Signatures, Automne / Hiver 2016

 

Introduction

« En ’67 tout était beau », comme le veulent les paroles de la célèbre chanson de Beau Dommage. Bien qu’il s’agisse évidemment de 1967, « l’année d’l’Expo », plutôt que de 1867, on peut aisément imaginer que le sentiment de fierté et d’optimisme qui animait les Canadiens au moment où le pays se constituait en Confédération se compare à celui qui prévalait alors qu’il célébrait de façon spectaculaire son désir d’ouverture au monde.

2017 représente aussi une grande occasion de fierté pour notre pays, alors qu’il prend acte de sa place dans le monde et de son statut de modèle à l’échelle des États démocratiques. Au fil de ses 150 premières années, l’identité canadienne a évolué pour être dorénavant entièrement définie par l’inclusion et la diversité. Mémoire de notre passé ancien aussi bien que de notre histoire récente, Bibliothèque et Archives Canada est une ressource essentielle pour les Canadiens qui veulent mieux se connaître eux-mêmes, individuellement et collectivement. BAC est donc au rendez-vous pour apporter sa pierre à l’édifice des célébrations de 2017.

L’exposition Canada : Qui sommes-nous? s’inscrit complètement dans cette logique, proposant aux visiteurs d’explorer diverses conceptions du Canada et de ses habitants au fil des siècles, comme l’indique dans nos pages notre collègue Madeleine Trudeau, la conservatrice de cette exposition unique qui sera en montre dans notre édifice du 395, rue Wellington à Ottawa, à compter du 1er juin 2017.

Autre anniversaire digne de mention : notre édifice phare de la rue Wellington célébrera son 50e anniversaire le 10 mai prochain. L’archiviste Andrew Elliott consacre un texte éclairant à l’histoire de la construction de l’édifice. L’architecture des bibliothèques et des archives nationales est révélatrice de l’importance que l’État accorde à la connaissance, et la localisation prestigieuse de notre édifice emblématique sur la Colline parlementaire symbolise fortement l’identité culturelle et intellectuelle du Canada.

Un pays se construit aussi grâce aux documents qui moulent son identité. Deux articles de notre revue viennent le rappeler efficacement : J. Andrew Ross se penche sur l’histoire de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, alors que Michael Kent nous fait découvrir la riche collection Jacob M. Lowy, collection à laquelle BAC doit son plus vieil ouvrage, un incunable de 1470 contenant la traduction latine de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe.

L’évocation de ces documents précieux me permet de terminer en mentionnant un paradoxe de notre époque : l’accès décuplé à nos documents, rendu possible par leur numérisation, amène nos concitoyens à vouloir fréquenter nos lieux encore davantage pour y vivre l’expérience du contact avec les œuvres. Pour citer un texte récent de la British Library : « Plus la technologie s’implante dans nos vies, plus les échanges en personne et les contacts avec les artefacts prennent de la valeur, ces sphères se nourrissant mutuellement. »1

Virtuellement ou en personne, Bibliothèque et Archives Canada sera au premier rang des célébrations de 2017. Au plaisir de vous y croiser!

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Les services administratifs... 150 ans plus tard!

— par Hervé Déry, sous-ministre adjoint, Services corporatifs, et dirigeant principal des finances

Les bureaux – et la taille des calculatrices – ont bien changé depuis! Fonctionnaires affectés à la comptabilité dans un bureau de Montréal (Québec), 1959. Source : MIKAN 4301610

Les bureaux – et la taille des calculatrices – ont bien changé depuis! Fonctionnaires affectés à la comptabilité dans un bureau de Montréal (Québec), 1959.
Source : MIKAN 4301610

Le 150e anniversaire de la Confédération est aussi celui de la fonction publique canadienne et de ses employés. Les grands acteurs politiques de l’époque savaient d’entrée de jeu que l’évolution du pays passait par un encadrement administratif robuste. C’est ainsi qu’en 1867 est né le Conseil du Trésor, pilier d’une structure saine et crédible ayant fait de notre fonction publique l’une des meilleures au monde.

Bien que modestes, les premiers services administratifs, qui ont joué un rôle prépondérant dans l’évolution du Canada, ont été influencés par trois autres facteurs : les commissions d’enquête, les initiatives pangouvernementales, ainsi que les changements aux lois et à l’appareil gouvernemental.

Petit à petit, en instaurant des services décentralisés, des mécanismes de responsabilisation et des programmes pour mieux servir les Canadiens, la fonction publique s’est forgé une place dans l’histoire.

L’année 1918 est un moment charnière dans l’évolution des services administratifs : le gouvernement crée la Commission du service civil (l’ancêtre de la Commission de la fonction publique), chargée de mettre l’accent sur le mérite dans la dotation et la classification des postes. On veut ainsi éviter les abus et le népotisme, omniprésents à la fin du 19e siècle, et créer une fonction publique professionnelle, au service des décideurs.

Près d’un demi-siècle plus tard, en 1962, la Commission d’enquête sur l’organisation du gouvernement (mieux connue sous le nom de Commission Glassco) publie un rapport dans lequel elle souligne l’importance de la représentativité et des valeurs au sein de la fonction publique. Elle recommande également que les pouvoirs administratifs soient décentralisés et que le président du Conseil du Trésor ne soit plus le ministre des Finances – en somme, qu’on laisse la gestion aux gestionnaires. Une vraie révolution!

Depuis, la fonction publique s’est dotée de services administratifs toujours plus professionnels : ressources humaines, finances, planification, gestion des immobilisations, approvisionnement, évaluation des programmes, vérification interne, communications, technologies de l’information et autres domaines de la gestion moderne. Essentiels à l’atteinte des objectifs du gouvernement, ils permettent aux ministères de fonctionner dans le respect des employés et assurent l’intégrité de la fonction publique.

Michael Wernick, greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet

Michael Wernick, greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet
Source : Site Web du greffier du Conseil privé

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« Il y a plusieurs raisons d’avoir confiance en l’avenir du pays et la place qu’il occupe dans le monde ainsi qu’en l’avenir de la fonction publique. » (Michael Wernick, greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet)

Au début des années 2000, trois facteurs viennent redéfinir l’équilibre entre les normes et les règlements d’une part, et les principes et les valeurs d’autre part : l’adoption de la Loi modernisant le régime de l’emploi et des relations de travail dans la fonction publique; la mise en place d’un cadre de responsabilisation de gestion; et la publication du Code de valeurs et d’éthique de la fonction publique. Plusieurs initiatives – Fonction publique 2000 et, plus récemment, Objectif 2020 et Destination 2020 – visent le même but : améliorer les services aux citoyens, en préservant l’excellence, la compétence et l’impartialité de la fonction publique.

