Signatures, automne-hiver 2018

Couverture : Dans le sens horaire, à partir du haut : 1. Le pianiste de jazz Oscar Peterson, vers les années 1940 (source : e010752610) 2. Cartes de la collection d’oeuvres canadiennes Alexander E. MacDonald, vers 1701 (source : e008311021) 3. Le dramaturge et directeur de théâtre Paul Thompson avec les archives qu’il a léguées à Bibliothèque et Archives Canada, 2017 (photo : Jean-François D’Aoust) 4. Autoportrait, Emily Carr, vers 1899 (source : e006078795) 5. Document d’attestation du Corps expéditionnaire canadien, 1917
6. La jeune activiste, conférencière et écrivaine Hannah Alper (à gauche) lors du dépôt légal de son ouvrage
Momentus: Small Acts, Big Change avec Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada, 2017

Signatures, automne-hiver 2018
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Introduction

— par Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, photo : Michel Gagné
 

L’acquisition est le geste premier du bibliothécaire et de l’archiviste. Sans acquisition, pas de conservation nécessaire, pas de diffusion possible. Il y a 23 siècles, Ptolémée II ambitionnait de voir la bibliothèque d’Alexandrie être dotée de 500 000 volumes. Aujourd’hui, la bibliothèque du Congrès s’enorgueillit de ses 32 millions de livres et de ses 61 millions de manuscrits. La pulsion d’acquérir est forte. Il y a même un mot japonais qui désigne le trouble du comportement qui consiste à accumuler des livres sans jamais les lire : tsundoku. Et sans s’accuser de pathologie, que celui qui n’a jamais acheté un livre sans le lire se lève!

La collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) est vaste. Selon les classements, elle se range au nombre des trois ou quatre plus importantes du monde : 22 millions d’ouvrages, 250 kilomètres de documents textuels, 30 millions de photographies, 3 millions de cartes, sans mentionner les timbres, les médailles et les œuvres d’art.

Il est donc plus qu’approprié que ce numéro de la revue Signatures soit consacré aux acquisitions de tous types sans lesquels BAC ne pourrait prétendre être « la mémoire du Canada » : archives, dossiers gouvernementaux et publications.

En matière d’archives, la moisson est aussi étonnante qu’abondante; le texte d’Émilie Létourneau, Renaud Séguin et Candace Loewen en témoigne éloquemment. Que l’on pense aux archives d’arpentage décodées par Roderick McFall qui révèlent les secrets de la ruée vers l’or du Klondike, ou aux documents de la Stelco, dont Lucie Paquet nous fait saisir la richesse pour la compréhension de notre histoire sociale, ou, encore, aux archives de Parcs Canada évoquées par David Cuthbert qui permettent de retracer l’histoire de Banff, Jasper et autres trésors des Rocheuses.

Sur le plan de l’acquisition des dossiers gouvernementaux, s’il va de soi aujourd’hui que celle-ci soit une des missions fondamentales de BAC, la contribution du collègue Alain Roy publiée dans ces pages nous fait voir que ce ne fut pas toujours le cas en nous replongeant dans les débats qui ont précédé la création d’un service d’archives canadien digne de ce nom, au cours des années 1870.

Et que dire des livres et des périodiques que nous avons acquis depuis la fondation de la Bibliothèque nationale du Canada, en 1953, comme le rappellent Alison Bullock, Karin MacLeod et Julie Anne Richardson. Nos bibliothécaires font amplement la preuve de l’exhaustivité de ce volet de notre collection en mettant en lumière les premiers écrits de Gabrielle Roy, publiés dans le Bulletin des agriculteurs, entre 1940 et 1945 (texte d’Annie Wolfe); en rendant compte de notre recueil des œuvres de Margaret Atwood, qui est si exhaustif qu’il contient un texte publié dans un journal scolaire, en 1949, alors que l’auteure de La servante écarlate avait l’âge vénérable de dix ans (article de Liane Belway) et, encore, en évoquant notre collection Lowy d’ouvrages hébraïques et judaïques rares et anciens qui vient de s’enrichir de six ouvrages acquis grâce à la générosité des Amis de BAC (texte de Michael Kent).

Et l’audiovisuel n’est pas en reste : Christine Barrass nous fait découvrir les fascinants enregistrements sonores des conversations téléphoniques d’une héroïne canadienne – Genya Intrator – qui a servi de pont entre notre pays et les refuzniks de l’URSS, de 1972 à 1991. Pour sa part, le collègue Joseph Trivers nous fait connaître les trésors de notre collection musicale, laquelle s’est constituée, depuis qu’en 1969, le dépôt légal a été étendu aux enregistrements musicaux. Son article insiste avec raison sur le défi considérable que représente l’adaptation de nos pratiques d’acquisition à l’évolution constante des supports : CD, DVD, logiciels et – retour vers le futur – les vinyles 33 tours! Dans la même veine, on lira avec intérêt le texte d’Arlene Whetter portant sur notre collection numérique de documents publiés, collection dont la croissance est exponentielle depuis sa mise en œuvre, en 1994, et, surtout, depuis qu’en 2007 l’obligation du dépôt légal a été étendue aux publications numériques. Et, bien sûr, notre tour d’horizon ne serait pas complet sans mentionner l’acquisition et l’archivage des sites Web, comme l’illustre Emily Monks-Leeson.

Au-delà de la richesse de notre collection, ce qui frappe davantage à la lecture de ce numéro de notre revue, c’est la passion qui anime nos collègues. Leurs textes exsudent presque leur amour des documents dont ils ont la garde. C’est un témoignage éloquent du pouvoir de la mémoire et de la chance extraordinaire qui est la nôtre d’y être associés au quotidien. Je souhaite au lecteur le bonheur de partager ces sentiments, au moins le temps de parcourir ce numéro de Signatures.

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada 

Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada

 

Le dépôt légal au Canada célèbre son 65e anniversaire!

— par Alison Bullock, directrice, Acquisition, Karin MacLeod, gestionnaire, Canadiana publié, Direction générale du patrimoine publié, et Julie Anne Richardson, chef d’équipe, Dépôt légal, Direction générale du patrimoine publié

Depuis plus de 450 ans, le dépôt légal constitue le moyen privilégié d’acquérir et de préserver le patrimoine publié des pays. Au Canada, le dépôt légal est relativement récent : sa mise en place coïncide avec la création de la Bibliothèque nationale du Canada, en 1953. Au début, le dépôt légal s’appliquait uniquement aux livres; il est plus tard élargi pour y inclure les périodiques (1965), les enregistrements sonores (1969), les ensembles multimédias (1978), les microformes (1988), les enregistrements vidéo (1993), les CD-ROM (1995), les cartes (1997) et les publications numériques ou diffusées en ligne (2007).

L’année 2018 marque le 65e anniversaire du dépôt légal au Canada. Étonnamment, certains des tout premiers titres reçus portaient sur des sujets semblables à ceux des ouvrages que nous recevons aujourd’hui. La politique, le rôle parental et le stress sont les thèmes explorés dans les trois premiers ouvrages reçus au dépôt légal, en 1953 : The Political System par D. Easton, Questions Parents Ask par S. R. Laycock, et Second Annual Report on Stress par H. Selye. Fait intéressant, ces mêmes sujets sont traités dans certains des premiers titres qui furent déposés en 2018 : The National Question and Electoral Politics in Quebec and Scotland par Éric Bélanger et al., Les parentillages : carnet insolent sur l’art d’être parent par Louis-Simon Ferland, et Touch in the Helping Professions: Research, Practice and Ethics, sous la direction de Martin Rovers et al. Plus ça change, plus c’est pareil!

Ce qui a beaucoup changé, cependant, c’est la façon dont nous enregistrons ce que nous recevons. En 1953, les bibliothécaires dactylographiaient soigneusement l’information dans un « Registre du dépôt légal » (voir l’illustration), alors qu’en 2018, nous pouvons compter sur des systèmes électroniques où les notices, les descriptions et bon nombre des publications elles-mêmes existent en format numérique.

Le dépôt légal est enchâssé dans la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada et il est expliqué en détail dans le Règlement sur le dépôt légal de publications, qui énumère les publications que les éditeurs canadiens doivent remettre à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Le Règlement précise également les catégories de documents (p. ex. les journaux imprimés) dont le dépôt ne se fait qu’à la demande expresse du bibliothécaire et archiviste du Canada. Le dépôt légal s’applique à tous les éditeurs du Canada et à toutes les publications, sans égard au support et au format. Les documents produits par les éditeurs canadiens sont intégrés à la collection de BAC; ils sont conservés et peuvent être consultés par le public.

La collection de documents publiés de BAC comprend des livres, des périodiques, des publications électroniques, des partitions de musique, des cartes et des documents audiovisuels. Bien que la loi relative au dépôt légal ait muni BAC d’un puissant levier, en pratique, c’est surtout la participation volontaire des éditeurs canadiens et des producteurs de musique qui a permis de rassembler la plus importante collection d’œuvres canadiennes au monde. Reconnaissant que la collaboration des éditeurs est essentielle, BAC a conçu une stratégie de sensibilisation pour guider ses efforts en matière de mobilisation et de relations avec ceux-ci. BAC veut accroître la sensibilisation et la participation au programme de dépôt légal en offrant aux éditeurs un ensemble de services axés sur le client, en élaborant des produits et une veille stratégique, en suivant systématiquement le secteur de l’édition et en améliorant ses rapports sur le rendement. Notre engagement continu à améliorer la capacité et les compétences du personnel contribuera à l’obtention de résultats encore plus satisfaisants. Ces objectifs de sensibilisation reposent sur de nouvelles méthodes de livraison des services à la collectivité des éditeurs. La surveillance proactive des tendances dans le secteur et l’attribution de portefeuilles à nos bibliothécaires affectés aux acquisitions viennent approfondir notre compréhension de ce secteur auquel nous offrons des services. Nous pouvons maintenant améliorer certains services en nous appuyant sur les commentaires de nos clients. En outre, l’acquisition de nouveaux systèmes plus puissants offre à BAC la possibilité d’instaurer de nouveaux services, comme la transition tant attendue vers la réception par courriel. Ainsi armés d’une nouvelle stratégie de sensibilisation des éditeurs, d’un nouveau vocabulaire et de nouvelles façons de travailler, nous collaborons plus que jamais avec nos clients éditeurs!

