Fonder

Tour de la lanterne de Louisbourg, 1733. FR CAOM COL C11B 39 no 100

Tour de la lanterne de Louisbourg
FR CAOM COL C11B 39 no 100

Les débuts de la colonisation en Nouvelle-France sont modestes : les Français doivent faire face à la rudesse du climat et de la nature, à l’hostilité des Amérindiens, à l’éloignement de la métropole et aux difficultés de ravitaillement. Les premières constructions sont rudimentaires; ce sont de petits forts entourés d’une palissade de bois. Comptoirs de commerce ou de traite, parfois missions religieuses, ils sont la plupart du temps situés au confluent des rivières et du fleuve Saint-Laurent. Seuls quelques établissements comme Québec, Montréal ou Trois-Rivières voient leur population s’accroître et leur périmètre s’agrandir. C’est au XVIIIe siècle que l’on tente d’aménager les villes selon des plans comportant des alignements de rues, des lotissements, des aménagements de places d’armes. Ils sont signés par des ingénieurs du roi de renom : Robert de Villeneuve, Josué Dubois Berthelot de Beaucours, Jacques Levasseur de Neré et Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry. L’urbanisme reste en grande partie militaire; les villes possèdent un fort, une forteresse, une ou plusieurs batteries, des redoutes, une enceinte. Toutefois, le manque d’entretien des places, les hésitations de la cour ou de l’administration dans la décision de construire une enceinte fortifiée solide ont souvent hâté, à la fin de la période française, les capitulations des villes et des forts.

 

L’Amérique septentrionale par Franquelin

Carte de l’Amérique du Nord, par Jean-Baptiste-Louis Franquelin, 1699 FR Service historique de la Marine Collection des 71 recueils recueil 66 carte no 20

Carte de l’Amérique du Nord
FR Service historique de la Marine Collection des 71 recueils recueil 66 carte no 20

Sur cette carte représentant la Nouvelle-France telle qu’on la connaît à l’époque, on trouve les différents postes et établissements créés par les Français. Y figure aussi une vue monumentale et idéalisée de Québec ainsi qu’une scène de vie amérindienne. Sur les bordures de la carte, le cartographe a tracé les rives du Saint-Laurent, du lac Ontario à Tadoussac.

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Québec

L'Habitation de Champlain est un simple comptoir-forteresse en bois. Québec devient par la suite la ville la plus importante du Canada dont elle forme le cœur administratif, civil et religieux. Selon le voyageur suédois Pehr Kalm, en 1749, la plupart des marchands habitent la basse ville, alors que les gens de qualité résident dans la haute ville. Québec renferme les principaux édifices de la colonie : le château Saint-Louis, le palais de l'intendant, le collège des jésuites et le séminaire, l'Hôtel-Dieu, l'hôpital général et plusieurs couvents et églises. La ville compte 8 000 habitants en 1754. De 1691 à 1709, l'ingénieur du roi, Josué Dubois Berthelot de Beaucourt fait construire des batteries et des redoutes et encercler la ville de remparts, de pieux et de terre. Au début du XVIIIe siècle, les autorités décident de construire une muraille, mais les travaux sont interrompus en 1720 devant l'ampleur des coûts. Louisbourg et Montréal étant considérés comme éléments majeurs du plan de défense du territoire, Québec semble alors hors d'atteinte des ennemis. Après la capitulation de Louisbourg en 1745, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry dirige le parachèvement des murailles et la destruction de la vieille enceinte de pierres. Après un siège de trois mois et des bombardements intenses, Québec capitule le 18 septembre 1759.

Construite en 1687-1688 sur l'emplacement de l'Habitation de Champlain et du Magasin du roi incendié quelques années auparavant, l'église est consacrée en 1690 à Notre-Dame-de-la-Victoire pour commémorer la défaite de l'amiral William Phips devant Québec. En 1711, à l'occasion du naufrage d'une grande partie de la flotte de l'amiral Hovenden Walker, elle est nommée Notre-Dame-des-Victoires.

Carte du fort Saint-Louis de Québec
Plan de la Rade de Québec
Véritable plan de Québec comme il est en l'an 1664
Couppe sur la ligne A, B, C marqué sur le plan de Québec
Plans et élévations du château Saint-Louis
Plan de la ville de Québec
Plan et élévation de l'église Notre-Dame des Victoires

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Trois-Rivières

Veue de la ville des Trois-Rivières en Canada, Nouvelle-France, 1721.
FR CAOM 3DFC 464C

Veue de la ville des Trois-Rivières en Canada
FR CAOM 3DFC 464C

La ville de Trois-Rivières est fondée en 1634 au confluent du Saint-Laurent et de la rivière Saint-Maurice par La Violette, à la demande de Samuel de Champlain. C'est un lieu traditionnel de rencontre pour la traite des fourrures, d'où l'hostilité des Iroquois qui mènent contre l'établissement de nombreuses attaques tout au long du XVIIe siècle. La ville est le siège d'un gouvernement particulier comme celui de Montréal. En 1721, elle compte 800 habitants.

