L'exploration de l'Ouest

Au début du XVIIIe siècle, les Français et les Anglais se livraient une guerre qui n'a pris fin qu'en 1712. En vertu de la paix définie dans le traité d'Utrecht, les deux côtés ont convenu de changements dans leurs possessions et leurs droits de commerce en Amérique du Nord. Une des conséquences de ces changements : un grand territoire appartenant antérieurement à la France est passé aux mains des Anglais. De plus, la relation précieuse nouée avec les Iroquois de même que les droits de commerce établis avec d'autres nations situées à l'ouest du territoire détenu par les Français, le long du fleuve Saint-Laurent, allaient maintenant s'offrir aux Anglais.

Malgré la recrudescence de la traite des fourrures quelque temps après la fin de la guerre (il y avait eu surabondance de fourrures de castor sur le marché européen), l'exploration du Canada a été relativement faible pendant la première partie du siècle. Vers le milieu du siècle, toutefois, la Compagnie de la Baie d'Hudson a commencé à étendre ses activités plus à l'ouest en raison des récits sur les premiers voyages de La Vérendrye et d'autres explorateurs, dont la progression risquait de déséquilibrer le commerce de la fourrure.

La période de paix a pris fin dans les derniers mois de 1743 lorsque la France a déclaré la guerre à l'Angleterre.

Henry Kelsey : Le jeune aventurier

Henry Kelsey (1667-1724)

Henry Kelsey arrive à la baie d'Hudson en 1684. On sait peu de choses à son sujet, hormis qu'il était probablement le fils du marin John Kelsey d'East Greenwich, où il est né en 1667, et qu'il avait été mis en apprentissage à la Compagnie de la Baie d'Hudson à l'âge de dix-sept ans et envoyé au fort York. Il s'est rapidement intégré aux jeunes Amérindiens de la côte, avec qui il allait d'un poste à l'autre.

La première exploration de Kelsey a lieu en 1689, alors qu'il se rend à la rivière Churchill pour aider à construire un fort. Le chef de l'expédition, le capitaine James Young, essaie d'aller plus au nord, mais les glaces lui bloquent la route. Kelsey lui propose alors d'aller explorer à terre avec un jeune Amérindien. Les deux jeunes franchissent 204 kilomètres vers le nord à l'intérieur des terres non loin de la côte, mais ne trouvent ni êtres humains ni fourrures.

Parce que Kelsey avait déjà voyagé avec les Amérindiens, le gouverneur du fort York le choisit en 1690 pour explorer l'intérieur des Prairies à partir de la baie d'Hudson. Il veut encourager et inviter les Amérindiens à se rendre à la baie. Kelsey doit aussi chercher des gisements de minerai et des plantes médicinales. À cause de sa facilité à établir des liens amicaux avec les Amérindiens, le gouverneur lui demande aussi de tenter de rétablir la paix entre certaines tribus dont les guerres nuisent au commerce.

Le 12 juin 1690, Kelsey part donc d'York avec un groupe de Cris qui retournait à l'intérieur des terres pour faire un voyage qui devait s'avérer marquant. Il a probablement emprunté la rivière Hayes et la rivière Fox jusqu'au lac Moose pour se retrouver « on ye borders of ye stone Indian Country » [Traduction libre : « aux frontières de la nation assiniboine »]. Kelsey prend possession de la région au nom de la Compagnie de la Baie d'Hudson, nommant l'endroit Deerings Point (situé probablement près de Le Pas, au Manitoba), et s'y installe.

« The Inland Country of Good report hath been
By Indians but by English yet not seen
Therefore I on my Journey did not stay
but making all ye hast I could upon our way
Gott on ye borders of ye stone Indian Country
I took possession on ye tenth Instant July
And for my masters I speaking for ym, all
This neck of land I deerings point did call
Distance from hence by Judgement at ye lest
From ye house six hundred miles southwest
Through Rivers wch run strong with falls
thirty three Carriages five lakes in all. »

(Kelsey 1929, 2)

Un an plus tard, Kelsey et les Cris quittent le camp, remontent la Saskatchewan, puis empruntent la rivière Carrot, où ils abandonnent leurs canots et poursuivent la route à pied. Après avoir traversé une région marécageuse s'étendant sur plusieurs kilomètres au sud de la rivière Saskatchewan, ils passent par des prairies beaucoup plus dégagées où abondent les cerfs. Ils y rencontrent des Assiniboines d'Eagle Creek. Puis ils parviennent à la rivière Red Deer et à ses mines d'ardoise, remontent ensuite ce cours d'eau en direction sud-sud-ouest et atteignent un peu plus loin Great Salt Plain, large de 68 kilomètres d'est en ouest. Ils croisent d'autres Assiniboines venant de Thunder Hill. Kelsey trouve lui-même une région de hauts plateaux boisés qui était, de toute évidence, la région de Touchwood Hills. En août 1691, il aperçoit des bisons et des ours grizzly. Il devient le premier Européen à décrire la nature et la faune de l'Ouest canadien..

