Histoire des maisons de disques canadiennes

La Berliner Gram-o-phone Company of Canada

Renseignements généraux et Berliner aux États-Unis

Lorsque Emile Berliner a créé la Berliner Gram-o-phone Company, en 1893, l'industrie phonographique avait déjà huit ans. L'entreprise a connu des débuts tumultueux marqués par la course à l'enregistrement des brevets, l'espionnage industriel et les rivalités personnelles. Au cours des six années qui suivirent, Berliner a connu d'autres conflits qui l'ont conduit, à la fin, à décider d'abandonner le contrôle de ses brevets aux États-Unis à son associé, Eldridge Johnson, et de fonder une compagnie indépendante au Canada.

Peu après avoir inventé le phonographe en 1877, Thomas Edison a créé la première entreprise consacrée à l'enregistrement sonore, la Edison Speaking Phonograph Company. Celle-ci comptait cinq actionnaires, dont Gardiner G. Hubbard, le beau-père d'Alexander Graham Bell. L'entreprise a acheté le brevet du phonographe à feuille d'étain pour 10 000 $ et une garantie de 20 p. 100 sur tous les profits subséquents. Toutefois, après les premières démonstrations de la nouvelle invention, comme celle exposée à Rideau Hall, la compagnie est mise en veilleuse et Edison s'est consacré à autre chose.

En 1886, les Bell et Tainter forment l'American Graphophone Co. en vue de fabriquer et de vendre le graphophone. Cela a incité Edison à renouer son intérêt pour le phonographe dans une tentative de raffermir son contrôle sur la technologie de l'enregistrement sonore et de réorganiser sa société originale, devenue la Edison Phonograph Co. en 1887. À cette même époque, Edison a adopté des modifications de certaines des innovations de Bell-Tainter pour créer un phonographe amélioré utilisant des cylindres de cire solide et un style dont la pointe est en saphir. C'est ce type de phonographe qui a servi à faire le plus vieil enregistrement (N.B. Nul ne sait où se trouve le cylindre original, enregistré le 11 septembre 1888, mais un réenregistrement en a été fait en 1935) survivant, qui consiste en un message de Lord Stanley, gouverneur général du Canada, destiné aux habitants et au président des États-Unis.

Lord Stanley, le 11 septembre 1888

Un des premiers enregistrements audio survivant fabriqués au Canada a été faite par Lord Stanley, gouverneur général du Canada, au peuple et au président des États-Unis.

Nul ne sait où se trouve le cylindre original, enregistré le 11 septembre 1888, mais un réenregistrement en a été fait en 1935.

Enregistrement d'un message Lord Stanley (anglais seulement)[MP3 799 Ko]

Transcription de message [traduction] :

« Monsieur le Président, Messieurs,          
Le meilleur usage que je puisse faire de ce miracle de notre époque qu’est le phonographe est de vous souhaiter, de la part des citoyens du Dominion du Canada, la plus cordiale des bienvenues et de vous assurer que nous sommes toujours très heureux de rencontrer nos alliés des États-Unis dans la poursuite de la chanson, de l’art, et de tout ce qui peut embellir la vie humaine. Nous vous souhaitons chaleureusement la bienvenue. »

Même s'il y avait déjà une grande concurrence entre ces deux rivaux, la Edison Phonograph Company et la American Graphophone Company ont toutes deux accepté de permettre à un riche homme d'affaires, Jesse Lippincott, de fonder la North American Phonograph Co. en 1888; cette compagnie devait superviser un réseau de vente composé d'entreprises locales ayant un permis pour louer des phonographes et des graphophones comme machine à dicter. M. Lippincott a accepté d'investir 200 000 $ dans la American Graphophone Company et d'acheter 5 000 machines par année. Il a acheté le contrôle des brevets d'Edison pour 500 000 $, et Edison a mis sur pied la Edison Phonograph Works afin de fabriquer et de développer le phonographe. Toutefois, la compagnie de Lippincott est très vite vouée à l'échec et, en 1890, la North American Phonograph Company fit faillite. Edison, en tant que principal créancier, a repris l'exploitation de l'entreprise. Lorsqu'il s'est rendu compte qu'il ne pourrait pas affirmer son contrôle sur les détenteurs de permis locaux, il a réorganisé la compagnie et a fondé la National Phonograph Co. en 1896.

Entre temps, une des compagnies originales, fondée indépendamment de la North American Phonograph Co. et, de ce fait, à l'abri de la prise de contrôle par Edison, est devenue un chef de file dans l'enregistrement de cylindres pour les phonographes payants. Il s'agit de la Columbia Phonograph Co., et lorsque la North American Phonograph Co. a fait faillite, la Columbia est devenue le seul vendeur autorisé en Amérique du Nord.

Tandis qu'Edison était aux prises avec la faillite de la North American Phonograph Co. et que Columbia s'établissait comme joueur important, Berliner a sauté d'emblée dans le jeu et est venu compliquer la querelle. En 1893, il a établi la United States Gramophone Co. afin d'attirer les investisseurs pour le gramophone. Il a engagé les frères Fred et Will Gaisberg, anciens employés de Columbia qui possédaient déjà une certaine expérience de l'enregistrement et, ensemble, ils ont formé un syndicat financier basé à Philadelphie qui a accepté de verser 25 000 $ pour le financement de l'entreprise de Berliner. La Berliner Gram-o-phone Co. a été établie à Philadelphie pour fabriquer de l'équipement pour l'enregistrement sonore ainsi que des disques sous le permis de la United States Gramophone Co., qui a conservé le brevet du gramophone. Berliner et Gaisberg ont alors retenu les services de Frank Seaman pour qu'il se charge de la publicité, de la distribution et de la vente du gramophone. À cette fin, Seaman a formé une troisième compagnie appelée la National Gramophone Co. À la fin, la Berliner Gram-o-phone Company s'est retrouvée mêlée à une querelle judiciaire avec Seaman et la Universal Talking Machine Co. (une compagnie affiliée à la National Gramophone Co.), qui a expulsé Emile Berliner de l'industrie du gramophone aux États-Unis.

Berliner au Canada

En 1898, l'entreprise du gramophone était florissante et les dirigeants de Columbia commençaient à s'inquiéter. Peu disposée, ou peut-être incapable, de faire concurrence sur le marché sans un avantage supplémentaire, Columbia a décidé d'obtenir les brevets de Berliner. Une poursuite judiciaire complexe s'en est suivie, et a mis en cause non seulement la American Graphophone Co./Columbia Phonograph Co. et la Berliner Gram-o-phone Co., mais également Edison Phonograph Works, F.M. Prescott (un exportateur) et Frank Seaman. À la fin du conflit, le tribunal a émis une injonction empêchant Berliner d'utiliser le mot « gramophone » sur l'un ou l'autre de ses produits vendus aux États-Unis. Cette situation l'a poussé à fonder la compagnie E. Berliner Montreal, en 1899, qui détiendrait des droits exclusifs sur les gramophones et les disques au Canada (selon un brevet canadien obtenu en 1897), ainsi qu'à vendre les droits de ses brevets américains à son associé Eldridge Johnson, d'abord engagé par Berliner et Gaisberg pour concevoir un moteur efficace pour le gramophone. En 1901, Johnson a créé la Victor Talking Machine Co., et a repris les intérêts américains de Berliner. Pour l'instant, les relations entre Victor et les affiliés internationaux Berliner, y compris E. Berliner of Canada, étaient cordiales.

