La côte du Pacifique

Pendant que les commerçants de fourrures étendaient peu à peu leurs activités vers le Pacifique par voie de terre, les navires de plusieurs pays avaient commencé à explorer la côte par la mer. La côte du Pacifique était l'une des rares côtes encore mal connues des Européens. Les Autochtones de la côte n'avaient probablement jamais rencontré d'Européens.

Les Russes, s'approchant des côtes à partir de l'Arctique, avaient vu les étendues de terre les plus au nord de la côte ouest dès les années 1720. Les Espagnols sont arrivés du sud et ont plus tard commencé à revendiquer des parties de la côte, revendications qui ont fini par chevaucher celles des Russes et des Anglais. Seuls les Anglais ont vite cartographié leurs découvertes. Il a donc fallu attendre leur arrivée dans les années 1780 pour que le monde commence à obtenir une image claire de la région du Pacifique au Canada et de ses habitants. L'arrivée des Anglais a entraîné la colonisation britannique de la côte ouest et a permis d'apporter les derniers détails à la carte de l'Amérique du Nord. Au couronnement de la reine Victoria, en 1837, la carte du continent était complète.

Les espagnols explorent la côte ouest

Juan Pérez Hernandez ( ? )
Dionisio Alcalá-Galiano (1762-1805)
Francisco de Bodega y Quadra (1743-1794)
Estebán José Martinez ( ? )
Cayetano Valdés Flores Bazán y Péon (1762-1835)
Francisco A. Mourelle de la Rúa (1750-1820)

Les premiers explorateurs de la Colombie-Britannique étaient des Espagnols -- en effet, la côte ouest du Canada est devenue près de tomber temporairement aux mains des Espagnols. Entre 1774 et 1795, ils en ont exploré la côte et ont construit un premier poste permanent sur l'île de Vancouver. Il faut comprendre que, comme ils étaient établis au Mexique, ils ont craint de perdre leur hégémonie sur la côte du Pacifique lorsqu'ils ont entendu parler des expéditions russes et du voyage de Samuel Hearne à l'embouchure de la rivière Coppermine, sur la mer du Nord. Ces explorations avaient ravivé l'intérêt pour la quête du passage du Nord-Ouest tant chez les Anglais que chez les Espagnols.

Le premier Espagnol à entreprendre l'exploration de la côte du Pacifique est Juan Pérez Hernandez, à l'été 1774. Parti de San Blas, au Mexique, il se rend jusqu'au nord de l'île de la Reine Charlotte, où les Haïdas viennent à sa rencontre. Puis, en retournant vers le sud, il s'arrête à la pointe Estevan, sur l'île Vancouver, où les Nootkas viennent au navire trafiquer avec l'équipage. La rencontre est amicale, mais Pérez n'ose pas compromettre les résultats de ses découvertes en débarquant du navire.

L'année suivante, deux navires quittent San Blas. Don Bruno Hezeta commande le premier et Pérez en est le pilote; Francisco de Bodega y Quadra commande le second, qui est piloté par Francisco Mourelle. Ils doivent repérer les établissements russes et prendre officiellement possession du territoire au nom de l'Espagne. À la hauteur de Point Grenville, dans l'État de Washington, sept matelots, envoyés à terre pour prendre de l'eau et du bois, sont massacrés par 300 Amérindiens sous les yeux de l'équipage, trop éloigné pour pouvoir les aider. Hezeta décide de retourner chez lui. Bodega continue seul vers le nord; il débarque au 58º de latitude Nord et prend possession des lieux au nom de Carlos III, roi d'Espagne, et des Indes occidentales. Puis, n'ayant vu aucun Russe, il redescend la côte en y effectuant des levés topographiques.

« As we thus lay at anchor [...] our Captain gave me orders (being himself indisposed) that I should land with some of our crew, and with the same precautions as at Los Remedios. He also directed me to take possession for his Majesty of this part of the coast, and name it Bucarelly. I accordingly obeyed his instructions in all particulars, without seeing a single Indian, though there were the following proofs of the country's being inhabited: viz a hut, some paths, and a wooden outhouse. »

(Mourelle 1781, 509)

En 1778, le capitaine anglais James Cook aborde cette côte à son tour en ayant pour mission de prendre possession de « territoires utiles » à l'Angleterre, sans contester les droits acquis par les Espagnols. En mars, il s'arrête dans le havre de Nootka, où il dresse un observatoire provisoire. Il étudie la côte jusque au-delà du détroit de Béring. Les Espagnols réagissent au voyage de Cook seulement en 1779 en envoyant deux frégates sous les ordres des lieutenants Ignacio de Artega et Bodega pour rendre compte de la situation sur la côte nord-ouest. Ils font alors le levé de la côte jusqu'aux postes russes situés en Alaska. L'Espagne reprend ses explorations à la suite de la publication des voyages de Cook en 1784 et du passage du comte français Lapérouse en Californie en 1786. Ce dernier confirme non seulement la présence russe en Alaska, mais aussi celle de navires anglais sur la côte. Carlos III ordonne une nouvelle expédition.

