Geoffrey O'Hara, compositeur, chanteur et conférencier (1882-1967)

Geoffrey O'Hara est né au Canada. Ce musicien aux multiples talents a été, au cours de sa vie, indifféremment parolier, compositeur, chanteur, professeur, conférencier, instructeur de chant dans l'armée, ethnomusicologue, pianiste et organisateur de guildes. Il entreprend sa longue carrière au début des années 1900 en interprétant des chansons de troubadour, du music-hall et de la musique populaire; il continue à distraire ses auditoires et à faire des arrangements musicaux jusque dans les années 1960.

Bien qu'il commence à vivre aux États-Unis dès 1904 et qu'il devienne citoyen américain en 1919, O'Hara reste en lien avec le Canada en y faisant des visites et des engagements ainsi que par son intérêt marqué pour la musique canadienne. Il est né à Chatham, en Ontario, le 2 février 1882. La musique qu'il entend et chante pendant son enfance, dans sa ville natale, influencera plus tard ses compositions et son approche de l'écriture de la musique. Enfant, il joue avidement du piano, il chante et joue de l'orgue à l'église anglicane locale. On retrouve les liens étroits que sa famille entretient avec l'Église (son grand-père était pasteur anglican à Kingston) dans les hymnes qu'il composera plus tard. Durant son adolescence, en plus de ses activités musicales, il est membre du club de cricket de Chatham.

Au départ, O'Hara veut entrer au prestigieux Collège militaire royal du Canada, à Kingston, en Ontario, à dix-huit ans, et a suit l'entraînement du premier régiment de hussards (quoiqu'il avoue plus tard ne pas avoir aimé l'expérience). Toutefois, le décès prématuré de son père, Robert O'Hara, l'oblige à abandonner ses plans de carrière militaire. Il prend plutôt un emploi dans une banque, où il travaille durant trois ans. À ce moment-là, désireux de faire une carrière musicale, il va travailler dans un magasin de pianos comme commis aux écritures. À la même époque, il chante aussi à l'église comme ténor professionnel. En 1904, à l'âge de vingt et un ans, il franchit une étape décisive et part en tournée à travers les États-Unis comme minstrel masqué. Par la suite, il se produit à New York et aux environs de cette ville dans divers spectacles de scène, dont l'opéra-comique, le vaudeville et des représentations ambulantes sous la tente, et commence à enseigner. C'est aussi à cette époque, à partir de 1905, qu'O'Hara réalise ses premiers enregistrements avec des quatuors vocaux pour la maison de disques Edison.

Plus tard, en 1913, le gouvernement américain, apparemment impressionné par son aptitude à faire chanter des auditoires, le nomme professeur de musique amérindienne. À ce titre, il enregistre des Amérindiens chantant leurs chants traditionnels, prenant ainsi place parmi les premiers ethnomusicologues qui ont recueilli des chansons populaires sur des cylindres de cire. Lors d'enregistrements ultérieurs pour les maisons de disque Victor et Edison, O'Hara interprète plusieurs des chants Navajo qu'il avait recueillis.

L'année 1913 marque un tournant dans le succès de Geoffrey O'Hara en tant qu'auteur-compositeur, lorsque Enrico Caruso enregistre sa composition « Your Eyes Have Told Me What I Did Not Know »; sous l'étiquette Victor. Malgré tout, le compositeur considère que son premier grand succès est « Tennessee, I Hear You Calling Me », qu'il a écrit l'année suivante.

C'est dans un rêve que lui sont venues la musique et les paroles de « Tennessee ». La chanson découle des airs que les Afro-Américains vivant à Chatham avaient apportés avec eux en quittant les États du sud des États-Unis après la guerre de Sécession (à cette époque, O'Hara lui-même n'avait jamais mis les pieds au Tennessee). Harry Von Tilzer, de Tin Pan Alley de New York, aide O'Hara à lancer sa chanson, qui fait ses débuts dans un spectacle de vaudeville. Mais c'est seulement après avoir convaincu Al Jolson de l'interpréter au Winter Garden que le succès de la musique en feuille est assuré. Il se vend près de 128 000 copies en 10 semaines, en 1914. Pourtant, la société Boosey and Company (devenue plus tard Boosey and Hawkes) porte plainte pour plagiat, arguant que « Tennesse » ressemble trop à la chanson « I Hear You Calling Me » de Charles Marshall et Harold Harford, que John McCormack a popularisée. O'Hara estime alors que cette plainte est injuste et qu'elle a pour seul but d'empêcher la concurrence, même s'il admet avoir emprunté deux mesures à la chanson. Pourtant, le mal est fait et la chanson d'O'Hara tombe dans l'oubli.