Et les éditeurs réagissent en formulant des commentaires francs et honnêtes.

Les clients éditeurs de BAC communiquent rapidement leurs idées, la perception qu’ils ont de BAC, des suggestions pour améliorer le programme de dépôt légal, et des observations concernant l’édition et le paysage musical au Canada. Pendant la première année de la stratégie de sensibilisation des éditeurs, les visites sur place ont généré une mine d’informations sur les services et les irritants liés au dépôt légal, qui semblent plus faciles à exprimer en personne que par la rétroaction en ligne.

Tous les clients ont manifesté leur appui à BAC, à son mandat et à ses objectifs. Tous ont été impressionnés que BAC sollicite leurs commentaires concernant ses services et l’expansion de sa collection. De nombreux clients ont mentionné que BAC profiterait de l’établissement de partenariats avec des entreprises ou des organisations comme FACTOR, un organisme à but non lucratif offrant aide et soutien à la croissance et au développement de l’industrie canadienne de la musique. Les visites à des associations d’éditeurs ont permis de découvrir des alliés importants, disposés à promouvoir le dépôt légal et à collaborer avec nous pour soutenir la production écrite et musicale canadienne.

Commentaires de clients :

Ils disent... « Vous étiez complètement absents jusqu’à ce que cette lettre arrive. »

Nous avons entendu… « Certains éditeurs utilisent les lettres de demande comme une sorte de bon de commande. »

BAC veut être le plus exhaustif possible dans le développement de sa collection du patrimoine publié. Par bonheur, la plupart des éditeurs soumettent rapidement leurs publications, et BAC est heureux de constater que la sensibilisation au dépôt légal et le taux de participation au programme sont en hausse.

La collection de la bibliothèque nationale constituée au moyen du dépôt légal devient la mémoire du patrimoine publié du pays, une collection de première importance pour les chercheurs, aujourd’hui et pour les années à venir. Un grand merci à tous les éditeurs et producteurs de musique pour leurs contributions. Ensemble, nous documentons l’histoire de l’édition au Canada et bâtissons une inestimable collection d’œuvres canadiennes qui profitera à tous.

Autrefois et maintenant, rien n’a changé.
Photo: David Knox

 
 

Margaret Atwood et notre collection de littérature canadienne

— par Liane Belway, bibliothécaire aux acquisitions, Direction générale du patrimoine publié

Survival: A Thematic Guide to Canadian Literature, Margaret Atwood. © O. W. Toad Ltd., 1972 et 2012. Reproduction autorisée par House of Anansi Press, Toronto.
Source : no AMICUS 50916

Le 65e anniversaire du programme de dépôt légal de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) nous fournit l’occasion de célébrer non seulement la richesse et la diversité de la littérature canadienne, mais aussi les grandes œuvres que nous conservons dans notre collection. Même un numéro complet de Signatures n’aurait présenté qu’une fraction des publications importantes des 65 dernières années, d’autant plus que certains auteurs figurent dans notre collection depuis bien plus longtemps. C’est le cas de Margaret Atwood : l’écrit le plus ancien que nous ayons d’elle vient du journal scolaire Home and School News de 1949, soit quatre ans avant le début du dépôt légal!

Margaret Atwood est toujours très active, illustrant la portée et la vigueur du milieu de l’édition au Canada. BAC conserve plusieurs de ses œuvres, dont deux se démarquent particulièrement. Son premier grand recueil de poèmes, The Circle Game, a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général en 1966. Classique de la poésie contemporaine, il témoigne de l’émergence d’une nouvelle voix pendant la période charnière des années 1960. Quant au révolutionnaire Survival: A Thematic Guide to Canadian Literature, Nick Mount affirme qu’on lui doit la survie du grand éditeur canadien House of Anansi, et, par ricochet, une partie de l’essor de notre littérature. Dans Arrival: The Story of CanLit, il écrit : « En 1972, House of Anansi publia un livre sur la littérature canadienne [...] intitulé Survival, parce qu’il s’agissait de sa dernière tentative de survie, et parce que la survie était le principal thème – et le principal objectif – de cette littérature. [...] Au total, 50 000 exemplaires de Survival se vendirent en trois ans, sauvant Anansi et prouvant l’existence de la littérature canadienne. Celle-ci n’avait pas seulement survécu : elle était établie. » Footnote1 [Traduction]

Notre collection nationale continue de s’enrichir, comptant de plus en plus d’ouvrages de Margaret Atwood. L’écrivaine est très en vogue depuis que son roman La servante écarlate a été porté à l’écran, sous son titre original The Handmaid’s Tale; ce chef-d’œuvre avait été publié en 1985, bien avant le regain actuel de popularité de la science-fiction. BAC possède plus d’une quarantaine de ses ouvrages, sans compter plusieurs centaines d’éditions et de traductions. Ce corpus offre un aperçu impressionnant des réalisations des auteurs canadiens et il met en lumière l’importance de préserver leurs publications pour les générations futures.

Le programme de dépôt légal de BAC peut s’enorgueillir de plusieurs succès, dont l’acquisition et la préservation des œuvres de Margaret Atwood, l’une des auteures les plus prolifiques et primées au Canada. Sa longue et remarquable carrière est une richesse pour notre patrimoine. Le dépôt légal a beau souffler ses 65 bougies, il est loin de penser à la retraite!

Cherchez les œuvres de vos auteurs canadiens favoris dans la collection de BAC.

 

Gabrielle Roy, journaliste

— par Annie Wolfe, bibliothécaire aux acquisitions, Direction générale du patrimoine publié

Elle fait la fierté des Franco-Manitobains et les Québécois la considèrent comme une des leurs. Romancière accomplie, figure importante des communautés francophones du pays, Gabrielle Roy a façonné la littérature de langue française au Canada.

En 1945, elle publie le premier roman urbain québécois, Bonheur d’occasion, pour lequel elle recevra le prestigieux Prix Femina en 1947. Décerné pour la première fois à une étrangère, il amorce une longue série de distinctions qui témoignent des répercussions majeures de l’œuvre de Gabrielle Roy, tant sur la scène canadienne qu’internationale.

Mais avant d’être romancière, Gabrielle Roy a d’abord été enseignante et journaliste, ce qui lui permettra de visiter le Canada et de parfaire son écriture. Pendant cinq ans, de 1940 à 1945, elle rédige des reportages sur les régions pour le Bulletin des agriculteurs. Du Saguenay aux Cantons-de-l’Est, de la Gaspésie à l’Abitibi, en passant par les prairies de la Saskatchewan jusqu’à Dawson Creek en Colombie-Britannique, elle décrit avec finesse les paysages et les saisons du Canada. Si la nature occupe une place significative dans ses articles, la description de ses rencontres leur apporte une grande profondeur.

Au gré de ses voyages, la journaliste entre en relation avec villageois, agriculteurs et commerçants, avec la douceur et l’empathie qui la caractérisent. On se confie à elle; on l’invite à se joindre à la vie de la communauté. Elle relate le quotidien de l’époque avec réalisme, élégance et naturel. D’un océan à l’autre, elle dépeint des gens remplis de volonté, de courage et de détermination. Malgré les défis gigantesques auxquels ils font face – par exemple la colonisation de l’île Nepawa, en Abitibi, par les Madelinots –, ils ont la joie de vivre au cœur et leur regard positif est tourné vers des jours meilleurs.

Le passage de Gabrielle Roy au Bulletin des agriculteurs a été l’école qui lui a ouvert les portes d’une prolifique carrière. Ce journal, qui a fêté ses 100 ans le 2 février 2018, fut et reste encore un important véhicule d’information pour les agriculteurs francophones du Canada. L’écrivaine y a travaillé tant son style que sa pensée critique. Il n’y a pas de littérature sans rapport au réel : c’est en regardant le monde qu’on peut écrire de la bonne fiction et Gabrielle Roy l’a bien compris.

En 2007, les Éditions du Boréal ont publié une compilation des articles de Gabrielle Roy, intitulée Heureux les nomades et autres reportages, 1940-1945. Cette lecture historique sur fond littéraire est issue du travail du Groupe de recherche sur Gabrielle Roy de l’Université McGill.

Bibliothèque et Archives Canada a l’honneur de conserver dans sa collection les œuvres publiées de Gabrielle Roy, ainsi que son fonds d’archives.

Gabrielle Roy, 1947.
Photo : Ronny Jaques
Source : e010957756

 
 

Notre collection musicale : répertoire et liste de lecture du Canada

— par Joseph Trivers, bibliothécaire aux acquisitions, Direction générale du patrimoine publié

La musique a toujours joué un rôle important dans la vie culturelle et économique des Canadiens, modelant et exprimant des points de vue et des identités régionales, culturelles et linguistiques différentes. C’est pourquoi Bibliothèque et Archives Canada (BAC) s’efforce d’acquérir et de préserver le patrimoine relatif à la musique canadienne. La collection nationale va des premières partitions publiées au Canada, en 1800, jusqu’à des enregistrements très récents. On y trouve, entre autres, Le Graduel romain à l’usage du diocèse de Québec de John Neilson, le tout premier album de Buffy Sainte-Marie intitulé It’s My Way, l’album Views de Drake, ainsi qu’un exemplaire de Canada’s Mosaic: Sesquies – 40 Orchestral miniatures celebrating Canada’s 150th, du Toronto Symphony Orchestra.

Les collections musicales des bibliothèques proposent aux usagers une sélection structurée de partitions, d’enregistrements et de documents sur la musique. Certains répertoires peuvent être très spécialisés, comme ceux d’un orchestre, d’un conservatoire ou d’une radio, ou encore ceux qui relèvent de la recherche ou du domaine public, à l’image de l’institution qui les a créés. La collection musicale de BAC est toutefois unique en son genre, puisqu’elle est conçue comme un catalogue complet de l’activité musicale canadienne, englobant tous les formats : cylindres phonographiques, disques 78 tours, vinyles, cassettes, CD, DVD, partitions et livres. BAC dispose même d’une BD romanesque racontant la vie de Glenn Gould et des bandes dessinées de la musicienne Lights.

