Kathleen Parlow, violoniste et professeure (1890-1963)

« La plus grande violoniste au monde »

Au temps de Kathleen Parlow, on classait la violoniste parmi les meilleurs violonistes au monde; elle se fit connaître comme une des rares virtuoses de cette époque qui ont représenté le Canada sur les scènes du monde entier. « La dame à l'archet d'or » s'est fait d'abord remarquer comme une enfant prodige à la technique sans défaut, puis elle a poursuivi une carrière internationale comme violoniste soliste de concert. Elle a été universellement respectée pour son talent artistique et, plus tard, vénérée comme instrumentiste de musique de chambre et professeure de violon.

 

Enfance et études

Cette femme, devenue la violoniste la plus respectée de son temps, naît à Fort Calgary, en Alberta, en 1890. Elle est la fille unique de Charlie, employé de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et de sa femme Minnie. Alors qu'elle a quatre ans, sa mère et elle vont s'installer à San Francisco; Kathleen ne revient pas demeurer dans son pays natal avant 1940. Malgré tout, mère et fille ont gardé des liens solides avec le Canada; en fait, alors que la carrière internationale de Kathleen progresse, on parle souvent d'elle comme de la « violoniste canadienne ».

Minnie Parlow jouait elle-même du violon et, en Californie, elle avait offert un violon de format réduit à sa fille. Kathleen commence par prendre des leçons avec son cousin Conrad Coward, professeur de violon; c'est lui qui, le premier, décrète qu'elle est une enfant prodige. Comme son immense talent devient de plus en plus évident, on l'envoie chez le professeur de violon Henry Holmes. L'ascension rapide de Kathleen Parlow est attribuable en partie au fait qu'elle a suivi ses cours à domicile où elle pouvait consacrer plus de temps à son instrument que si elle avait suivi le programme normal des cours. Kathleen Parlow était convaincue que c'était la nature qui lui avait donné cette aisance avec laquelle elle maîtrisait même les techniques les plus difficiles de son instrument :

« I have a very good hand for a fiddle. It has a big stretch.… There really is such a thing as a physical aptitude for the violin, and I had it. » [traduction libre : J'ai une main idéale pour le violon, car elle a une grande allonge […]. Il existe vraiment une aptitude physique pour le violon, et je possédais cette aptitude.]

(Hambleton, 1978)

À l'époque, il était normal pour les musiciens nord-américains d'aller en Europe chercher le meilleur enseignement et lancer leur carrière de concertiste. Holmes s'étant rendu compte que son élève devait faire ce voyage pour polir son talent et entreprendre une carrière, il s'était arrangé pour qu'elle puisse se produire en Angleterre. Ainsi, avec en poche la somme de 300 $ fournie par leur église, Kathleen, alors âgée de quatorze ans, et sa mère s'embarquent pour l'Angleterre où elles sont arrivées le 1er janvier 1905.

La jeune violoniste a interprété le concerto pour violon de Beethoven avec l'Orchestre symphonique de Londres. Après avoir assisté à un concert donné par un autre violoniste prodige de quatorze ans, Mischa Elman, les Parlow décident d'aller voir le professeur d'Elman, Leopold Auer. Afin de payer les dépenses de leur voyage en Russie, où ce dernier enseigne, elles demandent et obtiennent un prêt de lord Strathcona, alors haut-commissaire canadien. Celui-ci avait aussi fourni une aide similaire à la célèbre chanteuse canadienne Éva Gauthier, à peu près à la même époque. Kathleen Parlow est ainsi devenue la première étrangère acceptée au conservatoire de Saint-Pétersbourg, en octobre 1906.

Kathleen Parlow se remémore cette époque dans un article intitulé « Student Days in Russia » publié en 1961. Elle est la seule fille dans une classe de 45 élèves parmi lesquels on retrouve d'autres jeunes violonistes prodiges comme Efrem Zimbalist et Elman. Au début, intimidée par leur talent, elle s'en sort en travaillant « comme un terrassier ». Elle a reconnu que toute cette magnifique musique ne l'a jamais découragée, mais l'a plutôt poussée à travailler davantage et à essayer de jouer aussi bien qu'eux. Plusieurs des partitions pour violon apprises avec Auer, comme ce qui était à l'époque le tout nouveau concerto pour violon d'Alexandre Glazunov, directeur du Conservatoire, demeurent les œuvres de base de son répertoire. Auer enseigne à la jeune violoniste à jouer avec, en tête, un unique objectif artistique : « Faites chanter votre violon. »

