L'histoire de l'enregistrement sonore au Canada

Les premiers enregistrements sonores et l'invention du gramophone

On peut dire que l'histoire de l'enregistrement sonore au Canada a commencé le 17 mai 1878 par une démonstration de la machine parlante nouvellement inventée par Edison, à savoir le phonographe, à la résidence du gouverneur général à Ottawa. Le comte de Dufferin et ses invités ont parlé grec et ont chanté des chansons populaires, puis ils ont écouté la reproduction de leur voix par la machine. Même si la nouvelle invention a été accueillie avec stupéfaction et joie (et dans l'intérêt des premiers ethnologues qui ont entrepris d'enregistrer le langage et la musique des autochtones), l'enregistrement sonore n'est devenu une forme de divertissement qui a remporté un succès commercial qu'à l'arrivée d'Emile Berliner et de son gramophone.

M. Berliner est né à Hanovre, en Allemagne, en 1851. À la fin de ses études, en 1865, il a été apprenti peintre. En 1870, il a immigré aux États-Unis et s'est tout d'abord établi à New York, où il a effectué de petits travaux afin d'assurer sa subsistance. En 1877, il a décidé de déménager à Washington, D.C., car on lui avait offert un emploi de commis dans une mercerie dont le propriétaire était un compatriote allemand.

C'est durant cette période que M. Berliner a commencé à expérimenter avec la technologie associée au téléphone nouvellement inventé. Il a conçu et fait breveter un émetteur avec pastille de carbone en 1877 (N.B. : Thomas Edison a breveté un émetteur similaire, ou microphone, la même année et une certaine controverse règne à savoir à qui doit être attribué l'invention du microphone.) qui a été acheté par Alexander Graham Bell pour la somme de 100 000 $ et de 5 000 $ par année pour garder Berliner sous contrat. Cet argent a permis à Berliner de se consacrer exclusivement à la création du gramophone.

Les idées et les principes démontrés d'une manière pratique sur lesquels Berliner a basé son invention étaient connus depuis fort longtemps. Le son produit des vibrations qui, à leur tour, impriment un mouvement à une aiguille reliée à un diaphragme qui se déplace ensuite sur une surface en rotation selon un mode oscillatoire. Lorsque l'aiguille se déplace dans le sillon gravé par la vibration acoustique, le son est alors reproduit. La première machine documentée qui a enregistré les ondes acoustiques était le phonautographe du Français Léon Scott de Martinville, en 1857. L'appareil était composé d'un diaphragme et d'une soie de sanglier qui traçaient une ligne sinueuse latérale sur un cylindre actionné manuellement et enrobé de noir de lampe. Malgré le fait que le phonautographe créait un analogue visuel des ondes acoustiques, la machine ne pouvait pas reproduire ces sons.

Vingt ans plus tard, Thomas Edison, fils de parents canadiens, a inventé le phonographe alors qu'il travaillait sur le télégraphe à répétition. Le premier phonographe était doté d'un cylindre recouvert d'une feuille d'étain et monté sur une vis à manivelle. Il possédait un style rigide qui, contrairement aux styles du phonautographe et, plus tard, du gramophone, gravait le sillon à la verticale. Edison a breveté son invention en 1878 et, assuré de sa protection, l'a abandonné pour se consacrer à l'invention de l'ampoule à incandescence.

En 1880, Alexander Graham Bell a créé un établissement de recherches en électroacoustique à Washington, D.C. (la Volta Laboratory Association) avec l'argent qu'il avait reçu de l'Académie des sciences de la France en reconnaissance de l'invention du téléphone.

Il a engagé son cousin, Chichester Bell, ainsi qu'un scientifique anglais, Charles Sumner Tainter, qui a vite fait de détourner leur attention vers la conception d'un phonographe amélioré basé sur le brevet anglais d'Edison daté de 1878. En 1885 et 1886 respectivement, ils ont obtenu un brevet d'invention canadien et américain pour leur machine, qu'ils ont baptisée graphophone. Il ressemblait au phonographe mais comptait quelques améliorations importantes. Au lieu d'une feuille d'étain, qui était difficile à enlever et à remplacer sans endommager l'enregistrement, Bell et Tainter ont utilisé des cylindres de carton enrobés de cire. En plus de la plus grande facilité de manipulation, l'utilisation de la cire permettait également de produire un enregistrement de qualité supérieure et permettait une utilisation plus longue. De plus, Bell et Tainter ont utilisé un mécanisme d'horlogerie, une pédale et, par la suite, un moteur électrique au lieu de la manivelle d'Edison.

 

Edison et Volta Associates percevaient la machine parlante principalement comme un outil de travail, une machine à dicter qui pourrait remplacer les sténographes. Lorsque Berliner a entrepris de développer le gramophone, il a décidé d'approcher la technologie d'un point de vue différent, ce qui lui a permis de contourner entièrement les brevets d'Edison et de Bell-Tainter. Il s'est inspiré du phonautographe et a conçu une machine qui utilisait des disques au lieu de cylindres, et un enregistrement latéral au lieu de vertical. Selon le processus de Berliner, le tracé sonore était tout d'abord dessiné côte-à-côte, en spirale, sur un disque de zinc, puis, ce disque original était plaqué par galvanoplastie afin de créer un négatif qui servait ensuite à graver des copies dans un caoutchouc vulcanisé (et plus tard dans une laque) - un procédé mieux adapté à la production de masse de cette forme de divertissement musical.