BAC œuvre à la constitution de cette collection musicale depuis 1953, année de fondation de la Bibliothèque nationale. En vigueur à compter de 1953, le dépôt légal a été étendu aux enregistrements musicaux en 1969. C’est surtout par ce moyen que se font les ajouts à notre collection musicale. Nous visons à documenter le plus précisément possible le développement et l’histoire de la musique enregistrée au Canada. Cet objectif ne pourrait toutefois être atteint sans le concours des musiciens, des compositeurs, des producteurs, des associations, des éditeurs et des compagnies d’enregistrement musical ou vidéo du pays.

Depuis 1969, de nombreuses avancées technologiques ont transformé l’industrie de la musique. Par conséquent, BAC a dû modifier les modalités relatives à l’acquisition de pièces pour sa collection. Les nouvelles technologies de reproduction et les logiciels d’édition de partitions ont nui aux ventes et aux opérations des éditeurs de partitions papier, et ils ont provoqué une augmentation des coûts de publication. En revanche, ces technologies et ces logiciels facilitent la tâche aux petits éditeurs et aux compositeurs qui souhaitent créer et diffuser eux-mêmes leurs partitions. Nombre d’artistes et de compositeurs trouvent plus simple et moins coûteux d’enregistrer, d’autopublier, de distribuer et de promouvoir leur musique au moyen d’ordinateurs personnels, de logiciels et des médias sociaux.

En ce qui concerne les enregistrements musicaux, il importe de noter la multiplication des albums autopubliés et des petites maisons de disques servant des marchés à créneaux. Mentionnons, entre autres : URBNET, Arachnidiscs, Distribution Plages, Archaic North Entertainment, Transistor 66 et Constellation Records. Les artistes s’éloignent des voies traditionnelles pour vendre et distribuer leur musique, utilisant des sites et des plateformes comme CD Baby et Bandcamp ou faisant appel à des services de diffusion comme Spotify, YouTube, Apple Music, SoundCloud et Google Play. Certains ne distribuent même plus de musique sur support matériel. Comme les maisons de production indépendantes peuvent avoir une durée de vie limitée, nous avons parfois peu de temps pour faire des acquisitions. D’autres petites maisons de disques font fréquemment paraître des cassettes ou des vinyles à tirage restreint de 25 à 50 exemplaires.

BAC ne peut que tendre à créer une collection aussi représentative que possible, puisque celle-ci ne sera jamais exhaustive. Les nouveaux formats posent de nouveaux défis : chaque changement dans les technologies d’enregistrement ou de distribution se traduit par une occasion inédite de collectionner et de préserver la musique, de la faire passer d’un format à un autre. Jusqu’à tout récemment, BAC faisait l’acquisition de musique sur des supports physiques. Nous devons à présent trouver des façons sécuritaires d’obtenir et de préserver du contenu numérique, puis de le faire passer d’un format à un autre. BAC travaille à mettre à jour son système d’acquisition pour ajouter plus facilement à sa collection les pièces musicales distribuées numériquement, de sorte que les générations à venir y aient accès.

Coffret de CD Glenn Gould Remastered: The Complete Columbia Album Collection, que l’on peut actuellement voir à l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada.

 
 

Jalons d’histoire : les Archives d’arpentage des terres du Canada

— par Roderick W. McFall, archiviste principal, Division des archives gouvernementales

Plan des concessions de gisements alluvionnaires sur une partie du ruisseau Eldorado dans la division minière Klondike du territoire du Yukon.
Source : R214, vol. 2091, 9189 CLSR YT

Les historiens s’intéressent de plus en plus à l’étude de la mémoire : comment les sociétés racontent-elles leur histoire et que retiennent-elles du passé dans leur mémoire collective? J’en veux pour preuve la collection des Archives d’arpentage des terres du Canada (AATC), conservée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). L’une des plus remarquables histoires qu’elle recèle concerne l’arpentage et la cartographie des concessions découvertes au moment de la ruée vers l’or du Klondike, ainsi que le rôle des peuples autochtones dans cette formidable aventure.

Mais tout d’abord, un peu de contexte. En 2015, la Direction de l’arpenteur général de Ressources naturelles Canada (RNCan) informe BAC de l’éventuel transfert d’environ 80 000 documents de la collection des AATC, totalisant 1,5 kilomètre linéaire de documents d’archives. Au début de 2017, BAC et RNCan signent un protocole d’entente régissant le transfert, la préservation et la mise en circulation de cette importante acquisition.

La collection est composée de documents d’arpentage officiels des terres du Canada (réserves de Premières Nations, parcs nationaux, terres publiques et terres territoriales) et de documents connexes, remontant aux années 1850. Elle comprend des cartes, ainsi que des dossiers, des plans et des carnets d’arpentage. RNCan, gardien et propriétaire des documents officiels de l’arpenteur général des terres du Canada, a numérisé et publié en ligne la collection, ce qui a rendu possible le transfert des documents physiques à BAC afin d’en garantir l’entreposage et la préservation à long terme. Cette acquisition vient compléter la collection de BAC comprenant 1 034 plans officiels d’arpentage de réserves et de terres de pensionnats autochtones, transférés en 1959 par la Division des services juridiques de RNCan.

Ces archives sous-utilisées permettent de documenter plusieurs volets de l’histoire et de la culture des Autochtones du Canada, y compris la répartition des groupes linguistiques, les droits issus de traités, la localisation des pensionnats autochtones et des réserves, ainsi que l’occupation et l’utilisation des terres. Grâce à ces archives, nous pouvons voir l’histoire et l’évolution des réserves indiennes, des parcs nationaux, des bases militaires, du chemin de fer, de la traite des fourrures et de l’Arctique, et ainsi approfondir notre connaissance d’événements marquants comme la ruée vers l’or du Klondike. Comme le souligne Bob Weber : « La réconciliation réécrit les banques de mémoire du Canada à mesure que les archivistes du pays s’emploient à rendre leurs collections plus ouvertes et plus sensibles aux réalités des peuples autochtones. »note2 [Traduction]

Laissons les AATC nous raconter l’histoire de la ruée vers l’or! Avant de devenir le deuxième commissaire du territoire du Yukon, William Ogilvie est un éminent arpenteur des terres du Dominion, œuvrant dans l’ouest et le nord du Canada. En 1895, il est chargé d’effectuer l’arpentage des villes, des concessions minières et des gisements minéraux du Yukon. Il arpente également la frontière entre l’Alaska et le Yukon sur le fleuve Yukon, en 1887-1888, ainsi que les champs aurifères du Klondike sur les ruisseaux Bonanza et Eldorado, en 1896. Les travaux d’arpentage d’Ogilvie établissent l’emplacement approximatif du 141e méridien, la frontière actuelle entre l’Alaska et le Canada.

L’équipe de William Ogilvie dans un campement d’hiver près de la frontière entre l’Alaska et le Canada, octobre 1895. Ogilvie est assis, le deuxième à partir de la droite.
Source : c074924

Kèsh, aussi connu sous le nom de « Skookum » Jim Mason, pionnier du Yukon.
Source : a044683

Tracé par Ogilvie dans son carnet d’arpentage, le plan des concessions de gisements alluvionnaires sur une partie du ruisseau Eldorado, dans la division minière Klondike du Yukon, documente les découvertes minières faites par Kèsh (aussi connu sous le nom de « Skookum » Jim Mason, signifiant « fort », et identifié comme « Tagish Jim » sur la carte), membre de la Première Nation Tagish Khwáan, par son beau-frère américain, George Carmack, et par sa sœur, Shaaw Tláa, aussi appelée Kate Carmack. On doit à ces trois personnes la découverte de la première pépite d’or dans le ruisseau Bonanza, ce qui déclenchera la ruée vers l’or du Klondike. Cette carte d’arpentage et le carnet de terrain montrent l’importance du rôle joué par Ogilvie et Mason, ainsi que par George et Kate Carmack, dans ce qu’Ogilvie qualifie de « découverte stupéfiante »note3. Les concessions minières découvertes par des prospecteurs membres des Premières Nations étaient rarement reconnues par les autorités minières, ce qui rend ces documents encore plus remarquables.

On admet aujourd’hui que les membres des Premières Nations ont été relégués à l’arrière-plan dans l’histoire de la ruée vers l’or. Toutefois, dans ces documents, Ogilvie met en valeur des prospecteurs autochtones comme Mason. Ogilvie utilise le sobriquet « Tagish Jim » dans ses carnets de terrain et sur ses cartes d’arpentage. Mason occupe aussi une place importante dans les mémoires d’Ogilvie, Early Days on the Yukon; le chapitre sur la découverte du Klondike comporte d’ailleurs une section entièrement consacrée à Mason. Ogilvie le décrit comme son vieil ami et raconte : « J’ai employé Jim pour diverses tâches et l’ai toujours trouvé fiable, honnête et compétent dans tout le travail que je lui ai confié. Ensuite, quand j’ai travaillé à sa concession sur le ruisseau Bonanza, je l’ai connu encore mieux et cela n’a fait que confirmer mon opinion à propos de son tempérament. »note4 [Traduction]

En décrivant Mason, Ogilvie note ceci : « Il possède une connaissance pratique de la prospection qui dépasse largement ce qu’on s’attendrait à trouver chez un sauvage sans instruction. Il a aussi des compétences en tant que prospecteur que peu d’hommes blancs possèdent, car au cours de ses excursions qui peuvent durer plusieurs semaines, il ne transporte rien d’autre qu’un fusil, une hache et une batée. »note5 [Traduction] Si cette référence à un « sauvage sans instruction » nous heurte en 2018, Ogilvie n’en a pas moins attribué la concession minière des ruisseaux Bonanza et Eldorado à Mason et à son cousin « Tagish Charlie ».