En 1788, l'enseigne de vaisseau Estebàn José Martinez se rend jusqu'aux postes russes. Au retour, plusieurs navires marchands anglais et américains vus sur la côte lui font recommander la construction d'un établissement dans la baie de Nootka. À son arrivée dans la baie, le 5 mai 1789, il y trouve trois navires marchands. Puis, arrive le capitaine James Colnett, accompagné d'ouvriers chinois, qui affirme avoir reçu l'ordre de l'Angleterre de construire un poste à Nootka. La dispute éclate entre Martinez et Colnett. Martinez fait arrêter ce dernier et fait saisir deux autres navires anglais arrivés par la suite. Les Amérindiens, jusqu'alors indifférents à ces disputes, protestent, car la saisie des navires anglais les empêche de commercer. Martinez tire des coups de fusil en l'air pour leur faire peur, mais un de ses soldats, croyant qu'il a raté son coup, tue un chef amérindien! Malgré cette situation délicate, les Espagnols réussissent à construire un « presidio », fort frontalier qui comprenait une caserne, une batterie de canons et une villa pour les officiers. C'est le premier établissement européen sur la côte ouest du Canada actuel.

La saisie des navires crée un incident diplomatique entre l'Angleterre et l'Espagne. Après plusieurs négociations, les deux nations signent, le 28 octobre 1790, à Madrid, la Convention de la baie Nootka. Selon les termes de ce traité, les deux puissances coloniales reconnaissent qu'elles détiennent toutes deux des droits sur la côte nord-ouest, au nord de la Californie, et chacune aura accès aux établissements de l'autre. Des commissaires de chaque nation seront nommés pour régler les détails de l'entente. Cette convention a souvent été interprétée comme un engagement, de la part des Espagnols, de se retirer de la côte nord-ouest. Or, rien ne les oblige à quitter Nootka. Bien au contraire, ils améliorent les fortifications terrestres et aménagent une batterie flottante dans le port.

Les deux commissaires nommés sont George Vancouver, capitaine de la Marine royale, et Bodega y Quadra, désormais capitaine de la marine espagnole. Ils se rencontrent à Nootka en août 1792. Malgré leurs bonnes relations, ils ne parviennent pas à s'entendre sur les détails du transfert des propriétés prévues par la convention et, d'un commun accord, ils soumettent le problème à leur gouvernement respectif.

Pendant ces discussions, les expéditions scientifiques se poursuivent. Vancouver rencontre, lors de ses explorations à l'intérieur du golfe de Georgia, Dionisio Alcalá-Galiano et Cayetano Valdés Flores Bazán y Péon qui effectuent aussi des recherches dans le cadre de l'expédition scientifique espagnole du capitaine Alejandro Malaspina. Ces explorations révélant l'absence d'un passage fluvial entre le Pacifique et l'Atlantique, les nations européennes perdent intérêt pour la côte nord-ouest et, le 11 janvier 1794, l'Angleterre et l'Espagne signent une entente par laquelle elles déclarent qu'elles abandonnent la région. Le 23 mars 1795, le « presidio » de Nootka est démantelé. Ainsi prend fin le règne de l'Espagne sur la côte nord-ouest. De la présence des Espagnols sur cette côte il reste des noms de détroits et d'îles tout autour de l'île de Vancouver.

James Cook : Le plus célèbre explorateur d'europe

James Cook (1728 - 1779)

Le destin du grand navigateur, arpenteur et explorateur James Cook était tout à fait imprévisible à sa naissance, le 27 octobre 1728, à Marton-in-Cleveland, en Angleterre, car son père était ouvrier agricole. À 18 ans, le cours de son existence change après qu'il a été engagé comme apprenti par un propriétaire de navire à Whitby. Durant trois ans, il apprend toutes les manœuvres d'un navire, ce qui lui permet, en juin 1755, de s'engager dans la Marine royale comme gabier breveté. Deux ans plus tard, il devient « master » et passe la plus grande partie de la guerre de Sept Ans sur les côtes des provinces atlantiques et du fleuve Saint-Laurent. En 1758, Cook trace une première carte, celle de la baie et du port de Gaspé, et collabore à la « New Chart of the River St. Lawrence  », publiée à Londres en 1760 et qui a servi à l'armée d'invasion de la Nouvelle-France. On remarque le travail de Cook.