Malgré cet échec, O'Hara continue d'avoir du succès comme auteur-compositeur, mais avec ce qu'il définit comme « des chansons et de la musique plutôt plus difficiles - des chansons du type de celles qui sont utilisées seulement par les chanteurs professionnels et les professeurs » (Maclean's, 1921). Parmi ces dernières, on retrouve « There is No Death » et « Give a Man a Horse He Can Ride ». Cependant, sa tentative suivante dans la chanson populaire lui apporte un succès durable : il s'agit de la chanson à succès de l'époque de la Première Guerre mondiale encore célèbre aujourd'hui : « K-K-K-Katy », qui sort le 16 mars 1918.

Il existe plusieurs histoires contradictoires sur la façon dont la chanson « K-K-K-Katy » a été écrite. O'Hara écrit dans le magazine Maclean's qu'il a composé la chanson alors qu'il était en poste à Fort Oglethorpe, en Georgie, et qu'il enseignait des chants patriotiques aux soldats américains. Toutefois, la famille de la Katy de la chanson (Katherine Craig Richardson) se souvient qu'il l'avait écrite dans leur salon à Kingston, en Ontario, en 1917; il va sans dire que cette version est la plus répandue. Katy était une amie de la sœur d'O'Hara et ce dernier l'aimait beaucoup, même après le mariage de Katy. Il existe encore une autre version des événements selon laquelle O'Hara aurait créé la chanson alors qu'il rendait visite à son grand-père à Kingston. De toute façon, la chanson « K-K-K-Katy » est immédiatement devenue un grand succès du temps de guerre et est encore associée à la ville de Kingston. Elle a été particulièrement populaire auprès des militaires américains, canadiens, britanniques et de leur famille, et ce, à un point tel que la feuille de musique s'est vendue à plus d'un million d'exemplaires. L'enregistrement de cette chanson par Billy Murray, en 1918, sous l'étiquette Victor, a connu aussi un grand succès. Les paroles d'O'Hara ont depuis été traduites dans d'autres langues, dont l'estonien. La chanson s'est sans aucun doute taillée une place permanente parmi les chants patriotiques populaires de la Grande Guerre. Elle a été mise en vedette dans le film Tin Pan Alley de la 20th Century Fox, sorti en 1940, avec Alice Faye (dans le rôle de Katy), Betty Grable et Jack Okie. Malheureusement, la Katy qui a inspiré la chanson est décédée en 1922, quelques années seulement après la création de la chanson.

En 1919, après la fin de la guerre, O'Hara épouse Constance Dougherty, du Massachusetts. Ils ont deux enfants (Hamilton et Nancy, devenue plus tard Nancy Jackson).

Au cours des années suivant la Première Guerre mondiale, O'Hara continue de gagner sa vie avec sa musique de bien des façons. Son expérience comme professeur de chant le pousse très vite vers une carrière dans l'enseignement. Il donne aussi des causeries sur l'art d'écrire des chansons et sur d'autres aspects de la musique. À ce titre, il occupe un poste de professeur à l'institut pédagogique de la Columbia University (1936-1937) et enseigne au Huron College et à l'University of South Dakota.

O'Hara conserve un intérêt pour son pays natal. Bien que bon nombre de ses enregistrements et de ses compositions aient un parfum patriotique américain très net (comme son enregistrement de « The South Will Do Her Part », plusieurs compositions révèlent ses racines canadiennes ainsi qu'un lien avec le patrimoine britannique (comme « Highlanders! Fix Bayonets »). En 1919, lors d'une visite au Canada, O'Hara enregistre deux chansons écrites par un compositeur canadien, le lieutenant Gitz Rice, sous l'étiquette canadienne Victor (« Burmah Moon » et « Doughboy Jack and Doughnut Jill ». De plus, O'Hara adapte des chansons à la poésie du Canadien William Drummond, dont l'une, « The Wreck of the Julie Plante », fait ses débuts au Metropolitan Opera, au Carnegie Hall de New York, vers 1921. Au cours des années qui suivent, le compositeur continue de visiter sa ville natale de Chatham ainsi que son frère Francis C.T. O'Hara, alors sous-ministre du Commerce à Ottawa.