Selon la loi canadienne de l'époque, un brevet était protégé uniquement si le fabricant établissait la production au Canada, et Berliner ne demandait pas mieux que de s'y soumettre. Il a importé l'équipement des filiales américaines, a établi un atelier dans des locaux loués de Bell Telephone Co., et a ouvert un magasin au 2315-2316, rue Ste-Catherine, à Montréal. La compagnie a entrepris une campagne de promotion intense du gramophone en soulignant le volume, l'endurance et l'économie d'espace du disque par rapport au cylindre. La campagne de publicité a également servi à mettre les concurrents de Berliner en garde contre toute contrefaçon des brevets de la compagnie et à déconseiller les consommateurs d'acheter toute imitation d'équipement et d'enregistrements. Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour que E. Berliner, et Emmanuel Blout, engagé comme directeur général, deviennent prospères.

Il a été décidé d'incorporer l'entreprise et, en 1904, la Berliner Gram-o-phone Company of Canada a reçu une charte, dont les actionnaires étaient Emmanuel Blout, Joseph Sanders, Charles Gartshore, Robert Shaw et Herbert Samuel Berliner, fils d'Emile. Blout, Sanders et Herbert Berliner ont été nommés directeurs de la nouvelle société. Un studio d'enregistrement a été mis sur pied et, en 1906, une nouvelle usine a été construite à l'intersection des rues St-Antoine et Lenoir, un des premiers bâtiments en béton armé de Montréal. En 1909, la compagnie a subi une réorganisation et a été rebaptisée Berliner Gram-o-phone Company; Emile Berliner en a assumé la présidence, Herbert a été nommé vice-président et directeur général et le plus jeune fils d'Émile, Edgar, a été nommé secrétaire-trésorier. Blout est retourné aux États-Unis.

Malgré le fait que Columbia et Edison avaient déjà pénétré le marché canadien à ce moment-là, et que l'industrie serait bientôt accessible aux compagnies indépendantes en raison de l'expiration du brevet original, Berliner était nettement le chef de file dans l'industrie de l'enregistrement au Canada. En dehors des questions de commodité et de qualité, le statut de la compagnie peut être attribué à la conduite presque impitoyable de Berliner envers ses dépositaires. Pendant de nombreuses années, il a exigé que ses détaillants vendent uniquement des produits Berliner et qu'ils les vendent aux prix fixés par la compagnie. Malgré la résistance incroyable à cette politique manifestée par les marchands de disques, ainsi que dans un éditorial publié dans le Canadian Music Trades Journal (novembre 1914), contre lequel la compagnie a intenté une poursuite et a gagné, Berliner a refusé d'assouplir sa politique.

Au moment même où l'on assistait à une hausse des ventes, au cours de la Première guerre mondiale et immédiatement après, Herbert Berliner a décidé de réduire le nombre d'enregistrements importés des États-Unis par la compagnie dans le but de réduire les frais de droits d'auteur versés à Victor. En 1916, Herbert, par l'entremise d'une filiale, His Master's Voice, a introduit la série 216000 consacrée aux enregistrements canadiens. Plus tard, une série exclusivement canadienne-française a été lancée dans la série 263000 de HMV. Dès 1920, la majorité des disques de la Berliner Gram-o-phone Company étaient enregistrés et gravés au Canada. Victor a été vexé par cette situation et a dû exercer une pression considérable pour que Herbert Berliner quitte son poste de direction. La façon dont la compagnie est arrivée à ses fins restera toujours un mystère. Cependant, en 1921, Herbert Berliner a démissionné de la Berliner Gram-o-phone Company pour se consacrer à la Compo Company, de Lachine, au Québec, qu'il avait fondée de façon indépendante en 1918 pour fabriquer des disques pour d'autres étiquettes. Son jeune frère Edgar a assumé la présidence et la direction de Berliner; les séries HMV ont été éliminées graduellement et remplacées par les enregistrements Victor. En 1924, Victor a acquis des intérêts majoritaires dans la Berliner Gram-o-phone Company, et en a changé le nom pour la Victor Talking Machine Company of Canada. Edgar est demeuré président tandis que les autres directeurs étaient également des directeurs actifs de la compagnie américaine.

Even the formidable Victor Co. could not stand against the increasing predominance of radio in the sound recording business and, in 1929, RCA (Radio Corporation of America) Pourtant, même la formidable Victor Co. n'a pu résister à l'augmentation de la prédominance de la radio dans l'industrie de l'enregistrement sonore et, en 1929, RCA (Radio Corporation of America) a fusionné avec Victor, y compris avec la Victor Talking Machine of Canada, pour créer RCA Victor. Emile Berliner mourut la même année, à l'âge de 78 ans. L'année suivante, Edgar Berliner a démissionné de la présidence de Victor of Canada, rompant ainsi le dernier lien que la famille entretenait avec la compagnie et mettant réellement fin à la première époque de l'enregistrement sonore au Canada.

Nipper et La Voix de son Maître

Au cours des années 1890, l'artiste anglais Francis Barraud a peint un portrait du chien de son frère, Nipper, écoutant un phonographe avec curiosité. Barraud espérait vendre la peinture à une compagnie de phonographes, mais aucune ne s'est montrée intéressée à l'acheter. On lui a suggéré alors de changer la couleur noire du pavillon et de donner à celui-ci un fini laiton. Il s'est rendu au bureau de la Gramophone Company (Angleterre) pour emprunter une machine afin de l'utiliser comme modèle. Il a expliqué sa démarche en montrant une photo de sa peinture. Le directeur, Barry Owen, a aimé la peinture et lui a demandé si elle était à vendre. Barraud lui a dit qu'elle était effectivement à vendre. Owen s'est dit prêt à l'acheter si le peintre pouvait remplacer le phonographe par un gramophone.

Lorsque Emile Berliner s'est rendu en Angleterre en mai 1900 et qu'il a vu le portrait, il l'a aussitôt enregistré comme marque commerciale -- aux États-Unis le 26 mai et au Canada le 16 juillet. La Victor Talking Machine Company a commencé à en faire sa marque de commerce en 1902 et la Gramophone Company a fait de même en 1909.

La peinture originale est exposée dans les bureaux de EMI, le successeur de la Gramophone Company. Il s'agit de l'une des marques de commerce les plus reconnues et les plus précieuses du monde entier.

« Si Nipper savait cela, il agiterait fièrement sa petite queue. Il ne savait pas qu'il passerait à l'histoire. Moi non plus d'ailleurs. Nipper semble vouloir continuer à écouter pour l'éternité. » [traduction libre]

Francis Barraud, The Strand, 1916

La série des disques 78 tours de sept pouces de Berliner

Il est difficile, voire impossible d'établir une chronologie précise de l'évolution des premiers disques de Berliner. Bien que nous connaissions les dates d'enregistrement de la plupart des interprétations, rarement n'est indiquée la date de pressage ou de sortie. Des années pouvaient s'écouler entre la session d'enregistrement, la date de lancement et celle de la publicité du disque dans un journal. Pour compliquer davantage la situation, les numéros de tirage ont été réutilisés pour des interprétations similaires (p. ex., une même chanson enregistrée par un interprète différent ou par le même interprète, mais lors d'une autre occasion) et pour des interprétations tout à fait différentes (p. ex., l'enregistrement en anglais et en français de chansons différentes). On a utilisé simultanément divers types d'étiquettes et matériels d'enregistrement et il semble que l'on ait réédité certains disques sans modifier le numéro de tirage. Les documents provenant des registres de la compagnie qui auraient permis d'élucider la question ont été perdus lors du déménagement de RCA Victor of Canada de Montréal à Toronto en 1972; les documents d'archives ont malheureusement été détruits à cette occasion. Malgré tout, il est possible d'établir quelques tendances générales.

