Vers la création d’un réseau pancanadien du patrimoine documentaire

L’avenir des ressources documentaires :

Avant-propos
 
« Nous avons déjà prévu, en collaboration avec d'autres partenaires, de considérer la création d'un réseau pancanadien du patrimoine documentaire. Il en va de la création de ce réseau comme de n'importe quel autre réseau de ce type : il faut d'abord entamer des discussions préliminaires concernant les fonds de données existants, les mandats, les capacités et les intérêts, afin de voir où se situent les domaines de collaboration possible […] Il s'agit là de la reconnaissance du fait que le nouvel environnement est entièrement décentralisé et que notre monopole en tant que gardiens du patrimoine documentaire national n'existe plus. »
 
Daniel J. Caron,
Bibliothèque et Archives Canada
 
Dans un monde de plus en plus interrelié, les réseaux ont souvent l’air de surgir du jour au lendemain, pleinement formés et fonctionnels. En réalité, ils se constituent peu à peu avec le temps, au gré des besoins changeants de leurs membres et de leur compréhension grandissante de ce qu’ils attendent de leur réseau. Fixer une nouvelle orientation aux ressources documentaires signifiera le développement d’un réseau que nous concevrons ensemble pour répondre à nos besoins sans cesse redéfinis. Cette étape d’élaboration nous amènera à revoir notre concept de réseau et même à le pousser encore plus loin. Le réseau peut être à la fois un catalyseur et une entité vivante, fonctionnelle, qui matérialise la collaboration dont il est issu. Dans cet esprit, le document d’information que vous recevez aujourd’hui reflète une histoire que nous vivons tous ensemble!
 
« L’innovation survient aux intersections. Les personnes bien placées dans un réseau ont nécessairement plus d’idées que celles qui ne sont pas placées là. Être bien placé veut dire se trouver à l’intersection d’idées. » [traduction]
 
David Weinberger, Everything is Miscellaneous:
The Power of the New Digital Disorder
 
Un réseau de réseaux
 
Le premier Forum des milieux intéressés, réuni pour discuter d’un éventuel réseau pancanadien, s’est tenu le 21 octobre 2010. Tous ont alors convenu que la collaboration s’imposait vu la complexité de notre nouveau contexte de l’information, caractérisé à la fois par le volume croissant de renseignements et la diminution des ressources, de même que par la demande croissante d’accès au contenu. Une décision importante a été prise : créer un outil national d’acquisition, de préservation et d’exploration de contenu, où les rôles et responsabilités de chacun seraient clairement définis. Aussi loin qu'on pouvait imaginer cet outil, on le voyait comme un « réseau de réseaux existants », régi à l’échelle pancanadienne et assez souple pour englober divers niveaux de participation et de coopération de la part des associations et des institutions. Les participants ont convenu de tenir une deuxième réunion six mois plus tard et ont proposé que le réseau commence par des projets de collaboration réalistes et mise sur la réussite de ces projets. 
 
Étude de la question
 
Au lendemain du Forum des milieux intéressés, la Conférence des archivistes national, provinciaux et territoriaux a réuni des représentants des grands organismes archivistiques du Canada. La rencontre fut une belle occasion de discuter de la situation du patrimoine documentaire au Canada, ainsi que de l’idée de créer un Réseau pancanadien du patrimoine documentaire (RPPD). La conférence a adopté une résolution en faveur d’une stratégie pancanadienne visant à toucher la communauté patrimoniale élargie et à créer un réseau pancanadien renforcé. 
 
Au Forum des milieux intéressés du 17 mai 2011, on a proposé de donner au réseau les objectifs suivants : en collaboration, l’acquisition, la gestion et la préservation de ressources patrimoniales documentaires pertinentes, cohérentes et durables, et l’accès à ces dernières; la transformation des processus pour exercer les fonctions partagées ou communes de manière efficace; l’obtention d’une capacité plus efficace et plus efficiente pour enrichir le patrimoine documentaire du Canada. On voyait dans le réseau un mécanisme qui favoriserait la délibération et la collaboration entre les intervenants du patrimoine documentaire.
 
