Emma Albani, soprano et professeure de chant (1847-1930)

Pendant plus de quarante ans, la cantatrice canadienne Emma Albani a remporté un énorme succès sur la scène, devenant la première chanteuse d'opéra canadienne à atteindre une renommée internationale.

Les amateurs d'opéra de pays tels la France, l'Italie, l'Angleterre, le Mexique et l'Australie étaient charmés par sa voix et venaient en foule assister à ses spectacles. Faisaient partie de ses admirateurs des célébrités de l'époque comme le compositeur Charles Gounod, le violoniste Joseph Joachim et même la reine Victoria.

Bien qu'elle n'ait vécu au Canada que pendant quelques années dans sa jeunesse, Albani demeura toujours attachée à son lieu de naissance. Dans ses mémoires, elle a écrit : « J'ai épousé un Anglais et je suis établie en Angleterre, mais, dans mon cœur, je demeure une Canadienne française. » [traduction libre] (Emma Albani, Forty Years of Song, Londres, Mills & Boon, 1911, p. 213).

Enfance et études

Marie-Louise-Emma-Cécile Lajeunesse naît le 1er novembre 1847 à Chambly, au Québec, où elle vit jusqu'en 1851. (N.B.: La date de naissance d'Emma Albani est incertaine. Dans son autobiographie, la cantatrice dit être née en 1852, alors que le registre du couvent qu'elle a fréquenté dans son enfance indique qu'elle est née en 1847.)

Aînée des enfants de Mélina et Joseph Lajeunesse, elle reçoit ses premières leçons de musique de sa mère, mais elle commence à étudier la musique avec son père à l'âge de cinq ans. Joseph Lajeunesse est un musicien professionnel accompli au violon, à la harpe, au piano et à l'orgue. Il enseigne la harpe et le piano à Emma, lui imposant une discipline de quatre heures de répétition par jour.

 

En 1856, Mélina Lajeunesse meurt en donnant naissance à son troisième enfant et Joseph doit s'occuper d'élever ses enfants. Il finit par obtenir le poste de professeur de musique dans un prestigieux couvent de Montréal administré par les Dames du Sacré-Cœur. Emma et sa sœur Cornélia étudient au couvent et ont ainsi l'occasion de parvenir gratuitement à un niveau d'étude relativement élevé. Les religieuses reconnaissent aussitôt le talent musical d'Emma -- au point qu'elles lui interdisent bientôt de participer aux concours de musique du couvent parce qu'elle gagne trop souvent. Elle continue sa formation musicale sous les conseils de son père et commence à se produire en spectacle où elle improvise à la harpe et au piano et chante des chansons comme « Robert, Robert, toi que j'aime » (Albani, p. 23).

Quand vient le temps de décider d'une carrière, Emma est encouragée par la Mère supérieure du couvent à poursuivre une carrière musicale. Cependant, la société canadienne-française de l'époque n'est pas disposée à l'appuyer. Une carrière sur la scène est considérée comme une profession ne convenant pas à une femme, les actrices et les chanteuses étant mises sur le même pied que les prostituées (Cheryl MacDonald, Emma Albani: Victorian Diva, Toronto, Dundurn Press Limited, 1984, p. 32). Par conséquent, Emma est incapable d'obtenir de la collectivité canadienne-française l'appui financier nécessaire à la poursuite d'une carrière musicale. En 1865, elle va donc s'établir avec sa famille à Albany, dans l'État de New York.

Emma a dix-huit ans à son arrivée à Albany; musicienne accomplie, elle joue de plusieurs instruments et s'adonne à la composition et aux arrangements musicaux. Elle se joint à la chorale de l'église St. Joseph où elle obtient le poste de premier soprano, d'organiste de l'église et de directrice de la chorale. Les citoyens d'Albany, d'esprit plus ouvert à l'égard des femmes et de l'art du spectacle, organisent une série de concerts destinés à recueillir les fonds nécessaires à l'éducation musicale d'Emma. En 1868, ils remettent à la jeune musicienne les recettes de ces concerts et, peu de temps après, Emma se met route vers Paris.