Cook est licencié de la marine en novembre 1762. Le mois suivant, il épouse Élizabeth Batts avec qui il aura six enfants. La vie de famille a été de courte durée pour lui, car, cinq mois plus tard, l'Amirauté britannique l'engage pour aller faire le levé détaillé des côtes de Terre-Neuve afin de définir les territoires conformément au traité de Paris de 1763. De 1766 à 1768, Cook élabore un nouveau modèle de levés hydrographiques alliant des levés trigonométriques établis à partir de la terre à l'aide d'une petite embarcation, avec moult sondages, des renseignements sur la faune aquatique, des profils côtiers et des notes de navigation.

Puis viennent les deux circumnavigations qui ont bouleversé tout ce que l'Europe connaissait du Pacifique du Sud en apportant des précisions à des informations qui, avant 1775, étaient fragmentaires et confuses. Équipé du premier chronomètre de bord servant à déterminer la longitude, il part en août 1768 pour un premier voyage autour du monde et revient en 1771. Lors de ce voyage, la Nouvelle-Zélande, la côte orientale de l'Australie et le détroit de Torres surgissent des brumes, des rumeurs et des mythes.

Il effectue une seconde circumnavigation durant la période de 1772 à 1775. Au cours de cet autre périple, il navigue plus au sud qu'aucun autre de ses prédécesseurs, anéantissant ainsi l'idée d'un continent austral vaste et fertile que se faisaient les géographes de l'époque. Au retour de Cook en Angleterre, le comte de Sandwich, premier lord de l'Amirauté, le décrit, en novembre 1775, comme « the first navigator in Europe » [Traduction libre : « le plus célèbre explorateur d'Europe »].

Ce voyage de Cook a constitué une expérience très importante pour l'humanité : aucune perte de vie n'est survenue en raison du scorbut. Cook avait compris qu'une alimentation convenable s'avère essentielle pour combattre cette maladie « des matelots ». Cet exploit était tellement remarquable qu'il aurait surpassé les résultats géographiques du voyage, si ceux-ci avaient été moins importants.

Fort de ce succès, Cook veut relever un autre défi : trouver le passage du Nord-Ouest. Il savait que Samuel Hearne s'était rendu jusqu'à l'Arctique en 1771, et la carte du voyage de Vitus Jonassen Bering avait paru à Londres en 1774. Il avait aussi entendu parler des explorations de l'Espagnol Bartholomew de Fonte sur la côte ouest du continent américain. En outre, en 1775, le Parlement d'Angleterre offrait une récompense de £ 20 000 à qui découvrirait un passage au Nord-Ouest.

Les nouvelles recherches entreprises pour trouver ce passage s'effectuaient par l'est et par l'ouest du continent américain. Une expédition menée en 1776 par Richard Pickersgill et une autre, en 1777, par Walter Young se rendent dans la baie de Baffin, tandis que Cook se dirige vers le détroit de Béring. Le mandat de Cook est de faire voile jusqu'au 65º de latitude Nord, puis de rechercher le passage de la mer du Nord en prenant « care not to lose any time in exploring Rivers or Inlets [...] until [he got] into the beforementioned latitude ». [Traduction libre : « soin de ne pas perdre de temps à explorer rivières ou inlets, {...} jusqu'à ce qu'il atteigne la latitude mentionnée auparavant ».] Ces ordres expliquent sa hâte de se rendre au nord de la Colombie-Britannique.

Cook quitte l'Angleterre en juillet 1776, franchit le cap de Bonne-Espérance et passe par la Nouvelle-Zélande, Tahiti et les îles Sandwich (Hawaï) avant de se rendre sur la côte ouest de l'Amérique; il arrive le 7 mars 1778 sur la côte de l'Oregon actuel. Il se méprend sur l'entrée du détroit de Juan de Fuca et nie son existence. Des vents violents le poussent vers le nord-ouest jusqu'à la baie Nootka, sur l'île de Vancouver, qu'il croit être la terre ferme. Il y découvre les Amérindiens Nootka qui possèdent des objets d'origine européenne. Ayant fait provision de bois et d'eau fraîche, Cook repart le 26 avril 1778 vers le nord. Le mauvais temps le contraint à rester au large, si bien qu'il ne voit rien de la côte avant d'atteindre l'Alaska. Il longe ce littoral, contourne la péninsule, franchit le détroit que Béring a atteint en 1728 et met le cap sur le nord-est. Mais une muraille de glace l'oblige à rebrousser chemin. Il parvient aux îles Sandwich et y installe son équipage pour l'hiver. Le 14 février 1779, James Cook est assassiné par un indigène dans la baie de Kealakekua.

Cook avait fait des levés hydrographiques du littoral, du mont Saint-Élie (à la frontière de l'Alaska et du Canada) jusqu'au détroit de Béring et au-delà. On connaissait maintenant l'étendue du continent nord-américain, bien que la viabilité d'un passage septentrional vers l'Europe par l'ouest n'ait pu être confirmée.

