Triomphe dans le Grand Nord

Au tournant du XXe siècle, on a continué à accorder une importance croissante à la collecte de renseignements sur la géographie des régions nordiques du Canada et l'on a entrepris de mettre l'accent sur l'étude ethnographique des Inuits.

La recherche du passage du Nord-Ouest par la voie maritime de l'Est s'est poursuivie. Encouragé par le succès de Robert McClure de même que par son penchant pour l'aventure, le Norvégien Roald Amundsen a finalement traversé le passage. Il a conquis la route qui avait intrigué durant des siècles les voyageurs avant lui

Une autre raison de connaître et d'explorer le Nord canadien a ressorti  --  le besoin du Canada d'affirmer sa souveraineté sur l'archipel Arctique qu'il avait hérité de la Grande-Bretagne plusieurs années après la Confédération. À la suite de l'expédition d'Amundsen, le gouvernement Laurier s'est retrouvé dans la position de défendre ce qu'il considérait comme le territoire canadien contre les étrangers qui exploitaient librement les eaux de l'Arctique, sans payer de droits, et même en en réclamant des parties pour d'autres nations.

Roald Amundsen franchit le passage du Nord-Ouest

Roald Englebert Gravning Amundsen (1872 - 1928)

Les Vikings n'ont pas été les derniers Scandinaves à s'intéresser à l'exploration du Canada. En Norvège, plusieurs explorateurs se sont passionnés pour l'Arctique et l'Antarctique. Ils ont effectué des expéditions scientifiques importantes. Parmi ces explorateurs, le baron suédois Adolf E. Nordenkiöld a été le premier, en 1878-1879, à naviguer de l'Atlantique au Pacifique en passant en haut de la Russie. En 1889, Roald Amundsen, alors âgé de 17 ans, se trouve au quai lorsque Fridtjof Nansen accoste après avoir traversé les glaces au nord du Groenland pour la première fois. Il était encore au quai d'Oslo quand Otto Sverdrup revient au pays, en 1902, après quatre ans d'exploration sur les côtes de l'île Ellesmere et dans les détroits Eureka et Nansen.

Roald Amundsen naît en Norvège en 1872 d'un père armateur et d'une mère qui rêvait de le voir médecin. Le jeune homme délaisse ses études de médecine pour la pratique de la navigation. Il fait ses premières expériences sur des baleiniers dans la région du Spitzberg. En 1897, il accompagne le navigateur belge Adrien De Gerlanche dans une expédition en Antarctique où il apprend les difficultés liées à la survie dans les régions nordiques. Mais son rêve est de relever les défis que comporte la recherche d'un passage à travers l'Arctique vers le nord-ouest. À cette époque, on connaît relativement bien le Nord, mais personne n'a encore navigué d'est en ouest. Il trouve six compagnons et achète un navire léger en 1902, le Gjøa. Les voyageurs se préparent à vivre dans des conditions extrêmes par un entraînement physique intense, qui se traduit par de la course et par de longues randonnées à skis et à bicyclette.

En 1903, Amundsen et ses compagnons gagnent la côte ouest du Groenland, franchissent la baie de Baffin et pénètrent dans le détroit de Lancaster. Puis, suivant le détroit de Peel, ils accostent dans une baie qu'Amundsen nomme « havre du Gjøa », sur l'île du Roi-Guillaume, où il passe deux hivers. Pendant son séjour dans l'Arctique, Amundsen rencontre dix tribus d'Inuits. Il manifeste un vif intérêt pour leur manière de vivre et adopte leur mode vestimentaire. Il apprend d'eux à construire des igloos, à chasser et à pêcher. Dans le récit de ce voyage, Amundsen constate une détérioration du mode de vie des Inuits qui ont côtoyé les Européens par rapport à ceux qui n'ont eu aucun contact avec eux.