À Paris, Emma étudie avec Gilbert-Louis Duprez, professeur au Conservatoire de Paris et premier ténor de l'Opéra de Paris. Six mois plus tard, elle se rend en Italie afin d'étudier avec Francesco Lamperti, professeur renommé pour sa maîtrise de la méthode de chant italienne. C'est à ce moment que le professeur d'élocution d'Emma, Signor Delorenzi, la convainc de changer son nom de Lajeunesse en faveur du nom à consonance plus européenne d'Albani. Ce nom plaît beaucoup à Emma parce qu'il ressemble au nom de la ville d'Albany qui l'a appuyée si généreusement (MacDonald, p. 46).

Cependant, avant la fin de ses études, Emma Albani commence à manquer d'argent et se met à la recherche d'engagements rémunérés. Elle finit par obtenir un engagement à Messine, en Sicile, qui la paye 20 livres ou 500 francs par mois (Albani, p. 46). Ainsi, en avril 1870, à l'âge de 22 ans, elle fait ses débuts à Messine dans La Sonnambula de Vincenzo Bellini. Comme elle le rappelle dans son autobiographie, l'auditoire sicilien répond à sa première représentation avec un enthousiasme délirant : « J'ai été littéralement inondée de fleurs, de cadeaux et de poèmes dont les feuilles détachées tombaient de partout sur la tête des spectateurs; et parmi les innombrables bouquets de toutes les formes, il y avait un panier dans lequel se cachait une colombe vivante. Elle avait été teinte en rouge et le charmant petit oiseau prit son vol dans le théâtre. » [traduction libre] (Albani, p. 41).

Après avoir terminé son contrat à Messine, Emma Albani retourne à Milan pour poursuivre ses études avec Lamperti. Peu de temps après, elle accepte un autre engagement à Cento, où elle se produit pour la première fois dans Rigoletto. Elle chante ensuite à Florence et à Malte dans La Sonnambula, dans Lucia di Lammermoor, dans Robert il Diavolo, dans Il Barbiere di Siviglia et dans L'Africaine de Meyerbeer.

Au cours de son séjour à Malte, Emma Albani fait la connaissance de soldats anglais basés sur l'île qui la persuadent d'aller à Londres en vue d'obtenir un engagement à Covent Garden. En juin 1871, un an après ses débuts à Messine, elle arrive à Londres pour passer une audition à Covent Garden. Après l'avoir entendue chanter, Frederick Gye, directeur de cette prestigieuse compagnie d'opéra, offre à la jeune cantatrice un contrat de cinq ans devant commencer le printemps suivant.

En attendant de faire ses débuts, Emma Albani assiste aux représentations données à Covent Garden où elle a l'occasion d'entendre certains des artistes (y compris la légendaire Adelina Patti) avec lesquels elle partagera la scène au cours de la saison suivante. Sa visite à Londres est de courte durée et elle retourne en Italie pour poursuivre ses études avec Lamperti. Ils étudient ensemble Mignon d'Ambroise Thomas et Conte d'Ory de Rossini en préparation d'un autre engagement au Teatro della Pergola de Florence. Chaque fois que son horaire chargé d'études et de représentations le lui permet, Emma Albani se trempe dans les autres aspects de la riche culture de Milan, de la Sicile et de Londres en visitant les galeries d'art et les musées. Son engagement au Teatro della Pergola, qui comprend des rôles dans La Sonnambula et dans Lucia di Lammermoor, remporte un succès retentissant. La cantatrice se rend ensuite à Londres pour entreprendre sa première saison à Covent Garden.

