Signatures, Automne / Hiver 2015

Photo Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

 

Introduction

En 1807, le grand savant allemand Alexander von Humboldt écrivait : « Je sens tous les jours que l’on ne travaille bien que là où d’autres travaillent mieux autour de vous. » Cette phrase, que j’ai souvent reprise à mon compte, décrit exactement le sentiment qui m’habite depuis que j’ai pris les rênes de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), en juin 2014.

Dans nombre de domaines, la compétence des collègues de BAC est reconnue à l’échelle nationale et internationale. Aussi m’est-il apparu impératif de partager leur savoir inestimable avec notre communauté : à mes yeux, ne pas le faire serait contraire à l’esprit de notre loi constitutive qui prévoit que BAC « contribue à l’épanouissement culturel, social et économique de la société libre et démocratique que constitue le Canada ».

C’est donc avec une fierté que l’on me pardonnera que je propose à nos amis et partenaires la lecture du premier numéro de Signatures, la revue de Bibliothèque et Archives Canada. Tous les articles de ce numéro inaugural sont signés par des collègues de BAC et leurs textes témoignent de leur passion autant que de leur personnalité propre. Derrière chaque liste de passagers, chaque dossier de recensement, chaque première édition d’un ouvrage, l’on retrouve non seulement l’histoire et le contexte du document lui-même, mais également l’expérience de vie de ceux qui l’ont acquis, préservé et rendu accessible.

La publication paraîtra deux fois par année en tirage limité et pourra être téléchargée sur le site Web de BAC (www.bac-lac.gc.ca). Ce premier numéro décrit le lien entre les récits oraux et les archives, il nous emmène dans les coulisses de la production de nos baladodiffusions il nous fait découvrir la participation de BAC aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation. Il traite aussi de nos expositions au 395, rue Wellington et ailleurs au Canada, des rencontres Wallot-Sylvestre et des actualités régionales. Pour conclure en beauté, ce numéro tourne les projecteurs sur la fascinante collection de bandes dessinées Bell Features, qui raconte des histoires de superhéros canadiens.

Des Canadiens dotés de superpouvoirs qui racontent leurs histoires. N’est-ce pas un peu une description de la revue Signatures? J’espère que vous apprécierez votre voyage au pays de BAC et que vous aurez envie d’explorer davantage notre extraordinaire collection sur notre site Web, notre blogue, notre chaîne YouTube et notre compte Flickr.

Bonne lecture!

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Guy Berthiaume, Bibliothécaire et archiviste du Canada

Des histoires dans les archives

- Par Leah Sander

Un lien étroit existe entre les dépôts d’archives comme Bibliothèque et Archives Canada et la tradition orale, c’est-à-dire la transmission par voie orale d’expériences, de légendes, de traditions ou de faits historiques. Au sens strict, les documents d’archives sont des récits recueillis sous forme de mémoires, d’albums de photos et de témoignages oraux. Dans un sens plus large, chaque document constitue une parcelle d’une histoire que nous pouvons reconstituer de façon plus complète en étudiant d’autres archives et en replaçant ledit document dans son contexte historique. Ces traces du passé peuvent également inspirer les conteurs « officiels » d’une société (romanciers, cinéastes et dramaturges) à partager avec le grand public des histoires découvertes dans les archives.

Avant l’archivage des documents, les contes étaient les archives. Ils permettaient de conserver la mémoire collective et assuraient la transmission des connaissances à travers le temps. Encore aujourd’hui, le conte remplit ces fonctions dans de nombreuses cultures. Au fond, les contes et les archives ont les mêmes finalités essentielles : ils sont un moyen de communiquer dans le temps et dans l’espace, ils décrivent l’expérience de l’existence humaine, ils préservent la culture et le savoir, et ils situent le passage du temps dans son contexte.