À Bibliothèque et Archives Canada, nous pouvons compter sur des professionnels aguerris et dévoués dans toutes les sphères des services administratifs. Ils ont établi des processus éprouvés, des outils de gestion performants et des politiques modernisées pour guider nos choix et nos actions dans le respect des lois, des politiques et des directives des organismes centraux.

En cette année de célébrations, il convient de souligner l’apport incommensurable des services administratifs. Au-delà des institutions publiques, des figures emblématiques, des sites nationaux, des événements ou des monuments historiques qui seront le point de mire des festivités, ce pays est l’œuvre de femmes et d’hommes investis d’une mission : servir leur communauté de façon professionnelle et impartiale. Et ce, depuis 1867.

Bibliographie

CANADA (2008). Les 100 ans de la Commission de la fonction publique du Canada : 1908 à 2008, 30 pages. (Téléchargé le 6 septembre 2016)

FORSEY, Eugene A. Les Canadiens et leur système de gouvernement, 9e édition, Ottawa, Bibliothèque du Parlement, 2012, 62 pages. (Téléchargé le 6 septembre 2016)

KERNEGHAN, Kenneth. Une vocation spéciale : Valeurs, éthique et professionnalisme de la fonction publique, collection « Fonction publique – Études et découvertes », Ottawa, Agence de la fonction publique du Canada, 2007, 48 pages. (Téléchargé le 6 septembre 2016)

Un potluck d’anniversaire

— par Marcelle Cinq-Mars, archiviste, Division des archives gouvernementales

Affiche faisant la promotion des aliments produits au Canada, vers 1926-1934. Source : C-109466

Affiche faisant la promotion des aliments produits au Canada, vers 1926-1934.
Source : C-109466

Tout le monde doit manger et, idéalement, le faire tous les jours. Peu importe le lieu, le temps ou les circonstances, l’alimentation demeure au centre des préoccupations humaines. On ne saurait donc être surpris d’en trouver la trace un peu partout, autant dans notre vie quotidienne que dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. Cartes, livres, affiches et autres documents relatent non seulement l’histoire de l’alimentation au Canada, mais aussi son aspect le plus savoureux : l’art culinaire!

La culture alimentaire canadienne puise dans des racines profondes et diversifiées, s’inspirant à la fois de l’apport des nations autochtones, française et anglaise qui vivaient déjà ici bien avant l’avènement de la Confédération, mais aussi de toute la richesse culinaire glissée dans les bagages des immigrants venus fortifier ce nouveau pays.

Grâce au pacte confédératif de 1867, le Dominion du Canada pouvait maintenant gérer sa propre politique d’immigration. L’objectif était simple : faire venir le plus grand nombre d’immigrants possible afin de développer les Prairies. Pour ce faire, le Canada ouvre des bureaux d’information dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni. C’est toute une campagne de publicité qui se met alors en branle! On facilite le transport des immigrants en payant une partie de leur voyage. Sur l’océan Atlantique, les navires à vapeur ont remplacé les bateaux à voile qui avaient transporté des milliers d’Irlandais en Amérique du Nord quelques décennies plus tôt. Ces transatlantiques plus accueillants et rapides invitent au grand départ vers une vie nouvelle.

Dès les années 1870, cette politique proactive d’immigration porte fruit : on voit bientôt débarquer sur les rivages du pays des immigrants provenant, entre autres, du Royaume-Uni, de la Scandinavie et de l’Europe de l’Est. Rompus au travail de la ferme, ces nouveaux venus s’établissent sur l’immensité des Prairies qui, en retour d’un dur labeur, fournissent le blé, source de vie et de… perogies!

Les petits fruits sauvages traditionnellement récoltés par les peuples des Premières Nations et par les Métis pour la fabrication du pemmican se retrouvent rapidement dans les desserts des immigrants venus s’installer dans ces vastes contrées. Plus à l’ouest, les travailleurs asiatiques engagés pour la construction du chemin de fer transcontinental se regroupent dans des quartiers entiers de grandes villes comme Vancouver, où se multiplient les manufactures de traitement du riz et d’autres denrées asiatiques.

Affiche de la Commission canadienne du ravitaillement incitant les femmes à faire des conserves : « N’en gaspillez pas, n’en manquez pas – prévoyez pour l’hiver », vers 1914-1918. Source : C-095282

Affiche de la Commission canadienne du ravitaillement incitant les femmes à faire des conserves : « N’en gaspillez pas, n’en manquez pas – prévoyez pour l’hiver », vers 1914-1918.
Source : C-095282

Pendant ce temps, les communautés italienne et juive de Montréal connaissent un essor remarquable, les nouveaux arrivants ajoutant au menu des mets exotiques comme le spaghetti, la pizza, le smoked-meat et les bagels, au grand délice de leur société d’accueil.

Puis vint la guerre.

Nombre d’enfants d’immigrants s’enrôlent pour aller combattre dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. L’heure n’est pas au festin, il faut maintenant se serrer la ceinture et économiser les denrées essentielles comme la farine, le beurre et la viande. Si on doit au gouvernement d’avoir incité la population à l’économie alimentaire, c’est aux femmes, « reines du foyer », qu’on doit la réussite de ce programme de simplicité volontaire avant l’heure.

La consommation de poisson augmente radicalement au Canada, la viande devant servir à nourrir les troupes. On en vient même à légiférer la prohibition, au nom de l’économie des grains. En quatre ans de guerre, le garde-manger des Canadiens s’est bien dégarni!

La guerre finie, la vie reprend son cours, pour à peu près dix ans. Puis vint la Crise de 1929.

Dans les villes, les files de chômeurs s’étirent aux portes des soupes populaires. À peine se sort-on de la Crise qu’arrive – encore! – la guerre. Et cette fois, avec elle, le rationnement obligatoire. Non seulement faut-il se procurer de quoi manger, maintenant, il faut aussi avoir le droit de l’acheter! À chacun sa part et pas plus. On mesure les rations de beurre, de farine, de sucre. Personne ne parle alors de suivre un régime ou une diète…

Affiche de promotion pour l’immigration dans les Prairies, vers 1890-1920. Source : C-085854

Affiche de promotion pour l’immigration dans les Prairies, vers 1890-1920.
Source : C-085854

La Deuxième Guerre mondiale enfin terminée, la Guerre froide s’abat sur un monde convalescent. Malgré tout, les années 50 et 60 voient enfin le retour de la prospérité. Pour son 100e anniversaire, le Canada invite le monde chez lui, à l’Expo 1967 à Montréal, où les visiteurs ont le choix entre les restaurants ou les comptoirs alimentaires de plus de 30 pays. On peut difficilement chiffrer le nombre de personnes qui y ont découvert pour la première fois le poulet au beurre indien, le couscous, les nachos ou le pad thaï.