Si le premier objectif d'Amundsen était de traverser le passage du Nord-Ouest, la mission pour laquelle il a reçu du soutien financier consiste à examiner si le pôle magnétique qu'avait trouvé James Clark Ross en 1830 est toujours au même endroit, ce qu'on remettait alors en question. Les recherches scientifiques d'Admundsen ont permis de relocaliser le pôle magnétique à plus de 50 kilomètres au nord-est de la position déterminée par Ross plus de soixante-dix ans plus tôt.

Le 13 août 1905, il reprend la navigation vers l'ouest. Il passe par le détroit Simpson, au sud de l'île du Roi-Guillaume, un détroit traître, jonché de glaces et de rochers à peine submergés. Puis, il traverse le golfe de la Reine Maud et entre dans le détroit Dease pour sortir à l'autre bout du détroit Dolphin et Union dans le golfe qui porte aujourd'hui son nom. Cette période, écrit-il, a été « the three longest weeks of my life. » [Traduction libre : « les trois plus longues semaines de ma vie. »] Mais la récompense est au bout : le 27 août 1905, pendant qu'il se repose dans sa cabine, Amundsen entend soudainement l'un de ses compagnons crier : « Vessel in sight! » [« Voile en vue! »] Un baleinier venant de l'ouest s'approchait. Ému, Admunsen se rend compte alors qu'il vient de traverser le passage du Nord-Ouest. Son rêve d'enfance vient de se réaliser! Il sait maintenant qu'il peut effectuer la dernière partie de son itinéraire.

Le 27 août 1905 :
« The North West Passage had been accomplished - my dream from childhood. This very moment it was fulfilled. I had a peculiar sensation in my throat; I was somewhat overworked and tired, and I suppose it was weakness on my part, but I could feel tears coming to my eyes. « Vessel in sight! » The words were magical. »

(Amundsen, London 1908)

Mais le 2 septembre les glaces l'immobilisent un peu à l'ouest de l'embouchure du Mackenzie. Impatient d'annoncer son exploit, Amundsen part en traîneau avec les Inuits qui transmettent le courrier des baleiniers et il va jusqu'à Eagle City en Alaska, à 800 kilomètres de la côte, pour envoyer un télégramme à Fridtjof Nansen, puis il revient à son navire. Il franchit le détroit de Béring l'été suivant et arrive à Nome, sur la côte sud de l'Alaska, en août 1906.

Le voyage d'Amundsen tire son importance du fait qu'il s'agit de la toute première fois qu'un navire franchit le passage du Nord-Ouest. L'explorateur a vécu de grands moments d'anxiété devant l'inconnu et a éprouvé de la difficulté à naviguer dans les glaces nordiques. Son succès vient de sa maîtrise de la navigation, d'une bonne préparation et de son adaptation à l'environnement.

« Having achieved the first ambition of my life, a écrit Amundsen, I began looking about for new worlds to conquer. » [Traduction libre : « Ayant réalisé la première ambition de ma vie, je me mis à chercher de nouveaux mondes à conquérir. »] Le 14 décembre 1911, il devient le premier explorateur à atteindre le pôle Sud. Assoiffé de défis et de voyages hors des sentiers battus, Amundsen parvient en outre, en mai 1926, à survoler le pôle Nord à bord d'un dirigeable. Deux ans plus tard, il part à la recherche d'un aviateur italien disparu au pôle Nord; il n'est jamais revenu

Joseph Bernier revendique l'archipel arctique pour le Canada

Joseph-Elzéar Bernier (1852 - 1934)

D'une lignée de capitaines, Joseph-Elzéar Bernier voit le jour à L'Islet, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, au jour de l'An de 1852. Son baptême de la mer a lieu à l'âge de deux ans, lorsque ses parents l'emmènent à Cuba, sur un navire commandé par son père. À dix-sept ans, ce dernier lui offre un navire qu'il a fait construire pour son apprentissage. Joseph-Elzéar le commande jusqu'en Irlande, où il apporte du bois. Pendant plusieurs années avant d'entreprendre ses voyages dans l'Arctique, Bernier traverse l'Atlantique en pilotant de nouveaux navires construits à Québec pour l'Angleterre, lors de leur voyage inaugural, ce qui exigeait une expertise particulière. En 1871, il se trouve au Connecticut lors du départ de la dernière expédition polaire de Charles Francis Hall. À compter de ce moment, la navigation nordique devient son centre d'intérêt et il enrichit sa bibliothèque personnelle sur les navires de livres et de cartes sur les voyages dans l'Arctique.

