Plan triennal 2019-2022

Vue intérieure du Centre de préservation, Gatineau (Québec)

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ISBN SB1-9F-PDF
© Sa Majesté la reine du chef du Canada, représentée par le ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, 2019.

La collection Marshall-McLuhan fait maintenant partie du Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO. Projet commun de Bibliothèque et Archives Canada et de l'Université de Toronto, cette collection fait ressortir l'importance mondiale du patrimoine documentaire canadien et les réussites nourries par la coopération et la collaboration.

Avant-propos

Par essence, l'exercice menant à la conception d'un plan triennal comporte une part de futurologie. Quels seront les besoins de nos usagers au cours des trois prochaines années, quels seront les contextes intellectuels et les innovations technologiques qui viendront informer ces besoins, et quels seront les jalons qu'un établissement phare comme Bibliothèque et Archives Canada devra poser pour garder sa pertinence au-delà de cette période, somme toute très brève, de 36 mois?

Il nous a semblé que la meilleure façon de mener l'exercice de prospective était de convoquer à la réflexion un maximum de joueurs. Le personnel de Bibliothèque et Archives Canada et nos clients de la région de la capitale nationale, bien sûr, mais aussi notre Forum des partenaires, nos alliés du milieu universitaire, notre tout nouveau Conseil consultatif jeunesse, nos employés et nos alliés dans les centres régionaux d'Halifax, de Winnipeg et de Vancouver et, enfin, pour nous assurer de couvrir aussi largement que possible notre vaste pays, toute la population, par le moyen d'un sondage en ligne.

Les résultats de cette consultation se trouvent reflétés dans les pages qui suivent. J'en retiens le principal message : la relation entre notre institution et ses usagers est en voie d'être radicalement redéfinie. La révolution numérique a provoqué le développement d'une culture de participation citoyenne : nos usagers se conçoivent dorénavant davantage comme des partenaires que comme des consommateurs de services. Ce retournement de posture est bien ce qu'avait prévu, il y a plus de 50 ans, la figure tutélaire de Bibliothèque et Archives Canada, le théoricien Marshall McLuhan, alors qu'il écrivait : « Il n'y a pas de passagers sur le vaisseau Terre, que des membres d'équipage. »

En effet, sous l'influence des modèles élaborés par Amazon, Google et Wikipédia, nos usagers sont maintenant partants pour transcrire, traduire, étiqueter et décrire nos documents Note1. Qui plus est, les Canadiens que nous avons consultés nous ont dit à quel point la relocalisation, à l'horizon de 2024, de nos services de diffusion dans un édifice conjoint, partagé avec la Bibliothèque publique d'Ottawa, allait aussi bouleverser notre relation avec le public : au-delà de la géographie de la transition, c'est l'expérience inédite qui sera provoquée par le mariage d'une bibliothèque publique avec une bibliothèque et des archives nationales qui a frappé les imaginations à l'échelle de tout le pays.

Les années qui viennent seront déterminantes pour Bibliothèque et Archives Canada, et l'existence même du formidable réseau qui a participé à l'élaboration du présent plan est, me semble-t-il, la meilleure garantie de notre capacité à relever – ensemble – les défis qui s'annoncent.

Guy Berthiaume
Bibliothécaire et archiviste du Canada
Avril 2019

Notre raison d'être : préserver fièrement notre histoire

La Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada a reçu la sanction royale le 22 avril 2004, donnant ainsi naissance à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Le préambule de la Loi explique pourquoi le Parlement canadien a jugé nécessaire de créer notre organisation, et résume l'importance et les fruits de notre rôle de curateur et de gardien de l'histoire du Canada.

Attendu qu'il est nécessaire :

(a) que le patrimoine documentaire du Canada soit préservé pour les générations présentes et futures;

(b) que le Canada se dote d'une institution qui soit une source de savoir permanent accessible à tous et qui contribue à l'épanouissement culturel, social et économique de la société libre et démocratique que constitue le Canada;

(c) que cette institution puisse faciliter au Canada la concertation des divers milieux intéressés à l'acquisition, à la préservation et à la diffusion du savoir;

(d) que cette institution soit la mémoire permanente de l'administration fédérale et de ses institutions.

Le présent plan stratégique jette les bases de notre travail pour les trois prochaines années. Il se veut également un rappel important pour nos intervenants, nos employés et tous les Canadiens de l'incidence considérable qu'a notre organisation en tant que « source de savoir permanent accessible à tous ».