Les premiers disques de Berliner

Les premiers disques qu'a mis sur le marché Berliner étaient destinés à un gramophone commercialisé en Allemagne en 1889 en tant que jouet. Ces disques étaient en caoutchouc rigide de couleur noire et n'avaient que cinq pouces de diamètre. Bon nombre de ces disques visaient le marché pour enfants et reproduisaient les voix des « animaux de la ferme » (Grammophon 45 d'E. Berliner) et reprenaient des comptines telles que « Jack and Jill » (Grammophon 29 d'E. Berliner). Emile Berliner a même utilisé sa propre voix sur certaines de ces sélections. Bibliothèque et Archives Canada possède quelques-uns de ces disques dans sa collection.

Les disques noirs

Emile Berliner a commencé à graver des disques à Montréal le 2 janvier 1900. Les premiers disques de sept pouces de la série 78 tours canadiens de Berliner étaient noirs ou gris foncé. Enregistrés sur un seul côté, ils étaient dépourvus d'une étiquette en papier. Le dos était vierge, sans ornement. Le nom « E. Berliner's Gramophone » était imprimé au-dessus du trou central, tout comme les renseignements relatifs au brevet américain ou européen. Le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète, la date d'enregistrement ainsi que d'autres renseignements d'usage étaient inscrits à la main, plus bas. Sur la plupart des enregistrements faits à partir de disques originaux anglais apparaissait la marque du producteur anglais (un ange) sur l'aire de l'étiquette, à gauche du trou central. Sur d'autres, la marque était gravée dans les sillons. Habituellement à droite du trou central étaient imprimés des renseignements sur le brevet canadien, qui masquaient souvent d'autres renseignements. Les disques gravés à partir d'originaux des États-Unis étaient à peu près similaires, sauf qu'ils comportaient un numéro de tirage américain imprimé au bas de l'aire de l'étiquette et que ce numéro était raturé. Quelques-uns de ces disques portaient la marque de His Master's Voice (HMV) (le chien Nipper devant un gramophone) gravée dans les sillons.

Au cours de la période de transition entre les disques noirs sans étiquette et les disques bruns avec étiquette, il semble que certains disques noirs étaient munis d'une étiquette. Celle-ci était noire et le lettrage et les enjolivements, dorés. Au-dessus du trou central était imprimé « Improved Berliner Gram-O-phone Record » de façon fluide avec des lignes foliacées servant à séparer les mots. À gauche, on pouvait lire la mention « Made by E. Berliner » et, à droite, « Montreal, Canada ». Directement sous le trou étaient indiqués, dans l'ordre, la date du brevet canadien, le titre de la pièce enregistrée et le nom de l'interprète. Au bas de l'étiquette paraissait le numéro de tirage utilisé au Canada. Pour certains de ces enregistrements, une vignette donnant les paroles de la chanson était collée au dos du disque, alors que, pour d'autres, un motif de cercles concentriques y était gravé. On a cessé de graver des disques noirs vers 1903, mis à part une exception.

Les disques bruns

La plupart des disques dons la série des disques de sept pouces ont été pressés dans une laque brune (brun-rouge) ou marron (brun foncé). On a produit des disques de ces deux couleurs, ainsi que des disques noirs, jusque vers 1903, époque où l'on a arrêté de fabriquer des disques marron et noirs. Au début, la marque de HMV était estampillée en grand format au dos du disque, le nom « Berliner » était imprimé au haut du disque en forme d'arc et le mot « Gram-o-phone », au bas, en grandes lettres avec contour. Les deux mots étaient séparés de chaque côté par un astérisque.

Jusque vers le milieu de 1902, les disques bruns et marron étaient pourvus d'étiquettes portant des inscriptions en caractères enjolivés. Cependant, l'étiquette la plus courante, devenue presque la norme jusqu'en 1904, était en creux, de couleur noire ou brune; elle était recouverte de caractères estampillés de couleur or et avait une bordure dorée. La mention « Improved BerlinerGram-o-phone » était imprimée dans le haut de l'étiquette, décrivant un arc allant de 8 h à 16 h environ, et juste en dessous se trouvait le mot « Record », imprimé dans la même police de caractères. Directement au-dessus du trou, en petits caractères, on pouvait voir les mots « Manufactured by », ainsi que « E. Berliner » et « Montreal, Canada », placés de part et d'autre du trou avec la date du brevet canadien immédiatement en dessous. Un œillet en laiton protégeait le trou de l'usure. Dans le bas de l'étiquette étaient imprimés le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète et le numéro de tirage au Canada.

Cette étiquette a eu une variante remarquable : l'étiquette au motif tartan utilisée pour les enregistrements des Kilties de Belleville, en Ontario. Imprimées dans le même style que les étiquettes plus familières avec des caractères dorés sur fond brun, les étiquettes des Kilties avaient des caractères noirs imprimés sur un fond tartan, composé des couleurs rouge, vert lime, bleu pâle et noir. Bibliothèque et Archives Canada possède, en outre, un disque d'essai imprimé dans le même style, ayant les mêmes caractères noirs sur un fond de couleur brun jaune. Le nom de l'interprète (Miss Kellert) y est inscrit à la main, et il n'est fait aucune mention du titre ni du numéro de tirage.

Les derniers disques 78 tours de sept pouces

Lors de la réorganisation de la compagnie en 1904, on a changé le style de l'étiquette (bien que la transition de la vieille étiquette à la nouvelle semble s'être faite graduellement). Les nouvelles étiquettes étaient brunes et le lettrage et la bordure étaient dorés. Les mots « Gram-o-phone Record » étaient imprimés en forme d'arc dans le haut, de 10 h à 14 h, et la marque de HMV dominait la partie supérieure de l'étiquette. En bas du centre était inscrit le nouveau nom de la compagnie : « The Berliner Gram-o-phone Company of Canada, Ltd. ». Le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète et le numéro de tirage au Canada étaient imprimés en dessous en plus petits caractères.

Étiquette d'un disque noir de sept pouces comportant une bordure, une guirlande de feuilles d'érable et un lettrage dorés, dont la mention IMPERIAL RECORD

Étiquette non traditionnelle, produite entre 1904 et 1909 et portant la mention « Imperial Record »

Vers 1904, quelques disques de sept pouces ont paru sous l'étiquette Concert Record, habituellement réservée aux disques de dix pouces. L'étiquette était brune et se présentait avec une bordure et un lettrage dorés. Sur la moitié supérieure de l'étiquette, on retrouvait la marque de HMV, au-dessus de laquelle il était indiqué que le disque avait été gravé à partir d'un enregistrement Victor pour vente et usage au Canada seulement. Du côté droit du trou central figurait le mot « Concert » et du côté gauche, le mot « Record ». Sous le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète et le numéro de tirage au Canada était imprimé le nom de la compagnie. Vers 1907, plusieurs disques de huit pouces ont été gravés sous une étiquette de style presque identique. Sur cette étiquette, on a remplacé le mot « Concert » par « Victor »et l'on a ajouté« Grand Prize » autour du trou central.

