, 1885-1949.

La taxe atteignit son objectif pendant un certain temps. Le nombre d'immigrants chinois chuta de 8 000 en 1882, à 124 en 1887. Cependant, de nouvelles vagues d'immigration recommencèrent au cours de la décennie suivante. Ottawa réagit en 1903 en faisant passer la taxe d'entrée individuelle à 500 $. Cette somme était supérieure au salaire moyen annuel d'un travailleur.

Cette nouvelle taxe réduisit le niveau d'immigration pendant quelques années, puis le nombre de nouveaux arrivants recommença à augmenter dès 1908. En Colombie-Britannique, le sentiment anti-chinois s'accentua. Après la Première Guerre mondiale, l'économie canadienne subit un ralentissement et les emplois devinrent difficiles à trouver. Plusieurs blancs accusaient les Chinois de leur voler des emplois.

En 1923, une nouvelle loi sur l'immigration chinoise fut adoptée; celle-ci fermait carrément la porte aux Chinois. Les immigrants d'origine chinoise vivant déjà ici durent s'inscrire à un registre national, sous peine d'être expulsés du pays. Ils étaient autorisés à retourner en Chine pour aller visiter leur famille et à revenir au Canada, mais aucun nouvel immigrant n'était admis. Cela signifiait que les hommes d'origine chinoise vivant ici ne pouvaient pas faire venir leur famille au Canada.

Lois provinciales et locales

Après s'être jointe à la Confédération canadienne en 1871, la Colombie-Britannique exigea que les travailleurs chinois soient interdits sur les chantiers de construction du Chemin de fer Canadien Pacifique. Mais le gouvernement canadien refusa.

Le gouvernement de la province réagit en adoptant ses propres lois contre les Chinois. Ceux-ci n'avaient pas le droit de voter, ni de travailler sur des chantiers publics comme la construction de routes. Au moment de ces restrictions en 1872, les immigrants chinois représentaient la majorité dans certaines circonscriptions électorales. Des villes comme Vancouver et Victoria adoptèrent, elles aussi, des règlements limitant l'embauche de travailleurs chinois lors de travaux financés par l'argent des contribuables.

Une autre province, la Saskatchewan, adopta aussi des lois interdisant le droit de vote aux immigrants d'origine chinoise. Et comme les listes électorales au niveau fédéral étaient construites à partir des listes provinciales, les Chinois résidant en Colombie-Britannique et en Saskatchewan ne pouvaient pas non plus participer aux élections pour les membres du Parlement.

Pourquoi tant d'hostilité?

Le mouvement anti-chinois en Colombie-Britannique devint une puissante force politique. Il était courant de blâmer les immigrants chinois quand l'économie allait mal et d'utiliser cet argument pour rallier les immigrants de Grande-Bretagne et d'Europe autour de l'idée d'une « suprématie blanche », dont le slogan « White Canada Forever " représente bien l'esprit.

Les agitateurs anti-chinois avaient constaté que les immigrants chinois venaient au Canada sans leurs familles et vivaient modestement. Ils en concluaient que les Chinois n'avaient pas besoin d'autant d'argent que les blancs pour vivre ou prendre soin de leur famille. En conséquence, ils argumentaient que les immigrants chinois pouvaient travailler pour de moindres salaires, et qu'ils volaient les emplois des blancs.

Les blancs de Colombie-Britannique étaient également convaincus que leur mode de vie était supérieur à celui des autres. Ils décrivaient la Chine comme un pays faible et arriéré dont les habitants ne pourraient jamais apprendre à vivre comme les Canadiens blancs. Ils ajoutaient que les Chinois transportaient des maladies et avaient de mauvaises habitudes (comme fumer de l'opium), ce qui représentait une menace pour le bien-être des Canadiens. Le racisme envers les Chinois et d'autres groupes d'immigrants (japonais et asiatiques en général), et même envers les Premières Nations, était l'expression d'une forte croyance en la suprématie blanche.

Ce racisme anti-chinois reflétait en partie le sentiment de supériorité de l'Empire britannique, à l'époque perçu comme la puissance politique et économique dominante du 19e siècle et du début du 20e siècle. La majorité de la population blanche de la Colombie-Britannique avait pour origine les îles Britanniques; entre 1911 et 1941, elle représentait 70 % de la population. Les autres blancs de la province (16 % de la population) provenaient du reste de l'Europe, des États-Unis ou d'autres parties de l'Empire britannique où sévissait aussi le racisme anti-chinois.