Pendant plusieurs années, à la fin du siècle dernier, il tente de persuader le gouvernement canadien de l'importance d'aller prendre possession des îles situées au nord du Canada. Enfin, en 1904, il achète un navire allemand pour le gouvernement, qu'il nomme « Arctic », et le fait charger de provisions pour cinq ans. Il projette de contourner le cap Horn et d'entrer dans l'Arctique par le détroit de Béring. Mais au moment du départ, le ministère de la Marine et des Pêcheries contremande l'expédition et l'envoie à la baie d'Hudson avec la Gendarmerie royale pour arrêter un fraudeur et établir des postes pour cette police. Malgré sa déception, il écrira plus tard que ce voyage a été utile, car on y a fait des études sur les glaces et la navigation, « [b]ut so far as I was personally concerned the first arctic voyage of real importance to me was that of 1906-07, [...] ». [Traduction libre : « mais, en ce qui me concerne, mon premier voyage dans l'Arctique vraiment important a été celui de 1906-1907 ».]

Bernier quitte Québec en 1906 en direction du Grand Nord avec l'objectif de confirmer la souveraineté du Canada dans les îles de l'Arctique. Le gouvernement impérial avait formellement cédé ces îles au Canada en 1880, mais le gouvernement canadien n'avait pris aucune mesure systématique encore pour confirmer sa souveraineté et pour exercer sa juridiction sur ce territoire. Il lui paraissait plus important de faire cette démarche que de tenter d'atteindre le pôle Nord, car il était question aux États-Unis que les explorateurs américains prennent possession de l'archipel Arctique pour leur pays et les explorations du Norvégien Sverdrup autour de l'île Ellesmere étaient suffisamment inquiétantes pour que le gouvernement canadien lui paie une très grosse somme pour ses levés et ses cartes en guise d'abandon de réclamation.

Comme ses prédécesseurs, Bernier emprunte le détroit de Lancaster et atteint le détroit McClure entre les îles Banks et Melville, puis pénètre dans le détroit du Prince-de-Galles. Lors de ce premier voyage, lorsqu'il arrête à l'île Beechey, il constate que la pierre gravée par Franklin lors de son dernier hiver est sans support. Bernier et ses compagnons construisent un cairn et y apposent la plaque. D'une île à l'autre, Bernier retrouve les lieux découverts et marqués par ses prédécesseurs. On apprend ainsi que certains de ceux-ci ont construit des caches dans lesquels ils laissaient des renseignements et des provisions pour eux-mêmes ou pour d'autres en cas de naufrage et que ces constructions constituaient des cibles au tir des baleiniers. Le capitaine Bernier a rapporté de ces caches des documents laissés par des explorateurs qu'il a déposés aux Archives nationales du Canada. Sur chacune des îles, Bernier et son équipe effectuent des levés topographiques suivis d'une cérémonie de prise de possession officielle.

Entre 1906 et 1925, Bernier fait douze voyages dans l'Arctique et y passe huit hivers. Les expéditions de 1906 à 1909 ont servi principalement à établir les connaissances de base pour réclamer pour le Canada toutes les îles sises dans l'Arctique au nord du continent nord-américain. Les expéditions dans l'Arctique cessent pendant la Première Guerre mondiale. Bernier fait alors le transport de courrier sur son navire le Guide le long des côtes du Saint-Laurent et du Labrador, et accomplit aussi quelques voyages de transport en Europe. La fin de la guerre marque la reprise des expéditions scientifiques dans l'Arctique.