Notre mission consiste à préserver et à faire connaître les contributions culturelles, sociales et économiques de tous les Canadiens pour enrichir notre source de savoir collectif. Il nous incombe de conserver les documents du gouvernement fédéral et de contribuer à l'état libre et démocratique de notre société, en veillant à ce que la population canadienne ait l'information dont elle a besoin pour obliger le gouvernement à faire preuve de transparence et à rendre des comptes. Nous contribuons à encadrer l'acquisition, la préservation et la diffusion du savoir, ici et à l'étranger, pour stimuler la recherche et l'innovation qui profiteront aux générations actuelles et futures. Nous appuyons la Charte canadienne des droits et libertés et œuvrons pour la justice sociale, en agissant comme mémoire permanente de l'administration fédérale et de ses institutions et en veillant à ce que les documents historiques, qui ont mené à l'obtention de libertés ou qui nous ont incités à revoir nos principes, soient préservés à jamais.

Nous estimons que notre travail est crucial à la préservation de notre démocratie et à la prospérité de notre pays.

Nous sommes Bibliothèque et Archives Canada. 

Section 1. Notre organisation, notre clientèle, notre personnel

Marshall McLuhan, 1967. Photo : John Reeves

« Il n'y a pas de passagers sur le vaisseau Terre, que des membres d'équipage. » [Traduction]

—Marshall McLuhan

Tirée de : Daniel A. Vallero. Déclaration faite en 1965 et citée dans Paradigms Lost: Learning from Environmental Mistakes, Mishaps and Misdeeds, 2005, p. 367.

1.1. Notre organisation : comprendre notre passé, préparer notre avenir

En 2022, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) fêtera 150 ans d'acquisition, de traitement, de préservation et de diffusion du patrimoine documentaire du Canada. De la création des archives du Dominion du Canada en 1872 à l'inauguration de la Bibliothèque nationale du Canada en 1953, de la naissance de Bibliothèque et Archives Canada par la fusion de ces riches institutions en 2004 à l'ère du numérique Note2 qui se profile aujourd'hui, nous avons toujours joué un rôle de premier plan. Grâce au travail du personnel de BAC, les Canadiens peuvent découvrir les trésors de leur passé collectif, favorisant ainsi l'apprentissage, la créativité et l'innovation qui stimulent la prospérité et le dynamisme de notre pays.

À l'époque où chacun a l'équivalent d'une vie entière d'apprentissage au creux de sa main, beaucoup d'institutions de mémoire travaillent à redéfinir leur rôle. Selon la British Library Note3, nous assistons à une véritable révolution en ce qui concerne la création, l'analyse et l'exploitation des données sous toutes leurs formes. Il peut s'agir de vastes ensembles de données scientifiques ou sociales que l'on appelle « mégadonnées », ou encore d'innovations en sciences humaines fondées sur l'analyse de contenu culturel numérisé. Cette révolution de l'information dégage une réalité : il n'est pas seulement souhaitable d'avoir accès en ligne aux institutions de mémoire, il s'agit désormais d'une nécessité de premier plan.

L'étendue de la collection de BAC, reconnue comme la quatrième en importance au monde, met en relief notre rôle de gardien de la mémoire vivante du Canada. BAC donne accès à d'impressionnantes quantités de renseignements et de données : recensements, information sur la généalogie et l'histoire des familles, dossiers militaires ou d'immigration, éléments du patrimoine documentaire autochtone, etc. Outre ces biens physiques, BAC détient actuellement quelque 7 millions de pétaoctets d'information en format électronique. Nous continuons d'élargir notre collection en acquérant et en mettant en valeur des publications électroniques et des données en ligne, une responsabilité colossale dans un monde où il suffit de cliquer sur « publier » pour engendrer de l'information.

En respectant les engagements définis dans son plan triennal 2016-2019, BAC a exécuté un plus grand nombre de projets, grâce auxquels il a élargi sa collection par l'engagement et la collaboration, tout en garantissant un meilleur accès au public. Au cours de ces trois années, l'institution de mémoire a tenu un peu partout au pays 122 événements publics et 31 expositions, ce qui a eu pour effet d'étendre considérablement sa portée et son influence. Grâce au Numéri-Lab, inauguré en 2018, nos clients ont accès à de l'équipement de numérisation de pointe et leur permettant d'enrichir eux-mêmes nos collections. En quelques mois seulement, plus de 1 000 photographies et de 24 000 pages de texte ont été numérisées et rendues publiques. En 2018, BAC a aussi terminé la numérisation de 622 290 dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale, désormais accessibles en ligne. Il s'agit du plus important projet de numérisation que nous ayons entrepris jusqu'à présent, dans le but de préserver, pour les générations à venir, l'un des plus importants corpus de documents historiques du Canada. C'est grâce à ce projet novateur et à de nombreux autres lancés ces trois dernières années que BAC a pu réaliser, et même dépasser, ses objectifs.