L'expérience que Kathleen Parlow avait acquise au Conservatoire de Saint-Pétersbourg la propulse sur le chemin de ses plus grands succès. Elle aime la vie là-bas, tout simplement :

« The joy I had in my lessons is hard to describe.… I sat in that room twice a week from two until six and drank it all in, coming away utterly exhausted but happy. » [traduction libre : La joie que m'apportaient mes leçons est difficile à décrire […]. Je m'asseyais dans cette salle, deux fois par semaine, de 14 heures à 18 heures, et je n'en perdais pas une miette. Je sortais complètement épuisée, mais heureuse.]

(Parlow, 1961)

Début de carrière et tournées de concerts

Après un an d'études au Conservatoire, Kathleen, alors âgée de dix-sept ans, commence à se produire en solo, à l'instigation d'Auer, dans des récitals à Saint-Pétersbourg et à Helsinki. Une telle entreprise entraîne des pressions financières : « I remember when I was going to Berlin, Auer was very worried about my debut because it meant everything. We had practically no money, and when all expenses of concerts had been paid for[,] we had exactly ten pounds. » [traduction libre : Je me rappelle que, lorsque j'étais allée à Berlin, mes débuts avaient rendu Auer très anxieux, car ces débuts représentaient tout pour nous. Nous n'avions pratiquement pas d'argent et, une fois que toutes les dépenses des concerts avaient été payées, il nous restait exactement 10 livres sterling.] (Hambleton, 1978) Il y a eu d'autres concerts à Berlin, puis une tournée en Norvège, en Allemagne et en Hollande en 1908, dont le premier de nombreux récitals devant le roi Haakon et la reine Maud de Norvège. C'est à Oslo que les Parlow ont rencontré Einar Björnson, riche Norvégien qui devient par la suite le patron et l'ami de Kathleen. Le généreux Björnson lui offre même un violon sans prix qui lui permet d'atteindre de nouveaux sommets. C'était un Guarnerius del Gesù fabriqué en 1735; il demeurera son principal instrument.

Minnie Parlow voyage avec sa fille pour tous les concerts de cette dernière, et continue à le faire, même après que sa fille est devenue adulte. Leopold Auer, lui aussi, continue d'exercer une forte influence sur son ancienne élève, l'aidant à organiser ses concerts et la conseillant sur les œuvres à interpréter ainsi que sur la façon de les interpréter. La jeune musicienne accepte leur implication comme elle accepte, avec même un certain plaisir, la discipline imposée par les tournées. Il semble que Kathleen considère ses relations avec Auer comme une relation père-fille autant que professeur-élève. Elle étudie avec lui chaque fois qu'ils se trouvent ensemble dans la même ville, et elle le surnomme « Papa Auer ». (Pourtant, Auer ne considère Kathleen que comme l'une des 30 ou 40 anciens élèves qui se réunissaient fréquemment à sa colonie de musique près de Dresde.)

Auer, Mme Parlow et leurs agents planifient ensemble les concerts de Kathleen de façon à mettre la jeune virtuose le plus possible en valeur. Après avoir étudié et avoir donné des concerts en Europe pendant cinq ans, dont des concerts avec des chefs d'orchestre comme Thomas Beecham et Bruno Walter, entre autres, Kathleen retourne en Amérique du Nord avec sa mère en 1910 pour y faire la tournée obligatoire. La virtuose se produit donc à New York, à Philadelphie, à Montréal, à Québec, à Ottawa et à Kingston. Elle donne le premier de ses nombreux concerts avec l'Orchestre symphonique de Toronto en février 1911. Elle est louangée partout, faisant partie des plus grands violonistes. Les Parlow sont particulièrement satisfaites de l'accueil que les provinces de l'Ouest réservent à Kathleen. Elle se produit à Calgary, à Regina, à Moose Jaw, à Saskatoon, à Edmonton, à Vancouver et à Victoria. Elle y est honorée par les autorités locales et les premiers ministres provinciaux.