L'établissement de la souveraineté canadienne dans le Grand Nord comportait l'implantation des lois du Canada dans cette région. À cet effet, Bernier devait donc accorder des permis aux baleiniers et aux pêcheurs qui venaient chasser et pêcher dans les eaux territoriales. Il participe aussi à l'établissement de nombreux postes de la Gendarmerie royale du Canada. Il mentionne dans ses mémoires que le plus nordique d'entre eux, le poste Bache, est la maison du Père Noël et, chaque année, des milliers de lettres adressées à ce dernier y affluent.

Lorsque Bernier entreprend ses voyages, la plupart des communautés inuites ont déjà été en contact avec les Européens et leurs descendants nord-américains. Ces derniers, bien que très paternalistes à leur égard, selon l'esprit du début du XXe siècle, ont encore besoin de leur aide. Bernier engage deux Inuits lors de son premier voyage, sachant qu'ils pourront non seulement l'aider durant le voyage, mais aussi servir de rapporteurs auprès de leur communauté pour la renseigner sur ce qu'ils auront vu. Durant ses voyages, Bernier transporte une grande quantité de vivres et d'autres articles qu'il distribue par la suite dans les communautés inuites.

«  [...] but first of all hired young Monkeyshaw, and old Cameo, two Eskimos who would be useful in various ways during the cruise. I had another purpose in view in selecting the men according to their ages. I wanted them to tell their friends what they had seen to the west. If I had taken only a young man, his story would not have been accepted unreservedly by his tribesmen, but with corroboration by an older man his statements would be unquestioned. Besides which as a broadcaster, the young man would live longer.  »

(Bernier 1939, 312)

Bernier réalise son dernier voyage dans l'Arctique comme commandant en 1925, la même année qu'il doit abandonner l'Arctic, usé par les glaces. Bernier donne de très nombreuses conférences sur l'Arctique tant au Canada qu'à l'étranger et continue à voyager sur tous les continents. Il décède par suite d'une crise cardiaque, la veille de Noël 1934.

Ses explorations et ses démarches ont permis au Canada d'établir sa souveraineté sur quelque 740 000 kilomètres carrés dans l'Arctique et de sensibiliser le public canadien à l'importance politique et économique du Grand Nord. On a écrit à propos du capitaine Joseph Elzéar Bernier qu'il a été « le plus grand navigateur canadien ».

Moyens de transport

Quand on voit la taille des énormes brise-glace qui se fraient un chemin à grand fracas à travers le passage du Nord-Ouest à notre époque, on peut s'étonner que le premier navire à avoir navigué dans le passage n'ait pas été plus grand qu'une embarcation de plaisance en bois de taille moyenne. Le Gjøa était un bateau de pêche d'une longueur de 22 mètres que Roald Amundsen avait trouvé en Norvège et qui portait le nom de la femme du premier propriétaire. Il s'agissait d'un voilier, mais Amundsen l'a équipé d'un moteur diesel de 13 chevaux-vapeur. Il a écrit : « Si nous avons réussi à franchir le passage du Nord-Ouest, c'est grâce en bonne partie à notre excellent petit moteur. » (Delgado 1999, 171) En plus d'avoir ajouté un moteur, il a renforcé la coque avec des poutres et a recouvert l'avant d'un revêtement de chêne d'une épaisseur de 76 millimètres.

Amundsen avait planifié de lancer une petite expédition. Outre un équipage de six hommes, le Gjøa, transportait 17 chiens. (Il espérait que les chiens seraient en mesure de trouver leur nourriture eux-mêmes quand la situation le permettrait.) Amundsen savait que l'expédition l'amènerait à suivre des rivages dans des chenaux étroits parsemés d'écueils et que, dans ce cas, il valait mieux tenter sa chance à bord d'un vaisseau léger ayant un faible tirant d'eau. Là où d'autres avaient tenté de se frayer un passage de force à travers les glaces flottantes, lui prévoyait contourner celles-ci; il a fini par réussir. Aujourd'hui, le Gjøa est conservé en cale sèche au Norsk Sjofartsmuseum d'Oslo, en Norvège.