En Europe, Cook est surtout reconnu pour ses explorations dans le Pacifique. Au Canada, sa célébrité vient principalement de la description qu'il a faite de la côte de l'île de Vancouver.

« I have frequently had occasion to mention, from the time of our arrival in Prince William's Sound, how remarkably the natives, on this North West side of America, resemble the Greenlanders and Esquimaux in various particulars of person, dress, weapons, canoes, and the like. However, I was much less struck with this, than with the affinity which we found subsisting between the dialects of the Greenlanders and Esquimaux, and those of Norton's Sound and Oonalashka. [...] But still, enough is certain, to warrant this judgment, [...] that all these nations are of the same extraction; and if so, there can be little doubt of there being a Northern communication of some sort, by sea, between this West side of America and the East side, through Baffin's Bay; which communication, however, may be effectually shut up against ships, by ice, and other impediments. Such, at least, was my opinion at this time. »

(Cook 1784, II : 522)

George Vancouver

George Vancouver (1757 - 1798)

Né en 1757, à King's Lynn, en Angleterre, George Vancouver entre dans la Marine royale à quatorze ans. Dès l'année suivante, en 1772, il part sur le navire de James Cook vers le continent austral. Il fait encore partie de l'équipage de Cook lorsque celui-ci se rend sur la côte nord-ouest de l'Amérique, en 1778. Quand Cook doit s'arrêter à la baie Nootka pour effectuer des réparations au navire, Vancouver et ses compagnons sont les premiers Européens connus à mettre pied à terre sur l'île qui porte son nom. Vancouver obtient son brevet de lieutenant en 1780. Il passe neuf ans sur des navires de combat, la plupart du temps dans la mer des Caraïbes.

En 1791, l'Amirauté le désigne pour commander une expédition chargée de cartographier la côte ouest de l'Amérique, entre les parallèles 30º et 60º de latitude Nord. Il doit aussi chercher toute voie navigable qui pourrait éventuellement servir de passage entre le Pacifique et l'Atlantique au nord-ouest. À titre de commissaire, il est chargé, en outre, de rencontrer Francisco de Bodega y Quadra à Nootka pour délimiter les droits territoriaux de l'Angleterre et de l'Espagne à la suite de la convention de la baie Nootka.

Parti d'Angleterre en avril 1791 avec deux navires, Vancouver passe par le cap de Bonne-Espérance, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les îles Sandwich (Hawaï) avant d'atteindre, un an plus tard, la côte ouest de l'Amérique, à environ 100 kilomètres au nord de San Francisco. Durant les trois étés suivants, il parcourt cette côte du sud au nord à plusieurs reprises, effectuant des levés hydrographiques et visitant les inlets qui peuvent offrir un potentiel de passage. Il porte peu d'attention aux rivières, car les montagnes lui laissent croire qu'elles ne sont vraisemblablement pas navigables sur une longue distance à l'intérieur des terres. Il suit en cela l'ordre qu'il a reçu « not to pursue any inlet or river further than it shall appear to be navigable by vessels of such burthen as might safely navigate the pacific ocean » [Traduction libre : « de ne remonter aucun inlet ni rivière plus loin qu'il n'apparaîtra possible aux vaisseaux conçus pour naviguer sans danger sur l'océan Pacifique ».] Mais il ne peut pas suivre cette directive à la lettre, car les innombrables inlets, anses et îles à l'intérieur du détroit de Juan de Fuca et de celui de Georgia l'obligent à utiliser des barques pour effectuer les levés des rives accidentées. Ces petites embarcations, pas plus grandes que bien des canots amérindiens, constituent une tentation pour les Amérindiens à cause des armes et des provisions qu'elles transportent. Vers la fin des explorations, l'équipage doit repousser plusieurs attaques, mais, en général, les relations avec les Amérindiens sont bonnes.

Au début de ses explorations, le 22 juin 1792, Vancouver rencontre Alcalà-Galiano et Valdés, deux membres de l'expédition scientifique espagnole de Malaspina. Ils sont ancrés près de la pointe Grey, dans le port actuel de la ville de Vancouver. Les explorateurs échangent des renseignements, puis Vancouver continue vers le nord. Passant le détroit de la Reine-Charlotte, il peut alors confirmer l'insularité de l'île de Vancouver. Il se rend jusqu'au détroit de Burke, au 52º de latitude Nord. De là, il navigue vers le sud jusqu'à Nootka, où il rencontre Bodega y Quadra avec qui il s'entend très bien. Mais les deux hommes ne peuvent remplir leur mission, les informations préalables n'étant pas exactes, et ils remettent la décision de poursuivre leurs recherches entre les mains de leur couronne respective.