Les AATC récemment acquis, et les plans d’arpentage obtenus précédemment de RNCan, recèlent bien d’autres histoires inédites. Des voix jusqu’à maintenant inconnues vont certainement se faire entendre.

 
 

Notre collection numérique de documents publiés

— par Arlene Whetter, bibliothécaire aux acquisitions, Direction générale du patrimoine publié

La collection de publications numériques de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a connu des débuts modestes en 1994, ne comptant que 6 documents en série soigneusement choisis. Elle a bien grandi depuis et regroupe aujourd’hui quelque 85 000 monographies et 15 000 documents en série publiés par des éditeurs canadiens. Son ancêtre, le Projet pilote sur les publications électroniques de la Bibliothèque nationale du Canada, a été mis à l’essai sur plusieurs mois en 1994-1995. Son objectif était de fournir des lignes directrices pour parvenir à gérer l’explosion des publications numériques. Le projet a permis d’étudier, entre autres, les questions touchant les formats de fichier, les méthodes de transfert et le droit d’auteur. Le personnel avait également mis au point un système pour gérer les documents acquis et en donner l’accès en ligne au grand public. C’est d’ailleurs grâce à ce projet que certains des premiers magazines en ligne et des premières publications gouvernementales numériques peuvent encore être consultés aujourd’hui.

Pendant la première décennie d’existence de la collection, le personnel de BAC était en quête d’éditeurs disposés à lui permettre de télécharger et d’archiver leurs publications. Depuis la modification législative de 2007 qui a étendu l’obligation de dépôt légal aux publications numériques, tous les éditeurs canadiens (y compris les éditeurs commerciaux, les presses universitaires, les organismes du gouvernement fédéral, les associations et les autoéditeurs) doivent désormais envoyer des exemplaires de leurs publications numériques à BAC, qui les conserve sur ses serveurs pour les rendre accessibles pour les générations futures.

Afin de protéger les intérêts commerciaux des éditeurs, les publications destinées à la vente ne peuvent être consultées que dans les locaux de BAC. Si les éditeurs acceptent d’offrir leurs publications en libre accès, celles-ci sont disponibles gratuitement en ligne par l’entremise du catalogue de BAC. Les publications numériques répertoriées comprennent les livres numériques de tous genres (romans, essais, livres pour enfants), les magazines, les revues savantes, les bulletins d’information d’associations, les rapports annuels et les publications du gouvernement du Canada. Un aspect unique de cette collection est la présence de documents issus de l’autoédition : BAC est la seule institution qui recueille à grande échelle des publications d’auteurs canadiens indépendants. Elles seront accessibles pour la postérité et serviront aux chercheurs qui étudieront l’évolution de l’autoédition.

La quantité de documents numériques reçus constitue un défi permanent pour BAC. Plusieurs pays (dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie) ont adopté des lois permettant le dépôt numérique sélectif, afin de réduire la quantité de leurs acquisitions. Au Canada, l’ampleur du champ d’application du dépôt légal impose à BAC de grandes responsabilités. Pour traiter adéquatement une telle quantité de documents, l’on prévoit automatiser autant que possible nos processus. C’est ainsi que la création de dossiers bibliographiques reposera sur l’utilisation des métadonnées fournies par les éditeurs, plutôt que sur leur saisie manuelle.

Établi en 1994, le système d’origine est encore en fonction de nos jours, bien qu’il ait été légèrement amélioré au fil des ans. Le Projet pilote sur les publications électroniques est affectueusement reconnu comme celui ayant eu la plus longue carrière à BAC – 24 ans! Il prendra sa retraite au cours des deux prochaines années, alors que BAC fera l’acquisition de nouveaux outils pour soutenir sa stratégie numérique. En améliorant notre capacité de traitement, nous pourrons sensibiliser tous les éditeurs, sans exception, à l’obligation de soumettre leurs publications numériques et ainsi accroître l’étendue de cette importante collection.

Rebecca Meunier et Alison Pier, deux employées de BAC, parcourent un livre électronique de Coach House Books (From the Atelier Tovar: Selected Writings de Guy Maddin, 2003). Les publications à diffusion restreinte de la collection numérique de BAC peuvent être consultées à l’aide de terminaux spécialisés dans la salle de référence du 395, rue Wellington, à Ottawa.
Photo : Arlene Whetter

 
 

Conservation de collections Web

— par Emily Monks-Leeson, archiviste, Intégration numérique

La chaise de Canada 150 fait une pause à Harbourville, en Nouvelle-Écosse. À l’arrière-plan, on aperçoit le cap Chignecto.
Source : Musée du comté de Kings
Photo : Anna Osburn

Partout dans le monde, les institutions de mémoire ont recours à l’archivage Web. Cette technique repose sur les pratiques exemplaires des sciences de l’information, de la conservation et de la préservation numériques, ainsi que des sciences humaines numériques. Elle vise l’acquisition, la préservation et l’accessibilité des ressources Web à valeur patrimoniale ou ayant un intérêt pour la recherche.

Le programme d’archivage Web de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) recueille des ressources Web gouvernementales et non gouvernementales depuis 2005. Sa principale responsabilité – l’acquisition de sites et de publications Web du gouvernement du Canada – se fait au moyen d’un moissonnage régulier et exhaustif du domaine « gc.ca » du gouvernement fédéral et des sociétés d’État connexes. Il permet de recueillir les publications gouvernementales officielles en format numérique des sites des ministères et des sites officiels d’accès aux publications gouvernementales. Depuis 2014, nous avons recueilli environ 14 téraoctets de données.

Les collections du programme d’archivage Web visaient d’abord le contenu Web du gouvernement du Canada, puis ont pris une rapide expansion pour intégrer les événements et les thèmes d’importance nationale. Ces quatre dernières années, nous avons acquis près de 10 téraoctets pour plusieurs collections thématiques : les archives Web de la Commission de vérité et réconciliation, le centenaire de la Première Guerre mondiale, Canada 150, les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang, la politique fédérale, les Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2017 à Toronto, les enquêtes en cours sur la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, l’accident d’autocar des Broncos de Humboldt, etc.

L’Intégration numérique recueille aussi les données pertinentes des médias sociaux pour les collections thématiques. Bien que ces plateformes ne soient pas idéales pour l’archivage Web, nous utilisons plusieurs logiciels pour obtenir les données provenant de Twitter et de YouTube.

Récemment, l’Intégration numérique a créé une collection documentant le 150e anniversaire de la Confédération. Canada 150 est le reflet d’un éventail d’opinions et de perspectives politiques. Les ressources Web sont variées : médias sociaux, blogues, sites personnels, sites de nouvelles documentant les activités commémoratives régionales et nationales, sites Web et médias sociaux reflétant le point de vue gouvernemental (y compris les 38 projets/événements phares). D’autres ressources abordent les thèmes de Canada 150, soit la diversité et l’inclusion, la mobilisation et l’inspiration de la jeunesse, la réconciliation avec les Autochtones et l’environnement. Pour choisir le matériel, nous avons appliqué le cadre d’acquisition de notre programme, lequel s’harmonise aux politiques et aux priorités institutionnelles de BAC. Toutefois, comme dans le cas d’autres collections, des ressources ont aussi été identifiées de façon informelle, à savoir par les médias sociaux, les nouvelles radio ou le bouche-à-oreille. Ces méthodes d’acquisition tiennent compte des sources ayant servi à informer les Canadiens sur les activités spéciales de Canada 150. Elles ont mené à des découvertes inattendues, dont un site Web du Musée du comté de Kings, en Nouvelle-Écosse, qui suivait les aventures de la chaise de Canada 150 (une chaise antique « aux premières loges de l’histoire canadienne »). Plus de 1200 ressources recueillies pour Canada 150 font maintenant l’objet d’un contrôle de qualité et de l’ajout des métadonnées appropriées.

L’archivage Web est souvent mentionné dans le plan ministériel de BAC (auparavant le Rapport sur les plans et les priorités). Il est reconnu par le cadre de politique d’évaluation et d’acquisition et d’autres instruments stratégiques comme un volet unique de nos acquisitions. La conservation de collections Web est une étape importante de la préservation numérique à BAC; elle assure un accès continu au patrimoine documentaire canadien.

 
 

Bâtir la mémoire permanente du gouvernement

— par Émilie Létourneau et Renaud Séguin, archivistes principaux, Division des archives gouvernementales, et Candace Loewen, directrice, Division des initiatives reliées aux documents gouvernementaux

Tous les jours, les institutions du gouvernement fédéral produisent et acquièrent une quantité colossale d’information. De l’accueil des réfugiés jusqu’à l’inspection des centrales nucléaires, les activités du gouvernement du Canada produisent des millions de documents chaque année. De tous les documents rédigés et recueillis par l’ensemble des fonctionnaires fédéraux, les militaires et les policiers de la Gendarmerie royale du Canada, il n’est possible d’en conserver, classifier, décrire et rendre accessible qu’une infime quantité. Aussi faut-il sélectionner ceux qui seront préservés aux archives pour les générations futures.

En vertu de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, aucun document de l’administration fédérale ne peut être détruit sans la permission écrite du bibliothécaire et archiviste du Canada ou, comme c’est le cas actuellement, de son délégué. C’est aux archivistes de la Division des archives gouvernementales qu’il incombe d’identifier ce patrimoine pour en recommander l’acquisition au chef de l’exploitation de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Une fois la sélection approuvée, l’institution créatrice sera informée de la façon dont elle pourra se départir des documents dont elle n’a plus besoin, soit en les transférant à BAC s’ils ont une valeur archivistique, soit en en disposant.

Depuis près de 25 ans, la macro-évaluation guide les recherches des analyses qui sous-tendent ces recommandations. Avant l’adoption de ce système, les archivistes gouvernementaux jaugeaient les documents selon leur potentiel d’utilisation pour des recherches futures. Vers la fin des années 1980, les limites de cette approche sont devenues évidentes. Aux efforts titanesques nécessaires pour éplucher les documents gouvernementaux afin d’y déceler les informations susceptibles d’être intéressantes, s’ajoutait l’impossibilité pour les archivistes de deviner ce qui serait utile à la recherche dans 10, 50 ou 100 ans.