Début de carrière

Le 2 avril 1872, Emma Albani débute à Covent Garden dans le rôle d'Amina dans La Sonnambula et son interprétation impressionne profondément le public et la critique. Ses admirateurs l'inondent de fleurs et de bijoux et un des critiques écrit : « Le grand événement du mois a été le succès de Mlle Albani, qui a fait ses débuts dans le rôle d'Amina dans La Sonnambula. Douée d'une véritable voix de soprano, d'une exécution facile et non exagérée et d'un remarquable pouvoir de sostenuto dans le haut de son registre, cette jeune chanteuse s'est gagné d'emblée la bonne opinion de son auditoire… il ne fait aucun doute que ses futures prestations justifieront pleinement le verdict rendu si unanimement et correctement à la suite de sa première apparition. » [traduction libre] (MacDonald, p. 64)

Bien qu'elle ne soit âgée que de 24 ans à ses débuts à Covent Garden, Emma s'était déjà produite dans huit opéras différents dans cinq villes européennes.

Emma Albani commence à s'intéresser à l'oratorio (œuvres musicales d'envergure sur un thème sacré) par l'entremise de deux musiciens dont elle fait la connaissance durant sa première saison à Covent Garden. Le compositeur et chef d'orchestre sir Julius Benedict et l'organiste de Covent Garden, Joseph Pitman, encouragent Emma à ajouter des oratorios à son répertoire, car nombreuses sont les occasions de chanter des oratorios et des pièces de musique profane en raison de la multitude de festivals de musique qui se tiennent chaque année dans toutes les provinces anglaises. Emma Albani se voit offrir un rôle mineur au Festival de Norwich en octobre 1872, qu'elle accepte avec empressement. Elle chante « Angels, ever bright and fair », extrait de Theodora de Haendel, et entreprend ainsi une carrière d'oratorio qu'elle poursuivra longtemps après la fin de sa carrière d'opéra.

 

Après avoir chanté au Festival de Norwich, elle se rend à Paris remplir un engagement à la salle Ventadour, puis revient à Londres pour sa deuxième saison à Covent Garden. Au cours de cette saison, elle chante les rôles d'Ophelia dans Hamlet et de la comtesse dans Le Mariage de Figaro pour la première fois. Son engagement suivant la mène très loin de Londres. En effet, en novembre 1873, elle part pour la Russie et se produit d'abord à Moscou dans les opéras La Sonnambula, Rigoletto, Hamlet et Lucia di Lammermoor, puis à Saint-Pétersbourg, où le tsar assiste à la représentation et tient à féliciter personnellement les chanteurs. Emma Albani est renversée par l'enthousiasme de l'auditoire russe qui, à plus d'une reprise, l'applaudit pour pas moins de 20 rappels dans une soirée.

Durant sa troisième saison à Covent Garden (1874-1875), Emma Albani chante à peu près le même répertoire qu'à ses deux premières saisons : La Sonnambula, Lucia di Lammermoor, Linda di Chamounix et Marta de Flotow. Dans sa biographie intitulée Emma Albani: Victorian Diva, Cheryl MacDonald laisse entendre que les rôles d'Emma Albani à Covent Garden étaient confinés à ces opéras à cause de la « vive concurrence » existant entre chanteurs : « les sopranos et, dans une moindre mesure, les ténors avaient une attitude extrêmement possessive à l'égard de leurs rôles. Certains opéras « appartenaient » à certains chanteurs et aucun autre chanteur de la compagnie ne pouvait avoir ces rôles sans risquer d'être mis à l'index et de s'attirer la pleine mesure de l'ire de leurs collègues. » [traduction libre] (MacDonald, p. 65-67)

Heureusement, Emma Albani obtient de nombreux autres engagements, tant publics que privés, à l'extérieur de Covent Garden qui lui donnent l'occasion d'explorer un autre répertoire. Juste après la fin de sa troisième saison à Covent Garden, une telle occasion se présente, qui enchante Emma -- la reine Victoria commande à la jeune cantatrice de présenter un concert au château de Windsor. En juillet de 1874, Emma Albani rencontre la reine pour la première fois et chante « Caro Nome » de Rigoletto, « Robin Adair », « Ave Maria » de Gounod et « Home, Sweet Home ». (Albani, p. 90)