Pourtant, les récits oraux sont parfois jugés moins fiables ou moins crédibles que les archives dites officielles comme moyen de connaître le passé. Lorsqu’ils sont racontés oralement, les détails sur des événements ou leur signification varient selon le point de vue du conteur, selon son interprétation des faits ou encore selon sa mémoire, qui peut facilement changer d’une fois à l’autre. Les documents d’archives (correspondance, rapports, journaux intimes, photographies, etc.) sont quant à eux généralement perçus comme des témoignages fiables relatant des événements et des faits. Les récits oraux sont-ils véritablement moins crédibles que les documents d’archives? On pourrait dire que la véracité d’un conte ne diffère en rien de celle d’un document d’archives, ces deux « vérités » étant subjectives.

Les histoires entourant la vie d’une femme nommée Thanadelthur illustrent bien les écarts qui peuvent exister entre document d’archives et récit oral. Selon le Dictionnaire biographique du Canada, Thanadelthur est une femme de la tribu des Chipewyans née à la fin du XVIIe siècle dans l’immense Terre de Rupert1. Nous savons peu de choses de sa courte vie, mais des récits la concernant ont traversé le temps grâce aux traditions orales des Dénés et des Chipewyans. Des missionnaires et des ethnographes occidentaux ont recueilli quelques-unes de ces histoires il y a un peu plus d’un siècle. Le prêtre oblat Émile Petitot, qui a vécu avec les Dénés dans le district d’Athabasca pendant plusieurs années au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, fait partie de ceux-là. À cette époque, on raconte à Petitot l’histoire de cette femme nommée « Than‑narelther », une Chipewyanne de la région de la rivière de la Paix, qui a convaincu les dirigeants de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à Churchill, de commercer avec son peuple2.

En ce qui concerne les documents d’archives, une femme du nom de Thanadelthur figure bel et bien dans les dossiers de la Compagnie de la Baie d’Hudson; on la décrit comme la « femme esclave » qui arrive au poste de traite de York Factory un jour de novembre 1714, après avoir échappé à ses ravisseurs cris. Des publications du poste relatent comment cette femme a aidé la Compagnie de la Baie d’Hudson à rétablir la paix entre les Cris et les Dénés pour pouvoir commercer avec les deux tribus. Dans ces publications, James Knight, gouverneur de la Terre de Rupert, décrit cette esclave comme une femme remarquable et se désole de son décès survenu en 17173.

Comme l’a montré Patricia McCormack, spécialiste des études autochtones à l’Université de l’Alberta, plusieurs versions de l’histoire de Thanadelthur circulent dans les documents d’archives et littéraires, ainsi que dans la tradition orale. Alors que certaines versions se ressemblent, aucune ne constitue une interprétation identique d’un ensemble de faits établis4. Différentes parties de l’histoire ont été omises ou embellies, modifiées ou exagérées, selon le point de vue du conteur et ses intentions. Ainsi, le récit de Thanadelthur a été utilisé pour forger l’identité et conserver la mémoire d’un peuple; il est raconté dans l’histoire de l’oppression coloniale et l’histoire féministe autochtone, dans les bandes dessinées, dans des campagnes de marketing de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et encore plus.

À travers le temps, les récits sur la vie de Thanadelthur ont été racontés maintes fois et de multiples façons. Faut-il accorder plus de crédibilité au récit de la Compagnie de la Baie d’Hudson qu’à celui des Dénés et des Chipewyans sous prétexte qu’il est consigné dans des documents d’archives? On peut affirmer que toute description d’un événement, qu’elle soit écrite ou transmise oralement, est subjective, même si elle est consignée au moment de l’événement. Dans le même ordre d’idées, toute interprétation de ces soi-disant vérités est, elle aussi, subjective. Il nous faut donc interpréter un document d’archives et le remettre dans son contexte, comme on le ferait avec un récit oral, afin d’en saisir pleinement le message et la portée. L’archiviste sud-africain Verne Harris l’exprime en ces termes : le document d’archives est « un réceptacle de l’expérience humaine, un champ de bataille pour le sens et la signification, un amalgame d’histoires, le théâtre d’une lutte de pouvoirs complexe et en constante évolution5. »