Avec la macro-évaluation, la valeur des documents est établie en fonction de leur contexte de création. Pour BAC, il s’agit d’identifier les activités du gouvernement du Canada ayant des répercussions significatives sur la société, ainsi que les documents qui en témoignent le plus adéquatement et succinctement. L’objectif principal est de documenter la façon dont l’administration fédérale s’acquitte des responsabilités qui lui sont confiées par le Parlement. Cette approche permet de cibler les documents historiques et archivistiques avant même qu’ils ne soient créés, puisque l’accent est mis sur les activités qui les produisent et non plus sur leur contenu.

BAC travaille également avec les ministères et les organismes fédéraux afin d’améliorer leur gestion de l’information. Ce travail en amont, aussi inscrit dans la Loi, vise à assurer la protection des documents archivistiques avant leur transfert à BAC pour être préservés à long terme, au bénéfice de tous les Canadiens.

De par leur nature éphémère et fragile, les documents numériques amènent les plus grands défis en archivistique. En effet, la technologie évolue si rapidement que les systèmes et les supports risquent de devenir obsolètes avant même que les documents puissent nous être transférés. De plus, les efforts nécessaires pour assurer la préservation à long terme des documents dépendent largement des conditions entourant leur création. Pour relever ces défis, BAC collabore activement avec les organismes centraux afin d’influencer les décisions qui touchent les activités du gouvernement en gestion et en technologie de l’information, de sorte que les besoins des archives soient pris en compte le plus en amont possible.

Devant la taille et la complexité de l’appareil fédéral, les professionnels de BAC ne peuvent simplement attendre que les documents gouvernementaux à valeur historique leur soient offerts : ils doivent prendre les devants. Ces efforts sont essentiels pour permettre aux Canadiens d’avoir accès aux archives de leur gouvernement, aujourd’hui et demain.

Services des dossiers et des documents de la Ferme expérimentale, Ottawa, mars 1945.
Source : a144872

 
 

Les « Amis » unissent leurs forces

— par Émilie Chirip, analyste, Relations avec les intervenants et Affaires internationales, et Marianne Scott, présidente, Amis de Bibliothèque et Archives Canada

Au début des années 1990, un groupe de bénévoles voulant appuyer le développement des collections de la Bibliothèque nationale du Canada (BNC), fondée en 1953, met sur pied les Amis de la Bibliothèque nationale.

Des associations d’« amis de bibliothèques » sont courantes à l’époque, mais il est tout à fait novateur que l’une d’entre elles soutienne une institution gouvernementale fédérale. Les Amis de la Bibliothèque nationale orientent leur principale activité de financement vers la vente annuelle de livres, en raison de l’intérêt pour les livres d’occasion. L’organisme recueille des livres appartenant à des résidents d’Ottawa et organise sa première grosse vente de livres d’occasion en 1995, dans un centre commercial de la région. Les bénévoles trient les livres selon leur provenance, puis effectuent des recherches méticuleuses pour chaque publication canadienne, vérifiant si elle comble une lacune de la collection de la BNC.

Les publications non canadiennes sont classées par langue et par style littéraire pour être vendues avec les livres canadiens qui ne sont pas destinés à être conservés dans la collection de la BNC. Les recettes générées par les ventes contribuent à l’achat d’articles particuliers pour la BNC, dont la première acquisition d’un livre rare, en 1992, intitulé Joseph Frederick Wallet Des Barres (1722-1824).

Aujourd’hui, ces activités sont réalisées par les Amis de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), association née de la fusion des Amis de la Bibliothèque nationale et des Amis des Archives nationales en mai 2003, en prévision de la création de BAC, en mai 2004. Grâce au soutien de longue date offert par les Amis de BAC, l’institution de mémoire (et ses prédécesseurs) acquiert depuis plus de 25 ans des articles rares pour ses collections. Ces acquisitions sont aussi variées que les collections de BAC elles-mêmes : manuscrits, livres, enregistrements sonores, cartes, portraits, affiches de film, etc.

Depuis 2002, 9 609 titres canadiens ont été donnés à BAC, dont 2 472 étaient nouveaux. Bien que chaque acquisition effectuée en partenariat avec les Amis de BAC soit unique, il convient de souligner que certaines merveilles ont été ajoutées à nos collections au fil des ans.

Par exemple, Cent peintres rendent hommage à Maria Chapdelaine, un recueil préparé par Clément Fortin, en 1985, est reconnu pour sa reliure. Nicole Billard habite sur la rive Sud de Montréal (Québec), dans les années 1980, lorsqu’elle crée cette reliure unique en cuir de peau de chèvre. Employant une technique française, elle a recours à une application et à une incrustation de cuir aminci coloré, ainsi qu’à une tranche de tête dorée. Cette reliure unique est dotée d’un paysage parsemé de pétales sur ses pages de garde. Le recueil contient les reproductions d’œuvres de 100 artistes inspirées par le roman Maria Chapdelaine, rédigé par l’auteur français Louis Hémon pendant qu’il habite au Québec.

Une autre acquisition exceptionnelle, obtenue grâce aux Amis de BAC, est un carnet de croquis de l’artiste et auteure canadienne Emily Carr. Non seulement Carr est l’une des artistes visuelles les plus connues au Canada, elle est aussi une auteure douée. Cet ouvrage dénote tous ses talents en plus de son humour et de son esprit vif. Carr y raconte son expérience aux funérailles de la reine Victoria, le 2 février 1901. Elle y décrit les efforts déployés par elle et sa bonne amie, Hannah Kendall, pour apercevoir la procession. Intitulé The Queen’s Funeral. London [Les funérailles de la reine. Londres], le carnet de croquis, ou « livre drôle » comme elle l’appelait, contient sept dessins sur papier taupe. Carr l’avait offert à ses éditeurs de Toronto, M. et Mme William H. Clarke, qui avaient publié son livre Klee Wyck (signifiant « celui qui a tendance à rire », dans la langue des Aht), en 1941.

Dans certains cas, les Amis de BAC contribuent à financer l’acquisition d’un article ou d’une collection d’importance ou de valeur exceptionnelle, comme ce fut le cas en 2008 et en 2015 pour l’acquisition de la collection Peter Winkworth. Cette précieuse collection d’imprimés, d’aquarelles et de peintures à l’huile documente plus de quatre siècles d’histoire canadienne!

Elle comprend notamment des œuvres de Peter Rindisbacher (1806-1834), qui réalisait surtout des aquarelles sur les Anishinaabegs, les Cris et les Sioux, de James D. Duncan (1806-1881), qui créait des aquarelles illustrant les paysages et les rues du Canada, et de Maria Morris Miller (1810-1875), artiste de la Nouvelle-Écosse qui se spécialisait dans les peintures et les illustrations botaniques.

Il faut aussi reconnaître que le don le plus généreux des bénévoles des Amis est celui de leur temps. En 2017, BAC a nommé une salle de conférence en l’honneur de Marianne Scott, bibliothécaire du Canada (1984-1999) et présidente des Amis de BAC depuis 2009, pour souligner son engagement à l’égard de notre institution. Le soutien des Amis de BAC est déterminant pour les acquisitions, les activités publiques, les projets spéciaux et l’accès aux collections spéciales. L’organisme mène aussi un projet bibliographique visant à améliorer l’accès à la base de données des soldats de la Première Guerre mondiale. Ses bénévoles ajoutent des mots-clés pour identifier plus facilement un soldat en particulier. Ce ne sont là que certaines des activités utiles des Amis de BAC, qui sont toujours à la recherche de membres et de bénévoles. L’organisme accepte aussi les dons par l’entremise de trois programmes : le fonds de dotation Marianne Scott, la collection Jacob-M.-Lowy, et le fonds général pour l’acquisition de pièces exceptionnelles d’archives et de bibliothèques. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter le site Web des Amis de BAC.

« Nous devons tous chérir notre patrimoine culturel et les institutions qui y donnent accès au moyen de la collecte et de la préservation des richesses de l’histoire canadienne. Nous le savons tous : une bonne connaissance du passé nous aide à saisir le présent et à comprendre l’avenir. Je suis fière du travail effectué par les Amis de Bibliothèque et Archives Canada et de leur appui aux activités d’un des trésors culturels du Canada. » [Traduction]

Marianne Scott, juin 2018

Cent peintres rendent hommage à Maria Chapdelaine / [compilé par] Clément Fortin, Alma, Québec : Éditions C. F., 1985; ISBN 2980048704.
Source : n° AMICUS 6119778
Crédit (couverture) : Nicole Billard

 

On our tippest, tippest, tiptoes... [Sur la fine, la plus fine, pointe de nos pieds...], Emily Carr, 1901
Source : e011182243

 

Une famille des Premières Nations se déplace en canot pendant l’été, Peter Rindisbacher, sans date.
Source : e008302911

 
 

Orienter pour mieux choisir : une expérience vécue par le conservateur de la collection Lowy

— par Michael Kent, conservateur de la collection Jacob-M.-Lowy, Direction générale du patrimoine publié

Jacob M. Lowy. © Succession Yousuf Karsh, 1978.
Source : no MIKAN 3855042

J’adore les livres. Je dirais même que j’en raffole. Ça ne vous surprendra probablement pas, puisque je suis bibliothécaire. Lorsque j’occupais mon premier poste de bibliothécaire professionnel, je pouvais dire en toute honnêteté que j’avais le meilleur emploi au monde : j’étais payé pour acheter des livres avec l’argent de quelqu’un d’autre. Imaginez mon enthousiasme quand Bibliothèque et Archives Canada (BAC) m’a engagé pour m’occuper de la collection Jacob-M.-Lowy, un vaste ensemble d’ouvrages judaïques rares remontant aux années 1400. J’ai maintenant le privilège, non seulement d’acquérir des livres, mais aussi d’acquérir des livres qui ont une histoire exceptionnelle. C’est donc avec beaucoup d’humilité que je manipule un livre datant de plusieurs centaines d’années, et c’est un grand honneur pour moi de pouvoir acquérir un tel ouvrage pour une institution publique.