C'est en Colombie-Britannique que les gouvernements provinciaux et municipaux adoptèrent le plus grand nombre de lois anti-chinoises, mais le racisme à l'égard des Chinois a aussi existé dans d'autres provinces canadiennes. En 1910, des propriétaires de Calgary vivant près du quartier chinois voulurent immobiliser la croissance de ce quartier de peur de voir la valeur de leur propriété s'effondrer. Durant la même décennie, la Saskatchewan, le Manitoba et l'Ontario interdirent aux employeurs chinois d'embaucher des femmes blanches sous prétexte qu'ils pourraient en abuser sexuellement! En 1915, des propriétaires blancs de buanderies de Montréal appelèrent au boycottage des buanderies chinoises.

L'intolérance devient du harcèlement

Dans la vie de tous les jours, les Canadiens blancs se sentaient libres d'exprimer leur répugnance envers les Chinois sans se soucier des conséquences d'un tel comportement.

Les enfants harcelaient les vendeurs itinérants, renversant leur charriot et brisant la marchandise à vendre; les politiciens et les journaux attaquaient les Chinois dans leurs discours et leurs éditoriaux. Certaines piscines publiques étaient interdites aux Chinois et certains cinémas leur réservaient des sections spéciales.

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Les communautés chinoises et japonaises ont protesté suite à l’émeute de 1907 à Vancouver. Le gouvernement a formé deux commissions royales d’enquête sous la présidence de William Lyon Mackenzie King, lesquelles eurent pour résultat le remboursement des pertes subies.
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Voir sur le site Web de Notre mémoire en ligne : Report by W.L. Mackenzie King (anglais seulement)

En 1907, une foule de plusieurs milliers d'hommes blancs envahissait le quartier chinois de Vancouver, fracassant toutes les vitres. Les quartiers japonais furent aussi saccagés. Les immigrants chinois eurent peur pour leur vie et commencèrent à se procurer des armes pour se défendre. Les communautés chinoises et japonaises organisèrent une marche de protestation, exigeant du gouvernement fédéral une compensation financière pour tous ces dommages. Le gouvernement mit effectivement sur pied deux commissions royales d'enquête, sous la présidence de William Lyon Mackenzie King, lesquelles eurent pour résultat le remboursement des pertes subies.

En 1919, plusieurs centaines de soldats et de civils envahirent le centre-ville d'Halifax, en Nouvelle-Écosse. Ils s'attaquèrent aux restaurants chinois, démolissant le mobilier, volant les tiroirs-caisses et divers autres objets. En 1922, des commissaires d'école à Victoria, en Colombie-Britannique, tentèrent de retirer les enfants d'origine chinoise des classes régulières pour les placer dans des écoles séparées. La communauté chinoise protesta vigoureusement en retirant les enfants de l'école pour une année entière.

En 1922, des commissaires d'école à Victoria, en Colombie-Britannique, tentèrent de retirer les enfants d'origine chinoise des classes régulières pour les placer dans des écoles séparées. La communauté chinoise protesta vigoureusement en retirant les enfants de l'école pour une année entière.

Durant la grande dépression des années 1930, les Canadiens chinois ne recevaient pas le même montant d'assistance sociale que les blancs. Dans le quartier chinois de Vancouver, le gouvernement provincial fournissait à l'Église anglicane 16 ¢ par personne par jour pour le soutien à la soupe populaire; ailleurs en ville, dans les quartiers blancs, la subvention allait de 15 ¢ à 25 ¢ par personne. En Alberta, le soutien financier aux Canadiens d'origine chinoise était de 1,12 $ par personne par semaine, c'est-à-dire moins de la moitié de ce qui était accordé aux autres citoyens.

Tout de même, on assistait parfois à des manifestations de sympathie. Par exemple, certains journaux publiaient de temps à autre des lettres à l'éditeur dénonçant des actes de violence envers des Chinois. Depuis le début des années 1900, de nombreux missionnaires au Canada s'étaient rapprochés des communautés chinoises. Cependant, ces quelques gestes de sympathie étaient complètement noyés dans l'hostilité quotidienne provenant tant des gouvernements que des citoyens. La situation n'a commencé à s'améliorer qu'après la Deuxième Guerre mondiale.

La guerre apporte des changements

Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Chine lutta aux côtés des Alliés, contre l'Allemagne, l'Italie et le Japon. Des Canadiens d'origine chinoise se joignirent aux troupes canadiennes. Ici au pays, des Canadiens chinois de toute provenance participèrent aux campagnes de financement de l'effort de guerre. Ils offrirent aussi leur soutien financier à la Chine pour lutter contre le Japon, qui avait envahi leur patrie d'origine.