En conclusion, le document d’archives n’est ni supérieur, ni inférieur au récit oral : tous deux décrivent une expérience humaine façonnée par le contexte social, historique et individuel de son auteur, et tous deux sont à leur tour interprétés par des personnes influencées par leur vision du monde. Les histoires du Canada, qu’elles soient racontées dans les cuisines de nos grands-mères ou conservées dans un dépôt d’archives comme Bibliothèque et Archives Canada, méritent d’être racontées, entendues, discutées et débattues. Voilà notre véritable patrimoine.

Dans les coulisses de BAC : La création d’une baladodiffusion

- Par Tom Thompson

Mon travail me fait découvrir de véritables trésors. J’aime partager mes trouvailles avec des collègues, des amis, les Canadiens… tout le monde! Cette passion est d’ailleurs à l’origine de la création de la série de baladodiffusions Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Chaque mois, une nouvelle émission présente un des multiples volets de notre collection et de notre travail. J’ai le plaisir de faire partie de l’équipe de production de la série. Même après 13 ans au sein de BAC, je ne cesse d’être impressionné par l’incroyable richesse de notre collection. Il y en a pour tous les goûts! Par exemple, nous avons récemment mis en ligne des épisodes sur l’adoption du drapeau canadien, sur la ballerine Celia Franca et la danse au Canada, sur le célèbre poème de John McRae, In Flanders Fields, sur la recherche généalogique à BAC, ainsi que sur notre étonnante collection de bandes dessinées.

La formule employée varie selon le sujet traité. L’animatrice accueille généralement d’un à trois invités par épisode. Ces derniers, des experts dans leur domaine, ont le don de faire vivre la collection. Vous seriez étonné de constater comment celle-ci est parfois utilisée! Depuis la diffusion du premier épisode, en février 2012, la série a franchi le cap des 500 000 écoutes et se maintient dans le top 10 de la catégorie « Gouvernement et ONG » sur iTunes. Nous avons à ce jour mis en ligne 24 émissions dans les deux langues officielles, et ce, pour le plus grand plaisir de nos auditeurs du monde entier.

Pour ma part, ce projet rassemble tous les aspects de l’emploi idéal : créativité, échanges avec des personnes passionnées et apprentissages enrichissants. De plus, le projet étant entièrement réalisé à l’interne, il offre aux employés une grande liberté de travail et une grande satisfaction. Pour nous écouter, visitez notre site Web et cliquez sur le logo des baladodiffusions!

Les rencontres Wallot-Sylvestre

- Par Lucie L. Séguin

Les rencontres Wallot-Sylvestre sont des conférences organisées par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans ses locaux du 395 Wellington à Ottawa. Elles ont pour but d’encourager la réflexion stratégique dans plusieurs domaines liés au patrimoine documentaire telles les sciences de l’information, la bibliothéconomie, l’archivistique et l’histoire, pour ne nommer que ceux-là. Les invités sont des experts réputés provenant du milieu universitaire et des secteurs public ou privé.

La série tient son nom de deux hommes qui ont marqué le milieu du patrimoine documentaire : Jean-Pierre Wallot, sixième archiviste national du Canada, et Joseph Jean-Guy Sylvestre, deuxième bibliothécaire national du pays. Les deux hommes laissent à BAC et à l’ensemble du milieu du patrimoine documentaire un riche héritage. M. Wallot, arrivé à BAC en 1985, est reconnu pour avoir participé à l’élaboration de la Loi sur les Archives nationales du Canada, de même qu’à la construction du Centre de préservation, un édifice à la fine pointe de la technologie où le patrimoine documentaire du Canada est conservé. M. Sylvestre, entré en fonction en 1968, a quant à lui oeuvré à créer un réseau décentralisé de bibliothèques canadiennes soutenues par la Bibliothèque nationale. À la fin de son mandat, il était à la tête d’une grande institution culturelle possédant des collections de publications riches et variées.