J’ai très vite découvert un aspect particulier de mon travail dans la collection Lowy : comme elle porte le nom de son donateur, elle est éminemment personnelle. Monsieur Lowy parlait couramment plusieurs langues et il possédait une solide éducation juive; il était donc capable de s’imprégner de presque tous ses livres. Des photos ont été prises dans la maison de M. Lowy avant que la collection soit transférée à BAC; on y voit bien sûr de nombreux livres, mais aussi une pièce contenant des portraits de famille, une menora, un cendrier et bien d’autres objets qui lui confèrent son caractère personnel. Plus je passe de temps avec ces livres, plus j’ai l’impression de connaître M. Lowy, qui est décédé en 1990. J’ai appris à comprendre la structure de sa collection, ainsi qu’à connaître ses principaux champs d’intérêt et ses domaines de prédilection, ses couleurs préférées à partir des livres qu’il a fait relier à neuf, les ouvrages qu’il a trouvé intéressants au point d’en acquérir plusieurs éditions et sa définition très large des œuvres judaïques, qui incluait l’hébraïsme chrétien.

En tant que bibliothécaire chargé d’acquérir des ouvrages pour les collections spéciales, je dois tenir compte de nombreux facteurs avant d’arrêter mon choix. Comment le livre va-t-il compléter la collection? Aurons-nous d’éventuels utilisateurs? Comblera-t-il une lacune dans nos fonds documentaires? Quel est son état de conservation? Dans le cas de la collection Lowy, je me pose souvent une autre question : « Qu’est-ce que M. Lowy penserait de ce livre? » C’est une question très différente de celles enseignées à l’école de bibliothéconomie, mais combien fondamentale. À bien des égards, je suis privilégié de continuer d’alimenter la collection de M. Lowy et de compléter l’héritage qu’il a légué à tous les Canadiens en 1977.

Récemment, j’ai pu mettre en pratique la pensée de M. Lowy d’une manière très particulière. En 1977, M. Lowy léguait sa collection à tous les Canadiens. Pour souligner le 40e anniversaire de son don, en 2017, les Amis de Bibliothèque et Archives Canada m’ont invité à choisir avec eux des livres devant faire l’objet d’une donation. Nous avons très vite convenu que la première question à se poser pour rendre hommage à cet homme était justement « Qu’est-ce que M. Lowy penserait de ce livre? » Cette question a orienté ma réflexion au moment d’effectuer mes choix. Je sélectionnais les livres en essayant d’imaginer ce que M. Lowy aurait lui-même décidé.

Après quelques recherches, nous avons finalement retenu six ouvrages. Nous avons d’abord choisi Bibliotheca Rabbinica (1613), la première bibliographie savante d’ouvrages en hébreu, un livre qu’aurait apprécié un collectionneur passionné comme l’était M. Lowy. Nous avons ensuite sélectionné Moses and Aaron: Civil and Ecclesiastical Rites used by the Jews (1667), en raison de l’intérêt de M. Lowy pour l’hébraïsme chrétien. Comme le texte est en anglais, il est accessible à davantage de nos usagers, l’accessibilité ayant été une grande préoccupation de M. Lowy. Troisièmement, nous avons retenu un Haggadah (1737), le texte rituel accompagnant le repas de la Pâque, parce que M. Lowy s’intéressait à ces textes. En outre, comme il n’y avait aucun exemplaire de cette édition dans OCLC (une base de données bibliographiques internationale), nous avons saisi cette occasion unique d’intégrer l’ouvrage dans une collection publique, une autre des préoccupations de M. Lowy. Quatrièmement, nous avons choisi une traduction en yiddish de Yossipon (1743), une adaptation hébraïque des histoires de Flavius Josèphe. M. Lowy a rassemblé un grand nombre de versions rares et remarquables d’ouvrages de Josèphe, et nous avons pensé qu’il aimerait l’histoire que contient cet ouvrage.

Nous avons aussi sélectionné un livre de prières juives (1721). Comme il s’agit d’une traduction en yiddish, l’ouvrage était probablement destiné à une femme. Selon nous, ce livre convenait bien pour rendre hommage à une femme remarquable, Claira Lowy, la seconde épouse de M. Lowy. Survivante de l’Holocauste et femme d’une grande piété, Mme Lowy a contribué activement à la collection et elle a continué à s’y intéresser après le décès de son époux. Nous pensions qu’elle devait être célébrée dans ce don commémoratif effectué par les Amis de BAC.

Les six livres donnés par les Amis de BAC se trouvent maintenant dans leur nouveau lieu de conservation, au sein de la collection Jacob-M.-Lowy. Il y a deux exemplaires du Even Habochen, un pour la collection et l’autre pour les activités et les expositions.
Photo : Michael Kent

Le dernier ouvrage, de loin mon préféré, est le Even Habochen (1901), une œuvre de la littérature rabbinique responsa imprimée à Varsovie. Il s’agit d’un exemplaire du premier livre acquis par M. Lowy, de la même édition. Ce premier livre est resté dans sa famille, et je suis ravi que la collection en possède maintenant un exemplaire. C’est un volume très simple, représentatif des premières acquisitions de M. Lowy. Il marque le début de son remarquable legs maintenant conservé à BAC. Chaque fois que je feuillette ce livre, j’ai l’impression d’en apprendre un peu plus sur ce Canadien vraiment exceptionnel.

Cette acquisition de six livres rendue possible grâce aux Amis de BAC restera certainement présente dans ma mémoire pendant toute ma carrière. Je me sens immensément privilégié d’avoir pu réaliser ce projet d’acquisition dont le but principal était de souligner la passion de collectionneur de M. Lowy. Ce fut une expérience tout à fait unique.

À gauche, l’édition exacte du premier livre acquis par M. Lowy, le Even Habochen. À droite, une reproduction d’une page de l’exemplaire du livre de M. Lowy, conservé dans sa famille.
Photo : Tom Thompson

 
 

Les archives de la Stelco

— par Lucie Paquet, archiviste principale, Direction générale des archives

Haut-fourneau de la Stelco, Hamilton (Ontario), Studio Carey, vers 1948.
Source : e011169516

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) préserve les documents d’une grande entreprise de chez nous, The Steel Company of Canada, mieux connue sous le nom abrégé de Stelco. L’importance de l’industrie de l’acier au pays explique l’acquisition de ce fonds exceptionnel, en 2016, afin d’en assurer la pleine préservation.

Du fer à cheval aux pièces d’automobile, en passant par la machinerie lourde et les biens de consommation quotidienne, les archives de la Stelco sont incontournables pour bien comprendre une industrie fondamentale liée à la croissance de la population et au développement économique du Canada. Couvrant 110 années de production (de 1865 à 1975), elles se présentent sur de multiples supports et comprennent 148 mètres linéaires de documents textuels, quelque 19 770 photographies, environ 745 cartes et plans, 119 bobines de microfilms, 106 films et bandes sonores, 42 objets et quelques pièces iconographiques.

La première série du fonds renferme les documents des cinq compagnies fondatrices de la Stelco (1910), dont les racines remontent à la fin du 18e siècle : The Montreal Rolling Mills Co., The Hamilton Steel and Iron Co., The Canada Screw Co., The Dominion Wire Manufacturing Co. et The Canada Bolt and Nut Co.

On y trouve les documents de constitution, les livres comptables, les titres de propriété, les évaluations d’assurance, la correspondance et quelques catalogues de produits. Ces documents nous renseignent sur les efforts des compagnies pour obtenir des capitaux afin d’assurer leur expansion à une époque où le Canada vit un essor technologique sans précédent.

Couverture de l’édition française du bulletin Stelco Flashes, mai 1969.
Source : e011198084

La série sur les comptes et finances contient des livres comptables et des statistiques permettant d’étudier les profits, pertes et investissements de la Stelco ainsi que la croissance de ses usines. La série sur les documents du personnel montre l’évolution des salaires, des avantages sociaux, des relations de travail et des tensions sociales et syndicales. Stelco a vu son effectif passer de 5 000 travailleurs en 1930 à 23 000 en 1974; les jeunes engagés en grand nombre revendiquent alors des salaires plus concurrentiels et de meilleures conditions de travail.

La série sur la métallurgie et l’ingénierie décrit comment Stelco innove, élargit sa production et répond à la forte croissance dans la construction résidentielle et commerciale. Les dossiers expliquent pourquoi, dans les années 1950, l’entreprise automatise sa production et réoriente sa stratégie vers l’industrie automobile et les besoins en acier structurel.

La série sur les publications contient des articles et des exposés rédigés par les experts métallurgistes de la Stelco, ainsi que des documents promotionnels sur les produits de l’entreprise. En outre, les numéros du bulletin mensuel interne Stelco Flashes s’avèrent précieux pour l’étude des activités de l’aciérie.

Les documents textuels offrent un potentiel documentaire considérable lorsqu’ils sont combinés à des documents graphiques, comme des plans, des cartes et des dessins. Ces derniers revêtent une grande importance pour étudier une entreprise axée sur la fabrication de produits résultant de la transformation de matières premières. Les cartes et les dessins industriels tracés par les ingénieurs de la Stelco permettent de bien en comprendre l’évolution, y compris sa planification stratégique en vue d’acquérir des terrains pour y construire ses usines, ainsi que les étapes de la construction des installations et la fabrication de l’équipement et des produits.

La série sur les documents de l’entreprise contient également 119 bobines de microfilms réalisées par le service de micrographie de la Stelco. On y trouve de la correspondance sur une variété de sujets ainsi que les procès-verbaux de la direction. La préservation de ces bobines est cruciale, car les documents en format papier ont pour la plupart été détruits.

Le fonds Stelco renferme aussi plus de 19 700 photographies prises de la fin du 19e siècle jusqu’au milieu des années 1970. On peut y voir les dirigeants et les travailleurs, les usines et la machinerie, les produits, ainsi que les activités et les événements de nature sociale ou sportive organisés par l’aciérie. Les photographies les plus anciennes, très rares, montrent les premières usines construites au Québec et en Ontario. Dès que de la nouvelle machinerie fait son entrée dans une usine, les travailleurs s’arrêtent un instant et posent fièrement le temps d’un cliché, permettant au photographe d’immortaliser le moment.