Ensuite, elles retournent à New York où Kathleen se produit avec l'Orchestre symphonique de New York. Les critiques ont d'ores et déjà fait de Kathleen Parlow l'égale de son ami, le virtuose Mischa Elman.

« The gifts of this young girl are extraordinary.… In her performances she has not been judged as a woman but as an artist.… The profession have declared that she is today one of the phenomena of the musical world. » [traduction libre : Les talents de cette jeune fille sont extraordinaires […]. Lors de ses concerts, on ne l'a pas jugée en tant que femme, mais en tant qu'artiste […]. La profession a reconnu qu'elle est aujourd'hui un des phénomènes du monde musical.]

(New York Herald, 1911)

En juin 1911, c'est le retour en Angleterre, où les Parlow retrouvent « Papa Auer » pour préparer les récitals que Kathleen - maintenant une jeune femme de 21 ans - devait donner au festival d'Ostende. Son calendrier est très rempli; elles traversent l'Atlantique, aller et retour, de nombreuses fois. Elles reviennent en Amérique du Nord pour une seconde tournée de concerts au Canada et aux États-Unis; à New York, Kathleen se produit lors d'un concert-bénéfice pour les survivants du Titanic. C'est aussi à cette époque qu'elle fait ses premiers enregistrements, à la demande de Thomas Edison, en plus de ses enregistrements sous l'étiquette Columbia. Kathleen Parlow retourne à Saint-Pétersbourg et à Moscou en novembre 1912, pour des engagements arrangés par Auer.

À ce moment-là, le répertoire de Kathleen Parlow consiste principalement en des œuvres pour soliste, comme les concertos. Cependant, elle a commencé à explorer la musique de chambre et, avec le pianiste italien Ernesto Consolo, elle a donné ses premiers récitals de sonates à l'hôtel Astor de New York, en janvier 1912. Elle a aimé l'expérience et a commencé à ajouter des œuvres de musique de chambre à son répertoire. Plus tard, après avoir abandonné ses tournées de soliste, c'est vers la musique de chambre qu'elle se tourne pour rajeunir sa carrière.

Avec sa mère, Kathleen achète une maison de campagne à Meldreth, dans le Cambridgeshire, en Angleterre, où elles peuvent se retirer entre les engagements. Là, elle commence aussi à collectionner les livres; la lecture est, pour elle, un excellent moyen d'échapper aux exigences de sa carrière.

En 1914, Kathleen Parlow entreprend sa troisième tournée nord-américaine au cours de laquelle elle enregistre plusieurs œuvres (comme la « Melodie in F » de Rubinstein) pour les disques Columbia. Elles sont déjà revenues en Angleterre lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Malgré les dangers qu'impliquent les voyages en temps de guerre, Kathleen fait la tournée des pays neutres comme la Hollande, le Danemark, la Norvège et la Suède. En août 1915, elle rencontre Auer pour étoffer son répertoire avant de partir pour l'Amérique du Nord en décembre. Le printemps 1916 est consacré à une tournée aux États-Unis et au Canada, ainsi qu'à l'enregistrement de « Indian Lament » de Dvorak et d'autres œuvres. En 1917, elle est de nouveau en Angleterre, mais l'interdiction de voyager a réduit les occasions qu'elle avait de gagner sa vie en donnant des concerts. Elle ne peut reprendre un emploi du temps chargé qu'en 1919.

La situation politique en Russie a déjà poussé Auer à émigrer à New York, mais son association avec les Parlow s'est refroidie. Il se peut que Kathleen, devenue une professionnelle expérimentée, ait eu moins besoin des conseils et des encouragements de son mentor.

En décembre 1920, les Parlow entreprennent la cinquième tournée de concerts de Kathleen aux États-Unis. À cette occasion, elle se produit pour la première fois à la radio, à Seattle, en avril 1922. De là, elle se rend à Hawaï, puis fait une tournée de 22 mois en Extrême-Orient et en Indonésie. Elle suit en cela les traces d'Éva Gauthier qui y avait fait une tournée entre 1911 et 1914. Kathleen Parlow se produit sur les scènes de Chine, de Java (Indonésie), de Singapour, de Corée et du Japon et, dans ce dernier pays, elle est même invitée à enregistrer pour la compagnie Nipponophone.