Le regard désormais tourné vers 2022, nous continuerons de consulter nos clients et nos partenaires pour enrichir le patrimoine documentaire du Canada et rendre notre collection plus accessible, même depuis les régions les plus isolées du pays. Nous visons d'abord la pérennité et l'adaptabilité, et nous redoublerons d'ardeur pour numériser et entretenir nos collections. Nous soutiendrons notre personnel pour qu'il puisse perfectionner ses connaissances, ses compétences et son expertise, afin de maximiser le rayonnement de notre organisation. Enfin, nous continuerons de travailler avec le milieu du patrimoine documentaire au Canada et à l'étranger pour affermir, par l'entremise de solutions coopératives, le patrimoine documentaire mondial – un élément fondamental de notre avenir commun.

Notre collection contient
  • environ 30 millions de photographies
  • 90 000 films
  • 550 000 heures d'enregistrements audio et vidéo
  • 425 000 œuvres d'art
  • 20 millions de publications
  • 250 km de documents textuels gouvernementaux ou privés
  • 3 millions de dessins architecturaux, de cartes et de plans

BAC travaille de concert avec les éditeurs, les producteurs et les créateurs pour rassembler des documents publiés chaque année au Canada : livres, partitions, enregistrements sonores, films documentaires, enregistrements audiovisuels, journaux, publications en série et thèses, en format analogique ou numérique. L'institution de mémoire se voit aussi confier régulièrement la garde de documents historiques que lui transfèrent les 176 agences et ministères gouvernementaux qu'elle sert.

1.2. Notre clientèle : enrichir le contenu et le rendre plus accessible, partout au pays

Pour citer un bibliothécaire et archiviste du Canada, « sans accès, la préservation n'est qu'accumulation compulsive ». Cette réflexion fait peut-être sourire, mais elle met en lumière l'un des principaux aspects de notre mandat : ouvrir au public les portes de notre collection. Paradoxalement, à l'époque où l'accès numérique est de plus en plus répandu, le nombre de visites dans les institutions de mémoire et de consultations de leurs documents physiques est en constante augmentation. Reflétant les tendances mondiales, les institutions canadiennes accueillent de plus en plus de visiteurs, tant en ligne qu'en personne. Cette évolution s'est traduite par une hausse de 34 % des visites sur place et de 52 % des visites en ligne, de 2011 à 2015 Note4. De la même façon, le nombre de visites effectuées dans plusieurs des nouvelles bibliothèques publiques du Canada a pulvérisé les prévisions. Il s'agit là d'une perspective enthousiasmante pour BAC et sa partenaire, la Bibliothèque publique d'Ottawa, à l'aube de la construction d'un édifice commun emblématique qui devrait ouvrir ses portes en 2024.

BAC a aussi pu constater une hausse marquée des visites en ligne et en personne au cours des dernières années. La création de programmes destinés à faire connaître la collection et à en promouvoir la consultation fait d'ailleurs partie intégrante de nos projets d'avenir. En ciblant une nouvelle clientèle à l'aide de services adaptés et en établissant de nouveaux partenariats, nous pourrons mettre à profit notre expertise collective pour étendre notre portée. Nous chercherons des solutions novatrices pour joindre les régions éloignées du Canada, toucher davantage les jeunes et faire évoluer nos programmes dans les communautés autochtones. Ces initiatives ciblées et ces partenariats collaboratifs multiplieront les consultations de la collection tout en dévoilant de nouveaux pans du patrimoine documentaire du Canada.

BAC entretient activement des partenariats avec de nombreuses communautés canadiennes. À titre de bibliothèque nationale, BAC soutient et conseille les autres bibliothèques du Canada; il diffuse des résultats de recherche, définit des normes, propose des services de catalogage, crée des plateformes de réseautage et fait part de ses idées pour améliorer les collections et les services. En tant que centre national des archives, BAC conserve le patrimoine documentaire collectif que nous ont légué toutes les institutions du gouvernement du Canada et met ces documents gouvernementaux à la disposition du public, caractéristique essentielle d'une société libre et démocratique. La planification et la coordination avec nos partenaires gouvernementaux sont de mise pour assurer l'archivage et l'accessibilité de ces importants documents, contenus Web et autres fonds. L'approche collaborative que nous privilégions en ce qui a trait aux archives privées (non gouvernementales) comporte elle aussi des échanges continus avec d'éventuels donateurs, qu'il s'agisse de particuliers ou d'organisations privées, ainsi qu'avec d'autres institutions consacrées au patrimoine documentaire.