La reine Victoria était un mécène averti et bien informé dans le domaine de la musique. Felix Mendelssohn avait été son professeur et, au cours de ses études, elle avait éprouvé un intérêt pour une grande variété de styles musicaux. Dans ses concerts subséquents pour la Reine, on invite Emma Albani à chanter des chansons françaises et écossaises ainsi que des œuvres de Brahms, de Grieg, de Haendel et de Mendelssohn. (Albani, p. 89)

 

Tournées de concerts

À l'automne de 1874, Emma Albani s'embarque dans une autre tournée ambitieuse, cette fois dans les villes américaines de New York, de Boston, de Philadelphie, de Baltimore, de Washington et de Chicago. Accompagnée par une dame de compagnie et par Ernest Gye, fils de Frederick Gye, directeur de Covent Garden, elle arrive à New York et donne un concert à Albany, sa ville adoptive. La production de Lohengrin de Wagner où elle joue le rôle d'Elsa constitue le fait saillant de sa tournée américaine. La direction de New York ayant décidé de produire cet opéra à la dernière minute, Emma n'a eu que quinze jours pour apprendre son rôle, qu'elle chante en italien, comme c'est la coutume à l'époque. Une revue parue dans le journal Republic de New York rapporte ce qui suit : « Les pires ennemis de Wagner -- et les impénitents sont nombreux -- ne pourront s'empêcher de reconnaître que ses mélodieuses harmonies ont un pouvoir d'envoûtement et que dans son apparence, son jeu et son chant, Mlle Albani en est la grande prêtresse. » (Albani, p. 106) [traduction libre]

Durant sa quatrième saison à Covent Garden, en 1875, elle gagne 250 livres par mois (MacDonald, p. 77). Au cours des quatre années suivantes, elle continue à se produire à Covent Garden, ajoutant à son répertoire les rôles de Marguerite dans Faust de Gounod, d'Élisabeth dans Tannhäuse de Wagner et de Senta dans Der Fliegende Hollander de Wagner. Outre ses apparitions à Covent Garden, Emma Albani continue de faire d'ambitieuses tournées, chantant à Venise, à Paris, à Nice, en Irlande, en Écosse et dans les provinces anglaises. Elle obtient également des engagements annuels aux festivals de musique d'Angleterre. En 1875, elle se produit au Festival de Norwich, chantant l'Hymn of Praise de Mendelssohn et St. Cecilia de sir Julius Benedict. Elle chante aux festivals de Bristol et de Birmingham l'année suivante, apparaissant dans Elijah, dans Engedi (Le Mont des Oliviers) de Beethoven et dans Le Messie de Haendel. Elle présente des oratorios également au Festival de Leeds (en 1876), au Festival de musique de Gloucester (en septembre 1877) et au Festival de Worcester (en 1878).

 

Le 6 août 1878, à l'âge de 30 ans, Emma Albani épouse Ernest Gye à Londres. Enceinte peu après de son premier et seul enfant, elle continue à se produire; elle fait une apparition au Festival de Norwich et s'embarque ensuite pour une autre tournée en Russie. Alors qu'elle est en Russie, Emma est bouleversée d'apprendre que son beau-père, Frederick Gye, a trouvé la mort dans un accident de chasse. Le directeur de Covent Garden n'aura jamais la chance de voir son petit-fils, Frederick Ernest, né le 4 juin 1879. Emma Albani ne joue dans aucun opéra au cours de l'année qui suit la naissance de son fils, mais, dès le printemps de 1880 elle est de retour sur la scène de Covent Garden dans un nouveau rôle dans Le Pré aux clercs de Herold.