Le 25 août, Kelsey se retrouve en présence d'un grand nombre d'Assiniboines (Stone Indians ou Mountain Indians); peu après, il entre en relation avec les Naywatames (Gros Venture) en vue d'établir la paix entre ces deux tribus. Il n'y parvient pas. Il retourne à Deerings Point, d'où il rentre à York Factory à l'été de 1692 avec plusieurs Amérindiens.

Il est difficile d'évaluer les retombées financières de ce voyage, car le fort York passe aux mains des Français en 1694 et y reste jusqu'en 1714. Durant plus d'un demi-siècle après le voyage de Kelsey, seulement deux employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson pénètrent à l'intérieur du pays : William Stuart et Richard Norton. Le journal de voyage de Kelsey n'a été connu à l'extérieur de la compagnie qu'en 1749, donc après les voyages de La Vérendrye dans l'Ouest. Malgré ses observations, on ne peut savoir avec certitude jusqu'où Kelsey s'est rendu.

Ce voyage a été son dernier à l'intérieur du pays, mais non pas sa dernière expédition d'exploration pour autant. Après avoir grimpé les échelons de la hiérarchie au sein de la compagnie en œuvrant à la baie d'Hudson, Kelsey est nommé, en 1718, gouverneur de tous les établissements de la baie d'Hudson, y compris Churchill. Au cours des quatre années pendant lesquelles il occupe cette fonction, il continue d'explorer le nord de la baie d'Hudson. En juillet et en août 1719, il se rend avec les navires côtiers Prosperous et Success jusqu'au 62º40' de latitude Nord. Il échange deux esclaves amérindiens contre deux Inuits dont il voulait faire des interprètes. Il y troque aussi des fanons de baleine, de l'huile et des défenses de morse. L'année suivante, mis au courant du voyage de James Knight, son concurrent, il envoie John Hancock à Churchill et, de là, plus au nord. Hancock revient en septembre; il affirme que les hommes de Knight ont ruiné le commerce pour le groupe de Kelsey. Personne ne soupçonnait le triste sort réservé à l'expédition de Knight.

En 1721, Kelsey entreprend de nouveau une expédition vers le nord pour tenter de trouver du cuivre, métal dont on parlait beaucoup dans les postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il passe d'abord à Churchill, puis rencontre des Inuits les 21 et 23 juillet, ainsi que le 1er août. Ceux-ci lui apprennent la perte du navire de Knight, l'Albany. La violence des vents empêche Kelsey d'aller plus loin. L'explorateur venait de faire son dernier voyage d'exploration. L'année suivante, son mandat comme gouverneur étant terminé, on le rappelle en Angleterre, où il décède en novembre 1724.

Knight, Stuart et Thanadelthur, la guide amérindienne

James Knight (c. 1640 - c. 1720)
Thanadelthur (? - 1717)
William Stuart (c. 1678 - 1719)

Une femme amérindienne exceptionnelle est à l'origine de l'exploration entreprise par James Knight. Cette histoire met en lumière l'importance de la collaboration des Amérindiennes dans l'exploration de l'Amérique du Nord par les Européens.

Thanadelthur, une Chipewyan, et deux autres jeunes filles sont capturées par les Cris en 1713, lors d'une attaque de ces derniers contre une bande de leur tribu. Thanadelthur réussit à s'évader avec l'une de ses compagnes, mais la faim et le froid les empêchent d'atteindre leur pays et causent la mort de la jeune fille qui l'accompagne. Thanadelthur parvient à se rendre au fort York le 24 novembre 1714, grâce à des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson qu'elle a croisés en cours de route. Elle explique au gouverneur du fort, James Knight, que les Chipewyans, qui ne sont pas armés, ne peuvent venir à la baie pour faire la traite des fourrures parce que les Cris, qui, eux, possèdent des fusils, leur font la guerre. Elle leur révèle aussi l'existence d'une mine de métal jaune située dans le Nord-Ouest, au-delà de la rivière Churchill. Cette information pique la curiosité de Knight; il organise aussitôt une expédition et nomme William Stuart, employé de la Compagnie, pour la diriger, guidé par Thanadelthur, au-delà du territoire cri.