En cette année de célébration du 150e anniversaire du Canada, le regard porté sur le passé révèle toute la richesse de ce pays qui, au fil des ans, a accueilli tant d’immigrants venus d’un peu partout dans le monde. À ce grand potluck, chacun a apporté un mets typique de son pays d’origine pour le partager avec tous les convives.

Gardien de la mémoire des Canadiens, Bibliothèque et Archives Canada regorge de documents de toutes sortes rappelant cette épopée culinaire qui, au fil des ans, a créé une cuisine à l’image du pays : savoureuse, variée et fière de ses origines.

À la recherche de la Constitution canadienne

— par J. Andrew Ross, archiviste, Division des archives gouvernementales

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Dans le coin supérieur gauche, les gouttes de pluie ont dilué l’encre du texte. Source : Sous-fonds du registraire général (R1002-6-6E, vol. 886, e008125379-v8)

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Dans le coin supérieur gauche, les gouttes de pluie ont dilué l’encre du texte. Source : Sous-fonds du registraire général (R1002-6-6E, vol. 886, e008125379-v8)
Transcription

La Grande-Bretagne possède sa Magna Carta, les États-Unis, leur Déclaration d’indépendance, et la France, sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais quel est le document fondateur du Canada?

Plusieurs personnes répondront « la Constitution » ou « la Charte des droits et libertés ». Cependant, alors que la constitution américaine est exposée en permanence aux Archives nationales à Washington, celle du Canada n’est pas un document unique : c’est plutôt un ensemble de lois, de traditions, de décisions judiciaires et de traités avec les Autochtones, certains promulgués en Angleterre. Présenter l’intégralité de cet héritage constitue donc un réel défi.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 (qui précise le fonctionnement de la Confédération) et le Statut de Westminster de 1931 (qui confirme l’indépendance législative du Canada) sont conservés par les Archives parlementaires au palais de Westminster, à Londres. Ce n’est qu’en 1982, au terme d’un processus relativement long et complexe, que le Canada s’est doté de son premier document constitutionnel.

Au terme d’intenses négociations entre le premier ministre Pierre Elliott Trudeau et ses homologues provinciaux, le Parlement canadien fit parvenir au Parlement britannique un projet de loi comprenant une formule d’amendement constitutionnel et une charte des droits et libertés, rapidement adopté sous le nom de Loi de 1982 sur le Canada. Un peu comme les poupées russes, cette dernière contient la Loi constitutionnelle de 1982, qui contient elle-même la formule d’amendement et la Charte canadienne des droits et libertés.

Exemplaire taché de peinture rouge de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Source : Sous-fonds du registraire général (R1002-6-6E, vol. 887, e008125377-v8)

Exemplaire taché de peinture rouge de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Source : Sous-fonds du registraire général (R1002-6-6E, vol. 887, e008125377-v8)

Histoire de souligner la nouvelle liberté constitutionnelle du pays, le premier ministre Trudeau estima qu’il fallait ajouter une loi purement canadienne. Même si la Loi de 1982 sur le Canada avait été adoptée par le Parlement britannique le 29 mars 1982, jour du 115e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, Trudeau obtint qu’elle soit promulguée seulement lorsque le Canada pourrait la proclamer lui-même, le 17 avril 1982. En cette journée historique, la reine Elizabeth II, le premier ministre et deux membres de son cabinet signèrent la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Ce document magnifiquement calligraphié fut malheureusement taché par quelques gouttes de pluie. Un autre exemplaire fut signé à l’intérieur, mais fut aussi taché l’année suivante par un vandale qui l’aspergea de peinture rouge.

La signature de la proclamation constitue un événement symbolique qui a marqué la mémoire collective; les deux exemplaires font partie des documents les plus populaires conservés par Bibliothèque et Archives Canada. Cependant, leur signification prête à confusion. Certains se souviennent de la signature de « la Constitution » ou de la « Charte des droits et libertés », même si la proclamation ne contient aucun détail à ce sujet.

En outre, le gouvernement canadien, convaincu de l’intérêt du public pour la Charte, fit produire une affiche qui en présentait le texte. La ressemblance de l’affiche avec la proclamation ne fit qu’augmenter la confusion, d’autant plus qu’elle portait la signature du premier ministre.

Affiche de la Charte canadienne des droits et libertés. Source : Fonds Robert Stacey (R11274-165-5-E)

Affiche de la Charte canadienne des droits et libertés.
Source : Fonds Robert Stacey (R11274-165-5-E)

Le gouvernement britannique reconnut lui aussi l’importance de créer des reproductions des documents fondateurs. À l’automne 1982, il offrit en cadeau au Canada des copies des principaux actes constitutionnels du pays. Cinq de ces documents, dont l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, furent reproduits par procédé photographique sur du parchemin. Le sixième est spécial : il s’agit d’un troisième exemplaire sur vélin de la Loi de 1982 sur le Canada. (En temps normal, le Parlement britannique ne produit que deux copies de ses lois sur vélin.) En fait, c’est ce document de 37 pages que l’on pourrait considérer comme notre exemplaire national de la Charte canadienne des droits et libertés.

Le 150e anniversaire de la Confédération, en 2017, marquera aussi le 35e anniversaire du rapatriement de la Constitution et de la proclamation de la Charte, qui a depuis acquis une réputation mondiale. Les Canadiens qui s’intéressent aux documents témoignant de cette fascinante histoire – y compris à l’épisode des taches – pourront admirer ces documents dès le début de 2017, dans le cadre d’une exposition tenue à la Bibliothèque du Parlement.

Un aperçu de l’exposition Canada : Qui sommes-nous?

— par Madeleine Trudeau, conservatrice, Expositions

À quoi vous attendre lorsque vous visiterez l’exposition Canada : Qui sommes-nous?, conçue par Bibliothèque et Archives Canada pour souligner le 150e anniversaire de la Confédération? À tout ce qui est canadien, au sens large!