Ses tournées de concerts mènent Emma à Florence, à Nice et à Bruxelles. En 1881, on l'invite à chanter dans Lohengrin de Wagner au Royal Opera de Berlin. Elle avait chanté le rôle d'Elsa à plusieurs reprises, mais seulement en italien. Pour le spectacle de Berlin, elle apprend le rôle en allemand et donne sa première représentation dans cette langue devant un auditoire berlinois réceptif. Un correspondant du Times à Berlin rapporte ce qui suit : « Madame Albani est apparue ce soir dans le rôle d'Elsa dans Lohengrin de Wagner, chantant son rôle en allemand. La salle était comble malgré le prix extravagant des billets. L'Empereur et sa Cour étaient présents, ainsi que tous les dirigeants de la société berlinoise. Madame Albani a obtenu ce qu'on peut appeler un triomphe complet qui dépasse même tous ceux qu'elle a déjà remportés. Après les premier et deuxième actes, elle a eu droit à trois rappels et, à la tombée du rideau, à quatre rappels d'un auditoire applaudissant avec enthousiasme. » (Albani, p. 162) [traduction libre]

Quelques années plus tard, en 1884, Emma Albani chante le rôle d'Elsa en allemand à Covent Garden. Les compagnies d'opéra avaient été réprimandées par la critique parce qu'elles produisaient tous les opéras en italien. Pour répondre à ces critiques, elles avaient commencé à produire les opéras dans leur langue d'origine. (N.A. Ridley, Record Collector, numéro consacré à Emma Albani, vol. 12, février-mars 1959, p. 84)

Fin de carrière

La réputation d'Emma Albani comme étoile internationale de l'opéra continue à s'étendre au cours des années 1880; la cantatrice remporte succès après succès dans tous les pays d'Europe. Elle se produit en Hollande, en Norvège, en Autriche, à Prague et en Hongrie et continue ses tournées dans les îles Britanniques, aux États-Unis, au Mexique et au Canada.

La tournée au Canada et aux États-Unis comporte de longs voyages en train et des escales dans des hôtels aux installations douteuses de sorte qu'Emma Albani et ses compagnons de voyage connaissent leur part de difficultés. Cependant, le voyage en vaut quand même la peine grâce à l'accueil chaleureux qu'ils reçoivent souvent à leur arrivée à destination. Par exemple, en 1883, Emma Albani arrive à la gare de Montréal où l'attend une foule délirante qui l'escorte jusqu'à son hôtel où une autre foule l'attend. La foule est tellement dense qu'on doit porter la cantatrice par-dessus la tête des gens pour la faire entrer. (Albani, p. 174) 

Dans une entrevue accordée à un journaliste du New York Tribune, Emma décrit ainsi ses tournées de 1889-1890 aux États-Unis et au Mexique : « Nous avons été rôtis à Mexico, trempés jusqu'aux os à San Francisco, gelés à mort dans les villes de l'Ouest. Nous avons passé six jours sans escale à bord d'un train entre Chicago et Mexico. C'était horrible. Mais trois semaines au Mexique nous ont largement compensés pour tous ces déboires. Les Mexicains n'ont pas souvent l'occasion d'entendre un bon opéra et ils n'hésitent pas à payer 12 $ pour un billet et à vivre au pain et à l'eau. » (MacDonald, p. 159) [traduction libre]

 

Au cours des années 1880, Emma Albani rencontre plusieurs compositeurs renommés. À une réception à Londres en mars 1886, elle fait la connaissance du compositeur-pianiste Franz Liszt. Celui-ci lui exprime son admiration pour son talent après l'avoir entendue chanter le premier rôle dans son oratorio La Légende de Ste-Élisabeth. Emma Albani a aussi une grande amitié avec le compositeur sir Arthur Sullivan (de Gilbert et Sullivan) et elle chante son oratorio Golden Legend au Festival de Leeds de 1886. Elle rencontre Johannes Brahms lors d'une visite à Vienne. Sa prestation d'un extrait du Requiem allemand émeut le compositeur jusqu'aux larmes. (Albani, p. 256)