Par ailleurs, grâce aux programmes récents visant à enrichir le patrimoine documentaire des Premières Nations, des Inuits et de la Nation métisse, nous avons fait des ajouts inestimables à notre collection.

Enfin, BAC joue un rôle essentiel d'archiviste et de collaborateur auprès d'éditeurs, d'établissements d'enseignement, de musées d'art et d'autres institutions de mémoire au Canada. Nous avons entre autres conclu des protocoles d'entente avec neuf universités canadiennes et travaillons de concert avec de nombreuses autres pour favoriser la transmission des connaissances, la recherche et la formation des futurs professionnels du patrimoine documentaire.

Selon son propre mandat, BAC doit être « une source de savoir permanent accessible à tous ». Le présent plan stratégique nous aidera à accroître le rayonnement et la présence de notre organisation pour interpeller une nouvelle clientèle et établir des liens avec toute la population canadienne.

Le village de Nakusp (Colombie-Britannique), avec les monts Grady et Burnham en arrière-plan, 9 janvier 1963. Source : Arrow Lakes Historical Society
 

Financement

Grâce au soutien financier du Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire (PCPD), de nombreux organismes canadiens – de Port Edward, en Colombie-Britannique, à Mahone Bay, en Nouvelle-Écosse, en passant par Iqaluit, au Nunavut – ont pu organiser, préserver et diffuser leurs collections. Citons l'Inuit Broadcasting Corporation, la Jewish Historical Society of Southern Alberta, la Women's College Hospital Foundation et les Canadian Lesbian and Gay Archives. Ce programme prolifique sera enrichi de nouvelles ressources destinées aux communautés et aux organismes des régions éloignées du Canada.

Soutien

BAC appuie de nombreux programmes conçus et mis en œuvre en collaboration avec des communautés inuites, métisses et des Premières Nations.

Le projet primé Un visage, un nom a permis de numériser plus de 10 000 photographies de sujets autochtones et d'identifier plus de 2 500 personnes et lieux jusqu'alors inconnus.

Depuis 2017, le Cercle consultatif autochtone conseille BAC pour la mise en œuvre de nouveaux programmes de préservation du patrimoine documentaire et des langues autochtones afin d'élargir l'accès à ces richesses :

Nous sommes là : Voici nos histoires est un programme de numérisation des documents de BAC dont le contenu porte sur les Premières Nations, les Inuits et la Nation métisse. On y trouve des traités et des photographies, ainsi que des dictionnaires et des lexiques en langues autochtones.

Écoutez pour entendre nos voix propose soutien et services aux communautés autochtones dans leurs efforts de préservation des langues des Premières Nations, des Inuits et de la Nation métisse. Le programme mise surtout sur les histoires orales et les enregistrements.

1.3. Notre personnel : notre meilleur atout

Le personnel de BAC enrichit, traite, conserve et diffuse l'une des plus importantes collections de documents patrimoniaux au monde. Il s'agit là d'une tâche colossale qui serait irréalisable sans les connaissances, l'expérience et l'expertise de nos employés, qui font battre le cœur de notre organisation.

BAC a la chance d'employer certains des plus réputés bibliothécaires et archivistes au Canada. Notre équipe compte également, entre autres, des conservateurs de renom; des spécialistes en restauration d'œuvres d'art, de livres et d'autres documents; des experts en numérisation et en technologie; des professionnels de la communication chargés du rayonnement de BAC et de l'amélioration de l'accès à ses collections; des chercheurs; des gestionnaires responsables des projets d'infrastructure; des employés du service à la clientèle; des employés spécialisés en culture autochtone; des experts en collaboration internationale; et des professionnels des services organisationnels.

Pendant les consultations, le personnel de BAC a souligné sa volonté de soutenir nos efforts en vue d'écologiser nos installations et nos processus et de poursuivre l'application de pratiques de rendement et de gestion respectueuses de l'environnement, lesquelles sont au cœur des objectifs de développement durable de BAC. Le Centre de préservation de BAC, à Gatineau (Québec), a été primé de nombreuses fois. Il a notamment remporté le prix TOBY® (Immeuble exceptionnel de l'année) et la certification « or » 2018 de BOMA BEST®, pour son rendement et sa gestion exemplaires en matière d'environnement. Nous comptons aussi adapter le nouveau Centre de préservation de BAC, surnommé « Gatineau 2 » par notre personnel, aux rigoureuses normes LEED®.