Carte geographique de la Nouvelle Franse, Samuel de Champlain, 1612. De magnifiques illustrations vantent les richesses du territoire aux investisseurs potentiels. Source : e010764733

Carte geographique de la Nouvelle Franse, Samuel de Champlain, 1612. De magnifiques illustrations vantent les richesses du territoire aux investisseurs potentiels.
Source : e010764733

Le hall du 395, rue Wellington vous accueillera avec une mise en scène exubérante où castors, feuilles d’érable et cabane en bois rond seront à l’honneur. Observez les reproductions qui y sont exposées, essayez le jeu de société Oh! Canada et écoutez un extrait de l’ancienne série télé R.C.M.P. sur la Gendarmerie royale canadienne. Suivez ensuite les traces de raquettes jusqu’à notre salle aux trésors pour y admirer des artefacts rares : un exemplaire relié en cuir des Voyages de Samuel de Champlain avec une carte dessinée de sa main; le seul journal intime de Catharine Parr Traill parvenu jusqu’à nous; et les pinceaux que Paul Kane aurait utilisés pendant ses voyages dans l’Ouest, pour ne nommer que ceux-là!

L’exposition met en lumière diverses conceptions du Canada et de ses habitants au fil des siècles. Loin de se limiter aux 150 dernières années, elle s’intéresse aussi à l’époque où des personnages comme Champlain entrevoyaient déjà le potentiel de notre pays.

Certains des concepts abordés sont bien connus et plutôt réconfortants, un peu comme de vieilles pantoufles! Celui du pays nordique, par exemple, qui remonte aux premiers jours de la colonisation. Mais d’autres peuvent sembler désuets, comme en témoigne cette photo de 1944 représentant la famille canadienne « typique ». D’autres encore paraîtront erronés, voire scandaleux pour nos contemporains; c’est le cas, par exemple, d’anciens regards portés sur l’immigration et les Autochtones.

La famille canadienne typique, Jack Long, Office national du film du Canada, 1944. Le gouvernement fédéral mettait une banque d’images officielles à la disposition des journalistes canadiens et étrangers. Source : e010962324

La famille canadienne typique, Jack Long, Office national du film du Canada, 1944. Le gouvernement fédéral mettait une banque d’images officielles à la disposition des journalistes canadiens et étrangers.
Source : e010962324

Le rôle exceptionnel de Bibliothèque et Archives Canada – mémoire et miroir du pays – se dessine en filigrane tout au long de l’exposition. En cette année du sesquicentenaire, l’occasion est idéale pour souligner la fonction essentielle de notre institution.

Notre immense collection rassemble la documentation la plus complète qui soit sur l’histoire du Canada. Pour en témoigner, nos spécialistes ont rassemblé des articles très diversifiés : œuvres héraldiques, enregistrements musicaux, timbres, tableaux peints à l’huile, recensements, etc. Des livres et des documents publiés côtoient des manuscrits inédits et, bien entendu, des documents privés et gouvernementaux.

Toutes les légendes comprennent une section Le saviez-vous?, qui traite de l’histoire, des collections ou du travail de Bibliothèque et Archives Canada et qui rappelle son rôle vital dans la préservation de l’histoire nationale.

Dans la même veine, un blogue intitulé Conservateurs invités (lancé en 2017) donnera la parole à des employés qui décriront leur contribution à l’exposition et raconteront des anecdotes de leur cru. Ne manquez pas les premiers billets en janvier!

Une œuvre passée au peigne fin
Ce magnifique spécimen de propagande du XVIIIe siècle, qui s’inscrit parfaitement dans le thème de l’exposition, est l’œuvre du célèbre portraitiste britannique sir Joshua Reynolds. Presque tous les détails du tableau véhiculent une vision optimiste de l’avenir de la colonie, typique de l’ère victorienne. Derrière le colonel John Hale, héros de la bataille des Plaines d’Abraham, les portes du temple de la guerre se referment : l’époque des combats est révolue. Près de son coude sont posés des livres du politicien et philosophe britannique Henry St. John (lord Bolingbroke) et du philosophe français Voltaire. L’amitié qui unit ces deux penseurs est bien connue, et on les considère souvent comme un maître et son élève. Voltaire était aussi un ardent défenseur des institutions britanniques.

Un joyau bien caché
Au hasard des recherches, on trouve parfois des perles rares, comme cette partition signée Calixa Lavallée (le compositeur de la musique de l’Ô Canada). Brian Thompson, spécialiste de Lavallée, n’avait jamais vu l’extrait présenté ici – tiré d’une pièce fort populaire à Montréal juste avant la Confédération. Dans sa biographie récente intitulée Anthems and Minstrel Shows: The Life and Times of Calixa Lavallée, 1842-1891, il avance que la presse radicale se serait basée sur le titre de l’œuvre pour qualifier Lavallée, à mots couverts, de compositeur anti-Confédération. En tout cas, une chose est sûre : ce jeune artiste talentueux doutait de la réussite de ce pays en devenir!

Venez voir de vos propres yeux!
Ce n’est là qu’un aperçu de Canada : Qui sommes-nous? Ne manquez surtout pas l’exposition, qui se tiendra au 395, rue Wellington, du 1er juin 2017 au 1er mars 2018.

Faits en bref

  • Nombre de documents originaux : 30
  • Article le plus ancien : Carte geographique de la Nouvelle Franse (Samuel de Champlain, 1612)
  • Article le plus récent : Photo du kiosque de BAC à l’activité nationale de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta (Sarah Hurford, 2014)
  • Nombre de reproductions : 76
  • Article ayant demandé le plus long travail de restauration : Premières armoiries officielles du Canada, en bois sculpté, vers 1923. Plus de 400 heures de travail ont été nécessaires pour nettoyer cette pièce!

Partis libérer la mère patrie

— par Mathieu Sabourin, archiviste, Division des services de référence

Lettre du major-général Georges Vanier au sous-secrétaire d’État aux Affaires externes, Norman A. Robertson. Source : N° MIKAN 18485912, page 1

Lettre du major-général Georges Vanier au sous-secrétaire d’État aux Affaires externes, Norman A. Robertson. Source : N° MIKAN 1848591, page 1

Cinq paragraphes. C’est ce dont le major-général Georges Vanier a besoin, dans une lettre du 14 septembre 1944, pour raconter la mission particulière de l’équipe du lieutenant Paul-Émile Thibeault et du capitaine Léonard Jacques Taschereau au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Représentant du Canada auprès du gouvernement français en exil, il expose au sous-secrétaire d’État aux Affaires externes, Norman A. Robertson, les actions cruciales de ces officiers et d’une poignée de Canadiens français pour libérer la France occupée.

Cette lettre, trouvée dans les archives des Affaires extérieures1, résume bien la mission des agents des services secrets britanniques, les Special Operations Executive (SOE) : espionnage, sabotage et reconnaissance sur le terrain. À la veille du 150e anniversaire du Canada, revisiter ces moments marquants de notre histoire nous permet de redécouvrir ceux qui ont lutté pour préserver les libertés dont nous jouissons.