Dans la foulée de cet immense succès, les Parlow retournent brièvement en Angleterre, et Kathleen continue de se produire d'un bout à l'autre de l'Europe. Pourtant, en dépit de la grande célébrité dont elle jouit dans tous les centres musicaux du continent, elle et sa mère sont déçues de ne pas trouver le même engouement en Angleterre. On trouve aussi des signes d'une relation personnelle brisée, de fatigue et peut-être même de dépression nerveuse aux alentours de 1926-1927. La combinaison de tous ces facteurs semble avoir poussé les Parlow à revenir en Amérique du Nord. Un hiatus d'un an dans les concerts, sur lequel on a très peu d'information, a coïncidé avec ce retour.

Par la suite, dans une tentative de relancer sa carrière, Kathleen Parlow accepte de se produire dans une série de concerts à Mexico, en avril 1929. C'est la première fois qu'elle voyage sans sa mère. À Mexico, l'artiste est portée aux nues et même placée au-dessus de Heifetz, mais elle ne parvient jamais à se faire payer autant que son contemporain. En fait, même après avoir donné de nombreux concerts supplémentaires, elle ne parvient que difficilement à vivre après avoir payé ses dépenses de voyage et d'hôtel ainsi que les honoraires de ses agents et de ses accompagnateurs. Il se pourrait que ce soit une des expériences auxquelles elle se référait lorsque plus tard, à l'occasion d'une entrevue, elle déclare : « When things were very hard, we often thought -- mother and I -- why not give it up and get a job, do something that would bring in less fright for the future, but I knew I just couldn't do it. » [traduction libre : Lorsque les choses étaient très difficiles, nous nous demandions souvent, maman et moi, pourquoi ne pas abandonner et trouver un emploi, faire quelque chose qui apporterait moins de crainte pour l'avenir, mais je savais que je ne pourrais jamais.] (Hambleton, 1978)

Enseignement et musique de chambre

Une coûteuse tournée d'un mois et un cachet inadéquat tiennent une place prédominante dans toutes les décisions que les Parlow prennent à partir de ce moment-là. À 40 ans, Kathleen réévalue ses options, attirée de plus en plus par l'enseignement. Comme Emma Albani et Éva Gauthier avant elle, la virtuose pense que c'est le moyen le plus sûr de tirer un revenu de la musique. Elle occupe son premier poste professoral au département de musique du Mills College d'Oakland, en Californie, en 1929. Kathleen Parlow éprouve beaucoup de satisfaction à enseigner à ses élèves de la même façon qu'on lui avait enseigné. En même temps, elle passe des concerts pour soliste au travail d'ensemble et à la musique de chambre. Elle crée un quatuor à cordes dans lequel elle joue comme premier violon, sa première initiative dans ce domaine du répertoire à cordes. En 1933, le Mills College lui octroie un magistère honoraire et, avant l'été 1935, elle a formé au Massachusetts le South Mountain Parlow Quartet. Ainsi, au milieu des années 1930, elle est déjà bien établie dans sa seconde carrière.

Kathleen Parlow quitte le Mills College en 1936 pour entrer à la prestigieuse école de musique Juilliard. Pourtant, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Kathleen et Minnie décident qu'elles ne pouvaient rester dans cette Amérique isolationniste, alors que leur patrie est en guerre. Elles prennent donc la décision qui, finalement, ramène cet immense talent dans son pays natal.

 

Cette décision de revenir définitivement au Canada est grandement facilitée lorsque le Royal Conservatory of Music de Toronto engage Kathleen Parlow pour une série d'exposés-récitals. Elle a atteint le même niveau qu'Auer, enseignant non seulement à des élèves, mais aussi à des violonistes professionnels. Le violoniste Harry Adaskin note que ses exposés connaissent un immense succès :

« Every violinist of note in Toronto was there.… I saw most of the best fiddlers in town coming in and out of her studio. » [traduction libre : Tous les violonistes connus à Toronto étaient là […]. J'ai vu la plupart des meilleurs violonistes en ville défiler dans son studio.]

(Canadian Music, p. 3)

Cependant, l'argent constitue encore un sujet de préoccupation, et Kathleen Parlow semble souffrir d'un manque d'assurance peu commun. Elle écrit à sir Ernest MacMillan pour le convaincre qu'elle devrait enseigner au conservatoire.