Il semble qu'O'Hara cesse de faire des enregistrements en tant que chanteur vers 1928 et qu'il partage dorénavant son temps entre écrire des chansons, donner des conférences et participer aux activités de la Guilde des compositeurs. Au cours de sa carrière, il crée un nombre impressionnant de chansons : un total de près de 500 chansons populaires et chants patriotiques. On y retrouve, entre autres, plusieurs hymnes. O'Hara est reconnu comme un auteur-compositeur prolifique de chants religieux, ce qui révèle ses liens précoces avec l'Église anglicane. Parmi ses compositions religieuses, mentionnons « I Walked Today Where Jesus Walked », « There is No Death ». On le connaît aussi pour ses mélodies sentimentales, en particulier « The Old Songs ». En plus d'écrire des chants populaires, patriotiques et religieux, il se sert plus tard de son expérience de l'opéra-comique pour composer, à partir de 1927, plus d'une douzaine d'opérettes, dont Little Women, en trois actes, tirée du roman de Louisa May Alcott. Il arrange et compile aussi des collections comme Barber Shop Song Fest Folio et Canadian Folk Songs, Old and New.

O'Hara prend conscience très tôt des difficultés financières et contractuelles auxquelles les auteurs-compositeurs doivent faire face et s'engage dans la protection des intérêts de sa profession. (Ainsi, il mentionne plus tard qu'il a reçu seulement un cent pour chaque copie du million de musiques en feuille de « K-K-K-Katy », vendues, mais qu'il avait obtenu un bien meilleur contrat pour « There Is No Death », qui lui rapportait six cents pour chaque copie vendue.) Afin de protéger les intérêts des auteurs-compositeurs et de normaliser les contrats avec les éditeurs de musique, il aide à organiser, vers 1920, la Ligue de protection des compositeurs et des paroliers. Au cours des années, il devient un chef de file dans diverses associations professionnelles ou y participe activement. Ainsi, en 1941, il est élu au conseil d'administration de l'ASCAP (American Society of Composers, Authors and Publishers), dont il est membre fondateur; quatre ans plus tard, il devient président de la Guilde des auteurs-compositeurs.

En plus de ses responsabilités à l'ASCAP, O'Hara continue de chanter pour les soldats durant la Seconde Guerre mondiale en se joignant à l'USO, organisation offrant du divertissement et d'autres services sociaux aux soldats. En 1947, il reçoit un doctorat honorifique en musique de l'University of South Dakota. O'Hara continue de faire des arrangements musicaux et d'animer des causeries inspirantes jusque dans les dix dernières années de sa vie. En 1960, son épouse et lui s'installent à Pawling, dans l'État de New York. Vers la fin de sa vie, il possède aussi une résidence d'hiver à St. Petersburg, en Floride, où il meurt à l'âge de 84 ans, le 31 janvier 1967, quelques jours avant son 85e anniversaire.

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Références

  • Gracyk, Tim. The Encyclopedia of Popular American Recording Pioneers : 1895-1925. Granite Bay, California : Victrola and 78 Journal Press, 1999. P. 258. Disponible aussi en version abrégée sous le titre : Popular American recording pioneers, 1895-1925. New York : Haworth Press. C2000. vii, 444 p. AMICUS 23165107
  • Hoffman, Frank W. ; Carty, D. ; Riggs, Q. Billy Murray : the phonograph industry's first great recording artist. Lanham, Maryland : Scarecrow Press, 1997. x, 544 p. AMICUS 14865920
  • Manning, Ed. « Hit song writer O'Hara reminisces about London in 1890s ». London Free Press. (13 juin 1964). AMICUS 15782849
  • Manning, Ed. « O'Hara's hits make a long list ». London Free Press. (24 décembre 1966). P. 8M. AMICUS 15782849
  • Moogk, Edward B. En remontant les années : l'histoire et l'héritage de l'enregistrement sonore au Canada, des débuts à 1930. Ottawa : Bibliothèque nationale du Canada, 1975. xii, 447 p. AMICUS 79943. Publié aussi en anglais sous le titre de Roll back the years : history of Canadian recorded sound and its legacy : genesis to 1930
  • « O'Hara, Geoffrey ». Encyclopédie de la musique au Canada. Sous la direction d'Helmut Kallmann et al. 2e éd. rev. et augm. [Saint-Laurent, Qué.] : Fides, 1993. AMICUS 13213211
  • O'Hara, Geoffrey. « Ontario to Tin Pan Alley ». Maclean's. Vol. 34 (1 avril 1921). P. 24, 36-37. AMICUS 88134
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