Dès juin 19442, des équipes d’experts en démolition et en tactiques de guérilla – les Jedburgh – sont parachutées en sol européen pour préparer l’invasion des Alliés. Elles doivent organiser et armer le maquis, cette résistance française scindée en groupuscules3. Elles doivent aussi perturber les déplacements et les communications des forces allemandes en sabotant les voies ferrées. Ces escouades représentent le pont entre la résistance et Londres.

Les Canadiens français qui en font partie offrent un avantage que les agents européens ne peuvent égaler : s’ils sont capturés, leur famille est hors de portée4. Moins sujets au chantage lors d’interrogatoires, donc moins susceptibles de divulguer de l’information sur leurs opérations, ils représentent un risque moindre pour Londres.

Lettre du major-général Georges Vanier au sous-secrétaire d’État aux Affaires externes, Norman A. Robertson. Source : N° MIKAN 1848591, page 2

Lettre du major-général Georges Vanier au sous-secrétaire d’État aux Affaires externes, Norman A. Robertson. Source : N° MIKAN 1848591, page 2

Après plusieurs mois d’entraînement (entre autres au fameux « Camp X »5), le Jedburgh cité par le général Vanier est prêt. Le capitaine Taschereau et trois spécialistes atterrissent en France le 10 juin 1944 au sein du circuit Diplomat, opérant près de Troyes.6 Le lieutenant Thibeault est l’instructeur en armement. Ils sont accueillis par Maurice Dupont, un ancien officier français déployé par les SOE dans la région l’automne précédent.7

Selon le rapport de Taschereau conservé aux Archives nationales du Royaume-Uni8, l’ennemi les attendait de pied ferme. Dès les premiers jours, plusieurs déplacements entre les campements du maquis sont nécessaires pour le semer. Le tout culmine lors d’un affrontement à Morvilliers. Bilan : 5 morts du côté français, 26 du côté germanique.9 Pour gagner en flexibilité, on divise alors le maquis, Dupont et Taschereau dirigeant chacun environ 125 combattants.10

C’est dans les bois près de Bar-sur-Aube que Taschereau installe son quartier général. Pour mieux organiser la résistance, il s’intègre à la population locale, se faisant passer pour un charpentier souffrant d’angine (certificat médical à l’appui, naturellement fourni par le maquis11). À son arrivée, en juin, le réseau du département de l’Aube compte 100 résistants; ce sera 1800 à la fin juillet12), dont une bonne partie armée et entraînée par le lieutenant Thibeault.

Des difficultés attendent cependant Taschereau, décrit par ses supérieurs britanniques comme étant « dur […], fougueux, déterminé et enclin à être téméraire », mais néanmoins jugé intelligent, rapide et pratique.13 Ainsi, lorsque son équipe perd des milliers de francs dans la confusion des premiers jours de combat, il poursuit les opérations avec les moyens du bord, notamment en volant des explosifs aux Allemands.14

Les responsabilités de son escouade ne se limitent pas au sabotage et à la reconnaissance. Les pilotes des forces aériennes abattus lors de missions dépendent des Jedburgh pour retourner en Angleterre, en traversant à pied du côté allié ou en passant par la Suisse.15 Plusieurs profiteront du campement de Bar-sur-Aube avant que le maquis ne les guide clandestinement vers les leurs.

Dans sa lettre, le général Vanier s’interroge sur le traitement des prisonniers allemands et les possibles exécutions perpétrées par la résistance. La réponse est claire : les soldats de l’armée régulière sont épargnés, mais aucun prisonnier n’est fait parmi les membres de la Gestapo ou de la SS. Le rapport de Taschereau ne mentionne toutefois aucune exécution, son Jedburgh n’ayant pas comme mission de prendre des prisonniers.

Fin juillet, après avoir subi des attaques répétées, Taschereau planifie un assaut en guise de représailles. L’organisation et l’entraînement du maquis par les agents canadiens-français portent fruit : les Allemands perdent 300 soldats, tandis que 51 résistants français périssent. Cette action figurera dans la lettre de recommandation du capitaine Taschereau pour l’obtention de la Croix militaire.16

Les premières troupes américaines dirigées par le général Patton arrivent à Troyes le 30 août 1944.17 En septembre, le rôle des Jedburgh en France tire à sa fin. Le général Vanier termine sa lettre en citant le lieutenant Thibeault, qui planifie rejoindre Taschereau à la suite d’un bref séjour à Paris : « Our work is not yet finished. » (Notre travail n’est pas encore fini.) Rien n’est plus vrai : la majorité des officiers canadiens-français œuvrant en Europe se porteront volontaires pour combattre en Birmanie, auprès des Forces 136.

Ces hommes ont accompli l’impensable dans un contexte inimaginable pour la plupart d’entre nous. Leur histoire refait surface de temps à autre, lorsque survient un décès18 ou une découverte fortuite, comme c’est le cas pour cette lettre du général Vanier. Le 150e anniversaire du Canada est l’occasion de réfléchir à notre passé et à tous ceux qui, aux moments les plus importants, ont sacrifié une partie d’eux-mêmes pour que nous puissions aujourd’hui célébrer notre pays en toute quiétude.

Le 395, rue Wellington : un emblème depuis 50 ans!

— par Andrew Elliott, archiviste, Direction générale des archives privées

Dessin montrant le côté ouest de l’édifice de la Bibliothèque nationale du Canada, 16 mars 1954. Source : e011166785-v8

Dessin montrant le côté ouest de l’édifice de la Bibliothèque nationale du Canada, 16 mars 1954.
Source : e011166785-v8

Surplombant la rivière des Outaouais, le tout premier édifice de Bibliothèque et Archives Canada est reconnaissable entre tous. Affectueusement surnommé « le 395 », il abritait autrefois les Archives et la Bibliothèque nationales, d’où son ancienne appellation de PANL (pour Public Archives National Library). Le 20 juin 2017, quelques semaines à peine avant le 150e anniversaire de la Confédération, nous célébrerons les 50 ans de cet édifice historique qui incarne la mémoire collective de notre pays; une mémoire que BAC préserve et fait connaître au Canada et partout dans le monde.

L’histoire de cet édifice fédéral du patrimoine mérite d’être racontée. Le premier site envisagé pour sa construction se trouvait à l’intersection des rues Bank et Wellington, au centre-ville d’Ottawa. Toutefois, en novembre 1952, la Commission du district fédéral – l’ancêtre de la Commission de la capitale nationale – juge que le 395, rue Wellington est un meilleur emplacement pour abriter la nouvelle bibliothèque nationale. (À l’époque, les Archives du Dominion avaient pignon sur rue au 330, chemin Sussex, où elles étaient installées depuis 1906. Ce n’est qu’en 1967, trop à l’étroit, qu’elles rejoindront la Bibliothèque nationale rue Wellington.)