Les horreurs du racisme nazi, le génocide juif et les innombrables victimes de l'Holocauste incitèrent les Canadiens à revoir leurs propres attitudes en matière de racisme. Les journaux et certains syndicats avaient déjà traité les Canadiens d'origine chinoise d'étrangers malvenus; après la Deuxième Guerre mondiale, ils se joignirent plutôt à certains chefs religieux pour exiger du gouvernement canadien qu'il traite les Canadiens chinois comme des citoyens à part entière.

En 1945, le Canada participa à la création des Nations Unies. Cet organisme adopta une déclaration qui affirme l'égalité des droits de tous les hommes et les femmes, et prône la paix entre les peuples de la Terre. En conséquence de ces engagements internationaux, le Canada fut forcé de réviser entièrement ses lois anti-chinoises.

C'est ainsi qu'il abolit, en 1947, sa loi de 1923 qui bloquait complètement l'immigration chinoise au Canada. Les Canadiens d'origine chinoise eurent bientôt le droit de vote partout au pays, à tous les niveaux de gouvernement.

Mais le gouvernement conserva tout de même un certain nombre de mesures injustes. Le gouvernement fédéral ne traitait pas équitablement les Canadiens chinois en matière d'immigration. Ceux-ci ne pouvaient faire venir aux pays que quelques membres de leur famille, alors que d'autres Canadiens pouvaient parrainer un beaucoup plus grand nombre de nouveaux immigrants. C'est finalement seulement en 1967 que le gouvernement fédéral retira toutes les restrictions fondées sur la race, l'ethnie ou l'origine nationale de ses politiques d'immigration; on instaura à la place un « système de points ».

Comment était-ce de servir sous les drapeaux durant la Deuxième Guerre mondiale?

Regardez ces entrevues vidéo avec quelques Canadiens d'origine chinoise; il s'agit de la production Des héros se racontent (archivé), une réalisation du Chinese Canadian Military Museum et du ministère des Anciens combattants.

Pour en savoir plus long à propos du racisme dans la loi et dans la société

  • Les romans de Wayson Choy Jade Peony et All That Matters observent les changements sociaux des années 1930 et 1940, à travers le regard d'enfants d'immigrants chinois, élevés au Canada, à Vancouver.
  • Edith Eaton est née en 1865 d'un père anglais et d'une mère chinoise; elle grandit à Montréal. Sous le nom de plume de Sui Sin Far, elle est l'auteure de divers articles de journaux et de courtes histoires concernant les Chinois en Amérique du Nord, visant à mieux faire accepter leur présence. Ces histoires sont rassemblées dans un recueil intitulé Mrs. Spring Fragrance.
  • Afin de mieux connaître la réaction de la Colombie-Britannique à la présence des immigrants chinois et japonais, il faut lire les trois volumes de l'œuvre de Patricia Roy : A White Man's Province: British Columbia Politicians and Chinese and Japanese Immigrants, 1858-1914, The Oriental Question: Consolidating a White Man's Province: 1914-41 et The Triumph of Citizenship: The Japanese and Chinese in Canada, 1941-67. À lire aussi : White Canada Forever: Popular Attitudes and Public Policy Toward Orientals in British Columbia de Peter Ward.

Des communautés pour le Canada et la Chine

Les quartiers chinois à travers le Canada

À partir du début des années 1890, on vit se développer des quartiers chinois dans la plupart des grandes villes canadiennes. Ces quartiers représentaient des lieux sécuritaires pour les immigrants chinois; ils pouvaient y trouver toutes les marchandises qu'ils désiraient et y faire des rencontres sociales. Les gens qui auraient voulu les harceler seraient nettement moins enclins à se rendre dans un endroit où tellement de personnes d'origine chinoise, travaillant et vivant là, pouvaient répliquer et se défendre. Ces quartiers chinois se sont souvent établis dans les quartiers les plus anciens et les plus pauvres des villes, des secteurs moins attrayants pour les autres citoyens.

Quelques personnes visitaient régulièrement les quartiers chinois; il s'agissait des missionnaires chrétiens. Ils enseignaient l'anglais, prêchaient l'Évangile et tentaient de convertir les Chinois au christianisme. C'est auprès des Chinois nés au Canada qu'ils obtenaient le plus de succès.

Les quartiers chinois comportaient d'habitude de grandes salles communautaires, où se trouvaient des autels dédiés aux ancêtres ou à diverses divinités. Les immigrants s'y rendaient pour prier et présenter leurs respects.

Avant 1923, la majorité des personnes d'origine chinoise vivant au Canada était constituée d'hommes seuls, sans famille. Ils étaient célibataires, ou leur femme et leurs enfants étaient restés en Chine. Ces hommes expédiaient régulièrement de l'argent à leur famille et avaient le projet de retourner en Chine pour y finir leurs jours. Les plus fortunés réussissaient à faire venir leur famille au Canada, mais cela cessa en 1923 avec la fermeture complète de l'immigration chinoise.