Le 27 juin 1715, Stuart, Thanadelthur et 150 Cris quittent le fort York avec pour mission de rétablir la paix entre les Cris et les Chipewyans, de ramener quelques Amérindiens du Nord, d'annoncer la construction d'un fort à la rivière Churchill et d'enquêter sur les minéraux. À la demande expresse du gouverneur, Stuart doit surtout protéger la « femme-esclave », comme l'appelle Knight. Le froid et la disette dispersent bientôt les voyageurs. Après avoir traversé péniblement la toundra en bordure de la forêt boréale, ils aperçoivent, gisant au bord d'une forêt, cinq Chipewyans tués par les Cris. Ils savent que ces meurtres compromettent la réconciliation des tribus et les membres de l'expédition qui restent sont prêts à rebrousser chemin. Thanadelthur les persuade de l'attendre dix jours pendant qu'elle va seule chercher les Chipewyans. Elle revient à la dernière minute et, grâce à son discours continu, elle a réussi à obtenir la paix entre les parties. Stuart rentre donc avec Thanadelthur et dix Chipewyans en mai 1716. Durant cette expédition, Stuart a été très malade et n'a pu produire ni journal ni carte de sorte qu'il ne peut dire où ils ont été. Il a accompli une partie de sa mission grâce à la jeune fille. Les Anglais sont déçus, car le cuivre dont sont faits les couteaux que portent les Amérindiens provient d'une mine plus loin à l'ouest.

Dans l'impossibilité de retourner dans leur pays la même année, les Chipewyans demeurent au fort York. Thanadelthur décrit à Knight la richesse des fourrures et des métaux de son pays. Sa verve et sa détermination alimentent les rêves de découvertes de Knight et celui-ci apprécie beaucoup plus les récits de la jeune fille que ceux de Stuart, qui estime avoir voyagé près 1500 kilomètres et s'être rendu au 67º de latitude Nord dans une contrée inhospitalière. Thanadelthur encourage Knight à faire des projets de nouvelles expéditions, mais elle tombe malade et meurt le 7 février 1717. Knight et Stuart étaient très impressionnés par cette femme étonnante à qui ils étaient redevables de l'accord de paix entre les Cris et les Chipewyans. Knight a dit à son sujet : « She was one of a very high Spirit and of the Firmest Resolution that every I see in any Body in my Days and of great Courage. » [Traduction libre : « C'était une personne douée d'une grande âme, d'un grand courage et de la plus ferme détermination que j'aie rencontrée de ma vie. »]

Convaincu de l'importance des femmes comme interprètes pour traiter avec les Chipewyans, Knight achète une autre Amérindienne comme esclave contre 60 peaux en marchandises et, en juillet 1717, l'envoie chez les Chipewyans avec Richard Norton. Stuart demeure à la baie, où il tombe dans la démence et meurt deux ans plus tard, en octobre 1719. La renommée de William Stuart vient du fait qu'il a été le premier Européen à traverser la toundra et à atteindre les environs du Grand lac des Esclaves.

« I am now building of a factory at Churchill River to try whether I can gett this trade after all these Dissapointments, & have now Sent the Surviveing Northern Mann & a Young Woman as I bought Since, wth an English Ladd, to go & Give their Country People Notice as I am here abuilding; ... »

(Kenney 1932, 152-153)

James Knight rentre en Angleterre en 1718 et réussit à convaincre la Compagnie de la pertinence d'une nouvelle expédition dans le Nord. Le 4 juin 1719, il quitte Gravesend avec deux navires, l'Albany et le Discovery, pour effectuer un voyage de découverte au nord du 64° à la recherche du mythique détroit d'Anian pouvant mener à un passage au Nord-Ouest. Il projette aussi d'étendre le commerce de la Compagnie, de jeter les bases d'une industrie baleinière ainsi que d'aller à la recherche de mines d'or et de cuivre. Knight n'est jamais revenu de ce voyage. En 1721, l'explorateur Henry Kelsey a appris, lors d'une expédition, que l'Albany avait coulé. L'année suivante, un homme envoyé à sa recherche a prétendu à son retour que les deux navires avaient fait naufrage et que tous les hommes avaient été tués par les Inuits.