À la fin de 1952, suivant une suggestion du premier ministre Louis Saint-Laurent, le Cabinet confie la conception du nouvel édifice à la prestigieuse firme d’architectes Mathers & Haldenby, fondée en 1921 par les architectes ontariens Alvan Sherlock Mathers (d’Aberfoyle) et Eric Wilson Haldenby (de Toronto). En 1954, après un an de dur labeur, les architectes dévoilent leurs plans intérieurs et extérieurs.

Toutefois, la construction de l’édifice est retardée pendant près d’une décennie : il faut d’abord démolir un bâtiment temporaire qui se trouve sur le chantier. Puis, en 1958, une violente explosion causée par une fuite de gaz rue Slater détruit un édifice gouvernemental, obligeant des centaines de fonctionnaires à déménager dans l’édifice temporaire, dont la démolition se trouve retardée.

En 1960, le contrat pour la construction de l’édifice est alloué à l’entreprise EllisDon, de London (Ontario). Les travaux commencent enfin à l’automne 1963. Le studio de photographie Van documente le chantier de A à Z, jusqu’en 1967.

Le 10 mai 1965, le gouverneur général Georges Vanier pose la première pierre. Il y a inséré un élégant coffret de cuir renfermant des images et des descriptions de l’édifice ainsi qu’un exemplaire des plus récentes publications de la Bibliothèque et des Archives nationales. L’inauguration a lieu le 20 juin 1967, juste à temps pour les célébrations du centenaire de la Confédération.

Alliant à merveille fonctionnalité et esthétisme, le 395, rue Wellington se démarque par ses nombreuses particularités. Ses murs extérieurs, en granit canadien de couleur grise, sont rehaussés de plaques de granit polies et de garde-corps en aluminium brossé. Que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de la rivière des Outaouais, on peut admirer ses deux ailes symétriques de quatre étages disposées autour d’une tour centrale de neuf étages, sa façade percée de petites fenêtres carrées et son auditorium faisant saillie du côté ouest.

L’intérieur, à la fois impressionnant et raffiné, n’est pas en reste. Le hall d’entrée est spectaculaire avec son marbre blanc et noir, ses colonnes recouvertes de mosaïques dorées, son grand escalier muni d’une rampe en laiton, ses portes d’ascenseur ornées de bronze et ses boiseries en chêne. On peut aussi y admirer de magnifiques œuvres d’art, dont les gravures sur verre de l’artiste néozélandais John Hutton (1906-1978) et les murales de la salle de référence, au 2e étage, réalisées par l’artiste écossais Charles Comfort (1900-1994). La salle Pellan s’orne quant à elle de deux splendides murales aux couleurs vives, La connaissance et Les alphabets, réalisées par le peintre québécois Alfred Pellan (1906-1988). D’ailleurs, la figure centrale de La connaissance a longtemps été le logo de la Bibliothèque nationale.

Le caractère exceptionnel de l’édifice a retenu l’attention du Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine, qui notait en janvier 2005 : « C’est une réalisation de très grande qualité […] Sur le plan esthétique, le bâtiment amalgame avec élégance et raffinement le néo-modernisme et le modernisme classique canadien, ce qui lui confère une apparence fonctionnelle et bien pensée […] Sur le plan pratique, il répond à une gamme variée d’usages, comme en témoigne la disposition des espaces publics, des services et des rayonnages. » [Traduction]

Bref, ni le temps ni l’argent n’ont été épargnés dans la réalisation de cet édifice. Cinquante ans plus tard, le 395, rue Wellington fait partie intégrante de notre patrimoine culturel national et demeure un lieu emblématique du centre-ville d’Ottawa.

Une version de cet article a été publiée sur le blogue de BAC le 6 septembre 2016.

BAC a numérisé une remarquable série de photos illustrant le chantier du 395, rue Wellington. Les
images proviennent du fonds de Travaux publics, n° MIKAN 13901.

Des plans dessinés par Mathers & Haldenby ont aussi été numérisés et peuvent être consultés dans la série « National Archives cartographic and architectural records », n° MIKAN 1706542.

Gros plan sur la collection : Un merveilleux cadeau

— par Michael Kent, conservateur de la collection Jacob M. Lowy

L’année 2017 sera riche en célébrations au Canada : nous fêterons le 150e anniversaire de la Confédération, le 125e de la Coupe Stanley, le centenaire de la bataille de la crête de Vimy et le 50e anniversaire des Jeux du Canada. De son côté, Bibliothèque et Archives Canada soulignera aussi le don de la collection Jacob M. Lowy, survenu en 1977.

Cette collection extraordinaire est un de nos nombreux joyaux. Elle regorge de livres judaïques rares écrits en hébreu, en yiddish, en judéo-arabe, en judéo-espagnol, en latin, en grec et dans plusieurs langues vernaculaires européennes. On y trouve notamment 34 ouvrages hébreux, latins et italiens imprimés avant le XVe siècle, des fragments de ces incunables, plus de 120 exemplaires de la Bible parus en plusieurs langues, et de précieuses éditions des œuvres de l’historien Josèphe, qui a vécu au premier siècle après J.-C.

Les visiteurs et les chercheurs sont toujours impressionnés de voir des livres âgés de plus d’un demi-millénaire, et ils s’étonnent souvent de trouver une telle collection dans une institution nationale canadienne. La plupart des livres n’ont ni été imprimés au Canada ni écrits par des Canadiens. Certains ont été publiés plusieurs siècles avant que le Canada ne devienne un pays, voire avant l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique du Nord. Pourtant, le don de la collection est une histoire qui gagne à être connue.

Cette histoire est étroitement liée à la vie de Jacob M. Lowy. Celui-ci naît et grandit dans l’Empire austro-hongrois, à Bardejov, dans la Slovaquie actuelle. Il est issu d’une longue lignée de rabbins; son père Raphael est d’ailleurs le rabbin de la ville, ainsi qu’un dirigeant respecté de sa communauté. À l’instar de nombreux garçons juifs, Jacob reçoit une éducation traditionnelle axée sur l’étude des textes sacrés hébreux et de la littérature rabbinique. Jeune élève, il gagne un ouvrage intitulé Eben Ha-Bokhan. C’est une révélation : il développe alors sa passion pour les livres, qui l’incitera à créer la remarquable collection aujourd’hui conservée à BAC.

De g. à dr. : Guy Berthiaume, l’honorable Rafael Barak, Howard Fremeth, Leah Cohen et Michael Kent examinent les renseignements fournis pour la mise aux enchères de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, le seul témoignage écrit de l’événement qui s’est rendu jusqu’à nous.