Regards vers la Chine

À partir des années 1890, les quartiers chinois devinrent aussi un endroit où on pouvait avoir des nouvelles de la mère patrie, ce que les immigrants recherchaient avidement. La Chine voulait moderniser ses industries, ainsi que son système d'éducation, son armée et sa marine. L'ancienne monarchie devint une république. Tout cela constituait des nouvelles excitantes.

Les quartiers chinois fournissaient aussi aux immigrants toutes sortes de produits et services. Les commerces expédiaient, de la part des immigrants, de l'argent à leurs familles demeurées en Chine. Les épiceries offraient des produits d'alimentation familiers. Les immigrants pouvaient y trouver des barbiers, des restaurants, des herboristes. Dans les grandes villes, les quartiers chinois publiaient des journaux et organisaient des fêtes avec barbecues et gâteaux traditionnels. Même si plusieurs Chinois vivaient en dehors de ces quartiers, ceux-ci servaient de refuge, offrant des activités et des lieux de rencontre aux hommes qui vivaient isolés un peu partout au Canada.

Divers groupes d'entraide louaient des bureaux dans les quartiers chinois et offraient des lieux de rencontre aux hommes, où ils pouvaient discuter politique et jouer à des jeux de hasard. On y organisait des banquets à l'occasion du Nouvel An lunaire chinois, ou des visites aux cimetières le jour des Ancêtres. Ces groupes recueillaient aussi du financement pour le soutien de diverses causes en Chine, dont l'aide aux populations affectées par des sécheresses ou des inondations. Lors du bombardement japonais de Shanghai en 1932, et de l'invasion de la Chine par le Japon en 1937, les Chinois du Canada ramassèrent de l'argent pour contribuer à la défense de leur mère patrie.

Regards vers le Canada

Une organisation, appelée Chinese Benevolent Association, présente dans plusieurs quartiers chinois à travers le pays, agissait comme porte-parole des communautés. Après 1923, elle organisa tous les 1er juillet des marches de protestation ayant pour slogan « Journée d'humiliation », rappelant cette journée où la loi interdisant l'immigration chinoise fut mise en vigueur. Durant les années de la grande dépression, cette association réclama des gouvernements de l'aide financière pour les communautés chinoises.

Avant 1923, les quelques rares Chinois qui vivaient au Canada avec leur famille étaient pour les plupart des commerçants. En raison du coût élevé de la taxe d'entrée, il fallait débourser une somme importante pour faire venir des membres de sa famille. Ces familles de commerçants comprenaient des individus nés au Canada, parlant également l'anglais et le chinois. Ils jouaient dans des équipes de soccer, de hockey ou de basketball, et disputaient des matchs contre des équipes extérieures à la communauté chinoise. Quelques-uns avaient fréquenté l'université. Cependant, le racisme anti-chinois les empêchait de trouver un bon emploi au Canada.

Quand le parti communiste prit le pouvoir en Chine en 1949, plusieurs Canadiens chinois décidèrent de ne pas retourner en Chine. Ils entreprirent plutôt de faire venir leur famille ici. Grâce à la tolérance de plus en plus grande à leur égard, les familles canadiennes chinoises pouvaient envisager l'avenir avec confiance.

Plus de 60 % des Canadiens chinois vivaient en Colombie-Britannique avant la Deuxième Guerre mondiale. Mais durant de très nombreuses années après la révocation de l'interdit sur l'immigration chinoise au Canada en 1947, la province ne reçut qu'un tiers des nouveaux immigrants. Cela voulait dire que les nouvelles familles chinoises s'installaient ailleurs au pays.

Pour en savoir plus long sur les communautés au Canada et en Chine

  • L'ouvrage de Denise Chong, The Concubine's Children, est une remarquable histoire de famille. L'auteur propose une image saisissante de la vie en Chine et au Canada du début jusqu'au milieu du 20e siècle.
  • Dans le poème « Gold Mountain Dream », une récente immigrée chinoise médite sur le « rythme répétitif » qu'elle entend venir du passé dans le quartier chinois de Toronto (source : Maples and the Stream: A Narrative Poem de Lien Chao).
  • L'anthropologue Ban Seng Hoe explore, dans Beyond the Gold Mountain, comment les traditions culturelles chinoises ont été adaptées à la vie en terre canadienne.
  • Quant à l'ouvrage de David Chuenyan Lai, Chinatowns: Towns within Cities in Canada, il analyse les caractéristiques physiques et culturelles des quartiers chinois au Canada, de 1858 à 1988.
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