M. Berthiaume et quelques employés de BAC dans le Centre de préservation
 
Le nouveau Centre de préservation sera :
  • un espace de rangement de 21 500 mètres cubes (l'équivalent de 8,5 piscines olympiques);
  • le plus grand centre de préservation au monde, doté d'un système de stockage et de récupération automatisé;
  • le premier centre d'archives carbone net zéro en Amérique.

Section 2. Nos perspectives stratégiques : analyser les tendances actuelles et cibler les besoins de notre clientèle

Marshall McLuhan à l'Université Cambridge, vers 1940

« Nous évoluons aujourd'hui dans un environnement technologique qui enveloppe jusqu'à la Terre elle-même. » [Traduction]

—Marshall McLuhan

Tirée de : McLuhan, Eric et Frank Zingrone (éd.). Essential McLuhan, 1995, p. 276.

2.1. Notre contexte : comprendre le rôle changeant et la valeur croissante des institutions de mémoire

« Nous ne cherchons pas à en faire plus avec moins, mais à en faire plus avec plus : plus de partenariats et plus de collaborations. » [Traduction]

—Maureen Sawa, Bibliothèque publique du Grand Victoria-Maureen Sawa, Bibliothèque publique du Grand Victoria

Depuis une dizaine d'années, les institutions de mémoire de partout s'interrogent sur leur valeur et leur rôle à l'ère du numérique. Cela dit, les études portant sur leur valeur financière et culturelle montrent constamment que les bibliothèques et les centres d'archives représentent des investissements avisés pour les collectivités; on attend donc de ces institutions qu'elles multiplient leurs services et se mettent à l'entière disposition de leurs clients.

Au Canada, par exemple, la Bibliothèque publique d'Ottawa a évalué qu'elle générait 5,17 $ pour chaque dollar investi Note5; une étude a montré que pour la Bibliothèque publique de Toronto, cette valeur s'élevait à 5,63 $ par dollar investi Note6. Quant à la British Library, elle générerait 4,90 £ pour chaque livre investie, ainsi qu'une valeur économique nette de 419 millions de livres par année pour ses utilisateurs et l'ensemble de la société du Royaume-Uni Note7.

Toutefois, les retombées d'une institution culturelle ne se mesurent pas à l'aide de sa seule valeur financière. En effet, nous vivrions dans un monde statique et stérile sans les bibliothèques, les archives et les musées, en ce qu'ils stimulent la créativité, favorisent l'innovation, autonomisent le citoyen et renseignent la population Note8. Si évaluer les retombées sociales des institutions culturelles peut sembler abstrait, nous avons désormais la preuve, à l'ère de la numérisation et du libre accès, que ces bienfaits peuvent être mesurés.

L'exploitation des mégadonnées permet certes d'augmenter les ventes et de fidéliser la clientèle, mais aussi – et cette possibilité est des plus emballantes – de générer des connaissances et de stimuler l'inventivité. Nous observons d'ailleurs les premiers avantages de ce nouvel environnement des technologies de l'information, qui permet aux chercheurs d'exécuter rapidement leurs tâches, dont certaines étaient pratiquement impossibles à réaliser auparavant Note9.

C'est avec confiance que nous traçons la route pour les trois prochaines années, sachant que : notre organisation peut promettre à la population un bon rendement des fonds publics investis; la numérisation de notre collection la rendra plus accessible et s'inscrira dans la tendance mondiale du libre accès; notre volonté d'attirer de nouveaux utilisateurs ira de pair avec l'enrichissement de notre patrimoine numérique; nous réunissons les éléments nécessaires pour faire naître les connaissances qui alimenteront les innovations de demain.

2.2. Nos partenaires : comprendre les besoins de notre clientèle par la consultation et la création de liens

La coopération fait partie intégrante de la démarche de BAC pour constituer un corpus complet du patrimoine documentaire du Canada. Il serait toutefois impensable de mettre sur pied une collection représentative d'un pays aussi vaste et diversifié que le nôtre, sans la contribution et les conseils des personnes qui comprennent le mieux la valeur de leurs propres richesses culturelles.