Vancouver poursuit ses explorations, cette fois en longeant la côte jusqu'au Mexique. L'année suivante, il remonte le long de la côte de l'actuelle Colombie-Britannique et explore, en juin 1793, le détroit de Dean, quelques semaines avant qu'Alexander Mackenzie y arrive par voie de terre. L'année suivante, au mois d'août 1794, Vancouver met fin à l'exploration de la côte nord-ouest dans une baie de l'île Baranof, dans l'archipel Alexander. Il nomme bien à propos cette baie « Port Conclusion ». Ce commandant autoritaire et exigeant organise une fête pour son équipage en vue de marquer la fin des explorations.

Dès lors, l'explorateur a pu affirmer sans l'ombre d'un doute que l'entrée du passage du Nord-Ouest ne se trouvait pas dans les limites du territoire qu'il a exploré, ce qui est exact. Son expédition a permis de connaître la côte de l'Amérique du Nord du 30º au 56º avec précision. On a dit que c'était un des plus longs voyages d'exploration du siècle; l'expédition avait parcouru quelque 96 200 kilomètres en quatre ans. Outre la côte américaine, Vancouver a profité des hivers passés aux îles Sandwich pour les explorer et en faire aussi un levé détaillé fort utile à tous les navires qui y accosteraient.

« These ideas, not derived from any source of substantial information, have, it is much to be feared, been adopted for the sole purpose of giving unlimited credit to the traditionary exploits of ancient foreigners, and to undervalue the laborious and enterprizing exertions of our own countrymen, in the noble science of discovery.

« Since the vision of the southern continent, [...] has vanished; the pretended discoveries of De Fuca and De Fonte have been revived, in order to prove the existence of a north-west passage. These have been supported by the recent concurring opinions of modern traders, one of whom is said to conceive, that an opening still further to the north is that which De Fuca entered. Under this assertion, should any opening further to the northward be discovered leading to a N.W. passage, the merit of such discovery will necessarily be ascribed to De Fuca, De Fonte, or some other favorite voyager of these closet philosophers. »

(Vancouver 1798, II: 224)

Vancouver rentre en Angleterre en septembre 1795. Il prend sa retraite un mois après son retour et se fixe à Petersham, où il se consacre à la rédaction du récit de son voyage d'exploration. Il est sur le point de l'achever lorsqu'il meurt prématurément en mai 1798; il n'a que 40 ans. Son frère John termine le manuscrit, qui paraîtra quelques mois plus tard.

Chaque année, la Colombie-Britannique organise une cérémonie commémorative sur la tombe de Vancouver au cimetière St. Peter, à Petersham. Enfin, des centaines de toponymes qu'a choisis Vancouver pour décrire la côte ouest de l'Amérique du Nord sont encore utilisés de nos jours et rappellent son expédition.

Les russes dans le nord pacifique

Vitus Jonassen Bering (1681 - 1741)
Aleksey Ilyich Chirikov (1703 - 1748)
N. I. Billings (?)
Urey Fyodorovich Lisiansky (1773 - 1837)
I. G. Voznesenskii (?)
Lavrentii Alekseevich Zagoskin (1808 - 1890)

Pendant que les Européens cherchent un passage vers l'Asie par l'océan Arctique ou par l'intérieur du continent nord-américain, les Russes essaient de savoir si la Sibérie est reliée à l'Amérique du Nord. En 1648, le cosaque Semyon Ivanovich Dezhnev dirige une première expédition qui contourne la pointe de la Sibérie et prouve que les deux continents sont séparés. Mais son rapport est enfoui dans les archives et, lorsque le tsar Pierre le Grand commande à Vitus Jonassen Bering et à Aleksey Ilyich Chirikov d'explorer cette région pour savoir si les deux continents sont liés, c'est un nouveau début et, par conséquent, on parle de la « première expédition kamtchatkale ».

Vitus Jonassen Bering naît à Horsens, au Danemark, en 1681. Il a déjà visité l'Inde lorsqu'il devient officier naval au service de la Russie impériale, en 1724. Promu premier capitaine, il est chargé de diriger la « première » expédition kamtchatkale, en 1728. Avant d'atteindre le Kamtchatka, il doit franchir plus de 7200 kilomètres par voie de terre avec 33 hommes, dont le lieutenant Aleksey Ilyich Chirikov. Le voyage prend trois ans. Arrivé à Kamtchatka, Bering fait construire le Saint-Gabriel, navire avec lequel il longe la côte en direction nord et découvre une grande île qu'il nomme « Saint-Laurent ». Le 15 août 1728, il a déjà pénétré très avant dans la mer polaire. Connaissant les résultats des expéditions antérieures au nord de la Russie, il sait qu'à la latitude qu'il vient d'atteindre les deux continents ne se joignent pas. Il rebrousse chemin sans avoir vu le continent nord-américain en raison de la brume et des nuages. À Saint-Pétersbourg, plusieurs ne sont pas convaincus de l'absence de lien entre les continents et demandent une recherche plus approfondie.