Le navire du capitaine Bernier, l'Arctic, tient une place honorable dans l'histoire maritime canadienne aux côtés du Gjøa. Il avait déjà servi à l'exploration polaire lorsque Bernier l'a acheté pour le compte du gouvernement du Canada en 1904. Construit en Allemagne, où on l'avait baptisé Gauss, il avait fait partie d'une expédition en Antarctique en 1901-1903, devenant le deuxième navire de l'histoire à passer l'hiver dans cette région. L'Arctic était un navire en chêne de 50 mètres, équipé d'un moteur de 275 chevaux-vapeur et portant un équipage de plus de 30 hommes. Il était beaucoup plus gros que le Gjøa -- et il fallait qu'il le soit pour pouvoir faire tout ce qu'on lui demandait. En plus de servir à explorer l'archipel, l'Arctic était un navire patrouilleur, il servait à ravitailler des postes avancés de police, à faire le relevé des havres et à percevoir les taxes; de plus, il a éventuellement permis au Canada d'assurer sa souveraineté sur ses territoires les plus au nord.

L'Arctic a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres à travers les glaces du Nord sans accident sérieux. Pendant la Première Guerre mondiale, il a servi de bateau-phare dans le fleuve Saint-Laurent; en 1922, lorsque le gouvernement a mis sur pied, dans l'Arctique oriental, une patrouille régulière dirigée par le capitaine Bernier, l'Arctic a repris le service durant quatre saisons. Après le voyage de 1925, Bernier a pris sa retraite et l'on a retiré l'Arctic du service et on l'a démonté.

Le digne successeur de l'Arctic a été le St-Roch, lancé à Vancouver en 1928 comme patrouilleur de la division du Nord de la Gendarmerie royale. C'était un navire de 32 mètres propulsé par un moteur diesel et équipé d'une coque arrondie en bois spécialement conçue pour absorber et dévier la force de la glace. En 1941-1942, sous la direction du capitaine Henry Larsen, il a refait le voyage du Gjøa en sens inverse et est devenu ainsi le premier navire à avoir traversé le passage du Nord-Ouest d'ouest en est. Il a été aussi le premier navire à contourner l'Amérique du Nord en 1950. Le St-Roch, retiré du service en 1954, a été déclaré lieu historique national et se trouve en cale sèche au Vancouver Maritime Museum, où on peut le visiter.

Cartes

Les zones vierges sur les cartes ont été rapidement comblées au début du XXe siècle. Les îles Axel Heiberg et Amund Ringnes ont été cartographiées lors de l'expédition norvégienne de 1898-1902 menée par Otto Sverdrup. Le Canada a acheté les cartes de Sverdrup en 1930 pour la somme de 67 000 $ afin de renforcer les revendications canadiennes de cette région. Une autre expédition norvégienne qui s'est déroulée de 1903 à 1906, dirigée par Roald Amundsen, a fait d'importants levés magnétiques qui ont permis de localiser exactement le pôle magnétique. Les deux hivers suivants, Amundsen a navigué à bord de son bateau, le Gjøa, à travers le passage du Nord-Ouest; il a été le premier Européen à le faire. Les expéditions de Sverdrup et d'Amundsen ont permis de ramener des observations scientifiques et des spécimens.

Les derniers ajouts substantiels au territoire canadien ont été faits durant une série d'expéditions dirigées par le Canadien de souche Vilhjalmur Stefansson (1906-1918). Il a été financé par l'American Museum of Natural History de 1908 à 1912 et par le gouvernement canadien de 1913 à 1918. Bien que ces expéditions aient été de nature principalement scientifique, elles ont mené à la découverte et à la cartographie des dernières îles arctiques majeures : Lougheed, Borden, Bank et Meighen, toutes situées dans le nord-ouest de l'Arctique.