BAC met à profit l'apport de ses comités consultatifs dans son travail continu d'amélioration des services et de perfectionnement des stratégies. Ils formulent des recommandations et offrent du soutien sur presque tous les aspects des activités de BAC : programmation et services publics, stratégies d'acquisition, méthodes de mobilisation du public canadien, etc. Nous créons aussi des groupes consultatifs ad hoc qui nous guident dans l'élaboration de programmes particuliers, comme celui lié aux collectivités du patrimoine documentaire. BAC retravaille constamment ses procédures et ses politiques dans une visée d'amélioration et d'innovation. À ce chapitre, il peut tirer parti des compétences cumulées des meilleurs bibliothécaires, archivistes, professionnels du patrimoine et experts en numérisation du Canada pour appliquer les meilleures pratiques en matière d'acquisition, de préservation et d'accessibilité.

BAC est membre actif de nombreux réseaux internationaux, dont la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques et le Conseil international des archives; ses collections et son expertise ont donc acquis une plus grande notoriété. L'organisation a pu nouer des partenariats avec des institutions de calibre mondial, dont la British Library et la Bibliothèque nationale de France, et prendre part à plus de 30 colloques internationaux pour discuter, entre autres, de production participative et de pratiques archivistiques appliquées aux documents gouvernementaux. Ainsi, en travaillant de concert avec des institutions et des réseaux internationaux, BAC peut alimenter d'importants projets collectifs, échanger sur des pratiques exemplaires et assurer au patrimoine documentaire du Canada une place sur la scène mondiale.

Quant aux activités de BAC au pays, mentionnons la Stratégie de numérisation du patrimoine documentaire, l'une des grandes réalisations de ces dernières années. Fruit d'une collaboration pancanadienne entre bibliothèques, centres d'archives, musées, établissements d'enseignement, administrations publiques et organisations culturelles, la Stratégie vise à amener une transition facilitant la numérisation et le partage de tous les fonds patrimoniaux canadiens. Un autre bel exemple d'initiative commune, les sommets canadiens sur les bibliothèques, les archives et les musées, présentés par BAC et l'Association canadienne des musées, servent à faire le point sur les synergies et les débouchés dans le domaine.

Le présent plan stratégique est nourri des connaissances et des constats que BAC a pu tirer de ces diverses relations d'entraide. Nous avons organisé des consultations pour recueillir les commentaires et les conseils du milieu documentaire, de nos partenaires universitaires et de spécialistes de la bibliothéconomie et de l'archivistique. Des rencontres entre des membres du personnel de BAC et des partenaires clés ont aussi eu lieu à Vancouver, à Winnipeg et à Halifax. Selon les intervenants, BAC devrait continuer à redéfinir la relation avec ses clients selon les notions de partenariat et de collaboration. Pour eux, il serait également important que l'on défende le statut de l'organisation comme figure de proue du domaine et point de jonction entre les différentes institutions de mémoire. Enfin, BAC devrait continuer de miser sur la technologie par l'entremise d'initiatives de numérisation, particulièrement des programmes axés sur la clientèle, comme le Numéri-Lab, qui renforcent la relation avec les clients. Ces recommandations clés, parmi d'autres formulées dans le cadre de ces consultations, ont servi de point de départ à l'élaboration de notre plan stratégique.

M. Berthiaume et les membres du Conseil consultatif jeunesse

Nous nous demandions comment interpeler la prochaine génération d'utilisateurs; quoi de mieux que de leur poser la question? Notre nouveau Conseil consultatif jeunesse, formé en 2018, sera d'une aide précieuse dans la création de programmes destinés aux jeunes canadiens et l'élaboration de stratégies visant à mieux faire valoir notre collection auprès d'eux. D'ailleurs, il nous a déjà éclairés sur l'intérêt que porte la jeune génération à nos documents contemporains.

 
Nos conseillers

BAC travaille de concert avec de nombreux comités consultatifs :

  • Le Forum des partenaires, qui formule des recommandations en matière de stratégies, de politiques et de visées opérationnelles.
  • Le Comité consultatif sur les acquisitions, qui conseille BAC en matière de politiques et de stratégies d'acquisition.
  • Le Comité consultatif sur les services, qui donne son avis sur les priorités et l'orientation des services de BAC.
  • Le Comité consultatif sur la programmation publique, qui aide BAC à planifier ses événements et ses expositions.
  • Le Cercle consultatif autochtone, qui oriente BAC dans ses actions relatives au patrimoine autochtone.
  • Le Conseil consultatif jeunesse, qui fait part à BAC de ses observations sur la visibilité, l'accessibilité et la pertinence du patrimoine documentaire canadien auprès des jeunes.

Section 3. Nos priorités stratégiques pour la période 2019-2022

Marshall McLuhan, décembre 1972. Photo : Lou Forsdale  

« L'art ne se préoccupe plus de communiquer des idées ou des sentiments à ordonner selon un schéma conceptuel, mais bien de proposer une expérience directe. » [Traduction]

—Marshall McLuhan

Tirée de : Lettre à Harold Adams Innis (14 mars 1951), reproduite dans McLuhan, Eric et Frank Zingrone (éd.), Essential McLuhan, 1995, p. 73.