Chronologie de la technologie and de l'industrie du son

Année Compagnie / individuel ou invention Événement
1847 Thomas Alva Edison Naît à Milan, en Ohio
1847 Alexander Graham Bell Naît
1848 Chichester Alexander Bell Naît
1851 Emile Berliner Naît à Hanovre, en Allemagne
1857 Phonautographe Premier enregistrement documenté des ondes sonores par le phonautographe, inventé par Léon Scott de Martinville.
1876 Alexander Graham Bell Alexander Graham Bell brevette le microphone magnétique ou microphone à réluctance.
1877 Charles Cros Charles Cros dépose une enveloppe scellée à l'Académie des sciences, de France, dans laquelle il décrit une méthode d'enregistrement du son au moyen d'un sillon en spirale sur un disque à l'aide de la photogravure.
1877 Thomas Edison Thomas Edison dessine les premières ébauches du phonographe, qu'il a conçu pendant qu'il inventait le télégraphe.
1877 Phonographe Un article annonçant les divers usages du phonographe paraît dans la revue Scientific American.
1877 Phonographe Le phonographe est combiné à un cylindre de cuivre recouvert d'étain.
1877 Emile Berliner et Thomas Edison Emile Berliner et Thomas Edison inventent tous deux le microphone à carbone (transmetteur à contact décollé).
1878 Edison Speaking Phonograph Company Composée de cinq détenteurs d'actions, dont Gardiner G. Hubbard (le beau-père d'Alexander Graham Bell), la compagnie achète les droits d'auteur du phonographe à recouvrement d'étain pour la somme de 10 000 $, et la garantie de 20 % des profits à venir. Celle-ci cède des options de démonstration à des fins de promotion.
1878 Edison Speaking Phonograph Company Thomas Edison brevette le phonographe aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada.
1878 Phonographe À la résidence du gouverneur-général (Rideau Hall), à Ottawa, au Canada, a lieu une démonstration du phonographe.
1880 Volta Laboratory Association Grâce à de l'argent décerné par l'Académie des sciences de France, Alexander Graham Bell établit la Volta Laboratory Association, une installation de recherches en électro-acoustique.
1881 Chichester Bell et Charles Sumner Tainter Chichester Bell et Charles Sumner Tainter développent un appareil qui améliore le phonographe. Ils nomment cet appareil, graphophone.
1881 Graphophone Le graphophone a recours à un cylindre de cire d'abeilles ou de carnuba sur fond de carton
1882 Herbert Berliner Naissance d'Herbert Berliner
1885 Volta Graphophone Company Établie par M. Bell et ses associés afin de faire la démonstration et la promotion du graphophone.
1885 Graphophone Émission d'un brevet canadien pour le graphophone
1886 American Graphophone Company Établie par MM. Bell et Tainter dans un but de fabrication et de vente de graphophones aux États-Unis et au Canada en vertu d'un contrat de licence avec la Volta Graphophone Co.
1886 Graphophone Émission de brevets américains pour le graphophone.
1887 Edison Phonograph Company M. Edison achète les actifs de la société Edison Speaking phonograph et la réorganise comme étant la Edison phonograph Company
1887 Phonographe amélioré Thomas Edison intègre des modifications fondées sur les innovations de Bell-Tainter et produit le phonographe amélioré.
1887 Gramophone Emile Berliner reçoit un brevet pour le gramophone.
1888 North American Phonograph Company Établie par Jesse Lippincott dans le but de constituer un réseau de ventes de phonographes et de gramophones comme appareils sténographiques aux compagnies locales. M. Lippincott investit 200 000 $, dans l'American Graphophone Company et convient d'acheter 5 000 appareils par année en échange des droits de vente du graphophone (sauf pour la Virginie, le Delaware et le District of Columbia). Il achète encore les droits relatifs aux brevets d'Edison pour la somme de 500 000 $ et les droits exclusifs de vente du phonographe aux États-Unis d'Ezrah T. Gilliand (qui l'avait au préalable acheté d'Edison pour la somme de 250 000 $) en laissant à M. Edison les droits de fabrication.
1888 Edison Phonograph Works Établie dans le but de fabriquer et de développer le phonographe même si les brevets et les droits de vente sont détenus par la North American Phonograph Co.
1888 Emile Berliner Emile Berliner lance le gramophone en Allemagne.
1888 Disques de gramophones Les premiers disques de gramophones sont fabriqués avec du zinc recouvert de cire d'abeilles sur laquelle on grave à l'aide d'acide chromique.
1889 Columbia Phonograph Company Un groupe d'hommes d'affaires, autorisés par l'American Graphophone Company à vendre des graphophones à Washington, DC, établissent la Columbia Phonograph Company. Elle est autorisée par la North American Phonograph Company, sous contrat de licence, à vendre des phonographes dans la même région.
1889 North American Phonograph Company La North American Phonograph Company publie le premier catalogue de disques.