Bibliothèque et Archives Canada a, dans sa collection, un disque noir de sept pouces pourvu d'une étiquette non conforme aux autres qui a dû être produite entre 1904 et 1909. L'étiquette est noire et comporte une bordure et un lettrage dorés. Dans le haut de l'étiquette, on peut voir, disposé en forme d'arc, un motif complexe composé de feuilles d'érable entrelacées sous lequel se trouve le nom de la compagnie (« The Berliner Gram-o-phone Company of Canada, Ltd. »). À gauche du trou central, on retrouve le mot « Imperial » et, à droite, le mot « Record ». Dans la partie inférieure de l'étiquette, on peut lire le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète et le numéro de tirage (précédé d'un « 0 »).

La série des disques de dix pouces de Berliners

Berliner Concert Grand (vers 1901-1903), Montréal

À partir de 1901, E. Berliner a commencé à produire des disques de dix pouces; ces disques, en plus d'avoir une plus longue durée de lecture, étaient de meilleure qualité que les disques de sept pouces. Les premiers disques de dix pouces de la série canadienne Berliner, fabriqués par E. Berliner entre 1901 et 1903, étaient étiquetés « BerlinerConcert Grand ». Ces disques le plus souvent bruns ou marron, mais parfois noirs, étaient munis d'une étiquette comportant une bordure et un lettrage dorés. Dans le haut de l'étiquette, formant un arc, paraissait l'inscription « Berliner Concert Grand » écrite en majuscules. Sous le demi-cercle créé par le nom de l'étiquette, on pouvait lire « Improved Gram-O-phone Record ». Juste au-dessus du trou central, protégé par une bordure en laiton, il était écrit « Manufactured by ». À gauche du trou figurait « E. Berliner, » et à droite, « Montreal, Canada. ». Directement sous le trou, on pouvait voir la mention du brevet canadien (« Patented, Feb. 24, 1897 ») et, plus bas, le titre de la pièce enregistrée et le nom de l'interprète. Dans le bas de l'étiquette se trouvait le numéro de tirage canadien. (N.B. : Il convient de noter que les numéros de tirage n'étaient pas nécessairement attribués par ordre chronologique; en effet, bon nombre d'enregistrements ont un numéro de tirage plus élevé que celui des enregistrements qui ont été réalisés après.)

Ces éléments constituaient la norme de l'étiquette de disque Berliner Concert Grand et, pourtant, en examinant des disques choisis au hasard parus sous cette étiquette, on a l'impression qu'il y a une grande variété dans la présentation attribuable à la diversité des polices de caractères utilisées pour imprimer le titre de la pièce enregistrée et le nom de l'interprète. À l'instar de certains des premiers disques de sept pouces, quelques disques de la série Berliner Concert Grand avaient une étiquette sur laquelle le titre était imprimé en caractères enjolivés, appelés ainsi en raison des faîtes décoratifs des lettres rondes comme le c et le s en forme de spirale dans les orifices. D'autres titres étaient écrits dans une police de caractères condensée de style western/espagnol ayant des empattements angulaires prononcés. On employait aussi couramment un caractère de style art nouveau qui comportait des empattements de forme ondulée et des points au centre des lettres rondes comme le o. Bon nombre de types de caractères utilisés étaient simples et sans ornement, alors que d'autres constituaient des variantes des polices de caractères les plus communes décrites ci-dessus. Parmi les types de caractères originaux, mentionnons la police de caractères de type gothique utilisée pour le titre The Sidewalks of New York du disque dont le numéro de tirage est 5140. La série Berliner Concert Grand comprend aussi deux disques des Kilties portant une étiquette imprimée en lettrage simple noir sur fond tartan.

Berliner Gram-o-phone Company of Canada, 1904-1908

En 1904, lors de la réorganisation de la compagnie E. Berliner en Berliner Gram-o-phone Company of Canada, on a uniformisé le style et les polices de caractères des étiquettes de disque Berliner, et l'on a adopté uniformément tout changement important pour tous les disques. (N.B. : Une seule anomalie existe dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. À l'instar de la série de sept pouces, la série de dix pouces de Berliner comporte un disque portant une étiquette Imperial Record. Cette étiquette est imprimée en or sur un champ noir et renferme une guirlande de feuilles d'érable entrelacées dans la partie supérieure et un numéro de tirage précédé d'un « 0 » (05905).) Seules de légères variations étaient acceptées; ainsi, l'omission ou l'insertion de renseignements sur l'interprète (p. ex., « ténor » ou « duo ») ou du nom du compositeur de la pièce semblent avoir été facultatives. Au cours de cette période (1904-1908), trois types d'étiquettes bien distincts se sont succédés dans une série. Ils peuvent se diviser en deux phases, la première étant Concert Record et la deuxième, Grand Prize.

Concert Record sans exposition (1904-1905)

Le premier type d'étiquette de la Berliner Gram-o-phone Company of Canada constitue le premier style d'étiquette de la série Concert Record. Ces étiquettes étaient généralement brunes et comportaient une bordure et un lettrage dorés, mais il y en avait aussi des noires avec un lettrage doré. La mention « Concert Record » en lettres majuscules pourvues de petits empattements angulaires figurait en arc dans le haut de l'étiquette, de 10 h à 14 h. Dans le demi-cercle formé du nom de l'étiquette se trouvait la marque de « His Master's Voice » (le chien Nipper devant un gramophone) de chaque côté de laquelle on pouvait lire les mots « Trade » et « Mark » écrits petites majuscules. En dessous du trou central (habituellement protégé par une bordure en laiton) était imprimé en majuscules sur deux lignes le nouveau nom de la maison, « Berliner Gram-o-phone Company of Canada ». « Patented Feb. 24, 1897 » paraissait en caractères plus petits sous le nom. Dans la partie inférieure du disque, on trouvait le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète et le numéro de tirage canadien. Quelquefois, le nom du compositeur était écrit entre parenthèses à droite du titre et, souvent, on retrouvait des renseignements sur l'interprète ou la pièce au-dessus et à droite du titre. L'une des premières étiquettes Concert Record qui se distinguent dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada contient des renseignements sur le titre de la pièce enregistrée et sur l'interprète en caractères chinois.

Concert Record et expositions de Buffalo et de St. Louis (1905)

Coïncidant avec la présentation de l'étiquette « Grand Prize » de la Victor Talking Machine Company en 1905, Berliner of Canada a changé l'étiquette Concert Record pour promouvoir les grands prix remportés aux expositions de Buffalo et de St. Louis de 1901 et de 1904 respectivement. Le style de la nouvelle étiquette diffère grandement de celui du premier type d'étiquette de la série Concert Record, clairement calqué sur le modèle de la série Berliner Concert Grand. L'étiquette Concert Record mentionnant les expositions est brune et présente une bordure et un lettrage dorés. Dans le haut de l'étiquette, en arc sur deux lignes, l'autorisation de vente se lit comme suit :

« This record is pressed from Victor Talking Machine Company's matrices. Licensed for sale and use in Canada only » [traduction : Ce disque est pressé à partir des matrices de la Victor Talking Machine Company. Vente et usage autorisés au Canada seulement].