Lors d'une exploration menée en 1769, Samuel Hearne a découvert les épaves des deux navires et les ruines d'un abri dans une anse de l'île Marble. Les Inuits l'ont informé que, contrairement au compte rendu précédent, une cinquantaine d'hommes avaient bâti une maison à la fin de l'automne 1719, après le naufrage de leurs navires. Au printemps suivant, leur nombre avait grandement diminué et, après le second hiver, ils n'étaient plus qu'une vingtaine. Cinq d'entre eux avaient réussi à survivre un autre hiver, mais ils étaient tous morts à l'été 1721. L'expédition de Knight a mis fin à la recherche d'un passage maritime vers l'Asie par la baie d'Hudson.

Les La Vérendrye : une famille d'explorateurs

Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye (1685 - 1749)
Jean-Baptiste de La Vérendrye (1713 - 1736)
Pierre de La Vérendrye (1714 - 1755)
François de La Vérendrye (1715 - 1794)
Louis-Joseph de La Vérendrye (1717 - 1761)
Christophe Dufrost de La Jemerais (1708 - 1736)

Après la dernière expédition de La Salle, les explorateurs français et canadiens se sont approchés du Mississippi par le sud, à l'exception des frères Pierre-Antoine et Paul Mallet qui, de la Louisiane, se sont rendus jusqu'à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, en 1739. La recherche de la mer de l'Ouest par le nord va reprendre avec Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye et ses quatre fils, Jean-Baptiste, Pierre, François et Louis-Joseph, ainsi que son neveu Christophe Dufrost de La Jemerais.

Né à Trois-Rivières en 1685, Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye était le fils de Jean-René de Varennes, gouverneur de Trois-Rivières, et de Marie Boucher, elle-même fille du premier gouverneur de Trois-Rivières. Officier militaire en Europe puis en Nouvelle-France, il exploite une terre près de Trois-Rivières avant d'être nommé commandant du poste de Kaministiquia (Thunder Bay) en 1727. Les descriptions que font les Amérindiens d'une mer à l'ouest des Grands Lacs font naître chez lui une vive passion pour l'exploration. La Vérendrye propose au gouverneur Beauharnois et à l'intendant Hocquart d'aller à la découverte de cette mer et d'établir des postes de traite pour encourager les Cris à apporter leurs fourrures aux Français plutôt qu'aux postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson; ils appuient son projet. Peu fortuné, La Vérendrye forme une société avec plusieurs marchands montréalais. Pour payer les frais de l'expédition, la société obtient un monopole de trois ans sur les fourrures qui proviendront des nouveaux territoires découverts. Le gouverneur nomme La Vérendrye commandant du district du commerce des fourrures appelé Mer de l'Ouest.

Le 26 août 1731, La Vérendrye part de Montréal avec trois de ses fils, Jean-Baptiste (18 ans), Pierre (17 ans) et François (15 ans), La Jemerais et environ 50 engagés ainsi que le jésuite Charles-Michel Mésaiger. Leur expédition dans le Nord est ponctuée par l'établissement de postes de traite. De Kaministiquia, ils montent jusqu'au lac La Pluie, où ils établissent le fort Saint-Pierre. L'année suivante, ils construisent le fort St-Charles au lac des Bois. Deux ans plus tard, les explorateurs érigent le fort Maurepas à l'embouchure de la rivière Rouge sur le lac Winnipeg.

Ces explorations et établissements ne se font pas sans drame. Après un séjour dans la colonie, La Vérendrye père retourne dans l'Ouest en octobre 1736 avec son plus jeune fils, Louis-Joseph. Rendu au fort Saint-Charles, il apprend le décès de son neveu La Jemerais survenu par suite d'une maladie au mois de mai. Ce décès est suivi d'un événement plus triste encore. En 1734, pris au milieu de guerres amérindiennes, La Vérendrye avait fait l'erreur de laisser son fils Jean-Baptiste avec les Assiniboines à titre de conseiller en matière de sujets tels que la traite des fourrures et la guerre. Le 6 juin 1736, les Sioux, ennemis des Assiniboines, décapitent le jeune homme ainsi que dix-neuf autres hommes au lac des Bois.

Malgré sa peine, La Vérendrye ne peut arrêter ses explorations; trop d'argent et d'engagements l'y obligent. Au cours des années 1738-1739, les La Vérendrye explorent le réseau complexe des lacs et des rivières du Manitoba, ainsi que les rivières Rouge, Assiniboine et Blanche (au sud de la Saskatchewan) et aident à construire le fort La Reine (Portage-La-Prairie). Ces découvertes sont suivies, deux ans plus tard, par l'établissement des forts Dauphin, sur le lac Dauphin, et Bourbon, sur le lac La Biche.