1889 Louis Glass Louis Glass mets au point le phonographe payant.
1889 Emile Berliner Emile Berliner commence à presser des disques de gramophone dans du Vulcanite, un caoutchouc résistant.
1893 United States Gramophone Company Fondée par Emile Berliner afin d'attirer des investissements pour son gramophone. Il s'assure les services de Fred Gaisberg, qui a déjà acquis de l'expérience dans l'enregistrement sonore, pour l'aider dans cette tâche. Ensemble, ils trouvent des investisseurs à Philadelphie qui vont contribuer 25 000 $.
1893 American Graphophone Company
Columbia Phonograph Company
Le président de la Columbia acquiert le contrôle de l'American Graphophone Company.
1894 Pathé Frères Compagnie fondée à Paris par les frères Charles et Émile Pathé dans le but de fabriquer leur propre machine parlante, qu'ils appellent d'abord Le Coq, puis Pathéphone.
1895 Berliner Gram-o-phone Company Établie à Philadelphie, elle fabrique tous les équipements et les disques en vertu d'une licence pour l'U. S. Gramophone Co., de Washington.
1895 American Graphophone Company
Columbia Phonograph Company
Les deux compagnies sont consolidées : la première est chargée du développement et de la fabrication et la deuxième de la distribution et des ventes.
1896 National Gramophone Company Fondée par Frank Seaman pour assumer la distribution et la publicité relatives au gramophone et impartie des droits exclusifs de vente.
1896 National Phonograph Company Après avoir dissous la North American Phonograph Company et sauvé les brevets du phonographe, M. Edison fonde la National Phonograph Co. pour fabriquer et distribuer des phonographes conçus pour les foyers.
1897 Emile Berliner Emile Berliner octroie un brevet canadien pour le gramophone.
1897 Gramophone Les disques de gramophone sont faits d'un composé thermoplastique appelé Durinoid
1898 The Gramophone Company (Angleterre) William Barry Owen et E. Trevor Williams fondent cette compagnie à Londres pour fabriquer des gramophones et des disques pour l'Europe.
1899 E. Berliner, Montreal Fondée par Emile Berliner pour détenir les droits exclusifs de fabrication et de distribution de gramophones et de disques au Canada.
1900 R.S. Williams & Sons À cette époque, R. S. Williams, un fabricant d'instruments de Toronto, commence à faire la distribution pour le compte d'Edison.
1900 The Gramophone & Typewriter Company Ltd. The Gramophone Company (en Angleterre) change de nom.
1900 Telegraphon Valdemar Poulson gagne le Grand Prix de l'Exposition mondiale de Paris pour son Télégraphone, un appareil d'enregistrement magnétique qui utilise des cordes de piano en acier enroulées autour de cuillères de cuivre ou de tambours.
1901 Victor Talking Machine Company Fondée par Eldridge Johnson pour représenter les intérêts de Berliner aux États-Unis.
1901 Cylindres Les cylindres sont faits de celluloïd
1904 Berliner Gram-o-phone Company of Canada La compagnie E. Berliner, Montréal, est restructurée et renommée. Elle est incorporée et ses directeurs sont Emmanuel Blout, Joseph Sanders et Herbert Berliner.
1904 Columbia Phonograph Company Débute ses opérations au Canada et établit son siège social à Toronto et des bureaux à Hamilton, Montréal et Brantford, en Ontario.
1904 Disque à deux faces Colin McKenzie de Whitehorse au Yukon reçoit un brevet pour un disque à deux faces. La Victor Talking Machine Co. l'achète.
1906 Columbia Graphophone Company L'American Graphophone Company est restructurée et son nom change pour refléter ses liens avec la Columbia.
1906 Reginald A. Fessenden Reginald A. Fessenden, un physicien d'origine canadienne, fait la première radiodiffusion d'un enregistrement de gramophone.
1907 The Gramophone Company (Angleterre) La Gramophone & Typewriter Company retrouve son ancien nom. La compagnie déménage l'entreprise de Londres à Hayes.
1908 The Victor Talking Machine Company
Columbia Graphophone Company
Columbia met en circulation son premier disque à deux faces. Victor cite Columbia en cours pour violation d'un brevet, mais la Columbia gagne le droit de fabriquer des disques à deux faces.
1908 Edison Thomas Edison lance le cylindre Amberol, fait de thermoplastique appelé Condensite.
1909 Berliner Gram-o-phone Company Emile Berliner assume la présidence de Berliner of Canada, restructurée et renommée. La compagnie se lance dans la vente de disques sous l'étiquette His Master's Voice, à partir d'originaux provenant de la Gramophone Co., d'Angleterre et de France. L'étiquette His Master's Voice sert plus tard à lancer une série d'enregistrements canadiens en anglais (1916) et en français (1918).
1910 Thomas A. Edison, Inc. Les diverses entreprises de fabrication de Thomas Edison sont regroupées et réunies en une corporation.
1912 Thomas A. Edison, Inc. Thomas Edison lance le cylindre Amberol Bleu, fait de nitrocellulose bleu vif.