Plus bas, dominant la partie supérieure de l'étiquette se trouvent la marque de HMV et, en dessous, la mention « His Master's Voice ». Les mentions « Trade Mark » et « Patented Feb. 24, 1897 » sont imprimées au-dessus du trou central, centrées par rapport à la marque de HMV. Dans une variante sans ornement de la police de caractères de style art nouveau que l'on retrouve pour certains titres de la série Berliner Concert Grand, les mots « Concert » et « Record » apparaissent de chaque côté du trou central. Dans la partie inférieure de l'étiquette figurent, dans l'ordre, le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète, le numéro de tirage canadien (parfois le même que celui de l'enregistrement Victor correspondant) ainsi que le nom de la maison et le lieu où elle est située (« Berliner Gram-o-phone Co. of Canada, Ltd. Montreal »). Juste en bas du mot « Concert », du côté gauche, il peut y avoir un autre numéro de tirage entre parenthèses (N.B. : Un certain nombre de disques Concert sont des rééditions d'enregistrements précédents et le numéro de tirage de l'étiquette principale (souvent dans la série 5000) est celui qui est imprimé entre parenthèses. Le nouveau numéro de tirage était d'habitude le même que le numéro de tirage américain correspondant. La même pratique a été suivie pour les étiquettes Berliner subséquentes et on peut le voir sur les étiquettes « Grand Prize » ultérieures) et à gauche de l'aire du titre de la pièce et du nom de l'interprète se trouve habituellement un numéro de code du prix (généralement « 2 »). Au bas de l'étiquette, le long de la bordure, on peut lire la déclaration promotionnelle suivante : « Awarded first prize, Buffalo and St. Louis Expositions » [traduction : Premier prix décerné aux expositions de Buffalo et de St. Louis]. Ce type d'étiquette Concert Record constituera le modèle de base de toutes les étiquettes de dix pouces subséquentes de Berliner jusqu'à la parution de l'étiquette « aile de chauve-souris » en 1914.

Étiquette « Grand Prize » et expositions de Buffalo, de St. Louis et de Portland (1905-1908)

Une vignette apposée au dos de certains disques « Grand Prize » mentionnant la ville de Portland renfermait des renseignements sur le brevet et l'autorisation de vente. Il y avait deux types de vignettes, les courtes et les longues, toutes deux datées du 1er mai 1908. Une grande partie du contenu de ces avis apparaîtra bientôt sur l'étiquette elle-même.

Vignettes de brevet au dos des disques

Affixed to the reverse of some Portland Grand Prize records were stickers containing patent and licensing information. There were two types of stickers: short and long, both dated May 1, 1908. Much of the content of these notices would soon appear on the label proper.

Étiquette « Grand Prize » de Victor, information relative aux licences (vignette courte) (1908)

À la fin de l'année 1908, un nouveau type d'étiquette « Grand Prize » faisait son apparition; l'étiquette était brune et le lettrage et la bordure, dorés; dans le haut de l'étiquette figurait un contrat de licence sur trois lignes :

« This record is licensed by us for sale and use only, when sold at not less than the price marked on the record and solely for the purpose of producing sound direct from the record. All parties violating or otherwise infringing upon our rights will be subject to suit and damages »
[traduction : Nous autorisons la vente et l'usage de ce disque seulement lorsqu'il est vendu à un prix qui égal ou supérieur à celui qui est affiché et uniquement dans le but de produire du son directement du disque. Toutes les parties qui violent ou transgressent nos droits feront l'objet d'une poursuite et de dommages et intérêts.]

Les mots « Trade Mark » étaient maintenant placés entre Nipper et le gramophone dans la marque de HMV, et les renseignements concernant le brevet, imprimés directement au-dessus des mots « Victor » et « Record », incluaient les dates de 1897 et de 1908. Dans une ligne incurvée au bas de l'étiquette, la maison Berliner déclarait ce qui suit : « This record is pressed from Victor Talking Machine Co. matrices. Licensed for sale and use in Canada only. » [traduction : Ce disque est pressé à partir des matrices de la Victor Talking Machine Co. Vente et usage autorisés au Canada seulement.]

Berliner Gram-o-phone, 1909-1923

Étiquette « Grand Prize » de Victor, information relative aux licences (vignette courte) (1909)

On a continué à produire l'étiquette « Grand Prize » renfermant des renseignements sur l'autorisation de vente après la réorganisation de la Berliner Gram-o-phone Company of Canada en Berliner Gram-o-phone en 1909. Berliner Gram-o-phone Co. Ltd. de Montréal y figurait en tant que fabricant, mais, autrement, il y a peu de différences en comparaison avec les étiquettes tirées l'année précédente. La seule autre différence qu'on a relevée est le fait que quelques étiquettes ultérieures sont noires avec un lettrage doré, alors que les disques noirs ont commencé à remplacer les bruns qui prévalaient auparavant. (N.B. : Quelquefois un disque noir enregistré par la Berliner Gram-o-phone Company pouvait être mis en vente sous une étiquette brune de la Berliner Gram-o-phone Company of Canada produite pour un enregistrement précédent de la sélection. Par conséquent, il ne faut pas se fier à l'étiquette d'un disque pour dater le lancement du disque.)

Étiquette « Grand Prize » de Victor, information relative aux licences (vignette longue) (vers 1910)

Peu de temps après le 1er juillet 1910, l'étiquette « Grand Prize  »a changé une autre fois. Le nom de l'étiquette (Victor Record) était imprimé dans un nouveau type de caractères sans empattement et à l'allure moderne. L'autorisation de vente et d'usage au Canada a été déplacée dans le haut de l'étiquette. La mention « Reg'd in Ag. Dept. » était imprimée sous « Trade Mark » situé sur la marque de HMV. La phrase suivante était écrite sur quatre lignes incurvées au bas de l'étiquette :

« This patented record is covered and made under our Canadian patents, among others No. 57078, dated Feb. 24, 1897, issued to Emile Berliner, and is licensed by us for sale and use only when sold at retail at a price not less than the price marked upon this record and only for the purpose of producing sound directly from the record, and for no other purpose. This license is good only so long as this label remains on this record, unaltered and undefaced. A purchase is an acceptance of these terms. Berliner Gram-o-phone Co. Limited, July 1, 1910. »
[traduction : Ce disque breveté est couvert et fabriqué en vertu de nos brevets canadiens, entre autres, le no 57078 daté du 24 févr. 1897, délivré à Emile Berliner. La vente et l'usage de ce disque sont autorisés seulement lorsque le disque est vendu à un prix de détail égal ou supérieur au prix affiché et uniquement dans le but de produire du son directement du disque et pour aucune autre raison. Cette autorisation prévaut aussi longtemps que cette étiquette sur ce disque demeure inchangée, authentique et non mutilée. Un achat constitue une acceptation de ces conditions. Berliner Gram-o-phone Co. Limited, le 1er juillet 1910.]

Un de ces disques de la collection de Bibliothèque et Archives Canada est muni d'une vignette au dos qui décrit la pièce et son contexte par rapport à l'ouvrage plus vaste d'où il provient.