« It seems to me I could be of use to the Conservatory and, incidentally, Canada. But I am so cowardly at taking a risk that I really do want a guarantee. Needless to remark, if my actual living is secure[,] I can do so much better work. I don't thrive on anxiety. » [traduction libre : Il me semble que je pourrais apporter quelque chose au conservatoire et, par la même occasion, au Canada. Seulement, j'ai tellement peur de prendre le moindre risque que j'aimerais avoir une garantie. Il va sans dire que[,] dans la mesure où ma vie actuelle est assurée[,] je pourrai faire un bien meilleur travail. Je ne réussis pas dans l'anxiété.]

(French, 1967)
 

La nomination de Kathleen Parlow au Royal Conservatory en 1941 lui apporte temporairement la sécurité financière. Bientôt, la violoniste se produit avec l'Orchestre symphonique de Toronto, sous la conduite de sir Ernest MacMillan. Dès lors, occupée comme jamais, elle enseigne aux élèves dans sa nouvelle maison de Toronto, où les Parlow ont emménagé en mars 1941.

C'est peut-être pour ses initiatives novatrices dans le domaine de la musique de chambre que Kathleen Parlow est surtout connue au Canada. Peu de temps après son emménagement à Toronto, elle forme le Canadian Trio avec la violoncelliste Zara Nelsova et sir Ernest MacMillan au piano, tous deux venant de l'Orchestre symphonique de Toronto. Étant donné la maestria du Trio, il n'est guère surprenant que la critique soit enthousiaste. L'Evening Telegram de Toronto affirme que le Canadian Trio a le génie de dire quelque chose que le Canada a très envie d'entendre et qu'il avait fait une entrée époustouflante. Le Globe and Mail, pour sa part, rapporte qu'un nouveau groupe de musique de chambre de très haute distinction avait fait ses débuts à l'auditorium Eaton.

Parlow, Nelsova et MacMillan se produisent ensemble jusqu'au début de 1944, mettant l'accent sur les concerts en Ontario (à l'University of Toronto en octobre 1942, à la Queen's University à Kingston en novembre 1943 et en janvier 1944, etc.) et sur les diffusions radiophoniques. Des documents d'archives montrent que le cachet typique du Trio est de 300 $ pour un concert à Toronto, ce qui, divisé par trois et réduit du coût des photos et de l'imprimerie, laisse environ 88 $ par musicien et par concert. Parfois, ils peuvent demander jusqu'à 750 $ de cachet; cela dépend de l'endroit ainsi que des frais de voyage et autres dépenses.

Le Parlow String Quartet

Encouragée par le succès de cette entreprise, Kathleen Parlow forme, en 1942, son troisième quatuor à cordes qu'elle appelle simplement le Parlow String Quartet. Se joignent à elle le cofondateur Isaac Mamott, violoncelliste principal de l'Orchestre symphonique de Toronto, Samuel Hersenhoren, second violon, et l'altiste John Dembeck. Parlow s'occupe des engagements et de l'administration tout en étant violoniste principale, en continuant avec le Trio et en assumant ses responsabilités de professeure et de soliste. Adoptant la formule à succès du Canadian Trio, le Parlow String Quartet se concentre sur les concerts au Canada et ne se déplace pas à l'étranger. Ils débutent en avril 1943 sur la chaîne radiophonique CBC et, le mois suivant, en concert à l'auditorium Eaton de Toronto. Au cours des 15 ans d'existence du quatuor, ils jouent à Ottawa, à Kingston, à Québec, à Winnipeg, à London et à Hamilton aussi bien que dans l'Ouest canadien et dans les Maritimes. Ils se produisent souvent dans des séries de concerts du Royal Conservatory. Ils atteignent des auditoires beaucoup plus vastes par le truchement des diffusions radiophoniques. Par exemple, le 24 mars 1946, la CBC diffuse à l'échelle nationale leur interprétation du Quatuor en ré mineur de Sibelius, compositeur que Kathleen a rencontré en Finlande à peu près à l'époque où il a composé cette œuvre.

As always, Parlow's performances received unrestrained congratulations. The Toronto Telegram called the recital by the Parlow one of the loveliest concerts heard in Toronto during years. The paper praised each of the players as a distinguished master of music making and exclaimed that the quartet played to one another with the sympathy of genius. Listeners noted that Parlow expertly subordinated her solo style to the needs of the ensemble.