1913 Canadian Vitaphone Company Fondée à Toronto et dirigée par W. R. Fosdick, ancien gérant de la His Master's Voice Ltd., de Toronto. Cette compagnie fabrique le Vitaphone, un appareil à tourner des disques muni d'un bras acoustique de bois et d'un lecteur acoustique stationnaire, et importe des disques Columbia pour les mettre en circulation sous ses propres étiquettes.
1914 Pathé Frères Se lance dans la distribution, au Canada, par le biais de J. A. Hurteau & Co. Ltd., de Montréal, et de M. W. Glendon, de Toronto.
1915 Starr Piano Company Cette compagnie commence à faire le tirage de disques à impression verticale aux États-Unis.
1916 Brunswick-Balke-Collender Company Cette compagnie commence à faire le tirage de disques à impression verticale aux États-Unis.
1917 Brunswick-Balke-Collender Company Ouvre une manufacture à Toronto pour fabriquer la machine parlante Ultona. En 1920, elle ajoute la fabrication de disques à ses activités.
1917 Canadian Phonograph Supply Company Elle se lance dans l'importation des disques de marque Starr.
1917 E.C. Wente of Western Electric E. C. Wente de la Western Electric perfectionne le premier microphone à condenseur efficace, qui devient le microphone de choix pour l'enregistrement du son.
1918 Compo Company Établie à Lachine, au Québec, par Herbert Berliner dans le but de fabriquer des disques au Canada pour des compagnies indépendantes (p. ex., les étiquettes Starr et Starr-Gennett pour Starr). Elle produit par la suite ses propres étiquettes (Sun, Apex).
1918 Columbia Graphophone Manufacturing Company La compagnie Columbia est restructurée.
1918 Pathé Frères Phonograph Company of Canada S'établit à Toronto
1920 Horace O. Merriman (canadien) et Lionel Guest (britannique) Horace O. Merriman, un Canadien, et Lionel Guest, un anglais, font le premier enregistrement électrique commercial à la cérémonie du « Soldat inconnu » à l'abbaye de Westminster.
1924 Columbia Phonograph Company, Inc. Louis Sterling de la Columbia Phonograph Co., Ltd. de London se porte acquéreur de la Columbia et la restructure.
1924 Victor Talking Machine Company of Canada La Victor Talking Machine Co. (des États-Unis) prend contrôle des intérêts de la Berliner Gram-o-phone Company et lui donne un nouveau nom.
1924 Joseph Maxfield de Western Electric Joseph Maxfield de la Western Electric enregistre une radiodiffussion transmise par lignes téléphoniques.
1924 Compo Company La Compo Co. réalise sa première séance d'enregistrement par électricité.
1925 C.W. Rice et E.W. Kellogg C.W. Rice et E.W. Kellogg perfectionnent le haut-parleur dynamique.
1926 Brunswick-Balke-Collender Company La Brunswick-Balke-Collender introduit le premier phonographe entièrement électrique.
1929 Blattnerphone Ludwig Blattner Picture Corp. Ltd. de Londres unit ses efforts à ceux du Telegraphic-Patent-Syndicat de Kurt Stille pour produire le Blattnerphone, qui enregistre de façon magnétique le son cinématographique sur ruban d'acier. Très utilisé pour enregistrer les émissions radiodiffusées.
1931 S.B. Sawer S.B. Sawyer brevette le microphone à cristaux
1931 RCA Victor RCA Victor expérimente le disque 33 tours dont la densité des sillons est double, dans le but d'augmenter la durée d'enregistrement.
1933 Textophone Kurt Stille creé un magnétophone grandement amélioré fondé sur des fils d'acier de meilleure qualité et des amplificateurs à vide. Cet appareil, appelé Textophone, a été largement utilisé par la Gestapo au cours de la Deuxième Guerre mondiale.
1934 A.D. Blumelien À peu près à cette époque, A.D. Blumelien brevette un système d'enregistrement sur disque en stéréo à l'aide d'une empreinte latérale pour un canal et d'une empreinte verticale pour l'autre.
1936 Magnetophon K1 La Allgemeine Electricitats-Gesellschaft (AEG) et I.G. Farben font la démonstration du Magnétophone K1, qui enregistre par magnétisme sur pellicule d'acétate de cellulose couverte d'oxyde gamma ferrique, développée par Badische Anilin und Soda Fabrik (BASF), une filiale d'I.G. Farben.
1937 A.H. Reeves A. H. Reeves invente la modulation par impulsions codées (MIC), le fondement de l'enregistrement numérique.
1943 Badische Anilin und Soda Fabrik (BASF) Pour les enregistrements magnétiques, la BASF remplace le ruban d'acétate de cellulose avec le ruban de poly-chlorure de vinyle (PVC).
1947 Minnesota Mining and Manufacturing (3M) La Minnesota Mining and Manufacturing (3M) commence à produire le ruban d'oxyde ferrique aux fins d'enregistrement magnétique.
1948 Columbia introduit avec succès les premiers disques de longue durée, qui tournent à 33 tours.
1948 Disques vinyle devient universel comme matériel d'enregistrement.
1949 RCA Victor introduit le disque de 7 pouces de 45 tours muni de sillons plus petits
1949 Claude Shannon établit le cadre théorique de l'enregistrement numérique dans son livre The Mathematical Theory of Communication