De g. à dr. : Guy Berthiaume, l’honorable Rafael Barak, Howard Fremeth, Leah Cohen et Michael Kent examinent les renseignements fournis pour la mise aux enchères de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, le seul témoignage écrit de l’événement qui s’est rendu jusqu’à nous.

Mais Jacob n’a pas une jeunesse facile. Dans les années 1930, il assiste à la montée de l’antisémitisme et à l’arrivée au pouvoir des nazis. En 1938, l’Holocauste est sur le point de commencer lorsqu’il parvient à fuir la Tchécoslovaquie pour se rendre à Londres. Son père demeure au pays pour aider des Juifs à échapper aux persécutions, sauvant de nombreuses vies avant d’être tué par les nazis.

Après la guerre, en 1951, Jacob immigre au Canada et commence une nouvelle vie à Montréal, faisant fortune dans le marché de l’immobilier industriel. Sa bonne étoile lui permet de vivre sa passion de bibliophile. En plus de réussir en affaires et de constituer sa merveilleuse collection, il est reconnu comme un philanthrope et un personnage important dans sa communauté.

Après avoir subi l’antisémitisme des années 1930 en Europe et la montée en puissance des nazis, vivre au Canada doit sembler un rêve pour Jacob. Ses origines juives ne mettent plus son existence en danger, et il peut s’intégrer à la société canadienne au point d’en devenir un membre influent et fortuné. Il n’aurait pu espérer un tel scénario pendant sa jeunesse à Bardejov. Cette nouvelle réalité le motive à donner sa collection de livres rares pour manifester sa gratitude envers le Canada, qui lui a offert sa chance. Encore de nos jours, son cadeau enrichit considérablement le patrimoine culturel des Canadiens.

Le sesquicentenaire de la Confédération nous donne une magnifique occasion de célébrer l’histoire d’un réfugié qui fuit la haine et la persécution pour commencer une vie nouvelle dans une société libre et accueillante. C’est non seulement l’histoire d’un membre d’une communauté minoritaire qui contribue pleinement à la société canadienne, mais aussi celle d’un homme qui a posé un geste concret pour remercier son pays. Ce sont des vies et des actions comme celles de Jacob Lowy qui font du Canada un grand pays.

En plus d’être un des plus beaux trésors historiques du monde, la collection Jacob M. Lowy raconte une histoire canadienne digne d’être célébrée en 2017!

Musique! Le Gramophone virtuel de Bibliothèque et Archives Canada

— par Alison Harding-Hlady, chef d’équipe, Collections spéciales

Éva Gauthier, mezzo-soprano canadienne. Source : Fonds Éva Gauthier/MUS 81, nlc-2456

Éva Gauthier, mezzo-soprano canadienne. Source : Fonds Éva Gauthier/MUS 81, nlc-2456

Mai 1878. Le Canada a tout juste 10 ans lorsque le premier phonographe est dévoilé à Rideau Hall, la résidence du gouverneur général. Nos premiers enregistrements sonores datent de cette époque.

La musique est un élément essentiel de l’identité canadienne. Bibliothèque et Archives Canada possède des dizaines de milliers d’enregistrements sonores qui témoignent de cette importance. Bon nombre d’entre eux peuvent être écoutés sur le site du Gramophone virtuel, une base de données où l’on retrouve aussi des articles sur les premiers enregistrements sonores d’ici et sur la musique populaire de la première moitié du XXe siècle, ainsi que des notices biographiques de grands interprètes canadiens, du matériel didactique et bien plus encore!

Le Gramophone virtuel donne accès à des 78 tours et des enregistrements sur cylindres publiés au Canada entre 1900 et 1950, ainsi qu’à des enregistrements étrangers de la même époque mettant en vedette des artistes ou des compositeurs canadiens. Dans chaque cas, une notice bibliographique exhaustive fournit le titre, l’interprète, les dates pertinentes ainsi que des détails sur l’étiquette (par exemple l’image) et le disque.

Mais le Gramophone se distingue surtout par ses milliers de fichiers MP3 et RealAudio. Les internautes n’ont qu’à choisir une chanson et à monter le volume pour se remettre dans l’ambiance des foyers canadiens d’antan, par exemple avec The Maple Leaf Forever, interprétée en 1902 par les Kilties (un groupe de cornemuseurs de Belleville, en Ontario) et publiée sous l’étiquette Tartan.

Le Gramophone regorge d’œuvres datant de la Première Guerre mondiale, une période particulièrement riche dans l’histoire de notre musique. Beaucoup considèrent que le Canada est véritablement devenu un pays indépendant pendant ce conflit. Chants patriotiques, marches militaires, chansons racontant la vie d’un soldat ou d’une amie de cœur restée au pays, chants glorifiant la patrie et le courage de ses soldats, tous se trouvent dans le Gramophone virtuel. Et ça ne s’arrête pas là! À titre d’exemple, une section porte sur la musique québécoise du début du XXe siècle. Une autre, consacrée à l’opéra, traite des artistes canadiens devenus célèbres à l’étranger et des débuts de l’art lyrique au pays.

On ne peut passer sous silence les quelque 80 notices biographiques d’interprètes et de compositeurs canadiens. Découvrez Geoffrey O’Hara, de Chatham, en Ontario, grand compositeur de l’époque du music-hall et auteur de K-K-K-Katy, un succès de l’époque de la Première Guerre mondiale encore populaire aujourd’hui. Apprenez comment Emma Albani, de Chambly, au Québec, est devenue la première chanteuse canadienne de renommée internationale, célèbre partout en Europe pendant des décennies. Ou encore, étudiez la vie de la chanteuse d’Ottawa Éva Gauthier, surnommée la grande prêtresse de la chanson canadienne en raison de sa collaboration avec des compositeurs de renom comme Maurice Ravel, Igor Stravinsky et George Gershwin. BAC possède le fonds d’Éva Gauthier, qui comprend ses documents personnels et ses échanges épistolaires avec les plus grands artistes de son époque. Le Gramophone virtuel donne aussi accès à des chansons traditionnelles canadiennes-françaises qu’elle a interprétées en 1917 et 1918.

Pour trouver la musique digne de célébrer la fête du Canada, qui marquera cette année le 150e anniversaire de la Confédération, consultez le Gramophone virtuel et plongez-vous dans la riche histoire de la musique canadienne!

Le site Web du Gramophone virtuel met une foule d’enregistrements à votre disposition.