Comme toujours, les prestations de Kathleen Parlow sont accueillies par des félicitations sans retenue. Le Toronto Telegram affirme que le récital du Parlow Quartet était l'un des plus beaux concerts qui s'étaient donnés à Toronto depuis des années et que chaque instrumentiste était un maître éminent de la musique; il poursuit en disant que les musiciens avaient joué les uns pour les autres avec cette solidarité que confère le génie. Les auditeurs et auditrices notent que Kathleen Parlow adaptait, avec beaucoup de brio, son style de soliste aux besoins de l'ensemble.

Le simple fait que Kathleen Parlow soit capable de mener des groupes de musique de chambre composés d'instrumentistes de si grand talent montre bien l'estime dans laquelle ses collègues la tiennent et témoigne aussi de son énergie, de son dévouement et de ses talents d'organisatrice. Elle a expliqué sa philosophie :

« For success in music as in any art there are no rules. My way to what measure of success I have achieved has lain through work -- hard, continuous, systematic. » [traduction libre : Comme dans n'importe quel art, il n'existe pas de règles pour atteindre le succès dans la musique. Quel que soit le niveau de succès que j'ai atteint, je n'y suis arrivée que par le travail, un travail dur, continu et systématique.]

(French, 1967)

Le quatuor voit défiler de nombreux artistes, et plusieurs de ses élèves, dont Rowland Pack, y sont engagés comme remplaçants. Il est toutefois demeuré le quatuor de Kathleen Parlow autant par le nom que par la réussite. Le quatuor non seulement interprète le répertoire traditionnel, mais il donne aussi des premières canadiennes d'œuvres de Kodaly, de Britten, de Glinka, de Hindemith et de Kreisler ainsi que des compositeurs canadiens John Weinzweig, James Gayfer et Oskar Morawetz. Plus tard, il fait des enregistrements du quatuor de Weinzweig et d'autres œuvres.

Kathleen Parlow a autant de succès dans l'enseignement que dans la musique de chambre. Elle est si populaire à Toronto qu'elle doit refuser des candidatures. Elle enseigne selon la méthode de la dictée musicale, attendant de ses élèves qu'ils imitent ses mouvements et son interprétation. Privilégié est l'élève qui peut assister à une démonstration privée de la grande Parlow. Elle favorise par-dessus tout la méthode d'enseignement d'Auer, qu'elle cite souvent, ainsi que ses prédécesseurs. Parmi ses nombreux élèves qui ont réussi leur carrière, on trouve Gisèle LaFlèche (qui s'est fait connaître professionnellement comme la chanteuse Gisèle Mackenzie) et le chef d'orchestre Victor Feldbrill. Kathleen Parlow obtient les meilleurs résultats avec les élèves qui font preuve d'autant de conscience professionnelle et d'ambition qu'elle-même. Cependant, elle se montre déçue par ceux et celles qui choisissent la sécurité d'un poste dans un orchestre plutôt qu'une carrière précaire de soliste.

Ayant atteint la soixantaine, cette artiste a vécu des pertes et des déceptions personnelles. Elle ne s'est jamais mariée, croyant fermement que pour devenir une violoniste hors pair il fallait s'y consacrer totalement. « Papa Auer » est mort en 1930, mais le plus gros choc fut la mort de sa mère en juin 1954. Par nécessité financière, Kathleen Parlow a continué de se produire, donnant une série de concerts à Toronto en janvier 1958, accompagnée par Mario Bernardi, pour célébrer le cinquantième anniversaire de son premier concert professionnel. Le Parlow String Quartet cesse toute activité la même année; sa carrière ralentit et ses revenus diminuent. Elle n'a pas de revenus de retraite et, dès 1959, comme Albani et Gauthier avant elle, Kathleen Parlow éprouve des problèmes financiers. Comme à quelques reprises dans sa carrière, elle doit compter sur la générosité des autres; ses amis, dont Godfrey Ridout, créent à son intention un fonds d'aide. Après coup, elle résume sa carrière en déclarant qu'elle n'avait « never a great deal of money, but wonderful experiences » [traduction libre : jamais beaucoup d'argent, mais qu'elle avait vécu des expériences merveilleuses] (French, 1967).