« La collaboration authentique […] engendre la vision d’une nouvelle manière de faire. Elle implique inévitablement et fondamentalement un changement. La collaboration transforme, et les éléments, les institutions et les individus qui y participent doivent changer. » [traduction]
 
Ken Soehner, The Metropolitan Museum of Art

Le forum de mai a également débouché sur un ensemble de cinq initiatives conçues pour miser sur la réussite espérée du premier forum. Il a ajouté un nouveau concept au scénario : « l’Agora », sorte de marché partagé des acquisitions. Le forum de mai a permis en outre de lancer quatre autres initiatives : la gestion améliorée des fonds analogiques; le réseau de dépôts numériques fiables; le projet pilote sur les métadonnées et l’exploration des ressources; enfin le dernier, mais non le moindre : un réseau pancanadien. On a donné un aperçu des étapes à venir, dont la formation de groupes de travail qui se rencontreraient à l’été pour préparer un troisième forum à l’automne. On s’est entendu également sur la nécessité d’une forme quelconque de plateforme virtuelle pour favoriser une communication constante et le partage des idées et des meilleures pratiques.
 
Au cours de l’été, les groupes de travail ont fait des progrès considérables, ce qui a permis de peaufiner certains concepts préliminaires. Celui de « l’Agora », vu comme le nom à donner à la plateforme virtuelle de collaboration (qui devait donc s’appeler « l’Agora des acquisitions »), est devenu « le Marché des acquisitions ». Le nom « Agora » sert maintenant à désigner non pas le réseau lui-même, mais plutôt l’outil central servant aux activités du réseau. 
 
L’idée gagne du terrain

« Personne ne sait tout, chacun sait quelque chose, toute connaissance repose sur des réseaux. » [traduction]

Pierre Lévy, Université d’Ottawa
 
Avant qu'on parle d’un troisième forum, on s’entendait généralement sur la nécessité de travailler en collaboration. L’idée gagnait du terrain. Plusieurs participants disaient vouloir participer à un groupe de travail chargé d’élaborer une vision et une feuille de route pour que les efforts de collaboration déployés puissent aboutir à l'établissement d’un réseau.
 
Au cours de la dernière année, BAC a également tenu avec des universités et associations universitaires majeures deux forums portant sur des questions de curriculum et d’enseignement que soulève le présent contexte de l’information. Même si le réseau pancanadien n’était pas à l’ordre du jour de ces deux forums, il était évident qu’il fallait associer ces groupes à la discussion.
 
Pour l’organisation du troisième forum, BAC a proposé, pour discuter du RPPD, une réunion générale des intervenants, entre autres les participants aux précédents forums des milieux intéressés et des forums universitaires, les membres du Conseil fédéral, provincial et territorial des documents ainsi que de la Conférence des archivistes national, provinciaux et territoriaux. Les séances de travail porteront sur les cinq initiatives présentées lors du deuxième forum, y compris le RPPD, mais aussi sur des sujets plus généraux que celui du réseau. Avant la réunion, les participants recevront des rapports provisoires des groupes de travail et divers autres documents de base. 
 
L’avenir

« Le libre échange des idées et de l’information et la possibilité pour les gens de se lier les uns aux autres sont le moteur d’une société civile. » [traduction]

Paul LeClerc, Bibliothèque de la ville de New York
 
Comme tout réseau qui se respecte, le RPPD doit rester souple et adaptable, ouvert au changement. Le réseau est moins une structure qu’un ensemble de relations, une configuration d’idées et d’initiatives. BAC agira comme facilitateur pour guider le processus, mais le réseau lui-même ne pourra se construire que par les efforts concertés de tous les participants. C’est là une partie du défi.
 
Le développement du réseau représente un virage radical dans les relations de BAC avec les milieux intéressés. De chef de file qu’il était en matière d’activités traditionnelles de bibliothéconomie et d’archivistique, il deviendra un facilitateur national novateur, un coordonnateur et un collaborateur clé au sein d’un vaste réseau national. Bien comprendre un tel virage peut prendre du temps, et c’est pourquoi la communication sera vitale pour assurer le fonctionnement de l’approche réseau. Il y a encore un certain flottement en ce qui regarde l’avenir du RPPD, mais nul doute qu’il s’agit d’un nouveau paradigme dans la communauté documentaire patrimoniale, qui permettra de tirer profit des relations, des ressources et de l’expertise d’une foule d’organisations et de personnes qui s’intéressent au patrimoine canadien.