En 1732, la Russie organise donc une grande expédition qui se déploiera dans trois directions : la première longera la côte de l'océan polaire de la Sibérie, la deuxième explorera les côtes de la mer d'Okhotsk et du Japon, et la dernière, sous le commandement de Bering, sillonnera les côtes de l'Amérique jusqu'au Mexique. Bering devra revendiquer la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord pour la Russie.

Bering et Chirikov quittent le Kamtchatka en juin 1741, chacun sur son navire. Le 16 juillet, Bering voit le mont St-Élias, en Alaska, et accoste sur l'île Kayak, tandis que Chirikov atteint aussi la côte de l'Alaska, mais plus au sud. Bering explore l'île Kodiak, arpente la péninsule Kenai et les îles Aléoutiennes, et prend possession de la côte au nom de la Russie. Sur le chemin du retour, en novembre, presque rendu au Kamtchatka, son navire s'échoue sur une des îles du Commandeur. Bering et 18 membres de l'équipage meurent du scorbut au cours de l'hiver. Les autres parviennent à construire une barque et à survivre.

De leur côté, Chirikov et Spanberg rapportent à Saint-Pétersbourg, en 1743, des renseignements précis sur le détroit qui sépare la Sibérie de l'Amérique du Nord, qu'on nomme depuis le détroit de Béring. Ils rapportent aussi des fourrures qui attirent l'attention des marchands russes et les amènent vers la côte nord-américaine. Les endroits où ont accosté Bering et ses lieutenants ont été établis, par la suite, comme les frontières de l'Alaska actuel.

De 1785 à 1794, N. I. Billings et G. A. Sarychev voyagent dans le nord-est asiatique, le détroit de Béring, la côte nord-ouest américaine et les îles Aléoutiennes. Ils en ramènent beaucoup d'artefacts produits par les populations de ces régions. Mais, au début du siècle suivant, Catherine de Russie commande un voyage d'exploration autour de la terre pour juger de la pertinence d'approvisionner l'Alaska entièrement par une route maritime, plutôt que par la route terrestre utilisée par Billings et Sarychev, qui traversait la Russie et se rendait jusqu'à la mer d'Okhotsk et le Kamtchatka.

À cet effet, en 1803, le lieutenant de la marine russe Urey Fyodorovich Lisiansky accompagne le commandant Adam Ivan Ritter von Krusenstern. Les deux hommes partent de la mer Baltique et contournent le cap Horn jusqu'à Hawaï. De là, en 1804, Krusenstern se dirige vers la côte de la Sibérie et le Japon, tandis que Lisiansky vogue vers les établissements de la Russian-American Company, dans le golfe de l'Alaska. À Sitka, il aide à rétablir le poste de traite détruit par les Tlingit deux ans plus tôt. Il poursuit ensuite son voyage vers l'ouest pour rentrer en Russie en 1806. L'objectif du voyage est atteint : les postes de traite de l'Alaska peuvent plus facilement être ravitaillés par mer que par la Sibérie, ce qui améliore aussi leur position dans la compétition pour le commerce des fourrures avec la Chine.

« Though this part of the coast of America has been known to us since the period of Captain Cheericoff's voyage, in the year 1741, we still were not sure whether it formed part of the continent or belonged to an island, till captain Vancouver's expedition, when Chatham's Strait was discovered, [...] By our survey it appears, that amongst the group of islands, which in my chart I have denominated the Sitca Islands, from the inhabitants, who call themselves Sitca-hans, [...] »

(Lisiansky 1814, 235)

Pour la santé de son équipage :

« [...] I laid in, while at New Archangel, a large stock of sorrel, two casks of which were prepared in the manner of sour crout, as well as an ample supply both of the juice of the hurtle-berry, and of the berry itself, which being put into small casks, and the casks filled with water, will keep a long time. There had hitherto been no appearance of scurvy on board, and with these antiscorbutics I had little fear of the disease. »

(Lisiansky 1814, 246)

En Russie comme ailleurs, l'intérêt grandissant pour l'histoire naturelle et l'ethnologie amène de nouvelles expéditions de recherche dans les pays explorés au siècle précédent. Ainsi, en 1839, l'Académie des sciences de la Russie envoie l'ethnologue I. G. Voznesenskii étudier et collectionner des artefacts sur les populations « primitives » de l'Alaska. Ce chercheur, considéré comme le plus important scientifique de la Russie, passe presque dix ans en Amérique et le résultat de ses recherches dépasse toutes les espérances. Il rapporte plus de mille articles provenant des Inuits et des Amérindiens depuis l'Alaska jusqu'en Californie. Ses méthodes de travail rigoureuses et les notes qui accompagnent cette collection en font une source de renseignements incomparable pour ceux qui font des études ethnologiques de la côte ouest de l'Amérique du Nord