Étiquette « Grand Prize » « His Master's Voice » de Victor (vers 1911)

La dernière édition d'une étiquette « Grand Prize » de cette série conservée à Bibliothèque et Archives Canada est une étiquette noire munie d'une large bordure et d'un lettrage dorés. En haut, en une ligne courbe, se trouve une variante de l'autorisation de vente Victor :

« This record is licensed by the Victor Talking Machine Co. for sale and use in Canada only » [traduction : La Victor Talking Machine Co. autorise la vente et l'usage de ce disque au Canada seulement].

Plus bas se trouve la sous-étiquette « His Master's Voice » entre guillemets et dans une typographie légèrement plus petite que l'étiquette transcrite « Victor Record » qui apparaît dans sa position coutumière, au même niveau que le trou central. Les mentions « Trade Mark » et « Reg'd in Ag. Dept. » sont placées respectivement de chaque côté de la marque de HMV. L'avis légal de quatre lignes, par ailleurs identique à celui de juillet 1910, est daté du 1er oct. 1911.

Étiquette « aile de chauve-souris » (1914)

En janvier 1914, la Victor Talking Machine Company revoyait son style d'étiquette et la Berliner Gram-o-phone Company a fait de même. La nouvelle étiquette se caractérise surtout par un arc placé au-dessus de la marque de HMV dans le haut de l'étiquette, formé de deux prolongements triangulaires complétant la bordure, qui donnent l'impression d'une aile de chauve-souris. La mention « Trade Mark » a disparu de la marque de HMV et a été remplacée par la mention « Copyright », placée au-dessus de l'illustration. La mention « Reg'd in Ag. Dept. » est imprimée entre Nipper et le gramophone. Cette série comprend deux types d'étiquettes « aile de chauve-souris » : l'étiquette « His Master's Voice » et l'étiquette « His Master's Voice Victor ».

Étiquette « His Master's Voice » « aile de chauve-souris »

Sur cette étiquette, « His Master's Voice » est écrit en grosses lettres dans la partie supérieure de l'étiquette. Sur une seule ligne incurvée au bas de l'étiquette, du « H » à 10 h au « e » à 14 h, est imprimé « Patented 1903, 1908. Pressed from Victor Talking Machine matrices for sale & use in Canada only. Licensed for sale only at price marked hereon. » [traduction : Breveté 1903, 1908. Pressé à partir des matrices de la Victor Talking Machine pour vente et usage au Canada seulement. Vente autorisée seulement au prix affiché sur ce disque.] Le titre de la pièce enregistrée, le nom de l'interprète, le numéro de tirage et le prix apparaissent de la même façon que sur les étiquettes « Grand Prize » les plus récentes.

Étiquette « His Master's Voice » de Victor « aile de chauve-souris »

Sur cette étiquette figure le mot « Victor » au-dessus du trou central, dans le même type de caractère que « His Master's Voice », mais dans une taille beaucoup plus petite. On peut y lire aussi :

« This record is pressed from Victor Talking Machine matrices for sale & use in Canada only. Sold under conditions printed on envelope » [traduction : Ce disque est pressé à partir des matrices de la Victor Talking Machine pour vente et usage au Canada seulement. Vendu sous les conditions imprimées sur l'enveloppe.]

Compo Company Limited

Compagnie spécialisée dans le pressage, la production et la distribution de disques et de produits dérivés (transcriptions radio, cylindres pour dictaphones)

Historique de la formation

Emile Berliner (1851-1929) a obtenu en 1897 le brevet canadien sur la gravure latérale. La période d'exclusivité de vingt ans allait prendre fin en 1917 et il était évident que plusieurs compagnies américaines allaient mettre sur le marché canadien des disques à gravure latérale. La famille Berliner possédait à Montréal depuis le début du siècle la plus importante usine de pressage de disques au Canada. Son âme dirigeante, Herbert Samuel Berliner (1882-1966), fils aîné d'Emile Berliner, croyait que l'entreprise familiale pouvait desservir adéquatement cette nouvelle clientèle. Mais la Berliner Gram-o-phone n'avait eu jusque-là qu'un seul client, la Victor Talking Machine de Camden (New Jersey), la plus importante compagnie de disques au monde. Emile Berliner avait participé à sa fondation, avec son ami Eldridge Reeves Johnson (1867-1934) en 1901, et la Berliner Gram-o-phone de Montréal était devenue le presseur et le distributeur exclusif des produits Victor au Canada.

Victor et Columbia se partageaient aux États-Unis le brevet de la gravure latérale, brevet dont la période de protection dans ce pays allait prendre fin en 1922… théoriquement. Car plusieurs petites compagnies (Emerson, Gennett, Brunswick, Okeh) commençaient déjà à contester ouvertement la validité de ce brevet conjoint. Forts de leur situation de quasi-monopole, Victor et Columbia avaient gardé élevés les prix des disques. L'apparition de ces nouveaux concurrents risquait de provoquer une guerre de prix (ce qui arriva effectivement au début des années 1920). Il n'était donc pas question que Victor ou l'un de ses partenaires aide ces nouveaux rivaux de quelque façon que ce soit.

Mais Herbert Berliner n'allait pas pour autant laisser passer cette occasion d'affaires. À l'automne de 1918, il installe quelques presses excédentaires de la BGC dans un atelier au 131, 18e Avenue, à Lachine (maintenant un arrondissement de Montréal). Il signe un bail de cinq ans et fonde la Compo Company Limited (on n'a jamais su la signification de ce nom). Au début de 1919, il fait paraître des publicités qui présentent Compo comme « la première usine canadienne indépendante de pressage de disques ». S'adressant manifestement à des clients américains, il leur fait valoir qu'ils peuvent réduire substantiellement leurs frais de douane sur les produits importés en faisant presser leurs disques au Canada. Ils n'ont qu'à fournir la matrice, Compo s'occupe du reste.

Les deux premiers clients de Compo étaient déjà actifs au Canada. La Pollock Manufacturing Company de Berlin (Kitchener), en Ontario, distribuait au Canada depuis 1914 les disques à gravure verticale des compagnies européennes Odeon, Fonotipia et Jumbo. Au printemps de 1918, Arthur B. Pollock signe une entente avec la Otto Heineman Phonograph Supply de New York et fonde, en mai, la Phonola Company of Canada. Compo obtient, au début de 1919, le contrat de pressage des nouveaux Phonola à gravure latérale. Quelques mois plus tard, Compo signe sa première entente d'importance avec la Starr Company of Canada, filiale de la Starr Piano Company de Richmond (Indiana), pour le pressage de disques à gravure latérale de marque Gennett à partir de matrices américaines. Le président canadien de Starr, Wilfred D. Stevenson, charge le gérant général Roméo Beaudry (1882-1932) du développement du marché francophone.

Pendant ce temps, Herbert Berliner lance deux séries His Master's Voice, l'une anglophone (216000) et l'autre francophone (263000), qui prennent tellement d'ampleur que l'usine Berliner de Montréal ne presse presque plus de disques Victor. La compagnie américaine exerce des pressions qui engendrent un conflit interne dans la famille Berliner. En mars 1921, Herbert démissionne de son poste de vice-président, amenant avec lui chez Compo Thomas Nash (Canadian Music Trades Journal, avril 1921, p. 92), gérant général de His Master's Voice, Reginald Chilvers, gérant des ventes, Daniel St. Eve, directeur de l'usine de pressage, Elmer Avery, ingénieur du son, et Henri Miro, directeur musical. Que tous ces cadres de haut niveau quittent spontanément la plus importante compagnie de disques au Canada pour plonger dans l'aventure de Compo illustre de façon éloquente le degré de loyauté que suscitait Herbert Berliner chez ses collaborateurs.