Points tournants : Si l'histoire du phonogramme et du tourne-disque m'était contée

par Bryan Dewalt, conservateur des communications au Musée des sciences et de la technologie du Canada

Toutes les images sont celles d'objets appartenant à la collection du Musée des sciences et de la technologie du Canada. Le numéro de catalogue des objets est indiqué entre parenthèses à la suite des références photographiques.

Introduction

Depuis près de 130 ans, nous nous servons de la technologie pour enregistrer et reproduire des sons qui autrement seraient perdus dès qu'ils se produisent. En sauvegardant ces brefs moments sonores, nous avons, dans une certaine mesure, remplacé les relations interpersonnelles « en temps réel » par un processus de communication à sens unique et affranchi du temps. Par exemple, les gens avaient l'habitude de jouer leur propre musique ou d'assister à un spectacle public. De nos jours, nous sommes plus portés à écouter des enregistrements plutôt que de nous rassembler autour d'un piano ou d'aller à un concert. La musique, et dans une moindre mesure la parole, sont devenues des produits de consommation plutôt que des activités sociales. La production en série de cassettes, de disques compacts et d'appareils lecteurs permet aux gens d'accéder à un répertoire de musique interprété de façon plus experte et avec des styles plus variés que jamais auparavant. L'ironie de la chose, c'est que bien peu d'entre nous peuvent chanter aujourd'hui les chansons de nos grands-parents.

La Machine parlante

En 1877, Thomas Edison invente le phonographe, le premier appareil d'enregistrement et de reproduction sonore au monde. Pour effectuer un enregistrement, l'utilisateur doit parler dans un embout, provoquant ainsi la variation de la pression de l'air ou des ondes sonores, ce qui fait osciller un petit diaphragme. Un stylet relié au diaphragme reproduit les vibrations sonores sur une feuille d'étain enroulée sur un cylindre en rotation. Pour écouter l'enregistrement, l'utilisateur place le stylet sur le sillon qui vient d'être tracé et fait tourner de nouveau le cylindre. À mesure que le stylet passe sur les creux et les bosses du sillon, le diaphragme vibre comme il l'a fait lors de l'enregistrement, ce qui crée des ondes sonores reproduisant à peu près le son original. Ce processus de conversion des ondes sonores en un schéma physique plus ou moins permanent pouvant servir à reproduire les sons d'origine demeure le principe de base de tous les appareils d'enregistrement sonore.

Au début, les commerçants vendent ou louent les phonographes comme machines à dicter, mais sans grand succès. Vers 1890, ils découvrent une nouvelle source de profit en installant des appareils payants dans les bars, les galeries marchandes et les pharmacies. Leur popularité a pour effet d'accroître la demande de pièces musicales et de comédies préenregistrées. Toutefois, ce n'est qu'en 1901 qu'on découvre une méthode économique pour copier en grande série des enregistrements sur cylindres. Afin de répondre à la demande, les fabricants de phonographes offrent des modèles moins coûteux à la portée de nombreuses familles de la classe moyenne. Contrairement aux premiers appareils à moteur électrique, ces modèles sont actionnés par des moteurs à ressort que l'on remonte manuellement.

Le modèle Opera A d'Edison marque l'apogée des phonographes à cylindre. Équipé avec les nouveaux cylindres en celluloïd durci Blue Amberol, cet appareil offre la meilleure qualité sonore de cette époque précédant la Première Guerre mondiale. Néanmoins, après le tournant du siècle, les consommateurs dédaignent de plus en plus les phonographes à cylindre, leur préférant les tourne-disques. Edison abandonne la production des phonographes à cylindre en 1929, mais les dictaphones enregistrant sur des cylindres en cire réutilisables restent courants jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La disparition définitive du phonographe à cylindre inventé par Edison est causée par la mise en marché d'un appareil rudimentaire breveté en 1887 par Émile Berliner. Celui-ci enregistre les sons sur un disque en cire plutôt que sur un cylindre. Au lieu de tracer un sillon vertical dont la profondeur varie, le stylet se déplace latéralement, zigzaguant avec les variations de l'onde sonore. Cette innovation se révèle d'une grande importance, car elle permet à Berliner d'effectuer à peu de frais plusieurs copies à partir d'un disque maître en cire, au moyen de la galvanoplastie d'un moule métallique. Les sillons sont ensuite reproduits sur un matériau plus mou. Berliner emploie d'abord du caoutchouc, mais finit par adopter la gomme-laque, une matière plastique naturelle qui s'amollit en chauffant, mais se durcit en refroidissant. Le plus ancien appareil Berliner était actionné manuellement et faisait jouer un petit disque (de la taille d'un cédérom) pendant un maximum de deux minutes. Cet appareil était à peine plus qu'un jouet.

Ce n'est qu'en 1896 que le « gramophone » commence à concurrencer le phonographe à cylindre, après que Berliner a adopté la gomme-laque et installé des moteurs à ressort dans ses appareils. Au tout début du XXe siècle, les tourne-disques deviennent progressivement plus populaires que les phonographes à cylindre. Cela s'explique en partie par la facilité de fabrication et d'entreposage des disques, le niveau sonore plus élevé (mais plus approximatif) des disques et par la célébrité des chanteurs populaires et des grands noms de l'opéra recrutés par les fabricants de disques. En 1906, lors d'une autre campagne de mise en marché, la compagnie Victor Talking Machine, qui a repris aux États-Unis les brevets de Berliner, lance le modèle Victrola. Le cornet de cet appareil est dissimulé à l'intérieur d'un meuble, repensé pour décorer les salons de la bonne société.