Introduction

BAC arrive à un moment charnière de son histoire. L'organisation est en pleine revitalisation et repense sa relation avec le public canadien. Elle cherche aussi à se positionner à l'avant-plan de l'extraordinaire renouveau mondial des institutions de mémoire, à l'heure où, plus que jamais, le public s'intéresse au patrimoine documentaire et valorise sa préservation.

Il y a quatre ans, nous avons mis en branle une série d'initiatives destinées à rendre notre organisation plus visible, plus accessible et plus engagée. Nous avons changé notre manière d'interagir avec le public, et sa réaction a tout à fait surpassé nos attentes. En effet, l'intérêt pour le patrimoine documentaire, loin d'être émoussé par l'omniprésence du numérique, semble décuplé par les nouvelles technologies.

Ces quatre dernières années ont été extrêmement formatrices, et l'enthousiasme du public à l'égard de nos nouveaux programmes nous a donné un véritable élan. L'histoire du Canada, celle-là même que nous avons le devoir de préserver, est l'histoire de sa population. Les priorités et objectifs stratégiques suivants serviront de cadre à l'élaboration d'un plan de travail détaillé pour les trois prochaines années. Nous serons ainsi à même de sauvegarder et de préserver ces histoires, aussi durablement qu'efficacement, pour les transmettre aux générations futures.

Ce plan stratégique définit les premières étapes pour élargir, plus que jamais, l'accès du public à nos fonds. Il prévoit des collaborations avec des institutions de mémoire du Canada et d'ailleurs, qui viseront à enrichir notre patrimoine documentaire, ici comme à l'étranger. Enfin, il sert à fournir aux piliers de BAC, soit les membres de notre personnel, les pistes dont ils auront besoin pour aider l'organisation à atteindre ses objectifs.

3.1. Un engagement citoyen. Des fonds accessibles.

Objectif : Nous améliorerons l'accès à notre collection et augmenterons les occasions pour le public d'alimenter les fonds de BAC.

Nous sommes les gardiens de nos histoires nationales, des histoires qui sont en évolution constante, à l'image de notre vaste pays, dans toute sa diversité et sa complexité. Notre plan stratégique reflète la perpétuelle transformation de notre rôle, visant à réunir les différents chapitres de ces histoires et à les faire connaître au plus grand nombre de Canadiens. Nous ferons tout en notre pouvoir pour que nos fonds soient accessibles à tous, de façon à permettre à tous les citoyens de partager leur expérience avec nous. Nous innoverons, nous collaborerons et nous communiquerons largement avec la population canadienne, autant celle des grands centres que celle des petites collectivités.

Stratégies

  1. Nous accroîtrons et nous améliorerons les possibilités interactives offertes aux personnes, aux organismes et aux communautés de tous les genres et de partout au pays pour mieux faire connaître notre bibliothèque et notre collection d'archives.
  2. Nous améliorerons la découvrabilité de nos collections par des activités de diffusion et de promotion ainsi que des programmes publics.
  3. Nous augmenterons l'accès à nos collections (documents du gouvernement du Canada, patrimoine publié et ressources Web) et à nos services, en format numérique comme dans nos locaux, en recourant à des expositions, à des événements et à l'élargissement de nos services en personne.
  4. Nous élargirons notre rayonnement et notre offre de services en nous basant sur les commentaires recueillis auprès de nos clients et de nos partenaires actuels et potentiels.

3.2. Une organisation souple. Une collection pérenne.

Objectif : Nous nous assurerons de la croissance de la collection et mettrons en œuvre des mesures visant à la préserver pour les prochaines générations.

Nous créerons une collection qui représente pleinement les citoyens canadiens, leur culture et leurs réalisations et nous veillerons à disposer des ressources et des technologies nécessaires pour assurer la transmission de nos fonds aux générations à venir. Nous protégerons notre démocratie en préservant les renseignements qui assurent la transparence et la responsabilisation du gouvernement. Nous serons audacieux et novateurs, faisant nôtres les méthodes éprouvées et les nouvelles technologies de façon à optimiser l'efficacité et l'efficience de nos activités. Nous réagirons au changement avec proactivité, notamment pour la transition amenée par la mise en place de notre nouveau Centre de préservation et de l'édifice que nous partagerons avec la Bibliothèque publique d'Ottawa. Nous doterons nos employés des ressources et du soutien dont ils ont besoin pour atteindre nos objectifs et pour être des figures de proue dans notre domaine.