La Vérendrye a fait largement confiance aux guides amérindiens, particulièrement au Cri Auchagah, qui lui a dévoilé l'existence de différentes routes praticables à l'ouest du lac Supérieur.

« Rapport au guide j'ay fait choix d'un nommé Auchagah Sauvage de mon poste fort attaché à la nation françoise le plus en état de guider le convoy et dont il n'y a pas lieu de craindre que l'on soit abandonné dans la route,… »

(Burpee 1927, 52)

« Le premier fevrier, j'ay fait partir quinze sauvages et leurs femmes pour me tracer le chemin le plus court, le débarasser et me marquer les campemens, je garday les huit autres et leurs femmes pour mener les vivres et me servir. »

(Burpee 1927, 240)

En octobre 1738, La Vérendrye, son fils Louis-Joseph, 20 hommes, les marchands Nolan et 25 Assiniboines partent vers le sud-ouest à la découverte d'un grand fleuve au pays des Mandan. Du fort La Reine, ils se dirigent vers les sources du fleuve Missouri. À la rivière Little Knife (Dakota du Nord), La Vérendrye, épuisé physiquement, demande à Louis-Joseph de le devancer et de se rendre jusqu'au Missouri. À cause de hautes falaises, ce dernier ne voit pas que le fleuve coule en direction sud. Après cette expédition, Pierre de La Vérendrye rentre à Montréal, où il apprend le décès de sa femme..

Résolu à trouver la mer de l'Ouest, il retourne au fort La Reine en 1741 pour déterminer s'il peut atteindre cette mer par le sud-ouest. En 1742-1743, il envoie ses fils Louis-Joseph et François chez les Mandan, expédition de plus de 14 mois, jusqu'aux montagnes Big Horn, dans le Wyoming. Devant les guerres amérindiennes qui ont lieu dans cette région, ils reviennent jusqu'à la jonction du Missouri et de la rivière Bad, site de l'actuelle ville Pierre dans le centre du Dakota du Sud. Ils y enfouissent une plaque de plomb rappelant la mission que leur a confiée le marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France. Les La Vérendrye regagnent Montréal sans avoir atteint la mer de l'Ouest.

Devant les critiques du ministre Maurepas quant à l'aspect trop commercial de ses expéditions et la perte d'argent qu'elles occasionnaient année après année, Pierre de La Vérendrye remet sa démission en 1743. Ses fils demeurent dans les postes de l'Ouest pendant quelques années avant de revenir dans la colonie et servir dans l'armée. Si La Vérendrye subit l'impatience de Maurepas, on ne peut en dire autant de la part des gouverneurs Beauharnois et de La Galisonnière, qui lui procurent des congés de traite et le rang de capitaine dans l'armée. Peu avant le décès de l'explorateur, en 1749, Louis XV reconnaît ses exploits en lui décernant le plus grand honneur militaire réservé à des officiers, la croix de Saint-Louis.

Les explorations des La Vérendrye ont poussé la frontière de la Nouvelle-France jusqu'à la rivière Saskatchewan, dans le Nord, et jusqu'à la frontière du Dakota du Sud et du Wyoming. Leurs dernières expéditions ont contribué à ouvrir la route de la Saskatchewan non seulement aux explorateurs anglais qui allaient suivre trente ans plus tard, mais aussi à deux Canadiens français, François-Antoine et Joseph Larocque, qui allaient reprendre la recherche de la mer de l'Ouest par le Missouri au début du siècle suivant et se rendre jusqu'au Pacifique. Les explorations des La Vérendrye ont aussi incité la Compagnie de la Baie d'Hudson à envoyer des explorateurs à l'intérieur du pays, car la rentabilité de ses postes de traite était menacée par ceux que les La Vérendrye et leurs successeurs avaient établis.

Les fourrures : Une mine d'or

Si les Européens ont étendu leurs explorations à l'intérieur du continent nord-américain, c'est parce qu'on y trouvait un rongeur brun à la fourrure épaisse pouvant peser jusqu'à une trentaine de kilogrammes, avec des incisives tranchantes et toujours porté à gruger des morceaux de bois. Le castor (Castor canadensis) a eu sur l'histoire du Canada plus d'influence que tout autre animal avant cette époque ou après; il a donc été adopté comme emblème national.