Au Canada, la production de disques et de tourne-disques commence en 1899, lorsque Berliner ouvre une filiale à Montréal. Le premier des nombreux concurrents canadiens de Berliner ouvre ses portes en 1907, et comme les brevets de base de l'enregistrement sonore commencent à expirer en 1910, un nombre grandissant de fabricants font leur entrée sur ce marché. La plupart d'entre eux profitent de l'expertise acquise dans le travail du bois; ils importent des États-Unis les éléments en métal et les installent dans des meubles fabriqués sur place. Ébranlée par l'apparition de la radiodiffusion au début des années 1920, l'industrie du tourne-disque acoustique sombre complètement au début de la Grande Crise de 1929. Par la suite, les seuls tourne-disques acoustiques fabriqués au Canada sont des modèles portatifs.

L'électronique, une véritable révolution

L'arrivée de la radiodiffusion entraîne des changements radicaux dans l'industrie du disque et du tourne-disque. D'un côté, les diffusions gratuites et en direct d'émissions musicales concurrencent les ventes de disques et de tourne-disques; d'un autre côté, l'invention du microphone et des amplificateurs avec tubes à vide permet un enregistrement et une reproduction plus fidèles des sons, à un niveau sonore plus élevé. Bien que l'enregistrement s'effectue toujours par les vibrations d'un stylet sur un disque maître en cire, et que la reproduction dépende des ondes sonores engendrées par des mouvements d'un diaphragme ou un cornet, les éléments électroniques rendent d'inestimables services pour capter et amplifier le signal. Les premiers disques enregistrés électriquement sont mis en vente en 1925.

Les premiers tourne-disques entièrement électriques entrent sur le marché en 1926. En 1930, la plupart de ces appareils intègrent une radio et un tourne-disque, sur lesquels les signaux captés par l'aiguille électromagnétique sont transmis, de l'amplificateur de la radio au haut-parleur. Pendant les années 1930, l'industrie phonographique est presque complètement éclipsée par la radio. Peu de gens peuvent se permettre d'acheter des disques pendant la Grande Crise. L'un des rares débouchés intéressants pour les disques est le juke-box, qui devient populaire et fait partie de la décoration des bars et des cafés.

Après la Seconde Guerre mondiale, grâce à une nouvelle ère de prospérité, les industries du disque et du tourne-disque connaissent un regain de popularité. Les disques en vinyle viennent remplacer les fragiles disques en gomme-laque, et de nouvelles méthodes de gravure permettent de condenser davantage les sillons sur un disque. En plus de l'ancienne vitesse de 78 tr/min, les consommateurs doivent donc composer avec deux autres vitesses : 33 1/3 tr/min pour les disques de longue durée de Columbia, et 45 tr/min pour les disques de courte durée dits « 45 tours » de RCA. Ces derniers deviennent les disques de prédilection pour les juke-box et attirent la faveur des adolescents qui, durant les années 1950, constituent un marché influent pour la musique « pop ». Les émissions de radio « Top 40 » deviennent le principal moyen de promotion de cette musique. Jusqu'à l'avènement des albums de rock, joués par les stations de radio FM à la fin des années 1960, le disque de longue durée est destiné à une clientèle plus âgée qui écoute de la musique classique, du jazz et les airs des spectacles de Broadway. La plupart des tourne-disques sur le marché après 1950 avaient trois ou même quatre vitesses.

Avant 1970, la division démographique des formats de disques se reflète dans les différents marchés du tourne-disque. Au bas de l'échelle des prix figurent les petits tourne-disques monophoniques. Après la Seconde Guerre mondiale, l'apparition de la « haute fidélité » en tant que symbole de statut social influence les deux autres créneaux du marché. Dès le milieu des années 1920, les ingénieurs du son ont progressivement augmenté la gamme des fréquences et réduit les bruits parasites et la distorsion des enregistrements. Au cours des années 1950, on introduit les techniques stéréophoniques pour ajouter l'illusion d'amplitude et de directivité des sons. On effectue les premiers enregistrements stéréophoniques sur ruban, mais en 1958, les maisons de disques commencent à commercialiser des disques stéréo de longue durée. À mesure que les données contenues sur le disque augmentent, le cercle petit, mais grandissant d'audiophiles commence à s'impatienter devant les possibilités beaucoup trop limitées de la plupart des tourne-disques, et nombre d'entre eux assemblent eux-mêmes leurs chaînes haute fidélité à partir d'éléments achetés par correspondance ou dans des boutiques spécialisées en électronique. Certaines de ces chaînes sont installées dans des meubles en bois construits sur mesure. Au cours des années 1950 et 1960, des fabricants canadiens comme Electrohome et Clairtone fabriquent des meubles de grandes dimensions et de styles divers dans lesquels on installe des éléments stéréo moins coûteux.