À l’occasion d’événements spéciaux, la Stelco engage des photographes professionnels pour promouvoir ses services. Les photographies panoramiques et aériennes sont remarquables et elles montrent souvent l’étendue des complexes industriels avec en arrière-plan une ville, un quartier ou des installations portuaires.

Au cours des années 1950, les médias, les photographes et les artistes sont fascinés par l’ampleur des progrès industriels. Stelco permet la visite de ses installations pour la réalisation de courts métrages et d’entrevues avec ses employés, dont certains possèdent un talent hors du commun pour les arts visuels. L’un d’entre eux, John J. Carey (surnommé Jack), chef du service de métallurgie, obtient de la Stelco la permission de prendre des photographies et de réaliser des films. En 1958, Carey réalise le film Steel for Canadians, en collaboration avec Associated Screen Studies.

Le fonds Stelco comprend aussi 106 pièces audiovisuelles. À l’occasion de son 50e anniversaire, en 1960, l’aciérie fait appel au producteur Thomas Farley, de Crawley Films Inc., pour produire le film Le siècle du Canada (version française de Bright Century). En 1968, la Stelco s’équipe d’un centre audiovisuel et engage des experts pour participer à la production de films, dont A Time of Challenge, Les perspectives de l’acier, Steel Bridge Design in Canada et Stelco in the Future. En 1971, les activités du centre s’étendent à la formation à distance du personnel : des séminaires sur VHS sont projetés aux travailleurs.

Les archives de la Stelco sont préservées sous la cote R15513. Elles contiennent bien plus que des références à la fabrication d’équipement, de machinerie et de produits. Les chercheurs qui les consulteront seront imprégnés de l’histoire de milliers de travailleurs de l’industrie de l’acier, témoins privilégiés de l’évolution économique, technique et sociale de notre pays.

Ouvriers du premier four à creuset ouvert de la Stelco, Hamilton, vers 1915.
Source : e011198089

Plan no 1 de l’usine Pillow, Hersey and Company tracé par l’architecte A. F. Dunlop, Montréal, 1887.
Source : e011198087

 
 

Une acquisition fondatrice

— par Alain Roy, conseiller en politique et historien, Recherche et Politiques stratégiques

Les chambres fortes dites Elgin, château Ramezay, Montréal.
© Pointe-à-Callière, cité d’archéologie et d’histoire de Montréal/Fonds Christian Paquin, 2013.30.19.621

L’acquisition d’archives de l’administration publique est au cœur du mandat de toute institution qui, comme Bibliothèque et Archives Canada, entend être la mémoire du gouvernement et du pays.

Si cela nous semble évident aujourd’hui, ce ne fut pas toujours le cas. En fait, ce n’est que depuis le début du 20e siècle qu’existe une approche intégrant archives historiques et archives gouvernementales. Retour sur une histoire surprenante…

Avant toute chose, il faut savoir que la gestion moderne de l’État telle qu’on la connaît aujourd’hui date des années 1840, au moment où se met en place une structure publique organisée autour de ministères. Au cours de cette décennie, la taille de l’administration de la Province du Canada croît rapidement, alors que la capitale est d’abord localisée à Kingston (1841-1843), puis à Montréal (1844-1849), villes où les ministères sont logés dans différentes maisons. La construction d’un édifice à bureaux en 1847 permet de les regrouper. On y ajoute même – c’est une première – deux chambres fortes destinées à préserver du feu les archives ministérielles.

Si, après l’incendie du parlement de Montréal en 1849, la capitale de la province du Canada alterne entre Toronto et Québec, les documents vont toutefois rester à l’abri à Montréal, dans ce qui est alors une annexe de la maison du Gouvernement (le château Ramezay actuel). Ils vont même tomber dans l’oubli, car la province du Canada n’a alors pas de véritable service d’archives. Ce n’est qu’après la Confédération qu’on s’intéressera à ces documents. Avant de devenir le noyau fondateur des archives ministérielles, ils seront toutefois l’objet d’une véritable saga, fruit de tensions entre deux services.

À l’époque de la Confédération, l’indécision règne quant à savoir qui aura la responsabilité des archives du pays. Dans un premier temps, en vertu d’une loi adoptée en 1868, le Parlement mandate le Secrétariat d’État pour veiller à « toutes les archives et tous les papiers d’État qui ne sont pas spécialement transférés à d’autres départements ». Cette disposition, inspirée du modèle britannique de 1838 et visant à créer un Public Records Office (bureau des archives publiques), reste cependant lettre morte.

Quelques années plus tard, en 1871, de nombreux intellectuels inquiets du sort réservé aux archives historiques signent une pétition qu’ils déposent au Parlement, réclamant le regroupement de ces documents à Ottawa afin d’assurer leur inventaire et leur protection.

En juin 1872, pour donner suite à cette pétition, on crée un service d’archives au sein du ministère de l’Agriculture. Douglas Brymner est chargé de procéder à l’inventaire. En octobre de la même année, il constate l’état désastreux des documents entreposés à Montréal et réclame leur déplacement à Ottawa. Une demande de transfert est déposée auprès du gouvernement du Québec, mais reste sans suite. L’année suivante, le travail de collecte de Brymner est salué par un comité parlementaire, mais on l’invite surtout à poursuivre l’inventaire des archives historiques conservées à Londres.

Henry J. Morgan, sans date.
Source : C-031146

Rapport de la commission d’enquête sur les archives gouvernementales, Ottawa, 1898.
Source : e011198148

C’est plutôt Henry J. Morgan qui héritera de la responsabilité de regrouper les archives : en vertu d’un arrêté daté d’octobre 1873, le Conseil des ministres le mandate pour assurer le déménagement et le classement des archives conservées à Montréal. Commis au Secrétariat d’État, ce dernier est alors un auteur prolifique, notamment de répertoires, de biographies et de guides parlementaires; il sera d’ailleurs reconnu personnage historique national en 2016.

En 1874, le bien-fondé de l’arrêté ministériel, adopté peu avant les élections, est remis en cause. Une pétition de députés et de sénateurs vient toutefois soutenir Morgan et la validité de l’arrêté est confirmée en août. Quelques jours plus tard, Morgan est à Montréal pour procéder au transfert des documents, une opération qui nécessitera pas moins de 39 jours de travail de la part de son équipe.

À partir de cette date, Morgan est reconnu comme le gardien des registres (« keeper of the records ») jusqu’à son remplacement par Alphonse Audet, en 1883. Quant au transfert des documents de Montréal vers le Secrétariat d’État, il est bien entendu critiqué par Brymner qui, dans un mémoire de 1878, propose une redéfinition des rôles des deux services.

Au cours des décennies qui suivent, tant le Secrétariat d’État que le ministère de l’Agriculture disposent de services d’archives dont les mandats se chevauchent en ce qui a trait aux documents gouvernementaux. Les années passant, cette confusion administrative (dérivée du modèle britannique, qui gère séparément les archives historiques et celles du gouvernement) est de plus en plus critiquée pour son inefficacité.

Dans un autre mémoire rédigé en 1895, Brymner analyse la situation dans divers pays et propose un nouveau modèle canadien, selon lequel les archives historiques et gouvernementales seraient regroupées dans un seul bâtiment et les deux services, fusionnés. Il peut compter sur le soutien du sous-secrétaire d’État Joseph Pope, qui propose et obtient la mise sur pied d’une commission d’enquête sur les documents gouvernementaux en 1896. Le rapport de la commission est accablant. Il débouchera en 1903-1904 sur la création des Archives nationales telles que nous les avons connues, c’est-à-dire une institution regroupant à la fois les archives privées et gouvernementales, au sein d’un édifice construit à cet effet de 1904 à 1906.

En somme, au-delà des tensions que révèle la saga des documents de Montréal, c’est à la naissance d’un modèle centralisé de gestion des archives canadiennes que l’on assiste.

 
 

Perspectives de BAC

Vancouver : Atelier sur la généalogie autochtone

— par Caitlin Webster, archiviste, Direction générale des services au public

Le bureau de BAC à Vancouver est maintenant bien installé dans son nouveau point de service à la succursale centrale de la Bibliothèque publique de Vancouver! Depuis l’ouverture, en novembre 2017, le personnel s’affaire à aider les clients à naviguer sur le site Web de BAC, à remplir des formulaires en ligne, à effectuer des recherches et à se familiariser avec des outils généalogiques comme Ancestry.ca, Findmypast et BMS2000.

Plus tôt cette année, les généalogistes de BAC et le personnel du bureau de Vancouver ont organisé un atelier public sur la généalogie autochtone. Les participants ont pu approfondir leurs connaissances sur BAC, ses services et ses outils généalogiques en ligne. On a aussi présenté les collections de BAC se rapportant à l’histoire des familles autochtones, y compris les relevés de recensement, les répertoires de membres des Premières Nations, les documents d’attestation de statut, les dossiers de droits de chasse et pêche, les certificats des Métis, les registres contenant les numéros de disque et les noms de famille d’Inuits, les documents militaires, ainsi que bien d’autres publications pertinentes.

L’atelier a connu un franc succès! BAC souhaite poursuivre sur cette lancée en développant son expertise dans le domaine. Nous aimerions offrir dans l’avenir d’autres ateliers sur la généalogie à Vancouver et partout au pays, y compris dans la région de la capitale nationale.

Collecte de données pour le recensement et les allocations familiales à Windy River, Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui, Nunavut), 10 décembre 1950.
Source : a102695

Halifax : Devinez où

— par Valerie Casbourn, archiviste, Direction générale des services au public

La maison de Malcolm Rogers est amarrée à la rive en attendant la marée haute, lors de son déménagement de l’île Fox à l’île Flat, en août 1961, à Dover, Terre-Neuve-et-Labrador.
Source : e011177530

Depuis son déménagement au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, le bureau de BAC à Halifax a participé à plusieurs activités du musée. Pour la relâche scolaire de mars 2018, nous avons choisi des photographies d’archives de la collection de BAC pour concevoir une toute nouvelle activité : « Devinez où ».