De 1842 à 1844, Lavrentii Alekseevich Zagoskin, lieutenant de la marine russe, dirige une expédition en Alaska pour le compte de la Russian American Company. Il explore les fleuves Yukon et Kuskokwim afin de découvrir des sites favorables à l'établissement de postes de traite. Influencé par Voznesenskii, Zagoskin rapporte aussi de précieux artefacts et des descriptions des populations inuite et athabaskane. La publication de son récit de voyage, en 1847, lui a valu d'être considéré comme le plus important ethnographe de son temps.

À la suite de sa défaite lors de la guerre de Crimée, la Russie ne veut pas céder ses territoires d'Alaska à la Grande-Bretagne; elle les transfère donc aux États-Unis en 1867. Ce geste marque la fin de la présence russe en Amérique du Nord. Les explorateurs russes ont contribué à faire connaître la côte ouest et ses peuples, de l'Alaska à la Californie, en passant par la côte de la Colombie-Britannique actuelle.

Moyens de transport

Navires et chaloupes

Pour les navigateurs européens, la côte nord-ouest du Canada présentait des difficultés particulières. Elle était si loin de l'Europe qu'il fallait aux voiliers plus d'un an pour l'atteindre. C'était une côte rocailleuse parsemée d'îles et de récifs, balayée par des vents changeants, sujette à de forts courants de marée et au mauvais temps et où l'on trouvait peu d'endroits abrités pour jeter l'ancre.

Les Espagnols ont résolu ces difficultés en se servant de petits sloops qu'il était plus facile de faire passer dans les passages intérieurs de la côte. Par exemple, en 1792, Dionisio Galiano et Cayetano Valdés ont exploré le détroit de Georgia à bord de goélettes d'une longueur de 14 mètres seulement et dont l'équipage comptait une vingtaine d'hommes. Ces navires n'étaient pas plus grands qu'une bonne partie des embarcations de plaisance qui naviguent dans les mêmes eaux aujourd'hui. Par contre, le navire de James Cook, le Resolution, était un sloop de guerre de 560 tonnes dont l'équipage comptait plus de 100 hommes. Quant au Discovery, le navire de George Vancouver, il s'agissait d'un navire marchand reconverti d'une longueur de 29 mètres portant un équipage de 84 hommes ainsi que 16 membres de la marine. (Le deuxième vaisseau, le Chatham, était aussi de bonne taille, mais moins grand.) Les dimensions de ces navires ne leur permettaient pas de manœuvrer dans les chenaux étroits ou de remonter les fjords aux rives abruptes. Cet état de choses s'est amplement confirmé lors du premier été du voyage d'exploration de Vancouver : ses deux navires se sont échoués sur des récifs dans le détroit de la Reine-Charlotte et ont failli sombrer avant qu'on puisse les remettre à flot.

Face aux conditions qui prévalaient dans la région, Vancouver a adopté sa propre méthode pour poursuivre l'exploration de la côte. Il laissait ses navires ancrés dans des endroits protégés et partait avec ses hommes à bord de chaloupes de bois pour faire un relevé méticuleux de tous les passages. Ces embarcations, d'une longueur de six à sept mètres et demi, étaient équipées de voiles, mais elles étaient le plus souvent propulsées à la rame. Les hommes s'absentaient ainsi du « vaisseau-mère » pour des périodes de dix jours à trois semaines. Les marins devaient manier les avirons et lutter contre les vents et les courants qui, à certains endroits de la côte, pouvaient atteindre dix nœuds (environ 18,5 kilomètres à l'heure); leur journée commençait avant le lever du soleil et se terminait au crépuscule. Lors du premier été de l'expédition, les hommes étaient complètement exposés aux éléments; ils étaient trempés par la pluie, piqués par les insectes et brûlés par le soleil. Les étés suivants, ils avaient des auvents pour se protéger, ce qui rendait leur travail un peu moins désagréable. À la tombée de la nuit, ils installaient leur camp sur le rivage rocailleux, où ils effectuaient des visées astronomiques et s'accordaient une courte nuit de sommeil. La troisième année, le relevé s'est déroulé principalement en Alaska, région où le froid intense, la neige et le verglas se sont ajoutés aux conditions déjà fort difficiles que devaient endurer les équipages. L'un des biographes de Vancouver évalue à 16 000 kilomètres la distance totale parcourue dans ces chaloupes pour mener à bien le relevé de la côte.