Les magnétophones

Après l'avènement des microphones et des amplificateurs électroniques, la révolution technique suivante de l'enregistrement sonore se produit lors de l'introduction des enregistreurs à ruban magnétique. La technologie de l'enregistrement magnétique remonte à 1898, lorsque Valdemar Poulsen brevette le Telegraphon, un appareil qui enregistre les signaux audioélectriques provenant d'un transmetteur téléphonique sous forme de variations d'un champ magnétique sur une corde à piano. Au cours des 30 années suivantes, cette technologie évolue très lentement. Cependant, vers 1930, les progrès accomplis en électronique permettent de commercialiser avec succès, en Europe et en Amérique du Nord, les premiers enregistreurs à fil comme machines à dicter et enregistreurs téléphoniques. À l'extérieur de l'Allemagne, la forme dominante de l'enregistrement magnétique jusqu'en 1950 environ reste le support d'enregistrement en acier, qu'il s'agisse d'un fil ou d'un ruban. Le Blattnerphone, ou enregistreur Marconi-Stille, constitue sans doute le modèle le plus intéressant. Ce gros appareil, qui permettait de faire des enregistrements sur un ruban en acier d'une largeur de trois millimètres, a été mis au point en Allemagne et vendu à plusieurs stations de radio, dont le prédécesseur de la Société Radio-Canada, en 1935.

À peu près à la même époque que celle de l'introduction de l'appareil Blattnerphone, d'autres chercheurs allemands perfectionnent une méthode qui consiste à enrober de particules d'oxyde de fer un mince ruban en celluloïd. Non seulement le ruban ainsi obtenu devient-il beaucoup plus léger et compact qu'un fil ou un ruban en acier, mais il est aussi plus facile d'en magnétiser les particules de fer. Après la Seconde Guerre mondiale, les fabricants américains proposent des copies de ces magnétophones allemands. Bien que le premier appareil de ce genre, le modèle Brush BK-401, ait été conçu comme enregistreur personnel, les stations radio et les maisons de disques ne tardent pas à acquérir un grand nombre de modèles professionnels comme l'Ampex 300. Avec ces appareils, on peut non seulement effectuer des enregistrements de haute fidélité et avec peu de bruits de fond, mais on peut également les utiliser pour enregistrer de longues séances ininterrompues. De plus, il devient possible de corriger les erreurs ou d'assembler diverses émissions avec un simple recoupement des passages désirés. À partir des années 1950, les techniciens à l'enregistrement découvrent également que la surimpression sonore ou l'enregistrement sur plusieurs pistes leur permet d'obtenir un résultat idéal, sans avoir à enregistrer tout un ensemble en une seule séance parfaite, mais très éprouvante.

L'encombrement et la complexité des magnétophones à bobine libre rebutent le public, à l'exception des audiophiles. Avec l'utilisation de plus en plus répandue du transistor, on commence à remplacer les tubes à vide, lourds et coûteux en électricité, par des éléments transistorisés. À la même époque, les fabricants mettent au point divers types de cassettes et de cartouches pour simplifier l'utilisation du ruban. Le modèle de cartouche à huit pistes est particulièrement populaire à partir du milieu des années 1960 et jusqu'au milieu des années 1970. En 1963, la compagnie Philips lance la cassette compacte. Au départ, ces cassettes sont destinées aux dictaphones dans les bureaux, mais en 1970 l'utilisation des magnétophones se répand aussi bien dans le public que chez les professionnels. Dans les années 1970, on améliore à tel point la qualité des enregistrements sur cassettes que celles-ci conviennent pour l'écoute de la musique. Les fabricants lancent sur le marché des enregistreurs-lecteurs de cassettes destinés à faire partie d'une chaîne stéréophonique, mais on ne perd pas de vue le magnétophone portatif pour autant. En 1980, Sony lance le modèle Walkman, un appareil stéréophonique personnel muni d'écouteurs, tenant dans la paume de la main et utilisable partout. Les autres fabricants ne tardent pas à fabriquer eux aussi des appareils stéréophoniques portatifs, ou appareils radiocassettes qui, comme le nom l'indique, combinent un magnétophone à cassettes avec un amplificateur plus puissant et des haut-parleurs.

Enregistrement numérique

Jusqu'aux années 1970, toute la technologie de l'enregistrement se base sur la création, sur un disque ou un ruban, d'un signal analogique des ondes sonores originales. En dépit des nombreuses améliorations progressives, il devient de plus en plus difficile et coûteux de réduire davantage les bruits parasites et la distorsion. Aussi, les chercheurs audio se mettent-ils à expérimenter les techniques numériques exploitées en tout premier lieu par les industries de l'informatique et des télécommunications. La numérisation d'un signal électrique audio exige de capter une onde plusieurs milliers de fois par seconde, de mesurer l'amplitude de chaque onde et d'y affecter une valeur binaire à partir d'un nombre limité de telles valeurs. L'enregistrement sur ruban qui s'ensuit consiste en une série codée de signaux de marche ou d'arrêt, dénommés « bits ». Contrairement à l'enregistrement analogique, sur lequel les bruits et les distorsions ont tendance à s'accumuler à chaque étape d'enregistrement et de production, l'enregistrement numérique permet de recréer clairement le signal tant que les valeurs binaires simples restent reconnaissables. De plus, on peut effectuer électroniquement d'infimes modifications, en changeant la valeur de certains bits individuels.