Les expéditions qui ont captivé l'imagination populaire à cette époque ont été les tentatives de l'officier de marine américaine Robert Peary d'atteindre le pôle Nord géographique. Après plusieurs tentatives, Peary a atteint le pôle le 6 avril 1909, accompagné de Matthew Henson et de quatre Inuits  --  Oo-tah, E-ging-wah, See-gloo et Oo-ke-ah. La rigueur et la rapidité des levés du début du XXe siècle étaient fondées sur l'adaptation réussie des Européens à la vie et aux déplacements dans l'Arctique depuis les expéditions de l'Amirauté au XIXe siècle. Bien que l'on attribue souvent le mérite de ces innovations aux Norvégiens, elles étaient déjà utilisées par les Européens dans les années 1850, et particulièrement par John Rae, un ardent observateur des Inuits

Comme il y avait de nombreuses nations qui participaient à l'exploration de l'Arctique et à des activités telles que la pêche à la baleine, le Canada a commencé à se préoccuper de questions ayant trait à l'exécution de la Loi et à la souveraineté, même si l'archipel Arctique avait été transféré par la Grande-Bretagne au Canada en 1880. Les patrouilles de la GRC et les jalonnements de revendications territoriales ont commencé en 1904, en dehors des bases établies à l'île Herschel et à Cape Fullerton. Parmi les premiers agents, aucun n'a voyagé davantage que Joseph-Elzéar Bernier (1904-1911), probablement le plus grand navigateur de l'Arctique au Canada. En 1909, sur l'île Melville, il a revendiqué officiellement l'archipel Arctique pour le Canada. L'un de ses successeurs, Henry Asbjorn Larsen, dans la goélette St. Roch de la GRC, a été la seconde personne après Amundsen à traverser le passage du Nord-Ouest et le premier à le faire d'ouest en est (1940-1942). En 1944, Larsen a été le premier à naviguer d'est en ouest dans le passage en une saison (quatre-vingt-six jours) et, en 1950, le St. Roch a été le premier navire à faire le tour de l'Amérique du Nord. Le St. Roch est aujourd'hui un lieu historique national à Vancouver.

Alors que ces nouveaux explorateurs scientifiques et agents chargés de l'exécution de la Loi préparaient encore des cartes avec les instruments et les techniques mis au point au XIXe siècle, les organismes gouvernementaux effectuaient la cartographie détaillée nécessaire à la société moderne. En 1892, le ministère de l'Intérieur a mis sur pied une division des levés pour préparer des cartes à l'échelle d'un pouce pour trois milles. Elle a été suivie par la Section de la géographie du ministère de la Milice et de la Défense en 1904, puis par la Division des levés topographiques de la Commission géologique et d'histoire naturelle en 1908. Ce dernier organisme produisait des cartes depuis sa création (1842), mais s'est mis à produire aussi des cartes topographiques.

En 1906, le ministère de l'Intérieur a publié la première édition de L'Atlas national du Canada et d'autres éditions ont été publiées en 1915, en 1958, en 1974 et dans les années 1990. On peut éprouver de la fierté devant cette réalisation, parce que le Canada est devenu le deuxième pays au monde, après la Finlande (1899), à avoir accompli un tel exploit en cartographie. Les trois organismes de cartographie (le ministère de l'Intérieur, la Division de la géographie du ministère de la Milice et de la Défense, et la Division des levés topographiques de la Commission géologique et d'histoire naturelle) ont fusionné en 1923 pour élaborer un système de cartes topographiques, le précurseur de notre système de cartographie actuel. En dépit de sa grande étendue et de sa faible population, le Canada est devenu l'un des premiers pays au monde à être complètement cartographié à l'échelle internationale la plus grande (1:50 000), où un centimètre de carte représente 500 mètres de sol. À cette échelle, le Canada est documenté sur 13 000 feuilles de cartes séparées.

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