Les Autochtones chassaient le castor longtemps avant l'arrivée des commerçants de fourrures. Ils en mangeaient la viande, qu'ils faisaient rôtir, et fabriquaient des vêtements avec les peaux. Mais ce sont les caprices de la mode des chapeaux qui ont rendu cet animal si précieux aux yeux des Européens. Vers la fin du XVIe siècle, les chapeaux en castor à larges bords faisaient fureur dans les salons européens. Ce n'étaient pas des chapeaux de fourrure du même type que les bonnets en peau de raton laveur des régions sauvages américaines ou le célèbre bonnet à poil des gardes du palais de Buckingham. C'étaient plutôt des chapeaux de feutre qu'on fabriquait en séparant la fourrure de la peau et en l'écrasant avec des matières adhésives et des agents raidissants. (L'un de ces additifs était le mercure, dont les vapeurs affectaient le cerveau des chapeliers, d'où l'origine de l'expression « fou comme un chapelier ».)

La peau du castor est formée de deux couches, une couche externe de poils longs et raides appelés « jarres » qui recouvrent une fourrure douce et veloutée nommée « duvet ». On enlevait les jarres pour ne garder que la fourrure interne, connue sous le nom de « castor gras », un matériau de choix pour la fabrication des chapeaux de feutre. Le castor fournissait également les fourrures « de luxe » dont on se servait pour garnir les vêtements et confectionner des manteaux et des vêtements de dessus. Mais c'est la demande de chapeaux qui a soutenu le commerce canadien des fourrures de ses débuts aux années 1830; puis la soie a supplanté le castor et est devenue le tissu le plus recherché pour la fabrication des chapeaux de qualité.

Les commerçants faisaient aussi l'acquisition de divers autres types de fourrures (renard, vison, loutre, martre, ours), mais comme celle du castor était la plus en demande, elle servait d'étalon pour toutes les autres. La traite des fourrures se faisait sans argent; c'était un système de troc (échange de marchandises contre d'autres marchandises). Cependant, comme il fallait bien établir une valeur de référence pour faire du commerce, la peau de castor est devenue une unité monétaire acceptée. Une peau de castor de bonne qualité était appelée « plue » et servait d'étalon pour établir le prix des autres articles. Par exemple, un fusil pouvait valoir quatorze plues, une couverture, sept plues, etc. Le prix de tous les autres types de fourrures était fixé en nombre de peaux de castor; ainsi, une martre valait un demi-castor et une loutre valait un castor. Il était donc possible de calculer le prix total d'une quantité de fourrures en plues et de l'échanger contre des marchandises d'une valeur équivalente.

Avant l'arrivée des Européens au Canada, on estime qu'environ dix millions de castors vivaient dans les régions forestières situées au sud de la ligne des arbres. À l'époque de la traite des fourrures, la population de castors a tellement diminué que l'animal a failli disparaître. Cependant, avec le déclin de la traite des fourrures, le castor s'est rétabli et il compte aujourd'hui des populations en santé dans toutes les régions du pays.

La Compagnie de la Baie d'Hudson

La Governor and Company of Adventurers of England Trading to Hudson's Bay, mieux connue sous le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson, a été créée en 1670. En lui octroyant sa charte, le roi d'Angleterre lui reconnaissait le droit exclusif de faire du commerce dans l'immense territoire alors appelé Terre de Rupert. Ce pays, nommé d'après le prince Rupert, un des dirigeants de la compagnie, avait une superficie de 7 770 000 kilomètres carrés et couvrait tout le territoire drainé par les rivières se déversant dans la baie d'Hudson, c'est-à-dire une grande partie des régions qui forment aujourd'hui l'ouest et le nord du Canada. En échange, la compagnie devait remettre deux orignaux et deux castors noirs au monarque britannique lors de chaque visite royale dans le territoire en question.

À partir de 1670, et pendant de nombreuses années, la Terre de Rupert a été une grande inconnue pour les Européens qui en tiraient des fourrures. La Compagnie de la Baie d'Hudson avait établi un réseau de postes sur les rives de la baie d'Hudson et mais elle n'était pas intéressée à former une colonie comme les Français l'avaient fait dans la région du Saint-Laurent. Seul le commerce des fourrures l'intéressait. Ses petits forts de bois se dressaient à l'embouchure des principales rivières, que les indigènes descendaient en canot pour venir échanger leurs peaux de castor.