 

Montréal

Successivement gouverneur de Montréal (1698-1703), puis de la Nouvelle-France (1703-1725), Philippe Rigaud de Vaudreuil choisit Montréal comme résidence principale. Une concession royale lui garantit ainsi qu'à sa descendance la jouissance d'un vaste terrain situé en plein cœur de la cité, face au fleuve Saint-Laurent. Il s'y fait construire un hôtel qui sacrifie aux canons architecturaux de la métropole : de part et d'autre d'un corps central dévolu à la vie sociale du propriétaire saillent deux ailes symétriques réservées à sa vie intime et domestique. L'hôtel bénéficie des dernières commodités (cabinet de toilettes, latrines pour le maître comme pour les serviteurs, glacière) et de l'agrément de trois jardins, qui mêlent l'utile (verger et potager) au plaisir pur (parterres à la française).

Jacques Cartier a visité le village iroquois d'Hochelaga, situé à l'emplacement de la future ville de Montréal en 1535 et l'a décrit dans le récit de son deuxième voyage. Cette gravure sur bois, publiée à Venise, est le premier plan imprimé d'une agglomération en Amérique du Nord.

Ville-Marie a été fondée en 1642 à l'extrémité du cours navigable du Saint-Laurent par une société missionnaire laïque, la Société de Notre-Dame de Montréal, à l'initiative de Jérôme Le Royer de La Dauversière. Même si Montréal est à l'origine une mission destinée à évangéliser les Amérindiens, son rôle commercial prend rapidement le pas sur sa vocation religieuse. La ville devient la plaque tournante de la circulation des fourrures et des marchandises de traite. Elle sert de centre de ravitaillement pour les postes de l'intérieur de la colonie et de point de départ pour les expéditions offensives. Dès la fondation, de nombreux réduits défensifs sont construits pour faire face aux Iroquois. Une palissade est érigée entre 1687 et 1689; elle est remplacée par une enceinte de maçonnerie bâtie de 1717 à 1744 selon les plans de Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry. Le périmètre de la ville, très étendu, a la forme d'un rectangle allongé. Avec le traité d'Utrecht, Montréal renforce sa vocation militaire. La capitulation de la Nouvelle-France signée à Montréal le 8 septembre 1760 met fin à la guerre sur le continent américain. À cette époque, la ville compte 4 000 habitants.

Plan de l'hôtel de Philippe de Rigaud
La terra de Hochelaga nella Nova Francia
Villemarie dans l'isle de Montréal
Carte de l'isle de Montréal et de ses environs
Plan de Montréal

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Détroit

La fondation de Détroit remonte au 24 juillet 1701 quand Antoine Laumet dit de Lamothe Cadillac établit le fort Pontchartrain du Détroit entre le lac Érié et le lac Sainte-Claire, pour renforcer le contrôle des Français sur la région des Grands Lacs tout en freinant l'expansion anglaise. Les Hurons, les Outaouais et les Miamis s'installent à proximité du fort. Le nouvel établissement est situé aux limites du territoire de chasse des Iroquois. Cadillac accapare le commerce des fourrures et son administration douteuse fait péricliter le poste jusqu'à son départ pour la Louisiane en 1710. Cette année-là, il ne reste que six familles établies sur des terres et onze autres dans le fort. En 1749, le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, Roland-Michel Barrin de La Galissonière, frappé par l'importance stratégique du poste, s'efforce d'y attirer une nouvelle population; on compte 825 habitants à Détroit en 1760.

Plan du fort de Détroit
Carte du détroit et partie du lac Erié et du lac Sainte-Claire

Louisbourg

À la suite de la cession de Terre-Neuve et de l'Acadie à l'Angleterre par le traité d'Utrecht (1713), la France décide de fortifier l'île du Cap-Breton pour protéger le Canada, maintenir sa position sur la façade atlantique et l'exploitation de ses riches pêcheries sur les côtes de Terre-Neuve. L'île du Cap-Breton devient l'île Royale. Le secrétaire d'État à la Marine décide d'ériger une forteresse à Louisbourg. La ville fortifiée est conçue par des ingénieurs militaires, sous la direction de Jean-François Verville, et selon les théories du commissaire des fortifications Sébastien Le Prestre de Vauban. Mais c'est sous Étienne Verrier que les principaux ouvrages de défense sont réalisés. Un grand secteur est réservé à des fonctions défensives : toutefois, aucun travail de fortification n'est prévu côté terre, les rivages escarpés de la région et les marécages entourant la forteresse devant empêcher toute attaque. Hormis son rôle défensif, Louisbourg devient rapidement un port important et la plaque tournante des échanges entre la France, les Antilles et le Canada. La ville regroupe la moitié de la population de l'île Royale, soit environ 4 000 personnes en 1750, et une forte proportion de militaires y logent dans des casernes. Les Anglais s'emparent de Louisbourg en 1745, mais l'île Royale est rétrocédée en 1748; elle tombe définitivement aux mains des Anglais en 1758.