Perspectives de BAC

Winnipeg : Les archives de Stony Mountain

— par David Cuthbert, archiviste, Direction générale des services au public

L’année 2017 marquera les 140 ans du déménagement du pénitencier et de l’asile du Manitoba, d’abord établis à Lower Fort Garry puis relocalisés à Stony Mountain. Cette prison fédérale, rebaptisée en 1972 « Établissement de Stony Mountain », est toujours en activité. Son histoire est liée de près à celle de l’Ouest canadien : les participants à la Résistance du Nord-Ouest de 1885 y furent incarcérés, tout comme les leaders de la Grève générale de 1919 à Winnipeg. Le bureau de BAC à Winnipeg possède une riche collection d’archives remontant aux débuts du pénitencier : correspondance, feuilles de travail des détenus, registres de l’hôpital et de la bibliothèque. Ces documents offrent un aperçu saisissant de la vie en prison au tournant du XXe siècle.

Ottawa : Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire

— par Kimberley Macies, directrice p. i., Gouvernance et Collaboration

Bibliothèque et Archives Canada gère le Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire, qui aide financièrement les institutions de mémoire. Les demandes sont étudiées par un comité consultatif externe formé de sept membres provenant de toutes les régions du pays. Nommés par le bibliothécaire et archiviste du Canada, Guy Berthiaume, ceux-ci se réunissent une fois l’an pour mettre à profit leurs divers points de vue et compétences afin d’évaluer les demandes reçues (plus de 200 à ce jour) et de faire des recommandations au bibliothécaire et archiviste. Jill MacMicken-Wilson, présidente du comité et archiviste de l’Île-du-Prince-Édouard, résume ainsi l’effet du Programme : « Les projets financés aident à préserver et à rendre accessible le riche patrimoine documentaire du Canada. »

Ottawa : Le Numéri-Lab

— par Melanie Brown, directrice, Projets et partenariats en numérisation

BAC est heureux d’annoncer l’ouverture de son Numéri-Lab au printemps prochain. Situé au 395, rue Wellington, ce laboratoire doté de numériseurs, d’ordinateurs et d’autres outils ultraperformants permettra aux usagers de numériser et de replacer en contexte les documents de BAC ayant de la valeur pour leurs recherches, leur travail ou leur collectivité. BAC veut ainsi faciliter les projets de numérisation menés avec les groupes communautaires, le milieu universitaire et des particuliers. Grâce à cette collaboration, il pourra donner accès à un large éventail de documents de sa collection qui, autrement, ne seraient pas numérisés. Le grand public y aura accès, puisque tous les documents numérisés seront publiés en ligne. Pour en savoir davantage sur le Numéri-Lab, visitez notre site Web.

Vancouver et Halifax : Ports côtiers du Canada

— par Caitlin Webster et Leah Rae, archivistes, Direction générale des services au public

Les ports ont un impact majeur sur l’évolution des collectivités riveraines. Celles des côtes Est et Ouest du Canada en témoignent : les activités portuaires dans les régions du Pacifique, du fleuve Fraser et de l’Atlantique les façonnent depuis des siècles. En retour, leur développement économique et social influence les opérations, les plans et les priorités des ports.

L’Autorité portuaire de Vancouver et du Fraser gère le plus grand port du Canada. Société sans actionnaires, financièrement autonome, elle est dirigée par un conseil d’administration formé de représentants du gouvernement et de l’industrie. Construit en 1913, le port était chargé du dragage, du nettoyage des débris et de la promotion de la navigation, du commerce et de l’industrie. Au fil du temps, il a pris de l’importance, s’adaptant aux exigences et aux possibilités qu’offrait une région métropolitaine en pleine expansion. Il est aujourd’hui responsable des opérations et du développement de nombreuses installations portuaires en eau douce et en eau profonde, capables d’accueillir des cargos, des navires de croisière et des transporteurs routiers et ferroviaires. Depuis quelques années, il joue aussi un rôle croissant en matière de gestion environnementale, de sûreté et de sécurité.

Les activités portuaires ont aussi façonné la culture des Maritimes. Les ports de Saint John, d’Halifax et
de St.-John’s ont joué un rôle crucial dans l’essor de la région, leurs activités évoluant de pair avec la croissance de la population et de l’économie. D’abord axés sur la pêche et la construction navale, ils offrent maintenant un large éventail de services et d’infrastructures, dont l’approvisionnement en énergie en haute mer et un terminal dédié au chargement de la potasse.

BAC possède des fonds d’archives provenant de diverses autorités portuaires. On y retrouve dessins d’architecture et dessins techniques, procès-verbaux, rapports, photographies, coupures de presse, baux et autres documents touchant la planification, le développement, les opérations et la gestion des ports.

Rencontre Wallot-Sylvestre : Archives, vie privée et numérique

— par Zeïneb Gharbi, analyste principale p. i., Recherche stratégique et politique

Hervé Lemoine, directeur, chargé des Archives de France.

Hervé Lemoine, directeur, chargé des Archives de France.

Le 18 octobre 2016 s’est tenue la rencontre Wallot-Sylvestre avec Hervé Lemoine, directeur chargé des Archives de France, dont le mandat consiste entre autres à concevoir la politique de l’État en matière d’archivistique. Il a abordé les nouvelles questions qui se posent aux archivistes concernant la vie privée des citoyens.

De plus en plus, les archivistes sont tiraillés entre les demandes d’accès à l’information et le droit à l’oubli. Le volume croissant des archives numériques pose aussi un défi : la diffusion, sur Internet, d’informations concernant la vie privée de personnes vivantes, ainsi que la sécurité des systèmes qui gèrent ces données.

M. Lemoine a également souligné la complexe question des droits entourant les archives numériques; la France, contrairement au Canada, encadre la diffusion en ligne d’informations autrement communicables en salle de lecture. Ainsi, en 2012, elle a dû obtenir une autorisation spéciale pour diffuser en ligne des documents numérisés afin qu’un plus grand public y ait accès.

Alors que le monde anglo-saxon fait une distinction claire entre les concepts de record et d’archives, en France, on parle plutôt d’un continuum. Les documents sont soumis dès leur création au contrôle de l’administration des archives, y compris ceux contenant des données personnelles. M. Lemoine a insisté sur l’importance de la terminologie : ces données ne sont pas la propriété de la personne concernée. Elles sont plutôt « à caractère personnel », et comme elles peuvent être d’intérêt pour le public (chercheurs, historiens, etc.), elles doivent être communicables dans des délais raisonnables.

Enfin, M. Lemoine a expliqué les répercussions de la nouvelle Loi pour une République numérique, qui donne aux citoyens un droit à l’oubli absolu sur Internet, et a abordé les exigences du futur règlement européen, qui pourrait s’appliquer dès 2018 aux législations nationales.

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