En concurrence avec les commerçants français du Canada, la Compagnie de la Baie d'Hudson jouissait de nombreux avantages. Les postes de la baie d'Hudson se situaient plus près des lieux d'approvisionnement en fourrures dans les forêts du nord du pays et les navires de la compagnie pouvaient acheminer leurs cargaisons de marchandises d'échange jusqu'au cœur même du continent. La compagnie n'avait pas besoin de dépenser des sommes considérables pour établir une colonie, ni d'employer un grand nombre de commerçants chargés de parcourir l'intérieur des terres. Pendant de nombreuses années, les employés de la compagnie se contentaient de rester dans les postes en attendant qu'on leur apporte des fourrures.

Mais la Compagnie de la Baie d'Hudson a finalement été obligée de sortir de son « sommeil au bord de la mer gelée ». Des commerçants concurrents qui travaillaient à l'intérieur des terres ont établi de petits postes de traite dans l'arrière-pays au sud et à l'ouest de la baie d'Hudson et ont commencé à intercepter les canots des indigènes qui se rendaient chez les Britanniques, coupant ainsi leur approvisionnement en fourrures. Pour pouvoir faire face à cette concurrence, la Compagnie de la Baie d'Hudson a donc été forcée d'envoyer ses propres équipes de commerçants à l'intérieur des terres. En 1774, Samuel Hearne a mené un groupe de canots de la Compagnie de la Baie d'Hudson jusqu'à la rivière Saskatchewan où il a établi Cumberland House, le premier des postes de la compagnie situés à l'intérieur du continent. Cette décision a marqué le début d'une concurrence directe et féroce avec les commerçants du Canada, qui s'est poursuivie durant cinquante ans. Sous l'effet de cette rivalité, le commerce des fourrures s'est étendu aux régions de l'Ouest et au-delà des montagnes Rocheuses dans ce qui est aujourd'hui la Colombie-Britannique.

Cette concurrence a fini par s'avérer trop coûteuse et, en 1821, la Compagnie de la Baie d'Hudson a absorbé sa dernière rivale, la Compagnie du Nord-Ouest, ce qui lui a permis de prendre le contrôle complet du commerce des fourrures dans l'Ouest. La compagnie a gardé son monopole pendant encore quarante ans, jusqu'à ce que d'autres concurrents apparaissent sur son territoire. En 1870, la Compagnie de la Baie d'Hudson a abandonné ses droits sur la Terre de Rupert en les vendant au gouvernement du Canada. Elle s'est transformée en une entreprise commerciale comme les autres et a fini par devenir la chaîne de magasins de détail que les Canadiens d'aujourd'hui connaissent bien.

Cartes

Entre 1696 et 1713, la région intérieure du Canada a été fermée au commerce français de la fourrure en raison de la surabondance des peaux de castor sur le marché. Par ailleurs, à cette époque, l'exploration française a été interrompue sauf pour les ressortissants de la Louisiane dans les régions du Mississippi et du Missouri. La seule activité anglaise a eu lieu en 1690-1692, alors qu'Henry Kelsey s'est uni à un groupe de Cris qui voyageait au sud de la baie d'Hudson vers les prairies et en 1715-1716, lorsque William Stuart, accompagné par sa guide Thanadelthur, a été envoyé au nord-ouest avec un groupe de Cris de Churchill le long de la limite forestière dans le but d'entrer en communication avec les Chipewyans pour faire du commerce. Malheureusement, les deux Anglais ne tenaient pas bien leurs journaux et n'ont pas fait de carte. En conséquence, on ne sait pas précisément où ils sont allés.

La recherche d'une voie maritime à travers l'Amérique du Nord a été ravivée à la fin du XVIIe siècle. Alimentés par des histoires autochtones, des géographes européens ont émis l'hypothèse qu'il existait un grand golfe de l'océan Pacifique dans la région intérieure de l'Ouest canadien, semblable au golfe du Mexique au sud et à la baie d'Hudson au nord. Au tournant du siècle, cette hypothétique « mer de l'Ouest » a commencé à apparaître sur les cartes et la question de savoir si une telle mer existait vraiment est devenue la question de savoir où elle se trouvait.