Cartes

Au cours des années 1720, les commerçants de fourrures russes ont atteint le littoral du Pacifique et le tsar russe Pierre le Grand a envoyé une expédition scientifique en Extrême-Orient en vue de déterminer, entre autres choses, si l'Asie et l'Amérique du Nord étaient reliées. Le successeur de Pierre le Grand, Catherine I, a envoyé une expédition en 1741 dirigée par Vitus Bering et Alexsey Chirikov. Ils ont porté le détroit de Béring sur la carte, traversé l'Amérique du Nord et atteint le 55°N sur la côte de l'Alaska, prouvant ainsi qu'il n'existait aucun pont continental. Cette expédition a ouvert la côte de l'Amérique du Nord aux chasseurs de loutres russes et aux revendications de droit de possession.

En 1752, le cartographe français Philippe Buache a publié une carte montrant la voie empruntée par Bering et Chirikov. Cette carte présentait également la dernière spéculation concernant la « mer de l'Ouest » et un passage partant du Pacifique jusqu'à la baie de Baffin apparemment découvert par un certain amiral de Fonte en 1640. Stimulés par cette carte qui attribuait la découverte de la côte nord-ouest à un Espagnol, les Russes ont publié leur propre carte.

Au sud, les Espagnols s'inquiétaient de plus en plus du fait que les Russes fassent des découvertes et revendiquent les terres que le pape Alexandre VI avait cédées à l'Espagne en vertu du traité de Tordesillas (1494). De plus, bien que certains érudits espagnols aient prouvé que l'histoire de de Fonte était un mythe, d'autres ont décidé que s'il existait un détroit à la baie de Baffin, c'est l'Espagne qui devrait le revendiquer. Bien que les Espagnols aient pris pied en Californie, ils n'ont pénétré au nord que jusqu'à Cape Blanco sur la côte de l'Oregon. En 1774, ils ont envoyé leur première expédition vers le nord sous la direction de Juan Pérez, qui a atteint le 55ºN. Le mauvais temps et le brouillard les ont empêchés de procéder à l'examen minutieux de la côte. Lors d'expéditions subséquentes, ils ont pris des levés de la côte nord-ouest, mais ils n'ont pu trouver de passage au nord-est. Quand Vancouver est arrivé en 1792, l'Espagne avait envoyé dix expéditions vers la côte, mais n'avait pas fait grand-chose pour publiciser ses découvertes au moyen de cartes, même si ses hydrographes avaient fait du bon travail. Ce travail a enfin paru en 1792, mais à ce moment-là l'Espagne perdait de l'intérêt envers la région. La guerre de 1796 avec la Grande-Bretagne a mis fin à la participation espagnole sur la côte du Pacifique Nord.

La croissance de la Grande-Bretagne en tant que puissance navale mondiale a permis de développer les intérêts impériaux et scientifiques. En 1778, James Cook est arrivé sur la côte nord-ouest au 44º33' N avec le mandat de voir s'il existait un passage au nord-est vers la baie de Baffin ou d'Hudson. Au cours des mois suivants, Cook a sillonné le Nord à l'extérieur du chapelet d'îles côtières et le détroit de Béring à environ 70ºN où il fut arrêté par les glaces. Bien qu'il n'ait pas examiné la côte en détail, il croyait qu'il était improbable qu'il existe un tel passage à l'est.

La grande expédition de cartographie du siècle a été celle de George Vancouver. Sa mission était de faire un levé exact du 30º au 60ºN, étant donné que les levés de Cook n'étaient pas suffisamment détaillés. Vancouver a fait ses levés de 1792 à 1794 sur une côte très difficile. Pendant qu'il prenait ses levés près de l'île de Vancouver, il a rencontré deux navires espagnols, le Sutil et le Mexicana, qui poursuivaient le même objectif. Ayant fait des levés au nord jusqu'au 59º12', Vancouver en est venu à la conclusion que toutes les baies, bras de mer et embouchures de rivières qu'il avait vus étaient des impasses. Un passage au nord-est n'existait pas. Il a passé l'embouchure de la rivière Bella Coola le 4 juin 1793, manquant malheureusement Alexander Mackenzie, qui est arrivé à terre au même endroit le 22 juillet. Les cartes de Vancouver ont été les meilleures cartes disponibles jusqu'à la moitié du siècle suivant.

Cartes importantes de la période

Buache, Philippe

Carte des nouvelles découvertes du nord... . [1752].

[Galiano, Alcalá and Valdes, Cayetano]

Carta Esférica de los Reconocimientos... . 1792.

Müller, Gerhard

Nouvelle Carte Des Decouvertes Faits Par Des Vaisseaux Russiens... . 1758

Roberts, Henry

A General Chart exhibiting the Discoveries made by Captain James Cook... . 1784.

Vancouver, George

A Chart shewing part of the Coast of N.W. America... . 1798-1801.

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