Plan et façades de la porte Dauphine
Plan d'une partie du bastion Princesse et de la batterie du cap Noir
Plan de Louisbourg
Plan et élévation de la batterie du roi
Carte du port de Louisbourg et de ses environs

Les forts

Le fort de Frontenac est érigé en 1673 par René-Robert Cavelier de La Salle à l'embouchure de la rivière Cataracoui sur une pointe s'avançant dans le lac Ontario. L'objectif est d'en faire un poste de contrôle pour le commerce de la fourrure, mais aussi de contenir les Iroquois dans leurs territoires du sud. La Salle s'en sert comme point de départ pour ses explorations vers le Mississipi. Dès 1685, le site compte de nombreuses habitations, un village indien, un couvent et une église. Les Français l'abandonnent en 1688 et détruisent le fort qu'ils reconstruisent en 1695 pour y installer à nouveau une petite garnison. Le fort est pris par les Anglais en août 1758.

Le fort de Pentagouet en Acadie est érigé en 1625 par Charles Turgis de Saint-Étienne de La Tour à la tête de la rivière Pentagouet, qui se jette dans l'océan Atlantique. C'est avant tout un poste de traite fortifié et une station de pêche. Il est pris par les Anglais en 1626, puis repris par Charles Menou d'Aulnay en 1635. La Compagnie de la Nouvelle-France cède la seigneurie de Pentagouet à Claude de La Tour en 1636.

Le fort Pontchartrain, situé dans la baie des Esquimaux non loin de la rivière Saint-Augustin, est construit en 1707 par Augustin Le Gardeur de Courtemanche. Ce dernier obtient en 1702 une concession qui s'étend de la rivière Kegaska au fleuve Kessessakiou en bordure du détroit de Belle-Isle avec les droits exclusifs de traite et de chasse au phoque, et l'autorisation de pêcher la baleine et la morue. Vivant en bons termes avec les Montagnais qui travaillent pour lui comme trappeurs et chasseurs, Courtemanche a également pour mission de se rapprocher des Inuits, parfois hostiles aux Français.

Le fort de la Présentation est érigé par Michel Barrin de La Galissonière, gouverneur général de la Nouvelle-France, sur le fleuve Saint-Laurent entre Montréal et le lac Ontario. Dans le même temps, La Présentation, mission iroquoise appelée Soegatsi par les Amérindiens, est fondée en 1749 par un sulpicien, l'abbé François Picquet.

Fort de Frontenac ou Kataracouy
Plan du fort de Pentagouet
Plan et élévation du fort Pontchartrain à la coste du Labrador
Carte du confluent des rivières Katarakoui et Choueketfy

Les forts de la rivière Richelieu

Au milieu du XVIIe siècle, la Nouvelle-France est gravement menacée par les Iroquois. En 1665, pour repousser les Amérindiens et redonner confiance aux habitants, Louis XIV envoie le régiment de Carignan-Salières. Celui-ci construit plusieurs forts sur la rivière Richelieu. L'objectif est d'empêcher les Iroquois d'emprunter ce cours d'eau pour attaquer les établissements de la vallée du Saint-Laurent. L'un des premiers forts est celui de Chambly, érigé en 1665 par Jacques de Chambly, capitaine du régiment de Carignan-Salières. Il est situé au pied d'un rapide, à l'endroit où la rivière Richelieu forme un bassin; le fort est consolidé en 1710-1711. Ouvrage régulier de pierre aux angles égaux, il bloque par sa position l'accès à la partie navigable de la rivière vers le Saint-Laurent et permet de s'interposer entre l'ennemi et Montréal. À l'embouchure du Richelieu, sur l'emplacement d'un premier fort construit par Charles Huault de Montmagny, premier gouverneur et lieutenant général de la Nouvelle-France, et détruit en 1647 par les Iroquois, le régiment de Carignan-Salières construit également en 1665 le fort Richelieu.

Plan, profils et élévations du fort de Chambly en Canada
Plan des forts faits par le régiment de Carignan-Salières
Plan du fort Richelieu

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Les missions

Au XVIIIe siècle, les missionnaires concentrent leurs efforts dans la vallée du Saint-Laurent où ils tentent de sédentariser les Amérindiens. La mission dite des sauvages du Sault, précédemment installée dans l'île de Montréal, est transférée à la demande des sulpiciens au nord-ouest du lac des Deux Montagnes. Le terrain est accordé par l'intendant et le gouverneur général en 1717 à la condition que la mission soit établie aux frais des religieux et qu'ils y bâtissent une église et un fort de pierre. L'objectif visé est non seulement de convertir les Amérindiens (Algonquins, Népissingues, Iroquois), mais aussi de protéger l'île de Montréal des incursions iroquoises.

Plan du fort et de la mission du lac des Deux Montagnes
Plan de la mission du lac des Deux Montagnes
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