Des photos provenant des 13 provinces et territoires du pays étaient affichées sans légende; le défi consistait à indiquer sur une carte du Canada le lieu où elles avaient été prises. De nombreux visiteurs sont venus au Quai 21 pour voir les photos et en deviner la provenance.

On pouvait observer de magnifiques paysages canadiens, de l’Atlantique au Pacifique, en passant par l’Arctique. Vous pouvez voir toutes les photos en ligne au moyen de l’outil de Recherche d’images de BAC. Nous avons bon espoir que cette activité inspirante a amené les visiteurs à découvrir d’autres articles de la collection. Nous comptons la présenter de nouveau à de nombreuses autres occasions!

Winnipeg : Documents de Parcs Canada

— par David Cuthbert, archiviste, Direction générale des services au public

En 1885, le gouvernement du Canada adopte un décret visant à interdire la vente ou l’aménagement des terres entourant les sources thermales Cave and Basin à Banff, en Alberta. Les récits historiques s’entendent pour dire que ce décret marque la création du réseau de parcs nationaux du Canada. Depuis, on a établi des parcs nationaux partout au pays afin de protéger le milieu naturel de certaines aires désignées. Au bureau de BAC à Winnipeg, on conserve plus de 1600 contenants remplis de documents relatifs aux parcs nationaux. Provenant de Parcs Canada et de ses ministères prédécesseurs, ils retracent l’histoire de nombreux grands parcs de l’Ouest du Canada, dont Banff, Jasper, Yoho, Prince Albert et Mont Riding. Bien que les parcs nationaux aient pour but de préserver le patrimoine naturel du pays, les documents de Parcs Canada conservés par BAC offrent une vision révélatrice de l’histoire sociale canadienne. Ils attestent des activités et des changements survenus dans les parcs depuis 1885, ainsi que des répercussions que les grands événements historiques ont eues sur eux. Les documents portent sur des sujets comme la relocalisation des Premières Nations, l’exploitation de camps d’internement en temps de guerre, ainsi que les défis découlant de la prolifération de grands groupes de jeunes voyageurs au cours des années 1960.

Plan d’une affiche pour la piscine des sources Cave and Basin, Banff (Alberta), vers 1938.
Source : RG84, no d’acquisition 1985-86/147, boîte 53, dossier B-1-1, partie 7

BAC : Plan triennal 2019-2022

— par Zeïneb Gharbi, conseillère principale en politiques, Bureau de la secrétaire générale

Séance de consultation mixte au bureau de BAC à Halifax, 4 juin 2018.
Photo : Zeïneb Gharbi

En avril 2018, BAC amorçait la dernière année de mise en œuvre de son Plan triennal 2016-2019. Dès lors s’est amorcée la préparation du Plan triennal 2019-2022, lequel sera rendu public à la fin de mars 2019.

Pour mener à bien cet exercice de planification stratégique, BAC a tenu de nombreuses consultations, de mars à septembre 2018, pour recueillir des suggestions et des commentaires auprès de groupes externes, dont les partenaires des milieux documentaire et universitaire. Le personnel de BAC, de la haute direction jusqu’aux experts de la bibliothéconomie et de l’archivistique, a également pris part à des consultations. En outre, des consultations mixtes (BAC et partenaires) ont été tenues dans nos centres de Vancouver, de Winnipeg et d’Halifax.

Afin d’assurer la cohérence et la continuité de ses opérations et de poursuivre sur sa lancée des dernières années en matière de relations avec ses partenaires, BAC orientera ses trois prochaines années vers les mêmes grandes priorités qui ont servi de fondement au Plan triennal 2016-2019.

Ottawa : Un mariage heureux… et inédit!

— par Sylvain Salvas, conseiller principal en communications, Direction générale des communications

Ils étaient voisins, se connaissaient un peu et se saluaient à l’occasion. Un jour, l’un a décidé d’écrire une lettre à l’autre, exprimant clairement ses intentions : et si on se mariait? La belle histoire entre Bibliothèque et Archives Canada et la Bibliothèque publique d’Ottawa a commencé en 2016. Lentement, la relation a pris forme et a mené à cette union qui donnera naissance, dans six ans, à un édifice emblématique au cœur de la capitale nationale. Dans le budget de 2018, le gouvernement du Canada a confirmé son engagement à l’égard de ce projet.

Les deux grandes institutions de mémoire conserveront leur autonomie et leur personnalité, mais partageront les mêmes passions pour le savoir, l’histoire, la découverte, la culture et la créativité.

Il sera fascinant de voir naître un carrefour communautaire et culturel qui réunira des collections dont la portée est à la fois nationale et universelle. L’installation permettra un accès libre et gratuit à des millions de documents et au riche patrimoine documentaire canadien préservé par deux grandes institutions bilingues.

 
 

Genya Intrator, l’ange des refuzniks

— par Christine Barrass, archiviste principale, Direction générale des archives

Naître juif sous l’ancienne Union soviétique prédestinait généralement à une existence de lutte et de misère. À la fin des années 1960, la vie culturelle et religieuse des Juifs se trouve presque complètement étouffée par l’antisémitisme systémique, et nombre d’entre eux cherchent à fuir l’URSS pour de bon. Pour éviter une émigration massive vers Israël ou d’autres pays, l’Union soviétique rejette la grande majorité des demandes de visas de sortie soumises par des Juifs. L’on nomme alors « refuznik » toute personne à qui l’on refuse l’autorisation de quitter le pays.

Genya Intrator.
Source : R4849, vol. 43, dossier 1

Genya Intrator est l’une des figures de proue du mouvement canadien d’aide aux refuzniks. C’est en 1970 qu’elle participe au mouvement en tant que bénévole, alors qu’elle est étudiante adulte à l’Université de Toronto. Comme elle parle couramment le russe, un groupe étudiant lui demande de servir d’interprète lors d’un appel téléphonique avec un Juif soviétique. Elle se joint finalement au groupe et jouera un rôle de premier plan dans les efforts de solidarité du Canada.

De 1972 à 1991, Mme Intrator a des échanges téléphoniques hebdomadaires avec de nombreux refuzniks et avec les familles de personnes incarcérées en raison de leur demande d’émigration. Comme elle a appris le russe et le yiddish dans son enfance, elle est la personne toute désignée pour assurer le passage d’informations entre les activistes du Canada et ceux d’URSS. Elle a aussi la présence d’esprit d’enregistrer ses conversations téléphoniques. Composée d’un peu plus de 520 heures de conversations enregistrées, la collection de Mme Intrator conservée à Bibliothèque et Archives Canada est tout à fait unique en son genre. Elle dévoile des discussions sur les conditions de vie quotidienne des refuzniks et d’autres prisonniers d’opinion, y compris leurs problèmes médicaux et juridiques, et elle fait mention des Occidentaux qui se rendent en Union soviétique pour apporter nouvelles et ravitaillement aux démunis. Mme Intrator veille à ne révéler aucune information qui pourrait mettre en danger des refuzniks ou leurs familles, car elle est consciente du fait que le KGB – le service de renseignement soviétique – espionne toutes les conversations. Les enregistrements contiennent même le témoignage d’une autre activiste des États-Unis, qui raconte que quelques années après la dissolution de l’Union soviétique, elle et son mari ont soupé un jour à Chicago avec un ancien officier du KGB qui était chargé d’écouter les conversations téléphoniques de Mme Intrator au cours des années 1970.

Ces appels téléphoniques sont une source d’information primordiale sur le climat qui règne alors en Union soviétique. Grâce au travail de Mme Intrator et d’autres membres du mouvement international, un portrait fidèle de la situation des refuzniks est communiqué aux politiciens, aux médias et au grand public. Diffuser les noms et les conditions de vie des refuzniks revêt une importance capitale; faire circuler le nom de quelqu’un lui permet à peu près certainement d’échapper à la prison. En assurant une communication permanente, Mme Intrator parvient à tisser des liens étroits avec certains refuzniks. On compte parmi eux Ida Nudel et Ida Milgrom, mère du célèbre refuznik Natan Sharansky, qui deviendra plus tard un homme politique d’importance en Israël.

Genya Intrator a joué un rôle crucial dans le mouvement de solidarité envers les Juifs soviétiques. En 2008, dans le livre commémoratif en ligne dédié à Intrator après sa mort, Sharansky lui rend ainsi hommage : « Dans les années 1970 et 1980, au plus fort de notre combat, le nom de Genya Intrator était à la fois le symbole et l’incarnation du lien direct, du puissant attachement entre les Juifs du monde entier et notre vie de tous les jours. » [Traduction]

 
 

BAC en tournée

Refuge Canada

exhibit

10 mars au 11 novembre 2018

Musée canadien de l’immigration du Quai 21, Halifax

  • Source

    Prix Nobel de chimie, 1971
    Remis à Gerhard Herzberg
    Médaille en or

    Bibliothèque et Archives Canada, fonds Gerhard Herzberg, e011183966

Les membres de la famille : les animaux de compagnie dans les portraits de l’époque victorienne

display

10 avril au 9 octobre 2018

Musée des beaux-arts du Canada

  • Source

    « Poignée de pattes », sans date
    Photographe inconnu
    Ferrotype

    Bibliothèque et Archives Canada, fonds John Robert Connon, e011196674

La protection des droits au Canada

display

25 juillet au 22 octobre 2018

Musée canadien pour les droits de la personne, Winnipeg

  • Source

    Traité n° 5 de l’Ouest (première page)
    Signé par les honorables commissaires Alexander Morris et James McKay (au nom de la reine Victoria) et par des représentants des Saulteux et des Moskégons, septembre 1875
    Encre sur papier, sceaux et ruban

    Bibliothèque et Archives Canada, fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, e010775565

1918 : Les 100 derniers jours

display

17 mai au 14 décembre 2018

Musée national de l’Artillerie du Canada, Base des Forces canadiennes Shilo, Manitoba

  • Source

    Boesinghe
    Mary Riter Hamilton, 1921
    Huile sur papier vélin

    Bibliothèque et Archives Canada, collection Mary Riter Hamilton, c132002k

 
 
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