En 2013, Éric Méchoulan, professeur de littérature française à l’Université de Montréal, donnait le coup d’envoi à la série en prononçant une allocution intitulée Les temps de l’archive : de la culture écrite à l’environnement numérique. L’année suivante, Anabel Quan Haase, professeure agrégée à la Faculté de l’information et des études médiatiques de l’Université Western, a enchaîné avec Audiencement en ligne : authenticité, vie privée et conservation des données. David S. Ferriero, l’archiviste des États-Unis, a quant à lui donné une conférence intitulée À l’avant-garde : jouer un rôle de leader dans le gouvernement ouvert.

À la première conférence de 2015, David Fricker, directeur général des Archives nationales de l’Australie, a traité ouvertement du cybergouvernement australien, du rôle essentiel des Archives nationales et des impacts à long terme de l’évolution rapide du monde numérique. La seconde conférence de l’année mettait en vedette Robert Darnton, ancien bibliothécaire de l’Université Harvard et cofondateur de la bibliothèque numérique publique des États‑Unis. La prochaine rencontre de la série aura lieu en avril 2016, alors que BAC accueillera Caroline Brazier, bibliothécaire en chef dela Bibliothèque britannique.

Pour en savoir plus sur les rencontres Wallot-Sylvestre, consultez la section Événements de notre site Web.

Dans les coulisses de l’exposition Miroirs riches en souvenirs : Daguerréotypes de BAC

- Par Tania Passafiume et Jennifer Roger

L’invention du daguerréotype, en 1839, marque un tournant dans l’histoire de la photographie : pour la première fois, celle-ci devient accessible au grand public. Non seulement le daguerréotype permet-il de fixer sur pellicule des moments de la vie quotidienne, mais il le fait avec une clarté remarquable, au grand plaisir – et à la grande surprise! – des observateurs. Dorénavant, on peut facilement obtenir le portrait d’un être cher, le faire circuler et le léguer en héritage. Bref, tout comme la photo, cette invention connaît un retentissement considérable dans la vie des gens ordinaires.

C’est à Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) et Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) que l’on doit le daguerréotype. Après le décès de Niépce, Daguerre continue à perfectionner le procédé qui portera finalement son nom.

En collaboration avec Bibliothèque et Archives Canada, le Musée des beaux-arts du Canada présente jusqu’au 28 février 2016 la toute nouvelle exposition Miroirs riches en souvenirs : Daguerréotypes de Bibliothèque et Archives Canada. Les visiteurs auront la chance d’y admirer plusieurs daguerréotypes canadiens du 19e siècle, rarement exposés en raison de leur sensibilité à la lumière et aux conditions ambiantes. Pour les protéger tout au long de leur exposition, Bibliothèque et Archives Canada leur a fait subir un traitement de préservation rigoureux.

En vogue de 1839 à 1864, les daguerréotypes se distinguent par leurs images d’une grande netteté. Ils étaient fabriqués à partir de plaques de cuivre couvertes d’argent, finement polies et sensibilisées à l’iodure, que l’on insérait dans un appareil photographique. Les photos obtenues étaient ensuite exposées, soumises à des vapeurs de mercure, fixées et virées à l’or.

La fine couche d’argent sous les photos rendait celles-ci plus sujettes à la détérioration, que ce soit à cause de la corrosion, d’une manipulation inadéquate ou de mauvaises conditions de conservation. Pour les protéger, on les plaçait donc sous verre avec un passe-partout, souvent fait en laiton. On scellait ensuite les bords avec du ruban en papier, puis on recouvrait le tout d’un préservateur, en laiton lui aussi. L’ensemble était placé dans un petit boîtier décoratif fait de cuir et de bois, de papier mâché ou de plastique moulé, doublé de soie ou de velours.