La démonstration du premier magnétophone numérique a lieu en 1967 au Japon, et les premiers enregistrements numériques sont lancés sous la marque Denon en 1972. Le premier enregistreur audionumérique commercialisé est le modèle PCM-1 de Sony. Lancé en 1977, le PCM-1 convertit un signal d'entrée analogique en signal numérique, qui est alors enregistré sur une cassette vidéo standard, dans un magnétoscope ordinaire. Au début, on vendait toujours les enregistrements numériques en format analogique sur disques en vinyle. Mais en 1982, Sony et Philips mettent sur le marché les premiers disques compacts, ainsi que les lecteurs pour ces disques. Sur un disque compact, on incorpore les données numériques sous forme de millions de bits microscopiques sur la couche réflective en aluminium du disque. Le lecteur de disques compacts utilise un lecteur optique pour déchiffrer les configurations de bits et convertir les impulsions électriques résultantes en un signal analogique capable d'actionner un haut-parleur. Ce système optique élimine les frictions et les bruits parasites normalement provoqués par le contact physique entre le stylet et le disque. En 1987, on lance un autre type d'enregistrement numérique, soit la bande audionumérique (DAT). Sur cet enregistrement, les données numériques sont enregistrées sur une cassette légèrement plus petite que la cassette analogique. En raison de l'opposition des maisons de disques à une technique capable de produire des copies parfaites de disques compacts, peu de DAT ont été commercialisées sur le marché nord-américain. Mais ces appareils sont devenus fort répandus dans les entreprises d'enregistrement professionnel.

Les appareils d'enregistrement numérique continuent d'évoluer. Au cours des 10 dernières années, la découverte la plus importante et la plus inattendue a été l'échange répandu de fichiers de musique numérique sur Internet. Cela a pu se faire grâce à un certain nombre de découvertes techniques, notamment des logiciels pour « voler » des chansons sur des cédéroms déjà en vente dans le commerce, des logiciels de compression qui réduisent la taille de ces fichiers de musique en éliminant les données redondantes ou inutiles (p. ex. les MP3), et des logiciels de partage de fichiers (comme Napster, Kazaa et LimeWire) qui permettent la permutation de ces fichiers dans Internet. La popularité du partage de fichiers MP3, tout particulièrement chez les jeunes, qui sont des amateurs de musique et des experts en la matière qui disposent de revenus, a vite encouragé les fabricants à proposer des lecteurs MP3 portatifs. Le premier du genre, le Elger Labs MPMan F10, et le Diamond Rio PMP300 sont apparus en 1998 et utilisent tous les deux des puces de mémoire flash pour la mise en mémoire de données, en plus d'être dotés d'une capacité limitée à une dizaine de chansons. À la fin de 1999, Remote Solutions propose le premier lecteur MP3 intégrant un disque dur magnétique, ce qui permet d'augmenter la capacité à 1 200 chansons. Deux ans plus tard, c'est au tour du iPod de Apple. L'immense popularité que connaît le partage de fichiers a ébranlé les bases de l'industrie du disque, dont les profits depuis plus d'un siècle dépendent de la limite de la capacité des acheteurs de disques de faire et de transmettre des copies gratuites et de grande qualité de leurs produits. Il n'est toujours pas clair quels arrangements seront finalement mis au point pour trouver un équilibre entre les droits des créateurs de musique et la compensation, et les droits des consommateurs de copier et partager leurs produits de manière raisonnable.

Conclusion

La technologie, qu'elle soit analogique ou numérique, nous aide maintenant non seulement à enregistrer des pièces musicales uniques en leur genre pour une écoute ultérieure, mais nous permet aussi de créer en studio une pièce musicale parfaite, et avec des sons que ne produirait pas une interprétation en direct. Edison et Berliner s'étaient attachés à la simple saisie et à la reproduction d'une quantité suffisante de données sur le son d'origine pour le rendre reconnaissable. Leurs successeurs ont cherché à obtenir un son plus riche et affiné, exempt de bruits parasites et de distorsions. Par la suite, ils ont mis au point des systèmes qui permettaient un meilleur contrôle du processus d'enregistrement, de sorte que le produit fini n'était pas assujetti aux aléas d'une interprétation en direct. Un producteur de disques peut actuellement assembler divers éléments d'une pièce idéale à des moments et à des endroits différents. Les interprètes, qui auparavant participaient à un travail collectif, ne sont plus maintenant que des éléments isolés d'un processus industriel. En fait, dans un studio, un compositeur peut à présent créer à lui seul de nouvelles pièces musicales en enregistrant un bruit et en procédant par échantillonnage, en le manipulant électroniquement, et en l'agençant en une pièce musicale. Peu de choses séparent désormais l'enregistrement de la composition et de l'interprétation.

Parallèlement, avec l'avènement des fichiers MP3, la musique enregistrée n'est plus assimilée étroitement à un objet physique, le disque. Même si pour la plupart d'entre nous les chansons continuent d'être « consommées » au sens traditionnel du XXe siècle, il est désormais possible pour la musique d'être créée, enregistrée, modifiée, jouée, modifiée de nouveau, rejouée et effacée sans jamais se matérialiser de façon permanente. D'une certaine manière, un « morceau » de musique retrouve sa forme originale, c'est-à-dire un événement acoustique (et à présent électronique) de courte durée, qui est unique et n'est jamais répété.

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