En 1728, Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye a offert de trouver cette mer. Pour défrayer ses coûts, il a demandé et a obtenu un monopole sur le commerce de la fourrure à l'ouest du lac Supérieur. Après avoir recueilli des cartes et des récits autochtones pendant les trois années suivantes, il est parti enfin avec ses fils vers l'ouest. Voyageant très lentement, le groupe a atteint le lac Winnipeg en 1734 et le haut de la rivière Missouri en 1738. L'un des fils de La Vérendrye, Louis-Joseph, a exploré la partie inférieure de la Saskatchewan en 1739-1740 et s'est rendu jusqu'aux montagnes Bighorn avec son frère François en 1742-1743. Impatienté par le manque de progrès à trouver la mer, le ministre de la Marine, le comte de Maurepas, a relevé La Vérendrye de ses fonctions en 1743. Malheureusement, dans aucune de ses expéditions La Vérendrye n'a été accompagné par des cartographes expérimentés. Les cartes de l'Ouest envoyées à Québec, puis de là à Paris étaient des cartes cries et assiniboines légèrement modifiées. Lorsque ces cartes sont arrivées au Dépôt des cartes du ministère de la Marine, les cartographes royaux les ont intégrées aux cartes imprimées. En 1751-1752, une expédition constituée de dix Français sous les ordres de Boucher de Nieverville a atteint enfin les montagnes Rocheuses, prouvant ainsi que la « mer de l'Ouest » n'était qu'un mirage. La meilleure carte récapitulative de la période française, publiée en 1755, intégrait un contour de l'Ouest effectué en 1740 par La Vérendrye (tiré d'informations transmises par les Autochtones) et on y avait prudemment écrit ces mots à l'ouest du lac Winnipeg : « on ignore si dans cette Partie ce sont des Terres ou la Mer ».

Dans les régions de l'est du Canada, la cartographie était faite par des ingénieurs militaires et de la marine et, dans les régions colonisées, par des arpenteurs. Quelques nouvelles explorations ont eu lieu dans le nord du Québec où un missionnaire jésuite, le père Laure, a préparé une série de cartes avec l'aide d'une Montagnaise. Ces cartes ont été également expédiées à la division de la cartographie du ministère de la Marine.

Pendant les années 1730, alors que les La Vérendrye s'enfonçaient dans l'Ouest, la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) a été de plus en plus l'objet de critiques sur ses mauvais résultats d'exploration, particulièrement en ce qui concerne la recherche d'un passage vers l'ouest. Même si la Charte de la CBH de 1670 demandait de faire de l'exploration, ce sont les Français -- et non eux -- qui la faisaient. Entre 1741 et 1747, l'Amirauté britannique et le principal critique de la CBH, Arthur Dobbs, ont envoyé trois expéditions jusqu'à la côte ouest de la baie d'Hudson, qui ont produit une série de bonnes cartes couvrant des territoires aussi au nord que Repulse Bay. Enfin, passant à l'action, la CBH a envoyé en 1749 une expédition de cartographie jusqu'à la peu connue côte est au nord de la baie James vers le détroit d'Hudson. Ces levés ont dissipé la notion d'un passage à l'est par le golfe de Richmond vers l'Atlantique.

À mesure que la concurrence française augmentait et que les profits de la CBH dégringolaient, cette dernière s'est enfin décidée à agir. En 1753, elle a envoyé Anthony Henday à l'ouest avec des commerçants de fourrures cris pour détourner les producteurs de fourrures autochtones des Français. Bien que Henday n'ait produit aucune carte, il a établi le fondement des futures explorations de la compagnie vers l'ouest.

Cartes importantes de la période

Bellin, Nicolas

Carte De L'Carte de l'Amérique septentrionale... . 1734.

Carte De L'Carte de l'Amérique septentrionale... . 1755.

Buache, Philippe

Carte physique des terrains... . 1754.

[Coats, William]

"« Part of Labradore »," [1749].

Ellis, Henry

The Chart of the Coast where a North West Passage was attempted... .1748.

[Jemerais, Christophe Dufrost de la]

"Carte d'une Partie du Lac Supérieur..." [1734].

Laure, Pierre-Michel

"Carte Du Domaine En Canada... ." 1731. (Redessinée avec des ajouts en 1732 et en 1733.).

[La Vérendrye]

"Carte contenant les nouvelles decouvertes... ." 1737.

"Carte contenant les nouvelles découvertes... . " 1740.

Middleton, Christopher

Chart of Hudson's Bay and Straits... . 1743.

Mortier, Pierre

Mappe Monde Geo-Hydrographique... , [1700].

[Ochagach and others]

"Carte Tracée Par Les Cris." [1728-29].

Wigate, John

Chart of the Seas, Straits &c. ... . 1746.

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