Un verre fragile

Les matériaux qui composent l’ensemble du daguerréotype (le cuivre, l’argent, le papier, le laiton, le cuir, le velours et le verre) se détériorent tous à divers degrés selon les conditions auxquelles ils sont soumis.

Les spécialistes en conservation-restauration sont le plus souvent confrontés à la détérioration du verre, qui fait paraître les photos ternes et floues. C’est ce qu’ils ont constaté au moment de traiter les daguerréotypes destinés à l’exposition du Musée des beaux arts.

La température et le taux d’humidité peuvent entraîner des craquelures qui prennent la forme de minuscules fissures à la surface du verre. De plus, le verre ancien contenant une concentration plus élevée d’oxyde de sodium (une substance alcaline), il peut subir une décomposition chimique qui le rend flou ou voilé.

Les daguerréotypes se conservent mieux sous leur verre original. Si celui-ci en est aux premiers stades de détérioration (s’il semble flou ou couvert d’un voile blanc), on peut le nettoyer et le réutiliser. Le procédé est relativement simple : il suffit d’enlever le verre, de le nettoyer avec de l’eau distillée et un savon neutre, puis de le rincer à l’éthanol. On le laisse ensuite sécher à l’air libre avant de le remettre sur la photo. Résultat : celle-ci semble plus nette et plus lumineuse.

Quand la détérioration est plus avancée, des gouttelettes alcalines se forment sous la surface du verre, un phénomène qu’on appelle la transpiration du verre. Ces gouttelettes peuvent tomber sur la plaque et nuire à sa stabilité. Dans de tels cas, on recommande d’enlever le verre détérioré et de le remplacer par du verre borosilicaté, de composition plus moderne et surtout très stable.

Si le verre ne peut être remplacé immédiatement, la solution la plus simple consiste à conserver le daguerréotype à l’envers, c’est-à-dire avec la plaque par-dessus le verre. On évite ainsi que les gouttelettes alcalines ne coulent sur l’image.

Pour en savoir plus sur la conservation des daguerréotypes, lisez notre billet de blogue, écoutez notre balado « Miroirs riches en souvenirs » ou voyez nos photos sur Facebook et Flickr.

BAC participe aux activités nationales de la Commission de vérité et réconciliation

- Par Sarah Hurford, Jenna Murdock Smith et Susanne Sulzberger

La Commission de vérité et réconciliation, ci-après la Commission, a organisé entre 2010 et 2014 des activités nationales dans plusieurs villes canadiennes, dont Winnipeg, Halifax, Inuvik, Saskatoon, Montréal, Vancouver et Edmonton. Ces événements visaient à sensibiliser le public à la réalité des pensionnats autochtones et à permettre à d’anciens élèves – aussi appelés survivants – de partager leur histoire et de témoigner des séquelles de ces expériences dans leur vie.

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté aux événements, au cours desquels des témoignages publics et privés de survivants ont été recueillis. La projection de films sur les pensionnats, des expositions thématiques et des activités pédagogiques pour les enfants d’âge scolaire figuraient également au menu.

Au total, BAC a participé à six des activités nationales organisées par la Commission, en plus d’être présent à la cérémonie de clôture, à Ottawa. Lors des activités, BAC occupait une table située dans un espace appelé l’Aire d’apprentissage, qu’il partageait avec des services d’archives paroissiales et avec la Direction nationale de recherche et d’analyse du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada. Le public pouvait trouver dans cet espace de la documentation sur les collections de chacune des organisations représentées.

À travers nos différentes participations aux événements nationaux, nous avons appris à mieux cibler les documents les plus pertinents afin de les rendre disponibles. Avant sa participation au premier événement à Winnipeg, en 2010, BAC avait longuement réfléchi aux documents
à apporter.

Au bout du compte, nous avons opté pour le guide de généalogie autochtone de BAC, Faire une recherche sur les pensionnats, et quelques autres outils de recherche.