À sa dernière saison à Covent Garden (1896), Emma Albani chante un nouveau rôle -- Isolde dans Tristan und Isolde de Wagner. Elle partage la scène avec le fameux ténor Jean de Reszke et tous deux reçoivent des critiques élogieuses. Albani se retire de la scène de Covent Garden peu après cette présentation, mais sa carrière est loin d'être terminée. Elle entreprend une tournée du Canada en 1896, donnant des concerts à Halifax, à Montréal, à Toronto, à Ottawa, à Winnipeg et à Vancouver. En 1898, elle apparaît devant une foule de 3 000 personnes à Sydney (Australie), avant de poursuivre sa tournée à Brisbane, à Melbourne et à Adelaide. (Albani, p. 164) Elle continue à recevoir des invitations de la reine Victoria à chanter au château de Windsor et, au décès de la Reine, en janvier 1901, elle chante en solo aux dernières cérémonies à la St. George's Chapel.

Vers la fin de sa carrière, les engagements d'Emma Albani la conduisent en Tasmanie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Inde. Elle réalise également plusieurs enregistrements vers 1904. Ces enregistrements comprennent des arias de Haendel, l'« Ave Maria » de Gounod et « L'Été » de la compositrice Cécile Chaminade. Emma Albani est déjà à son déclin lorsqu'elle fait ces enregistrements -- en réalité, dès 1896, on sait que sa voix a commencé à se détériorer. Une critique d'un concert donné à Massey Hall à Toronto décrit sa prestation comme suit : « Albani demeure merveilleuse dans son volume et sa « braviture », mais la musicalité de sa voix s'est estompée; l'implacable dureté qui révèle l'usure et la fatigue commence à s'installer. » (Canadian Home Journal, vol. 1, no 11, mars 1896) [traduction libre]

 

Le 14 octobre 1911, à l'âge de 54 ans, Emma Albani se produit pour la dernière fois en public. Un an plus tard, elle publie Forty Years of Song, ouvrage dans lequel elle raconte sa carrière longue et mouvementée dans laquelle elle a tenu plus de 35 rôles à l'opéra. À sa retraite, Emma et son mari continuent à vivre dans leur maison de Kensington, mais, par suite de mauvais placements, ils éprouvent de grandes difficultés financières. Emma commence à enseigner et même à se produire au music-hall pour gagner sa vie. Mais vers le milieu des années 1920, sa situation financière est désespérée. Heureusement, on organise des concerts à son bénéfice à Montréal, à Londres et à Chambly, sa ville natale, qui permettent de recueillir suffisamment de fonds pour lui assurer une existence confortable jusqu'à sa mort en 1930.

Avant sa mort, le roi George V honore Emma Albani du titre de Dame Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique. En 1939, les citoyens de Chambly procèdent au dévoilement d'une plaque en son honneur et une rue de Montréal porte son nom (MacDonald, p. 192). Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, on a fait d'autres efforts pour commémorer sa mémoire. En 1967, on republie huit de ses enregistrements à l'occasion du centenaire du Canada. En 1980, on émet un timbre commémoratif pour marquer le cinquantième anniversaire de sa mort. Son nom apparaît même dans un roman récent : l'auteure canadienne Ann-Marie MacDonald mentionne Albani et son autobiographie Forty Years of Song dans son roman à succès Fall on Your Knees.

Les succès d'Emma Albani à l'opéra, ses relations avec des compositeurs et musiciens estimés et les fervents auditoires qui ont assisté à ses représentations pendant quarante ans attestent de son professionnalisme et de ses extraordinaires talents musicaux. Plusieurs autres cantatrices canadiennes, notamment Pauline Donalda et Éva Gauthier, ont eu de brillantes carrières, mais Emma Albani a été la première Canadienne à connaître un succès phénoménal sur la scène internationale.

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