La Sun/Compo

Sans perdre de temps, l'aîné des Berliner lance la nouvelle étiquette Sun, qui a son siège social au 210, rue Adelaide Ouest, à Toronto. Thomas Nash, qui avait mis sur pied le formidable réseau HMV au Canada, en prend la direction et commence à mettre en place la Canada Sales Limited, compagnie qui assurera la distribution des produits de Compo. Il conclut une entente avec la compagnie américaine Okeh pour faire paraître ses enregistrements au Canada sur étiquette Sun. John McWilliams assure la gérance de l'usine de Compo à Lachine, tandis que Reginald Chilvers s'occupe du marketing.

Durant l'été, HS Berliner établit un studio d'enregistrement à Montréal au 117, rue Metcalfe, et lance en juillet l'étiquette Apex. En avril 1922, Compo obtient une nouvelle charte qui lui permet d'œuvrer « dans tout le Dominion ». Le nouveau bureau de direction se compose comme suit : Herbert S. Berliner, président; Thomas Nash, vice-président; J. Olmstead, secrétaire; John McWilliams, trésorier; Fred Friedberg, Elmer Avery et Daniel St. Ive, directeurs.

La production anglophone

La production anglophone de Compo est essentiellement concentrée dans les années 1920. La compagnie crée quatre étiquettes : Sun, Apex, Ajax et Radia-Tone. Pendant les quelques mois de son existence comme étiquette de disques, Sun ne fait paraître que des enregistrements étrangers. La présence canadienne sur Apex est beaucoup plus importante. La série 500 (environ 300 parutions entre 1921 et 1925) offre notamment des enregistrements de Ben Hokea, de Harry Thomas, de Willie Eckstein, d'Henri Miro, d'Ernest-Gill Plamondon, d'Al Edward, de Placide Morency, de Joseph Beaulieu, de Ruthven McDonald, de Vera Guilaroff et de l'Adanac Quartet. La série Apex Electrophonic 26000 (environ 155 parutions entre 1925 et 1930) comprend notamment des enregistrements de Willie Eckstein et de Léo Lesieur. Voulant capitaliser sur les marchés ethniques, Compo lance, en septembre 1923, l'étiquette Ajax destinée au marché « de couleur » américain. Louant un studio au 240, 55e Rue Ouest, à New York, la compagnie enregistre quelques musiciens de jazz, dont la chanteuse Mamie Smith, l'orchestre de Fletcher Henderson et le pianiste ontarien Lou Hooper. Ajax enregistre également à Montréal le Chicago Novelty Orchestra et son pianiste et leader, Millard Thomas. L'entreprise n'est pas couronnée du succès espéré et, moins d'un an plus tard, Ajax offre des enregistrements d'artistes blancs dans un effort ultime pour sauver l'étiquette, qui disparaîtra finalement à l'été 1925 après 135 productions.

Herbert Berliner s'intéresse beaucoup à la radio. Il organise des diffusions de musique enregistrée (par HMV évidemment) sur les ondes de la station CFCF de Montréal dès décembre 1920. (N.B. : « Montreal Men Hear Phonograph Programme by Wireless Telephone » du Canadian Music Trades Journal de décembre 1920, p. 88) Croyant qu'il pouvait y avoir un marché pour des émissions de radio gravées sur disque, il crée la série Radia-Tone 2500. Il y fait paraître à l'automne de 1925 des extraits d'un service religieux tenu à l'American Presbyterian Church de Montréal et d'un discours de Mackenzie King, alors premier ministre du Canada.

Il semble à peu près certain que l'Apex Record de Boston, qui distribuait en Nouvelle-Angleterre (1922-1926) les disques de Compo, appartenait à Herbert Berliner, lui-même né en banlieue de Boston. C'est Columbia Phonograph de New York qui assure cette distribution, avec sa série 34000F, de 1926 à 1932. Les bureaux de Sun à Toronto ferment en 1930 et la production anglophone originale cesse chez Compo.

Il arrive assez souvent que, parmi les productions étrangères, de nombreuses étiquettes pressées par Compo au fil des ans se glissent des productions originales de Compo. Malheureusement, le fait n'est que rarement indiqué et les noms des artistes sont souvent remplacés par des pseudonymes. Une étude plus détaillée pourrait peut-être permettre d'identifier les artistes canadiens.

La production francophone

Compo constitue la compagnie la plus active dans le secteur francophone au Canada pendant plus de 50 ans. Dès 1920, Roméo Beaudry met sur pied la filiale Starr Phonograph Company of Quebec (N.B. La compagnie a ses bureaux au 1600, boulevard Saint-Laurent, à Montréal, dès sa fondation en 1920, puis elle emménage au 1200, rue Amherst, à Montréal) et lance la série Starr 11000 qui ne comprend au départ que des artistes québécois (Pellerin, Germain, Lapierre…). Mais à la suite d'un voyage en France à l'été 1920, Beaudry inclut des artistes français à cette série. Il est à peu près certain que Beaudry utilise les studios de la Berliner Gram-o-phone pour enregistrer ses artistes francophones de Starr. Lorsque Herbert Berliner ouvre les nouveaux studios de Compo au 117, rue Metcalfe, Beaudry y transporte ses artistes et crée alors la série 12000, qui devient 15000 avec les premiers enregistrements électriques. Si l'on ajoute à ces séries les enregistrements classiques de la série 18000, les disques pour enfants de la série Mignon et les rééditions « double longueur », Compo aura édité plus de 2500 disques francophones entre 1920 et 1959! On y trouve les plus grands noms du folklore (Mary Bolduc, Ovila Légaré, Eugène Daigneault, Charles Marchand, Isidore Soucy, Alfred Montmarquette, Tommy Duchesne…), de l'art lyrique (Rodolphe Plamondon, Lionel Daunais, Placide Morency, Hercule Lavoie…), de la chanson populaire (Hector Pellerin, Hervey Germain, Albert Marier, Roméo Mousseau, Fernand Perron, Ludovic Huot, Lionel Parent, Jacques Aubert) et du country (Marcel Martel, le soldat Lebrun).

Lorsque la Starr Phonograph of Canada quitte le domaine du disque en 1925, l'étiquette Starr est rachetée par Compo, probablement en partenariat avec Roméo Beaudry. Après le décès de celui-ci en mai 1932, Compo semble être devenu le seul propriétaire. Malgré d'énormes difficultés causées par la crise de 1929, Compo ne cesse en aucun moment de produire du nouveau matériel. Mais la production, qui dépassait deux disques par semaine en 1930, tombe à un disque par mois en 1933 et 1934! Avec RCA Victor du Canada, Compo est la seule compagnie de disques canadienne à survivre à la crise économique de 1929. Mais pour ce faire, elle utilise ses installations d'enregistrements pour réaliser des transcriptions d'émissions de radio et des cylindres pour les dictaphones. (Canadian Music Trades Journal, avril 1932, p. 19.) Après quelques modifications, l'usine de Lachine presse même des tuiles pour les planchers! En 1934, Herbert Berliner aurait pu acheter pour seulement 75 000 $ le catalogue de Columbia, alors en faillite, mais lui-même aux prises avec des difficultés financières, il ne peut trouver la somme demandée.