Le personnel avait aussi préparé pour l’occasion un album d’environ 200 photos puisées à même la collection. Cette initiative a grandement plu aux visiteurs. En effet, plusieurs d’entre eux étaient en mesure de reconnaître des pensionnaires dans les écoles et les lieux photographiés. Au fil des ans, l’identification de nouvelles personnes a permis d’enrichir l’album, qui comprenait à la fin plus de 350 photos! La Commission avait même mis des imprimantes à la disposition des visiteurs pour permettre la reproduction ou la numérisation de photos. Certaines furent numérisées, décrites et publiées dans des galeries virtuelles sur le site Web de BAC, et du lot, certaines furent partagées sur la page Facebook et le compte Flickr de BAC.

Lors de son passage à Montréal, en avril 2013, BAC a aussi distribué de la documentation expliquant comment effectuer des recherches sur l’histoire autochtone et trouver de l’information sur les pensionnats. Ces feuillets donnaient des exemples de documents gouvernementaux et non gouvernementaux existants sur les pensionnats et proposaient une façon simple de faire une recherche dans la base de données de BAC.

L’ensemble de ces activités a permis aux employés de BAC d’échanger avec des survivants et leurs famille, ainsi qu’avec le public. Entendre leurs témoignages fut une expérience émouvante, et il a paru évident que les photos apportées étaient significatives pour les survivants, leurs familles et le public. Comme la collection de BAC se compose majoritairement de documents décrivant le fonctionnement des pensionnats autochtones, la plupart des photos sont de nature administrative. Pour la plupart des gens, elles peuvent sembler être de banales prises de vues d’édifices. Toutefois, pour de nombreuses personnes présentes lors des événements nationaux, ces images rappelaient des souvenirs marquants de leur passage dans les pensionnats. Plusieurs participants ont reconnu des parents sur les photos. L’un des rares clichés à porter une inscription identifiait une jeune étudiante appelée Rose Terry. Certains l’ont reconnue et s’en sont souvenus.

Les activités nationales sont un des moyens par lesquels la collection de BAC contribue au processus de réconciliation. En effet, les archives fournissent des données essentielles sur les événements survenus dans les pensionnats autochtones, et les photos constituent de puissants outils de mémoire. Les membres du personnel qui ont eu la chance d’être sur place pendant ces événements ont été vivement touchés par les récits des survivants et de leurs familles. Plus importante que la simple diffusion d’information, la démarche leur a permis de faire des rencontres inoubliables et de prendre conscience de la valeur inestimable des documents d’archives.

Gros plan sur la collection Bell Features

- Par Meaghan Scanlon

La collection de bandes dessinées Bell Features fait partie des collections de livres rares
les plus populaires de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Regroupant 382 bandes dessinées publiées par l’éditeur torontois Bell Features entre 1942 et 1946, elle réunit probablement la plus belle brochette de superhéros canadiens de l’histoire! Plusieurs des aventures racontées s’inscrivent dans le courant patriotique qui régnait à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. Certains des héros incarnaient des soldats partis défendre le Canada et l’Empire britannique, tandis que d’autres représentaient de simples civils – quoique parfois dotés de pouvoirs spéciaux – se mesurant à des espions ou à des ennemis de l’Axe. Gros plan sur quelques-unes des oeuvres typiquement canadiennes issues de cette
collection unique!

The Sign of Freedom

Commando Comics no 1, p. 16.

Après l’assassinat d’Otto von Bergner, alias le symbole de la liberté, le pilote canadien Jimmie Clarkson reprend le flambeau pour devenir à son tour le chef d’un mouvement de résistance allemand clandestin. L’auteur Adrian Dingle a dédié chaque histoire de The Sign of Freedom aux milliers d’âmes prêtes à donner leur vie au nom de la liberté, et ce, au nez de la Gestapo.