Stratégies

  1. Nous concevrons des stratégies d'acquisition qui feront de notre collection une banque de renseignements fiables sur le gouvernement du Canada et un portrait fidèle de la diversité de la vie canadienne.
  2. Nous enrichirons nos liens avec les responsables de la gestion de l'information au gouvernement fédéral pour veiller au transfert systématique des documents numériques historiques dans la collection de BAC, puis à leur préservation et à leur accès à long terme.
  3. Au moyen des nouvelles technologies, nous accélérerons notre transformation numérique, accroîtrons notre efficacité et améliorerons l'accès du public à nos collections et leur pérennité.
  4. Nous adopterons une culture du changement. La transition vers nos nouveaux édifices sera harmonieuse, et nous pourrons tirer parti de l'occasion exceptionnelle qui nous est offerte d'améliorer nos services, l'accès du public et la gestion de nos collections.
  5. Nous encouragerons l'excellence en donnant à nos employés l'occasion d'enrichir leurs connaissances, leurs compétences et leur expertise au moyen d'activités de collaboration et de participation.

3.3. Des efforts collaboratifs. Des résultats optimaux.

Objectif : Nous rechercherons les solutions collectives qui optimiseront l'influence et la cohésion de la communauté nationale et internationale du patrimoine documentaire.

Nous tirerons profit de l'augmentation des visites et de l'accroissement du recours aux institutions de mémoire qui sont constatés à l'échelle mondiale pour renforcer et élargir nos activités de collaboration au pays et à l'international. Nous faciliterons le partage de connaissances pour améliorer les outils, les processus et les normes ainsi que pour multiplier les activités de recherche dans nos domaines. Nous accroîtrons l'accès aux fonds documentaires patrimoniaux, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde. Nous prendrons les devants pour atteindre des résultats optimaux en ce sens et jouerons un rôle de chef de file pour la communauté mondiale du patrimoine documentaire.

Stratégies

  1. Nous viserons une meilleure coordination de nos activités et de celles de nos partenaires fédéraux, des bibliothèques, des archives et des musées afin d'éviter le chevauchement des tâches et de mettre en commun nos connaissances; nous serons ainsi à même d'améliorer nos outils et nos produits tout en facilitant l'accès à des documents patrimoniaux de première qualité.
  2. Tout en poursuivant le travail amorcé avec nos partenaires actuels, nous chercherons et établirons de nouveaux partenariats afin d'améliorer nos réseaux nationaux et internationaux de partage et de diffusion des connaissances, dans le but d'élargir notre portée et notre influence au pays et d'augmenter la visibilité du Canada sur la scène mondiale.
  3. Nous collaborerons étroitement avec des communautés autochtones pour mieux comprendre et préserver le patrimoine autochtone, et nous mettrons en œuvre les mesures énoncées dans le plan d'action sur le patrimoine autochtone préparé de concert avec le Cercle consultatif autochtone de BAC.
  4. Nous continuerons d'enrichir et d'élargir les partenariats de BAC avec les institutions universitaires, culturelles et de mémoire afin de créer des occasions d'apprentissage, d'échange des connaissances et de développement des compétences.

Section 4. Nos réussites : mesurer les résultats et évaluer les retombées

En nous penchant sur les réussites et les défis qui ont marqué notre évolution, en étudiant les tendances actuelles et en sollicitant nos partenaires, notre clientèle et notre personnel, nous avons mis au point un plan stratégique éclairé par notre passé et orienté vers notre avenir.

C'est maintenant que commence le véritable travail.

Un cadre de présentation des rapports doté d'indicateurs de rendement clairs et mesurables contribuera à la bonne mise en œuvre du plan. Ces indicateurs et leurs retombées, évalués régulièrement, serviront de données probantes pour alimenter la prise de décisions, cerner les ajustements nécessaires et maximiser nos chances de réussite.

Dans un souci d'ouverture et de transparence, BAC diffusera ses résultats chaque trimestre.

Rappelons que la mise en œuvre de ce plan n'est pas l'affaire d'une seule personne. Nous continuerons de faire appel à nos comités consultatifs, à nos réseaux, à nos clients et au public, tout en jouant le rôle de chef de file qui nous incombe en tant qu'institution nationale. BAC est aujourd'hui bien positionné pour poursuivre sa tradition d'excellence en matière d'enrichissement, de traitement, de conservation et de diffusion d'une collection dont tous les Canadiens peuvent être fiers.

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