En 1935, Herbert Berliner signe un important contrat de pressage avec Decca (États-Unis), contrat qui remet sa compagnie de Lachine sur le chemin de la rentabilité. Probablement au début des années 1940, Compo emménage dans des locaux beaucoup plus vastes au 2377, rue Remembrance (près de la 24e Avenue, à Lachine). Decca deviendra presque le seul client de Compo jusqu'à la fin des années 1940, alors que de nombreuses petites compagnies font leur apparition au Canada et aux États-Unis. Compo presse alors certaines étiquettes comme Varsity, Tempo et Gavotte, bien que nous ne sachions pas si la compagnie de Lachine s'occupe également de la distribution. Compo presse également des disques pour d'autres compagnies sans que le fait soit toujours indiqué sur les disques. Dans les années 1950, Compo presse de plus en plus de disques de compagnies américaines -- plus de 25 dans les années 1960, comprenant Warner Brothers, Cadence, Roulette et United Artists.

En 1951, se croyant atteint d'un cancer, Herbert Berliner vend sa compagnie à Decca; celle-ci fait disparaître l'étiquette Starr pour la remplacer par l'étiquette Apex français, mais sans changer la séquence de la série alors en cours. En 1956, on crée la série Apex 13000 qui servait au début à éditer au Canada des productions francophones des filiales de Decca en Europe. Le producteur Yvan Dufresne prend charge du secteur « Variétés » en 1956 et lui donne une expansion impressionnante. Il met sous contrat, au fil des ans, Michel Louvain, Pierre Lalonde, Ginette Reno, Donald Lautrec, Jenny Rock, les Hou-Lops et plusieurs des plus grandes vedettes francophones de l'époque. À compter de 1960, Compo édite, sous l'étiquette Carnaval, plus de 120 microsillons comprenant des enregistrements des catalogues Starr et Apex.

En 1963, Compo passe aux mains de Music Corporation of America (MCA) lorsque cette compagnie achète les actifs de Decca. Les nouveaux propriétaires ouvrent une deuxième usine de pressage au 3400, Montreal Road, à Cornwall (Ontario). Entre 1966 et 1970, MCA édite, sous l'étiquette Lero, près de 80 albums du catalogue Apex français des années 1960 et des enregistrements réalisés en Europe. MCA met fin à la production francophone d'Apex en 1970 et ferme l'usine de Lachine. De nouvelles rééditions d'enregistrements du catalogue Starr paraissent sous l'étiquette MCA/Coral sur disques vinyles dans les années 1970, cassettes 4 pistes dans les années 1980 et disques audionumériques dans les années 1990. MCA ferme l'usine de pressage de Cornwall en 1976. Le 1er janvier 1991, MCA est vendu au géant japonais de l'électronique Matsushita Electric Industrial Company Limited. En 1995, Edgar Bronfman se porte acquéreur de 80 pour 100 des actions de MCA et l'intègre aux Universal Studios l'année suivante. En 2001, Universal fusionne avec le géant français du divertissement Vivandi pour former Vivandi-Universal.

La pressage et distribution

Bien que ses activités de production d'enregistrements canadiens soient constantes de 1919 à 1970, Compo tire la plus grande partie de ses revenus de ses activités de pressage et de distribution. Voici une liste des principaux clients de Compo entre 1919 et 1950 :

  • Phonola (1919-1921)
  • Gennett, Starr-Gennett (1919-1925)
  • Domino (1925 à 1930, de couleur brun ocre, budget)
  • Lucky Strike (1925-1929, budget)
  • Microphone (1925, budget)
  • Brunswick (1932-1934,1943-1960)
  • Melotone (1931-1942)
  • Crown (1930-1936, budget)
  • Decca (1936-1970)
  • Minerva (1935-1942, pour les magasins à rayons Eaton)
  • Royal (1930-1936, budget)

Compo presse également les disques de clients occasionnels, tels Hectrola, Hydrola, Operaphone, Canadian Music Lovers Library, Famous Artists (vers 1932), Tempo et Gavotte (pour l'éditeur Gordon V. Thompson), en plus de disques privés pour des particuliers et des groupes religieux, commerciaux, politiques et autres. Du début des années 1930 jusqu'à 1960, Compo produit également des disques destinés à la radio. On y trouve des messages publicitaires, religieux, politiques ou autres, des effets sonores, des indicatifs et tout ce qui doit être diffusé fréquemment sur les ondes. Entre 1924 et 1927, la compagnie de Lachine presse même des disques sous diverses étiquettes, dont Palings, Leonora et Beeda, pour des compagnies de Nouvelle-Zélande et d'Australie!

Sous l'étiquette Apex, Compo met en marché les séries 8000 (1923-1929) et 41000 (1929-1932) qui reproduisent des enregistrements provenant des compagnies américaines Plaza, Olympic, Emerson, Paramount et du groupe American Record Company, avec quelques sélections produites par Compo. Ces disques ne mentionnent presque jamais la source et il arrive fréquemment que les noms des artistes originaux soient changés.

Herbert S. Berliner, le père de l'industrie du disque au Canada

L'histoire de Compo est avant tout celle d'Herbert Samuel Berliner. Reconnu dès son jeune âge comme un spécialiste de l'enregistrement sonore, Herbert Berliner a réalisé les premiers enregistrements au Canada avec des artistes locaux chez Berliner en 1903, a mis sur pied le formidable réseau de distribution His Master's Voice à travers le Canada et a créé les séries HMV 216000 et HMV 263000 qui mettent de l'avant des artistes canadiens. Il s'intéresse à l'enregistrement électrique dès le début des années 1920 et lance au Canada les premiers disques enregistrés avec ce système avant Columbia et Victor. Dès 1929, il réalise des enregistrements expérimentaux à 33 1/3 RPM. Compo presse dès 1944 des disques en vinylite, substance que Columbia utilisera quatre ans plus tard pour ses nouveaux microsillons.

Herbert Berliner est tout au long de sa vie un innovateur et un visionnaire. R.S. Chislett, gérant général de Compo pendant 35 ans, a dit de lui : « C'était un homme très très dévoué. Les disques étaient toute sa vie, et je ne parle pas ici de l'aspect monétaire, mais du simple fait de produire les meilleurs disques possible. » [traduction libre] (A  Hundred Years of Recorded Sound, 1877-1977, Toronto, Ihor Todoruk, 1977, p. 4.) Herbert Berliner a presque 70 ans lorsqu'il vend sa compagnie à Decca. Mais lorsqu'il découvre qu'il n'est effectivement pas atteint du cancer, il regrette amèrement cette vente. Il demeure malgré tout attaché à Compo jusqu'à son décès en 1966, mais il devient aigri et solitaire. Triste fin pour celui qui doit être considéré, à juste titre, comme le père de l'industrie du disque au Canada.

Un certain nombre de matrices de Compo ainsi que les registres des sessions d'enregistrements (y compris les dates) sont conservés à Bibliothèque et Archives Canada.

Source: Notes de recherche inédites par Robert Thérien, chercheur en musique, Montréal

Date de modification :