Johnny Canuck

Dime Comics no 1, p. 38; Dime Comics no 2, p. 23.

Dans cette aventure, le soldat canadien Johnny Canuck, dit « la réponse du Canada à l’oppression nazie », remplit son devoir avec tant d’efficacité qu’Hitler lui-même demande sa capture! Leo Bachle, le créateur du personnage, n’avait que 14 ans lorsqu’il a commencé à dessiner pour Bell Features.

Capt. Wonder

Triumph Comics no 14, p. 51.

Les bandes dessinées de Bell Features avaient parfois un parfum de propagande. Par exemple, dans cette histoire de Ross K. Saakel mettant en vedette le superhéros costumé Capt. Wonder, des agents nazis introduits au Canada utilisent la peur pour empêcher la population d’acheter des obligations de la Victoire. Mais Capt. Wonder est là pour s’assurer que les Canadiens ne se laissent pas intimider ainsi!

Dixon of the Mounted

Active Comics no 6, p. 1 et 4.

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Dixon of the Mounted
Active Comics no 6, p. 1
Bell Features ©, Bibliothèque et Archives Canada et Nelvana Limited.

Dans la bande dessinée Dixon of the Mounted, Bell Features a mis en scène un des symboles emblématiques du Canada, soit la tunique rouge de la police montée. Sous la plume du bédéiste T. A. (Tedd) Steele, le caporal Wayne Dixon utilise son expertise dans le maniement du canot, un autre emblème canadien, pour capturer trois saboteurs nazis cachés dans le nord du Manitoba.

The Brain

Active Comics no 1, p. 53 et 51.

Dans cette aventure campée à Toronto, le justicier costumé Gordon Bell, alias le cerveau, met un frein aux menaces d’espions nazis grâce à ses pouvoirs de clairvoyance. Pour créer son protagoniste, Leo Bachle s’est inspiré de l’histoire militaire canadienne. En effet, Gordon Bell est le fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale décoré de la Croix de Victoria, dont les dernières volontés sont de voir son fils suivre ses traces.

L’ensemble de la collection Bell Features est répertorié dans AMICUS, le catalogue en ligne des ressources publiées de BAC. Pour obtenir une description complète de tous les ouvrages, on peut entrer le numéro de référence 43122013 dans AMICUS. Comme tous les numéros ont été catalogués individuellement, il est également possible de les trouver par titre ou par numéro à l’aide du moteur de recherche.

Perspectives de BAC

Burnaby

— Kelly Homenick, Archiviste
Le potlatch est un rituel consistant à faire des dons solennels qui est observé par les Premières Nations installées près du Pacifique, tant au Canada qu’aux États-Unis. Les fonds d’archives conservés par Bibliothèque et Archives Canada à Burnaby (Colombie-Britannique) regorgent de précieux renseignements historiques sur les efforts visant à enrayer cette pratique culturelle pendant la première moitié du XXe siècle, après que le gouvernement fédéral l’eut interdite en 1884. Les ressources qui documentent la réponse officielle des Premières Nations sont particulièrement intéressantes puisqu’elles rappellent avec éloquence l’importance historique, sociale et économique du potlatch. Des modifications ont été apportées à la Loi sur les Indiens en 1951 pour lever l’interdiction. Encore aujourd’hui, les Premières Nations de la côte du Pacifique continuent de célébrer le potlatch.

Gatineau

— Dorota Laska, Bibliothécaire au catalogage
et Nathalie Mainville, Bibliothécaire au catalogage
ISSN Canada est ravi de participer aux célébrations entourant le 40e anniversaire du réseau ISSN en 2015. Le réseau ISSN est actuellement composé de 88 centres nationaux coordonnés par le Centre international de l’ISSN à Paris. En tant que membre fondateur, ISSN Canada assigne les numéros ISSN (Numéro normalisé international des publications en série) et enregistre les publications en série canadiennes depuis quatre décennies. Un numéro ISSN est un code normalisé qui permet l’identification unique des publications en série. Il permet aux éditeurs, aux fournisseurs, et aux bibliothèques d’identifier les publications en série rapidement et efficacement tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Aujourd’hui, plus de 1,8 million de titres de publications en série sont enregistrés dans la base de données centrale du réseau ISSN. Le Canada est l’un des trois principaux contributeurs mondiaux après la France et les États-Unis.