Octobre 1959 apporte un peu de stabilité, lorsque des amis font nommer la violoniste, alors âgée de 70 ans, au poste de chef des instruments à cordes au collège de musique de l'University of Western Ontario. Puis, en avril 1960, elle fait une chute et se blesse sérieusement à l'humérus du bras gauche, un désastre pour une violoniste. Après la chirurgie, la rééducation et six mois de récupération, elle est de nouveau capable de reprendre sa classe.

 

En août 1963, Kathleen Parlow fait une autre chute à la suite de laquelle elle se fracture une hanche; elle meurt d'une crise cardiaque le 19 août, pendant sa convalescence. S'étant consacrée à son violon « bien-aimé » jusqu'à la fin, elle fonde, par testament, la bourse d'études Kathleen-Parlow destinée aux élèves en instruments à cordes de l'Université de Toronto. Cette bourse était alimentée par le produit de la vente de son violon Guarnerius.

Kathleen Parlow a gagné sa place dans l'histoire de la musique, et non simplement une place aux côtés d'autres femmes violonistes comme Wilma Neruda, Marie Hall et Maud Powell. Pour plusieurs, elle a été sans rival parmi les violonistes des deux sexes. Ceux et celles qui l'ont connue ou qui l'ont entendue jouer parlent d'elle au superlatif : « parmi les quelques grands artistes du violon »; « parmi les meilleurs violonistes du moment »; « une des élues »; « un talent phénoménal », tels étaient les mots utilisés pour décrire son jeu. Pour rendre hommage à ses talents, CBC Radio (1982) et Radio-Canada International (1986) ont diffusé des émissions sur les interprétations de la virtuose.

Kathleen Parlow, musicienne promise à une grande destinée, a accompli un long parcours depuis l'enfant prodige, en passant par l'adulte virtuose, l'instrumentiste de musique de chambre et la professeure, jusqu'à la légende de son temps. Tout comme son mentor Leopold Auer avant elle, elle a laissé son legs le plus important en enseignant la vision artistique qu'ils avaient partagée à la génération suivante de violonistes canadiens : « Faites chanter votre violon. »

Les enregistrements sélectionnés disponibles

Pour trouver d'autres enregistrements, allez vers Recherche élaborée et dans le champ Tous les mots, entrez kathleen ET parlow ET dans le champ Contenu numérisé sélectionnez MP3.

Références

  • Adaskin, Harry. « Kathleen Parlow : an appreciation ». Canadian music. Vol. 1, no. 4 (avril 1941). P. 3. AMICUS 131034
  • Auer, Leopold. My long life in music. London : Duckworth, [1924]. xii, [1], 377 p. AMICUS 12422686
  • Graded course of violin playing. 4th ed. New York : C. Fischer, [1926- ]. AMICUS 12469828
  • Fonds Samuel Hersenhoren à Bibliothèque et Archives Canada
  • Fonds Sir Ernest MacMillan à Bibliothèque et Archives Canada
  • French, Maida Parlow. Kathleen Parlow : a portrait. Toronto : Ryerson Press, c1967. ix, 167 p. AMICUS 3750455
  • Hambleton, Ronald. « Tea with Kathleen Parlow ». Music magazine. (février 1978). P. 12-15. AMICUS 15549
  • « Hersenhoren, Samuel ». Encyclopédie de la musique au Canada. Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. 2e éd. rev. et augm. [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. AMICUS 13213211
  • « Kathleen Parlow » [documents textuels] à Bibliothèque et Archives Canada
  • « Parlow, Kathleen ». Encyclopédie de la musique au Canada. Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. 2e éd. rev. et augm. [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. AMICUS 13213211
  • Parlow, Kathleen. « Student days in Russia ». The Canadian music journal. Vol. 6, no 1 (Autumn 1961). P. 13-20. AMICUS 123175
  • « Quatuor à cordes Parlow ». Encyclopédie de la musique au Canada. Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. 2e éd. rev. et augm. [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. AMICUS 13213211
  • Withrow, John B. « Ladies of the Bow ». Bravo! (mai/juin 1988). P. 54-59. AMICUS 3487772
  • « Zara Nelsova » [documents textuels] à Bibliothèque et Archives Canada

Discographie

  • Creighton, James. Discopaedia of the violin. 2nd ed. Vol. 2. Burlington, Ont. : Records Past Publishing, [1994]. AMICUS 13710167
Date de modification :