Winnipeg

— David Cuthbert, Archiviste
Pendant la dernière année, pas moins de trois équipes de tournage venues des Pays-Bas, d’Autriche et du Manitoba ont visité les locaux de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) à Winnipeg. Ces documentaristes s’intéressaient à 1 800 boîtes de documents concernant Mincome, une politique sociale dont les gouvernements du Canada et du Manitoba ont fait l’expérience de 1974 à 1979 pour connaître les conséquences d’un revenu annuel garanti aux citoyens. Les travaux des chercheurs qui étudient ces documents depuis plusieurs années suscitent de l’intérêt à l’étranger.

Ottawa

— Steven Artelle, Analyste
Bonne fête Dante! En mai 1970, la Société Dante Alighieri a donné une statue de bronze du célèbre poète italien à la Bibliothèque nationale du Canada (qui est devenue BAC). L’oeuvre du sculpteur Angelo Biancini (1911-1988) est exposée au 395, rue Wellington à Ottawa. En 2015, nous célébrerons le 45e anniversaire de ce magnifique cadeau et le 750e anniversaire de naissance de Dante.

Halifax

— Laurena Fredette, Gestionnaire par interim, Programme archivistique en regions
Dans ses chambres fortes d’Halifax et de Gatineau, BAC conserve une ressource fascinante sur le développement minier et industriel : le fonds de la Société de développement du Cap-Breton. On y trouve des documents créés pendant plus de 200 ans par la Société et par d’anciennes entreprises d’exploitation minière du Cap-Breton. Par exemple, des relevés d’emploi fournissent de précieux renseignements sur le personnel de la Dominion Coal Company : le nom de l’employé, la date de naissance, la taille et le poids, la nationalité, le nombre d’enfants de moins de 14 ans, etc. Le fonds contient aussi des documents sur le fonctionnement et l’entretien des mines, et d’autres qui furent produits ou conservés par la haute direction de l’entreprise.

Expositions

Le grand public peut maintenant admirer des expositions gratuites de BAC au 395, rue Wellington à Ottawa. Jusqu’à la fin de janvier 2016, Le hockey en temps de guerre permettra de découvrir les liens entre le hockey canadien et la Première Guerre mondiale. BAC présentera ensuite, de février à avril 2016, des oeuvres d’art et des photos tirées de sa collection sur les Métis. Mais ce n’est pas tout : l’institution a aussi prêté des pièces à des musées de partout au pays, comme le Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, le Musée canadien de l’immigration du Quai 21 à Halifax, le Centre Canadien d’Architecture à Montréal et le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.

 

Sources

  1. G. E. Thorman, « THANADELTHUR » dans le Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université de Toronto et Université Laval, 2003, consulté le 2 juillet 2015.
  2. [r2]
    Émile Petitot, « On the Athabasca District of the Canadian North-West Territory », Proceedings of the Royal Geographic Society II, 1883, p. 650.
  3. [r3]
    Journal du poste York Factory, 1714-1717. Archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson, B.239/a/1–3.
  4. [r4]
    Patricia A. McCormack, « The Many Faces of Thanadelthur: Documents, Stories and Images », dans Jennifer S. H. Brown et Elizabeth Vibert (directrices de publication), Reading Beyond Words: Contexts for Native History, Peterborough, Ontario : Broadview Press, 2003, p. 329-364.
  5. [r5]
    Verne Harris, « The Archival Sliver: Power, Memory, and Archives in South Africa », Archival Science 2 : 2002, p. 85.
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